Survivante - Rhayaine Nouacer - E-Book

Survivante E-Book

Rhayaine Nouacer

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Beschreibung

June Nyx, voit ses rêves d'enfance se réaliser lorsqu'elle intègre une académie. Cependant, son parcours scolaire prend une tournure inattendue, plongeant June dans un tourbillon de mauvaises fréquentations et de traumatismes. Ces épreuves la conduisent à des hospitalisations en psychiatrie en raison de troubles mentaux. Malgré ces difficultés, June, dotée d'un caractère bien trempé, canalise sa force intérieure à travers une motivation unique : sa colère. Sa nouvelle vie est loin d'être pacifique, marquée par des révoltes. Dans un élan de détermination, elle fonde son propre groupe, les Survivantes. Confrontée à une justice défaillante, June se résout à rendre justice elle-même. Elle devient non seulement sa propre sauveuse, mais également celle des autres. Dans un monde où la disgrâce règne, June Nyx émerge comme une figure centrale, défiant l'adversité pour défendre la vérité et la justice.

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Seitenzahl: 253

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Avant propos

SURVIVANTE est un roman qui a pour objectif de dénoncer et de sensibiliser aux violences sexuelles, tout en montrant à toutes les victimes qu'elles ne sont pas seules. Certaines scènes peuvent être choquantes pour des lecteurs non avertis. Si vous êtes jeune et que vous manquez de recul et de maturité, je vous conseille de ne pas lire ce livre.

Avertissements de contenu : viol, harcèlement sexuel, automutilation, langage cru et violent, mentions de suicide, maladies mentales (dépression, anorexie).

La littérature existe pour dénoncer des problématiques, non pour les banaliser ou les romantiser.

Atmosphère

Born to die - lana del rey

What was I made for ? - Billie Eilish

Heartless - the weeknd

Skyfall - adèle

Pretend - alex_g_offline

Never feelt so alonne - labrinth

In your room - depeche mode

O children - Nick Cave

All the bright place II - Keegan Dewitt

They took all I had - keosz

Time - Hans Zimmer

Bathroom dance - joker

Dream - Salvia path

Consume – Chase atlantic

Softcore – The Neighbourhood

Chamber of reflexion – Mac DeMarco

Afraid – The neighbourhood

Unfair - The Neighnourhood

Faith - The Weeknd

Play with fire - Sam Tinnesz

Cry - the Neighbourhood

Supermassive Black Hole - Muse

Keep on loving you – Cigarettes After Sex

United in grief - Kendrick Lamar

Genesis – Grimes

À toutes celles et ceux qui ont perdu leur voix, que ce soit à cause de la peur, de l'oppression ou de l'injustice…

Sommaire

PARTIE 1: UNE FOULE HOSTILE

Chapitre 1 – pluies éternelles

Chapitre 2 - Vagabonde

Chapitre 3 – Nostalgie

Chapitre 4 – Vents brulant

Chapitre 5 – fanatique

Chapitre 6 - la muse

Chapitre 7 – perfection abusive

Chapitre 8 - Déchéance

Chapitre 9 – Une pression agacante

Chapitre 10 – Vilaine curiosité

Chapitre 11 – la boite de pandore

Chapitre 12 – corruption

Chapitre 13 – hostile

Chapitre 14 – meurtre invisible

Chapitre 15 – solidarité

PARTIE 2: TEMPETE

Chapitre 16 – ébahissement

Chapitre 17 – piètre allure

Chapitre 18 – l’étreinte de la sérénité

Chapitre 19 – l’écho du passé

Chapitre 20 – l’illusion du bonheur

Chapitre 21 – Les murmures de douleur

Chapitre 22 – silence brisé

Chapitre 23 – l’écho de la perte

Chapitre 24 – Sororité

PARTIE 3: PAPILLON NOIR

Chapitre 25 – réveil de la conscience

Chapitre 26 – pas de justice pas de paix

Chapitre 27 – remise en cause

Chapitre 28 – lueur d’espor

Chapitre 29 – l’insurrection

Chapitre 30 – révolte et renaissance

Epilogue

Note de l’auteure

Remerciements

PARTIE 1 UNE FOULE HOSTILE

Chapitre 1 – pluies éternelles

Il est 14h07 lorsque June dépose sa tasse sous la machine à café pour la deuxième fois aujourd'hui. Impatiente, elle tapote sur la machine en attendant que le liquide coule. Comme toujours, elle est en retard pour retrouver ses amies. Cela ne les surprendra sûrement pas. Habituées, elles demanderont sûrement au chauffeur de bus de patienter encore quelques minutes. June avale son café brûlant si rapidement qu'elle finit par tousser.

D'un pas décidé, elle enfile sa veste en cuir, si rapidement qu'une pièce de 20 centimes tombe de sa poche. Trop pressée, elle l'ignore et la laisse par terre. Elle sort en courant. Heureusement, elle habite près de l'arrêt de bus ; il ne faut que trois minutes pour y accéder. Mais pour cela, il faut courir. Elle commence donc à sprinter, jusqu'à ce que l'arrêt apparaisse dans son champ de vision.

Elle scrute chaque recoin, chaque feu, chaque passant, et remarque Gloria qui lui fait signe de se dépêcher. Enfin, elle arrive devant elle, essoufflée, mais elle dissimule sa respiration, même si elle a envie d'exploser. Soulagée, elle s'assoit à côté de Liz.

— C'était quoi cette fois ? T'as loupé ton réveil ? dit Liz d'un ton sarcastique, un sourire moqueur au coin des lèvres.

June répond par un petit rire.

Les paysages défilent à travers le carreau taché d'empreintes. Gloria aime contempler l'extérieur. Même lorsque le paysage peut sembler banal pour les autres, elle trouve du sublime dans les moindres choses. Malgré tout, elle danse sous la pluie la plus violente qui puisse exister, c'est ce qu'elle a toujours pensé. Même chez les passants qui semblent si malheureux, elle leur imagine de belles histoires. Elle observe, c'est son atout. Malgré les fois où cela lui a fait mal, comme lorsqu'elle était au collège et qu'on riait sous son nez, cela l'a beaucoup aidée, notamment pour aider les personnes qu'elle aime.

June, perdue dans ses pensées, ne remarque même pas qu'elle est arrivée à destination. Comme à chaque fois, ses amies la poussent pour la réveiller, autrement elle serait restée trois heures dans le bus.

— Ça ouvre dans deux minutes, dépêchez-vous, dit Gloria, ses cheveux collés à son gloss.

— T'inquiète, tu le verras.

Gloria, l'air ahuri, demande de qui elle parle.

— Tu sais très bien, poursuit Liz en souriant.

Gloria comprend immédiatement et rit de bon cœur.

— Mais qu'est-ce que vous avez vous deux encore ? demande la rousse aux yeux océans.

— On sait très bien que tu viens au bowling juste parce qu'il y a Jack, dit June sarcastiquement en lui touchant le bras.

— N'importe quoi, répond Gloria.

— Oh, on rigole ! continue Liz en insistant sur le mot « rigole ».

Elles se dirigent vers le hall du bowling comme convenu. Les deux filles taquinent Gloria, qui ne peut s'empêcher de sourire en voyant Jack. Il avait déjà préparé les places. Les filles se préparent et commencent à jouer. Tout ce qui importe à ce moment, c'est de s'amuser. Elles ne pensent à rien d'autre.

Gloria, avec son sourire scintillant, est contagieuse. Dès qu'on l'admire, on se met à rire aux éclats. Pour les autres, elle a toujours été un exemple, par sa façon d'être, de s'affirmer. Ce trio a toujours été soudé, elles s'entraident et se soutiennent. Lorsque l'une d'entre elles n'allait pas bien, les autres se précipitaient pour proposer une soirée ou simplement rester à ses côtés. Un jour, quand Gloria a été reniée par son père, June l'a invitée à rester chez elle. Leur amitié est si fusionnelle. Aucune d'entre elles ne se retrouve jamais seule.

Après le bowling, elles s'installent au bar pour discuter autour de boissons.

— D'ailleurs, June, tu n'as toujours pas eu les résultats pour l'académie ?

— Non, répond-elle avec un regard désespéré, je commence à me décourager.

— Mais non, ça prend du temps, essaie de penser à autre chose pendant ce temps, tu les auras bientôt, tes résultats.

— Merci... dit-elle, peu convaincue.

Gloria s'approche et la prend dans ses bras, lui promettant que tout se passera bien. June est très préoccupée ces derniers temps. Depuis son plus jeune âge, elle rêve d'étudier à la célèbre académie Souls. Elle a envoyé une demande d'admission et attend impatiemment les résultats. Un mélange d'empressement et de peur l'envahit. Ses amies restent à ses côtés pour la rebooster, lui rappelant ses rêves d'enfant. Elle veut réaliser ce rêve pour elle-même, mais aussi pour rendre fière l'enfant qu'elle était.

La journée passe vite. Après le bowling, elles passent toute la journée ensemble et, à la tombée de la nuit, chacune rentre chez soi. June, épuisée mais soulagée, se laisse tomber au pied de son lit. Elle vit seule avec l'aide financière de ses parents, mais reste souvent chez eux. Alors qu'elle s'apprête à allumer la télévision, son téléphone sonne. Une notification. Qui pourrait bien lui envoyer un message à 22h ? La première chose qui lui vient à l'esprit, c'est l'académie. Elle court vers son téléphone, oubliant sa fatigue, et le prend avec précipitation. Elle souffle une seconde avant de l'allumer. Ses pupilles s'agrandissent, son visage s'illumine, et sa mâchoire se détend.

"Votre demande est acceptée."

Sans finir de lire, elle poursuit en défilant le mail.

"Vous commencerez le 28 octobre. À 18h, vous serez accueillie et installée dans votre chambre. N'oubliez pas votre carte d'identité. Nous sommes heureux de pouvoir vous accueillir."

Soulagement. Elle est soulagée après toutes ces semaines de stress. Dans seulement 12 jours, elle sera à l'académie. Elle a du mal ày croire et appelle immédiatement ses amies pour leur annoncer la nouvelle. Elles sont fières d'elle. Elle fait de même avec sa mère, tout aussi contente. Celle-ci propose même de venir le lendemain pour en discuter.

Elle ne pense plus qu'à ça. Son cœur palpite, son ventre brûle d'excitation. Mais subitement, une inquiétude surgit. Son père. La relation avec lui est problématique, et il n'est pas au courant de sa demande. Il pourrait refuser de la laisser partir. Elle éteint la télévision et gagne son lit, enfile ses écouteurs pour calmer ses pensées et s'endort avec l'espoir enflammant sa peau.

Le 17 octobre, elle n'a à peine le temps de toquer que sa mère ouvre la porte et la prend dans ses bras.

— Calme-toi, je n'y suis pas encore ! dit June sarcastiquement.

— Oui, mais tu vas y aller !

— Qu'est-ce qui vous enchante à ce point ? demande son père en entrant dans le salon avec un léger sourire.

June ne répond rien. La tension entre eux a toujours été froide. Elle lui en veut de ne pas avoir été là pour elle pendant ses moments de gloire. Par exemple, lorsqu'elle avait gagné un concours d'écriture, son père lui avait dit que c'était bien, mais que tout le monde pouvait le faire. Lorsqu'elle a eu son bac, son père est resté chez lui à regarder la télé pendant qu'elle fêtait avec sa mère et ses amies. Elle s'est toujours sentie rabaissée par lui. Il n'était jamais fier d'elle, malgré tous ses efforts.

— Et si on s'assoit ? propose sa mère.

Ils s'assoient autour de la table. Le ciel est terne, sans couleur, seuls des nuages sont visibles. Un silence règne dans la salle.

— Il faut qu'on te parle. June ? Tu lui dis ?

Elle acquiesce et décide de tout balancer d'un coup.

— J'ai envoyé une demande pour aller dans une académie, et j'ai été acceptée. Je pars le 28 octobre.

Son père ne répond rien. Son expression montre qu'il n'est pas content. June pose ses mains sur la nappe verte qui couvre la table. Elle analyse chaque recoin de la salle. Elle remarque une décoration qu'elle n'avait jamais vue auparavant, un miroir avec des fleurs violettes dans un vase gris. Elle demande à ses parents d'où il vient.

— Oh, je pensais que tu t'en rappellerais ! C'était le vase de ta grand-mère. On l'a retrouvé dans de vieux cartons.

June acquiesce. Sa grand-mère est décédée il y a longtemps. Elles n'étaient pas proches. Enfant, elle ne se sentait pas aimée par qui que ce soit. Sa grand-mère, ses amis, ses tantes, même ses parents. Elle se sentait mise de côté et s'isolait inconsciemment. Aujourd'hui, elle se sent aimée grâce à ses amies.

— Et pourquoi ne pas me l'avoir dit avant ? demande Marco.

June éclate de rire.

— Quand avons-nous eu une réelle discussion ?

Sa mère lui tape l'épaule pour lui demander d'arrêter.

— Tu n'iras pas, dit-il froidement en se levant.

June, ahurie, lui répond en l’assassinant du regard.

— Pourquoi pas ?

— Parce que c’est trop loin. Je ne te laisserai pas partir à l’autre bout...

June, le coupant :

— Tu sais quoi ? Il faudrait que tu arrêtes de montrer ton mécontentement à chaque fois que je réussis quelque chose. Occupe-toi plutôt de ton boulot.

— Ne me parle pas comme ça ! Je te rappelle que je suis ton père !

June ricane, avant d’ajouter :

— Un père ? Tu sais, être père, ce n’est pas juste une question de lien du sang. Renseigne-toi sur ce que ça signifie vraiment avant de me faire la morale.

Flore, sa mère, la fusillant du regard :

— June !

Mais June ne s’arrête pas. Elle a gardé le silence pendant des années, se laissant submerger par une marée de non-dits. Maintenant, tout ce qu’elle veut, c’est parler.

— Ce n’est pas parce que tes parents t’ont abandonné que tu dois me faire la même chose, tu sais ? Avoir souffert ne légitime pas d’infliger la souffrance aux autres.

Flore, furieuse :

— June, ça suffit !

June pense qu’elle en a dit assez pour faire passer son message et se tait. Flore lui a toujours répété de ne pas parler du passé de Marco. En effet, il n’a pas eu une enfance facile. Sa mère, apparemment une prostituée, ne s’occupait pas de lui, et son père était pratiquement absent. Le peu de fois où il était là, ça se passait mal. C’est tout ce que June sait. Certes, il a peut-être vécu des choses difficiles, mais ce n’est pas une raison pour se comporter comme ceux qui lui ont fait du mal. Marco reste figé, aucun mot ne sort de sa bouche. Lui qui avait toujours une réponse à tout.

Flore, tentant de changer de sujet :

— Bon, tu as trouvé quelque chose ? demande-t-elle à June, qui regarde le site de l’académie sur internet.

— J’ai trouvé une image des élèves. Ils sont tous vêtus d’un costume, accompagné d’une cravate à rayures. En tout cas, j’adore leurs tenues ! rit-elle.

— J’ai hâte de te voir avec cet accoutrement !

— Comment ça, me voir ? Tu comptes venir me voir quand je serai là-haut ?

— Je parlais de te voir en photo. J’aimerais bien, mais je ne peux pas !

June réalise seulement maintenant que son père n’est plus présent. Il a dû partir quand elles étaient focalisées sur la photo. Cela la peine, mais elle se remémore toutes ces années où elle se sentait rabaissée et humiliée par lui.

— Tu devrais aller t’excuser auprès de lui, tu l’as blessé, tu sais ?

— Et lui, il ne m’a pas blessée ?

— Je n’ai pas dit ça, mais il faut que vous parliez ensemble. Je pense qu’il ne sait pas comment agir. Ce n’est pas facile pour lui.

— Bon, je vais essayer de lui parler. En espérant qu’il m’écoute cette fois-ci.

June se lève et s’installe sur le canapé, allumant la télé. Elle se plonge dans sa série préférée, emmitouflée dans un plaid avec un cappuccino à la main. Elle entend les pas de sa mère monter les escaliers. Elle suppose qu’elle est partie voir comment allait son père. June hésite entre deux solutions :

Attendre d’être en tête-à-tête pour parler à son père.

Aller lui parler maintenant.

Perdue entre les deux, elle ne sait pas quoi choisir. Mais en y réfléchissant, pourquoi ne pas le faire maintenant ? Qu’est-ce qui pourrait bien se passer ? Elle peut simplement demander à sa mère de les laisser seuls pour parler. Décidée, elle se redresse et monte, arrivant à la chambre. Son père est assis sur le lit, accroupi, avec son casque. Sa mère, debout, se retourne en entendant June avancer. Elle sort de la chambre sans dire un mot, sachant que June voulait parler à Marco.

— Papa, je peux te parler, s’il te plaît ?

Après quelques secondes, Marco retire enfin son casque, le pose sur l’oreiller à côté de lui, puis la regarde avant de parler.

Chapitre 2 - Vagabonde

Dehors, les rues sinueuses baignaient dans le froid. L'automne ressemblait dorénavant à un hiver glacial. La pièce était aussi givrée que la situation.

— Qu'est-ce que tu veux me dire ? Je t'écoute, dit Marco.

June prit quelques secondes pour rassembler son courage, puis se lança :

— Depuis que je suis petite, je n'ai jamais vraiment eu la possibilité de me confier à toi. Simplement parce que tu sembles fermé à la conversation.

Marco resta silencieux, la regardant d'un air blasé. June sentit sa frustration monter.

— Qu'en penses-tu ?

— Tu ne comprends pas, répondit-il.

— Et comment je peux comprendre si on ne me dit rien ? rétorqua June.

— Je veux juste que tu arrêtes de te poser des questions. C'est tout. Rien d'autre.

June sentit la colère monter en elle.

— Donc je ne pourrai jamais avoir une conversation normale avec toi pour essayer d'arranger les choses ? Au lieu de faire comme si tout allait bien ? Comme si notre relation était semblable aux relations pères-filles que nous voyons dans les rues ? Tu veux rester indéfiniment dans le déni ?

Marco se redressa, visiblement irrité.

— De quoi tu parles ? Tu es ma fille, et tu le sais très bien.

— Pas mentalement, dit-elle en baissant les yeux.

— Comment ça ?

— Je suis vraiment censée t'expliquer ça ? C'est mon rôle ? Non, je veux juste te dire que j'aurais aimé me sentir aimée par toi, mais...

— Mais je t'ai toujours aimée, qu'est-ce que tu racontes ? Tu t'imagines trop de choses, l'interrompit Marco.

June serra les poings.

— Laisse-moi terminer !

— Laisse-moi commencer et je te laisse...

— Non ! Laisse-moi parler pour une fois, tu ne m'écoutes jamais ! Je n'ai pas fini. Donc, je disais, je me sentais si seule. Parfois, je m'enfermais dans ma chambre pour pleurer. Je pensais que c'était ma faute. Je me remettais sans cesse en question, pensant que j'étais une mauvaise fille pour toi. En voulant changer, je me suis perdue, je ne savais plus qui j'étais. Et c'était devenu normal pour moi, jusqu'au jour où mes amies me parlaient de leurs pères.

Marco soupira profondément.

— D'accord, c'est ma faute comme toujours.

June sentit son cœur se briser un peu plus.

— Ce n'est pas la réponse que je voulais entendre.

— C'est bon. C'est moi le problème, pas toi. T'es soulagée ?

June, épuisée de parler pour finalement être incomprise, finit par dire :

— Ok.

Elle descendit au rez-de-chaussée et, au moment où elle prenait son manteau pour sortir, sa mère l'interrompit.

— Les plats sont prêts, dit Flore.

June, ne voulant pas offenser sa mère, cède et s'assoit.

— Je reste seulement pour manger, puis je pars juste après.

— Il t'a dit quoi ?

— Je n'ai pas envie d'en parler. Changeons de sujet. Il faut que je commence à m'acheter des affaires pour mon séjour. Tu pourrais me donner un peu d'argent ?

— Ça dépend, combien ?

— Pas beaucoup. J'ai pensé à garder mes économies pour ça.

— Pas de soucis, je te ferai un virement.

— Merci.

June mange rapidement, avec l'idée de partir. Elle a besoin de se retrouver seule, pour se préparer avant son admission et pour réfléchir. Avant de poser son assiette, elle prend un mouchoir et essuie ses lèvres lentement.

— C'était très bon, comme toujours.

Elle quitte la maison et se dirige vers sa voiture pour rentrer chez elle. La première chose qu'elle fait en arrivant, c'est remplir sa baignoire d'eau chaude. Une fois remplie à moitié, elle s'y plonge, avec ses regrets. June ne le montre pas, mais à chaque fois qu'un conflit éclate entre elle et son père, un ouragan de questionnements et de regrets s'empare de son esprit.

N'importe quel conflit lui procurait un sentiment de culpabilité, se jugeant responsable de ce qu'elle n'avait pas fait. Pas une culpabilité passagère que l'on ressent après une erreur, mais une culpabilité étouffante qui paralysait son corps entier et inondait son esprit de pensées incontrôlables. Celle qui empêche de se sentir légitime d'être heureuse.

Se blâmer sans raison valable. Porter le poids d'une inexistence.

Elle laissa tomber son corps frêle dans l'eau chaude, qui lui procurait une émotion de sérénité, apaisant les tempêtes dans sa tête. Elle aurait pu y rester toute la journée, voire toute la nuit. Ses paupières se fermaient alors que son corps se laissait bercer par le bruit des gouttes d'eau tombant du robinet. Mais ses yeux se rouvrirent brusquement lorsque la sonnerie de son téléphone retentit, la faisant sursauter.

Elle sortit un pied de l'eau, attrapa son téléphone après s'être essuyé les mains. C'était Gloria. Elle rappela son amie en sortant l'autre pied de l'eau.

— Gloria ?

— Oui, coucou June ! Bah alors, tu n'as pas répondu à mes messages depuis ce matin, donc je me permets de t'appeler. Tu fais quoi ?

— Désolée, j'étais chez mes parents, donc je n'ai pas ouvert mon téléphone !

— Pas de soucis ! Et alors ? Tu leur as annoncé ? demande Gloria, impatiente.

— Oui, ils sont contents pour moi !

— Trop bien ! répond Gloria, enjouée. En même temps, pourquoi ne le seraient-ils pas ?

June se contente de répondre par un léger rire. Elle n'osait pas évoquer les soucis avec son père, craignant des commentaires comme "Mais t'abuses, tu vas bientôt aller à l'académie Souls et tu te plains pour des histoires anciennes." Même si elle faisait confiance à son amie, elle préférait ne pas prendre de risques. Elle n'avait pas envie de gâcher l'ambiance paisible.

— Tu fais quoi cet après-midi ? demanda Gloria.

— Je ne sais pas du tout.

— Tu te rappelles de la forêt à côté de Quartier Charner's ?

— Ah oui, j'aimais tellement y aller. Ça fait longtemps que je n'y suis pas allée.

— Ça te dit d'y aller ?

Un sourire se dessina sur le visage de June. Sans hésiter, elle accepta la proposition. Ce lieu lui offrait tant de vertus. Elle admirait les forêts, elle pouvait passer des heures allongée sur l'herbe fraîche, aux côtés des arbres et des cours d'eau. Et Gloria le savait. June ne savait pas comment, mais son amie arrivait toujours au bon moment. La nature l'aidait à se reconnecter à l'extérieur, et parfois à elle-même.

Elle attendit que Gloria arrive devant sa maison pour y aller ensemble, à vélo cette fois-ci.

Elles pédalèrent dans les rues éclairées, leurs cheveux dansant au rythme du vent. Elles commencèrent à accélérer, et les paysages défilèrent rapidement. En arrivant au début d'une légère pente, elles laissèrent celle-ci prendre le relais. L'adrénaline coulait dans leurs veines, faisant battre leurs cœurs, non pas parce qu'elles étaient en vie, mais à cause de la vitesse et du vent caressant leurs visages, les faisant oublier tout ce qui s'était passé avant.

Elles s'arrêtèrent entre-temps pour chercher de quoi grignoter. Puis, après un moment, elles entrèrent dans The Greensr's, qui débutait son entrée par un chemin boiteux.

Les oiseaux chantaient de beaux jours. Les feuilles dansaient au rythme de leurs sons. Plus elles avançaient, plus les couleurs changeaient. Arrivées dans un coin verdoyant et calme, elles s'assirent sur l'herbe encore humidifiée par la pluie de la nuit. Seuls les sons des feuilles volantes et de l'eau ruisselant régnaient. Gloria sortit les sushis et les nouilles du sac, puis prépara les sauces. C'était leurs plats préférés, surtout en forêt.

— Alors ! Tu ne m'as pas raconté la tête de ton père quand tu lui as annoncé la nouvelle, ricana-t-elle.

June gloussa avant de changer de sujet.

— D'ailleurs, il faut que je te parle de quelque chose par rapport à ça.

— Qu'est-ce qu'il y a ? questionna la rousse, impatiente. Ne me dis pas que tu as changé d'avis. Tu ne peux pas refuser ! Tu as toujours voulu y aller.

— Ce n'est pas ça.

Leurs yeux se croisèrent. Gloria se tut, attendant une réponse de son amie.

— En réalité, mon père n'était pas d'accord pour que j'y aille.

— C'est une blague ? s'esclaffa-t-elle. De toute façon, je ne l'ai jamais aimé.

Elles gloussèrent. En effet, Gloria ne l'avait jamais apprécié, dès leur première rencontre, avant même que June lui parle de ses soucis.

— Rassure-moi, tu ne vas pas t'empêcher d'y aller à cause de lui ?

— Non, t'inquiète, je compte toujours y aller.

— C'est ça qu'on aime chez toi ! affirma Gloria à haute voix, en l'enlaçant.

Elles s'allongèrent sur l'herbe, contemplant le ciel. June, pensive, observait les arbres au-dessus d'elle. Malgré la lumière qui l'éblouissait, quelques nuages parsemaient le bleu du ciel.

— Oh, et ça te fera peut-être du bien d'être entourée de garçons, dit Gloria avec un sourire sarcastique. Tu vois où je veux en venir ?

June esquissa un sourire.

— Non merci. Je préfère me concentrer sur moi.

— Et ça fait pas un peu trop longtemps que tu es dans ta phase "se concentrer sur moi" ?

— Oh non, je suis bien comme ça. C'est paisible, tu sais. Et toi, ton copain Jack ? Tu ne m'en parles plus !

— Jack est tellement bienveillant, répondit Gloria en mangeant un sushi, les yeux brillants.

— Oh, on sent l'amour fou ici, taquina June. Non, je rigole, vous allez tellement bien ensemble.

— D'ailleurs, je lui ai dit que tu étais acceptée à l'étranger. Il t'a félicitée, il est fier de toi !

— Ouais, répondit June sans conviction.

— Tu sais, il t'aime beaucoup en réalité ! Il n'est juste pas très sociable !

— Je sais pas, à chaque fois qu'il me voit, il me regarde mal et ne me parle jamais.

— Il ne le fait pas exprès ! Il fait ça avec tout le monde, même avec Liz ! Ne le prends pas personnellement.

June sourit et acquiesça.

— N'oublie pas les sushis !

— Ah oui, c'est vrai.

— Toujours paumée, rit Gloria.

Elles passèrent l'après-midi à discuter et à déguster des plats japonais. Quand le froid commença à se faire sentir, elles se réfugièrent dans un café. Dès qu'elles enlevèrent leurs vestes, un serveur vint prendre leurs commandes.

— Un cappuccino, s'il vous plaît, dit June, tandis que Gloria se contentait d'un expresso.

Tout ce qu'il fallait pour vivre un bel automne. La cafétéria était déjà remplie. Une pluie battante commença à tomber, et les passants se réfugièrent à l'intérieur. Contrairement à beaucoup de gens, June adorait la pluie. Parfois, elle sortait spécialement parce qu'il pleuvait.

— D'ailleurs, t'as eu des nouvelles de Liv aujourd'hui ? demanda Gloria.

— Oui, elle passe la journée chez ses tantes, sinon je lui aurais proposé de venir avec nous.

Elles débarrassèrent leur table dès que l'obscurité envahit la ville. En remettant sa veste, June avança, mais son amie s'arrêta net, téléphone à la main.

— Mince ! dit-elle, apeurée.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda June en faisant volte-face.

— Je viens de recevoir un mail, j'ai un souci. Tu peux me raccompagner chez moi, s'il te plaît ? Ça m'aiderait beaucoup.

— Oui, bien sûr, répondit la brune, inquiète. J'espère qu'il n'y a rien de grave.

— Non, t'inquiète.

Elles pédalèrent aussi vite que possible vers la maison de Gloria, une vague de stress s'emparant de June. Quelques minutes plus tard, elles arrivèrent enfin.

— Tu ne veux pas me dire ce que c'est, ce mail ?

— Non, attends, répondit Gloria en avançant, alors que June s'était arrêtée derrière elle.

Puis Gloria se retourna avec un grand sourire aux lèvres. June ne comprenait pas. Il y a peu, son amie semblait terrifiée, et maintenant elle souriait.

— Tu te fiches de moi ?

Gloria éclata de rire.

— Je ne dis rien, tu n'as qu'à regarder, dit-elle en tournant la poignée de la porte.

Chapitre 3 – Nostalgie

Lorsqu'elle ouvrit la porte, des lumières fluorescentes jaillirent dans la pénombre. June n'en croyait pas ses yeux. La pièce était remplie de visages familiers et d'inconnus. Elle reconnut Jack et un autre ami de Gloria avec qui elle n'était pas très proche. Tous se mirent à applaudir.

— T'étais pas obligée de m'inventer des histoires ! dit-elle en avançant vers la porte.

— À ton honneur, déclara son amie en tendant son bras pour l'accueillir. Aujourd'hui, c'est ton jour.

De la musique jouait, des enceintes diffusaient des mélodies entraînantes, des boissons étaient servies, et des guirlandes colorées ornaient le plafond. Soudain, Liz s'approcha de June.

— Je croyais que tu étais chez tes tantes !

— Il fallait bien trouver quelque chose à dire, répondit-elle en gloussant.

— Je n'y crois pas, ça aussi c'était un mensonge !

Liz se contenta de pouffer. Puis June se tourna vers Gloria, la fusillant du regard. Cette dernière s'avança d'un pas enjoué.

— Amuse-toi au lieu de te poser des questions !

June, encore sous le choc, remarqua enfin que la musique qui jouait était son morceau préféré, "Meddle About" de Chase Atlantic. Son cœur s'emballa de joie. Chaque fois qu'elle entendait cette chanson, son âme dansait et son cœur battait au rythme de la mélodie. Un sourire exquis s'épanouit sur ses lèvres pulpeuses et rosées. En observant la pièce, elle reconnut quelques visages, mais la plupart des invités étaient des amis de Gloria qu'elle connaissait à peine. Ses pensées furent interrompues lorsque plusieurs personnes vinrent la féliciter pour son admission. Confuse, elle hocha la tête en souriant. Peu après, Jack s'approcha, arborant un léger sourire. Ce n'était pas très jovial, mais suffisant pour lui apporter de la sérénité pour toute la journée.

— Bravo pour ton...

June le coupa pour le remercier avec un sourire éclatant.

— Vous venez, il y a le jacuzzi ! lança une voix lointaine.

Certains avaient déjà enfilé leurs maillots de bain et commençaient à se déshabiller pour se baigner.

— Tu viens ? demanda Liz.

— Non, je n'ai pas de maillot, je vais rester à l'intérieur.

— Tu ne pensais tout de même pas qu'on n'avait rien prévu, tout est en haut.

June ne comprenait pas au début, mais c'était bien vrai. Elles avaient acheté un maillot de bain spécialement pour elle ! Elle monta le chercher et le trouva posé sur un meuble. Il était pourpre, accompagné d'un lacet destiné à enlacer le ventre.

— Laisse-moi deviner, c'est Gloria qui a choisi !

— Tu as une bonne intuition !

Elle le savait. C'était sa couleur préférée, le rouge. Elle s'isola dans une pièce pour se changer. Ce n'était pas facile à mettre, notamment à cause des lacets qui pendouillaient de chaque côté, mais elle finit par y arriver. Elle redescendit ensuite, sous le regard scintillant de ses amies. Les autres étaient déjà dans l'eau.

— Tu es magnifique, déclara Liz à haute voix.

— Elle a raison, ajouta Gloria.

June leur lança un regard rempli de compassion et d'amour. L'extérieur était déjà glacé en cette soirée, mais elles espéraient que l'eau chaude compenserait.

Liz, telle une sirène, ôta sa robe sombre et ses collants troués. Son maillot de bain, vert foncé, faisait ressortir sa peau métisse couverte de tatouages, ainsi que son eyeliner rouge pourpre. Elle plongea gracieusement dans l'eau bouillonnante et nagea jusqu'au bord pour s'y appuyer.

June suivit, accompagnée de Gloria, et elles se rejoignirent toutes les trois. L'après-midi se déroula plus vite que prévu.