Tapkal - Isabelle Hoarau-Joly - E-Book

Tapkal E-Book

Isabelle Hoarau-Joly

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Beschreibung

Avec sensibilité, l'auteur revient sur un épisode marquant de l'histoire de la Réunion.

Voici une tragédie créole mettant en scène les derniers esclaves marrons réfugiés au pied du Grand Bénare dans le cirque de Cilaos, du temps de l’île Bourbon.
Ode à la liberté, cette pièce de théâtre est aussi le cri du coeur d’une auteure engagée à défendre les droits des femmes réunionnaises et dénoncer les violences commises envers elles encore aujourd’hui.

Une pièce de théâtre bouleversante en hommage aux femmes réunionnaises.

EXTRAIT

Nénène
(entrant dans la chambre de la princesse encore endormie)
Ô, ma gazoute ! Ô, lumière de mes jours !
Combien ta beauté illumine notre royaume !
Tu dors, tu souris
Peut-être rêves-tu à celui qui,
Un jour, t’éveillera à l’amour.

Berceuse
Dors, dors ma petite fille,
Dors, dors ma zazakel
Ma tite demoiselle,
Ma jolie tourterelle
Le soleil et la lune dansent autour de toi
Les ombres de la nuit s’éloignent devant ton éclat
Les étoiles brillent dans tes yeux
S’accrochant autour de ton cou gracieux
Dors, dors ma petite fille,
Dors, dors ma zazakel
Ma tite demoiselle,
Ma jolie tourterelle
La rivière et la forêt chantent pour toi
Les nuages du ciel forment ton voile
Les oiseaux chantent ton sourire
T’accompagnant dans tes rêves.
Dors, dors ma petite fille,
Dors, dors ma zazakel

À PROPOS DE L'AUTEUR

Isabelle Hoarau-Joly est née en 1955 à Saint-Pierre, elle est anthropologue, écrivain voyageur, romancière, conteuse et dramaturge.
Après avoir publié des contes et des albums jeunesse, elle se met aux nouvelles et à l'écriture théâtrale.
Elle se plonge régulièrement dans l'histoire de son île pour y retrouver des bribes de mémoires en tissant un tapis mendiant qui redonne la parole aux oubliés, aux silencieux. Ces voix qui peuplent les montagnes de l’Île de La Réunion, sa principale source d'inspiration. Elle a été nomméee Chevalier des arts et des lettres en 2014.

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Seitenzahl: 53

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Isabelle HOARAU-JOLY

Tapkal

le royaume des nuages

Mentions légales

© 2018, Les Éditions du 20 Décembre

Les Éditions du 20 Décembre

1116 rue de Cambuston 97440 Saint-André

Tél: +262692732 094

Email: [email protected]

ISBN :979-10-92429-17-6

Couverture : Sarah et Jérôme Chevret

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Table des matières

PROLOGUE

Les Personnages

Acte 1

Scène 1

Scène 2

Scène 3

Scène 4

Acte 2

Scène 1

Scène 2

Scène 3

Scène 4

Scène 5

Acte 3

Scène 1

Scène 2

Scène 3

Scène 4

Scène 5

Acte 4

Scène 1

Scène 2

Scène 3

Scène 4

Acte 5

Scène 1

Scène 2

Scène 3

Scène 4

Sources bibliographiques

PROLOGUE

Tapkal:le village oublié

Perché au sein des nuages, sur les contreforts du Grand Bénare, Tapkal, dans le cirque de Cilaos, est devenu un mythe.

Du village marron1 oublié par l’Histoire ne subsistent en effet que le nom d’une forêt2 située entre l’Ilet-à-Cordes et les Trois Salazes –nom par ailleurs dérivé du malgache «tapakala» signifiant «où la forêt fut coupée en deux»– un muret de pierres sèches et surtout, des signes gravés sur une pierre plate dont on n’a pas encore perçé le secret.

Pourtant, pendant près de deux siècles, les montagnes réunionnaises ont servi de refuge aux centaines d’hommes et de femmes ayant fui l’horreur de l’esclavage. Devenus marrons, ces derniers n’ont eu d’autres choix que de vivre cachés au creux des ravines, dans des grottes, sur des pitons à la vue dégagée, des îlets aux pentes abruptes, dans les terres encore vierges et inexploitées des Hauts, des lieux souvent inhospitaliers, isolés, où ils pouvaient faire disparaître leurs traces.

Généreuse, l’île a ouvert son cœur à ces habitants jetés sur ses rivages comme des « meubles ». Ils y ont trouvé le gîte, le couvert et une certaine sécurité –hélas ! temporaire– leur permettant de fonder un véritable royaume de l’Intérieur, ayant Cilaos pour capitale. Ce royaume se composait de camps difficiles d’accès et fortifiés. Sur ces camps régnait un « roi » ou chef, d’origine malgache ou africaine, dont le nom est resté dans les mémoires, à l’image de Bâle, Diampare, Laverdure ou encore Faonce. Certains de ces chefs –je pense à Dimitile, Cotte, Anchaing, Mafate– ont laissé leur nom à l’endroit où leur camp était installé, marquant pour l’éternité leur passage dans ces montagnes, classées aujourd’hui patrimoine de l’humanité.

Il a fallu attendre le mois d’avril 1999 pour qu’une expédition menée par Alain Colas, guide de haute montagne, retrouve au Tapcal des traces d’habitations au fond d’une gorge profonde où coule une cascade. Ce sentier exploré en 1869, par l’Abbé Ceyssac, curé de Saint-Leu, descend à pic du rempart du Grand Bénare sur un dénivelé de 1000 mètres. Pour atteindre le fond de la combe, les explorateurs ont dû utiliser des cordes et descendre en rappel. Au bout de deux jours, alors que leur réserve d’eau était épuisée, ils ont découvert au fond de la gorge, une magnifique cascade qui donne naissance à une ravine inconnue. L’émotion accompagna le voyage en ce lieu presque vierge, dont personne n’avait foulé le sol depuis des décennies. Elle attint son paroxysme le lendemain, lorsque fut dévoilée une pierre gravée de deux cercles, d’une croix semblant indiquer le nord et d’autres inscriptions impossibles à déchiffrer. Cette pierre était connue depuis longtemps des habitants des îlets voisins mais ne présentait pas d’intérêt jusqu’alors. Des fouilles archéologiques menées quelque temps après ont dégagé le muret situé derrière et conforté la thèse de la mise au jour de vestiges témoignant de l’existence passée d’un village marron en ce lieu tombé dans l’oubli, bien qu’au début du siècle dernier, Jules Hermann en parlât déjà3.

En attendant de plus amples investigations scientifiques, le mystère qui entoure ces lieux silencieux et isolés a donné libre cours à de nombreuses légendes dont celles de Zahira que nous contons ici.

Tapkal : une tragédie bourbonnaise

« Tapkal, le royaume des nuages » se situe durant l’épisode tragique de notre histoire que constitue la lutte contre le marronnage.

Le marronnage repésentait un désastre pour les colons de Bourbon, et ce pour plusieurs raisons. D’une part, les marrons privaient leurs maîtres de leur force de travail et de leur valeur financière ; d’autre part, en conquérant leur liberté, ils menaçaient l’ordre établi dans la colonie de rapport fondée sur l’exploitation d’une population servile. Leur exemple donnait aux esclaves restés en arrière l’espoir qu’une autre vie était possible, tandis que les violents pillages qu’ils commettaient la nuit sur les habitations littorales terrorisaient les colons.

Aussi, pour enrayer la fuite croissante des esclaves vers les Hauts, des milices furent créées à partir de 1697 pour chasser ces marrons des terres de l’intérieur. Une lutte sanglante entre les Hauts et les Bas, les colons et les marrons, commença alors.

Le célèbre François Mussard se rendit pour la première fois à Silaos4 avec ses hommes en avril 1744. En remontant la rivière Saint-Etienne, ils trouvèrent à l’Ilette Haute un groupe de six cases, mais une seule esclave marronne qui s’enfuit et qu’ils tuèrent. Cette même année, au mois d’octobre, le détachement de Mussard mit à jour l’Ilette à Père5 et le camp de Pitse6