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Recueil de nouvelles écrites à partir des ateliers d'écriture de la MJC de Montluel, animés par Raphaëlle Jeantet.
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Seitenzahl: 87
Veröffentlichungsjahr: 2021
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PRÉFACE – Raphaëlle Jeantet
CONFLIT — Maryse Schellenberger
À LA UNE J’EXISTE – Maloue Allais-Wolff
MACABRE AUBAINE — Fabienne Jomard
DÉLIVRANCE — Nathalie Marchi
DÉGRINGOLADE DANS LE VIDE — Maryse S
LE RIRE – Maloue Allais-Wolff
PLEIN CHAMP — Fabienne Jomard
LATRODECTUS JAZZ — Nathalie Marchi
FUITE — Maryse Schellenberger
L’ÉCHANTILLON – Maloue Allais-Wolff
RÉSURGENCE — Fabienne Jomard
TOUT FEU TOUT FLAMME — Nathalie Marchi
LARGUÉ — Maryse Schellenberger
LES TABLEAUX – Maloue Allais-Wolff
LE JOUR DE TROP — Maryse Schellenberger
INVITÉ PAR SURPRISE – Philippe Delerm
L’INVITÉE-SURPRISE — Fabienne Jomard
INVITÉ PAR SURPRISE — Maryse Schellenberger
INVITATION FORMELLE – Maloue Allais-Wolff
ÉCRIRE PAR SURPRISE — Nathalie Marchi
REMERCIEMENTS
Voici dix-neuf nouvelles écrites par quatre plumes différentes, dix-neuf nouvelles Sur le fil.
Fabienne, Maloue, Maryse et Nathalie ont participé aux ateliers d’écriture de nouvelles que j’ai animés à la MJC de Montluel en 2020 et 2021. S’ils se sont pour ainsi dire tous tenus en visioconférence, la distance n’aura pas réussi à entamer l’assiduité des quatre nouvellistes : l’envie, le travail, la créativité ont été au rendez-vous tout au long de l’année.
Après Douces-amères, publié par la « promo 2020 », Sur le fil est une fierté pour ses autrices et un immense plaisir pour moi. Un plaisir multiple : animer un groupe sympathique, accompagner chacune et chacun dans l’exploration de sa propre écriture, me faire cueillir par une chute inattendue, une phrase émouvante, un passage hilarant, une expression poétique… et un plaisir simple : la lecture, évidemment.
Je vous souhaite, à vous aussi, beaucoup de plaisir.
Le réveil m’a sonnée, mais j’hésite encore à quitter la douceur de la couette.
Au quotidien, j’ai déjà du mal à m’extirper du lit, mais ce matin je dois faire un énorme effort.
Hier soir, on s’est quittés fâchés. Après des heures de travail acharné, stressant, je me sentais complètement vidée de toute énergie.
Alors que j’étais carrément prête à m’écrouler et surtout à ne plus rien faire, le conflit a éclaté. Nous n’étions pas d’accord sur le programme de la soirée. Je rêvais d’un bain relaxant, d’un verre bien frais et d’un repas léger. Mon cerveau et mes mains criaient grâce et aspiraient au repos.
Et là, ce fut le clash ! Il voulait absolument rester sur le pont et continuer à travailler d’arrache-pied. Finalement, je l’ai jeté bruyamment, je me suis glissée sous une douche au gel relaxant, tout appétit envolé, un yaourt et hop, au lit.
Mais forcément, la nuit fut agitée. Je me suis battue avec mon oreiller, entortillée dans mes draps et là, maintenant, je médite, le cerveau tout embrumé.
Allez, un effort, je rejette la couette et commence mon parcours quotidien.
Comme tout un chacun, passage aux toilettes, retour sous la douche, cette fois au gel tonifiant et je débarque, la bouche en cœur, dans la cuisine. La cafetière me fait un clin d’œil amical et compréhensif. Je retarde le moment de la confrontation. Un bon café et c’est parti ! Je me dirige hardiment jusque dans mon bureau.
Il est là, il m’attend, j’ai même l’horrible sensation qu’il me guette. L’observation attentive de la scène révèle qu’un vrai combat a eu lieu. Malgré tout, il ne subsiste que des traces sans signification. Un regard sur mon sous-main, les pages noircies sont toujours à droite, les pages blanches sont toujours à gauche. Et nous sommes aussi penauds l’un que l’autre. Je sens bien qu’il n’est plus du tout fâché de notre affrontement de la veille.
Mon stylo est bien là, prêt à courir encore sur des pages et des pages. Encore une fois impatient de mettre en ligne toutes les histoires qui bouillonnent dans mon cerveau.
Et nous voici de nouveau étroitement réunis mon stylo et moi.
Depuis un mois Fabrice est extrêmement malheureux. Trop malheureux ! Il n’en peut plus ; il va, il le sait, péter les plombs si cela continue.
Ses parents n’en finissent pas de se déchirer à propos d’une mutation de papa qui les obligerait à déménager tout au nord de la France. Pour son père c’est une aubaine qu’il ne peut pas refuser ! Un salaire presque doublé, Luxembourg oblige, une promotion extraordinaire qu’il ne retrouvera pas de sitôt ! Voilà ses arguments.
Maman lui a opposé un refus catégorique. Pour elle il est hors question de quitter cette ville où elle a grandi, où vivent sa famille, ses amis. Elle aussi a un travail intéressant qu’elle ne veut perdre à aucun prix.
Ils sont dans une impasse, chacun campant sur ses positions. De jour en jour l’ambiance à la maison est devenue nauséabonde, irrespirable. Ce ne sont que cris, bouderies, sarcasmes, méchancetés. Finis les rires, les gestes tendres, la connivence.
Fabrice, du haut de ses 12 ans, a peur. Il sait que beaucoup de parents divorcent et que leurs enfants sont écartelés. Plusieurs de ses copains vivent cette situation. Lui ne veut pas de ça. Ce à quoi il aspire, c’est retrouver la quiétude d’avant, quand le bonheur régnait en maître chez eux.
Ce petit bout d’homme n’a pas voix au chapitre. Est-ce qu’on lui demande à lui s’il veut changer d’école ? Perdre ses copains ? Laisser son club de rugby ? Non on ne lui demande rien, on ne l’épargne pas, on ne le calcule même plus. Alors il décide de leur démontrer qu’il existe. Qu’une vie heureuse ce n’est pas ça. Qu’ils n’ont pas le droit de faire comme s’ils n’avaient pas d’enfant.
Aujourd’hui sa décision est prise. Et son plan prend forme. Il ira rejoindre sa marraine qui habite à 50 kilomètres de là et lui demandera de l’aider. Il sait qu’elle est sa meilleure alliée. Peut-être saura-t-elle leur faire comprendre qu’il souffre. Qu’il faut que cela cesse.
Le lendemain est un mercredi. Fabrice a préparé son vélo. Il se mettra en route après le repas dès que maman sera repartie au travail.
Dans son esprit ce sera simple. L’entrée de l’autoroute est à côté de la maison. Il sait par où papa passe pour aller chez sa sœur. Après ce sera tout droit jusqu’à la sortie de la Verpillière.
Déjà en arrivant sur la bretelle de l’autoroute son assurance vacille et finit par s’envoler. Il se fait klaxonner à tout rompre sans comprendre pourquoi. Il a pourtant bien mis son casque ! Des larmes de stress lui brouillent la vue lorsqu’il se rend compte qu’il est le seul sur un vélo, que les camions sont dix fois plus gros qu’il ne les imaginait, que les voitures roulent bien trop vite et que cela fait des appels d’air.
Alors il comprend confusément que cette aventure risque de lui coûter cher. Plus cher que l’enjeu peut-être !
Impossible de faire demi-tour. Il doit aller jusqu’au bout de ce projet qu’à présent il trouve débile !
Il pédale de toutes ses forces sur la bande d’arrêt d’urgence qu’il pensait être réservée aux vélos. Il a la tête baissée pour éviter l’air qui lui coupe la respiration. Son petit cœur affolé dans sa poitrine bat la chamade.
Et puis tout d’un coup il entend la sirène ! La voiture de police arrive et le double. Il ne sait ce qui prédomine, le soulagement ou la crainte. Alors il fond en larme et c’est au moment où il veut s’arrêter, qu’il fait un malheureux écart juste lorsqu’un camion qui tenait mieux sa droite que d’autre le projette loin, si loin….
Il a le temps de penser que cela n’a plus beaucoup d’importance l’endroit où ses parents choisiront de vivre.
Dans le quotidien du lendemain on pourra lire :
« Un jeune garçon de 12 ans a perdu la vie hier alors qu’il se trouvait en vélo sur l’autoroute A 42. Les parents de l’enfant, dévastés, ne comprennent pas pourquoi leur fils se trouvait là. »
« Rhaala la ! s’exclama Bill… On va finir par être en r’tard ! »
L’un des nombreux feux tricolores qui jalonnent la route du cimetière de Feasterville, Pennsylvanie, venait de passer au rouge, obligeant le véhicule à stopper, une fois de plus.
Ouais, acquiesça Bob sans cesser de mâcher son chewing-gum, et l’patron va encore gueuler…
Tout en disant cela, il se retourna une énième fois pour jeter un coup d’œil à travers la vitre qui séparait l’habitacle en deux. On se serait cru dans un de ces films de gangsters où les gars n’arrêtent pas de vérifier s’ils sont suivis.
T’as peur de quoi ? Que le macchabée se fasse la malle ? ricana Bill, goguenard.
À ce moment-là, le feu passa au vert, Bill écrasa le champignon et le corbillard s’arracha brutalement du macadam, projetant les deux employés des pompes funèbres contre leur siège.
Non, répondit Bob tranquillement, j’me d’mandais juste si j’avais bien fermé les portières…
Il faisait très chaud cet après-midi-là à Feasterville. Une de ces chaleurs moite et écrasante qui cloue les humains sur leur chaise longue et les chiens sur les trottoirs. Et justement, Bonnie et Clyde étaient de ceux-là : Bonnie était affalée sur le hamac délavé suspendu dans l’ombre maigre de sa masure, mains croisées derrière la nuque et chapeau de paille sur les yeux. Clyde, lui, avait choisi le seul buisson poussiéreux qui avait survécu à l’urine des chiens errants et s’était vautré en haletant dans son ombre à peine fraîche.
Ils furent réveillés tous deux par un fracas inhabituel. D’ordinaire, les camions qui passaient par le bidonville de Casa Pintada secouaient leur carcasse sur cette portion de rue cabossée de nids-de-poule mais le bruit qu’ils produisaient ne les effrayait plus depuis longtemps et n’aurait jamais interrompu leur sieste… Non, là, c’était autre chose. La chute d’un objet lourd qui s’était écrasé sur le bitume les avait tirés de leur torpeur et, quand ils ouvrirent les yeux, ils furent stupéfiés. Tandis que Bonnie fixait la grande boîte qui gisait au milieu de la rue et surtout le pied chaussé d’un escarpin rouge qui s’en échappait, Clyde, lui, s’était levé avec difficulté et trottinait déjà, queue et truffe frémissantes, vers ce morceau de chair qui venait de faire irruption dans son champ visuel.
Marisa aussi avait entendu le bruit. Curieuse, elle avait accouru en sautillant le long de Brownsville Road en faisant voltiger les volants de sa robe jaune.
Mais Bonnie l’avait devancée.
– T’approche pas, c’est pas pour les gosses !
