Temps additionnel - Franco Evangelista - E-Book

Temps additionnel E-Book

Franco Evangelista

0,0

Beschreibung

Tic… tac… tic… tac. Pendant que les joueurs se traînent sur le terrain, la négociation au téléphone propose des phrases qui commencent par des chiffres et se terminent par des dollars. Tic… tac… tic… tac. Le sort de la finale ne se joue pas dans l’enceinte d’un stade mais à des milliers de kilomètres de là au moment précis où un compte bancaire se voit crédité de la juste somme. Nardo Marachini, quant à lui, avait tout gagné et tout perdu en football. Le temps était venu pour lui de régler quelques comptes avant le coup de sifflet final.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 125

Veröffentlichungsjahr: 2016

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Temps supplémentaire accordé par l'arbitre à la fin d'une période pour compenser les arrêts de jeu.

Sommaire

Amsterdam, Bureau de Colin Masters

Colle San Pancrazio

Sunset Lido à Coral Bay

Colle San Pancrazio

Casale Rapeno

Colle San Pancrazio

Malam, banlieue d’Accra

Motel Bellevue

Casale Rapeno

Fleetwood Park Hotel, chambre 213

Atlanta, société Sporting Box

Motel Bellevue

Masters III Building

Sunset Lido à Coral Bay

Catwalk Rooftop

Bill Stockwell

Camp de Baidoa

Sporting Box

Camp d’entraînement de Batah

Motel Bellevue

Léonce Bardoni au travail

Banlieue Ouest d’Accra

Soccerteam, bureaux de Paris

Motel Bellevue

Casalunga

État des lieux

Bardoni entreprises

Casalunga

« Showspot makes it real »

Casalunga

Coral Bay Sun Bar

Tampa

Casale Rapeno

Soccerteam, bureaux de Paris

Casalunga

Flash-back

Tiptop Palace, Paris

Casalunga

Casale Rapeno

Mondovision

Casalunga

Réseau banlieue, Paris

Casalunga

Hôtel Balmont, New York

Billion Air Hotel, Londres

Bordosan, banlieue de Kuala Lumpur

Voodoo Lounge à l’Amicale des Maréchaux

Casalunga

Camp d’entraînement de Chengdu

Bureau de Dusart

Jour « J »

Casale Rapeno

Statale 240, km 124

Amsterdam, Bureau de Colin Masters

Colin Masters avait décidé. Cette fois, il ne regarderait pas à la dépense pour choisir son gardien de but. Deux fois que son club se faisait battre aux tirs au but en finale de Ligue Mondiale… cela devenait grotesque.

En consultant sur son écran la « soccer-change » en temps réel, il constata que le prix des « keepers » flambait du même feu que celui des « strikers ».

Il avait déjà en tête la composition de son équipe, huit joueurs étaient déjà sous contrat pour la finale. Il manquait, à son goût, le gardien, un latéral gauche et un buteur.

Entretenir un team coûtait cher et même si le Cartel avait permis depuis quatre ans de faire des contrats au match, le prix à payer était devenu prohibitif. Mais le système était en place et Masters était le système.

Il faisait corps avec lui, avant même de faire corps avec lui-même, pour ainsi dire, car avant d’être Masters, il avait été Galdouchine.

« Galdouchine Piotr, Novossibirsk, 1970… arrière gauche pendant huit ans au Zénith Voronej… » disait de lui l’Encyclopédie Vertel du Sport.

« Excentrique magnat de l’industrie alimentaire russe » disaient aussi les magazines people. D’autres citations de juridictions compétentes établiraient un CV d’aventurier et d’escroc de haute volée.

Pour attester du niveau de ses ambitions, il avait jugé utile de s’acheter un nom. Dans certains pays on peut choisir la plaque d’immatriculation de sa voiture, pourquoi ne pourrait-il pas, lui, s’acheter une conduite...

Quoi de mieux, alors, que « Maîtres »?

Monsieur Masters scrutait son écran la calculette à la main et malgré tous ses efforts, il était vraiment difficile de se payer le gardien et le buteur convoités.

Les compositions d’équipes devaient être déposées au Cartel dans les quinze jours et ces quinze jours-là allaient être une compétition acharnée entre les propriétaires des deux clubs finalistes.

Léonce Bardoni, le rival, était réputé pour ses coups pas francs et ses provocations médiatiques mais surtout, il avait remporté les deux derniers titres et cela suffisait largement à le rendre antipathique aux yeux de Masters.

A la fois complices au Cartel – se répartissant les fonctions électives par des élections manipulées – et rivaux dans les compétitions, ils avaient en tout cas les mains et les coudes sur le football mondial.

Bardoni avait fait ses premières armes dans le business football à l’époque où, puissant entrepreneur pétrolier en Afrique et passionné de jeu, il réussit à convaincre le Président-à-vie Lakhondo de lui vendre tout bonnement l’équipe nationale du Bandawi.

La rumeur locale, elle, faisait état d’une nuit passée à jouer au poker d’où le président sortit nu comme un ver... Cet « achat » paraissait absurde à l’époque où les clubs européens les plus riches avaient réussi à faire admettre à la Fédération Mondiale de Football que les sélections nationales payent ces mêmes clubs pour emprunter ses joueurs dans les rencontres des équipes nationales.

C’est d’ailleurs l’absurdité même de cet acte qui fit qu’aucune protestation ne vint faire obstacle à cette privatisation du football national Bandawéen. Bien au contraire, cette démarche semblait servir la cause du football en donnant à ce pays pauvre les moyens de se développer…

Il en est du football comme de tout autre commerce… En faisant l’acquisition des droits de l’équipe nationale du Bandawi, dans le no man’s land juridique du pays, Bardoni devenait ipso facto propriétaire des licences de tous les joueurs de nationalité bandawéenne existants et à naître…

Il se trouve que deux ans plus tôt, le Bandawi avait emporté le Mondial des moins de quinze ans et Bardoni se retrouvait de fait « propriétaire » d’une vingtaine de jeunes promis à un bel avenir…

Ainsi put-il fournir en joueurs les principales franchises des places européennes, s’assurant ainsi un capital lui permettant par la suite d’acheter une franchise londonienne (eh oui ! le charme rétro du pays d’origine.)

Masters, pour sa part, était arrivé au Cartel par les jambons. En effet, il se croyait éloigné du football après un accident de voiture qui mit un terme précoce à une carrière sans relief quand, par le rachat d’une société italienne de salaisons, il se retrouva actionnaire majoritaire d’un club de série B italienne.

L’année même où il prit les commandes du club, le calcio connaissait sa énième crise. Un énorme scandale de corruption impliquant des clubs de tous les niveaux de compétition amena les instances dirigeantes du football de la péninsule à créer un nouveau championnat.

En effet, entre les clubs pénalisés, les promus et les relégués, on aboutissait à une série A et une série B de mêmes niveaux. Ainsi les deux séries furent regroupées en un championnat unique de deux groupes. Et Masters se retrouva donc à la tête d’un club de série A Italienne.

Après un an de rodage et des millions de dollars d’investissement tant en achat de joueurs que d’autres variables de la soi-disant noble incertitude du sport, il décrocha le titre de champion d’Italie. Deux ans plus tard, il remporta la ligue des Champions après un premier échec en finale. Il fit alors son entrée triomphale au directoire du Cartel. L’ascension fut rapide et les jambons se vendirent. Bien.

Colle San Pancrazio

La lourde porte de métal se referma derrière Nardo Marachini. La lumière matinale encore fraîche et parfumée d’air marin assaillirent tous ses sens et son corps en sursauta presque. Il fut surpris de constater comment la pierre des murs de la maison d’arrêt pouvait arrêter aussi bien les parfums que les couleurs.

Après six ans de peine, il était de retour à la vie. Il avait payé. Une « tournée générale » avait-on dit dans la presse sportive de l’époque. Nardo Marachini, grand seigneur, comme toujours, avait payé pour d’autres.

Entouré, acclamé, adulé qu’il avait été, ce matin-là, il était seul, comme venu au monde, dans un monde muet. Et c’était très bien ainsi.

Sunset Lido à Coral Bay

Sur la plage de Coral Bay, Pascal Ferrand lisait le magazine « Soccerteam » sous son parasol qui lui servait de bureau. Peut-être nourrissait-il cette illusion de croire qu’en sirotant son apéritif habituel, il verrait un jour, sous ses yeux apparaître le prochain dieu du football d’entre ces enfants à demi-nus qui courraient derrière une balle sur la plage.

Pour l’heure, il vérifiait que le journaliste rencontré la veille à l’Hôtel Central rapportait fidèlement ses propos.

Il fallait que toute la planète foot sache que Kostic son protégé avait toujours rêvé de vivre aux États-Unis et qu’il était prêt à quitter les brumes londoniennes pour le nouveau Monde. Lesdites brumes londoniennes s’agiteraient bien assez vite pour tenter de le retenir quelques temps encore.

Le protégé en question avait signé un contrat de six mois avec les West End Swans, mais végéter dans un club de milieu de classement britannique ne le motivait pas et il visait déjà le grand saut vers la piscine de dollars américaine.

Ferrand savait qu’il ne fallait pas tarder à faire monter les enchères. Lui ne se préoccupait pas tant d’un contrat avec des américains que de la nécessité de mouvementer le marché. Le Croate avait à son actif deux bonnes saisons de suite mais, Ferrand le savait d’expérience, ce croate-là ne tiendrait pas longtemps à ce rythme. Il fallait donc que le prix bondisse avant qu’il ne soit trop tard et que les caprices du yougo ne le rendent incontrôlable. Il avait déjà annoncé après son premier transfert qu’il n’accepterait pas d’aller dans les pays du Golfe pourtant bien fournis en barils de… dollars. Bref, qu’il reste ou qu’il parte, il fallait un nouveau contrat ou une retouche au contrat en cours.

La durée moyenne des contrats dans l’écurie Ferrand était de 8 mois pour le commun des mortels footballeurs, ce qui représentait environ 75 % du portefeuille d’agent de Ferrand. Les 25 % restants se composaient des super stars qui proposaient leurs services au match, sans compter les parts de joueurs qu’il se partageait avec d’autres (investisseurs, parents ou concurrents).

En tout cas, Ferrand était à la tête d’un joli petit capital de purs sangs ou de bourrins, étant admis que de toute façon, il y a un marché pour les deux.

Cela faisait au total quelques trois cent professionnels du ballon rond qui étaient encartés dans sa petite entreprise de placement.

Le journaliste avait suivi les indications de Ferrand et il en serait récompensé. Juste un échange de bons procédés entre professionnels.

L’essentiel des infos du journal tournait autour de la prochaine finale de la Ligue Mondiale évidemment. Les indiscrétions qui filtraient des deux camps montraient, certes, une certaine tension mais il fallait distinguer l’info de l’intox. La seule info, pour Ferrand, devait venir de l’un de ses multiples téléphones portables qu’il avait constamment à portée de main. Quoi qu’il arrive, il aurait Masters et Bardoni au bout du fil dans les quinze jours qui suivraient. Et le plus tard serait le mieux.

Colle San Pancrazio

Nardo commença sa descente vers les hommes par la petite route de pierre qui ne même nulle part sinon à d’autres routes.

Comme c’était inhabituel de marcher avec l’aide de cette petite pente et ces tournants ! Il ne s’était pas préparé à cette sortie anticipée, ignorant comme bien d’autres qu’un petit fonctionnaire anonyme du ministère des Grâces et de la Justice pouvait avoir retrouvé une réponse favorable à une demande de remise de peine pour bonne conduite qu’un de ses collègues pouvait avoir égaré.

C’était aussi bien que ce retour commence par cet intermède champêtre, route solitaire encadrée de plants d’oliviers dressés sur la rocaille propice aux siestes des vipères.

Après plusieurs minutes de marche sous le soleil, la première intersection et les premières voitures. De l’autre côté, une cabine téléphonique.

Casale Rapeno

Le prochain jeu de la Playmax Limited serait une merveille de technologie tant pour la qualité de l’image que pour les nouvelles fonctions de la manette fantôme.

Beppe Marangon travaillait d’arrache-pied depuis six mois sur le développement du nouveau système de synthèse d’image.

Au moment où le téléphone sonna, Beppe ne savait pas vraiment s’il faisait jour ou nuit ou autre chose encore.

Il cliqua sur l’icône « téléphone ».

– Aallô oui ?

– Monsieur Marangon !

– Monsieur Lin !

– Je ne vous dérange pas j’espère…

– Je suis en plein travail…

– J’en suis certain, Monsieur Marangon, je voulais simplement savoir si tout se passait bien et si vous pouviez me donner une idée approximative de la date de livraison, vous comprenez, mes amis investisseurs ont des dispositions à prendre…

– Nous avons tous des dispositions à prendre, Monsieur Lin, je vous ai dit : fin juin, ce sera fin juin ! Meilleures salutations !

Et il raccrocha. C’était ce genre de coup de fil qui pouvait irriter Beppe et… ces manières d’orientaux capitalistes qui n’avaient aucun sens de la belle ouvrage. C’est bon, il n’avait plus envie !

– Moi aussi, j’ai des dispositions à prendre, Môssieur Lin ! Ahhh ! Je vais me faire un vrai café !

Il alla ouvrir les volets de la cuisine. La lumière éclata dans la petite pièce. Cinq minutes à peine et il eut le bonheur de sentir la bonne odeur du café et d’admirer le paysage qui s’offrait à lui : la baie de Naples, juste derrière le flanc du coteau. En maître graphiste qu’il était – et reconnu de tous – il ne pourrait jamais reproduire à l’identique ces couleurs-là. Il le savait et trouvait que c’était très bien ainsi.

Il avait même une théorie sur l’air des couleurs… mais ces théories-là se racontent, se savourent entre amis. Et des amis, Beppe n’en avait plus.

Yo ku Lin était un chinois millionnaire en dollars et il détestait les solitaires, les taciturnes et les présomptueux. A ses yeux bridés, et pour ces motifs réunis, Beppe Marangon était un extra-terrestre.

C’était insupportable qu’un petit italien (!) sans le sou puisse lui parler sur ce ton. C’était intolérable aussi pour lui de penser, qu’un génie de la technologie informatique ne puisse pas naître parmi plusieurs milliards de chinois.

Colle San Pancrazio

La solitude de Nardo était vraiment grande dans cette cabine téléphonique qui n’acceptait que des « Pass Point Bleu » ! Il opta donc, comme le suggérait un panneau judicieusement placé, pour se rendre au Motel Bellevue, « à gauche », sur la grand-route…

Il marcha quelques centaines de mètres, mais aucun hôtel ne se profilait à l’horizon. Il posa son sac sur le bord de la route, histoire de faire le point. Il hasarda un pouce levé au passage des autos, sans conviction. Néanmoins, un paysan chevauchant fièrement son tracteur fut pris de compassion, sans doute. Ou bien était-il habitué à voir des piétons perdus à cet endroit ?

– Le motel ?

– Le motel, opina Nardo en saisissant le bras tendu.

Accroché solidement à l’habitacle, Nardo remercia intérieurement son guide de ne pas montrer plus d’intérêt que cela à sa présence à ses côtés.

Le trajet fut orné des odeurs pétrolières et du ronflement régulier de la machine agricole.

Malam, banlieue d’Accra

Léonce Bardoni s’essuya avec application et remonta son pantalon. Salimata remis de l’ordre dans les replis de ses voiles et se laissa glisser du bureau sur lequel son patron venait de la prendre.

Bardoni aimait voir la blancheur de son sperme sur la peau noire de son employée. Salimata n’aimait pas. Ni Bardoni, ni son sperme. Elle se retira dans la pièce voisine.

Bardoni s’assit à son bureau et se servit une rasade du whisky qu’il rangeait dans le premier tiroir, à côté de son revolver. Son écran d’ordinateur signalait deux messages internet. Il cliqua sur le premier et le lecteur audio apparut au premier plan.

– Biip !