Stella Sole - Thierry FERRAND - E-Book

Stella Sole E-Book

Thierry FERRAND

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Beschreibung

Mathieu, jeune libraire, trouve dans un vieux cahier d’écolier des années 50, un poème qu’il a lui-même écrit quelques années plus tôt. Cette découverte bouleversante va l’amener à rencontrer Adrien, ancien professeur de physique et inventeur d’une étrange machine à remonter le temps.
Débute alors une incroyable épopée entre les âges antiques où il fera connaissance de la belle Clotildis, et le futur qui annonce la destruction prochaine de la planète Terre. L’espoir ne se niche-t-il pas dans une exoplanète en orbite autour de Proxima ?
Mais comment survivre dans une nature aussi inconnue et différente de la nôtre ?

À PROPOS DE L'AUTEUR

Marié et père de trois enfants, Thierry FERRAND profite de sa retraite près de Bourg en Bresse pour se consacrer à ses passions. Féru de sciences et d’écriture, il fut tenté de réunir les deux dans plusieurs romans de science-fiction qui mettent à l’honneur d’incroyables scénarios rendus crédibles et une certaine poésie de la musicalité des mots.

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Seitenzahl: 232

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Thierry FERRAND

Stella Sole

Une Étoile pour Soleil

Roman

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN papier : 978-2-490522-57-6ISBN Numérique : 978-2-490522-58-3Dépôt légal : Février 2020

© Libre2Lire, 2020

Lorsqu’on a fini un roman, la préface est une chose importante pour finaliser l’œuvre, mais elle est souvent réduite à une ou deux pages, bien trop court pour exprimer le fond de sa pensée.

Dans ce nouvel ouvrage, j’ai voulu aller plus loin dans mes réflexions, en entrouvrant la porte de la philosophie ou plutôt l’intuition de ma vérité. En termes de vérité, on devrait dire état de conscience, cette perception du réel qui est propre à chacun. Depuis la nuit des temps, l’homme détient cette faculté de réflexion. La première de ces réflexions concerne la place qui est la sienne dans l’univers.

Malgré les nombreuses découvertes scientifiques, de grandes énigmes subsistent. Parmi elles, la théorie sur l’univers tient une large place. La plus vraisemblable reste celle du BING BANG. Notre univers serait en expansion et sa dimension atteindrait les 13,8 milliards d’années-lumière. De récents satellites scrutant l’espace ont découvert des traces du tout début, une lumière primitive, et même son écho résonnerait dans l’air du temps. Il est difficile de se représenter la masse de notre univers. Une étoile à neutrons peut peser un milliard de tonnes par centimètre cube bien que cela semble inimaginable, et il faudrait compresser 133 334 tours Eiffel dans un dé à jouer pour obtenir le même résultat. Cette étoile dispose d’une surface de 20 km de diamètre.

En ce qui concerne notre soleil, son diamètre est d’un million et demi de kilomètres et certaines étoiles comme Antarès ou Bételgeuse ont un diamètre 800 fois supérieur.

D’autres curiosités jalonnent notre univers, comme les trous noirs. Nous avons pu constater la masse très importante de certaines étoiles. La matière a ses limites et certaines fois, la matière s’effondre sur elle-même. Pour donner un ordre d’idée, notre soleil de 1 million et demi de kilomètres de diamètre devrait se réduire à 3 km pour que sa matière s’aliène et devienne un trou noir. Pour comprendre le processus, il faut entrer dans les trois dimensions, masse énergie, espace et temps. Tout est relatif, si une masse augmente, son espace-temps lui aussi s’en trouve perturbé à tel point qu’il en subit une courbure. Des expériences ont démontré que la lumière d’une étoile nous parvenant pouvait connaître une légère courbure lorsqu’elle passait au voisinage d’une masse critique telle une étoile à neutrons vue auparavant, ce qui en l’occurrence a confirmé la théorie de la relativité. Pour en revenir au trou noir, la masse de l’étoile devient tellement importante que la courbure espace-temps se referme sur elle-même et de cette façon emprisonne sa propre lumière, d’où l’apparence d’un trou noir. Il n’est pas exclu que notre propre univers subisse le même principe. Dans ce cas-là, on dira qu’il est fermé et de ce fait, il serait invisible par un autre univers. En revanche, si sa masse n’est pas critique, il sera ouvert et visible de toute part.

La lumière a une vitesse de propagation de 299 792 458 mètres seconde et il faut 8 minutes et 19 secondes pour que la lumière de notre étoile le Soleil nous parvienne. Voici une visualisation plus concrète.

Il suffit de se représenter les astres à des tailles et des distances relatives très réduites. Ainsi, si la Terre n’avait qu’un millimètre de diamètre, le Soleil serait une boule de dix centimètres situés à dix mètres. L’étoile la plus proche de nous, Proxima du Centaure, serait une balle de tennis située à 2 700 kilomètres, et une éventuelle planète semblable à la Terre gravitant autour, une bille de stylo orbitant à dix mètres de cette balle. À cette échelle, observer Proxima équivaut à distinguer, de Paris une ampoule de 1 000 watts située à Moscou. Sa lumière nous parvient au bout de 4 ans et 4 mois, si bien que si une planète gravitait autour de cette étoile et que ses habitants voulaient communiquer avec nous par SMS par exemple, il nous faudrait le même temps pour obtenir le message en sachant que la lumière et les ondes électromagnétiques voyagent environ à la même vitesse. Par contre, si on devait leur rendre visite avec une fusée de notre temps voyageant à la vitesse de 20 000 KH, il ne nous faudrait pas moins de 60 000 mille ans. Même en imaginant que les scientifiques parviennent à construire des aéronefs pouvant atteindre la vitesse de la lumière, ils rencontreraient un problème de taille. En effet, on ne peut dissocier l’énergie et la masse, et si on ajoute de la vitesse à une masse, on lui ajoute par la même de l’énergie. Sa masse va donc s’alourdir à tel point qu’à la vitesse de la lumière, un corps humain pèserait plusieurs milliers de tonnes et serait réduit à un grain de sable. L’engin lui-même serait ardu à concevoir, car la matière dont il serait fait subirait un sort identique. Imaginons malgré tout que la science découvre de nouveaux matériaux, l’espace est parsemé de poussières stellaires et ceux-ci deviendraient de véritables boulets de canon.

Notre système solaire fait partie de la Voie lactée, une galaxie qui ne compte pas moins quelques centaines de milliards d’étoiles et son extension est de l’ordre de 80 000 années-lumière. Une année représente 9500 milliards de kilomètres. On a répertorié plus de 100 milliards de galaxies avec les moyens actuels, et il est à présager qu’il en existe beaucoup plus.

Ma démarche dans cette préface est de remonter au premier instant de l’univers, et je trouvais important d’avoir une vue globale de celui-ci. Il est vraisemblable que notre univers est en expansion et de surcroît qu’il eut un départ. On peut se représenter le phénomène comme un film que l’on passerait en arrière, toutes les galaxies de l’univers finiraient par se rejoindre à tel point qu’elles seraient concentrées sur un point et il est difficile de se représenter toute cette masse concentrée dans un volume. Dans ces conditions, toutes les lois de la physique en sont bouleversées. D’après la théorie de professeur Max Planck, dit mur de Planck, le poids initial de l’univers était de 20 micros-grammes, puisque dans la théorie, dans certaines conditions de la relativité, la masse est transformée en énergie et de ce fait la masse et l’énergie ne sont plus égales. Ce physicien a pu déterminer la distance la plus courte d’un point à un autre. Les dimensions sont réduites à des milliards de milliards, plus petits qu’un noyau d’hydrogène. Après ces dimensions, les lois de la physique n’ont plus lieu. Dans cet espace confiné, la chaleur régnante est des milliards de milliards de fois plus intense que celle de notre soleil, sans parler de l’instabilité espace-temps. Imaginez avoir votre maison dans ce lieu, vos pièces passeraient de 3 cm à 3 000 mètres, le temps de 2 secondes à 3 000 ans. Toutes ces informations découlent de la relativité générale et de la physique quantique. Dans ce petit espace, les limites de la matière sont atteintes. On est proche de l’instant 0 de notre univers.

Qu’est-ce qu’il y avait avant l’instant zéro ? Dieu seul le sait, si cette entité existe. L’intelligence des humains a ses limites. Il nous est impossible de nous représenter un espace infini, pareil pour un chiffre qui n’aurait pas de fin. Ceci laisse présager un faible savoir sur l’univers, mais heureusement, l’homme possède une grande faculté, celle d’imaginer et de créer des théories basées plus sur des intuitions dans certains cas que sur des preuves scientifiques. La théorie du Bing Bang est actuellement la plus retenue, elle découle de la logique scientifique actuelle. La matière elle-même ne peut expliquer le poids colossal de notre univers. Les dernières découvertes ont démontré l’existence d’une matière noire. Sa constitution est inconnue. Elle constituerait 68,3 % de la masse totale de l’univers.

Voilà pour conclure cette préface qui apportera son bien-fondé pour la compréhension de mon roman.

Chapitre 1Le vide-greniers

En ce mois de juin, la Saône baignait dans le soleil et sa surface en était piquetée de lumière. Le vide-greniers organisé par les pompiers de Montmerle-sur-Saône ne désemplissait pas. Des tables de fortune couvertes de babioles en tout genre empiétaient sur les trottoirs étroits des bords de Saône. Une bonhomie empreinte de plaisanteries graveleuses et grivoises régnait dans les allées. Les deux buvettes étaient prises d’assaut. Par cette chaleur, la bière coulait à flots. Les barquettes de frites dégoulinantes de ketchup ou de moutarde voguaient tant bien que mal entre les consommateurs. Une faible brise dispersait les fumées que générait la cuisson des merguez qui grillaient sur les barbecues. Les anciens aux mines patibulaires ne décollaient pas du plancher de la buvette. C’étaient des figures locales de Montmerle-sur-Saône, des enfants du pays qui occupaient leurs journées la plupart du temps dans les cafés du voisinage, en jouant aux cartes sur un tapis de feutre vert devant un verre de rouge tout en refaisant le monde.

Dans le tumulte de cette marée humaine, un homme arpentait les allées d’un pas alerte, en se coltinant un sac à dos en bandoulière sur l’épaule droite. Il marqua un temps d’arrêt. Comme hypnotisé, son regard se fixa devant un carton rempli de vieux magazines des années 60. L’homme, comme pour se donner une contenance, se frotta le menton. La vieille dame tentait de le deviner. L’homme avait les yeux bleus. Ses cheveux mi-longs tirés en arrière et tenus par un élastique le confortaient dans un style baba cool.

— Pardon, Madame, combien l’ensemble ?

La vieille dame esquissa un sourire, prise par le charme désinvolte de l’inconnu. Elle se leva de sa chaise tout en ajustant sa robe rouge de sa main droite et en replaçant sa paire de lunettes qui lui glissait sur le nez.

— Le tout, allez, 10 euros.

L’homme dépila les magazines. Son visage resta imperturbable pour ne trahir aucune émotion, car ce carton avait valeur de petit trésor. L’homme en question était féru de magazines et de livres anciens. Quelques cahiers d’écolier faisaient partie du lot, sans grand intérêt pour un collectionneur, mais en prenant l’ensemble, il se donnait ainsi bonne conscience. Il poussa même son jeu jusqu’à une hésitation.

— OK, mais le prix est un peu élevé.
— À prendre ou à laisser !
— OK, je prends.
— Voulez-vous un sac ?
— Non, non, merci, mon sac à dos fera très bien l’affaire.

Il rangea avec soin sa petite trouvaille, tout en songeant que les affaires étaient les affaires. Tant pis pour la vieille dame, qui au demeurant avait aussi cru faire une bonne transaction. Sa trouvaille tiendrait compagnie à quelques vieux livres poussiéreux récupérés çà et là sur le parcours du vide-greniers. L’homme, qui répondait au nom de Mathieu, eut un bref regard sur sa montre dont les aiguilles affichaient 16 heures, l’heure de rejoindre ses pénates.

Mathieu était un ancien prof de lettres. À 35 ans, il avait décidé de quitter l’enseignement pour se consacrer à sa grande passion, la littérature. Il avait pu ressusciter non sans mal une petite librairie en lieu et place des arcades de la ville de Louhans en Saône-et-Loire. Sa librairie se voulait être sans prétention. Sa façade, faite de bois, avait été repeinte d’un rouge bordeaux, couleur qu’il avait choisie pour évoquer celle des reliures de livres anciens. L’inscription sur l’enseigne « Livres Passions », de couleur jaune, écrite en lettres académiques au-dessus de la vitrine, apportait un sérieux littéraire. Sa passion dévorante avait eu raison de sa vie de couple. Marthe n’avait pu se résoudre à quitter la vie tumultueuse de Paris ni sa boutique de prêt-à-porter d’une banlieue parisienne.

Il fallut une bonne heure pour rejoindre Louhans, petite ville de Saône-et-Loire. En ce dimanche, quelques passants arpentaient la rue pour lécher les vitrines. D’autres profitaient de l’ombrage des arcades, assis à la terrasse d’un café tout en sirotant un soda ou une bière pression. Lorsque Mathieu fut devant la porte vitrée de sa librairie, il introduisit la clef dans la serrure de la porte d’entrée, tout en poussant celle-ci du pied. Une bonne odeur de vieux papiers le submergea aussitôt. Il entrait enfin dans son univers. Il déballa sans attendre ses trouvailles sur un bureau dans un recoin de la librairie, bureau dont il n’avait pu se résoudre à se séparer, voulant ainsi garder l’âme de l’ancienne librairie. Il en était de même pour le vieux miroir imposant au cadre de bois doré qui trônait encore au-dessus du bureau comme un sphinx du passé. Mathieu fit l’inventaire du carton, des magazines des années 70. Podium, Paris Match, il avait su rassembler sur un site internet des collectionneurs de ce genre de magazine. Il lui suffisait de scanner les couvertures et de vendre le tout au plus offrant, mais tous dans son carton n’étaient pas digne d’intérêt. Pourtant, son attention fut captivée par un cahier d’écolier où figurait un poème sur sa couverture. Sa particularité était qu’il était écrit à l’envers. On ne pouvait le lire qu’à l’aide d’un miroir. Un petit miroir rond pas plus gros qu’une pièce de deux euros figurait dans le coin en haut à droite de la couverture. Mathieu eut un sourire, son âme d’enfant surgissait soudain. Il profita du miroir du cahier et l’inclina pour lire le poème.

Chimère

Je viendrai un soir mystérieux comme un voleurRentrer dans vos mémoires et marcher sur vos rêvesComme la vie s’en va sans cri et sans douleurJe serai phénix bleu volant sur la grève

Je me ferai azur pour mieux vous contemplerDans votre intime sommeil libre de ses sentimentsDans ce cœur si lourd qu’il ne peut plus aimerQue de vouloir aimer devienne un châtiment

Qu’il devienne léger papillon d’avrilDans la lumière glaciale d’un lac aux eaux clairesQu’il soit nostalgique d’un soleil en exil

J’irai cueillir des fleurs dans votre jardin secretCelles du mal et du bien et celles qui vous ressemblentJe fermerai la porte d’un sourire discret.

Adrien Pontus

Mathieu lut le poème, une première fois sans trop comprendre, puis une seconde fois plus soucieux. Son teint devint plus pâle, son cœur s’accéléra. Il vivait, silencieux, une émotion intense. La vue d’un fantôme passant devant lui ne l’aurait pas plus ému. Ce poème ne lui était pas inconnu, car il l’avait écrit deux ans auparavant. Il fut même à l’origine du premier prix d’une grande revue poétique : « La braise et l’étincelle ». Voulant dans un premier temps se rassurer, il crut à une farce, mais de l’achat à la vieille dame à son magasin, le cahier ne l’avait pas quitté. De plus, le papier était jauni par le temps, et l’écriture, de même que couleur de l’encre, étaient semblables à l’intérieur du cahier. La probabilité que deux personnes puissent écrire un poème identique était nulle, pensa-t-il. L’intérieur du cahier en première page indiquait l’âge et le lieu des écrits « Adrien Pontus 19 mai 1957 Varennes-Saint-Sauveur ». Quant au contenu des six cahiers, ils étaient essentiellement couverts d’amas de chiffres et de croquis incompréhensibles.

Chapitre 2L’enfant seul

La traction avant du docteur Marchant, en ce matin d’octobre 1957, pourfendit le brouillard épais du chemin tortueux et boueux d’une ferme de la commune de Varennes-Saint-Sauveur, commune de Saône-et-Loire. Une ampoule électrique suspendue à une poutre du toit en indiquait sa présence. La venue de la voiture fut annoncée par l’aboiement des deux chiens efflanqués, gesticulant dans une boue épaisse. Madame Pontus l’attendait campée sur le perron de la porte d’entrée, comme l’aurait fait un majordome devant une grande demeure. Lorsqu’il sortit de sa voiture, le médecin de campagne prit mille précautions pour ne pas crotter ses chaussures noires parfaitement cirées. Il incarnait l’élégance avec son chapeau de feutre gris clair vissé sur sa tête et sa moustache brune taillée en pointe. Son costume trois-pièces gris clair parachevait sa prestance. Sa maigreur était telle qu’on l’eût comparée à un grand échalas. Il eut un sourire de bienveillance à l’attention de madame Pontus.

— Bonjour Madame Pontus, toujours bon pied bon œil !

Madame Pontus était une gironde aux formes harmonieuses dans la fleur de la quarantaine. Elle ne manquait pas de charme malgré un chignon tiré en arrière qui lui allongeait le visage. Sa peau brunie par les travaux des champs faisait ressortir ses yeux bleus, le tout éclairé par un joli sourire. Elle fit entrer son hôte en se dandinant, sachant bien qu’il la regardait, et que, suivant les dires, le docteur Marchant n’était pas en reste avec la gent féminine.

— Docteur, entrez, vous allez bien prendre le café avec nous.

Le docteur Marchant lui répondit d’un sourire et d’un oui. La ferme avait gardé tout le pittoresque d’une ferme traditionnelle bressane louhannaise. Sous les pans du toit pendaient des gerbes de maïs comme des lustres éclairés de soleil. Un escalier brinquebalant de bois devenu gris par le temps conduisait aux greniers. Par la fenêtre, on pouvait voir le puits qui occupait le centre de la cour. Dès son entrée dans la pièce de vie, le docteur prit le temps de respirer lentement. Une odeur de cire d’abeille émanait des deux grandes armoires et du vaisselier bressan. On n’entendait que le crépitement du feu dans la cuisinière et le va-et-vient du balancier de l’horloge franc-comtoise. À chaque visite à la ferme, le docteur Marchant tombait en admiration devant la cheminée bressane qui n’était plus utilisée. Elle tenait à elle seule une partie de la pièce, si bien que plusieurs personnes y tenaient assises.

— Vous savez, Madame Pontus que l’origine de ces cheminées remonterait à l’invasion des Sarrasins en l’an 600.
— Je ne sais pas, mais celui qui a fait la ferme, il y a bien longtemps qu’il n’a plus mal aux dents.

L’objet de sa visite se tenait dans un lit près de la fenêtre, la grand-mère maternelle Léontine. Elle venait d’avoir 98 printemps et malgré son grand âge, elle rendait encore de grands services, en particulier ceux de la cuisine, et par mesure d’économies et de tradition, les anciens restaient dans leur famille jusqu’à leurs derniers jours. Mais en ce jour, une mauvaise grippe la clouait au lit. Bien que choyée par les fermiers, une fin proche n’était pas indésirable. La Léontine était issue d’une riche famille louhannaise, et avait hérité d’un bon pécule qui croissait dans une banque de Bourg-en-Bresse et sa mort apporterait bien de l’eau au moulin, mais Léontine avait compris leurs pensées secrètes et inavouables. Malgré son grand âge et ses yeux vitrifiés par la cataracte, ses longs cheveux blancs offraient encore une coquetterie. Le docteur se saisit de sa montre à gousset en or dans la poche droite de son veston, un raffinement qui affichait son statut social. Il prit le poignet de sa patiente pour en déterminer le pouls.

En l’auscultant, le docteur fit un clin d’œil complice à Léontine, qui elle, n’était pas dupe. Le magot n’était pas pour les jours qui suivent. Le docteur Marchant prenait un malin plaisir par le simple fait de cette phrase.

— Pas d’inquiétude, un simple coup de froid. Elle a la santé d’une jeune fille et vous allez voir, elle sera la doyenne du département.

Le fermier qui les avait rejoints fit une moue cachée par une moustache mal taillée et grisonnante. C’était un grand gaillard au béret enfoncé jusqu’aux oreilles qui ne semblait ne jamais le quitter : Elle allait tous les enterrer pensait-il, et surtout l’argent engraisserait les bancs encore de nombreuses années. Le docteur Marchant but son café d’une traite tout en refermant son imposante sacoche en cuir noir, en s’exclamant.

— Hé le petit Adrien comment va-t-il ?

Le couple de fermiers avait deux enfants. L’aînée, Joséphine, 14 ans, une belle fille grande et mince de la blondeur des champs de blé au minois d’ange, faisait leur fierté. Les garçons tournoyaient déjà autour d’elle, comme des guêpes autour d’une tartine de confiture. La fierté de ses parents ne s’arrêtait pas là. Elle excellait dans toutes les matières en classe et comme aimaient le dire ses parents, « elle sera institutrice plus tard ». Malheureusement, il n’en était pas de même pour son cadet Adrien, un enfant attardé de 10 ans. Le docteur était curieux de cet enfant, à la fois distant et mystérieux. Une forte présence émanait de lui sans qu’il eût dit un mot. Pour les parents, la croix était lourde à porter. Ils le cachaient de la vue des gens qui ne faisaient pas partie de la famille. La mère se dirigea au fond de la pièce de vie et ouvrit une porte. Adrien se tenait assis et immobile sur une chaise. Non loin de lui, sur un petit bureau, il y avait un poste de TSF dont le haut-parleur diffusait un sifflement, car calé entre deux stations radio. La mère, presque honteuse de ce fait, s’adressa au Docteur.

— Regardez, monsieur Marchant. Il n’est même pas capable de régler le poste sur une station de radio.

Le docteur Marchant était passionné de psychologie enfantine. Il roula entre ses doigts le bout de sa moustache comme si cela l’aidait à réfléchir.

— Curieux, curieux. 

Sur le bureau, un cahier d’écolier était ouvert et couvert d’un amas de chiffres et d’un drôle d’objet constitué d’un balancier d’environ 25 centimètres accroché à une potence faite de planchettes. Ce balancier, fait de la même matière, se terminait par un petit miroir rond pris dans un vieux poudrier de la grand-mère. Celui-ci se balançait de gauche à droite.

Soudain, le regard de l’enfant rencontra celui du docteur. On pouvait lire dans les yeux de l’enfant à la fois une grande absence et une intelligence, ce qui n’échappa pas au médecin. Celui-ci interrogea les parents.

— Vous n’avez jamais songé à le faire voir à un spécialiste ?

Le père, honteux de sa progéniture, haussa les épaules. Il avait eu un seul fils qui était incapable de reprendre la ferme lorsqu’il ne serait plus de ce monde.

— Gredin il est, gredin il restera ! Il a bien été en classe, mais il en était la risée ! Mais qu’avons-nous fait au Bon Dieu, on ne méritait pas ça !

Le médecin sortit de sa poche de pardessus un petit livre de mathématiques qu’il possédait lors de ses études supérieures. Il avait remarqué l’intérêt que l’enfant portait aux chiffres. À la vue du livre, l’enfant se leva de sa chaise comme un diable sortant de sa boîte, puis il se saisit du livre et tourna les pages à toute vitesse comme pour s’en imprégner. Le père se mit à rire à pleine voix.

— Il cherche des images, vous auriez dû lui donner une bande dessinée.

Le docteur Marchant leva la tête au plafond, perdu dans sa réflexion. Il était féru de psychologie enfantine et avait lu que certains enfants autistes pouvaient être remarquablement intelligents. Il sortit de son silence tout en se frottant le menton de sa main droite. Le petit Adrien avait posé le livre sur son bureau et se concentrait de nouveau sur le balancier tout en inscrivant des chiffres. Il répondit au père, fier de sa moquerie.

— Vous en êtes bien sûr !

Le docteur Marchant était revenu à la réalité, et il n’hésitait pas à narguer le fermier, toujours avec un esprit taquin.

— J’ai appris que votre voisin Ferrier a fait l’acquisition d’un tracteur.

La rivalité entre les fermiers était connue de tous, depuis le jour où la belle Marie Fournier avait été mariée contre son gré à Jean Ferrier pour que plusieurs terres soient réunies, privant ainsi son voisin Paul Pontus de son amour pour la belle Marie.

— Le Jean ne sait même pas lire ni compter. Un âne sur un tracteur, laissez-moi rire !

Le docteur Marchant monta les enchères.

— Je me suis laissé entendre qu’il confectionnait les meilleurs fromages de la région.

Le docteur savait titiller le point sensible des gens pour en tirer parfois du profit.

Le fermier prit le rouge aux joues. C’était depuis plusieurs générations que la famille Pontus avait l’excellence pour les fromages de chèvre et ce n’était pas cet âne de Ferrier qui allait le détrôner.

— Odile, va chercher une douzaine de fromages de chèvre pour le docteur ! vous verrez s’ils ne sont pas meilleurs que les siens !

Puis, comme pour enfoncer le clou un peu plus profondément.

— Ho ! Mais si, je vois bien ! On dirait que les Ferrier possèdent une télévision. Regardez l’antenne sur la cheminée.

Le fermier fit mine de ne rien voir dans un premier temps, pour ainsi minimiser le plus possible l’événement, puis il haussa les épaules tout en dodelinant de la tête, comme si avoir un téléviseur était du superflu.

— Y ferait mieux de nettoyer son écurie ce grand benêt, que de regarder la télévision !

Odile avait rejoint son mari tout en se serrant contre lui. Elle savait tous les sentiments qu’il avait eus pour la belle Marie Fournier. Malgré tout, elle avait su lui faire oublier cet amour interdit.

Chapitre 3La recherche

Mathieu, comme par réflexe, mit son ordinateur en route. Ce poème, qui avait été écrit par un jeune écolier en 1957, aurait pu donner naissance à un grand poète, mais rien sur le nom d’Adrien Pontus n’apparut. Le lendemain, il allait tirer cette affaire au clair.

La sonnerie du réveil de Mathieu le sortit de son sommeil qui avait été agité toute la nuit. La chambre donnait sur une cour où le soleil ne faisait son apparition que quelques heures dans la journée. En se levant, son regard se fixa sur une touffe d’herbe qui ressortait entre deux dalles de pierre, ce qui lui mit à l’esprit qu’il devait faire quelques travaux d’entretien. Mais Mathieu avait la tête ailleurs. Il n’avait cessé de ressasser toute la nuit le mystère de ce poème dans sa tête. Il devait se rendre dans le village de Varennes-Saint-Sauveur, là d’où venait le cahier d’écolier. Il ne se situait qu’à 14 km de Louhans et faisait partie de la Bresse Louhannaise. Et qui sait, l’auteur de ce poème avait de bonnes chances d’être encore vivant.

Le temps de prendre sa douche à la hâte et de se raser au rasoir électrique, il se retrouva assis à sa table de cuisine devant un café fumant. Il n’y avait que quelques mètres à parcourir pour rejoindre son garage. Il s’assit, bâillant au volant de sa voiture, une R4 restaurée, curieux et intrigué de ce qu’il allait découvrir.

Mathieu appréciait la quiétude de la région, loin de la vie contraignante de la circulation parisienne. Les grands champs de maïs et les prés où broutaient les vaches attestaient une présence encore bien vivante du monde agricole. Son travail lui apportait quelques libertés, entre autres celle de disposer de son temps à sa guise. Il eut l’idée de faire un tour à la mairie de Varennes-Saint-Sauveur. On devait avoir connaissance de cette famille Pontus. La mairie était imposante et faite de briques rouges. Par chance, le secrétariat était ouvert en ce lundi matin. L’accueil se trouvait à l’entrée. Une femme, la cinquantaine, aux cheveux courts et blonds, et d’une maigreur maladive, s’affairait à faire fonctionner une photocopieuse. Mathieu, un peu embarrassé de sa demande, se frotta les mains comme pour se donner une contenance. La secrétaire fut prise d’un sursaut en entendant la voix de Mathieu. Toute une pile de dossiers se retrouva à terre. Avec une souplesse étonnante, elle replaça la pile sur le bureau.

— Euh pardon ! Je cherche une personne du nom d’Adrien Pontus.

La secrétaire de mairie fit un pas en arrière comme pour constater la grandeur de Mathieu.

—