Verlag: Klett Kategorie: Fremdsprachen Sprache: Französisch Ausgabejahr: 2015

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E-Book-Beschreibung Simple - Marie-Aude Murail

Simple ist 22 Jahre alt und geistig auf dem Stand eines Dreijährigen. Kléber, Simples Bruder, ist am Rande der Erschöpfung angesichts seines Anspruchs sich sowohl um den Behinderten als auch um seinen Schulabschluss zu kümmern. Monsieur Pinpin ist ein Stoffhase und Simples bester Freund und engster Vertrauter. Nichts ist einfach im Leben von Simple und Kléber, doch richtig kompliziert wird es, als die zwei und der Hase in eine Wohngemeinschaft einziehen. Lektüre mit Annotationen

Meinungen über das E-Book Simple - Marie-Aude Murail

E-Book-Leseprobe Simple - Marie-Aude Murail

Marie-Aude Murail

Simple

VocabulaireparUta Grasse

2. Auflage 0010/2015

© für die Originalausgabe: l’école des loisirs, Paris, 2004

© für diese Ausgabe: Ernst Klett Sprachen GmbH, Rotebühlstraße 77, 70178 Stuttgart, 2006.

Alle Rechte vorbehalten.

Internetadresse: www.klett-sprachen.de

Das Werk und seine Teile sind urheberrechtlich geschützt. Jede Nutzung in anderen als den gesetzlich zugelassenen Fällen bedarf der vorherigen schriftlichen Einwilligung des Verlags. Hinweis zu § 52 a UrhG: Weder das Werk noch seine Teile dürfen ohne eine solche Einwilligung in das Internet oder ein Netzwerk eingestellt werden. Dies gilt auch für Intranets von Schulen und sonstigen Bildungseinrichtungen. Ein weiterer kommerzielle Gebrauch oder die Weiterleitung an Dritte sind nicht gestattet.

Umschlaggestaltung: Hendrik Funke

Umschlagfoto: Hendrik Funke/Hartmut Selke

Redaktion: Sylvie Cloeren

ISBN 978-3-12-909054-1

Avec toute mon affectionà Christine Thiéblemont et à ses élèves,« trop petits pour les grands,assez grands pour la vie »(Jacques Higelin).

Table des matières

Simple (texte intégral et notes)

Liste des abréviations

Chapitre 1

Où monsieur Pinpin pète le téléphone

Chapitre 2

Où monsieur Pinpin se trouve un terrier pas super

Chapitre 3

Où monsieur Pinpin veut que tout le monde ait une queue

Chapitre 4

Où monsieur Pinpin se rend à la messe et oublie d’en revenir

Chapitre 5

Où monsieur Pinpin, pour avoir trop fait la fête, finit sur une table d’opération

Chapitre 6

Où monsieur Pinpin fait l’amour et la guerre

Chapitre 7

Où monsieur Pinpin échappe de justesse aux requins

Chapitre 8

Où monsieur Pinpin offre les roses roses à Zahra

Chapitre 9

Où monsieur Pinpin fait la connaissance de madame Sossio

Chapitre 10

Où monsieur Pinpin s’entend super bien avec la petite fille sourde

Chapitre 11

Où monsieur Pinpin reprend le chemin de Malicroix

Chapitre 12

Où monsieur Pinpin prend la clef des champs

Chapitre 13

Où meurt monsieur Pinpin

Biographie

Bibliographie

Liste des abréviations

antonyme de

mot de la même famille

°

h aspiré, pas de liaison

h aspiré, pas de liaison

enfantin

langage enfantin

etw

etwas

f

féminin

fam

familier

indic

indicatif

fpl

féminin pluriel

iron

ironique

jdm

jemandem

jdn

jemanden

litt

littéraire

m

masculin

mpl

masculin pluriel

péj

péjoratif

pop

populaire

qc

quelque chose

subj

subjonctif

qn

quelqu’un

verlan

argot, langage qui inverse les syllabes

vulg

vulgaire

ux

emploi vieilli

Chapitre 1

Où monsieur Pinpin pète le téléphone

Kléber jeta un regard oblique à son frère. Simple imitait le bruit des portes du métro à mi-voix : « Piiii… clap. »

Un homme monta à la station et s’assit à côté de Kléber. Il tenait en laisse un berger allemand. Simple se trémoussa sur la banquette.

– Il a un chien, dit-il.

Le propriétaire du berger dévisagea celui qui venait de parler. C’était un jeune homme aux yeux clairs écarquillés.

– Il a un chien, le monsieur, répéta-t-il, de plus en plus agité.

– Oui, oui, lui répondit Kléber en essayant de le rappeler à l’ordre d’un froncement de sourcils.

– Tu crois je peux le caresser ? dit Simple en avançant la main vers le chien.

– Non ! aboya Kléber.

L’homme regarda l’un après l’autre les deux frères comme pour évaluer la situation.

– Moi, j’ai un lapin, lui dit le jeune homme aux yeux clairs.

– Mais ne parle pas aux gens que tu ne connais pas, gronda Kléber.

Puis il se décida et se tourna vers l’homme au chien :

– Excusez-le, monsieur, c’est un débile mental.

– Un i-di-ot, rectifia l’autre en détachant les syllabes.

L’homme se leva et, sans un mot, tira sur la laisse de son chien. Il descendit à la station suivante.

– Connard, maugréa Kléber.

– Oh, oh, vilain mot, dit son frère.

Kléber eut un soupir mélancolique et jeta un coup d’œil sur la vitre. Il y vit se refléter sa bonne gueule d’intello aux fines lunettes cerclées. Rasséréné, il se cala au fond de la banquette et consulta sa montre. Simple, qui épiait chacun de ses gestes, tira sur les manches de son sweat et examina ses poignets d’un air critique.

– Moi, j’en ai pas de montre.

– Tu sais très bien pourquoi. Merde, c’est là !

– Oh, oh, vilain mot.

Kléber se dirigea vers la sortie mais se retourna au moment de descendre. Simple, qui l’avait d’abord suivi, s’était arrêté.

– Mais vite ! cria Kléber.

– Elle veut me couper !

Kléber l’attrapa par la manche de son sweat et le tira vers le quai. La porte automatique se referma derrière eux. Clap.

– Elle m’a pas eu !

Kléber le reprit par la manche et le traîna vers un escalier.

– Pourquoi j’ai pas de montre ?

– Tu l’as cassée pour voir s’il y avait un bonhomme dedans, tu te rappelles ?

– Ouiiii, fit Simple avec un sourire de ravissement.

– Il y avait un bonhomme dedans ?

– Non ! rugit Simple avec le même contentement.

Il pila si brusquement devant l’escalator que deux personnes derrière lui se télescopèrent. Elles protestèrent :

– Mais enfin, faites attention !

Kléber tira une nouvelle fois son frère par la manche pour l’obliger à monter sur l’escalier mécanique. Simple commença par regarder ses pieds avec effroi en les soulevant. Puis, rassuré sur leur sort, il releva la tête.

– T’as vu ? dit-il une fois tout en haut. J’ai même pas peur. Pourquoi y a pas de beaud’homme dedans ?

– C’est « bonhomme », pas « beaud’homme », le reprit Kléber pour couper court à la kyrielle des pourquoi.

Il entendit son frère marmonner :

– C’est beaud’homme, beaud’homme.

L’entêtement de Simple était quelque chose de très remarquable.

Pendant cinq minutes, il fredonna :

– Bodom, bodom.

Kléber regardait autour de lui, pas trop sûr de la route à prendre. Ils n’étaient à Paris que depuis quinze jours.

– C’est encore loin ?

– Je ne sais pas.

Kléber était à cran. Il ne reconnaissait plus le quartier. Simple s’arrêta au milieu du trottoir et croisa les bras.

– Je veux voir papa.

– Papa n’est pas ici. Il est à Marne-la-Vallée et nous, on est à… à… ?

– Tchoum ! compléta Simple.

Puis il se mit à rire de sa drôle de bonne blague. Kléber eut un mince sourire. Simple avait trois ans d’âge mental, trois ans et demi les jours fastes.

– On est à Paris. Allez, viens, il faut se dépêcher. Autrement, il fera nuit.

– Y aura des loups ?

– Oui.

– Tu sais, je peux les tuer avec mon vérolair.

Kléber étouffa un ricanement. Ils se remirent à marcher. Kléber reconnut soudain la rue qui montait. C’était là. Au 45 de la rue du Cardinal-Lemoine.

– Ah non, dit Simple devant la porte d’entrée.

– Quoi encore ?

– Je veux pas, c’est chez la viève dame.

– Écoute, c’est notre grand-tante, c’est la sœur de la mère de…

– Elle est moche.

– Elle n’est pas très belle.

– Elle pue.

Kléber approcha la main du digicode et fronça les sourcils.

– Alors, c’est 4… 6…

– 4, 6, B, 12, 1000, 100, débita Simple à toute vitesse.

– Tais-toi. 4… 6…

– 9, 12, B, 4, 7, 12…

Kléber regarda le clavier, complètement hébété.

– Appuie, appuie les boutons ! 9, 7, 12…

Simple se mit à enfoncer n’importe quelle touche. La porte grésilla et s’ouvrit.

– J’ai gagné !

En réalité, une grosse dame sortait. Simple la bouscula pour entrer.

– On ne pousse pas les gens ! lui cria Kléber. Dis pardon à la dame !

Simple avait déjà monté cinq marches en deux enjambées. Il se retourna et lança gaiement :

– Pardon, la dame ! T’es trop grosse pour la porte !

Et il reprit sa galopade dans l’escalier. Kléber essaya de le rattraper tout en hurlant :

– C’est au troisième ! C’est au troisième !

Simple monta les six étages de l’immeuble, en redescendit quatre puis en remonta un. Enfin, il s’immobilisa sur le palier, langue tirée et haletant comme un chien. Kléber s’accota un instant au mur, pris d’une grosse fatigue.

– T’appuies le bouton ?

Simple avait peur du bruit de la sonnette. Il se boucha les oreilles tandis que son frère sonnait.

– Bon, mais moi, j’ai dîné, fit une vieille dame en leur ouvrant. C’est à six heures trente, la soupe des vieux. Alors, peut-être, les jeunes, ça mange à pas d’heure, mais moi, j’ai ma soupe et c’est à six…

– Gnin, gnin, gnin, l’imita Simple, intrigué par le grincement des mots qu’elle enfilait.

– Qu’est-ce qu’il a, celui-là ? dit la grand-tante en levant le bras comme si elle allait le frapper.

– Mais laisse-le, il n’est pas méchant, dit Kléber.

– Moi, je vais la tuer, moi. J’ai mon vérolair !

De la poche de son pantalon, Simple extirpa un pistolet d’alarme. La vieille dame poussa un cri.

– Une arme ! Il a une arme !

– Mais c’est une fausse, intervint Kléber.

– Oui, mais on dirait qu’elle tue pour de vrai. Attention, quand je vais faire « pan », tu vas être mort. Attention, la viève dame… Simple visa posément sa grand-tante, qui se mit à hurler de terreur.

– Pan !

La vieille dame s’enfuit vers la cuisine. Simple regarda son frère avec, dans les yeux, autant de stupeur que de fierté.

– Elle a peur.

Puis, quand même déçu :

– Elle a pas mort. Moi, j’ai un couteau, moi.

– Tu l’achèveras une autre fois.

Après avoir avalé un kilo de nouilles à eux deux, ils se retrouvèrent dans la minuscule chambre que la grand-tante avait mise à leur disposition. Kléber sortit son téléphone portable. Simple l’épiait toujours.

– T’as un téphélone, toi, dit-il d’un ton d’envie. Pourquoi j’ai pas un téphélone ?

– Parce que tu es trop petit, répondit distraitement Kléber. Alors, 01… 48…

– 12, 3, B, 1000, 100.

Kléber se passa la main sur le front. Son frère l’avait encore embrouillé. De toute façon, à quoi bon appeler leur père ?

Monsieur Maluri ne connaissait qu’une solution : l’institution. Il lui dirait de remettre Simple à Malicroix.

– Coucou ! fit une voix malicieuse.

Simple, assis en tailleur sur le lit, cachait quelque chose derrière lui. Il répéta « coucou » sur un ton prometteur. Deux oreilles de tissu flasque et grisâtre dépassèrent de son dos. Il les agita.

– Manquait plus que lui, marmonna Kléber.

– C’est qui ?

– Je ne sais pas.

Il fallait faire durer le plaisir.

– C’est avec « in » dedans, dit Simple.

– C’est un lutin ?

– Non !

– C’est un requin ?

Simple s’étouffait de rire.

– C’est monsieur Pinpin ?

– Ouiiii ! hurla Simple en brandissant un vieux lapin en peluche dont les oreilles avaient la tremblote.

Le téléphone portable se mit alors à sonner.

– C’est moi, supplia Simple. C’est moi : « Allô ».

Kléber se leva d’un bond pour que son frère ne cherche pas à lui arracher le téléphone.

– Allô, papa ?

– Non, c’est moi, c’est moi : « Allô, papa ».

– Oui, ça va, dit Kléber, le ton dégagé. On est avec monsieur Pinpin, là, ça va bien… La vieille tante ? Ça va aussi. Enfin, non, pas trop.

Kléber avait décidé de cracher le morceau.

– Simple ne l’aime pas beaucoup. Il veut la tuer.

Kléber ne se rendait pas toujours compte de ce qu’il disait.

– Mais non, pas pour de vrai ! Avec le vérolair… Oui… oui… je sais, papa. J’en suis responsable, c’est moi qui ai voulu… Oui.

Il leva les yeux au plafond tandis que son père se justifiait.

Simple était une charge trop lourde, il rendait la vie impossible, il fallait le remettre à Malicroix. Pendant ce temps, Simple, qui avait renversé sur le lit tout un sac de Playmobil, jouait à mivoix, l’air absorbé. Mais il laissait traîner une oreille.

– Lui, il est pas sage, dit-il d’un petit cow-boy blanc et noir, il va aller à l’instutution.

Simple prit un air de sombre satisfaction. Le petit bonhomme eut droit à des menaces, des claques, une piqûre. Puis il le mit sous son oreiller.

– Au secours ! Au secours ! cria le petit cow-boy.

Tout en discutant avec son père, Kléber regardait jouer son frère.

– Le mieux, c’est qu’on trouve une piaule à louer. On sera indépendants… Mais non, papa, il n’y a pas à « surveiller » Simple. Il a vingt-deux ans.

Simple venait de reprendre le Playmobil sous l’oreiller et il le disputait :

– T’es un i-di-ot. Moi, je veux plus te voir. Je vais faire un trou. Tu vas aller dans le trou et puis tu vas être mort et moi, je suis pas triste de toi. Où il est, monsieur Pinpin ?

Il chercha son lapin, l’œil égaré. Quand il l’aperçut, il se détendit brusquement :

– Aaaah ! Le voilà. Monsieur Pinpin, il va tuer Malicroix.

Il y eut sur le lit un effroyable carnage. Monsieur Pinpin tomba au milieu des Playmobil, les jeta en l’air ou les écrasa contre le mur.

– Monsieur Pinpin, il pète la gueule, dit tout bas Simple.

Puis il lança un regard sournois en direction de son frère qui bataillait au téléphone :

– De toute façon, on a l’argent de l’héritage de maman. Tu n’auras pas à payer le loyer… Oui, je sais ce que je fais.

Kléber éteignit le portable après avoir obtenu une vague autorisation paternelle. Il resta un moment les yeux flous, serrant le portable contre son cœur. Dix-sept ans. Il avait dix-sept ans, il venait de s’inscrire en terminale à Henri IV. Il ambitionnait les classes préparatoires, puis une grande école. Et il traînait après lui une espèce de monstre. Son frère Simple – de son vrai nom Barnabé –, qui croyait que les lapins en peluche sont vivants.

– Simple ?

Barnabé cessa de jouer et dit « Mon frère ! », comme si Dieu venait de l’appeler.

– Écoute-moi, Simple, on va se chercher une maison pour tous les deux. Mais je ne pourrai pas être avec toi tout le temps parce que, dans quinze jours, je dois retourner à l’école.

– C’est pas bien, l’école.

– Si, c’est bien.

– Et pourquoi moi, j’y vais pas ?

– Je t’ai dit de m’écouter. Si tu veux rester avec moi, il va falloir que tu fasses des efforts.

Simple écoutait, la bouche entrouverte, éperdu de bonne volonté.

– Tu comprends, il faut que tu m’aides.

Simple sauta sur ses pieds :

– Je vais tout ranger le lit.

Kléber soupira :

– C’est ça…

Dès le lendemain matin, Kléber décida de faire la tournée des agences de location. Il hésita un moment avant de laisser

Simple à la maison.

– Tu seras sage ?

Simple fit oui à s’en décrocher la tête.

– Tu n’embêteras pas la tante ?

Simple fit non de la tête avant de dire d’une manière un peu contradictoire :

– J’ai mon couteau, moi.

Sur le pas de la porte, Kléber hésitait encore. Soudain, il eut l’idée de ne pas couper tout à fait le lien avec son frère. Il lui confia le téléphone portable. Avec un émerveillement craintif, Simple le reçut au creux de ses mains jointes. Kléber lui expliqua qu’il l’appellerait dans la matinée pour savoir ce qu’il faisait.

– Tu vois, quand ça sonne, tu appuies sur le petit téléphone vert.

Kléber emporta avec lui l’image de son frère tétanisé par le bonheur. Dès que la porte d’entrée se fut refermée, Simple poussa un hurlement :

– Monsieur Pinpin !

Il se rua dans la chambre où le lapin somnolait sur l’oreiller.

– Qu’est-ce tu as à crier comme ça ? demanda monsieur Pinpin.

– J’ai le téphélone ! hurla Simple.

Monsieur Pinpin se redressa :

– Passe ! Passe !

– Non, c’est à moi. 4, 7, 12, B, 1000, 100.

Il pianota sur le clavier puis porta l’appareil à son oreille.

– Allô ? dit-il. Allô, monsieur-madame ?

Il parut écouter puis secoua le téléphone et le remit contre son oreille :

– Allô, monsieur-madame ?… Ça marche pas.

Monsieur Pinpin s’allongea de nouveau, ses longs bras mous derrière la tête, affectant le désintérêt.

– Ça marche quand y a un beaud’homme dedans.

– Y a pas de beaud’homme, dit Simple, se souvenant de la mésaventure avec la montre.

– Si. Mais il vient quand le téphélone sonne.

Simple regarda longuement monsieur Pinpin. Il cherchait un contre-argument.

– Bon, dit-il en abandonnant le téléphone, on joue ?

Au premier examen, monsieur Pinpin pouvait passer pour un vieux lapin, montrant par endroits la trame du tissu. Mais dès qu’il s’agissait de jouer, ses oreilles s’agitaient frénétiquement et ses jambes flasques semblaient montées sur ressorts.

– On joue à quoi ?

– À Malicroix.

– Encore ! T’as pas un autre jeu ?

– Mais c’est bien, celui-là.

Simple se pencha vers monsieur Pinpin et lui souffla à l’oreille :

– Tu pètes la gueule.

Monsieur Pinpin dut en convenir : c’était quand même un très bon jeu.

Vers dix heures, alors que les Playmobil assis en rond autour du cow-boy l’empêchaient de s’évader, le portable se mit à sonner.

– C’est moi, c’est moi ! hurla Simple.

À demi fou d’excitation, il appuya sur le sigle du téléphone.

– Allô, Simple ? fit Kléber.

– Allô, monsieur-madame ? Bonjour, comment ça va ? Merci, ça va bien, il fait beau, au revoir, madame.

– Attends, c’est ton frère…

Un peu effrayé, Simple se tourna vers monsieur Pinpin :

– C’est le beaud’homme.

– Pète le téphélone ! ordonna monsieur Pinpin qui faisait des petits bonds sur place. Pète dans le mur !

Simple lança le téléphone contre le mur avec une sorte de violence apeurée. Puis il l’acheva à coups de talon. Après avoir repris son calme, il se pencha et examina le téléphone fracassé.

– Tu le vois ? s’informa monsieur Pinpin, prêt à détaler.

– Nnnnon, hésita Simple.

– Je le savais, fit monsieur Pinpin en se recouchant sur l’oreiller. Il est microspique !

Après son coup de fil avorté, Kléber décida de retourner rue du Cardinal-Lemoine. Il riait en repensant au ton de Simple tandis qu’il débitait au téléphone toutes les formules de grande personne qu’il connaissait. Kléber avait envie d’être heureux.

La fille de l’agence avait flashé sur lui. Elle lui avait promis la visite d’un deux pièces en début d’après-midi. Kléber se sentait capable d’emballer la fille et l’appartement.

– Simple ! Simple ?

Il trouva son frère assis sur le lit, en train de tripoter le cow-boy.

– Tu as eu peur ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

Soudain, son regard tomba sur le téléphone qui déversait ses entrailles au pied du mur.

– Y a pas de beaud’homme, dit Simple, navré.

Le rendez-vous était fixé à quatorze heures. Kléber ne voulut pas laisser Simple à la maison. Les vingt-deux ans de son frère rassureraient davantage la fille de l’agence que ses propres dix-sept ans. Toute la question était de savoir si Simple pouvait faire illusion le temps de la visite.

– Tu dois être sage. Tu ne parles pas. Tu ne cours pas partout.

À chaque phrase de son frère, Simple acquiesçait en silence.

Kléber l’avait durement secoué pour l’affaire du téléphone.

– Coiffe-toi. Lave tes mains. Et… je vais te mettre une cravate.

La mine boudeuse de Simple s’illumina. Une demi-heure plus tard, il s’admira dans le miroir de l’entrée. Il avait une chemise et une cravate, une veste claire et un pantalon sombre. Kléber eut l’air moins satisfait. Les vêtements les mieux coupés prenaient sur le corps de Simple des alluresfantasques d’épouvantail.

– Tu te rappelles ? Pas un mot !

Kléber mit un doigt sur ses lèvres pour fixer la consigne dans l’esprit de son frère. Bien sûr, il pouvaitle faire passer pour sourdmuet, mais c’était risqué. Simple était capable d’expliquer à la fille de l’agence qu’il était muet.

Le petit appartement se trouvait en haut d’un vieil immeuble avenue du Général-Leclerc. Jackie y attendait ses clients. Elle avait remplacé la cigarette par le chewing-gum deux mois auparavant. Mais elle venait de craquer et elle était en train de fumer tout en chewing-gumant. Elle pensait à Kléber. Mignon, le gamin. Il avait un frère aîné. S’il ressemblait à Kléber, cela devenait intéressant. Jackie se rongea les ongles tout en fumant et chewing-gumant.

Au bas de l’escalier, Kléber achevait le briefing de son frère.

– Tu ne dis rien, tu ne bouges pas. Tu n’as pas pris ton vérolair, j’espère ?

– Non.

Kléber monta deux marches.

– J’ai mon couteau, dit Simple dans son dos.

Kléber se retourna :

– C’est quoi, cette histoire de couteau ? Où il est, ton couteau ?

Simple cilla sans répondre.

– Tu me le montres ?

– Non, dit Simple avec un rire gêné.

– Je vais m’énerver, tu sais, je vais m’énerver ! Tu veux que je m’énerve ?

Par moments, Kléber disjonctait. La panique envahit les yeux de Simple.

– C’est un couteau pour de faux.

– Montre-le.

– Gnémongnigni.

– Quoi ?

Simple monta sur la même marche que Kléber et se mit sur la pointe des pieds pour lui souffler à l’oreille :

– C’est mon zizi.

Kléber resta quelques secondes abasourdi.

– Mais t’es con.

– Oh, oh, vilain mot.

Il ne restait plus qu’à monter les six étages au galop.

Jackie fut étonnée en voyant entrer les deux frères. Ils avaient un air de famille, mais le plus jeune paraissait le plus âgé. Il avait des yeux sombres nourris d’un feu intérieur et l’autre des yeux clairs qui semblaient des fenêtres ouvertes sur le ciel. On s’attendait à y voir passer des étourneaux. Kléber avait des cheveux courts en harmonie avec son sourire de séduction sous contrôle. Simple avait de longs cheveux emmêléscouleur paille et semblait constamment hors de lui. Jackie lui tendit la main.

– Bonjour, mâchouilla-t-elle.

Simple, oubliant déjà ses promesses, se mit à réciter :

– Bonjour, ça va ? Merci, au re…

– Donc c’est la pièce principale ? s’écria Kléber pour couvrir la voix de son frère.

Jackie sursauta.

– Oui, c’est la pièce à vivre, très claire, comme vous voyez, exposition sud-ouest.

Simple s’agitait devant elle. Elle ne put faire autrement que de le dévisager.

– J’ai la cravate, dit-il, car il n’était pas certain que la dame ait remarqué.

Elle eut un bref sourire de travers qui s’apparentait plutôt à un tic.

– C’est sûr que de nos jours, pour avoir un logement, vaut mieux faire bonne impression.

Comme elle se sentait mal àl’aise, elle prit une nouvelle cigarette dans son paquet et fit jaillir une flamme de son briquet.

– C’est dangereux, lui dit Simple à qui on avait interdit de jouer avec le feu.

– Oui, je vais arrêter, répondit Jackie, agacée.

– Et il y a une autre pièce ? enchaîna Kléber.

– Alors, oui, une pièce qui donne au nord, c’est plus sombre, mais c’est sur cour, très calme…

Kléber et Jackie passèrent dans l’autre pièce. Simple ne les suivit pas. Il regardait autour de lui, ébahi. Son frère lui avait dit qu’ils allaient vivre ici. Mais il n’y avait pas de chaises, pas de table, rien ! Simple avança sur la pointe des pieds, craignant de réveiller quelque enchantement dans ce lieu mystérieux. Puis il aperçut une porte entrouverte. Il la poussa. C’était un placard intégré dans le mur. Vide. Simple sourit et plongea la main dans sa poche. Il en sortit deux Playmobil. Il avait aussi emporté tout un fourbi de petits objets. Il les installa sur les étagères et recréa en miniature tout un appartement. Oubliant à l’instant même où il se trouvait, il joua à mi-voix, la tête dans le placard. Jackie revint dans le salon, escortée de Kléber.

– Vous regardez les placards ? dit-elle à Simple. Ça, c’est vraiment le plus de cet appartement. Beaucoup de rangements intégrés. Elle ouvrit la porte en grand.

– Tiens, il y a un petit locataire qui a oublié ses jouets. Excusezmoi…

Elle allongea la main pour débarrasser le placard des Playmobil.

– Mes Playmo ! hurla Simple.

Il se tourna vers son frère, scandalisé.

– Elle me vole mes Playmo ! Je vais la tuer, moi. J’ai mon couteau !

Jackie relâcha les bonshommes. Terrorisée, elle recula vers la chambre.

– Simple, arrête ! cria Kléber. C’est rien, mademoiselle, il est débile. Il…

Simple empochaitprécipitamment ses jouets.

– Allez-vous-en ! Sortez d’ici ! ordonna Jackie.

– Mais ça va, ce n’est pas la peine de nous parler sur ce ton, répliqua Kléber. D’ailleurs, c’est beaucoup trop cher pour ce que c’est, votre deux pièces. Viens, Simple. On n’en veut pas, de cette maison.

Simple jeta un regard triomphant à la fille de l’agence :

– Y a même pas de chaises, d’abord !

Dans la rue, Kléber ne fit aucun commentaire. Au fil de la journée, il se sentait glisser dans un monde insensé. Il devenait mécanique. Il retint son frère au bord du trottoir alors que celuici allait s’élancer devant les voitures.

– Le beaud’homme est rouge, lui dit-il.

Une fois de l’autre côté, Simple fit toc toc sur la vitre du beaud’homme devenu vert. Au fond, Kléber avait pitié du pauvre garçon. S’il ne trouvait aucune solution, il devrait le reconduire à Malicroix. Sur le chemin du retour, Kléber remarqua une plaque de fer rouillé à l’entrée de l’hôtel du Vieux Cardinal : « Chambres à louer à la semaine. » Il songea qu’il pourrait louer une chambre, en attendant de trouver un appartement. Il avait hâte d’échapper à la grand-tante.

– Viens, dit-il en attrapant Simple par la manche.

L’entrée était déserte et sentait la poussière. Derrière un comptoir, quelques clés semblaient attendre le client depuis longtemps.

– S’il vous plaît ? appela Kléber.

Simple, inquiet, enfonça les mains dans les poches de son pantalon.

– Bonjour, dit une voix rocailleuse derrière eux.

Une fille très maquillée et court vêtue s’avança vers les frères Maluri. Simple adorait les dames qui mettent du sent-bon. Il lui fit un grand sourire.

– Ça va, toi ? lui dit-elle en l’attrapant par la cravate.

Kléber la regarda faire, pétrifié.

– J’ai la cravate, dit Simple, très fier que la dame ait vu du premier coup.

– Et qu’est-ce que tu veux qu’on te fasse, mon lapin ? lui demanda-t-elle, les yeux mi-clos.

Au mot « lapin », Simple extirpa doucement quelque chose de sa poche.

– Coucou, dit-il, l’intonation malicieuse.

Deux oreilles flasques s’agitèrent à la sortie de la poche.

– C’est quoi, ça ? questionna la fille, un peu réticente.

– C’est qui ? rectifia Simple. Il y a « in » dedans.

Kléber pensa « putain » et attrapa son frère par la manche.

– Viens, murmura-t-il.

Mais, au même moment, Simple sortit son lapin par les oreilles et l’agita sous le nez de la fille. Elle poussa un cri de frayeur.

– C’est monsieur Pinpin ! hurla Simple, déchaîné.

Comme il entraînait son frère vers la rue, Kléber eut encore le plaisir d’entendre la fille s’écrier :

– Mais c’est des malades, ces deux-là !

Kléber n’était pas pressé de retrouver l’appartement noirâtre de la grand-tante. Il décida de montrer à Simple le lycée Henri IV en superbes pierres blanc doré.

– Tu vois, c’est mon école.

– Pas beau.

Ils poursuivirent leur promenade jusqu’au jardin du Luxembourg. Simple voulut montrer les petits voiliers à monsieur Pinpin. Les frères Maluri s’assirent au bord d’un bassin et Simple mit le lapin sur ses genoux.

– Il s’abîme, ton Pinpin, remarqua Kléber. Il ne faut pas le tasser comme ça dans ta poche.

– C’est pas Pinpin. C’est monsieur Pinpin.

– D’accord, murmura Kléber en souriant.

Il regarda les enfants qui couraient autour du bassin pour rattraper leur voilier. Il fit flic flac dans l’eau du bout des doigts.

Le jour baissait. Il s’en foutait. De quoi ? De ce que les autres pouvaient penser de Simple et de son lapin. Il sortit la main de l’eau et la posa sur le genou de Simple.

– On y va ?

– Tu m’as mouillé de l’eau.

Avant de rentrer, ils passèrent à la supérette du quartier à la recherche de Prince au chocolat au lait. À la caisse, Kléber patienta en lisant les petites annonces affichées par les clients. Soudain, il fronça les sourcils. Le destin lui faisait signe : « Étudiants cherchent deux colocataires pour partager appartement. Téléphoner au 06… » Kléber nota le numéro sur un ticket de métro usagé.

Chez la grand-tante, Simple réclama un bain. Il commença par emporter un sac de Playmobil dans la salle de bains.

– Tu ne mets pas monsieur Pinpin dans l’eau, l’avertit Kléber.

– Non.

– Tu le laisses dans ton lit.

– Oui.

Dès que son frère eut le dos tourné, Simple enveloppa monsieur Pinpin dans son pyjama et fila vers la salle de bains.

– Mais tu m’étouffes ! râla monsieur Pinpin en se dégageant.

Il s’assit sur la machine à laver et regarda la baignoire se remplir.

– Tu mets la mousse ?

Simple ouvrit une bouteille bleue et en versa un bon quart dans l’eau.

– Plus ! Plus ! cria monsieur Pinpin en sautillant d’une jambe sur l’autre.

– C’est des bêtises, lui dit Simple d’un ton sévère.

Monsieur Pinpin fit semblant de n’avoir rien entendu.

– On fait le camping ?

Simple avait la toile de tente Playmobil et des skieurs et une barque et des pingouins. Tout cela faisait un camping des plus convaincants.

– J’ai perdu un ski, dit Simple.

Il avait renversé tout le sac sur le carrelage et il cherchait.

– Merde, fit monsieur Pinpin.

– Oh, oh, vilain mot.

– On s’en fout.

Ils ricanèrent. Puis tous deux plongèrent dans la mousse, noyèrent des skieurs, sauvèrent des pingouins, ramèrent entre des icebergs. Au bout d’une heure, le bain était froid, le carrelage trempé et monsieur Pinpin tout alourdi d’eau.

– Je pèse deux tonnes, dit-il.

– Merde, conclut Simple.

Il fallut avertir Kléber du désastre.

– Mais quel chantier ! Et tu as encore trempé ton lapin. Range-moi tout ça.

Simple ne se le fit pas dire deux fois. Tous les Playmobil disparurent dans le sac.

– J’ai perdu un ski.

– Grave, dit Kléber.

Il essora comme il put la peluche puis la suspendit au fil à linge par les oreilles.

– Tu finiras par avoir sa peau à ce lapin.

Simple regarda monsieur Pinpin puis haussa les épaules. Les bêtises, ça se paye. Kléber regarda plus longuement la peluche. Un jour, elle tomberait en loques. À cette pensée, son cœur se serra.

péterfam casser, détruire

obliqueregard schräg

à mi-voix halblaut

un berger allemand une race de chien

se trémousser s’agiter nerveusement

une banquette un banc

dévisager regarder fixement

écarquilléyeux grand ouvert

un froncement de sourcils [suʀsi] un regard sévère (Zusammenziehen der Augenbrauen)

avancer tendre

aboyerici: parler de façon forte et sévère

gronder schimpfen

un débile mental un handicapé mental

un connardvulg Arschloch

maugréer schimpfen, wettern

un vilain motenfantin böses Wort

une bonne gueulefam un visage sympathique

intellofam intellectuel

rasséréné (de nouveau) satisfait, content

épier observer

une manche parti d’un pull-over qui couvre le bras

le poignet Handgelenk

couper schneiden

Elle m’a pas eu ! Ich bin entwischt !

un ravissement Verzückung

un escalator un escalier automatique

se télescoperici: tomber l’un sur l’autre

l’effroim la peur intense

une kyrielle une répétition monotone

l’entêtementm Sturheit

fredonner chantonner

être à cran être très énervé, hors de soi

une blague Scherz, Witz

un jour faste Glückstag

le ricanement rire mauvais, méchant, sarcastique

moche ≠ beau

puer sentir mauvais

le digicode elektrisches Türschloss

le clavier Tastatur

hébété irrité

appuyer presser

une touche Taste

bousculer pousser

lancerici: dire

le palier Treppenabsatz

°haleterpour un chien: respirer rythmiquement

s’accoter à qc s’appuyer sur qc

se boucher les oreilles se mettre les mains sur les oreilles

intrigué irrité

extirper qc defam tirer qc de

une arme Waffe

s’enfuir se réfugier

la stupeur l’étonnement

la fierté Stolz

achever qn jdm den Rest geben

les nouillesfpl les pâtes

mettre qc à la disposition de qn donner qc à qn

le front Stirn

embrouiller qn rendre qn confus, irriter qn

malicieux schelmisch

être assis en tailleur im Schneidersitz sitzen

prometteur → promettre

flasque schlapp, schlaff

grisâtre qui est presque gris

Manquait plus que lui. Der hat mir noch gefehlt.

durer (an)dauern

brandir schwingen, schwenken

supplier anflehen

arracher qc à qn prendre qc de façon brutale à qn

dégagé lässig, ungezwungen

cracher le morceaufam dire la vérité

lever les yeux au plafond regarder de façon très énervée (die Augen verdrehen)

une charge Bürde, Last

l’air absorbé concentré

laisser traîner une oreillefam écouter en secret

sage gentil

sombreici: heimtückisch

une menace Drohung

une claque Ohrfeige, Klaps

une piqûre une injection

un oreiller Kopfkissen

une piaulefam une chambre

surveiller überwachen, beaufsichtigen

disputer schimpfen, schelten

un trou Loch

égaré plein de peur

apercevoir voir, remarquer

se détendre