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Luménirec, dans la Bretagne reculée, près de l'océan Atlantique, à moitié perchée sur les falaises de calcaire blanc, c'est là-bas que Jeanne part s'installer le temps d'un été. Répondant à l'annonce d'une certaine Madame Petit, elle s'offre enfin un nouveau départ après ces trois longues années où sa respiration avait cessé au même titre que son existence. Elle espère pouvoir faire de nouveau confiance aux autres et à la vie, même si elle ne se fait pas trop d'illusions. Peut-être que sa rencontre avec une mystérieuse jeune femme rousse lui donnera l'envie de se battre et le second souffle dont elle a besoin. Suivez les aventures de Jeanne, des habitants de Luménirec, et de la magie autour de ce lieu, au cours de cet été qui changera peut-être à jamais son existence.
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Seitenzahl: 275
Veröffentlichungsjahr: 2024
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à mon arrière-grand-père, papi Pierrot
à Leia
à Juliette
note d’autrice et ressources
avertissement
chapitre 1
chapitre 2
chapitre 3
chapitre 4
chapitre 5
chapitre 6
chapitre 7
chapitre 8
chapitre 9
chapitre 10
chapitre 11
chapitre 12
chapitre 13
chapitre 14
chapitre 15
chapitre 16
chapitre 17
chapitre 18
chapitre 19
chapitre 20
chapitre 21
chapitre 22
chapitre 23
chapitre 24
chapitre 25
chapitre 26
chapitre 27
chapitre 28
chapitre 29
chapitre 30
chapitre 31
chapitre 32
chapitre 33
épilogue
remerciements
à propos de l’autrice
En posant ces mots sur ce papier numérique, je me rends compte que j’ai réalisé l’un de mes rêves : publier mon premier roman original. On parle souvent de la prouesse d’écrire un livre, mais on oublie tout le reste, notamment en autoédition, où de multiples étapes obligatoires sont nécessaires pour construire un roman. Voilà pourquoi je suis d’autant plus fière de vous proposer aujourd’hui : Sous les étoiles.
Ayant toujours été quelqu’un de sensible, engagé, avec de nombreuses valeurs, il était normal que ce manuscrit le soit également. Il traite de thématiques qui me tenaient à cœur comme la reconstruction, l’amitié, l’amour, l’acceptation et l’amour de soi. Il contient aussi des sujets plus sombres et lourds, comme les traumatismes et le deuil.
Ce livre a aussi de nombreuses inspirations qui constituent l’ambiance de mon histoire, telles que : Twilight, Out-lander, Kiki la petite sorcière, Les souvenirs de Marnie, Orange, Heartstopper… La musique et les mots sont également au cœur de ce récit; on les retrouve au détour de quelques paragraphes avec la prose de Nekfeu, Daniel Balavoine, Orelsan, One Direction…
Même quand on se pense perdu, que la vie n’a plus beaucoup de sens, et que l’on croit qu’il n’y a pas de solution, on peut s’en sortir. Il faut s’entourer des bonnes personnes, faire confiance de nouveau aux autres, à la vie, se donner les moyens d’aller mieux, se faire aider par des praticiens, quelque soit leur spécialité. C’est le message que j’ai voulu faire passer avec l’histoire de Jeanne.
Je crois en vous et j’espère que ce livre vous apportera comme à moi et Jeanne, la force de croire et de chérir la vie à chaque instant.
Si comme Jeanne vous êtes concerné par le deuil, que vous avez besoin d’aide, de parler à quelqu’un, voici quelques ressources :
– Le 01 42 38 08 08 : ligne d’écoute téléphonique nationale et gratuite, aide, soutien et conseils aux personnes endeuillées, confrontées à la mort d’un proche.
– Fédération européenne Vivre Son Deuil : association créée en 2001 par le psychiatre Michel Hanus. Elle apporte aide et soutien aux endeuillé. e. s à travers des entités locales en France et en Belgique. Cela se traduit par une écoute téléphonique, un accueil dans les centres en région, des ateliers et des conférences.
– FAVEC : Fédération des Associations de Conjoints Survivants et parents d’Orphelins : créée en 1949, cette association accueille, écoute et informe les veufs, veuves, orphelin. e. s. Elle offre un lieu d’écoute en tête-à-tête ou en groupe pour les personnes endeuillées et les oriente dans leurs démarches administratives et les aide si elles sont sans ressources.
– Apprivoiser l’Absence : association basée sur les groupes d’entraide pour parents, frères et sœurs en deuil, accompagne le deuil au sein d’un réseau, en apportant écoute, aide et soutien; aide à tisser du lien social en évitant l’isolement et permettre à chacun. e de découvrir ses propres ressources.
Pour finir, si vous avez envie de savoir quel personnage vous êtes au sein de mon roman, je vous ai confectionné un quiz (à faire avant ou après la lecture pour plus de mystère…), et j’ai aussi créé une playlist pour vous accompagner tout au long du roman!
– Quizz pour savoir qui tu es dans Sous les étoiles :
– QR code vers la playlist du roman :
Deezer
Spotify
bonne lecture
Un trigger warning est un avertissement destiné à signaler les contenus sensibles. Sentez-vous libre de vous y référer ou non.
Le roman, dans sa généralité, contient des sujets lourds comme le deuil et la mort en général. Il y a aussi des traumatismes, des crises d’angoisse, et une scène de sexe implicite.
Les trigger warnings ne signalent pas tous les passages ou paragraphes pouvant être oppressifs, angoissants, ou tristes pour les personnages. Ils indiquent les extraits les plus durs et les plus longs. Ils seront placés avant chaque chapitre concerné pour éviter les spoilers potentiels.
Dans la Bretagne reculée se trouvait une petite ville du nom de Luménirec, près de l’océan Atlantique, à moitié perchée sur les falaises de calcaire blanches. Dans cette bourgade, tout se savait. C’était là-bas que Jeanne emménagea pour l’été.
Pour le moment, elle était assise dans un bus, tenant fortement sa mallette en cuir contre sa poitrine comme si elle cherchait désespérément à la cacher. Elle aimait se faire la plus minuscule possible. Sa valise était dans la soute du véhicule. Elle avait revêtu le casque Marshall appartenant à son grand frère. Elle en caressa les extrémités, le regard triste. Cela faisait déjà trois ans, pourtant, Jeanne ne s’en était toujours pas remise. En même temps, comment pouvait-on survivre à un drame pareil?
Dans ses oreillettes passait Strong des One Direction qu’elle aimait pour la signification des paroles. Cette musique en particulier, traduisait le fait d’être forte, solide et invulnérable, parce qu’à ce moment précis, elle devait se convaincre de l’être. Mais l’était-elle vraiment? Si c’était le cas, la jeune fille n’aurait pas tout quitté pour venir vivre à Luménirec chez une parfaite inconnue, non?
Le bus vibrait intensément, tellement que cela lui donnait mal au dos. Elle regarda son reflet dans la vitre, remit l’une de ses mèches brunes devant sa figure pour cacher son visage. Ses taches de rousseur avaient toujours attiré l’attention, ainsi que sa kératose pilaire, de minuscules imperfections rouges parsemées sur ses bras. 1 Elle vérifia si ses manches recouvraient bien l’entièreté de sa maladie. Jeanne empoigna le bout de ces dernières dans le creux de ses paumes pour se rassurer. Peut-être qu’elle mourrait de chaud dans ce pull bleu marine par ces 25 degrés en cette fin du mois de juin, mais c’est ainsi qu’elle se sentit à l’aise.
Cela la changerait de Brest. Jeanne essaya de se calmer en observant le paysage rural, dont les nombreux troupeaux dans les champs, ou les forêts environnantes. Mais elle restait stressée, pour ne pas dire terrifiée. Pendant les prochains mois, Jeanne habiterait dans une maison de campagne chez une vieille dame : Marthe Petit. Elle cherchait quelqu’un pour nettoyer, ranger et rénover son antique bâtisse. Mais ce qu’elle voulait par-dessus tout était de la compagnie, et peut-être même une amie. Elle offrait le gîte et le couvert, ainsi qu’un petit salaire pendant toute la période estivale. C’était vraiment une annonce alléchante que Jeanne avait trouvée sur un site d’offres entre particuliers. Pourtant, elle y était allée sans grandes convictions. La chance lui avait peut-être souri. Et maintenant qu’elle était majeure, qu’elle avait fini le lycée et qu’elle pouvait partir de sa famille d’accueil actuelle, elle avait sauté sur l’occasion. Par son déménagement, Jeanne se persuadait que ces trois dernières années resteraient les pires et qu’un nouveau départ était sa chance de connaître la paix.
Perdue dans ses pensées, elle faillit ne pas se rendre compte que le bus ralentissait ni que l’arrêt Luménirec apparaissait en rouge sur l’écran.
Elle resserra de nouveau ses mains sur sa mallette de cuir, prête à se lever. Jeanne espérait sincèrement que ce séjour, partagé entre bord de mer et falaises abruptes, lui ferait du bien. Le véhicule interrompit sa course et Jeanne descendit en murmurant un petit «merci, au revoir». Elle était timide, mais polie. Peut-être que le chauffeur ne l’avait pas entendue, elle ne le saura jamais, car peu après avoir récupéré sa valise, le bus reprit sa route, ayant d’autres arrêts à desservir.
Jeanne attrapa la poignée de son bagage et passa la lanière de sa mallette autour de son cou et sur son épaule. Elle regarda autour d’elle, il y avait quelques premières maisons, une modeste boulangerie, et le fameux panneau de la petite ville. Elle humait l’odeur des croissants et du bon pain chaud. C’est à ce moment-là qu’elle se rendit compte que bien trop tiraillée par sa future vie et par manque d’argent, elle n’avait pas cru utile de s’acheter un en-cas ni de se restaurer sur le chemin. Elle caressa à nouveau le casque de son frère, sentant le plastique et le métal sous ses doigts et se força à avancer vers le centre du bourg.
Allez Jeanne. Tu vas y arriver. Tu n’as pas fait tout ce chemin jusqu’ici pour reculer.
Sur son passage elle rencontra des passants intrigués par sa présence. Apparemment, tout se savait ici, alors une tête nouvelle devait intéresser le village entier. Jeanne remit encore plus ses mèches devant son visage. Elle regarda le sol, elle ne souhaitait pas croiser le moindre regard. Et tant pis si elle se perdait. L’important était de se faire oublier. Elle sentait que ces futurs jours à Luménirec seraient éprouvants. Jeanne augmenta le son dans son casque.
Elle avança, comme cela, de longues minutes, traversant entièrement le village. Au bout de ce dernier se trouvait une patte d’oie. Le premier chemin se dirigeait vers la forêt, et un autre vers le hameau suivant. Enfin, le dernier menait à sa destination. Marthe Petit habitait seule, dans sa grande maison à l’orée du bois. Elle était isolée de tous, tout au bout de Luménirec.
La route n’était pas goudronnée, alors Jeanne avança en direction de la bâtisse, soulevant sa valise comme elle le pouvait, pour éviter de la rayer avec les nombreuses pierres et graviers.
Elle était bientôt arrivée.
Devant le portail en métal rouillé recouvert de roses et de clématites fanées, la brune n’osait pas rentrer. Ce n’était plus la saison. Elle le savait parce qu’elle se souvenait des enseignements de sa mère qui avait toujours eu la main verte. Elle n’allait pas non plus rester là toute la journée. Surtout que le soleil se faisait de plus en plus bas dans le ciel. Alors, après avoir pris une grande inspiration, elle ouvrit le portail et rentra dans le jardin luxuriant de la vieille Marthe.
L’odeur des plantes exubérantes la prit au nez. À travers les ronces, pissenlits et orties, elle se fraya un chemin jusqu’à l’impressionnant porche en bois de la maison. Quand elle grimpa le petit escalier, les marches craquèrent. Cela inquiéta beaucoup Jeanne, pourtant, elle continua d’avancer. Elle voulait dépasser l’événement funeste qu’elle avait traversé par le passé. Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est qu’en empruntant l’imposante porte de Marthe, son quotidien ne serait plus jamais le même.
La sonnette était apparemment cassée, car Jeanne eût beau appuyer dessus brutalement, elle n’entendit aucun bruit. Alors, elle toqua trois coups et attendit, longtemps. Personne ne semblait venir. Elle avait retiré son casque pour écouter ne serait-ce qu’un son, un signe de vie. Jeanne colla son visage contre la vitre au milieu de la porte de bois écarlate écaillée. Mais elle était bien trop sale et rayée pour que Jeanne ne distingue quoi que ce soit à l’intérieur. Elle soupira, jusqu’à ce qu’une lumière apparaisse. Elle entendit enfin le cliquetis métallique d’un trousseau de clefs. La porte s’ouvrit sur une vieille dame de quatre-vingts ans qui devait être Marthe. Elle était petite et voûtée. Ses cheveux étaient d’un blanc immaculé et ses yeux d’un bleu perçant. À son cou se trouvaient des lunettes attachées à une chaînette en or, ainsi qu’un collier où pendait une belle pierre noire. Malgré l’état négligé de la maison derrière elle, l’octogénaire était habillée de façon coquette.
«Bonjour. Tu dois être Jeanne Lecomte?
— Oui, Madame Petit. C’est moi qui viens pour l’annonce.
— Je suis heureuse de faire ta connaissance. Tu verras, j’ai déjà envoyé un chèque à la banque avec le soutien de Ronan pour te dédommager du voyage.
Jeanne la regarda avec incompréhension, se demandant qui était ce Ronan. Les bras ballants, toujours bien chargée par ses affaires, elle n’osait pas rentrer dans la demeure.
— Oh. Que suis-je bête. Ronan est le maire du village. Parfois, il m’aide pour mes tâches administratives. Je n’y vois plus grand-chose à mon âge, gloussa-t-elle.
Marthe observa que Jeanne restait sur le pas de la porte, comme si en franchissant la limite il n’y avait plus de retour en arrière possible. Jeanne n’avait pas tort, puisque ce travail l’amenait vers d’autres aventures, loin de sa ville natale, de tout ce qu’elle avait connu. Elle se demandait si ce n’était pas préférable d’oublier tous ces souvenirs qui refaisaient surface dans son esprit.
Marthe, voyant que la jeune fille ne rentrait toujours pas, lui tendit la main.
— Entre donc, je vais prendre l’un de tes bagages et le porter dans ta chambre.»
Jeanne se souvenant pourquoi elle était là, refusa et suivit l’octogénaire au premier étage de la demeure. Son corps la faisait souffrir, il était douloureux du voyage. Comment elle allait pouvoir faire toutes les tâches que lui ordonnerait Marthe? Mais elle garda espoir, elle avait envie d’essayer, de se battre à nouveau, de vivre, même si rien que le fait de respirer était déchirant.
Gravissant les escaliers de bois massif, Jeanne entreprit d’observer l’entrée immense dans laquelle elle se trouvait. Au sol, le carrelage, qui avait l’air somptueux, était recouvert d’une énorme couche de crasse. Un lustre rutilant pendait au lieu de la pièce. De multiples placards rayés ou cassés étaient intégrés dans les murs le long des allées et des marches. Non pas que la maison était réellement sale ou dégradée, mais à force, c’était comme si tous les objets de cette demeure, les sols, les murs, s’étaient usés, ensevelis sous les nombreuses années.
Alors qu’elle s’engouffrait toujours plus loin dans le couloir du premier étage, Jeanne se demanda comment une vieille dame comme Marthe pouvait vivre seule dans une si grande maison. N’avait-elle jamais eu de mari? N’avait-elle véritablement aucune famille pour que le maire vienne l’aider? Et en même temps, si elle avait vraiment eu des personnes sur qui compter, Marthe n’aurait jamais fait cette annonce, non?
Jeanne s’obligea à faire taire toutes ces questions et avança dans le corridor, sa valise roulait sur l’antique parquet et le tapis immonde. Marthe et elle s’arrêtèrent devant une porte tout à fait quelconque.
«Voici ta chambre. J’espère qu’elle te conviendra. Elle a sa salle de bain individuelle. Je l’ai nettoyé comme je pouvais avec mes vieux os, je t’ai mis du linge propre sur le lit.»
Découvrant la pièce en question, Jeanne fut émerveillée. Alors oui, la décoration était d’un autre temps, mais cela avait son charme. Le vieux papier peint couvert de marguerites pouvait en témoigner. Au centre de la chambre se trouvait un immense lit à baldaquin. Le métal de ce dernier était rouillé par endroit et la peinture s’était écaillée. La pièce contenait une coiffeuse, une commode et une armoire pour ranger ses affaires. Le bois n’était plus aussi luisant qu’autre fois. Au pied du sommier se situait une banquette qui servait aussi de coffre. Jeanne n’avait pas vu ce genre de meuble depuis le décès de ses grands-parents. Le tout était éclairé de la lumière du crépuscule, cela donnait à la chambre un air mystique.
Jeanne éprouva la sensation que oui, ici, elle pourrait se sentir bien, peut-être même chez elle.
«Elle est parfaite. Merci Madame.
— C’est normal jeune fille. Ce soir, nous souperons à dix-neuf heures, donc dans une trentaine de minutes, dit Marthe en plissant les yeux devant sa montre qu’elle avait portée à son visage.
— D’accord.
— Bon, je te laisse prendre tes marques. Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit.»
Marthe savait-elle que c’était au rôle de Jeanne de s’occuper d’elle, et non l’inverse?
Elle hocha la tête et Marthe la laissa. La solitude et Jeanne ne faisaient qu’un ces dernières années. Depuis que ses parents et son frère l’avaient quittée, malgré les nombreuses familles qu’elle avait côtoyées, elle ne s’était plus jamais sentie entourée. Depuis ce jour tragique marqué par leurs morts, elle avait l’impression que sa respiration avait cessé au même titre que son existence.
Jeanne entreprit de vider sa valise, rangeant ses habits dans l’armoire et la commode. Elle entreposa le peu d’affaires qui lui restait dans la coiffeuse et l’une des tables de nuit bordant le lit. Puis, elle s’assit sur le matelas et admira les rideaux enveloppant ce dernier. Elle s’amusa à effleurer le tissu doux sous ses doigts. Jeanne avait l’impression d’être une princesse dans un grand château. Toute cette histoire semblait sortie d’un conte de fées. Elle se surprit à rêver à une vie nouvelle, dans laquelle elle serait heureuse, où elle se ferait des amis, et peut-être même qu’un jour elle créerait sa propre famille. Pourtant, la douleur au fond de son cœur lui rappela qu’aujourd’hui ce n’était pas possible, du moins pour l’instant. Elle devait se consacrer à Marthe, prendre soin d’elle, et essayer d’avancer. Les illusions et les chimères seraient pour plus tard.
Jeanne regarda son portable qu’elle avait branché à la prise à côté de la table de nuit, il fut l’heure de rejoindre son employeuse. Alors, elle se redressa, s’empara des pantoufles qu’elle avait glissées dans sa valise et descendit à la cuisine où Marthe s’affairait déjà devant les fourneaux.
«Ce n’est pas à vous de faire ça. Asseyez-vous, je vais vous aider!»
Marthe, amusée, se poussa pour s’asseoir à la petite table ronde de la cuisine.
Jeanne regarda les ustensiles et aliments sortis. Sur le plan de travail se trouvaient des tomates, des carottes, des oignons, de l’ail, de la viande hachée et des herbes qu’elle n’arrivait pas bien à reconnaître. L’eau chauffait petit à petit. Elle y plongerait les pâtes que lorsque la préparation serait presque prête. Jeanne reprit alors là où en était Marthe dans sa confection du souper. Vu les ingrédients, la jeune fille n’avait pas trop de doutes sur la nature du plat. Elle se mit à émincer l’oignon et à presser l’ail. Après, elle coupa les carottes, les tomates et une branche de céleri en petits dés. Elle les fit revenir dans la poêle et ajouterait la sauce, puis la viande qu’elle avait au préalable fait dorée, et pour finir les aromates.
Une odeur alléchante envahit très vite la cuisine. Le regard de Marthe dans son dos ne la dérangeait pas. Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était pas sentie aussi bien. Elle n’avait pas l’impression d’être jugée, ou épiée. Jeanne avait le sentiment que l’attention de la vieille dame était dénuée de malveillance. En conséquence, ses épaules s’affaissèrent légèrement. Ce n’était pas grand-chose, mais pour Jeanne cela représentait beaucoup. Cependant, sans pour autant perdre ses habitudes, elle restait sur ses gardes, le dos bien droit. Elle entendit le bruit strident de l’œuf minuteur. Alors, Jeanne essora les pâtes, qu’elle entreprit de mélanger à la sauce bolognaise, mijotant dans la large poêle. Elle remua le plat quelques minutes à feu doux, pour que toutes les saveurs se mêlent.
«Cela sent vraiment bon.
— J’espère que ça le sera, répondit Jeanne avec timidité.
— Je n’en doute pas.»
Les deux femmes s’attablèrent et dégustèrent en silence le repas que Jeanne avait préparé.
Marthe avait bien compris que la jeune femme n’était pas encore prête à se confier. Ce n’était que son premier jour ici. L’important était sa présence et l’aide qu’elle allait pouvoir lui apporter pour la maison. De plus, en voyant la réponse à son annonce, Marthe avait eu un bon pressentiment. Quand la vieille dame avait des intuitions, elles se révélaient quasiment toujours vraies.
Lorsqu’elles eurent fini, Jeanne se retira dans sa chambre après avoir vérifié que Marthe n’aurait pas de souci pour sa toilette ou pour se coucher. Mais l’octogénaire était encore autonome. Elle n’avait juste plus une très bonne vue et ne pourrait jamais rénover une ancienne bâtisse de ses mains. Une fois rassurée, la jeune fille se lava dans la salle de bain attenante. Puis, elle s’allongea dans cet immense lit en baldaquin.
Ce soir-là, pour la première fois depuis trois ans, elle ne fit pas de cauchemars.
1 kératose pilaire : une affection cutanée courante, inoffensive qui provoque de petites bosses dures. Elle donne aux parties du corps un aspect de «peau de poulet».
Jeanne s’était levée tôt ce matin-là. Elle n’avait jamais été une couche-tard, et encore moins une lève-tard. De toute façon, elle n’en avait pas eu le luxe dans ses précédentes familles d’accueil. Il fallait aussi dire que cette nuit avait été l’une des plus reposantes de ces trois dernières années. En effet, aucun mauvais souvenir n’était parvenu à l’attaquer dans ses rêves. Elle se leva, soulagée et apaisée. Venir à Luménirec était-elle la solution à tous ses malheurs?
Alors qu’elle déambulait dans la maison, elle n’avait pas trouvé Marthe. Et de peur de la réveiller, elle n’osa pas la déranger en allant toquer à sa chambre. Alors Jeanne s’était occupé de la vaisselle de la veille. Ensuite, elle avait cherché-dans les nombreux placards un balai et une serpillère, ainsi qu’un seau.
«Marthe? Tu es là? demanda une grande voix grave.
Jeanne perturbée pivota vers la source de cet appel. Un homme ayant la soixantaine s’avança dans l’immense entrée de Marthe. Il était petit et avait une bonne bedaine. Néanmoins, en un regard, la jeune fille sentit que cet individu avait du charisme, il en imposait. Une chaleur solaire se dégageait autour de lui. Malgré tout, elle ne put se résoudre à se laisser aller, puisqu’elle avait peur des possibles conséquences de cette rencontre. Elle se recroquevilla alors que le monsieur approchait.
— Oh! Mais tu dois être Jeanne! J’ai déposé pour toi le chèque de Marthe à la banque hier. J’espère qu’il sera encaissé rapidement, s’exclama le sexagénaire.
Voyant que la jeune fille ne réagissait pas, l’homme sauta sur ses pieds, bien que chargés par d’énormes paquets. Il entreprit de les poser au sol, avant de tendre sa main à Jeanne.
— Je suis rustre. Pardonne-moi. Je suis Ronan, le maire de ce village, et un ami de Marthe.
Si la vieille dame avait déjà des personnes sur qui compter, pourquoi avait-elle fait appel à elle? Fixant toujours la main du maire, Jeanne la serra et grimaça en sentant la moiteur de sa paume.
— Désolé jeune fille, je dois avoir les mains humides. Je n’ai pas arrêté ce matin pour trouver les commissions de Marthe. Surtout que j’ai encore mon gagne-pain à la mairie qui m’attend. Je vais chercher ce qu’il reste dans la voiture, et puis je prendrai congé.
Il s’exécuta, puis il ramena des piles de cartons à côté des nombreux sacs.
— C’est pour le tri et le ménage. Bon courage. Il y en a du boulot avec cette baraque, plaisanta-t-il. Passe le bonjour à Marthe. J’y vais jeune fille! Au revoir!»
Il laissa Jeanne dans le silence. Elle regarda la porte d’entrée toujours ouverte, fixant la voiture du maire déjà bien loin du portail du jardin de Madame Petit.
Au bout d’un moment, Jeanne sortit de sa transe, elle s’accroupit et ouvrit les sacs, découvrant leurs contenus : des gants, un tablier, des chiffons et des torchons, ainsi que des actifs ménagers. Il y avait du vinaigre blanc, du savon noir et de Marseille, du bicarbonate de soude, des citrons et autres produits naturels en tout genre.
Jeanne se redressa, retroussa ses manches et enfila la blouse. Elle avait bien été embauchée pour cela, alors autant se mettre au travail.
Elle partit vers la première pièce à sa droite. Il faisait sombre, elle ne distinguait pas très bien l’aménagement de celle-ci. À tâtons dans le noir, elle se dirigea vers les premières fenêtres qu’elle trouva et les ouvrit en même temps que les volets. La lumière, soudain très vive, éclaira tout sur son passage. La jeune fille couvrit ses yeux s’habituant difficilement à ce changement. Quand son regard ne fut plus aveuglé, elle s’amusa à observer le décor fraîchement révélé. Un gigantesque salon avec une mezzanine apparut. On pouvait deviner l’importance de son espace grâce à la grande hauteur sous plafond. Levant les yeux au ciel, elle admira les antiques poutres sculptées dans le bois massif. Les meubles étaient tous recouverts de draps donnant un aspect encombré à cette vaste pièce. Sur les murs d’immenses portraits semblaient la surveiller. Cela la fit frissonner. Ce qui la frappa ensuite, ce fut la quantité de poussière qu’elle pouvait observer. Elle avait bien fait d’aérer, cela lui éviterait de s’étouffer lors de sa tâche.
Sa première étape a été de décrocher les nombreuses toiles d’araignée et d’enlever la crasse accumulée au cours des années. Jeanne s’arma d’une immense tête de loup et d’un escabeau, puis tendit son bras pour attraper ces dernières. Quand elle eût fini, la jeune fille prit l’un des torchons le trempant dans un mélange de vinaigre et d’huile essentielle déjà préparé. Cela sentait le thym, les clous de girofle, le romarin, la lavande et les pins, comme ceux du jardin de ses parents… Elle avait trouvé ce dernier dans l’un des placards de Marthe. Sur l’étiquette elle avait pu observer une écriture délicate, qu’elle supposait appartenir à son employeuse. Reprenant sa tâche, elle essaya de faire taire les émotions négatives qui assombrissaient son cœur. Avec son chiffon humide, elle entreprit de nettoyer le dessus de chaque meuble dévoilant leur teinte brune initiale. Ensuite, elle balaya le sol, et le rinça à grande eau. Jeanne dut changer l’eau plusieurs fois tellement elle devenait noire de saleté. Le parquet se mit à briller, révélant sa couleur ocre. Petit à petit, la pièce retrouvait sa beauté d’antan.
«Oh! C’est merveilleux! s’exclama Marthe déboulant dans la pièce.
Jeanne salua son employeuse et se décala pour qu’elle puisse mieux observer son travail.
— Tu n’as pas chômé ce matin, jeune fille. Comment vas-tu? As-tu bien dormi?
— Oui, très bien.
— Tant mieux.
Apercevant que la brune ne continuait pas la conversation, Marthe l’a relança.
— Je prenais le thé chez Madame Claude.
Pourquoi se justifiait-elle? Marthe n’avait pas de compte à lui rendre. Jeanne ne savait pas vraiment comment se comporter avec l’octogénaire. Ce dont elle était certaine, la présence de la vieille dame était moins lourde à porter. C’était bien plus facile par la douceur et l’apaisement que Marthe lui apportait.
— Allons manger, il doit être bientôt midi.
Jeanne observa sa montre.
— Il est 11 heures 43, pour être précis, Madame.»
Marthe mourrait d’envie de la réprimander, de lui demander de l’appeler par son prénom. Mais elle voyait bien que pour Jeanne c’était trop tôt. Par conséquent, elle se tut. L’octogénaire se dirigea vers la petite cuisine, la jeune fille la suivit sans rien dire. Elles sortirent du garde-manger des légumes de saison, ainsi qu’un beau morceau de lard. Alors que la vieille dame s’occupait de préparer la viande, elle donna une requête à Jeanne :
«Pourrais-tu aller chercher au jardin les aromates et légumes nécessaires pour la recette, s’il te plaît?
— Bien sûr Madame.
— J’aurais besoin de fenouil, de tomates, de basilic, de romarin et de thym.»
Quand elle avança sur le porche de la maison pour la première fois depuis son arrivée, Jeanne se retrouva confrontée au même problème. L’extérieur de cette maison était bien trop luxuriant qu’elle ne savait pas où donner de la tête. Allait-elle poser le pied sur un plant spécifique et important? Elle s’en voudrait terriblement de blesser son employeuse. Alors la jeune fille progressait à tâtons dans le jardin évitant de piétiner quoi que ce soit. Parmi les arbustes imposants, les herbes hautes lui caressant les jambes, elle se fraya un chemin jusqu’au fond de l’éden.
Néanmoins, un autre problème se posa à elle.
À quoi ressemblent ces fameuses herbes aromatiques?
Jeanne plongea ainsi dans sa mémoire pour retrouver le savoir que sa mère lui avait transmis sur les plantes. Elle revit son sourire apaisant, ses mains douces, ses yeux bleus rieurs, ses cheveux bruns virevoltants. Alors que la jeune fille tremblait au bord du jardinet, elle empoigna hâtivement les épices en question et courut jusqu’au logis pour s’empêcher de sombrer plus profondément dans ces souvenirs encore bien trop douloureux.
À la façon dont la porte se ferma, Marthe comprit qu’il s’était passé quelque chose. Elle s’avança dans l’entrée où Jeanne était essoufflée. Son énergie était basse. Les vibrations qu’envoyait son corps s’étaient presque éteintes. C’est quelque chose que l’octogénaire avait tout de suite senti en ouvrant sa maison à la brune la veille. En la voyant, Madame Petit avait su qu’elle avait fait le bon choix. L’idée qu’elle puisse peut-être sauver cette jeune adulte tout en lui transmettant son savoir ainsi que son affection, la ravit. Peut-être que Marthe ne laisserait pas qu’une trace dans les esprits des habitants, mais dans une relation plus précieuse que cela? La vieille dame sourit et s’approcha de la brune.
«Tu as pu trouver à ce que je vois. Merci beaucoup. Passons à la cuisine pour finir de concocter le déjeuner.»
Jeanne ne dit mot, restant en retrait, mais suivit quand même son employeuse, plus apaisée par sa présence. Comprenant de plus en plus comment marchait la jeune fille, elles préparèrent le repas dans un silence complet et réconfortant. Pourtant, ce n’était pas un mutisme pesant, non bien au contraire. Elles étaient entourées du beurre crépitant dans la poêle, de l’eau qui bout, du bruit du couteau s’abattant sur la planche à découper, des oiseaux qui chantaient… Toutes ces petites choses de la vie enveloppaient les deux femmes. Elles savourèrent ce plat, bercées par cette douce mélodie. Ce ne fut qu’au moment de faire la vaisselle que Marthe brisa ce silence.
«Veux-tu que je te prépare un bain pour te relaxer de ce changement de quotidien?
— Mais, ce n’est pas à vous de vous occuper de moi, bredouilla Jeanne. Et puis ce n’est même pas le soir.
Marthe lui sourit.
— Ça me fait plaisir. Quand tu seras lavée et détendue, je t’attendrais dans le salon que tu as merveilleusement nettoyé pour discuter du déroulement des tâches à faire. Après tu pourras profiter de ton après-midi pour t’approprier les lieux.»
Jeanne ne put qu’accepter la proposition de Marthe. Elle resta là, accoudée à la petite table de la cuisine, regardant par la fenêtre le soleil qui montait de plus en plus. Les longues journées d’été étaient quelque chose qu’elle appréciait grandement. Le spectacle devant elle l’apaisa au plus haut point. Pourtant, ses pensées parasites ne la quittaient pas totalement.
Au bout d’une dizaine de minutes, Marthe l’appela de l’étage, depuis sa salle de bain privative. Quand Jeanne entra dans la pièce, elle plongea dans une tout autre ambiance. Les volets avaient été fermés. Sur le bord de la baignoire brûlaient des bougies roses, orangées et blanches. Jeanne commença à se questionner sur ces couleurs, mais rapidement, ses pensées se focalisèrent sur la beauté de cette composition qui formait un joli camaïeu.
Sur la bordure étaient aussi placées des pierres semi-précieuses. Jeanne sourit. Elle ne pensait pas que l’octogénaire s’intéressait à la lithothérapie. À la réflexion, Jeanne nota qu’elle ne savait rien de Marthe. Est-ce qu’elle aimerait que cela change? Peut-être…
Les minéraux apposés sur la fonte portaient les mêmes couleurs que les bougies. Elle ne connaissait pas les noms qui les caractérisaient, mais Jeanne les trouvait jolies. C’était quelque chose qui avait toujours attiré la jeune fille. Petite, elle les collectionnait, se sentant comme appeler par certaines pierres.
Dans l’eau flottaient des herbes et des fleurs, et au fond se trouvait du gros sel. Jeanne reconnut des lavandes, des violettes, du jasmin, du lys blanc, de la coriandre et du gingembre. Le tout avait été séché sans doute pour faciliter la conservation de ces plantes.
«Ça te plaît?
— Oui, beaucoup, Madame, s’émerveilla Jeanne.
Dans ses yeux on pouvait voir virevolter des étoiles. Marthe sourit face à cette vision. La jeune fille était vraiment attendrissante. Elle sentait au fond de son vieux cœur qu’elle allait s’attacher rapidement à Jeanne.
— Bon, je vais te laisser. Profite de ce moment pour te ressourcer de toutes ces bonnes énergies.
— Merci beaucoup, Madame.»
La vieille dame ferma la porte, abandonnant Jeanne dans son intimité. Une fois nue, Jeanne entreprit de se débarbouiller dans la bassine à côté de la baignoire, pour ne pas salir la clarté du bain. Elle la viderait après ce dernier.
Quand elle fut propre, Jeanne glissa un pied après l’autre dans l’eau chaude. Son dos contre la paroi fraîche, elle soupira de bien-être. Depuis combien de temps avait-elle goûté à ce genre de plaisir? Sûrement trop longtemps…
