Servitude - Eva Christel - E-Book

Servitude E-Book

Eva Christel

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Beschreibung

Et si les légendes urbaines se révélaient fondées sur des faits réels ?

Toutes les villes en possèdent une, une légende urbaine ou une fable. Et certaines de ces histoires ne sont pas seulement tirées d'esprits loufoques. Et si ces mythes étaient inspirés de faits réels ? Une île isolée, une étudiante étrangère à ce nouveau monde et une aventure pleine de mystères. Nina Caeli n'avait pas prévu la tournure qu'allait prendre sa vie en rejoignant l'île de Servus. Entre folklores locaux et incidents inexpliqués au sein de son nouvel établissement scolaire, elle devra rapidement trouver sa place dans ce tourbillon de folie. Mais comment faire quand le beau Damon ne vous lâche pas de son regard de glace ?

A travers ce roman fantastique, découvrez le premier volet de l'histoire de Nina Caeli, et plongez avec elle au coeur d'un monde nouveau : l'île de Servus !

EXTRAIT

Matthew leva un sourcil surpris. Un sourire sadique se dessina sur ses lèvres.
— Je ne cherche pas à rompre leur malédiction.
Il avait laissé une brèche ouverte. C’était maintenant que je devais mettre en pratique mes talents de manipulatrice.
— Non, mais tu le souhaites. Réfléchi un peu, tu sais très bien que Nina est devenue le Serviteur de Damon. Plus de malédiction, plus de lien et donc tes chances de la récupérer augmenteront considérablement.
Matt ferma les yeux un moment pour cogiter.
— C’est tentant, mais pas assez pour que je risque ta vie, car si quelque chose t’arrive mes chances seront nulles. Jamais elle ne me le pardonnerait.
Ça tournait mal.
— Pourquoi cela serait-il dangereux pour moi ?

A PROPOS DE L'AUTEUR

Eva Christel est née le 7 mars 1995 à Rennes, en Bretagne. Jeune diplômée en communication et en graphisme à Lille, ses nombreux déménagements lui ont donné une passion pour les mots et l'imaginaire. Après une enfance bercée par Harry Potter et Tara Duncan, elle se lance discrètement dans la rédaction de quelques textes. C'est seulement en 2016 qu'Éva décide de partager ses récits sur la plateforme d'écriture Wattpad et rencontre un certain succès qui l'incide à publier son premier roman : Servitude.

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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Chapitre 1.(Conseil)

NINA

Les mains agrippées sur le rebord de la fenêtre, une vibration dans la poche arrière de mon jean me tira hors de mes pensées. Je n’avais pas besoin de vérifier le commanditaire, mon père, toujours à l’heure pour solliciter des nouvelles. Sans surprise, il me demandait si tout se passait bien dans ma nouvelle vie et quand je serais libre pour déjeuner avec lui. Comme dans un état d’éveil, je lui servis instinctivement les réponses habituelles et apaisantes qu’il voulait entendre. Que tout allait bien, que je devais juste finir mes papiers de transfert dans ma nouvelle école et que vendredi serait parfait.

Cela faisait maintenant un mois que j’étais arrivée sur Servus. L’île faisait partie de l’un de ces petits archipels isolés du monde, perdus quelque part dans l’Atlantique. Très peu de personnes connaissaient son existence et, par conséquent, y venaient. Et même cachée au milieu de l’océan, cette oasis était tout de même habitée : locaux et étudiants se partageaient le territoire. Des plages de sable fin sur les côtes aux forêts luxuriantes du centre des terres, ce havre de paix regorgeait de paysages plus époustouflants les uns que les autres. Mais il fallait une autorisation pour entrer et sortir de l’île ce qui ne facilitait pas le tourisme qui était, pour ainsi dire, inexistant. Cette île était comme une cage dorée, coupée du monde.

Malgré les étudiants venus ici pour étudier au sein de la prestigieuse école où je me trouvais, ou encore les locaux présents depuis des générations, grands commerces et usines ne faisaient pas partie du paysage. La variation de climat de l’île, quant à elle, apportait aux agriculteurs la possibilité de cultures variées, évitant ainsi les importations, et permettait aux habitants une certaine autonomie.

Contrairement à la majorité des étudiants, je n’étais pas venue là pour me couper du monde ou encore pour la prestance de cette école. Mon père étant militaire, et les déménagements étant devenus une coutume, j’avais atterri ici. Cette mauvaise habitude en avait apporté d’autres avec elle. Je n’aimais pas vraiment m’attacher aux gens que je côtoyais dans les villes où je passais en coup de vent. Mais j’avais fait une exception ici. J’avais rencontré Marion à laquelle je n’avais pas pu résister. D’autant plus en vivant dans le même studio qu’elle.

Pour la première fois, j’avais demandé à mon père de vivre en pension. Ce choix m’avait permis de mieux la connaître et de tisser des liens forts avec elle. Le vieux pensionnat était un ancien bâtiment construit sur le modèle d’architecture géorgienne, procurant un certain sentiment de confort. Sa petite entrée et ses nombreuses fenêtres nous mettaient tout de suite à l’aise. Et la simplicité des lieux était certainement la raison pour laquelle on se sentait vite comme chez soi.

— Hey Nina ! m’interpella Marion. Qu’est-ce que tu attends ? Je vais partir sans toi !

Mon amie me faisait de grands gestes du bas de la fenêtre où je me trouvais.

— Rentre au dortoir avant moi, annonçai-je tranquillement. Je dois encore donner des papiers au Conseil des élèves.

La grande blonde fit la moue. Enfin, de l’étage où je me trouvais, je devinais facilement cette expression sur son visage. Celle dont elle avait la spécialité et qui faisait tomber les garçons dans ses filets, bien qu’elle ait posé la règle de ne jamais récupérer ce qu’il y avait dedans.

Marion était une belle blonde, fine et charismatique. Un archétype de la bimbo sûre d’elle en somme. Mais en réalité, elle était beaucoup plus timide et voulait, comme tout le monde, trouver un amour qui pourrait la comprendre. C’était un peu niais, mais débordant de romantisme. Un côté de sa personnalité adorable quand on connaissait son petit problème. Et petit problème était un doux euphémisme, car Marion était terrifiée par les hommes. Dès qu’un garçon l’approchait, elle se figeait ou se cachait derrière moi. Allez savoir pourquoi ! En tout cas, son comportement me coûtait bon nombre de regards mauvais d’adolescents ayant le béguin pour elle. Je trouvais d’ailleurs la situation étrange. Je ne voyais pas pourquoi ils étaient si jaloux et haineux envers moi ! J’étais une fille et non une rivale après tout !

Marion n’était toujours pas partie. Elle continuait à me fixer de ses yeux bleu marine si particuliers, et me sourit en montrant ses pommettes qui lui donnaient un air enfantin.

— Fais attention à toi ! cria Marion.

Je me mis à rire. Malgré son sourire, elle avait l’air inquiète. Quelque part, son commentaire m’amusait. Peut-être avait-elle peur de rencontrer un garçon sur la route ?

— Ça compte pour toi aussi ! ajoutai-je.

Avant de refermer la fenêtre de la classe, je la suivis du regard jusqu’à ne plus la voir. J’examinai ensuite l’heure qu’indiquait mon portable. Dix-huit heures trente. Il me restait donc une demi-heure avant de devoir rejoindre le fameux Conseil.

Je me mis à songer aux parts d’ombre de cette école peu ordinaire. Tout ce que je savais était que cette académie avait été construite par un riche élève de vingt-trois ans, un cadeau de son père. Lorsque l’on offrait un terrain à un étudiant fortuné, il aurait certainement décidé de bâtir un parc aquatique ou je-ne-sais-quoi se rapprochant au maximum des jeux. Mais non, celui-ci avait choisi de construire un établissement scolaire, une pension ainsi que deux salles de sport et une piscine.

Né de l’imagination d’un fils à papa, ce riche héritier avait introduit des règles que je ne comprenais pas totalement. Dans cet établissement, il existait un Conseil des élèves composé de Damon, à qui le terrain appartenait, ainsi que des trois meilleurs élèves excellant dans toutes les matières : Lola, Allan et Paul. Damon, ce simple nom annonçait la couleur du personnage en plus de ce Conseil composé d’un quatuor de belles personnes plus que talentueuses. Ils étaient, ensemble, plus puissants que les professeurs et pouvaient décider eux-mêmes des règles, de qui restait et qui partait. Cette idée que des étudiants aient autant de pouvoir semblait impossible et j’avais d’abord pensé à une blague. Mais en y repensant, si le terrain appartenait à Damon, ce n’était pas étonnant qu’il puisse agir comme un gamin capricieux. La deuxième règle, que je n’avais pas non plus vraiment comprise, était que cette académie était séparée en deux cursus. Un plutôt normal, dans lequel je me trouvais avec Marion, et un cursus un peu plus spécial. Le plus étrange résidait dans le fait que les élèves du deuxième parcours pouvaient choisir un extra dans mon cursus pour s’en servir comme d’un valet, un serviteur.

Ces deux règles m’avaient perturbée, alors j’avais demandé des précisions aux gens autour de moi. Mais tout le monde, même Marion et les professeurs, avait gardé le silence face à moi. À tel point que je m’étais demandé si ce que je prenais pour une rumeur ne cachait pas une part de vérité. À moins qu’avec mon statut de passagère sur l’île, je n’eusse pas le droit d’en savoir trop.

Bip, bip !

Mon portable sonna dix-huit heures cinquante. Heureusement que j’avais pensé à mettre une alarme ! Je me levai brusquement de ma chaise pour partir à la recherche du bureau de Damon. Ce terrain était tellement vaste que les intercours étaient d’un quart d’heure, le temps estimé pour passer de la salle de sport au bâtiment des cours. Bien entendu, en courant... et très vite même ! En tout cas, trouver une salle que l’on n’avait jamais entrevue se révélait fastidieux. Heureusement que le groupe de Damon aimait en mettre plein les yeux. J’arrivai enfin devant une porte en chêne massif impossible à rater. Inspirant profondément, je toquai trois petits coups.

La porte s’ouvrit rapidement sur une fille ravissante, tout droit sortie d’un conte de fées.

— Bienvenue ! dit-elle joyeusement.

Petite, elle portait avec élégance l’uniforme bleu marine et argenté de l’école. Brune aux cheveux bouclés, elle souriait en laissant entrevoir des dents aussi blanches que sa peau pâle. De ses yeux verts singuliers, elle me montra l’intérieur de la pièce en signe d’invitation. Elle me faisait penser à un elfe avec son grand sourire et son regard pétillant.

Sans réfléchir davantage, je pénétrai dans la pièce et l’inspectai visuellement. De couleur blanche et bleu ciel, elle semblait banale au premier abord. Mais lorsque l’on savait que cet endroit portait les couleurs de l’école, cette pièce devenait plus sévère et protocolaire. Pourtant, cette salle dégageait une atmosphère sereine et les deux canapés argentés me donnaient envie de m’y installer pour dormir. D’ailleurs, un grand brun à lunettes lisait tranquillement un livre, allongé nonchalamment sur l’un d’entre eux. Mon instinct me disait que ce n’était pas le stéréotype d’un binoclard, intelligent et chaleureux, même s’il devait être brillant pour faire partie du Conseil. Il évacuait juste un orgueil puissant.

— Enchanté, je m’appelle Allan, annonça une nouvelle voix. Je suis en quatrième année de droit.

Cette voix appartenait à un grand blond qui me tendit sa main. Je m’exécutai et la serrai pour le saluer. Blond aux yeux bleus, il ressemblait aux princes charmants des livres que me lisait mon père lorsque j’étais enfant. Pourtant cette idée me révulsa. Dans mon esprit, un prince ne pouvait pas exister. Pas après la mort de ma mère. Son souvenir me bouleversa, et me mit en colère contre moi-même d’y avoir songé dans un moment pareil.

Sans se préoccuper du fait que je venais de repousser froidement sa main, comme s’il était conscient du combat intérieur qui se jouait dans mon esprit, il continua ses présentations :

— Lola qui t’a ouvert est en première année de commerce. Et Paul, qui est sur le canapé, est en deuxième année de littérature.

Le garçon qui venait d’être nommé ne semblait pas s’apercevoir que l’on parlait de lui ou s’en fichait royalement. Il continua de lire son livre comme s’il était seul dans la pièce. Au moins, j’avais appris que Paul et Damon étaient dans le même niveau d’étude que moi, mais dans différentes sections puisque Damon était en gestion et management. Comment savais-je cela déjà ? Ah oui, impossible d’échapper aux bavardages de ses fans qui parlaient de lui sans arrêt.

Un grincement attira mon attention vers un bureau constitué de bambous. Je vis une chaise se tourner pour faire apparaître le fameux Damon. Un sourire en coin, dévoilant ses fossettes, il m’inspecta autant que je le faisais pour lui. Si les trois autres étaient tous charismatiques, il était tout simplement magnifique. Ce n’était pas tant son physique, mais ce qu’il répandait autour de lui. Des mèches noires en bataille tombaient légèrement sur son front et faisaient ressortir ses yeux gris avec désinvolture. Pas d’un gris ordinaire, mais le même que celui qu’avaient les nuages pour prévenir d’un orage. La façon dont il me regardait remettait bien les choses en place, il était au-dessus, et moi, en dessous.

— Je me présente, Damon. Et tu dois être Nina.

D’un coup, je n’aimais plus du tout le fait d’être coincée dans une pièce avec lui. Je réussis vaguement à hocher la tête pour lui répondre, la bouche pâteuse. Mes muscles semblaient pétrifiés, comme si le regard du président me frigorifiait sur place. Inconscient du trouble qu’il provoquait en moi, ou justement ayant beaucoup trop l’habitude d’instaurer une certaine hiérarchie, Damon tapotait tranquillement sur le clavier de son ordinateur portable.

Le garçon nommé Paul poussa un long soupir ennuyé en se relevant.

— Pitié, dis quelque chose ! Je commence à en avoir marre de ces poulettes ! bougonna-t-il en enlevant ses lunettes et en se dirigeant droit vers moi.

Je sursautai devant ses yeux. Leur couleur était exactement la même que celle du sang. Un rouge bordeaux épais, presque noir. Je m’enfonçai encore un peu plus dans la paralysie qui m’avait gagnée et plongeai mon regard dans le sien.

Hypnotisée par ses pupilles, je ne saisis pas tout de suite les paroles de Paul. Il s’approcha vers moi avec une démarche féline, un sourire satisfait aux lèvres. Paul prit mon visage d’une main et m’inspecta minutieusement, me tournant de droite à gauche sans que je puisse esquisser un mouvement.

J’étais déconnectée, comme si les informations montaient à mon cerveau une fois ses actions finies depuis longtemps.

Au bout de quelques secondes, ou de quelques minutes, il se retourna vers Damon. Celui-ci était toujours aussi concentré sur son écran.

— Je pensais que tu avais meilleur goût ! Qu’est-ce qu’elle fait ici ?

Un silence gênant s’installa dans la pièce. Assez pour que je comprenne que c’en était trop ! Je n’étais pas venue pour me faire humilier !

Ma main partit d’elle-même. Je ne saisis l’importance de mon acte que quand je sentis ma paume s’engourdir et une trace rouge apparaître sur la joue de Paul. Encore une fois, mon corps avait agi avant mon cerveau.

— Finalement, je pense que si, répliqua Damon toujours occupé.

Profitant du fait que Paul soit choqué, je me dirigeai d’un pas pressant vers le bureau du président, tout en fouillant dans mon sac. J’y déposai les documents que je devais lui donner pour finaliser mon inscription et repartis vers la sortie sans demander mon reste.

— Au revoir… bégayai-je, bien que j’eusse préféré prononcer un adieu définitif.

— À bientôt, répliqua Damon si bas, que je crus m’être imaginé cette dernière phrase.

Une fois en dehors de la pièce, et quelques couloirs plus loin, je partis dans un fou-rire incontrôlable. Rire nerveux ou juste un sentiment de sadisme face à l’expression de Paul, je n’en savais pas grand-chose !

Chapitre 2.(Secret)

DAMON

Concentré sur l’écran de mon ordinateur, j’essayais d’être aussi efficace que possible avant que Paul ne reprenne ses esprits. Je savais pertinemment ce qui allait suivre : il allait râler et s’énerver. Et le calmer n’était pas chose facile. J’entrepris alors de finir mon rapport sur les derniers incidents survenus à l’école. Depuis six mois, plusieurs personnes avaient disparu mystérieusement ou avaient subi des accidents tout aussi mystérieux et bien souvent mortels.

Je sentis monter la frustration en moi. Nous en étions au point mort. Toujours pas un seul indice ou un seul témoin. Le coupable jouait avec moi ! Il ou elle était proche, c’était une évidence. Mais trouver un renseignement nous menant à lui l’était beaucoup moins. Un tremblement sur mon bureau interrompit le fil de mes pensées et m’obligea à lever les yeux de mon écran. Paul venait de frapper le meuble de son poing.

— Qui est-ce ? s’écria-t-il.

— Une nouvelle, répondis-je calmement.

M’énerver maintenant avec lui lorsqu’il était dans cet état était inutile. Je continuai mes explications pour en finir :

— Nina Caeli, une nouvelle élève qui est venue m’apporter les derniers papiers pour valider son transfert. Je lui ai demandé de passer. Comme l’enquête n’avance toujours pas, je n’ai pas le temps de gérer l’administration.

Paul se calma, frappé par la dure réalité. Un fou se promenait sur l’île de Servus et il ne pouvait rien y faire. Comme moi, l’albinos n’aimait pas que l’auteur de ces accidents lui échappe. Son orgueil devait vaciller entre Nina qui venait de lui asséner un sacré coup et être inefficace en tant que membre de mon équipe. S’occuper de la fille ne serait pas sa priorité. Il remit certainement ce moment à plus tard, préférant revenir à la tâche qui lui était confiée : trouver le fautif.

— De nouvelles pistes ? demanda-t-il en s’asseyant sur le siège situé devant moi.

Les mains dans les poches, son humeur n’allait pas en s’arrangeant.

— Non, répondit Allan. L’île est trop grande. Nous n’avons aucune piste sur son sexe ou son âge. Tout le monde peut être le coupable : les employés, les professeurs, les élèves ou même les locaux. Si l’on comptabilise le tout…

— Il y a plus de quelques milliers de personnes se baladant librement sur le terrain, compléta Lola.

— On peut déjà écarter les victimes, la nouvelle et nous quatre, ironisai-je.

Mauvaise idée. Paul n’avait pas encore digéré son humiliation. Son regard sanglant me fit bien comprendre de ne pas mentionner le nom de cette fille avant un bon moment. Lola s’approcha de moi et posa une main chaleureuse sur mon épaule. Son contact me calma immédiatement. Ce geste, combiné à sa nature, me permit de me concentrer de nouveau sur les recherches.

Elle regarda la liste des personnes séjournant ici. Avec la chance que nous avions, mon nom nous donnait la possibilité d’accéder à certaines informations capitales pour l’enquête. La politique d’immigration de Servus jouait également en notre faveur, nous permettant de connaître précisément qui résidait sur l’île en temps réel. En quelques minutes, Lola entreprit de revoir nos informations pour la énième fois et d’éliminer le plus de personnes possibles pour nous permettre d’avancer.

— Comme on le supposait, la dernière victime a été attaquée par un animal. On peut donc exclure les personnes du cursus normal, les serviteurs et les gens de passage, conclut Paul.

Lola évinça les habitants correspondant aux critères ainsi que les personnes présentes dans la salle. Il restait exactement mille huit cent quatre-vingt-trois coupables potentiels.

— Certaines attaques ne sont pas liées à des animaux. Et si l’on cherchait plusieurs individus et non un seul ? En fonctionnant de cette manière, on les éliminerait, souligna Allan.

Je relevais les yeux de mon écran pendant une seconde. Sa façon de penser était correcte.

— Si cette manière de procéder nous permet de trouver au moins l’un d’entre eux, ce serait un début suffisant, insistai-je.

— Sait-on quel genre d’animal est en cause ? s’enquit Lola.

— Une bête imposante, avec des griffes vu les marques laissées...

Cela éliminait quelques milliers de suspects de notre liste, mais pas assez.

— Huit cents, soupira Allan.

— C’est déjà mieux qu’avant, positiva Lola.

— Ce qui me dérange, c’est qu’une personne de notre cursus soit morte, souligna Paul.

Les attaques, les cibles, les victimes, les endroits, le mode opératoire, tous étaient différents, ce qui rendait une analyse presque impossible. Mais tous ces incidents avaient commencé au même moment, assez pour pouvoir les lier.

Elle enregistra les derniers changements sur un dossier codé. Le coupable avait une longueur d’avance, le laisser voir cette liste serait équivalent à une défaite en lui montrant notre pénurie de renseignements. Heureusement, nous avions plusieurs cartes en main. Lola cachait bien son jeu et était une informaticienne hors pair. Une information que peu de personnes connaissaient.

Je ne voulais pas en arriver jusque-là, mais le manque de progrès dans cette affaire allait m’obliger à prendre des mesures drastiques :

— À partir de demain un couvre-feu sera instauré. Ainsi que l’interdiction de se déplacer seul. Le premier à désobéir sera renvoyé pour un délai indéterminé, décidai-je. Allan, je te laisse l’annoncer aux professeurs qui devront ensuite transmettre le message à leur classe respective.

Mon ami hocha la tête pour me certifier qu’il avait compris mon ordre.

— Quelle justification dois-je leur donner ?

— Une attaque animale, répondis-je à Allan. Ce n’est plus une surprise pour personne, même pour les gens de l’extérieur.

En clignant des yeux, je m’aperçus que ma vision n’était pas tout à fait stable. Avec toutes ces histoires à régler, mon rôle de président et mes études, je trouvais rarement le temps de manger. Je me levai et sortis de la pièce en direction de la cafétéria sans un mot de plus pour mes amis. Une pause s’imposait si je voulais tenir le coup.

***

NINA

La porte de mon studio fermée, je respirai un bon coup et me remémorai ce que j’avais fait quelques instants auparavant. Ma gorge se noua et un poids comprima mon thorax. Décidée à laisser de côté cette mésaventure, je me dirigeai dans la cuisine pour y ouvrir le placard afin de me faire à manger. Je sortis un paquet de pâtes japonaises, facile et rapide. J’avais juste envie de manger pour oublier. J’allumai les flammes de la cuisinière pour y placer une casserole pleine d’eau.

Chaque studio de la résidence était pourvu d’une cuisine totalement équipée, d’un salon avec une télévision ainsi que d’une salle de bains. Toutes les chambres étaient obligatoirement constituées d’une colocation de deux personnes.

Marion sortit brusquement de sa chambre et claqua la porte. Elle s’affala sur le canapé rouge vif de notre petite demeure. Adieu la gentille amie, et bonjour la colocataire paresseuse et intrusive ! Je m’emparai d’un deuxième sachet et je l’ajoutai au mien dans l’eau bouillante. De la minuscule kitchenette ouverte sur le salon, je contemplai la paresse de mon amie.

— Si un garçon te voyait dans cet état, il aurait peur ! me moquai-je.

Mais c’était totalement faux. Même sans maquillage, une serviette nouée dans ses cheveux mouillés et son énorme sweat rose vif, Marion était toujours aussi belle. Bon, peut-être que le masque vert dont elle s’était tartinée sur le visage était de trop pour la qualifier de jolie actuellement !

Elle releva la tête du canapé cramoisi et me sourit sadiquement en tripotant une longue mèche d’or qui dépassait de la serviette. Une habitude qu’elle avait prise quand elle mentait ou faisait une blague qu’elle savait de mauvais goût. Je me demandais toujours si elle avait conscience de ce tic.

— Je vais essayer de venir comme ça demain... murmura-t-elle sérieuse tout d’un coup.

Elle se leva près de moi pour attraper des couverts et les déposer sur la petite table fixée au mur de la cuisine. Ce qui ne s’était jamais révélé pratique. Les administrateurs avaient-ils peur qu’on la balance par la fenêtre ? À ce niveau-là, je ne pouvais pas leur en vouloir. Vu le nombre de fois où je m’étais cognée contre ce fichu meuble la nuit, j’aurais certainement fini par m’en débarrasser.

Vidant les pâtes dans les assiettes que Marion me tendait, on s’assit l’une à côté de l’autre.

Après avoir passé ma journée entourée de belles personnes, je repensai aux propos de Paul. Et une question me turlupina.

— Est-ce que tu me trouves jolie ? demandai-je soudainement à ma colocataire.

Elle posa sérieusement sa fourchette dans son assiette, avant de me regarder les sourcils froncés.

— Toi, tu as vu Lola ! s’exclama-t-elle.

Il était vrai que Lola, en plus d’être ravissante, avait un charme indescriptible. De quoi être complexée.

— Tu es belle ! affirma mon amie. Et sais-tu pourquoi ?

Je penchais la tête une seconde sur le côté, un petit sourire aux lèvres. Je sentais que Marion était sincère, c’était déjà suffisant. Mais je ne disais pas non pour quelques commentaires supplémentaires.

— Tu as des taches de rousseur à craquer ! Des pommettes de hamster qu’on désire croquer ! Un volume de cheveux ondulés à me faire pâlir d’envie avec une couleur caramel gourmande. Sans parler de tes yeux de biche adorables et une poitrine à tomber !

Elle finit son dernier commentaire avec une pointe de jalousie dans le regard en direction de mon buste. Marion avait un corps de mannequin, elle était grande et fine. De mon côté, j’étais plus en formes. Une poitrine généreuse et des abdominaux légèrement dessinés et entretenus avec la pratique de nombreux sports dans ma jeunesse.

— Personne n’a les mêmes atouts. Mais sache que tu es belle ! confirma-t-elle en relevant les yeux.

À mon tour, je fixai ses seins, un air de défi.

— Ça, c’est sûr ! m’exclamai-je.

Marion, loin de se vexer, partit dans un fou rire. Une fois toutes les deux calmées, et moi rassurée, le repas passa à une vitesse folle. Marion se dirigea vers le frigo pour en sortir des yaourts.

— Et, comment as-tu trouvé les garçons de la Cour ? dit-elle en s’asseyant.

C’était bizarre qu’elle me parle d’hommes, et encore plus qu’elle utilise le surnom du Conseil. La Cour faisait référence à celle d’un roi, dont Damon jouait le rôle. Peut-être une comparaison à leurs beautés. En tout cas, cette Cour n’avait rien à voir avec des nobles bien élevés comme à l’époque. Mais après la gifle monumentale que j’avais infligée à Paul, je n’étais pas mieux placée pour parler d’éducation et de bonnes manières.

— Pourquoi t’intéresses-tu d’eux, tout d’un coup ? demandai-je suspicieuse.

Nous avions toutes les deux arrêté de manger pour nous regarder dans le blanc des yeux. Ma nervosité devait se lire sur mon visage. Même si je tentais de la dissimuler du mieux que je pouvais.

— Simple curiosité ! ironisa-t-elle. Androphobe ne veut pas dire aveugle, et je suis en mesure d’avouer qu’ils sont attirants, tu sais.

Comme un boomerang, l’incident avec Paul me revint en pleine figure. Dire que j’avais presque réussi à l’oublier ! La cuillère dans la bouche, j’essayais de prononcer une phrase :

— J’ai peut-être frappé Paul, bredouillai-je.

Marion me regarda quelques instants, muette de stupeur, avant de bafouiller :

— Quoi ?

J’analysai sa réaction, mais rien ne se passa. Elle semblait totalement déconnectée, comme si les informations qu’elle venait de recevoir ne concordaient pas entre elles. Sachant parfaitement ce qui allait se passer, je m’enfermai rapidement dans la salle de bains et me déshabillai tranquillement en attendant le moment fatidique. Une fois dans la douche, je laissai couler l’eau chaude sur mes épaules.

Ce moment ne tarda pas à arriver, puisque Marion débarqua derrière la porte, furibonde. Elle cria, mais l’eau m’empêchait de comprendre certains mots de son discours, que je ne devinais pas des plus amicaux.

— Et si tu m’expliquais le sens de Serviteur ! aboyai-je à travers la porte.

Je savais pertinemment qu’elle ne me répondrait pas, mais c’était exactement le but recherché. Qu’elle se taise. Je passais rapidement du savon sur mon corps et me rinçai. Une fois propre, je refermai le robinet avant de me couvrir d’un peignoir et de sortir de la salle de bain. Je retrouvai Marion assise à côté de la porte et adossée contre le mur.

— Désolée, murmura-t-elle.

— De ne rien me dire ? répliquai-je.

Elle hocha la tête. Je soupirai un bon coup, une mauvaise habitude que j’avais prise depuis mon arrivée sur l’île. Ce n’était pas non plus correct de ma part d’avoir lancé le sujet pour éviter de me faire engueuler à cause de mon comportement avec Paul.

— Un chocolat chaud avec de la chantilly devant un film ? suggérai-je en lui tendant une main, qu’elle prit pour se relever.

— Comme si je pouvais refuser une telle proposition ! répliqua-t-elle en souriant.

— Et pour te rassurer, Damon a eu l’air d’apprécier mon excès de colère, ajoutai-je avec malice.

Ce n’était pas seulement une impression, mais une certitude. Je ne comptais pas non plus m’excuser. Il fallait bien que certaines personnes leur tiennent tête lorsqu’ils dépassaient les bornes. J’espérais juste que cette histoire n’allait pas aller plus loin… Qu’ils seraient tellement occupés que je n’allais pas les recroiser avant un bon moment, le temps qu’ils oublient tout.

Chapitre 3.(Immergé)

NINA

Le lendemain, je compris qu’espérer une chose n’était pas suffisant pour qu’elle se réalise. Je pensais réellement que cette histoire se serait estompée avec un peu de temps. En quelque sorte, j’imaginais que la fierté de Paul empêcherait le récit de notre rencontre de circuler. Malheureusement en quelques heures, elle avait fait le tour de l’établissement. Le Conseil était tellement connu que cela ne m’étonnait pas que la moitié de Servus soit déjà au courant !

La rumeur colportée n’était pas fausse, mais elle avait clairement subi une censure minutieuse. On disait qu’une fille de deuxième année avait eu une dispute avec Paul et avait osé lui tenir tête. Le fait de l’avoir frappé ou encore mon nom avaient été passés sous silence radio. Dit comme cela, je préférais le mensonge à la vérité !

Mais à cause de cette histoire, qui était sur la langue de tous les étudiants, j’avais passé la journée enfermée dans mon mutisme, surveillant Marion dont le malaise grandissait chaque fois qu’elle entendait quelqu’un en parler. Autant dire qu’elle n’était pas près de s’apaiser !

De mon côté, je veillais sur la porte. À chaque ouverture, mon cœur manquait un battement comme si le Conseil allait débarquer pour m’emmener loin, m’attacher les pieds à une pierre et me jeter dans la mer.

Une sonnerie retentit, me sortant de ma stupeur, et annonçant la fin des cours et, par la même occasion, de mon calvaire. Enfin quelque chose de positif !

— Nina ! Ça te tenterait d’aller à la piscine ? demanda une voix masculine.

Matthew s’approcha de moi et s’assit sur une chaise avoisinante. Marion, qui était aussi dans la même classe de deuxième année en communication, s’installa à ma gauche pour créer une barrière de sécurité entre elle et lui. C’est-à-dire, moi.

Mon ami me fixa de son regard vairon, dans l’attente d’une réponse. Comme d’habitude, je profitai pleinement de ses yeux, un marron très clair et un très foncé, presque noir. J’affectionnais cette particularité chez lui. Et il avait aimé que je sois l’une des rares personnes à ne pas avoir fait un commentaire dessus. Comme si les individus qui s’exclamaient devant ses yeux prenaient à cœur de lui faire redécouvrir cette particularité inlassablement.

Il étira ses bras vers le haut. J’aperçus brièvement son ventre lorsque son t-shirt blanc remonta. Je me tournais rapidement vers Marion pour connaître son avis sur cette sortie, tout en priant pour qu’il n’ait pas remarqué mon regard pernicieux.

— Ça nous changera les idées ! observa-t-elle.

Sur le coup, la proposition semblait bonne, il faisait chaud aujourd’hui. Autant profiter d’une piscine gratuite que l’école nous procurait par le biais de Damon ! Convenant d’un rendez-vous devant le point d’eau, je quittai Matthew le temps de rentrer avec Marion nous changer à la résidence.

— Tu as choisi quel maillot ? se renseigna mon amie en entrant dans ma chambre.

— Le noir et toi ?

— Le blanc.

Entrant dans ma chambre, elle fronça les sourcils, montrant bien qu’elle n’appréciait pas que ma taille de poitrine soit supérieure à la sienne. J’affectionnais particulièrement le fait qu’elle passe outre la cicatrice sur mon estomac. Elle n’avait jamais posé une seule question ou regardé intensément cette marque qui recouvrait une bonne partie de mon ventre. C’était volontaire de ma part de mettre un maillot deux pièces. Si l’on cachait quelque chose, des gens venaient nous questionner. Alors que si l’on assumait un défaut, et que des personnes trop curieuses tentaient d’en savoir plus... disons qu’en général un regard froid suffisait à les faire fuir !

— Au moins, ça plaira à quelqu’un, minauda-t-elle. Matthew, ajouta-t-elle sur un air de défi comme si je ne l’avais pas compris toute seule.

Je rougis et elle tira pleinement profit de ma réaction, un sourire railleur aux lèvres. Marion avait deviné que je ne supportais pas de montrer mes stigmates et elle essayait de me changer les idées. Et profiter pour me taquiner en même temps.

— Tu le dévores du regard ! ajouta-t-elle. Tu...

Je la coupai pour l’entraîner hors de la chambre. Nous étions prêtes et je ne voulais pas avoir cette conversation. Autant se diriger vers le dôme qui recouvrait la piscine. Je devinais son sourire malicieux tout le long de la route, qui m’avait semblé interminable !

Matthew nous attendait, discutant avec un garçon que j’avais croisé quelques fois dans le couloir de l’école. Mais avec autant d’élèves et de sections différentes, il était impossible de connaître tout le monde et de mettre un nom sur des visages s’ils n’étaient pas de ma classe.

— Elles sont là ! lui signala-t-il, un sourire illuminant ses traits angéliques.

Une fois réunis tous les quatre, les présentations pouvaient débuter.

— Nina et Marion, commençai-je calmement en montrant mon amie qui se cachait derrière moi.

Finalement, ce n’était pas une excellente idée d’aller à la piscine avec Marion. Elle avait du mal avec Matthew même après avoir passé beaucoup de temps avec lui depuis mon arrivée. Alors avec le monde présent à cause de cette chaleur, dont beaucoup étaient des garçons, cela ne facilitait pas sa tâche. Heureusement, elle avait fait des efforts, et désormais elle arrivait à supporter leur proximité tant qu’ils ne la touchaient pas.

— Mon colocataire, Théo, continua Matthew.

À voir la taille du nouveau venu, il faisait certainement partie du groupe de basketteurs. Il hocha la tête, un peu distant. Il n’avait pas l’air ravi d’être ici ou d’apprécier la compagnie de Matt, mais c’était peut-être mon imagination.

Une fois dans le bâtiment, la foule se faisait sentir. Les filles étaient majoritairement réunies sur la pelouse en face dans le but de bronzer et de discuter. Les garçons étaient autour de la piscine. Les gens ne se mélangeaient pas vraiment, j’avais eu cette réflexion en comparaison avec mes anciennes écoles. Il était rare de voir des groupes mixtes ici.

— Je vais rejoindre des amis, poursuivit Théo avant de s’en aller.

Après avoir trouvé une place sur la pelouse, nous nous mîmes en maillot de bain. Marion était vraiment belle dans son bikini blanc. Chanceuse, elle avait de longues jambes hâlées par le soleil. En comparaison, j’étais aussi pâle qu’un cachet d’aspirine !

— Tu viens nager ? proposa Matthew.

Je jetai une œillade à Marion. Mais après m’avoir lancé un regard plein de sous-entendus, elle se dirigea vers des filles de notre classe.

Je me retrouvai seule avec Matthew. Sans plus attendre, il se précipita vers la piscine pour y plonger. Je l’imitai, la tête la première. En ressortant de l’eau, je vis que mon élan avait capté l’intérêt des garçons. Ils ne devaient pas avoir l’habitude qu’une fille se mélange à eux et vienne nager dans cette piscine aux allures de garçonnière. Leurs regards me perturbèrent. Je n’aimais pas être au centre de l’attention. Matthew s’approcha de moi à la nage et passa un bras protecteur autour de ma taille en riant de bon cœur.

— Décidément, sans moi tu aurais des problèmes, me souffla-t-il au creux de l’oreille.

L’étonnement passé, les hommes se détournèrent et retournèrent à leur activité précédente. Vu sous cet angle, Matt et moi devions avoir l’air d’un couple. À cette pensée, le rouge me monta aux joues. Voyant mon malaise, il me lâcha. Ses cheveux mouillés, le soleil laissait entrevoir un reflet roux sur ses mèches habituellement châtain. Certainement aussi gêné que moi, il entreprit de bénéficier des derniers rayons solaires de fin d’après-midi en faisant la planche dans l’eau. J’en profitai pour m’accrocher sur le rebord de la piscine et inspecter les environs. Un très mauvais réflexe puisque je vis que je n’étais pas la seule à avoir eu cette idée.

Le Conseil venait de faire son apparition. Paul, fidèle à lui-même, semblait toujours autant de mauvaise humeur. Les traits d’Allan laissaient transparaître une certaine inquiétude. Quant à Lola, elle tentait de pousser Damon vers la pelouse, mais celui-ci n’avait pas la mine à être ici de son plein gré. Son regard s’axa dans ma direction. Mon cœur rata un bond. Je plongeai vite sous l’eau en espérant qu’il ne m’ait pas vue. Seulement la natation n’était pas mon fort, comme rester sous l’eau longtemps. Rapidement à bout de souffle, je remontai à la surface. Et le Conseil se tenait toujours au même endroit. Sauf que cette fois, quatre paires d’yeux étaient braquées sur moi.

L’expression de Damon changea. De blasé, il semblait à présent s’amuser de la situation et me salua d’un signe de la main. Ce geste attira encore plus l’attention sur moi. Je fis un signe de la tête avant de repartir dans la direction opposée. Les garçons du Conseil étaient vraiment populaires et inutile de dire que je n’avais pas envie d’avoir affaire à leurs groupies. Mais Paul en avait manifestement décidé autrement et plongea pour s’approcher de moi. Je me retournai vers Matthew et lui pris la main, complètement paniquée. Faire semblant d’être un couple n’allait clairement pas marcher avec eux, mais la présence de mon ami me rassurait. Matt me jeta un regard surpris, mais lut la détresse dans le mien et me tira vers un endroit où j’avais pied. Et près d’une sortie.

**

DAMON

Nina se montrait de plus en plus intéressante. Elle semblait instinctive, ne réfléchissait pas avant d’agir, et ses réflexes étaient, pour ainsi dire, distrayants. Au moment où elle remonta à la surface, Paul se précipita dans l’eau. Si Nina l’intriguait autant qu’elle m’intriguait, cette fille allait devoir s’accrocher ! Entre-temps, elle avait rejoint un garçon et, ensemble, ils se dirigeaient vers l’endroit le moins profond de la piscine. J’essayais de me rapprocher au maximum d’eux à pied pour être témoin de la suite des événements et empêcher une catastrophe.

Paul arriva à sa hauteur :

— Alors comme ça, tu m’évites ? commença Paul.

Le jeu avait démarré, et malheureusement pour elle, mon ami semblait d’attaque. Elle paraissait mal à l’aise, mais essayait tout de même de rester naturelle. Le garçon qui l’accompagnait passa un bras protecteur autour de sa taille. Ma présence avait été complètement occultée, me situant derrière eux en dehors de l’eau. Paul m’avait vu et me lança un regard. Ne pas lui répondre n’allait pas le calmer.

— Tu es ? demanda Paul à l’inconnu.

Il me disait quelque chose, mais je n’arrivais pas à mettre un nom sur son visage.

— Matthew, je suis dans la même classe que Nina.

Celui-ci resserra un peu plus son étreinte autour de la taille de Nina et je vis bien que Paul semblait frustré, bien que pour la première fois, je ne devinais pas exactement pourquoi. Était-ce l’intervention du garçon qui l’énervait ou sa proximité spontanément affichée avec Nina ? Peut-être un peu des deux. Tout comme moi, Paul appréciait la jeune fille. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas rencontré quelqu’un pouvant lui tenir tête.

— Tu es Paul, non ? demanda Matthew.

Mon ami hocha la tête.

— Pourquoi cette question ? protesta-t-il, un sourire carnassier aux lèvres.

— Tes yeux rouges. Il y a beaucoup de rumeurs sur un albinos étant au Conseil des élèves, continua l’ami de Nina. Tu es assez populaire.

Observant l’étrange couple que formaient cette fille et le garçon, je remarquai un détail qui m’avait échappé jusqu’ici. Je plongeai dans l’eau. Me faufilant derrière eux, Matthew et Nina se retournèrent. Je frôlai tranquillement les côtes de la jeune fille en remontant à la surface. Un frisson la parcourut. Je n’étais pas vraiment satisfait de l’effet provoqué. Elle me regardait comme un animal sur le point de se faire égorger. Je m’éloignai d’elle sous les prunelles menaçantes du garçon qui s’appelait Matthew. Engendrer une dispute, entouré d’autant de monde, n’était pas une bonne idée.

— D’où est-ce que ça vient ? demandai-je pris d’une soudaine curiosité.

Le ventre de Nina était parcouru par trois longues cicatrices, ressemblant à une griffure d’animal. Je la sentis se crisper, comme agacée par cette question.

— Ce n’est pas un peu indiscret ? se fâcha son ami.

— Vois ça comme tu veux, répondit nonchalamment Paul du tac au tac.

Pendant que les deux garçons se fusillaient du regard, je continuai de fixer Nina, qui soutenait mon examen visuel. Prise d’une soudaine confiance, elle me dévisagea, un sourire glacial aux lèvres.

— J’ai eu ça il y a très longtemps, je ne me souviens pas.

— Mais... commença Paul pour l’embêter.

Elle leva la main pour l’interrompre. Tout malaise avait disparu chez elle, montrant une force de caractère que je commençais à apprécier. Je la trouvais plutôt courageuse d’agir ainsi avec Paul et de me regarder droit dans les yeux sans tressaillir. Il avait fallu seulement deux rencontres pour qu’elle puisse se comporter comme elle le souhaitait devant moi. Un nouveau record. J’avais eu raison de la trouver intéressante. Qui sait, peut-être qu’elle pimenterait l’année d’une façon positive.

— Je n’ai aucune raison de vous donner davantage d’informations sur ma vie privée, déclara-t-elle froidement. Je dois rejoindre une amie, à plus tard.

Elle prit la main de Matthew et sortit de la piscine pour se diriger vers la pelouse. Lola en profita pour s’accroupir devant moi sur le rebord, Allan à ses côtés.

— Elle a menti, non ? dit simplement Lola.

Il n’y avait pas de reproche. Juste une constatation.

— C’est une griffure d’animal, qui plus est énorme. Je pense qu’elle s’en souvient très bien, indiqua Allan.

— Une attaque n’est pas quelque chose que l’on oublie facilement, conclus-je.

Ce genre de cicatrice me rappelait vaguement plusieurs souvenirs. Ce n’était pas une chose rare ici, mais pour une personne extérieure à l’île, c’était une tout autre histoire. Paul semblait pensif. Il me regarda et je sentais qu’il venait d’avoir une de ses idées stupides.

— Pourquoi est-ce qu’elle ne deviendrait pas un Serviteur ?

Cette phrase sous-entendait qu’il voulait qu’elle soit raccrochée à lui. Cette pensée m’arracha un sourire malgré moi. Jamais il n’arriverait à faire en sorte qu’elle veuille ne serait-ce que de passer volontairement cinq minutes dans la même pièce que lui. Alors, le servir ?

Mais cette phrase fit jaillir en moi plusieurs idées. Et comme je l’avais pressenti, cette année risquait de devenir palpitante. Mais c’était aussi mon devoir de supprimer les distractions.

— On en reparlera quand tu m’apporteras le coupable, répliquai-je froidement.

Lola glissa un pied dans la piscine en me fixant, les sourcils relevés. Ma pique sembla lui déplaire.

Chapitre 4.(Agression)

NINA

Le soir même, Marion et moi avions décidé de nous réfugier dans notre salle de classe pour obtenir un peu de répit et parce que nous savions qu’avec cette chaleur, personne ne viendrait ici.

— Ils ne vont pas lâcher l’affaire si facilement, commença Marion en grognant.

Assise à côté de moi sur une chaise, elle fit une grimace. Elle imita une corde autour de son cou pour illustrer ses propos. Même comme ça, je n’avais pas envie de parler d’eux.

Lorsque Damon m’avait touchée, j’en avais tremblé. Je n’arrivais pas à définir si ma réaction était de surprise ou de peur. Peut-être un mélange des deux. Son regard avait quelque chose d’animal, celui d’un prédateur.

Son comportement et celui de Paul m’exaspéraient. Le mot était trop faible face à ce que je ressentais. En les croisant seulement quelques minutes, ils arrivaient à toucher la corde sensible et à agir comme de parfaits abrutis. Cette pensée m’énerva encore plus. Pourquoi se cacher puisqu’en fin de compte, ils allaient recommencer ? C’était dans leur nature.

— Et si l’on mangeait dans la chambre ? proposai-je.

Marion releva la tête vers moi. Elle n’aimait pas dîner à la cafétéria, il y avait trop de garçons à son goût, alors mon offre l’enthousiasmait.

— Pizza, exigea-t-elle.

— D’accord, dis-je en riant.

Décidément, un rien lui faisait plaisir. Il fallait également qu’elle m’explique comment elle gardait la ligne en mangeant n’importe quoi tous les jours. Elle déposa un baiser sur ma joue et se leva.

— Où vas-tu ? demandai-je surprise.

— Aux toilettes, je reviens.

— Dépêche-toi, il ne reste plus longtemps avant le début du couvre-feu, l’avertis-je.

Marion partit de la salle avec son sac. J’attendis de ne plus entendre ses pas avant de me lever à mon tour. À force de demeurer assise, j’avais besoin de me dégourdir les jambes et de respirer un bon coup. J’ouvris la fenêtre, et m’y adossai. C’était mon spot de prédilection. D’ici, on pouvait observer la mer ainsi que la ville. Comme le bâtiment se situait sur une colline, la vue était imprenable lorsque l’on fixait l’horizon. Même à cette heure-là, on pouvait constater que la plage la plus proche était bondée par des centaines de personnes minuscules et semblables à une fourmilière d’où je me trouvais.

Ce matin, les professeurs nous avaient imposé un couvre-feu : nous pouvions rester dehors jusqu’à dix-neuf heures, ensuite nous devions regagner les dortoirs, toujours accompagnés. Selon eux, un animal sauvage rôdait dans les environs et avait déjà attaqué des personnes. Cette annonce avait fait pas mal de grabuge chez les étudiants qui étaient principalement nocturnes entre les soirées ou les activités sportives. Ils s’étaient vite calmés quand le professeur principal avait annoncé que cette décision venait du Conseil des élèves. Personnellement, je ne savais pas quoi en penser. Quand je voyais le nombre d’individus à la plage, plusieurs avaient dû désobéir. Et je n’appréciais pas assez les membres du Conseil pour donner une quelconque importance à leur avis. Néanmoins, ils ne me portaient pas non plus dans leur cœur et il valait mieux que j’évite d’attirer leur attention en désobéissant. Je notais les quelques informations qui me venaient en tête dans un journal que je gardais toujours sur moi. J’y accordais trop d’importance, mais après avoir perdu une partie de mes souvenirs étant gamine, je préférais avoir un plan B au cas où la situation se répéterait. Une des raisons pour laquelle montrer ma cicatrice ne me dérangeait pas était également liée au fait que je ne me souvenais pas de sa provenance.

En regardant ma montre, je remarquai que Marion était partie depuis une vingtaine de minutes, ce qui me parut long. Je récupérais toutes mes affaires avant de partir à sa recherche. Le temps passait et je voulais arriver à l’heure à la résidence.

Déambulant dans les couloirs, je me rendis rapidement devant les toilettes. Je poussai la porte et inspectai l’intérieur. Le sac de Marion se situait près d’un évier.

— Marion ?

Aucune réponse.

Passant devant les portes, je remarquai que seulement l’une d’entre elles était fermée à clef.

— Marion, ouvre la porte ! Il ne nous reste plus que cinq minutes avant le début du couvre-feu ! me plaignis-je en toquant.

Une fois encore, il n’y eut aucune réponse. J’entrai dans une des toilettes à côté et avertis mon amie de mes intentions en tapant sur le mur qui nous séparait.

— Je monte ! Tu as intérêt à te dépêcher ! râlai-je.

Je me hissai du mieux que je pus sur la cuvette et j’atteignis enfin le haut. Sur la pointe des pieds, je découvris avec surprise qu’il n’y avait personne. Pas de Marion en vue. Maintenant, il restait deux mystères à élucider : comment les filles avaient-elles fait pour fermer ces toilettes et réussir à en sortir, et où était passée Marion ?

Un frisson me parcourut la colonne vertébrale sans avertissement. Ce contexte commençait à ressembler un peu trop à celle d’un film d’horreur, surtout celle dans les productions asiatiques qui adoraient poser une situation épouvantable dans les latrines. Il ne manquait plus que le sentiment de se sentir épier !

Je descendis de la cuvette et je regardai dans le couloir. J’eus à peine le temps d’apercevoir une personne partir en courant et entendre le son de ses pas s’éloigner.

Je corrigeai rapidement mes pensées. Je vivais une histoire d’horreur !

Pour me rassurer et m’empêcher de pousser des hurlements, je me dis que Marion avait l’intention de me faire peur. Elle voulait certainement se venger de toutes ces histoires que j’avais créées avec le Conseil. Je désirais me le prouver à moi-même en commençant par la retrouver et je me dirigeai vers la sortie pour me précipiter à la suite de la silhouette.

— Attends ! l’interpellai-je.

Mais l’inconnu s’était déjà volatilisé. Je m’orientai vers la droite, l’endroit d’où cette silhouette semblait venir quand j’avais eu le temps de la voir. Quelque part, si cette personne ne m’avait pas répondu, je n’avais pas envie d’aller vers elle, mais dans le sens opposé.

Quelques mètres plus loin, une porte était ouverte. Je la repoussai pour y jeter un coup d’œil. Et comme dans un bon scénario de film d’horreur, la porte grinça d’un air lugubre. Sans arranger mon cas, le soleil avait eu le temps de se coucher, laissant les ombres se déformer, donnant un aspect menaçant à la pièce. Heureusement, toutes les salles du bâtiment avaient été construites sur le même schéma de façon à ce que l’interrupteur se situe à gauche de l’entrée. Appuyant dessus, je compris que je m’étais avancée trop vite. La lumière ne s’activa pas.

Soudain, j’entendis un grognement plaintif semblant venir du fond de la salle. Les mains moites, je pénétrai dans la pièce, avec une certaine appréhension.

— Marion ? appelai-je d’une voix tremblante.

Un petit cri me répondit et instinctivement, je ralentis le pas. Je ne voyais pas comment une blague pouvait me sembler aussi réelle ou aussi bien ficelée... Je commençai réellement à paniquer. Deux enjambées plus loin, mon corps était engourdi par l’anxiété, bouger devenait difficile. Avancer de quelques centimètres dans le noir était similaire à faire plusieurs mètres en plein jour. Encore un pas. Un bruit étrange se fit entendre sous mes pieds. Ce son était facilement reconnaissable. De l’eau. Je venais de marcher dans une flaque.

Je me concentrai dans l’obscurité pour tenter de distinguer les formes avec l’accoutumance, mais je ne trouvai rien. Je continuai d’avancer vers les fenêtres, me rapprochant peu à peu des couinements, un nœud au ventre. Finalement, ce n’était pas un nœud qu’il y avait dans mon estomac, mais bien un essaim d’abeilles qui s’amusaient à me torturer ! Même dans le noir, je remarquai qu’un bureau avait été renversé. Et qu’une personne était allongée sur le parquet juste à côté. Je me précipitai pour tourner son visage. Marion.

M’appuyant sur le sol pour la soulever, je poussai un cri strident devant ma découverte : ma main était recouverte de sang ! Certainement le même que la flaque dans laquelle j’avais marché. D’un coup, je respirai mal. Chaque inhalation avait un goût ferreux et me donnait la nausée.

Marion haletait aussi avec difficulté.

— Marion... S’il te plaît, dis quelque chose ! la suppliai-je.

La porte se referma violemment, m’annonçant une nouvelle venue. J’étais enfermée avec Marion, gravement blessée, et un étranger. Je retins ma respiration. J’étais au courant que c’était inutile puisque l’inconnu savait pertinemment où nous nous trouvions, moi et sa dernière victime. Je connaissais ce que l’on ressentait lorsqu’on avait peur, mais là j’étais totalement terrorisée !

Chaque pas du nouveau venu provoquait un tremblement dans tout mon être et me pétrifiait sur place. Même en fixant intensément la silhouette durant tout son déplacement, je la perdis de vue un instant. Je fermai les yeux, commençant à caler mon souffle sur un compte précis pour essayer de me calmer : un, deux, trois, quatre, cinq... Qu’est-ce que j’étais censée faire dans cette situation ?

Une expiration sur ma nuque me fit perdre mon énumération et m’empêcha de respirer correctement.

— Tu n’aurais pas dû me suivre, murmura-t-il à mon oreille.

Cette voix me disait quelque chose, mais je n’eus pas le temps d’approfondir mon idée, qu’une douleur vive se répandit dans mon dos. Je tombai à la renverse, les larmes aux yeux face à la souffrance qui émergeait de ma blessure. Mon corps me fit souffrir. J’avais le bas du dos en feu. Il était facile de comprendre que je venais d’être poignardée.

Mon agresseur commença à me retourner sur le dos, avant de s’éloigner rapidement. Je tentai d’appuyer ma main sur ma blessure autant que je le pouvais.

— L’odeur du sang vient d’ici ! cria une voix.

Je me sentais fatiguée. Je fermai les yeux au moment où la porte s’ouvrit et je tombai dans un profond néant, un liquide chaud dégoulinant entre mes doigts.

Chapitre 5.(Explications)

NINA

Avec effroi, j’ouvris les yeux. Je me trouvais dans la même pièce où j’étais il y a deux jours, celle du Conseil des élèves. Si bien que je pensais un instant m’être imaginée les derniers jours, mais il n’en était rien.

— Ne bouge pas, m’intima une voix.

Je compris rapidement pourquoi. La douleur s’insinua dans chaque recoin de mon anatomie et me fit atrocement souffrir. Instinctivement, je portai la main jusqu’à mon dos et sentis une longue ligne lisse. Je ne connaissais que trop bien cette sensation : mon corps avait gagné une nouvelle cicatrice.

Un soupir m’aida à réaliser que je n’étais pas seule. Je tournai la tête et découvris la présence de Damon, Paul et Lola.

— Que s’est-il passé ? interrogeai-je, paniquée.

— Ce serait plutôt à nous de te demander ça ! cria brutalement Paul.

Cette question me fit prendre conscience de la situation.

— Et Marion ?

Je me relevai brusquement, même si mon corps m’intimait le contraire, et regardai chaque recoin de la pièce à la recherche de mon amie. Sans résultat.

— La fille qui était avec toi ? À l’hôpital, continua Paul, mécontent.

Pendant un moment, mon esprit se déconnecta. Cette simple phrase confirma que ce que j’avais vécu n’était ni un cauchemar ni une blague.

— Elle s’en sortira, ajouta Lola face à mon expression en fusillant Paul du regard.

Elle était en vie. Déjà, Marion était belle et bien vivante. Toutefois si cette expérience était bien arrivée, comment se faisait-il que j’aie une cicatrice dans le dos sans être à l’hôpital ?

— Et si tu nous racontais ce qui s’est passé ? demanda gentiment Lola, sur un ton réconfortant.

Malgré ma panique, je voyais bien que les personnes présentes étaient toutes sous tension. Paul se comportait comme une bombe qui allait exploser à tout moment, Damon était figé comme une statue dont la parole lui était inconnue et Lola tentait tant bien que mal de faire bonne figure. Je ne me fis pas prier pour raconter mon histoire en essayant de donner le plus de détails possibles. Finissant mon monologue, je remarquai que la colère de Paul et la frustration de Damon n’avaient fait qu’amplifier. Lola gardait une expression neutre et indéchiffrable. Celle-ci se rapprocha du président et le prit tendrement par les épaules malgré la différence de taille.

Je détournai les yeux et continuai :

— Je suis sûre d’une chose, celui qui nous a agressées est un homme, avouai-je.

— Es-tu certaine de ce que tu avances ? me questionna Lola, qui allumait son ordinateur portable.

— Oui, sa voix ne laisse aucun doute, dis-je en toute confiance.

Ce que je ne leur avais pas précisé était le fait que je connaissais cette voix. Malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à me souvenir de son propriétaire. Je fermai les paupières pour me reposer et me concentrer sur les bruits du clavier.

— Même de cette manière, il reste tout de même dans les trois cents suspects, soupira-t-elle.

Je continuai de garder les yeux fermés. Je savais parfaitement que cette phrase ne m’était pas adressée.

— Ne t’inquiète pas. Tu as fait de ton mieux, on finira bien par le coincer, ajouta Damon d’une voix douce.

Quand est-ce que vous le coincerez ? Lorsque tout le monde crèvera dans cette foutue école ? C’est ce que je brûlais d’envie de leur dire, mais je ne voulais pas en rajouter une couche. Et peut-être que la fatigue joua un rôle important dans ma décision : celle de me taire. Comment de simples étudiants aspiraient-ils à résoudre une attaque de cette ampleur ?

Un silence lourd s’installa pendant quelques minutes, puis Paul le rompit :

— Et si tu disais tout à l’autre idiote ?

J’ouvris les paupières sachant qu’il parlait de moi. La douleur et la fatigue me rendaient irritable. Je n’avais qu’une envie : arracher les yeux de Paul et les lui faire manger. Mais c’était l’expression de Damon qui me changea les idées. Pour la première fois, je le vis avec une moue dubitative mélangée à un air de gêne. Cela lui donnait un visage enfantin et plutôt facile à regarder par rapport à son masque habituel, froid et calculateur.

Il me détaillait comme on fixe un obstacle insurmontable que l’on serait obligé de traverser sachant parfaitement que le chemin serait très douloureux, voire mortel.

Cette réplique était un peu commune, mais parfaite pour moi à ce moment-là : je sentais que la suite des événements n’allait pas me plaire. Pas du tout.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demandai-je inquiète.

***

DAMON

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle, une inquiétude certaine sur le visage.

Ses yeux montraient bien son anxiété et sa future désapprobation. Je n’avais aucune idée de comment lui exposer la situation sans un cri ni une larme de sa part. Ou même éviter de me faire frapper vu la façon dont elle avait réagi avec Paul. Si j’utilisais les mauvais mots, je passerais immanquablement pour un pervers.

Une solution me traversa l’esprit, bien que j’allais indéniablement me faire gifler entre-deux. Je m’approchai de mon bureau pour ouvrir un tiroir sous les yeux méfiants de Nina.

— Lola, Paul, je pense que cette discussion se déroulerait bien mieux si l’on restait seuls, lançai-je.

— Si tu as besoin d’aide... commença Lola.

— Ingrat ! bougonna Paul avant que Lola ne lui décoche un coup de coude dans les côtes.

Paul n’avait pas l’air d’apprécier ma décision soudaine quand j’ai découvert Nina et Marion dans un état critique. L’odeur du sang avait envahi les environs et lorsque je l’avais vue allongée au sol, j’avais été incapable de me contrôler. Maintenant que Nina ne sera jamais son Serviteur, et que j’avais pris une décision, je devais en assumer les conséquences et tout expliquer à la principale intéressée.

J’attendis en tapant du pied que mes deux compagnons ferment la porte du bureau derrière eux. Une fois seule avec la nouvelle, je sentais bien qu’avec son caractère elle allait se refermer comme une huître et me donner du fil à retordre pour lui expliquer toute cette histoire.

— Je suppose que si tu n’as pas eu peur de Paul la première fois en voyant ses yeux, t’expliquer la situation avec des mots ne servira strictement à rien, conclus-je.

Sans même le vouloir, plusieurs personnes avaient cru que Paul était un vampire. La profusion de films et de romans à l’eau de rose vampiriques ne l’avait pas aidé. Il aimait en jouer pour éloigner les idiots beaucoup trop naïfs, mais Nina n’y avait pas adhéré une seule seconde.

Je sortis un long ciseau en métal du tiroir et je la vis se recroqueviller sur elle-même.

— J’ai une mauvaise expérience avec les objets tranchants... Si tu pouvais ranger ça, je serais extrêmement reconnaissante, marmonna-t-elle.

— Ne t’inquiète pas, je ne vais pas l’utiliser sur toi. Du moins pas directement... ajoutai-je rapidement.

Elle replia ses jambes entre ses bras, toujours assise en tailleur sur le canapé. Elle ne me quittait pas des yeux, l’air de dire : « Tu es fou et je dois trouver un moyen de me sortir de ce merdier ! ».

Au moins, elle ne s’était pas mise à crier et à courir dans tous les sens. Bien que le plus dur restait à prévoir... maintenant.

— Regarde bien ta main droite, lui demandai-je en indiquant ma propre paume.

Elle me toisa, ébahie, avant de la fixer.

— Il n’y a rien, n’est-ce pas ?

La jeune fille hocha la tête silencieusement, le visage crispé par la suspicion.

Toujours le bras en l’air pour lui montrer qu’il n’y avait aucun tour de magie, j’approchai le ciseau de ma paume. Lentement, je m’entaillai la peau. Nina eut un hoquet de stupeur. Elle mit sa main devant son visage, une expression de terreur se dessinant sur ses traits. Puis, elle regarda son membre, et découvrit une blessure identique à la mienne. Exactement au même endroit.

Le plus difficile allait venir. Je me dirigeai rapidement vers elle, profitant du choc. Devant elle, je lui chuchotai d’une voix que je voulais douce et rassurante :

— Je ne te ferais jamais de mal, te blesser reviendrait à me nuire.

Je pris son visage de ma main valide et déposai doucement un léger baiser sur ses lèvres.

***

NINA

Damon était en train de m’embrasser. Si l’on m’avait dit un jour ce qu’il comptait faire, j’aurais bien rigolé. Mais la situation était loin d’être amusante. Ce qu’il m’expliquait n’avait aucun sens. Le contact de ses lèvres me faisait perdre le fil de mes pensées, mon corps devenait frêle et surchauffait aux endroits qu’il touchait. J’étais en feu. Pourtant ce baiser n’avait rien de particulier. Juste ses lèvres frôlant les miennes avec pudeur. Mais cela suffisait amplement pour que ce moment me procure un sentiment de bien-être unique.

Bizarrement, pour une personne que je n’avais rencontrée que récemment, je me sentais à l’aise. Comme si être à ses côtés en ce moment était tout à fait naturel pour nous deux. Ses lèvres à l’arôme de café étaient presque familières. Il éloigna son visage du mien et me fixa, attendant certainement une réaction de ma part. Je le regardai droit dans les yeux, y recherchant le moindre indice sur la raison de son acte. Damon me prit la main et la serra doucement. Alors je compris.

Je me dégageai pour inspecter ma main droite. Toute trace de blessure avait disparu, excepté un filet de sang, seul élément me prouvant que je ne souffrais pas d’hallucination.

— Maintenant, je pense que tu peux croire ce que je vais te dire, soupira Damon.

— Oui...