Stalker - Elsa Ignes - E-Book

Stalker E-Book

Elsa Ignes

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Beschreibung

Une adolescente en deuil, un stalker insatiable : Coleen parviendra-t-elle à échapper à cette menace mortelle ?

À 18 ans, Coleen Leblanc retourne vivre chez son père après la mort tragique de sa mère, espérant retrouver un semblant de normalité. Elle se lie rapidement de nouvelles amitiés, mais sa vie vire au cauchemar lorsqu’elle se rend compte qu’elle est surveillée en permanence. Quelqu’un l’observe, l’écoute, traque chacun de ses mouvements. Quand Coleen réalise qu’elle est la cible d’un stalker dangereux, il est déjà trop tard pour fuir. Coleen pourra-t-elle se libérer de cet enfer ? Plongez dans ce thriller haletant et suivez une héroïne confrontée à une menace constante. Ce roman vous tiendra en haleine jusqu’au bout !

EXTRAIT

— Tu rigoles !? Je m'en fous de ce qu'ils pensent ! Pour moi, intégrer Coleen dans notre club, c'est le meilleur moyen de capturer le stalker qui a tué la sœur de Lina. Dès qu'on le chope, toi et Aiden vous le butez. — Je suis d'accord. — Bon, viens on se casse. Bruits de pas. Puis, plus rien. Sauf moi. Moi qui m'interroge à haute voix. Phoebe a ouvert ce site exprès pour attirer les mecs comme moi. Puis, elle et sa bande ont créé un club spécial anti-stalker pour retrouver celui qui a tué la sœur de Lina, il y a un an. Tabatha. Je me souviens de son prénom. De son visage. De son odeur. De ses cheveux. Pareil que les tiens, mon amour. Elle était amoureuse de moi, je m'en souviens. Elle ne me lâchait pas. Tous les jours, elle m'envoyait des textos pour me dire "je t'aime". Mais moi, je la haïssais, car cette salope voulait m'éloigner de toi. Je t'aimais, mon amour. Encore plus aujourd'hui. Pour qu'elle me laisse tranquille une bonne fois pour toutes, je l'ai tuée. Et mon Dieu ce que j'ai kiffé ! J'étais enfin libre ! Enfin libre de t'aimer. Votre club, là. C'est pour me chopper, c'est ça ? Vous avez l'intention de me buter ?

À PROPOS DE L'AUTEURE

Elsa Ignes est une jeune auteure de 28 ans qui exerce le métier d'auxiliaire de vie. Son thriller Stalker est sa première histoire publiée aux éditions Art en Mots. Avec une plume captivante, Elsa plonge ses lecteurs dans des intrigues sombres et palpitantes, explorant les côtés les plus inquiétants de la psyché humaine.

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Seitenzahl: 230

Veröffentlichungsjahr: 2019

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STALKER

 

 

 

ELSA IGNES

 

Thriller

Éditions « Arts En Mots »

Illustration graphique : Val

 

 

PROLOGUE

 

Ça y est. C'est fait. Sur cette large route new-yorkaise et couverte de neige, j'ai tué ta mère.

Oh et j'en suis si fier !

J'ai attendu dans ma voiture qu'elle sorte du boulot. Qu'elle traverse la route. J'avais froid. Je tremblais. D'excitation.

Quand je l'ai enfin vue sortir du supermarché où elle travaillait, j'ai mis le moteur de ma bagnole en marche et j'ai accéléré. Oh, j'étais pressé de la tuer !

J'étais garé pas loin. Elle, a deux cents mètres.

Pas de chance pour elle.

Elle pensait pouvoir rentrer chez elle. Te retrouver. T'embrasser. Se coucher sous sa couette pour avoir bien chaud et recommencer la même chose demain.

Mais j'étais là. Aussi inévitable que la mort. Fin prêt à la tuer.

La route sur laquelle j'ai choisi de la renverser était sombre et brumeuse. Deux des lampadaires étaient en panne. Il était tard. Un truc comme 21h45. Ta mère avait quitté le travail tard. Va savoir pourquoi. Une aubaine pour moi.

La vitre de ma portière était entrouverte et j'ai perçu le bruit de ses pas s'enfoncer dans la neige qui commençait à fondre un peu.

Elle portait des bottines fourrées. L'une a quitté son pied quand je l'ai renversé.

Je l'ai récupérée pour la garder en souvenir. Elle est là, sur mon étagère. Debout et fière comme un trophée.

Ta mère se les gelait. Je l'ai su bien avant de la percuter. Elle se frictionnait les bras en tremblant comme une feuille.

Avait-elle été traversée par un sentiment de peur ? Car juste avant que je ne démarre ma bagnole pour sortir de l'emplacement où j'étais garé, elle a jeté plusieurs coups d'œil terrifiés dans la rue où je l'ai tué.

J'ai eu à ce moment-là comme un sentiment vague et confus ; savait-elle quelque part qu'elle allait mourir ce soir ?

Quand l'avant de ma bagnole à cogné ses fesses sans qu'elle n'y prenne garde, j'ai souri.

Quand son dos a touché mon capot, j'ai ri.

Puis quand son crâne a brutalement frappé mon pare-brise le fissurant comme une vulgaire coquille de noix, j'ai pleuré de joie.

Elle n'a jamais pu savoir que c'était moi. Son tueur. Son assassin. Encore une aubaine pour moi. J'ai surgi de nulle part. Comme ça, sans prévenir. Comme la mort inévitable.

Quand elle a atterri dans la neige, en sang et les membres tordus comme une poupée désarticulée, j'ai su immédiatement qu'elle était morte sur le coup. Je n'ai alors plus eu froid. J'étais ivre de joie.

J'ai essayé de ne pas céder au fou rire, mais c'était plus fort que moi.

Après un court instant, j'ai continué ma route, la laissant là, morte et abandonnée au milieu de la route, le dos couché sur son lit de mort fait de neige. Dans mon rétroviseur, j'ai vu les flocons qui tombaient sur elle. Ils la recouvraient doucement comme un linceul blanc.

Adieu celle qui m'a tenue éloignée de toi et bonjour toi...

...toi qui m'appartiens.

 

LETTRE A COLEEN

 

Voilà maintenant un mois que grâce à moi tu n'as plus de mère. Je sais combien tu en es triste.

Je t'ai vu pleurer tous les jours.

Ta vie est monotone, triste comme une saison d'hiver. Tu crois avoir tout perdu : ton bonheur, ton sourire, la chaleur, l'envie de vivre. Même l'espoir que cela change un jour.

Mais tu verras, tout ça te reviendra. L'obscurité qui cachait ta lumière disparaîtra bientôt pour lui laisser la place.

J'arrive. C'est moi ta lumière.

Je ne partirais plus. J'éclaircirai ton chemin tous les jours. Je serai comme un jour sans nuit. Comme un soleil éternel. Je veillerai sur toi sans relâche.

Je te protégerai de nos détracteurs. Le jour, la nuit, je serais là. Tenace. Déterminé.

Tu ne me verras pas. Tu me sentiras comme un souffle chaud, protecteur qui te frôle la nuque.

Je te suivrai dans la rue, au lycée, chez toi. Je serai juste derrière toi.

Je surveillerai tes faits et gestes, te regarderai dormir.

Je t'observerai jusque dans tes moments les plus intimes.

Tu auras peur. Sans nul doute.

Peut-être même qu'un jour tu me surprendras. Tes yeux plongeront dans les miens. Tu me reconnaîtras. Tu prononceras mon nom. Je prononcerais le tien. En me délectant de chaque syllabe.

Puis tu fuiras. Et je t'attraperai. Je ferai ensuite de toi tout ce que je voudrai.

Tu es à moi. Tu m'appartiens. Résiste-moi et je rendrais ta vie insupportable. Je tuerai tes amis, puis ton père. Tu n'auras plus rien. Tu seras vulnérable. Résiste-moi encore et je te ferais vivre l'enfer. Un enfer auquel il n'y aura aucun espoir pour toi d'y survivre.

Ne compte sur personne pour t'aider. La police sera mieux occupée. Tu seras seule et moi je serais là. Dans ton dos, invisible mais prêt. Prêt à t'emporter.

Résiste-moi et tu verras.

1

 

Enfin, tu es là. J'ai vu ton avion atterrir. Je suis là, à Portland. Je t'attends garé devant l'aéroport.

Comment es-tu habillée ? Je ferme les yeux et je t'imagine portant une longue robe rouge.

Tu sais que le rouge est ma couleur préférée ?

Le rouge c'est l'amour. Le rouge c'est toi.

Portes-tu des chaussures à talons ? Car il me semble les entendre à travers mes vitres ouvertes. À moins qu'il ne s'agisse encore que de mon imagination...

Ça y est, les portes s'ouvrent enfin.

Où es-tu ? Je ne te vois pas ? Il y a plein de gens, mais pas toi.

Mon cœur s'emballe. Je panique.

As-tu raté ton avion ? Ou n'as-tu pas pu partir ?

Mon souffle s'accélère. Je m'impatiente.

Où es-tu, bon sang ? Qu'est-ce que tu fais ?

Je vérifie, tremblant de rage, les horaires de ton avion que je garde soigneusement rangées dans la poche de mon pantalon.

Tu devrais être là. Il n'y a pas eu de retard. Alors dis-moi, où es-tu, mon amour ?

Plus personne ne sort. L'aéroport est vide.

Es-tu restée à l'intérieur ?

La main sur ma portière, je m'apprête à descendre pour le vérifier, mais les portes s'ouvrent.

La chair de poule parcourt mes bras.

Est-ce toi qui vas sortir ?

Je souris. Plein d'espoir.

Tu es là. Sous mes yeux. Face à moi.

Enfin.

Mon Dieu, tu es si belle !

Tu portes une robe courte et blanche.

J'avoue être un peu déçu par le choix de la couleur...

Tu as décidé d'attacher autour de ta taille une jolie ceinture en cuir marron assortie à tes bottes.

Western, je reconnais là bien ton style.

Tu portes peu de bijoux, si ce n'est qu'une boucle d'oreille en plume rouge.

Le voilà, le rouge. La couleur de l'amour. Ta couleur.

Tu viens de coller ton téléphone portable contre ton oreille.

À qui veux-tu parler ? À ton père ? Oui, ça doit être à lui. Tu veux l'appeler pour lui dire que tu viens d'arriver à Portland.

Je dresse l'oreille pour t'écouter.

— Salut papa. Je viens d'arriver.

Après quelques secondes, tu acquiesces en te postant à côté de l'une des entrées de l'aéroport et tu poses ton seul bagage en main entre tes jambes.

— Pas de souci, dis-tu, je t’attends.

Tu raccroches.

Je fronce mes sourcils, inquiet.

Que se passe-t-il ? Ton père a du retard ?

Quel idiot. Tu ne mérites pas d'attendre. Pour qui te prend-t-il ? Je le punirai pour te venger.

Tu jettes un œil au ciel.

Moi aussi.

Il est gris et pourvu de nuages presque noirs. Au loin, il y a des éclairs.

Entends-tu le ciel gronder, mon amour ?

La pluie commence à tomber.

Une chance que ta tante chez qui tu as vécu tout de suite après la mort de ta mère, t'ait conseillé de porter un coupe-vent. Tu as grâce à elle moins froid. Et grâce à lui, une capuche pour protéger tes beaux cheveux blonds.

Ta tante a bien agi. Je la récompenserai.

Que fais-tu, maintenant ?

Je t'observe discrètement dans le miroir de mon rétroviseur extérieur droit. Toi, tu ne me vois pas.

Tu observes l'écran de ton téléphone portable.

Pourquoi tu as l'air triste ?

Est-ce à cause d'un SMS que tu as reçu ? D'un appel que tu as manqué ? De ton fond d'écran ?

Qu'as-tu mis en fond d'écran ? Ta mère qui t'embrasse sur la joue ? Ta mère qui te sourit ? Ta mère qui te dit "Je t'aime" ? Ou ton ex petit-copain ?

Samuel Finley.

Je rêve de le voir mort. De le percuter avec ma voiture. De voir son crâne s'ouvrir sur mon pare-brise.

J'aspire à lui enfoncer la lame de mon couteau dans la poitrine. À sentir sous mes doigts son cœur s'arrêter. À voir ses yeux se fermer pour toujours.

Je désire serrer mes mains autour de son cou frêle. L'entendre suffoquer. Voir la vie le quitter.

Je souhaite le frapper fort. Entendre ses os se briser. Sentir son sang couler sur ma peau. Le voir expirer son dernier souffle.

Tu as été forcée de le quitter il y a un peu plus de deux semaines, après dix jours de relation, car ta mère ne le trouvait pas assez bien pour toi.

Merci ta mère, pour ça.

Samuel n'est pas pour toi, mon amour. Samuel est un garçon qui ne vient pas des beaux quartiers.

Pas comme moi.

Ses parents ne sont pas riches.

Pas comme les miens.

Ils vivent en dessous du seuil de pauvreté. Samuel n'a jamais connu son père. Sa mère est une droguée, alcoolique qui se prostitue pour une centaine de dollars par mois. Et son père, parlons-en de son père. Il est là, quelque part, libre comme l'air, à baiser ou à violer des femmes qu'il mettra comme sa prostituée d'ex-femme alcoolique et droguée, enceinte un de ces quatre matins. Je suis sûr que plein de "Samuel" sont nés grâce à lui.

Qu'est-ce que tu fais, maintenant ? Tu consultes ta boite vocale ?

Combien de fois as-tu écouté ce message que ta mère t'as laissé dix minutes avant de mourir ? Trente-cinq ? Trente-six fois ?

Tes yeux sont clos et tes cils sont trempés de larmes.

Tu as de la peine, mon amour. Entendre sa voix te fait du bien. Ça te donne l'impression qu'elle est toujours là. Que tu la verras dans vingt minutes.

Mais celles-ci durent des heures.

Je sais ce que ça fait. Moi aussi je le fais. J'écoute en boucle le message vocal que tu m'as laissé il y a trois ans. Tu avais quinze ans. Et tu me disais que tu m'aimais.

Qu'est-ce qu'elle t'a laissé comme message, ta mère ? Attend, laisse-moi deviner...

« Salut, ma puce ! Je t'appelle pour te dire que je vais être un peu en retard. Je dois aller faire une course avant de passer à la maison. J'ai vu que le fleuriste avait reçu des lys blancs. Tu sais à quel point je les adore ? Bref, j'arrive dans vingt minutes »

Mais bim ! dix minutes plus tard, sa tête rencontrait mon pare-brise.

Rencontre fatale.

Tiens ! une petite fille vient de sortir de l'aéroport main dans la main avec sa mère. Comme elle te ressemble ! On dirait que c'est toi. Regarde !

Tu pivotes la tête vers elle et ton visage s'attendrit.

Elle est belle, n'est-ce pas ?

Elle pourrait être notre fille qui te ressemblerait trait pour trait. Le rêve !

Qu'est-ce qu'elle a sa mère à faire la gueule comme ça ? La petite pleure. Cette garce a dû l'a grondé.

Oh ! la petite te regarde. Maintenant elle te sourit. Elle doit voir que toi aussi tu as pleuré.

Tu lui adresses un signe de la main. C'est adorable de ta part.

La petite te le rend. Avant d'être brutalement tirée par la main, par sa garce de mère.

Si elle avait été notre fille et cette femme sa nounou. Je lui aurais fracassé le crâne contre un mur pour lui montrer le respect.

Cette garce te foudroie du regard avant de s'éloigner avec elle.

Je pose en vitesse ma main sur la poignée de ma portière, prêt à descendre pour mettre ma menace à exécution.

J'ai la rage. Je veux la tuer ici et maintenant.

Mais à l'instant où je l'entrouvre, où je lève mon pied gauche pour le poser sur le sol trempé par la pluie, une vieille Ford Focus de couleur verte se gare juste derrière ma voiture.

Ma rage se transforme en peur.

C'est ton père. Ça y est, il est là.

Tandis que tu récupères ton bagage posé entre tes jambes et que tu t'approches lentement de lui, je m'affaisse sur mon siège en abaissant un peu sur ma tête la capuche de mon pull vert clair.

Il faut que je dissimule mon visage pour ne pas que tu me vois. Pour ne pas que tu me reconnaisses.

Ton père sort de sa voiture. Il te prend dans ses bras et tu te remets à pleurer.

— Oh, ma puce, murmure-t-il les yeux clos.

Je vous observe discrètement dans le miroir de mon rétroviseur extérieur droit. Je l'ai réglé pour avoir la meilleure vision possible de vous. Et je vous vois parfaitement.

Tu sanglotes un peu bruyamment, ton visage enfoui dans son épaule.

Soudain, je sens une larme couler sur ma joue. Je pleure avec toi, mon amour.

C'est évident. Toi et moi nous sommes liés. Toi et moi nous ne formons qu'un.

Ton père s'écarte de toi.

Je souris un peu.

Nicholas te dépasse de trois têtes. C'est drôle. À côté de lui, tu as l'air d'être encore une petite fille.

Il se penche au-dessus de toi et pose ses deux mains sur tes joues humides.

— Oh, ma puce, tu m'as tellement manqué ! te dit-il très ému.

Il te prend une nouvelle fois dans ses bras et te serre un peu plus fort.

Voilà un an qu'il ne t'as pas vu.

Ta mère était trop en colère contre lui pour l'autoriser à te voir.

Je comprends totalement. Il l'a trompée avec la mère de l'un de tes anciens amis.

— Allez viens, on rentre, dit ton père.

Il récupère ton bagage que tu as posé à tes pieds, te prends la main, puis t'emmène à sa voiture.

Je joue avec mon rétroviseur pour ne rater aucun instant.

Vous ne vous rendez compte de rien.

Assis dans sa voiture, ton père se tourne face à toi.

Ce qu'il fait ensuite m'est difficile à voir depuis mon rétroviseur intérieur, mais il me semble qu'il te prend la main.

Il a laissé sa portière ouverte. Moi, mes vitres à fond. Je dresse l'oreille pour l'entendre dire :

— La police finira par trouver qui a renversé ta mère. Et celui ou celle qui a fait ça, paiera le prix fort.

Tu baisses la tête d'un air triste, puis tu acquiesces.

Ton père t'attire tout contre lui. Encore.

Je crois entendre :

— Il paiera.

Il pose un baiser sur ton crâne. Son regard est glacial, tout comme la grêle qui se met soudain à tomber sur nos voitures après un bruyant orage.

— Il paiera. Je le jure.

Après quelques dialogues échangés avec toi - je n'ai rien pu entendre. Trois motards sont arrivés et ont stationné devant l'aéroport. Je les aurais tués s'il avait été impossible pour toi de me voir le faire. - ton père a démarré sa voiture et s'est engagé avec prudence sur la route.

Je vous suis, mon amour. À bonne distance.

À tout à l'heure ! J'ai tellement hâte, de pouvoir enfin bientôt te parler.

2

 

Je te vois, mon amour. Derrière mon écran d'ordinateur. Tu es juste à côté de la voiture de ton père. Tu marches avec lui jusqu'à la porte d'entrée de votre maison.

J'ai installé des caméras espion de partout. Pour te voir et t'entendre, mon amour. C'était si facile. Il a suffi que j'entre chez ton père, une fois celui-ci absent et que j'installe dans des endroits bien cachés tout mon petit matériel.

Un jeu d'enfant.

— Je dois te prévenir avant que tu n'entres ou sinon tu risques d'être un peu surprise, te dis ton père en souriant.

— J'habite avec quelqu'un.

Tu es surprise autant que je le suis.

— Oh, ce n'est pas une femme ! rit ton père. C'est un garçon de ton âge.

Tes sourcils se haussent. Tout comme les miens.

— Ses parents ont déménagé. Il a décidé de ne pas les suivre. Il est attaché à Hood River. Comme on le connaît, je lui ai proposé de vivre ici avec moi en échange de quelques services. Il a accepté !

— Comme On le connaît ?

Mais de qui parle-t-il ?

— Oui. Toi, moi et ta maman.

Je vous vois entrer chez vous. Ton père s'approche des escaliers qui mènent aux chambres.

— Aiden ? Coleen est là !

Tu sursautes.

— Aiden ?!

Quel Aiden ? Aiden, le garçon dont tu étais amoureuse de la maternelle jusqu'au collège ?

À l'étage, une porte s'ouvre, puis quelqu'un descend les escaliers en vitesse.

Putain. C'est bien lui.

Qu'il dégage. Je veux qu'il dégage !

Tu souris.

Ne souris pas !

Tes yeux s'élargissent de joie.

Regarde ailleurs !

— Aiden !

Il sourit avec toi.

Je supprimerai ce sourire!

— Salut, Coleen.

Il te prend dans ses bras.

Écarte-toi d'elle ! Elle est à moi !

Elle est à moi.

Tu es heureuse. Je le vois. Je le sens.

Arrête !

Depuis combien de temps ton père l'héberge-t-il ?

Je vais le chasser. Faire en sorte qu'il ne revienne plus.

Plus jamais.

Tu t'écartes d'Aiden.

Enfin. Merci.

Tes yeux bleus sont embués de larmes.

Oh, ne pleure pas pour lui, s'il te plaît !

— Ça me fait tellement plaisir de te revoir ! dit Aiden, ému lui aussi.

— Moi aussi, réponds-tu. Tu m'as manqué.

Non, non, non, mon amour.

Aiden rougit.

Non ! Il t'aime toujours !?

— Tes parents sont au courant que tu vis ici ? demandes-tu.

— Non, répond ton père à la place d'Aiden,

Il pose sa main sur son épaule.

Tu fronces les sourcils.

Il poursuit :

— Ils ont voulu quitter Hood River pour aller s'installer au Texas. Sa mère adore le Western et la Country.

— J'ai préféré rester ici, continue Aiden. J'ai trop de bons souvenirs dans cette ville. Par exemple, la maternelle où on s'est connu et où tu m'as donné mon premier baiser, (il rougit) la primaire où on s'est fabriqué des alliances en pâquerettes.

Tu te mets à rire.

Ne ris pas ! Dis à ton père que tu ne le veux pas ici.

— Oui, je m'en souviens !

Aiden sourit timidement.

— J'ai peur de tout oublier, si je m'en vais. (Il hausse les épaules) Puis comme je suis majeur, maintenant, je leur ai dit que je resterai ici qu'ils le veuillent ou non. (Il rit) J'y suis allé au culot.

— Je vois ça, souris-tu.

— Mes parents ont été plutôt cool. Ils m'ont dit qu'ils étaient d'accord, mais à condition que je trouve du travail. J'ai cherché partout en ville une entreprise qui voudrait bien embaucher quelqu'un comme moi en dernière année de lycée, mais j'ai rien trouvé. (Il regarde ton père avec gratitude) Alors, je suis allé voir ton père. Là encore j'y suis allé au culot.

Ton père lui sourit.

— J'avais besoin d'un apprenti pour le chantier sur lequel je travaille avec mes ouvriers. Quand Aiden m'a dit qu'il cherchait du boulot, j'ai d'abord hésité à l'embaucher. J'avais peur que ça déplaise à ses parents, tu comprends ? Puis, j'ai finalement accepté quand Aiden m'a dit qu'ils n'étaient plus en ville et qu'il leur mentirait ce qu'il faisait ici.

Aiden rougit.

— Il y a une pièce vide dans la maison. C'était le bureau de ta mère. Je me suis dit que ça serait sympa de l'emménager en chambre pour Aiden. Puis je vis seul depuis trop longtemps. Je n'étais pas contre avoir un peu de compagnie tous les jours.

— Il m'a dit que c'était soit ça, soit il adoptait un chat. Mais comme moi je ne mords pas, je ne griffe pas et il n’y a pas besoin de changer ma litière, il a accepté de m'adopter.

Grosse, grosse erreur.

Ton père éclate de rire et toi tu souris.

— J'espère que ça ne te dérange pas trop que je vive avec vous, te dit timidement Aiden.

Si. Moi ça me dérange. Dégage ! Dégage et vite !

— Tu plaisantes !? Je suis super contente !

— Génial, sourit-il.

Après un court silence pendant lequel Aiden et toi vous regardez dans les yeux, ton père frappe dans ses mains.

— Bon, et si on montait ce bagage !

— Je m'en charge ! propose Aiden.

Ton père lui tend ta valise. Une fois la poignée dans la main, Aiden te demande :

— Tu viens ?

— Je te suis.

Vous vous dirigez vers les escaliers en bois qui mènent à l'étage.

— Je vais nous servir à boire, dit ton père en pivotant vers la cuisine. Quand vous descendrez, on boira en discutant du bon vieux temps !

Tu souris à ton père, puis tu suis Aiden qui grimpe déjà les escaliers.

Je vais le tuer. Je vais le tuer.

Bientôt. Bientôt.

 

3

 

Aiden entre dans ta chambre.

N'entre pas dans sa chambre !

— Ta chambre est propre comme un sou neuf, te dit-il. Ton père l'a nettoyée avant ton arrivée. T'as de la chance. Moi, je n'ai pas eu droit à ce traitement de faveur. Ton père m'a dit que la seule obligation que j'avais pour rester vivre ici, mise à part bosser pour lui trois heures par jours, après les cours, c'était de nettoyer chaque semaine ma chambre à fond ainsi que toutes les pièces de la maison. Et de lui cuisiner de bons petits plats. Et de lui masser les pieds, aussi.

— C'est vrai ce mensonge ? réponds-tu sans y croire.

Aiden pose ta valise sur ton lit et se tourne vers toi en levant la main droite.

— Je te le jure ! Ton père m'exploite. Je suis son esclave ! (Il s'approche de toi, porte une main sur sa bouche en porte-voix et chuchote tout bas :) Si je ne lui obéis pas, il baisse mon pantalon et mon caleçon, il me met à plat ventre sur ses genoux et il me donne de très grosses fessées.

Tu te mets à rire.

Ne ris pas !

— Mes fesses peuvent le prouver ! insiste Aiden sans perdre son sérieux. Elles sont si rouges qu'elles rivalisent avec les tomates qui poussent dans le jardin. Je leur ai parlé. Elles sont super jalouses !

— T'es bête..., ris-tu encore.

Arrête ça !

— Tu ne me crois pas ? Attend, je te les montre...

Il glisse ses pousses dans la ceinture de son pantalon et s'apprête à le baisser sur ses chevilles, mais tu l'arrêtes immédiatement avant d'éclater de rire.

Aiden sourit, amusé. La tête penchée sur le côté, il te regarde, puis il te dit d'un air nostalgique :

— Te voir rire m'avait manqué...

Tu souris.

— Et moi, c'est tes bêtises.

Tu essuies tes larmes aux coins de tes beaux yeux. Aiden t'observe, pensif.

Ne la regarde pas comme ça !

Après quelques secondes, il se tourne vers ta valise et te demande, les joues en feu :

— Tu veux que je t'aide à la vider ?

Non, dégage !

— Si tu veux, acquiesces-tu.

Tu t'approches de ton lit, puis tu ouvres ta valise.

Qu'est-ce que tu as posé sur tes vêtements correctement pliés ?

Tiens ! un cadre.

Je te reconnais petite fille. Avec tes parents.

Ton regard devient soudain triste.

Le mien aussi.

Aiden se rapproche de toi pour l-observer avec toi.

Garde tes distances !

— Ta mère était une femme magnifique, dit-il avec prudence, mais ma mère était plus jolie.

Tu souris avant de lui donner un léger coup de coude dans les côtes.

Ne le touche pas !

Aiden te regarde.

— Je te présente mes plus sincères condoléances.

Il te caresse le bras.

Ne la touche pas !

Te voyant soudain pleurer, il t'attire dans ses bras.

Lâche-la tout de suite !

J'observe sa main qu'il passe dans tes cheveux. Il les hume.

Éloigne-toi d'elle !

Quelle est l'odeur de tes cheveux, mon amour ? Fraise des bois ? Je serais heureux si tu avais gardé rien que pour moi celui que tu utilisais quand tu étais enfant. Il sentait si bon !

Il passe son autre main autour de ta taille et te dit :

— Être séparé de la personne qu'on aime le plus au monde est la chose la plus insoutenable qui soit.

Tu es un peu gênée par son étreinte.

Je le vois et je le ressens.

Écarte-toi de lui.

Tu t'écartes de lui. Puis soudain tu te figes.

Quoi, mon amour ? Qu'as-tu vu ?

Je le vois soudain.

En face de la fenêtre de ta chambre, il y a une maison. Et depuis celle-ci, un jeune homme blond et torse nu t'observe.

Mes poings se serrent. Ma colère monte.

Regarde ailleurs, sale pervers !

Tu sembles trembler de peur.

Non, n'est pas peur, mon amour. Je lui crèverai les yeux.

— Qui est-ce ? demandes-tu à Aiden.

Ses yeux sont sombres. Son corps entier tremble de rage.

— C'est le mec de la meilleure amie de ma copine. Veille à bien garder tes rideaux tirés. Sous ses petits airs de gendre idéal, c'est un vrai stalker.

Il marche vers ta fenêtre, puis il tire sèchement tes rideaux.

Merci, Aiden.

— T'as une copine ? demandes-tu, surprise.

— Désolé, grimace Aiden, j'ai brisé nos fiançailles. Peu après être entré au collège, je t'ai trompé avec Lina. Ça fait trois ans qu'on est ensemble. Je l'aime comme un fou. Tu veux que je te rende nos alliances en pâquerettes qu'on s'est fait en primaire et que j'appelle maître Nounours, ton avocat ?

Tu souris.

Aiden passe une main dans ses cheveux brun coiffés en bataille et là, elle remarque l'anneau à son annuaire gauche.

— Vous êtes marié !?

— Quoi ? (Il regarde son anneau.) Ah, ça ! Non ! (Il se marre, soudain très gêné) C'est un truc entre elle et moi. Je porte un anneau à mon doigt pour montrer aux filles que je suis 100% hors du marché des célibataires, et de son côté, elle aussi. C'est... son délire pour repousser les dragueurs un peu lourds.

— Ah, okay, je comprends, tu souris.

Aiden retire son anneau et le glisse dans la poche de jean.

Tu es surprise par ce geste.

Pourquoi a-t-il fait ça ?

Moi aussi je me le demande. S'il l'a fait parce qu'il t'aime toujours, je le tuerai avant l'aube, demain matin.

— Tu veux boire un coup ? te demande soudain Aiden. Moi, je meurs de soif. Viens, ton père nous attend. Je t'aiderai à ranger tes affaires après, si tu veux.

Il te prend la main et te tire hors de ta chambre sans te demander ton avis.

 

4

 

Je te regarde toujours, mon amour.Mes yeux t'observent sans te lâcher.

— Ah ! dit ton père en te voyant entrer dans la cuisine avec Aiden. Vous voilà enfin !

Il pose deux verres sur la table de la cuisine.