Table pour trois à New York - Elie BERNHEIM - E-Book

Table pour trois à New York E-Book

Elie BERNHEIM

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Beschreibung

Fraichement installé à New York avec Norah et leurs deux enfants, Gabriel n'est plus que l'ombre de lui-même...

Elle sait tout de lui…
Il a son jardin secret…
Elle ne devrait pas se fier aux apparences…

Gabriel et Norah s’aiment depuis dix ans. Il est l’étoile montante de la gastronomie française – elle est une talentueuse trompettiste. Parallèlement à leurs carrières, ils ont édifié une forteresse de tendresse et d’amour autour de leurs deux enfants. Une vie parfaite… ou presque…

Pourquoi Alicia, la sous cheffe de Gabriel, est-elle également du voyage ?

EXTRAIT

"Je commandais, sur un site spécialisé, les uniformes de sport requis par le Lycée français lorsque Gabriel fit son apparition dans notre salon, cherchant très maladroitement à attirer mon attention. Je fis comme si de rien n’était et lui racontai la visio-conférence avec Nissim, tenue plus tôt dans la journée, confirmant des dates pour une série de concerts en Europe l’année prochaine. Puis, j’ajoutai – non contente de le faire un peu patienter – que j’avais décidé de m’inscrire à des cours de barre au sol avec Nelly afin de tonifier et galber mon corps avant de partir à New York. Peu concerné par la narration de ma journée, il finit par m’annoncer avec une relative indifférence qu’il avait proposé à Alicia de venir faire l’ouverture du restaurant à New York. Bien qu’ils travaillent ensemble depuis de nombreuses années, je ne peux m’empêcher d’envier la complicité qu’elle a avec lui. C’est sûrement un peu égoïste, mais j’aurais préféré qu’il n’y ait pas une autre jolie femme qui soit du voyage."

À PROPOS DE L'AUTEUR

Elie Bernheim nous livre son premier roman. Rédigé sous la forme d’un journal intime, ce roman plonge le lecteur dans l’univers des différents protagonistes. Un voyage entre New York et Paris. Une intrigue subtilement amenée. Des indices habillement distillés, pour enfin découvrir la vérité.

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Seitenzahl: 107

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Couverture

Page de titre

À toi.

Avant-propos

Les personnages et les situations décrits dans ce livre sont purement fictifs. Toute ressemblance avec des personnages ou des événements existants ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

GABRIEL

23 août 2017 – Paris / New York

Ma belle-mère a la larme à l’œil. Elle sait très habilement user de la culpabilisation pour nous faire regretter notre décision… Une mère juive ne changera décidément jamais. Dernières recommandations – les yeux dans les yeux – et nous sautons dans un taxi en direction de l’aéroport.

Je m’appelle Gabriel Stern.

Fou amoureux, j’ai épousé Norah, d’origine israélienne, à la beauté enivrante, aux yeux verts en amande, aux cheveux blonds dorés et au sourire ensorceleur. Je l’ai rencontrée lors d’un dîner chez des amis et l’ai ensuite invitée dans mon restaurant. Un risotto à la trévise, gorgonzola et poire dévoré, elle ne m’a plus jamais quitté.

Le vol m’a paru beaucoup plus long que la dernière fois. C’était sans compter sur l’interminable file d’attente en serpentin pour passer l’immigration. Un Uber nous dépose finalement au 112 East 70e Rue, entre Park Avenue et Lexington, où un joli duplex nous attend.

24 août 2017 – New York

Leah et Joshua se sont très vite approprié leur nouveau « chez-soi ».

Buzz l’Eclair, Ladybug et les Toupies Beyblade ont déjà trouvé place sur les étagères de leur chambre. Les enfants ont cette faculté d’adaptation qui me fascinera toujours.

Première frayeur quand Joshua a l’ingénieuse idée d’enjamber la main courante de l’escalier. Il réalise à ma réaction qu’il ne faudra pas répéter l’expérience.

Netflix activé, les enfants se lovent contre les coussins de la méridienne pendant que Norah vérifie l’acoustique du salon en émettant quelques notes de trompette. Elle est naturellement rejointe par Leah qui s’amuse à pianoter une improvisation tout à fait cacophonique.

Amusé, j’allume ma gazinière Lacanche et concocte notre premier dîner.

Sur le point de passer à table, un livreur frappe à la porte pour déposer une bouteille de Rauzan-Ségla 2008 que j’avais commandée sur le site de Sherry-Lehmann.

4 septembre 2017 – New York

C’est la rentrée des classes, les enfants entament leur année scolaire au sein du Lycée français de New York. Norah les mène devant le hall d’entrée avant de se rendre au Lincoln Center pour sa première répétition.

Sa carrière de soliste débuta il y a dix ans lorsqu’elle signa un important contrat avec un éditeur de musique classique. Elle remporta par la suite un prestigieux prix pour son enregistrement consacré aux œuvres pour trompette de Jean-Sébastien Bach avant de croiser le chemin de Nissim Blackwolf, très réputé chef du Philharmonique de Tel-Aviv, qui lui proposa d’interpréter à ses côtés le concerto pour trompette de Joseph Haydn. Ils firent ensemble une grande tournée mondiale qui rencontra un fabuleux succès.

5 septembre 2017 – New York

Durant mon adolescence passée à New York, mon oncle Charles n’avait de cesse de répéter que vivre à Manhattan n’était agréable qu’à la condition d’évoluer au sein d’un triangle magique. Je n’y avais jamais accordé plus d’importance avant d’envisager ce déménagement avec ma famille et de comprendre qu’en raison de la circulation et des distances à parcourir, il était primordial de vivre à proximité de son lieu de travail et d’une école.

Je me suis donc activé toute la journée à la recherche de l’emplacement idéal pour mon futur restaurant. J’ai finalement déniché un petit atelier d’artiste si charmant, intimiste et discret, qu’avant même de l’avoir visité, j’ai su que j’en ferais mon nouvel établissement. Un imposant magnolia aux branches désarticulées trône devant la porte d’entrée. Des camélias et des rosiers sur pied font de l’ombre aux deux fenêtres à carreaux que Norah appréciera tant.

12 septembre 2017 – New York

Le bail signé, les travaux d’aménagement ont aussitôt débuté. Je m’étais essayé durant des semaines à réaliser des plans de cuisine grâce à un logiciel permettant de faire différents types de simulation. Il ne me restait plus qu’à l’adapter à la taille de l’espace et à le métamorphoser en un lieu à l’atmosphère feutrée et élégante où mes convives pourront déguster mes créations. Assis sur des tabourets le long d’un large comptoir en marbre, ils feront face à la cuisine et pourront ainsi observer les deux cuisiniers qui élaboreront à mes côtés, en silence et avec méticulosité, des plats qui sauront raviver leurs papilles gustatives.

Alicia, ma sous-cheffe, m’avait conseillé de renouer contact avec mon ancien maître d’hôtel, Michel, revenu vivre à New York, afin qu’il m’épaule sur le chantier. Il a su diriger mon établissement parisien avec autorité, intelligence et bienveillance et excelle comme nul autre dans l’art et la manière d’accueillir et de servir. J’ai l’intention de lui proposer de reprendre du service.

14 septembre 2017 – New York

J’ai reçu deux immenses pianos de cuisson, une salamandre-rôtissoire et une hotte classique. À suivre dans les prochaines heures, le comptoir conçu sur mesure par un artisan menuisier du New Jersey et les tabourets capitonnés recyclés mais extrêmement confortables.

Au mur, j’ai conservé les briques apparentes et au sol j’ai fait apposer du béton ciré facile à nettoyer plusieurs fois par jour.

Pour finir, je ferai suspendre quelques ampoules tombantes juste au-dessus du comptoir qui apporteront une lumière tamisée et chaleureuse.

Norah fait finalement son apparition et je ne peux lui cacher tout mon enthousiasme. Elle est positivement surprise de l’avancée des travaux mais fait bizarrement preuve de retenue. J’avoue être un peu déçu.

Les cheveux pleins de poussière et de plâtre, je rentre vite embrasser les enfants avant qu’ils ne se couchent.

15 septembre 2017 – New York

Michel, qui a accepté de me rejoindre dans ma nouvelle aventure, s’affaire déjà à recruter un cuisinier censé compléter la brigade.

Après avoir auditionné plusieurs candidats, il s’est décidé à enrôler un dénommé Jo, pâtissier de formation. Je ne pourrais oublier son expression lorsqu’il est venu m’extraire de l’élaboration de ma carte pour me demander de déguster la forêt-noire que Jo lui avait concoctée. Je fus immédiatement séduit par la consistance très légère et également par l’arôme bien présent du chocolat. Des petites griottes au kirsch étaient délicatement disposées sur le dessus du gâteau pour ceux qui, comme moi, n’en raffolent pas. C’était divin.

Alicia arrive demain. J’ai hâte qu’elle soit là.

1er décembre 2017 – New York

J’ai déposé Leah à son cours de piano avant de me rendre chez lui. Il m’a demandé de passer chercher deux caisses de champagne millésimé commandées tout spécialement pour mes quarante ans. Il aurait voulu me les remettre le jour J mais elles ne lui avaient pas été livrées à temps…

Arrivé sur place, je sonne à la porte mais personne ne vient m’ouvrir.J’utilise alors le trousseau de clés qu’il m’avait confié. C’est lenoir complet. Je l’appelle par son prénom. Pas de réponse.

ALICIA

2 juillet 2017 – Paris

Gab part quelques jours à New York et insiste pour que je reste à la fin du service. J’accepte avec plaisir tout en sachant pertinemment que le réveil sera très compliqué demain matin.

Alors que les mois d’été sont, pour certains restaurants parisiens, synonyme d’accalmie, il n’en est rien pour nous. Nous sommes complets des semaines à l’avance et la liste d’attente moyenne par jour correspond au double de la capacité du restaurant. Ce succès est imputable à Gab uniquement. C’est un authentique artiste qui sait allier les différentes saveurs et jouer avec les couleurs des produits comme personne. Je pense sincèrement que le restaurant mériterait de recevoir une deuxième étoile au Guide Michelin mais il ne remplit apparemment pas tous les critères.

Je suis arrivée à Paris il y a cinq ans en ne parlant pas un mot de français. Malgré ce handicap, Gab m’a rapidement confié la responsabilité de devenir son bras droit. Il faut dire qu’il a su déceler chez moi une envie constante d’innover et une capacité à surmonter les moments de grande pression. J’ai tout de suite senti que notre collaboration ferait des étincelles tant nos personnalités sont proches, mais aussi complémentaires. L’un stimule l’autre et inversement.

Je m’appelle Alicia Brickman et je ne m’attendais pas à vivre une fin de soirée aussi intense avec lui.

3 juillet 2017 – Paris

La nuit dernière fut riche en émotions.

Nous avons eu la visite d’une association regroupant les meilleures tables du monde. Elle avait décidé de faire sa réunion annuelle dans notre restaurant, ce qui nous avait à la fois honorés mais également mis sous une pression énorme en raison des membres qui la constituent. Toute la brigade avait à cœur de leur servir un dîner où excellence rimait avec générosité. Les trois chefs étoilés présents ce soir-là nous ont ensuite rejoints en cuisine pour nous féliciter et immortaliser ce moment de partage.

Une fois le dernier collaborateur parti, je suis restée seule avec Gab. Nous étions censés discuter de la composition de la nouvelle carte…

Ce n’est que vers 3 heures du matin que je l’ai quitté. Je l’ai serré dans mes bras, il sentait bon, je voulais que cette étreinte dure une éternité… puis nous avons chacun pris des directions opposées.

De retour chez moi, je n’ai pas réussi à fermer l’œil de la nuit.

6 juillet 2017 – Paris

J’ai travaillé quelques années en tant que cheffe de partie dans un célèbre restaurant à Boston. Son chef atypique, Cristiano Bendana, m’a prise sous son aile et m’a formée aux techniques de base qui me permettent aujourd’hui d’être l’élément incontournable de la brigade de Gab. C’est également lui qui m’a poussée à prendre mon envol et à quitter les États-Unis pour acquérir de nouvelles connaissances. J’ai alors soumis ma candidature à Gab qui était déjà considéré comme une étoile montante de la scène gastronomique parisienne. Il venait d’ouvrir son restaurant et la presse était très élogieuse. Le courant est immédiatement passé entre nous.

Dès les premiers instants de notre collaboration, il m’a poussée à être intransigeante et à mettre à contribution mes différents sens. Il m’a sensibilisée à la provenance des aliments, à leurs qualités nutritives et au respect des saisons. Depuis, il n’y a pas un matin où je ne sélectionne pas moi-même, un à un, nos produits.

7 juillet 2017 – Paris

Mes parents me demandaient récemment ce qui me motive encore, après tant d’années, à collaborer avec Gab. Ma première réponse les a un peu surpris : Je suis follement éprise de lui…

J’ai ensuite enchaîné, laissant un doute planer, par leur raconter une anecdote qui, à mon sens, décrit parfaitement sa personnalité et sa passion immense du goût.

Il arrive régulièrement à Gab de prendre un malin plaisir – je l’ai compris avec le temps – à surgir en plein coup de feu, quand la tension est à son apogée, avec un petit bout de papier griffonné sur lequel figurent d’indéchiffrables schémas d’aliments et d’instructions de cuisson.

Je comprends à sa moue que rien ne peut plus attendre. Je délègue alors à mon second les mets que je prépare pour transformer son gribouillage d’enfant en création culinaire. Le résultat est systématiquement déroutant et succulent.

Gab a cette faculté extraordinaire de faire vivre à ceux qui l’entourent des instants magiques et surréalistes. J’adore ça.

13 juillet 2017 – Paris

Après avoir soupesé les pour et à peine les contre, j’ai feint de lui répondre par la négative avant de lui sauter au cou et d’accepter sa proposition. Je serais prête à tout pour être près de lui.

Il faut dire que son projet m’a instantanément séduite même si – et Gab a eu besoin de le souligner – il me faudra accomplir quelques tâches incongrues. L’idée de décloisonner la cuisine pour nous permettre d’interagir directement avec nos clients est particulièrement stimulante. Il n’y a rien de plus plaisant voire jouissif que de découvrir les expressions d’un convive curieux et époustouflé par la préparation d’un plat.

1er août 2017 – Paris

Cela faisait deux semaines que je ne cessais de penser à lui lorsqu’il m’a appelée pour me proposer de sortir dîner.

Il avait anticipé son retour de Gassin et avait absolument besoin de me voir. Il m’a donné rendez-vous dans un restaurant basque, rue Malar, où nous avions déjà eu, par le passé, l’occasion de boire plus que de raison. Ce n’est qu’après quelques coquillages et une belle côte de bœuf que sa langue s’est déliée et qu’il m’a fait part de ses préoccupations.