Sur nos barques de verre - Clara Yzell - E-Book

Sur nos barques de verre E-Book

Clara Yzell

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Beschreibung

Tout l’univers auquel l’homme est relié dévoile ses secrets à travers les symboles. Au XIIe siècle, l’homme de l’âge roman était à la recherche de l’expérience de Dieu et ses rencontres avec les symboles devenaient une expérience spirituelle : dilatation du cœur, tressaillement intérieur, épanouissement de l’âme, discernement et sagesse. Nous sommes aujourd’hui, à l’aube du XXIe siècle, ces mêmes pèlerins voués à une marche ascendante, par degrés et ruptures de rythme, dans un monde un et indivisible, entre le sens de la réalité et l’inexprimable, quels que soient nos croyances, nos pouvoirs et nos doutes. Un amour déchiré par une mort subite. Marc, jeune historien, pédagogue, humaniste et esthète, disparaît prématurément en laissant une jeune femme aimée poursuivre sa vie, ouverte aux autres, et sans cesse cheminant vers ce qui avait été pour tous deux source d’harmonie et de vie. Elle redécouvre peu à peu l’existence, comme une « œuvre » se dévoilant entre le sensible et le spirituel. Au fil des rencontres et des voyages – en Bretagne, à Venise, ou en des lieux mythiques au Pérou ou en Asie centrale –, sa mémoire attentive invite à découvrir l’intimité au-delà de la séparation, l’amour qui retrouve les signes du passé pour les rendre intensément présents. L’amour vrai ne meurt pas, il ressuscite. Partager un amour qui n’existe plus ne peut se traduire qu’en symboles et harmonies poétiques. Récit poétique et voyage didactique. Agir entre nos petites et grandes espérances à l’écoute des êtres qui nous sont chers.

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Seitenzahl: 63

Veröffentlichungsjahr: 2016

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À Marc, cet hommage poétique…

Sommaire

Tel un coquillage

La Valse

Pegasus Bridge

Facétieux

Ta liberté

Étreintes éternelles

La mouette et la lumière

Sérénité

Mélodies

Surréalistes ces images !

Les vignes de l’automne

Petits chevaux bleus

Brises légères du large

Sous l’étoile du Berger

Douceur à Samarcande

Le petit « aiguilleur du ciel »

Noël à Venise l’Éternelle

Nouvel An à Venise la Sérénissime

Magnolia

Épilogue

Tel un coquillage

Les vents vivifiants de la Bretagne réussissaient à nous étourdir. Ce matin-là, nous longions la plage de sable fin où nous aimions nous rendre et nous étreindre, émerveillés par cet horizon en demi-lune. Ses lignes pures t’attiraient, ton visage s’éclairait.

Un liseré vert ponctuait la crête des dunes. À marée montante, lorsque le soleil dardait, la fraîcheur de ces pinèdes nous semblait exquise. Des senteurs de miel et d’écorces de pin se mêlaient à l’air iodé. Une note de parfum était née.

Autour de nous, une armée aux formes insolites embrassait presque le sol. Les troncs et les branches étaient tous couchés dans le même sens, aimantés par le vent. La résistance de ces pins parasols correspondait bien à ta ferme volonté. Je partageais ton sentiment.

La mer commençait à se retirer. Nous reprenions notre marche, remplis d’espérance et des avenirs que nous allions construire ensemble.

Tu étais curieux de tout, imaginatif et travailleur. Issu d’un milieu pauvre dont tu étais fier, tu souhaitais monter rapidement dans la hiérarchie sociale. Atteindre en une seule génération ce que tes ancêtres n’avaient pu créer pendant les deux dernières guerres mondiales était ton ambition secrète. Tu y mettais un point d’honneur.

Quelques années avant de me connaître, tu t’étais précipité vers le mariage comme le naufragé s’accroche à la première bouée qui passe : tu pensais que cette jeune femme blonde qui t’avait subjugué par sa beauté pouvait apporter l’équilibre social auquel tu aspirais.

Or, le scrupule d’un engagement hâtif t’avait envahi et tu avais finalement renoncé à te marier, au dernier moment, doutant de ce qui serait éphémère.

Lors de notre première rencontre, tu m’as tendu la main et moi, qui ne m’y attendais pas, j’y ai glissé la mienne : je sens encore la douceur de tes doigts et le désir de faire le vide pour accueillir l’être aimé.

Quelques mois après, tu m’avais révélé qu’en écoutant le 2ème Concerto pour violon et orchestre de Mendelssohn, cette musique t’avait alors soudainement submergé, telle une énorme vague d’amour. J’aurais pu lire sans peine ta joie rayonnante sur ton visage, disais-tu.

Tu avais éprouvé un étrange sentiment de liberté intérieure. Ce jour-là, tu m’avais appelée d’une voix enjouée pour me dire que tu arrivais. Le timbre de ta voix avait changé. Plus grave et plus chantant, il semblait nourri de ce que tu venais de vivre si intensément.

À la fois humble et assoiffé, tu voulais donner tout ton être et partager ce profond désir de vérité et de délicatesse.

C’est cette voix que j’ai aimée. Déterminée, suave, un grain d’émotion, elle était si distincte de celle de tes discours officiels.

Sur la grève, cette liberté conquise cadençait tes pas allègres. Tu m’avais légèrement devancée pendant que je pensais à toi.

Le doux bruissement du flux et du reflux des vagues avait interrompu ma rêverie.

Portée par l’écume encore frissonnante, une telline de couleur rose indien attira notre attention. Tu t’étais retourné toi aussi. Un filament ténu, mais solide reliait les deux valves scintillantes de ce coquillage. Il venait de s’enfouir sous le sable argenté.

Il emportait à jamais nos tendres regards et appelait à redécouvrir chaque jour cette source de l’harmonie qui nous avait unis.

La Valse

De Victor Hugo, tu aimais lire et relire les poèmes du recueil La Voix intérieure, qui inspira La Méditation sculptée par Auguste Rodin. Cette statue de femme au mouvement syncopé, sans bras, se démarquait des canons artistiques trop classiques. Elle te fascinait par sa modernité.

Tu étais aussi sous le charme de La Main de Dieu, cette belle main veinée qu’il avait taillée dans un énorme bloc de marbre brut. Elle tournoyait sur elle-même et invitait à contempler un couple de personnages à peine enlacés, en marbre lisse, au centre de la paume mi-ouverte.

Ce dialogue si naturel entre la main divine, celle de l’artiste et de l’œuvre créée t’enchantait.

Cette simplicité illuminait ton visage à ton tour.

Fi des visiteurs. À chaque exposition où figurait La Valse de Camille Claudel, ce bronze noir ou en terra cotta nous laissait en extase.

Deux corps, enlacés dans un baiser amoureux par une longue traîne qui les drape, s’apprêtent à valser et défier la vie. Leurs mains ne se touchent pas, laissant la fougue de l’amour, leurs croyances et les incertitudes forger leur destin.

Le cou lisse et sensuel du corps féminin, ses bras finement sculptés contrastent avec les plis tourmentés de la draperie et les muscles vigoureux du bras du valseur, seul point de portée de cette statuaire gracile. Ces deux êtres en déséquilibre s’élancent vers l’infini.

Nos regards langoureux s’affranchissaient du temps et nos mains se croisaient comme pour tourbillonner à leur suite. Valser avec toi, Marc bien-aimé, était une telle joie partagée !

Te souviens-tu, le soir où tu m’as emportée dans notre première danse sur l’air de La Libellule, cette si belle valse lente de Johann Strauss ?

Tu as tendu ta main vers moi et tes bras ont vacillé de pudeur. Mais aussitôt, j’ai senti ta conduite plus ferme et confiante. Ce n’était pas la valse qui nous intéressait, c’était l’attention amoureuse de l’autre.

Tu étais ce cristal fragile et ta force contenue m’impres-sionnait. Tes yeux rieurs, bleus avec une pointe d’orange, s’accordaient si bien à ton caractère. Ton regard velouté me fixait, mais quel étonnement ! Tandis que les mesures de La Libellule s’accéléraient, plus tes clignements de paupière lents et paisibles semblaient soutenir mes pas, et plus je leur trouvais un charme fou.

Tour à tour l’Aimé ou l’Amant, en dialogues silencieux, une présence suprême dilatait nos cœurs de joie. Notre désir d’union nous transfigurait.

Valse à l’endroit, tu avais cette conscience aiguë de la grandeur et de la misère de l’humanité, du scrupule et du doute ; valse à l’envers, je distinguais les joies ou les inquiétudes d’une voix aimante ou amie.

Nos pas de deux, suspendus un court instant entre deux mouvements contraires, suggéraient de ne pas s’arrêter aux signes du temps.

Quelle ardeur ! Quelle quiétude !

Pegasus Bridge

Tu aurais souhaité être militaire, médecin ou homme d’entreprise. Nos amis t’en trouvaient la capacité et tu aimais les réunir régulièrement autour d’un repas pour partager leur gaieté et les progrès qu’ils réalisaient chacun dans leur domaine.

Tu n’étais pas nécessairement d’accord sur tout.

Je me souviens d’une discussion avec notre ami chirurgien qui s’abstenait de penser à l’existence d’un Dieu ordonnateur, car, disait-il, mourir n’appelait aucune compassion : vivre était plus important qu’exister. Tu le désapprouvais, mais tu étais resté silencieux pour ne pas le contredire totalement. Lorsqu’il avait avoué préférer travailler « dans le mou » et ressentir ainsi la réalité du corps au-delà des théories qu’il enseignait, tu avais alors acquiescé, presque admiratif.

Nos hôtes aimaient dialoguer avec toi. Fin lettré, tu étais ce merveilleux conteur et, pour notre plus grand plaisir, un philosophe enjoué.

Ils te reconnaissaient un grand talent de pédagogue et d’his-torien : oui, au-delà des révoltes de ce monde, tu arrivais à nous faire rire.