Tachycardie - Frédéric Villar - E-Book

Tachycardie E-Book

Frédéric Villar

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Beschreibung

Dans ce recueil qui fleure bon le Sud-Ouest, Frédéric Villar compose trois petites variations autour de la mort.

La mort: celle qui frappe pendant que se déroule une corrida à 100 pas et cinquante années de là ; celle que l'on attend, interminablement, le cœur battant; celle enfin, aussi absurde que cruelle, qui nous sidère.

Une exploration juste et profonde du thème de la mort, celle que l'on donne ou que l'on attend.

EXTRAIT DE LES ESQUISSES

Les bonnes raisons abondent pour qui veut se rendre aux ferias. On s’y rassemble pour célébrer l’amitié ; on y accourt pour le vin, le lâcher-prise, l’oubli quelquefois ; on s’y retrouve pour le taureau, à l’affût du beau...sinon de la grâce. Nous, on y allait pour le fric.
Certes, nos intentions n’étaient pas nobles – nous en étions conscients – mais nous estimions que le niveau de risque y était moins élevé qu’ailleurs. Quand tu choisis de gagner ta vie en volant tes semblables, tu as tout intérêt à travailler là où se concentre la foule. La proportion de naïfs y est forcément plus
grande. Un autre avantage est qu’en période de ferias tout le monde est vêtu de la même manière. Ainsi la victime d’un vol, au moment de fournir un signalement, ne peut que se couvrir de ridicule : « Ils sont partis par là. Ils étaient bruns, habillés de blanc. Ils avaient une ceinture et un bandana rouges... Des
espadrilles aussi, je crois... »

À PROPOS DE L'AUTEUR

D’origine espagnole, Frédéric Villar vit et travaille à Bordeaux où il est né en 1960. Son poids était alors de 4,8 kg. Depuis, il a multiplié son volume par dix-huit et quelques... tout en prenant des notes. De ces notes, il tire de temps à autre "quelque chose".

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Seitenzahl: 46

Veröffentlichungsjahr: 2018

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L'auteur

D’origine espagnole, Frédéric Villar vit et travaille à Bordeaux où il est né en 1960. Il prend des notes, dont il tire de temps à autre « quelque chose ».

Les éditions Émoticourt

Émoticourt est une maison d'édition numérique dédiée aux textes courts, inédits et de langue française. Lancée en mars 2012 à Paris, elle publie les œuvres d’auteurs reconnus (dont certains couronnés par le Goncourt de la Nouvelle) ou celles de nouveaux talents, avec une même exigence de qualité littéraire. Ce choix du numérique lui permet de publier nouvelles, recueils, carnets, nanoromans qui ne trouvent pas, en raison de leur format, leur place dans l’univers de l’édition papier.

Esquisses

Les bonnes raisons abondent pour qui veut se rendre aux ferias.

On s’y rassemble pour célébrer l’amitié ; on y accourt pour le vin, le lâcher-prise, l’oubli quelquefois ; on s’y retrouve pour le taureau, à l’affût du beau… sinon de la grâce.

Nous, on y allait pour le fric.

Certes, nos intentions n’étaient pas nobles – nous en étions conscients – mais nous estimions que le niveau de risque y était moins élevé qu’ailleurs. Quand tu choisis de gagner ta vie en volant tes semblables, tu as tout intérêt à travailler là où se concentre la foule. La proportion de naïfs y est forcément plus grande. Un autre avantage est qu’en période de ferias tout le monde est vêtu de la même manière. Ainsi la victime d’un vol, au moment de fournir un signalement, ne peut que se couvrir de ridicule : « Ils sont partis par là. Ils étaient bruns, habillés de blanc. Ils avaient une ceinture et un bandana rouges… Des espadrilles aussi, je crois… »

Nous étions une petite bande de quatre, vivant de rapine et de combines. Je connaissais Rafael depuis le bac à sable. Lui et moi ne nous souvenions pas d’une vie avant Anton – il avait déboulé très tôt dans notre périmètre pour ne plus en sortir. Enfin la mixité était entrée dans l’équipe en la personne de Loli, fille compréhensive au point d’avoir donné sa chance à chacun d’entre nous et toute disposée à nous la donner encore. (Nous savions que sa générosité s’étendait hors des limites du groupe mais nous préférions ne pas aborder le sujet.)

Très jeunes déjà, dans le tram, les bus, nous nous étions découvert des talents de pickpockets. Le cinéma et le stade, aussi, étaient assez formateurs. Mais c’est bien au cours des fêtes landaises que nous avions connu nos premiers véritables succès, prélevant dans les poches des festayres des sommes encourageantes. Nous nous étions alors enhardis en Pays Basque où notre activité avait été tout aussi juteuse. Mauléon d’abord, Bayonne ensuite, nous avaient laissé de quoi nous offrir de vraies vacances sur la côte. C’était désormais en Navarre que nous exercions. Chaque mois de juillet, nous nous trouvions à Pampelune pour la San Fermin.

Je veux bien être le cobaye du premier neurologue qui expérimentera l’ablation de la nostalgie. Elle aura pollué mon existence sans qu’aucun filtre jamais ne puisse l’atténuer.

Quand je reviens à Pampelune, elle plane au-dessus de moi, sournoise, prompte à me frapper à l’affect pour peu que je baisse la garde. Ainsi calle de Olite où je marche à présent et où je nous revois, cinquante années en amont. Mon pas lent d’aujourd’hui contraste avec nos courses d’alors. Dans cette rue existe encore le café d’où nous avions détalé alors que le garçon nous apportait la note. J’avance maintenant le long de la calle Estafeta. Nous avons vingt ans. Au bout d’une nuit de fête, nous sommes tous quatre juchés parmi mille autres sur des palissades, attendant que débute l’encierro. Quand j’aborde la Plaza del Castillo, j’entends la voix d'Anton. Je sens la main de Rafael se poser sur mon épaule. Loli nous précède. Elle se retourne, nous sourit.

Les choses ne sont jamais qu’une variante de ce qu’elles étaient. Je sais ce vers quoi mes pas me guident. Je serai bientôt à l’endroit précis où je m’étais trouvé face au vieillard.

C’était le troisième jour des Sanfermines et tout se passait bien.

Notre Simca Aronde était stationnée un peu à l’écart de la ville. Nous tenions là notre point de ralliement. Toutes les deux heures environ, nous nous y retrouvions pour nous recompter et planquer dans la malle ce que nous avions chapardé. De là nous était venue l’idée de visiter les coffres d’autres bagnoles, idée dont nous nous félicitions tant les résultats étaient fructueux. Un simple coup de tournevis suffisait à inventer des trésors. Nous ne délaissions pas pour autant notre activité première (le vol à la tire) car il n’y a pas mieux pour s’assurer des liquidités. Pour ma part, après m’être fait une belle frayeur, la veille, du côté des douches municipales où j’avais bien failli être pris, j’avais choisi ce jour-là d’opérer sur le Paseo de Sarasate.

Les dix-huit heures approchaient et le soleil ne se décidait pas à faiblir. Depuis le matin il assommait tout ce qui bougeait. Pourtant, à l’atmosphère qui enveloppait Pampelune, on pressentait que la fête serait belle, que le peuple, cette fois encore, ne se défilerait pas. Les détenteurs de billets convergeaient vers les arènes, les autres s’agglutinaient dans les zones ombragées. Je me souviens qu’à ce moment-là, je n’avais pas la tête au boulot, ma seule ambition étant de dégotter un coin de bar où survivre.

C’est alors que m’est apparu le vieil homme.