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La première saison d'un road trip déjanté à travers l'Espagne.
Mathieu voyage seul dans le sud de l’Espagne à bord de son Tourbus. Il s’arrête plusieurs mois au milieu des falaises. Dans une grotte, en bordure d’une crique, en marge de la crise espagnole, vit Sister. Une hippie, qui fut « junky, jeune et jolie ».
Rescapée puis rejetée, rebelle puis isolée. Elle vit là avec ses chiens, sa dope et ses obsessions. Sister et Mathieu apprennent à se connaître, seuls sur cette plage, en automne puis en hiver. Ce road trip, c’est le récit de la chute ailée de Sister. Et c’est vertigineux.
Dans un style saccadé et efficace, l'auteur nous raconte la drôle de rencontre entre un jeune homme et une ancienne hipppie désabusée.
EXTRAIT
Sur la route, il avançait avec le sentiment de s'éloigner de la mort. Fataliste, il se moquait d'encore la rencontrer.
Comme il le faisait pour soigner ses amis, il éclata de rire, cette fois-ci pour lui. Le Tourbus enfin s'en allait vers le sud. Il allait faire le tour de la péninsule ibérique, suivre la mer. Il allait commencer par Figueres pour finir à San Sebastian qu'il n'atteignit jamais. Il voulait trouver chaque route, chaque rue au plus proche de la côte comme on longe une frontière. Une frontière entre le monde des hommes et l'inaccessible horizon, quelques cargos au loin allaient transporter son imaginaire.
Il était temps de changer de fuite, de partir et faire une rencontre, celle qu'il redoutait, la sienne.
Mathieu était comme heureux.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Voix-Écriture, c’est ainsi que l’on nomme l’écriture radiophonique. Jean-Christophe Cabut l’a pratiquée durant vingt ans à Radio France.
Originaire de Bordeaux, il a vécu à Papeete, Cayenne et Montréal. Il aime raconter les gens, leurs histoires et écrire leurs voix.
Road Trip est une série dont
Sister est la saison 1 en 5 cahiers séparés.
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Seitenzahl: 88
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Fina estampa, caballero
Caballero de fina estampa
Un lucero que sonriera bajo un sombrero
No sonriera mas hermoso
Ni mas luciera caballero
Y en tu andar, andar, reluce la acera al andar, andar
Chabuca Granda
À Bobby
Mathieu n’aimait plus le monde.
Parce qu’il l’écoutait, le monde, se vider de sens, lui se sentait inutile, gênant et seul. Il avait aimé la vie. Il était trop jeune. Il avait croisé la mort. Il était trop tôt.
Un conducteur saoul sous le pont d’une voie rapide. Dans un virage, la mort roulait vite et à contre-sens. Mathieu l’évita d’un léger coup de volant, un écart élégant, cette fraction de seconde qui sépare le torero cambré de l’animal frontal.
Des taches apparues sur son corps. La mort s’était fait attendre de longues années sans venir. Mathieu l’avait bien vue chercher des amis mais pas lui. Chaque année était une année de gagnée. Les progrès de la science augmentaient une espérance, la vie.
Mais une toxine lente et tenace menaçait aussi son existence. Mathieu mit longtemps à accepter qu’il avait été un enfant martyrisé. Des parents violents dont l’idée d’être surpassés par leurs enfants leur était insupportable. Les mots méprisants, les coups sans traces furent un massacre invisible et permanent de son mental. Mathieu mit longtemps à comprendre que la dépression était une longue, très longue maladie, bien plus féroce que son putain de cancer.
Il se suicida jour après jour. Honora sans faille le contrat d’inexistence rédigé par ses parents. Son frère aîné l’avait précédé. Moins docile que Mathieu, Olivier avait répondu aux ordres de ne pas être par une violence inouïe, contre lui. On le retrouva battu à mort, un midi dans son lit, la veine percée d’une aiguille sale. L’overdose était un leurre. Ses dealers avaient maquillé leur meurtre en une mise en scène sordide. Olivier survécut, une semaine dans le coma. Il se réveilla puis mourut d’une hémorragie interne. Il avait vingt et un an, Mathieu à peine vingt.
Les heures firent des jours à rester prostré chez lui. La position était fœtale. Évidemment. Il avait perdu sa concentration puis sa mémoire et enfin son travail. Lorsqu’il touchait un salaire, Mathieu avait acheté un van, un outil de liberté. Il y avait un lit, deux feux gaz, un frigo, un set de gamelles : quatre assiettes en alu rangées dans deux casseroles emboîtées pour ne faire qu’une, l’essentiel pour cuisiner et manger. Il n’utilisa rien.
Ses amis aimaient beaucoup sa joie de vivre. Mathieu, l’épicurien, racontait des blagues au restaurant. S’ils n’avaient pas d’argent, il invitait les gens. Tous riaient, s’amusaient. Ils partageaient avec lui leurs souffrances. Il avait les mots qu’il faut. Il leur remontait le moral. Il les faisait parler, pleurer puis rire. Certains savaient qu’une fois rentré, Mathieu retournait dans sa part d’ombre, chez lui.
Le père de Mathieu était mort depuis un an léguant tout son pécule, près de cent mille euros, à sa femme de ménage. Il avait rendu son âme grise avant de mettre sa maison en viager. Mathieu reçu assez d’argent de la vente pour payer ses dettes. Le Tourbus, ainsi surnommait-il son van, restait garé sans bouger dans la rue d’à côté, comme lui, figé sur son canapé.
Antoine, son toubib qui plusieurs fois lui sauva la vie, l’accompagna le jour du rendez-vous médical nécessaire à l’obtention d’une pension. Il dit sèchement à Mathieu de rembarrer son empathie, qu’il n’était pas là pour rassurer le médecin-expert, de le laisser parler, de se taire. Mathieu obtint le tiers de son salaire d’avant, ce qu’il trouvait bien suffisant. Matin et soir, il avalait désormais un stabilisateur d’humeur qui lui faisait du bien. Antoine avait assuré à Mathieu de quoi vivre. Vivre.
Un matin de septembre, il prit trop d’affaires, trois jeans, une dizaine de t-shirts, une grosse veste en laine, deux ordinateurs par peur de manquer. Il dit au revoir, claqua la porte latérale du van et partit. Il aimait la mer et les bateaux.
Sur la route, il avançait avec le sentiment de s’éloigner de la mort. Fataliste, il se moquait d’encore la rencontrer. Comme il le faisait pour soigner ses amis, il éclata de rire, cette fois-ci pour lui. Le Tourbus enfin s’en allait vers le sud. Il allait faire le tour de la péninsule ibérique, suivre la mer. Il allait commencer par Figueres pour finir à San Sebastian qu’il n’atteignit jamais. Il voulait trouver chaque route, chaque rue au plus proche de la côte comme on longe une frontière. Une frontière entre le monde des hommes et l’inaccessible horizon, quelques cargos au loin allaient transporter son imaginaire.
Il était temps de changer de fuite, de partir et faire une rencontre, celle qu’il redoutait, la sienne.
Mathieu était comme heureux.
La crique devint son refuge.
Elle se méritait depuis la station balnéaire par un camino de cailloux qui longeait la côte. Des parcs naturels en Espagne autorisaient encore les voitures qui osent. Dans son van depuis trois semaines, Mathieu avait habité des plages, une nuit ou deux, délestées de l’été bruyant. En septembre, elles recouvraient leur âme. Une fois parti de celle-ci, il y était revenu sans comprendre. À chaque fois, il revenait dans cette cala et retardait son départ ce qui ne déplaisait pas à Sister.
Ce soir-là, il faisait presque froid. Mouillé par l’orage de la veille, le camino ne partait plus en poussière. Mathieu commençait à en connaître les nœuds de pierres, les passages difficiles entre les rochers et la mer. Par réflexe, il savait les éviter. En arrivant, l’eau était lumineuse. Les chiens aboyaient. Il gara le Tourbus au bon endroit, le même à chaque fois, pour qu’il donne de l’ombre le lendemain midi.
Sister vivait au rythme du soleil. Il faisait nuit. Elle était couchée. Sa tente semblait sans vie. Puis un cri :
– Hey !
Mathieu sursauta.
– Frangin, c’est toi frangin ?
– Yep, Sister, c’est moi.
La pleine lune commençait à perdre ses quartiers. Il lui manquait une accolade. Elle illuminait encore la crique maintenant réveillée. Mathieu tira le frein à main. Le bruit du moteur leur étant devenu familier, les chiens dans la nuit s’arrêtèrent d’aboyer. Ils ne s’arrêtaient jamais sous les lunes claires. En sortant du van, les cinq têtes baissées vinrent lui lécher les mains en le poussant du museau.
– Hey frangin, c’est toi qui m’a envoyé un viking ?
– Ha non, Sister ! Un viking sous la main, tu penses bien que je l’aurais gardé pour moi.
– Ha merde, ouais. Pas con. Je n’y avais pas pensé. Alors, c’est pas toi qui m’a envoyé le viking…
Les chiens reprirent place sous l’auvent de la tente. Le matelas neuf et la belle couette de plumes leur étaient interdits, deux gueilles les avaient offert à Sister en partant de la crique cette mi-septembre.
Dans sa Quechua sans lumière, Sister parlait vite et fort. Le viking avait apporté des croquettes pour les chiens. Mathieu releva le toit électrique du van pour se coucher, s’installa à l’arrière, la porte latérale grande ouverte.
– Il était beau, ce con. Il avait le marteau de Thor en pendentif !
Mathieu alluma une cigarette en avalant ses cachetons du soir. Il écoutait Sister, invisible, raconter sa journée. Il y avait eu embrouille dans l’après-midi au sujet des chiens avec le beau germanique qui était revenu dans la soirée.
– Avec quarante kilos ! Tu le crois ?
Sister bondit de sa tente et apparut soudain dans les lumières du camping-car, lovée dans le plaid bleu ciel. Le Tourbus ensablé la veille, Mathieu l’avait vainement utilisé sous les roues pour tenter de se dégager. Le plaid était troué de tous côtés mais Sister n’avait pas voulu le jeter.
– Regarde, j’en ai fait un poncho ! Je l’ai découpé au milieu. C’est cool.
– Cool !
Puis elle ajouta, sans respirer :
– Et tu sais quoi, je n’ai pas pu faire l’incantation de la pleine lune hier avec l’orage, c’est con, je vais m’faire un joint.
– À demain Sister.
– Dors bien, Hermano.
Elle disparut sous sa guitoune. Elle éteignit sa lampe de poche à manivelle. Elle dit, toujours en criant :
– Tu es sûr ? Ce n’est pas toi qui m’a envoyé le viking ?
– Bonne nuit, Sister !
– Dors bien. Mais qui c’est alors qui m’a envoyé le viking ? Les extra-terrestres ? Wow, c’est fort !
Et comme Sister vivait au rythme du soleil, une fois levé elle l’était aussi. Au matin, par la vitre du van, elle dit de sa voix forte et rapide à Mathieu qui dormait :
– Si c’est pas toi qui m’a envoyé le viking, c’est les extra-terrestres tu crois ? Tu as vu le plaid, j’en ai fait un poncho. Je l’ai coupé au milieu. Hermano, j’ai fait du café, t’en veux ?
– Heu, oui, je veux bien.
– Ok. Je vais m’faire un joint !
Mathieu souriait à Sister qu’il connaissait depuis trois jours, depuis toujours.
Au premier jour, Mathieu était arrivé par la plage d’à côté.
Les journées mimaient l’été. L’automne fourbe s’installait par la nuit. L’hiver vaincrait, réalité que rejetait Mathieu. Non, le sud de l’Espagne n’aurait pas d’hiver ! Aux premiers rayons, le soleil dévorait la crique, l’eau bleu électrique et les rochers rouges.
Mathieu s’installa la toute première fois sur ce petit parking de terre battue en bord de mer. Il partit au matin, comme chaque jour, trouver une autre plage plus au sud, quelques kilomètres plus bas. Elle était belle, comme les autres, mais il avait le sentiment d’avoir oublié quelque chose. Il devait faire demi-tour, vite. Pur instinct ! Il reprit la route vers le nord. Après l’épreuve du camino de roches qui sadisait le Tourbus, il atteignit le soir, les calas, les trois criques.
Deux grandes pointes rocheuses encerclaient les trois plages. L’une inaccessible aux voitures, l’autre le parking qu’il connaissait déjà, il choisit donc la troisième pour varier. Une meute de chiens aboya en courant vers le Tourbus à son arrivée. Mathieu vit une demi-douzaine de campeurs autour d’une grande tente et un feu. Pour ne pas les gêner, il se réinstalla sur le parking à côté.
Jusqu’à tard dans la nuit, autour d’une table en bois fané, des gens parlaient. Des voix matures, des phrases courtes, espacées de longs silences. Ils avaient tourné la tête en le voyant. Mathieu se sentit exclu comme lors d’une soirée mondaine où l’on sait qu’aucun participant ne viendra vous rassurer. Il comprit à leurs gloussements d’adolescents qu’ils tiraient savamment sur leurs puros
