Son dernier voyage - Charlotte Darras - E-Book

Son dernier voyage E-Book

Charlotte Darras

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Beschreibung

Elena fête tout juste ses vingt ans lorsqu'elle reçoit en cadeau, une lettre. Rapidement, elle comprend qui en est l'auteur : sa grand-mère, décédée deux ans auparavant. Cette dernière s'en est allé emportant avec elle tous ses secrets. Pour découvrir ce qu'elle lui cache depuis tout ce temps, elle devra suivre "à la lettre", les indications laissées par son Abuela. Sans le savoir, Elena se prépare pour le voyage de sa vie, vers une destination encore inconnue. Sur place, elle essaiera de renouer avec son passé, mais devra également tout mettre en oeuvre pour apprendre à se faire confiance et à s'écouter. Serait-ce son dernier voyage, ou au contraire, le commencement d'un nouveau...

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Seitenzahl: 325

Veröffentlichungsjahr: 2022

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À ma famille et mes ami.e.s

Sans qui cette histoire

N’aurait jamais vu le jour.

À mon grand-père.

Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 1

Lundi 17 juin 2019

Si je pouvais me cacher dans un trou de souris, je le ferais et y resterais probablement toute la journée. Abuela1 nous a quittés quelques semaines après que je ne fête mes dix-huit ans. C’est encore un anniversaire que je passerai sans elle, et grandir sans sa présence me semble insurmontable. C’est Grand-mère qui s’est le plus occupée de moi durant toute mon enfance. Mes parents ont travaillé très dur pour m’offrir tout le confort nécessaire.

Il y a un an, j’avais invité Paula et Julio, mes deux meilleurs amis, qui avaient réussi, malgré mon humeur massacrante, à me remonter le moral. Cette année, je n’espère qu’une chose : que cette journée s’achève et qu’on passe au plus vite à la suivante.

—Elena, ma chérie, viens s’il te plaît, crie mon père.

— J’arrive !

Je sors de mes pensées et le rejoins dans la cuisine où ma mère s’active aux fourneaux. J’ignore ce qu’ils m’ont prévu, mais aujourd’hui je n’ai pas le cœur à la fête.

— ¡ Feliz cumpleaños mi corazón2 ! s’exclame ma mère en déposant le gâteau encore fumant sur la table.

— Joyeux anniversaire, Ela, reprend mon père.

—Fais un vœu et souffle.

Je ferme les yeux et imagine encore grand-mère à mes côtés m’aidant à souffler mes bougies. J’essaie de refouler cette idée avant que les larmes ne commencent à dévaler sur mes joues. Je crois que mon seul souhait est d’être à nouveau heureuse. Mon visage se referme peu à peu. Ma mère me regarde d’un air triste en poussant vers moi quelques cadeaux.

Mon regard s’attendrit avant de souffler mes vingt bougies. Tous deux m’applaudissent, dans l’espoir de me remonter le moral. J’ouvre les paquets un à un. L'excitation perçue dans leurs regards m’amuse car ils ont toujours adoré me faire des surprises. J’aime d’autant plus les ouvrir.

—Nous avons un dernier cadeau pour toi. Quelque chose d'un peu spécial.

Il me tend une enveloppe. Mon cœur se serre instantanément devant cette écriture familière. Celle d’Abuela.

— C’est une lettre de grand-mère. Elle nous l’a confiée peu avant son décès et nous a fait promettre de te la donner le jour de tes vingt ans, reprend ma mère.

Mon cœur bat à tout rompre, mes mains tremblent, mon souffle se fait irrégulier. Mes doigts se serrent sur la lettre. Après une grande inspiration, je commence à décoller la languette. Je laisse enfin mes larmes s’échapper en lisant ses mots :

« Ma chère Elena,

Vingt ans déjà, tu grandis si vite. J'aurais aimé être présente en ce jour particulier pour souhaiter un joyeux anniversaire à ma merveilleuse petite-fille. Nous l’aurions fêté entre nous, pour te prouver une nouvelle fois tout l’amour que nous te portons. Tous ces moments passés ensemble n’ont été que signe de bonheur. Un immense bonheur.

Je voulais faire les choses en grand et te faire le plus beau des cadeaux... Te confier enfin tous ces secrets que je garde depuis des années et que tu rêves de connaître. Je ne peux pas te les révéler dans une simple lettre, tu dois les découvrir par toimême.

Ma chérie, prépare tes valises, le voyage de ta vie commence dès ce soir. Je sens que tu es prête à renouer avec ton passé... et ton avenir.

Je suis si fière de la jeune femme que tu es devenue. Je t'aime si fort.

Avec tout mon amour, Ambrosia,

Ton Abuela. »

Je ne peux plus retenir mes larmes. Grand-mère me manque chaque jour. En serrant la lettre contre mon cœur, quelque chose tombe sur la table. Une autre enveloppe, plus petite. Ne comprenant pas ce que c’est, je regarde mes parents, les sourcils arqués.

—C’est la deuxième partie de ce cadeau, explique mon père.

En l’ouvrant, je suis tout de suite attirée par le logo rouge, en haut à gauche accompagné de l’inscription « Trasmediterránea », une compagnie maritime espagnole. En regardant de plus près je commence à comprendre. C’est une carte d’embarquement, mais pour aller où… je l’ignore encore, car les informations importantes ont été soigneusement masquées.

Voyant mon absence de réaction, ils laissent échapper un petit rire. Je ne cesse de les regarder à tour de rôle, attendant leur explication.

—Ela, tu prends le bateau ce soir, annonce enfin ma mère.

—Quoi ? Ce soir ? À quelle heure ? Il faut que je prépare mes affaires ! Et puis, je dois dire au revoir à Julio et Paula ! Et...

— Ne t’en fais pas, tu as encore le temps. L’embarquement n’a lieu qu’à partir de vingt-et-une heures.

—Mais pour aller où ?

— Tu le sauras demain matin quand tu arriveras à destination, rétorque mon père, un sourire en coin.

Je me lève, toujours aussi bouleversée par toutes ces révélations : la lettre de grand-mère, et maintenant, le départ imminent pour un lieu dont je n’ai aucune indication.

— Je vais préparer ma valise alors, soupiré-je.

— Prends ton temps, nous ne partons pas tout de suite. Prends une part de gâteau avec nous avant.

Je prends place autour de la table avec eux, une assiette remplie devant moi. L’odeur du chocolat emplit délicieusement chaque recoin de la cuisine

— Merchi Maman, ch'est très bon, réponds-je la bouche pleine.

—Avec plaisir, Cariño, je suis contente qu’il te plaise. Je sais que c’est celui que tu préfères.

— Il est encore meilleur quand c’est toi qui le prépares.

La fin de journée approche, je m’enferme dans ma chambre pour préparer mes valises et appeler Paula. Elle décroche dès la première sonnerie :

— ¡ Cumpleaños Feliz Elena ! Chante-elle en chœurs avec Julio. Tu ne croyais quand même pas qu’on allait t’oublier !

— Je pensais que vous seriez venus au moins pour le gâteau…

— On voulait venir, tu le sais bien, ajoute mon meilleur ami dans un soupir.

— C’est compliqué de trouver le temps avec les cours, renchérit Paula. On viendra te voir ce week-end si tu n’as rien de prévu.

— Je ne serai pas là...

— Comment ça ? répondent-ils à l’unisson.

— Je prends le bateau ce soir…

— Quoi ? Tu pars où ? Tu reviens quand ?

— Je n’en sais pas plus que vous. C’est un cadeau d’Abuela !

— Tu as intérêt de tout nous raconter de A à Z, Elena !

— Je vous appelle quand je serai arrivée. Vous me manquez…

—Tu nous manques aussi !

Cette discussion n’a rien arrangé à mon état. Le stress commence à se faire ressentir. Je ne sais pas où je vais ni quand je reviendrai et ça m’effraie. N’ayant encore jamais voyagé toute seule, j’appréhende beaucoup. Comment découvrir par moimême ce qu’Abuela me cache depuis tout ce temps ?

Avant de fermer ma valise, j’y glisse mon chargeur et ma liseuse, sans lesquels je ne pars jamais. J’ai toujours besoin d’un bon roman, où que j’aille.

J’essaie de m’imaginer où je serai demain. Peut-être que ce bateau va m’emmener en France, j’ai toujours rêvé de visiter ce pays. Ou bien l’Italie, ou encore le Portugal. Je ne sais même pas quels endroits cette compagnie de navires dessert.

Quelqu’un toque à ma porte, me faisant sursauter.

—Ela, je peux entrer ?

—Bien sûr, Papa, entre.

—Comment te sens-tu à quelques heures de ton départ ?

— Je me languis de connaître ma destination. Malgré ça, j’ai peur de ne pas trouver ce dont Abuela m’a parlé dans sa lettre. J’ai peur de la décevoir.

— Ma chérie, Maman et moi on a confiance en toi. Grandmère a toujours cru en toi, ne t’en fais pas.

— Je ne pourrai jamais assez vous remercier pour ce si beau cadeau.

— Nous n’y sommes pour rien, c’est ton Abuela qui a tout organisé avant de s’en aller. On était au courant depuis le début, mais nous devions garder le secret.

—Grand-mère était incroyable.

— Bien sûr qu’elle l’était, mais tu l’es tout autant, crois-moi, me rassure-t-il.

— Papa, sur les billets je n’ai vu que la date de l’aller. Je rentre quand de ce... voyage ?

—Quand tu auras compris toute la vérité, répond-il sûr de lui.

J’esquisse un sourire et le prends dans mes bras.

—Tu en es où avec ta valise ?

— Je viens tout juste de la terminer.

—Avec ta mère, on pensait partir d’ici quelques minutes pour dîner à Barcelone. Nous serons sur place et on en profitera pour fêter ton anniversaire avant ton départ, qu’en penses-tu ?

—Avec grand plaisir, allons-y.

J’ai toujours vécu seule avec mes parents à Rubí, dans une maison de campagne, à cinq minutes à pied de la maison de grand-mère. Quand elle était encore parmi nous, j’allais la voir régulièrement. Nous mettons moins d’une heure pour rejoindre Barcelone, alors durant le trajet, j’essaie d’en savoir un peu plus.

Malgré mes nombreuses tentatives pour obtenir un indice, j’ignore toujours ma destination. Au fond de moi, j’ai envie de garder l’effet de surprise. J’espère juste ne pas me retrouver dans un pays froid car je n’ai pas prévu de vêtements chauds.

Mes parents essaient de se rappeler ensemble la route à prendre pour se rendre jusqu’au port. Pendant ce temps, n’étant pas d’une grande aide, je repense aux promenades du dimanche que nous faisions avec Abuela. Nous discutions beaucoup toutes les deux. Elle était de très bon conseil et savait m’aider dès que j’en avais besoin. Elle remarquait quand ça n’allait pas, je n’avais même pas besoin de parler, qu’elle comprenait.

Après quarante minutes de route, nous arrivons enfin à Barcelone. C’est dans cette ville que j’ai fait mes études. J’ai vécu un grand nombre de choses ici, de bonnes comme de mauvaises... de très mauvaises, même si mes souvenirs restent vagues. J’ai dû rapidement arrêter l’école supérieure après un accident. Nous n’en avons jamais reparlé avec ma famille et je suis consciente que c’est mieux ainsi.

Plus tard, nous nous installons dans un restaurant portant le nom de Ginos. Depuis notre table, nous pouvons apercevoir un côté du port. De là je regarde un navire, de la compagnie Baleària, je m’imagine déjà à bord de l’un d’eux. Je n’ai encore jamais mis les pieds dans un bateau, c’est la toute première fois alors je suis impatiente de le voir de l’intérieur.

—Pas trop stressée, Ela ? demande ma mère.

— Si, je sens que ça commence à monter. Mais je dirais plus que c’est de l’excitation, mélangée à de l’impatience. Combien de temps dure la traversée ?

—Huit heures si je ne me trompe pas, affirme Papa.

—Huit heures ? Je vais y rester la nuit ?

—En effet. Mais tu ne verras pas le temps passer... Enfin si tu arrives à dormir. J’espère que la mer restera calme et qu’ils n’ont pas prévu de tempête dans les prochaines heures, s’inquiète ma mère.

— C’est vrai que je n’avais pas songé à cette possibilité. Comment je vais faire si j’ai le mal de mer ?

—Ne t’en fais pas. J’ai pensé à tout, répond-elle. Je t’ai glissé une trousse à pharmacie dans ta valise, en cas de petit imprévu.

L’heure tourne, nous quittons le restaurant après ce délicieux repas. Il est vingt-et-une heures et il est temps pour moi d’embarquer. Avec mes parents, nous nous dirigeons vers le bâtiment de la compagnie Trasmediterránea, l’accès se fait par ici, grâce à un long couloir qui mène jusqu’au bateau, un peu à la façon de ceux que l’on traverse à l’aéroport pour rejoindre l’avion. Nous entrons dans une très grande salle où tout au bout se trouve l’accueil, et dont toute la longueur est agrémentée par des maquettes de certains bateaux de la compagnie. Je n’arrive plus à décrocher mon regard, fascinée en pensant au nombre d’heures de travail minutieux que cela a dû leur demander.

—C’est l’heure du départ, mi corazón, m’avertit mon père.

—Vous allez beaucoup me manquer. Je vous tiens au courant pendant la traversée par message. Je vous appelle demain, dès mon arrivée.

— Je suis déjà impatiente d’avoir de tes nouvelles, ajoute ma mère les larmes aux yeux.

Je m’empresse de les prendre dans mes bras. J’ignore encore combien de temps durera ce voyage.

Une voix au micro nous tire de notre étreinte. Ma mère pose rapidement ses mains sur mes oreilles pour m’empêcher d’entendre ma destination. C’est le deuxième appel pour les passagers sans véhicule, je dois rejoindre les autres passagers. Je dis une dernière fois au revoir à mes parents et poursuis mon chemin vers un long couloir. Je me tourne vers eux, leur fais un cœur avec mes mains et continue, sans me retourner.

En entrant dans le bateau, le personnel de l’équipage me salue, comme tous les autres passagers. Je me sens un peu perdue ici, je cherche désespérément la réception, mais me résous à suivre la foule pour la trouver. Après quelques minutes d’attente, c’est enfin mon tour.

— Bonjour et bienvenue à bord du navire Ciudad de Mahon, quel est votre nom je vous prie ? me demande l’hôtesse.

— Bonjour, je suis Elena Mora Díaz, je dois avoir une réservation, réponds-je en lui présentant mon billet.

—Voilà votre carte d'accès pour la cabine 869, mademoiselle Díaz. Vous pouvez prendre les escaliers se trouvant juste derrière vous, ou l’ascenseur sur la droite. C’est au premier étage. Si vous avez besoin de renseignements, n’hésitez pas à revenir vers nous, nous sommes à votre disposition durant toute la traversée.

—Merci.

Je récupère tous les documents que la réceptionniste me tend, puis me dirige vers la cabine, que je ne mets pas beaucoup de temps à trouver. Je n’ai qu’à insérer la carte poinçonnée dans la petite fente prévue à cet effet sur la poignée pour que celle-ci se déverrouille. Ce principe d’ouverture est très original, je n’avais encore jamais rien vu de tel. Je pousse la porte, en tirant derrière moi ma grosse valise. J’y découvre une cabine, avec un lit superposé, le lit d’en haut est plaqué contre le mur et le lit d’en bas est ouvert, prêt à m’accueillir pour la nuit. Je dépose mes bagages par terre et envoie un message à mes parents ainsi qu’a Julio et Paula.

À Maman: Je viens tout juste d’arriver dans ma chambre, il y avait beaucoup de monde à la réception. J’ai une cabine rien que pour moi ! Je vais me promener un peu sur le bateau en attendant le départ. Soyez prudents sur la route. Je vous aime.

Une fois le message envoyé, je sors des affaires plus confortables et entre dans la salle de bain pour prendre une douche rapide. Je n’ai aucune envie de rater le départ du bateau. Je veux regarder la sortie du port et voir toutes les lumières de Barcelone disparaître.

Enfin habillée, je prends mon téléphone, mes écouteurs et me mets à la recherche d’une porte de sortie pour rejoindre le pont. Avant, je m’arrête au bar pour acheter à boire.

Pendant que le barman prépare ma boisson chaude, je saisis mon téléphone afin d’immortaliser cette salle, à moitié vide. J’aimerais me créer des souvenirs tout au long de mon voyage. Le serveur revient vers moi et me tire de ma rêverie.

—Voilà pour vous.

—Merci. Vous travaillez dans ce bateau depuis longtemps ?

— Presque 10 ans. Et vous, c’est la première fois que vous faites ce genre de traversée ?

— Exactement. À vrai dire, je ne sais même pas où je vais. C’est une surprise de ma grand-mère.

—Oh, alors je me tais. Je ne voudrais pas la gâcher.

—C’est gentil de votre part.

— Je vous en prie. Vous devriez sortir, nous n’allons pas tarder à partir.

Sur ces mots, je me lève, le thé à la main et m’en vais en direction du pont extérieur.

Je respire à pleins poumons, non sans remarquer que l’air est chargé d’iode. J’ai comme l’impression de suffoquer et je me sens libre à la fois, pour la première fois de ma vie.

Je ne suis pas la seule à vouloir regarder ce spectacle. Plusieurs personnes sont appuyées contre les garde-corps, attendant de voir la terre ferme s’éloigner pour quelques heures. Je me sens soudain prise d’un vertige, avant de comprendre que le bateau se met en mouvement. Je regarde la terre, à plusieurs mètres de moi. Si je me penche trop et que je tombe, la chute sera très longue. Nous nous éloignons peu à peu du port. Ça y est, c’est enfin le départ.

Une brise légère s’engouffre dans mes cheveux encore humides de la douche. Je bois ma boisson, en évitant de me brûler les lèvres. Elle est encore chaude, tranchant parfaitement avec la température un peu fraîche de la nuit. J’attrape mes écouteurs que j’ai glissés dans la poche de mon jogging et lance la musique qui m’apaise le plus en ce moment : The Night We Met3.

Les lumières du port se font de plus en plus petites à mesure que nous nous éloignons. Je suis impatiente de découvrir où je serai demain ! Je ne suis même pas sûre d’arriver à dormir cette nuit, tant l’excitation est présente.

—Moi aussi j’aime assister au départ.

Je me tourne vers cet inconnu et retire l’un de mes écouteurs dans un sursaut.

— Je ne vous ai pas entendu arriver…

— Désolé si je vous ai fait peur, répond-il d’une voix posée.

— Ce n’est rien. C’est la première fois que vous prenez le bateau vous aussi ?

Le jeune homme se met à rire.

— Pas vraiment, je travaille ici depuis presque un an. Je profite de ma pause pour regarder la vue. Et vous ?

— Oui ! Ça se voit tant que ça ? demandé-je en rigolant à mon tour.

— Vous n’avez pas l’air d’être une habituée. C’est la première fois que vous allez à...

— Je vous coupe tout de suite ! J’ignore où je me rends et je souhaite garder la surprise.

— Très bien, alors je ne dirai rien. Promis !

— C’est un cadeau de ma grand-mère et je tiens à respecter ses dernières volontés…

— C’est un magnifique cadeau qu’elle vous fait. L’endroit vous plaira. Je n’ai aucun doute là-dessus.

— Je l’espère.

Je regarde l’heure sur mon téléphone. Il est déjà bien tard et je tombe de fatigue.

— Ravie d’avoir fait votre connaissance, monsieur.

Le jeune homme sourit à nouveau.

—Appelez-moi Joaquín.

—Et moi c’est Elena.

Je me détourne de lui puis rejoins ma cabine. En arrivant, je prends ma liseuse et entame la lecture d’un de mes romans favoris. Mes yeux se ferment seuls. Je m’endors paisiblement et retrouve Abuela dans mes songes.

1 Grand-mère

2 Tous les mots en italiques sont écrits en espagnol.

3 The Night WeMet, chanson de Lord Huron

Chapitre 2

Mardi 18 juin 2019

Réveillée depuis cinq heures trente, je flâne sur mon téléphone. Quand je décide enfin de me lever, une heure s’est déjà écoulée. Une fois prête et mes affaires rangées, je me dirige vers le bar afin de prendre un petit-déjeuner. Mon café fumant entre les mains, je pars m’installer dehors pour profiter de la fraîcheur matinale. En franchissant la porte qui mène à l’extérieur, j’ai la sensation que mes poumons ont beaucoup de mal à s’habituer à l’humidité de l’air.

Au loin, j’aperçois la côte. J’en déduis que nous n’allons pas tarder à arriver. J’attrape mon portable, prends une grande inspiration et ouvre une application de géolocalisation. Le chargement est long, trop long, tandis que moi je brûle d’impatience de savoir. Avant qu’il ne prenne fin j’éteins mon téléphone. Je dois faire preuve d’un peu de patience, je verrai bien une fois arrivée.

—Bonjour Elena, vous avez bien dormi ?

Je fais face à mon interlocuteur et tombe nez à nez avec l’homme d’hier, Joaquín.

—Très bien merci. Le lit était très confortable.

— Je ne manquerai pas d’en faire part au grand patron, dit-il en me souriant très sincèrement. Alors, quels sont vos pronostics concernant notre destination ?

— Je n’en sais toujours rien. J’ai voulu regarder où nous étions, puis j’ai préféré abandonner cette idée.

— Vous êtes courageuse de partir seule. Je vous admire beaucoup pour ça.

—Vous êtes seul vous aussi, lui fais-je remarquer.

— Touché ! Mais je rentre souvent chez mes parents, chaque fois que mon emploi du temps me le permet.

— Je n’ai encore jamais voyagé sans eux…

—Vous restez combien de temps ?

—Le temps qu’il faudra.

Il me sourit à nouveau et me tend une enveloppe. Je le regarde, les sourcils froncés.

— La réceptionniste me l’a remise ce matin. Apparemment, ça viendrait de vos parents.

—Merci.

Le jeune homme s’éloigne et disparaît derrière une porte de service.

« Elena, nous espérons que la traversée s’est bien passée.

Un taxi t’attendra à la sortie du port, il t’amènera jusqu’à l’Hotel Abrat à Sant Antoni de Portmany. Tu y resteras jusqu’au 25 juin. Pour ce qui est de la suite, ne t’en fais pas, Grand-mère avait tout prévu.

Il est temps de t’annoncer que tu arrives à... Ibiza, une île espagnole, située dans l’archipel des Baléares, dont la capitale porte le nom d’Eivissa.

Profite, mi corazón, ce voyage est le tien.

Nous t’aimons si fort. Papa&Maman. »

Je relis la lettre trois fois de suite pour être certaine d’avoir tout compris. Je vais à Ibiza ! J’ai déjà entendu parler de cet endroit plusieurs fois. Cette île est réputée pour ses fêtes. Je ne pense pas que ma présence ici ait un lien avec ceci.

Je prends quelques instants pour respirer. J’ai envie de lâcher un cri de joie, mais tous les passagers autour de moi risqueraient de me prendre pour une folle.

Je retourne dans ma cabine, des idées plein la tête et ce sourire toujours accroché à mes lèvres. Je rassemble toutes mes affaires, car nous n’allons pas tarder à arriver. Je ressors de la cabine avec ma valise et mon sac à dos avant de retourner dehors. Au loin, je distingue un château perché sur sa toute petite colline, qui surveille l’arrivée des navires. L’île est très belle depuis la mer !

Le ciel m’offre un magnifique spectacle, un lever de soleil audessus de la mer pour m’accueillir sur ce lieu paraissant sortir tout droit d’un conte de fées. Aucun mot ne serait assez fort pour décrire le sentiment qui me parcourt. Des frissons m’envahissent, mon pouls s’accélère et mes yeux se gorgent d’eau. Je vis un rêve éveillé. Comment un endroit comme celui-ci peut me faire ressentir autant de choses différentes en même temps ? Je serre mon pouce dans mon poing. Je souhaite me souvenir de ce moment pour toujours et revivre, dès que le besoin s’en fera sentir, les émotions qui m’ont traversé à cet instant précis, grâce à ce point d’ancrage.

Tandis que le bateau manœuvre dans le port, j’en profite pour retourner à l’intérieur avec les autres passagers, en attendant que l’on nous autorise à débarquer.

Je profite du peu de temps qu’il me reste à bord pour en faire le tour. Je n’ai même pas pris la peine de le « visiter » hier soir. Sur les murs sont affichés des clichés, mettant en valeur les eaux turquoise et les falaises rougeoyantes de différentes îles. J’entre dans une première salle où je suis entourée de nombreux fauteuils. Sur le moment, ils semblent plutôt confortables, même si je doute que ça le soit suffisamment pour y passer une bonne nuit. Je suis reconnaissante d’avoir eu une cabine rien que pour moi. Je me sens reposée et prête à commencer ma découverte de l’île. Je continue ma visite, pendant laquelle je tombe sur un restaurant. Je ne savais même pas qu’il y en avait un à bord ! En me perdant dans les couloirs, je trouve une petite boutique, affichant déjà portes closes.

Je reviens sur mes pas pour éviter de me perdre et rejoins les passagers qui attendent devant l’accueil.

J’attrape mon téléphone et envoie un message à mes parents pour les prévenir que nous arrivons au port.

Un membre de l’équipage nous indique l’accès piéton et nous invite à sortir. Nous sommes à nouveau conduits dans un long couloir. Nous serpentons un moment en direction du bâtiment maritime, jusqu’à rejoindre un escalator. Je ne suis plus qu’à quelques pas de la terre ferme.

Je m’arrête sur la partie métallique, celle qui sépare encore mes pieds du goudron. Mon cœur s’emballe, mes mains sont moites. Je vais enfin fouler le sol ibizien. Je prends la plus grande inspiration que mes poumons n’aient jamais connue, puis j’expire tout cet air iodé en prenant le temps de vider tout l’oxygène qu’il me reste. J’avance d’abord mon pied droit, puis le gauche. Ça y est, je suis là où Grand-mère m’a fait venir.

À ce moment-là, je découvre un sentiment encore méconnu. Je me sens légère et j’ai l’impression d’avoir laissé tous mes problèmes derrière moi, comme si rien de négatif ne pouvait m’atteindre. Ma vue est brouillée. J’essuie mes joues pour que personne ne remarque mes larmes, des larmes de joie. Je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’à cet instant. Je sollicite à nouveau mon point d’ancrage, je dois garder ce moment en moi pour toujours.

Je marche un peu en suivant la foule, dans l’optique de trouver le taxi dont mes parents m’ont parlé. J’aperçois au loin un homme tenant une pancarte avec mon nom, je m’approche de lui, en espérant que ce soit bien pour moi.

— Bonjour, Mademoiselle Díaz. Je me présente : Jorge, votre chauffeur. Avez-vous fait un bon voyage ?

—Bonjour ! Tout s’est très bien passé, merci.

—Laissez-moi vous débarrasser de vos affaires.

Le vieil homme attrape ma valise, mon sac à dos et m’ouvre au passage la portière arrière du véhicule. Il s’installe derrière le volant, la course peut commencer.

— Je craignais que vous ne me reconnaissiez pas à votre arrivée. J’ai voulu faire comme dans les films : vous attendre avec notre nom sur une affiche.

Sa comparaison me fait sourire.

— Vous avez bien fait, sinon vous m’auriez attendue longtemps. Sommes-nous loin de l’hôtel ?

— Environ 20 minutes de route jusqu’à Sant Antoni de Portmany. Nous traversons l’île dans sa largeur.

— Nous allons faire tout ce chemin en si peu de temps ? réponds-je étonnée.

— Vous le remarquerez par vous-même. L’île est moins grande qu’elle n’y paraît. Elle fait environ quarante-cinq kilomètres de long sur vingt-cinq kilomètres de large

—Oh, c’est tout ? Je l’imaginais bien plus grande.

— Je vous rassure, tout le monde a cette impression. Mais vous verrez, il y a tellement de belles choses et d’endroits à visiter. Vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Voilà, votre hôtel est juste là.

—Merci beaucoup. Combien je vous dois ?

—Rien du tout, vos parents ont déjà fait le nécessaire.

L’homme sort de la voiture, m’ouvre la porte et récupère mes valises dans le coffre.

— Et voilà vos affaires. Je n’ai plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances !

—Merci beaucoup, Jorge. Passez une bonne journée.

L’homme retourne dans son véhicule et disparaît. En entrant dans l’hôtel, je découvre une magnifique réception, très sobre, qui semble avoir été rénovée il y a peu.

— Bonjour, mademoiselle. Bienvenue à l’Hotel Abrat, que puis-je faire pour vous ?

—Bonjour, j’ai une réservation au nom de Elena Mora Díaz.

—Pour une semaine du 18 au 25 juin, c’est bien cela ?

—Oui, tout à fait.

—Souhaitez-vous prendre le petit-déjeuner ?

—Non, je vous remercie.

—Très bien, si vous souhaitez une boisson, le bar est juste ici, dit-elle en me montrant la direction avec ses longs doigts parfaitement manucurés. Voilà votre clé, c’est une chambre supérieure, située au quatrième étage, chambre 401. Avez-vous besoin que l’on vous monte vos valises ?

— Non, ne vous en faites pas je vais me débrouiller, merci beaucoup.

— Parfait, si vous avez besoin de renseignements, n'hésitez pas, mon nom est Raquel. Très bon séjour à vous, mademoiselle Mora Díaz.

Je souris à la réceptionniste et saisis la clé qu’elle me tend. Je prends l’ascenseur et rejoins l’étage qu’elle m’a indiqué. Je passe devant quelques portes avant de trouver ma chambre. En l’ouvrant, je manque de m’étouffer. La pièce est immense. Juste en face de l’entrée se trouve une grande baie vitrée ouverte sur une terrasse dont la vue sur la mer est à couper le souffle. En contre-bas, je remarque tout de suite la piscine de l’hôtel. La lumière se reflète sur les murs blancs. Les meubles en bois clair se marient très bien avec le carrelage ivoire. Les coussins et le chemin de lit sont d’un rouge terracotta. Des tableaux dans les tons roses ornent le mur qui fait face au lit, placé en diagonale de la pièce. Je laisse mes valises dans un coin, au pied d’un grand fauteuil et passe par la salle de bain pour y ranger quelques affaires. Un grand miroir habille le mur en imitation bois. Je ne sais plus où donner de la tête. Sur la droite une baignoire d’angle et sur la gauche, une douche. Cette chambre est sublime !

J’abandonne mon jogging et mon haut de pyjama pour un short en jean et un débardeur blanc. Je décide de retourner à la réception pour en savoir plus sur la ville de Sant Antoni.

—Bonjour, Mademoiselle Díaz, en quoi puis-je vous aider ?

— J’aimerais savoir ce qu’il y a à faire en ville.

— Alors, pour commencer, vous avez une petite plage facile d’accès à pied. Vous pouvez passer par le portillon à côté de la piscine. Ce que je peux aussi vous conseiller, c’est d’aller au Café Del Mar afin d’y admirer l’un des plus beaux couchers de soleil de l’île. Vous serez au centre des festivités.

— Merci. Savez-vous où je peux trouver une voiture de location ?

Raquel me donne un plan et m’indique l’adresse du concessionnaire. Je sors de la réception en rejoignant la piscine puis passe par le petit portillon qu’elle m’a indiqué plus tôt. Je déambule dans les rues de Sant Antoni, accompagnée de mes parents que j’ai au téléphone, quand je trouve enfin la location de voitures. Le vendeur me propose une Fiat 500 beige. C’est celles qu’il loue le plus, car elles se conduisent très facilement. Il m’indique aussi que sur l’île, c’est parfois compliqué de se garer et que sa petite taille est un vrai plus. Après avoir réglé les détails administratifs, je repars derrière le volant de ma nouvelle petite voiture, qui m’accompagnera durant tout mon voyage.

De retour à l’hôtel, je profite de cette belle après-midi pour me prélasser au bord de la piscine.

En fin de journée, je rentre afin de me préparer pour ce fameux coucher de soleil. Nue devant le miroir, j’aperçois que mon corps prend une teinte plus hâlée qu’il y a quelques heures. Je sors de la douche et enfile une robe longue. Je prends mon sac à main et me mets en route pour rejoindre le Café Del Mar. C’est un bar dans lequel ils proposent des tapas à manger seul ou à partager, mais ce n’est pas tout. Ils y passent de la musique lounge, pour préparer les vacanciers à leur nuit de fête sans fin. Je m’assieds à la table qui m’a été réservée, tout au bout de la plate-forme qu’ils ont installée en guise de terrasse. De là, je suis la mieux placée pour admirer la vue. Des yachts commencent à prendre place sur les flots. D’autres font du parachute ascensionnel. Finalement, la meilleure vue pour admirer ce coucher de soleil serait peut-être en étant au milieu de la mer. Le serveur vient prendre ma commande, je choisis une sangria accompagnée de nachos avec du guacamole.

Le serveur revient rapidement avec mon plat. Je savoure mon repas, avec en fond sonore une musique qui rendrait presque ce moment nostalgique, comme si on ne reverrait jamais le jour, pendant que le soleil, à corps perdu, tente de rattraper son éternel amour : la lune. Les derniers rayons transpercent encore l’horizon pour quelques secondes. Je ne peux plus décrocher mon regard de ce spectacle si émouvant. Une fois le soleil complètement couché, un tonnerre d'applaudissements se fait entendre. Je fais de même, comme si des comédiens venaient de terminer leur spectacle et qu’on les félicitait pour leur représentation.

La musique change à nouveau. Il est temps de faire la fête dans les bars avant de se retrouver dans les boîtes de nuit. Pour moi, la fête ne sera pas pour ce soir. Peut-être une autre fois. Ne jamais dire jamais.

Le chemin me semble beaucoup plus long pour rentrer. Je n’ai peut-être pas pris la bonne rue. Je saisis mon téléphone et active la géolocalisation. En effet, je suis partie dans la direction opposée. Je déambule dans les rues gorgées de monde, dans le bon sens cette fois-ci. Après une heure de marche, je reconnais enfin l’hôtel. J’entre par la porte principale, prends l’ascenseur et arrive dans ma chambre. Cette journée aura été très intense, tant physiquement qu’émotionnellement. Je n’ai encore rien prévu pour la journée de demain, en tout cas je vais éteindre mon réveil, je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit et j’ai besoin de me reposer. Je me glisse au fond de mon lit, place mes écouteurs dans mes oreilles et lance une playlist de relaxation. Je ne peux plus m’en passer depuis la mort d’Abuela. Si je ne le fais pas, mon cerveau reste en continu sur des images d’elle et m’empêche de rejoindre les bras de Morphée.

Chapitre 3

Mercredi 19 juin 2019

Le soleil vient caresser mes joues et me réveille de la meilleure des façons. Je récupère mon téléphone, regarde l’heure : déjà dix heures. J’ai dormi à poings fermés, comme un bébé. Je me sens reposée, en pleine forme pour débuter ma découverte de l’île.

Je me prépare rapidement en enfilant une simple robe fluide, qui m’aidera à supporter la chaleur de cette journée.

Une fois prête, j’attrape mon sac à main et descends à la réception.

—Bonjour, Mademoiselle Díaz, comment allez-vous ?

—Très bien, et vous Raquel ?

— Tout va bien, merci. Nous organisons un événement aujourd’hui, une soirée « noir et blanc », souhaitez-vous être ajoutée à la liste des participants ? La fête se déroulera au bord de la piscine.

—Oui, pourquoi pas. Avec plaisir.

—Parfait, c’est noté. Passez une excellente journée.

Je souris à la réceptionniste et sors retrouver ma petite voiture. Ce matin, j’ai envie de retourner dans la ville où se trouve le port. Eivissa, il me semble. Je programme le GPS et connecte mon téléphone au Bluetooth de la voiture afin de pouvoir appeler mes amis sur la route.

—T’en as mis du temps pour nous rappeler ! s’écrie Paula.

—Alors ! Dis nous où tu es ! poursuit Julio.

—Salut ! Je vais bien merci, et vous ça va ?

— Désolée, on a oublié les bonnes manières. Mais on est vraiment trop excités de savoir !

—Vous devinerez jamais... Je suis à Ibiza !

Le silence vient s’ajouter à nos conversation, jusqu’à ce que l’un de nous reprenne :

—Tu plaisantes..., s’étonne mon amie.

—Non non, je t’assure !

— Pourquoi tu ne l’as pas dit plus tôt ! Avec Paula on va préparer nos valises, on sera là demain !

— Sûrement pas ! Vous n’êtes pas en vacances encore. Puis c’est la période des examens...

— Quand tu connaîtras l’île sur le bout des doigts, tu nous y emmèneras pour nous la faire découvrir ? On veut faire la fête nous aussi !

— Je ne suis pas vraiment là pour ça... Mais promis, on y reviendra ensemble ! Je vous laisse, je suis en voiture, j’arrive bientôt à Eivissa.

—Rappelle-nous vite ! On t’aime !

— Je vous adore !

Après avoir raccroché, je continue de rouler jusqu’à ma destination, la radio allumée. Je m’engage sur un grand parking payant, le seul situé à quelques pas de la vieille ville.

Je marche le long du port, espérant trouver un bar. J’ai l’impression que ce n’est pas ce qu’il manque ici. Il y a beaucoup de très beaux yachts dans la « Marina ». Je les regarde tous, un à un, et en prends quelques-uns en photo. J’aimerais monter à bord de l’un d’entre eux un jour, voir si c’est aussi beau à l’intérieur que ça l’est de l’extérieur.

Cette petite promenade matinale est très agréable. Je n’ai jamais pris l’habitude de me balader seule vers chez moi, mais je devrais envisager de m’y mettre car cela me fait un bien fou.

Après avoir longé toute la « Marina », je trouve un bar ouvert : le Black Buddha & White Buddha dans lequel je décide de m’installer.

—Bonjour Mademoiselle, que désirez-vous ?

Je lève la tête vers le serveur qui, je dois l’avouer, est très charmant. J’essaie de me ressaisir un instant et me concentre sur ce qu’il me propose à boire.

— Je vais prendre un thé glacé, s’il vous plaît.

Le serveur me regarde, beaucoup trop intensément, presque troublé, tandis que je sens une chaleur s’emparer de mes joues. J’essaie de regarder ailleurs, pour ne pas me perdre dans ses yeux, d’un bleu si profond. Il faut que je me ressaisisse. Je me racle la gorge pour tenter de nous faire, tous les deux, revenir sur terre.

— Excusez-moi, je vous apporte votre commande tout de suite.

Il s’éloigne pour rejoindre le bar. Je me sens un peu perturbée. Je pourrais peut-être sympathiser avec lui, pour qu’il me fasse visiter la ville, et pourquoi pas l’île. J’aimerais beaucoup connaître quelqu’un ici pour m’aider dans mes recherches. Il revient vers moi, ma boisson à la main.

— Merci beaucoup. Est-ce que je peux vous poser une question, monsieur ?

Il se retourne vers moi, les sourcils arqués.

—Vous connaissez bien Ibiza ?

—Bien sûr, je suis né ici.

— Je suis désolée de vous demander ça, pensez-vous pouvoir me donner des conseils sur les endroits à visiter ? Je ne connais pas encore et j’aimerais beaucoup en savoir plus sur cette île.

—Écoutez, je travaille...

—Oh, pardonnez-moi, je ne voulais pas vous déranger...

— Non, non, ce n’est pas ce que je voulais dire. Je termine mon service à 17h. Si vous le souhaitez, je peux vous montrer quelques endroits. Qu’est-ce que vous en dites ?

—Avec plaisir. À tout à l’heure alors.

Le jeune homme commence à s’éloigner, jusqu’à ce que je l’interpelle.

— Attendez ! J’en oublie presque ma politesse, mon nom est Elena.

—Enchanté, Elena, je m’appelle Valentino.

Je lui souris du mieux que je peux pour ne pas montrer ma gêne. Il retourne travailler, me laissant seule devant mon verre. Je m’étonne moi-même, je ne pensais pas être capable de parler à un inconnu. Ce n’est pas dans mes habitudes. Je me sens un peu seule ici, et se faire des amis n’a jamais fait de mal à personne. Puis, c’est vrai qu’il est plutôt mignon.