Sous les cerisiers d'Istanbul - Baptiste Shizeh - E-Book

Sous les cerisiers d'Istanbul E-Book

Baptiste Shizeh

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Beschreibung

"Sous les Cerisiers d'Istanbul" prend place à Kuzguncuk, un quartier de la municipalité et du district d'Üsküdar, dans la province d'Istanbul, ce premier ouvrage de Baptiste Shizeh aborde l'histoire captivante et poignante d'un jeune garçon ayant vécu des événements traumatiques qui plonge le lecteur au coeur des émotions les plus intimes de ce dernier.

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Seitenzahl: 79

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Sommaire

Préface

SOUS LES CERISIERS D’ISTANBUL

L’ÉTOILE DE ŞIRINCE

LETTRE AUX BELLES ÂMES

SOUS LES CERISIERS D’ISTANBUL

L’ÉTOILE DE ŞIRINCE

Préface

Écrire est souvent un acte d'introspection, je n’ai jamais pensé que j’allais pouvoir écrire un jour, sans parler d’écrire un livre entier. Vous savez, écrire ses malheurs est un exercice difficile, mais c’est souvent dans la difficulté que nous trouvons une issue, une manière d’exorciser nos peines, mieux les dompter, et qu’elle nous élève bien qu’elles aient pu nous décroître. Sous les cerisiers d'Istanbul n'échappe pas à cette règle, et se montre pour moi, être le commencement d’une aventure dont je n’aurai jamais pensé faire l’objet. Cet ouvrage trouve ses racines dans une expérience personnelle marquante, celle d'un enfant confronté à la violence et à la peur au sein de sa propre famille. À travers ces pages, je me suis efforcé de donner des mots à mes souvenirs, à mes émotions, à mes luttes intérieures. Ce récit, bien que romancé, est profondément ancré dans ma réalité, dans les nombreux tourments que j'ai vécus et dans les cicatrices qu'ils ont laissées. J'ai ressenti le besoin d'écrire ce livre pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il s'agit pour moi d'une forme de catharsis, un moyen pour moi de mettre des mots sur des maux longtemps refoulés, de donner du sens à des expériences douloureuses. En écrivant, j'ai pu exprimer et exorciser les démons qui hantaient mes pensées, mais, pour moi, il ne s’agissait pas de les renier ou de les chasser, j’ai la volonté avant tout, de les angéliser.

Ensuite, j'ai souhaité partager mon histoire dans l'espoir qu'elle puisse résonner avec d'autres personnes confrontées à des situations similaires. La violence domestique, la souffrance familiale, ce sont des réalités que beaucoup trop de gens connaissent, mais sur lesquelles on préfère souvent fermer les yeux, et y laisser des plaies ouvertes qui peuvent s’infecter à chaque instant. À travers ce livre, j'espère ouvrir une fenêtre sur ces réalités sombres et contribuer, à ma façon, à briser le silence qui les entoure. Sous les cerisiers d'Istanbul a été pour moi un acte de rédemption, une manière de prendre le contrôle de mon histoire, de me réapproprier mon passé et de tracer ma propre voie vers l'avenir.

Ce livre est le témoignage de ma résilience, de ma force intérieure et de ma capacité à trouver la lumière même au cœur des ténèbres. En espérant que vous trouverez dans ces pages un écho à vos propres luttes et une source d'inspiration pour surmonter les épreuves de la vie. Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne lecture.

Baptiste Shizeh

SOUS LES CERISIERS D’ISTANBUL

Dans les ruelles sinueuses de Kuzguncuk, le mois de décembre a revêtu son manteau le plus sombre. Le ciel, plombé de nuages épais, semble peser lourdement sur les épaules des maisons colorées, leurs façades délavées par les intempéries de l’hiver. Il y a le vent glacé qui s’engouffre entre les bâtisses, faisant claquer les volets de bois et emportant avec lui les dernières traces de chaleur, et de bonheur. Je m'éveille avec un corps froid, des dents qui claquent et un nez enrhumé, tous les effets du temps humide qui règne à l'extérieur.

Tout est flou, que ce soit à travers les vitres de ma fenêtre ou dans les méandres de ma pensée. Ma lucidité m'a souvent fait souffrir, me donnant l'impression d'être désavantagé dès ma naissance. Depuis mes quinze ans, la violence et le mépris ont régné en maître dans cette maison. Comment un enfant peut-il se développer convenablement dans un environnement si toxique ?

Je n'avais pas encore la réponse, et en réalité, j'étais loin d'imaginer ce qui allait m'arriver.

Chaque matin, à cette période de l'année, je quitte ma maison et me retrouve dans les rues calmes de Kuzguncuk, toujours accompagné de l’air froid de décembre mordant mes joues rougies, je reste enveloppé dans mon manteau épais en serrant le fond de mes poches afin de me réchauffer, bien que cela ne m’enchante pas réellement, j'ai pour devoir de me rendre à l'école, située à quelques minutes de chez moi.

Chaque matin où j’emprunte le bus, m’éloignant de mon logis, je n’aime pas vraiment cette idée, ni l’école elle-même mais lorsque je me trouve dans le bus, j’y retrouve tout de même la chance de revoir mes camarades et d’autres gens se dirigeant vers leurs lieux de travail. Avec ces températures glaciales, je vois chacun d’eux emmitouflés dans leurs écharpes et leurs bonnets. Depuis que je suis scolarisé, je n'ai jamais cherché à être un élève brillant ni à me démarquer des autres. Je me contente de peu. L'école est pour moi un lieu d'ennui où règnent le stress et l'anxiété. Mais j’apprécie tout de même m’y rendre pour la stabilité émotionnelle et le sentiment de sécurité qui s’en dégage, lorsque j’y suis, je sais que rien ne peut m’arriver. En parlant de ça, le bus vient de se stopper net, les portes s’ouvrent, il est l’heure d’y aller. J’éloigne ma joue de la vitre du bus et je m’éclipse de ce dernier et me dirige vers le portail de l’établissement, j’aperçois les nuages qui se fendent laissant place aux rayons du Soleil, les nuages sombres et froids qui dominaient sur le toit du monde se retrouvent séparés. Je retrouve alors mon groupe d’amis qui attendaient mon arrivée, les voir me font du bien, mon quotidien est beaucoup plus léger lorsque je me sens accompagné, pour une fois, serein, je peux espérer passer une bonne journée. Mais ce n’est qu’espérer, passer une bonne journée… en vain.

Le soir, une fois sur le chemin du retour à la maison, le ciel, se couvre à nouveau, l’averse domine le dôme, les nuages sont encore plus sombres que ce matin, c’est comme si les anges m’envoyaient des signes, au fond de moi, une journée encore plus longues à travailler mes leçons, ce qui pourrait me satisfaire l’espace d’un instant, car en rentrant je sais que les mêmes scènes sanglantes dont je fais l’observation chaque jour m’attendent et se répètent de façon indéfectible.

Mon père, la personne qui m’a permis d’exister et de venir au monde, est le reflet de mon épouvante la plus grande. Profil d’un pervers narcissique, cet homme qui m’a mis au monde d’un amour autrefois partagé entre lui et ma mère aimée.

À vrai dire, ma naïveté d’enfant m’a souvent prêté défaut lorsque tout cet amas de violence avait lieu, après tout, on dit souvent que l’homme est le chef de la maison, et qu’il doit avoir le dernier mot sur tout, bien que cette idée ne m’enchantât pas tellement, je n’avais pas tellement le choix de m’y confronter, alors j’acceptais, impuissant, ces violences, le son des cris, et des larmes de ma mère, était-ce réellement ça, l’amour ?

C’est durant ma troisième année au collège, que mon quotidien a basculé, pourtant à ce moment-là, un jeune garçon devrait avoir comme problème que ses devoirs et ses évaluations scolaires, malheureusement pour moi ce même quotidien était rythmé des violences psychologiques et physiques que mon père infligeait à ma mère, mais aussi, à moi, chaque jour, chaque nuit, ma mère, femme forte qu’elle est, ne dira rien de tout ce qu’elle subit en premier lieu, afin de ne pas nous inquiéter, nous, ses enfants.

Surtout moi, étant le dernier-né de la famille, son devoir de parent, c’est de protéger ses enfants de tout embarras, mais qu’advient-il quand le danger vient du parent lui-même, en l’occurrence, le père ? Effectivement ma mère a dû jouer le rôle maternel, mais aussi le rôle paternel pour moi.

Tout a pris de nouvelles proportions lorsque j’ai pris conscience de ce qu’il m’arrivait, bien que je me caractérise comme étant quelqu’un de très lucide, ma lucidité d’enfant n’avait pas assez de recul sur la situation pour comprendre ce qu’il se passait dans la maison où j’ai passé une bonne partie de mon existence.

On idéalise souvent les parents, même lorsqu’ils agissent de la mauvaise façon, car ce sont nos exemples, mais en réalité nous nous rendons rapidement compte des choses anormales qui deviennent une habitude. Lorsque mes parents commençaient à discuter de divorce, j’avais énormément de mal à me rendre compte, d’à quel point tout se déchirait autour de moi. Puis malgré une prise de conscience, on normalise les choses avec habitude ce qui est mauvais et peut laisser des séquelles plus que dangereuses pour le développement.

Il y a eu un temps où ma vie semblait tourner autour des disputes incessantes de mes parents. Leurs cris résonnaient dans chaque recoin de la maison, chaque pièce devenant un champ de bataille.

Ils se disputaient pour des choses banales, mais derrière chaque mot, je pouvais sentir la profondeur de leur désaccord. Leurs conflits étaient si fréquents que la tension était devenue une compagne constante, une présence invisible mais omniprésente. La nuit, alors que je tentais de trouver le sommeil, les échos de leurs disputes m’empêchaient de fermer les yeux, il m’arrivait même, lorsque j’écoutais de la musique, d’augmenter le volume afin de ne plus entendre le son des cris, afin de me soulager de tous ces bruitages meurtriers.

Je pensais naïvement que cela mettrait fin aux disputes s’ils divorçaient, mais cela n’a fait que les amplifier. J’étais tiraillé entre deux mondes, deux réalités distinctes qui ne semblaient jamais se rejoindre. J’avais l’impression pendant quelques temps qu’on me tirait d’un côté ou de l’autre, me demandant de choisir, de prendre parti. La loyauté