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Extrait : "C'est un rêve. Ne m'interrogez pas ; je vous le montre comme je l'ai eu ; regardez-le. Il m'a semblé que c'était le soir. Le fenêtre d'une chambre où je me trouvais était ouverte. Le soleil y regardait avec des yeux mourants, et paraissait dire encore aux six bâtons presque blancs qui, debout, brillaient par le haut dans la chambre : Lumières, vous pâlirez ! Et en effet le soleil et les lumières étaient comme le diamant avec le stras."
À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN
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Seitenzahl: 156
Veröffentlichungsjahr: 2015
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EAN : 9782335066814
©Ligaran 2015
L’AUTEUR
Tout est senti chez nous, sans pouvoir jamais bien en sortir ; mais, si peu que nous donne notre imagination, nous sommes content de n’avoir rien pris à personne. – Nous sommes le Pauvre, – et ce que nous produisons, le Sou, – moins si l’on veut.
Le moment d’Alors, est comme cette espèce de livre : il veut du blanc dans ses pages. – Dans notre temps, ce qui dure, c’est ce qui ne dure pas.
En écrivant, j’ai encore, toujours rêvé ; ainsi on peut bien dormir en me lisant. –
Quand on voit bâiller, naturellement on bâille.
Un rêve
Un rêve. – Ne m’interrogez pas ; je vous le montre comme je l’ai eu ; regardez-le. – Il m’a semblé que c’était le soir. La fenêtre d’une chambre où je me trouvais était ouverte. Le soleil y regardait avec des yeux mourants, et paraissait dire encore aux six bâtons presque blancs qui, debout, brillaient par le haut dans la chambre : « Lumières, vous pâlirez ! » Et en effet le soleil et les lumières étaient comme le diamant avec le stras.
Le soleil se promenait sur un carré long de bois, sur lequel il y avait un drap jauni par le temps, sali par les hommes. C’était aussi l’or sur le cuivre.
Les six bâtons presque blancs, c’étaient six cierges.
Le carré long de bois était une boîte à cadavre. Autour de la boîte, des gouttes rendaient de temps en temps le pavé noir. Ce n’était pas du sang, c’était de l’eau bénite.
Dieu en argent sur sa croix penchait sa tête vers le coffre cloué.
Des fleurs sur le coffre se desséchaient par la mort qui était sous elles ; et malgré leur douce haleine soufflée en expirant, je sentais une odeur de chair faite, l’œillet d’Inde dans un bouquet de roses.
Une vieille femme priait à genoux.
Sa main signait son corps deux fois pour une, et sa bouche, qui déchirait latin et français, me fit entendre cela : « C’est une jeune fille qui est là-dedans ; mais que vous importe, à vous ? Je veux vous dire autre chose. Écoutez : j’arrache les bagues des doigts décharnés, et quand je ne peux pas bien faire, je coupe les doigts pour avoir les bagues. Je vends les beaux cheveux des têtes pâles. Je me fais des mouchoirs avec la dernière chemise. Je me coiffe avec des bonnets qui souvent ont des taches qu’on ne peut pas ôter. Je vis de la mort humaine. Dieu doit me prendre en pitié, mais je crois bien qu’il ne m’exauce pas. »
Les lèvres de la vieille vivante parlaient seules dans la chambre de la jeune fille morte.
Soudain je vois le cercueil rouler avec un bruit qui hurle,
Et les cierges qui allument le drap jaune,
Et la vieille femme qui tombe aussi, et dont les vieux os sonnent.
Le soleil disparaît.
La chambre était noire et rouge.
Je m’éveille…
Il est deux heures moins un quart du matin. La chouette chante les cadavres sur l’appui de ma fenêtre. Son cri me met du froid partout. De l’eau coule sur moi. Je m’affaiblis. Je me rendors.
Et je vois
Du vert-de-gris au fond d’un vase.
Et je vois
Des lumières qui s’éteignent et se rallument comme des yeux qui se ferment et se rouvrent.
Et je vois,
Sous une rangée d’arbres verts, une rangée de corps sans tête qui pourtant ont l’air de tirer une langue dans une bouche sans dents.
J’arrive à une voûte où des étoiles se jouent et s’entrechoquent comme du verre qui se casse.
Et j’entends
Du fer frapper sur du bois à coups non mesurés comme le remuement du tonnerre.
Et je vois
De grandes choses pendues s’agitant et qui ressemblaient à des peaux humaines.
Et je sens
Une odeur qui m’étouffe…
Pourtant je reprends souffle et je recommence à voir.
Une femme s’approche de moi ; son cœur est sur sa main.
Une épée sort et rentre dans la terre tout autour d’elle. On dirait qu’il y a à cette épée des rubans et un œil qui regarde.
Tout à coup l’épée fait rouler vers moi la femme. J’ai peur. Je la repousse. Elle se retourne, et j’entends du fer frapper sur du bois à coups non mesurés comme un remuement de tonnerre.
Et j’entends des morceaux de paroles que la femme me jette.
Et je vois dans l’air
Quatre hommes à manteaux, avec chapeaux grands, avec bâtons gros.
La femme s’élance vers eux et s’écrie : « La Bolivarde ! la Bolivarde ! la Bolivarde ! » Je ne sais pourquoi. (Je crois qu’elle voulait dire la mort.)
Puis elle disparaît sous les manteaux des quatre hommes.
Alors je vois
Une bien jeune fille, à chevelure qui se balance et à larmes qui tombent, courir après la femme et lui crier en me désignant : « Mais, ma mère, qu’est-ce qu’il vous veut donc encore ? – Plus rien, répond la femme ; dis-lui que JE L’ABANDONNE. »
À ces deux mots, qui résonnèrent comme une grosse cloche d’église, je me réveille, et je vois, à la lueur de ma veilleuse :
Une longue ombre sans cheveux, à visage violet, avec des yeux blancs qui s’allongent. Elle se glisse, elle se glisse, et ses pas sont comme du fer qui frapperait sur du bois.
Et quelque chose ainsi qu’un bras roide me jette hors de mon lit.
Je cours à ma fenêtre. Je l’ouvre. Le jour donne ; donne quoi ? sa lumière. La chouette chante encore, mais plus loin de moi.
Je cherche la place que l’oiseau vient de quitter.
À cette place, qui est chaude, il y a une de ses plumes.
La chouette chante toujours, mais plus loin, plus loin :
Et cette plume a l’odeur qui m’étouffait dans mon rêve.
Si cela signifiait bien quelque chose, ce ne serait point un rêve.
Il y a quelques années, un désespoir tel que vous pourriez à peine l’imaginer, un désespoir muet chez les uns, tonnant chez les autres, accablait ou agitait tout ce qu’il y avait de vivant dans une maison d’une ville d’Italie.
Un enfant de vingt ans, frêle, pâle et blonde créature, courait de tous côtés, distribuant des consolations, suivant que ses convictions et son cœur les lui dictaient. En vain il était beau et suppliant, en vain il était entraînant et fougueux. Les mains qu’il cherchait à prendre se dégageaient ; les visages qu’il essayait de toucher du sien s’échappaient ; les corps qu’il voulait enlacer lui résistaient vivement, et les larmes qu’il désirait recueillir avec tant d’ardeur tombaient à terre avant que sa bouche eût pu se coller aux joues pour les arrêter.
Tout lui résistait, parce que tout l’aimait trop.
« Oh ! disait-il, vous ne me comprendrez donc pas ? Pourquoi m’avez-vous fait ainsi ? Si je ressens une tendresse douce comme tes cheveux, est-ce ma faute, dis, ma sœur ? Si dans mon sang il y a soif de ces grandes choses qui illuminent une âme jeune au point qu’elle croie que deux peuvent faire trois, est-ce ma faute, dites, mon père ? Dites, ma mère ? – Je ne suis faible qu’en apparence, voyez-vous ; j’ai de la force, je vous le jure, vous verrez ! Encouragez-moi seulement. Ne pleurez pas. Laissez-moi vous dire adieu, vous consoler et partir en paix. Mais je mourrai si cela continue. Je ne reviendrai pas. Et pourtant il faut que je m’en aille, ma pauvre mère. – Vous savez bien, mes trois chères âmes que vous êtes, que je veux donner un nom à ma famille ; qu’il m’est nécessaire, à moi, pour que mon sang coule heureusement dans mes veines, qu’on répète à mille voix : Le petit Alabrune n’a pas menti lorsqu’il a prétendu qu’il deviendrait grand. Écoutez ! chaque bouche rend son nom avec enthousiasme. C’est un cri bruyant qui pénètre jusqu’aux solitudes les plus cloîtrées, pour y porter l’étonnement le plus vrai, l’admiration la plus frénétique. – Et puis, nous retournerons en France, notre pays, que nous avons quitté pour de terribles causes. En France ! En France ! Toute ma vie tremble de joie à cet espoir. Veuillez donc bien m’entendre et ne pas toujours pleurer, grandes personnes que vous êtes, comme un enfant que je suis !
– Serait-ce possible ? Tu t’en vas ? Tu es décidé ? Toi, mon enfant si cher ! balbutia, parmi d’horribles sanglots, sa mère.
– Oui, mère que j’adore, oui, mère !
– Tu laisses ton vieux père au moment où il allait commencer à renaître par toi ?
– Oui, père que je bénis !
– Et ta sœur, mon cher, mon cher frère ?
– Oui, sœur que j’aime comme mes yeux. Mais ne vous inquiétez donc pas ! Je vous prie de ne pas vous inquiéter. »
Toutes ces paroles étaient déchirées et déchirantes ; et, par la raison que tout a une fin, excepté la bonté de Dieu, – après encore quelques luttes de bras et de larmes, Alabrune s’esquiva de la maison où étaient les trésors qu’il chérissait autant qu’on le fait d’une femme ; il s’en échappa, disons-nous, comme d’un brasier ardent. Porteur d’une valise qui ne renfermait que quelques vêtements et plusieurs manuscrits, il courut d’un trait à une voiture qui devait le conduire dans l’une des premières villes de la Lombardie, et s’y précipita comme un fou. Il voulait signer : « Alabrune, homme de lettres. »
Sa famille était une de celles après qui le malheur jette ses griffes à perpétuité. Elle avait failli dans des opérations de haut commerce, et, malgré qu’elle eût pleinement satisfait à l’honneur avec le plus sonnant de sa fortune, restant abandonnée, comme prévenue de frauduleuses manœuvres, elle se hâta de sortir de France, se promettant bien d’y revenir lorsque le monde qui la connaissait aurait examiné, approfondi les choses, s’il le voulait toutefois ; car trop souvent la Prévention cloue l’homme au malheur, et la Vérité, qui n’est pas recherchée, le laisse expirer au supplice.
Une autre cause était à mettre encore avec celle des fâcheuses affaires de cette famille pour motiver sa retraite en Italie : c’était la santé profondément attaquée de la mère et de la jeune fille.
Qu’on se représente l’image de quatre personnes dont deux femmes qui se meurent de chagrin et de maladie, un homme dont les cheveux sont blancs, qui les regarde avec frisson, et qui pense qu’il a un fils qu’il n’a plus, et enfin ce fils qui a la tête en désordre au point de ne pas apercevoir les laces pâles et creuses des deux femmes. Oh ! non ! non ! certainement il ne les a pas vues, ou il n’a pas mesuré, il n’a pas bien compris ce qu’elles indiquaient ; car il veut de la gloire, mais il veut la déposer aux pieds de sa mère, sur le front de son père, dans les bras de sa sœur. Bien sûr il ne sait pas tout, autrement il ne serait point parti ; son âme est purement, hautement noble, et la haute noblesse de l’âme peut quelquefois perdre l’esprit, mais elle conserve toujours le cœur. – Qu’on se figure donc la désolation des trois qui restent, l’enthousiasme de celui qui s’éloigne, – c’est-à-dire des maux faits et à faire. – J’aime mieux cela que d’en tracer le tableau, qui ne serait véritablement qu’une toile barbouillée, tandis que la Réflexion peut en dresser des scènes palpitantes.
Laissons errer comme des ombres les malheureux dont ce jeune insensé se sépare, et retournons à lui.
Il était seul dans la voiture ; mais lors même qu’il y eût eu de ces bruits qui cherchent à s’élever et à rompre celui des roues, il n’aurait point atteint ni dérangé le poète, qui ne pensait plus absolument qu’a une chose : à ces manuscrits contenus dans sa précieuse valise, qu’il regardait comme son coffre-fort et qui lui faisait craindre les voleurs.
Il avait conservé dans un portefeuille qui gonflait son cœur et sa poche quelques-uns des passages qu’il affectionnait le plus, qui lui paraissaient plus remarquables, mieux sentis, plus brûlants que ceux dont il avait consenti à se séparer. Il en ouvrait les feuillets avec plus de précaution qu’on n’en met à toucher un ciboire, et, comme si une odeur puissante ou une chaleur vive s’en fût échappée, son visage se frappait d’une étrange expression. C’était l’avare sur son trésor. Il s’arrêtait à chaque mot, à chaque phrase, les palpant des yeux et de la pensée comme un dévot roule dans ses doigts son saint chapelet en y attachant à chaque grain une prière. Et pourtant n’allez pas croire à son amour-propre ; non, il y aurait erreur, car, quoiqu’il pût déjà facilement composer en français et en italien, l’âme qu’il reconnaissait régner dans ses œuvres le montait au ciel, mais l’art qu’il n’y voyait pas vivre le rejetait lourdement sur la terre. Seulement il avait foi dans sa résolution de MOURIR ou d’ARRIVER. De là l’enthousiasme qu’il soufflait sur ses pages.
Depuis un mois et plus Alabrune parlait à sa famille de son irrévocable détermination ; celle-ci s’en inquiétait peu, traitant de folie ses avertissements. Elle fut donc tellement étourdie du coup qu’il lui asséna un matin, que le père oublia même de lutter jusqu’au dernier moment avec son fils, en courant sur ses pas, en se pendant à lui, en le menaçant, s’il ne sortait pas de la voiture, de se faire broyer par les chevaux. Mais, ce qui aurait sans doute effrayé un autre que lui, cela le fit sourire ; il se souvint que son fils ne devait tenir en poche que du papier de poète. « Alors il reviendra, se répétait-il, il reviendra. » Pauvre père, qui ne sais pas que, si ton fils est véritablement poète, il souffrira et ne reviendra pas. – À ton tour, pauvre fou, toi qui comptes avec délices tes feuilles écrites pour le théâtre, lorsque ta voiture s’arrêtera, qui le donnera la main pour en descendre, et après, de la nourriture et un lit ? Où est ta mère ? Elle est loin maintenant, ta mère ; et toi qui te réjouis d’être bientôt sur le théâtre du monde, – tu n’es pas au monde du théâtre. Pauvre Alabrune ! Pauvre Alabrune !
Après deux jours et trois nuits de voyage, pendant lesquels le poète dépensa le peu d’argent qu’il avait, et eut faim, – les chevaux s’arrêtèrent décidément ; la voiture était arrivée dans les cours de son administration.
Le cœur du jeune homme battait plus violemment que le flanc des chevaux lorsqu’on vint pour dégager le corps de la voiture. Il en sortit, et, après avoir exhibé un passeport en bonne forme qu’un ennemi de son père lui avait procuré, il se rendit dans les bureaux pour attendre qu’on lui apportât sa valise. Il était rouge et inquiet ; l’anxiété la plus grande le serrait de près.
Une voix se mit à dire : « M. Alabrune doit la somme de… » Un parti avait pris notre malheureux, qui se dépouillait de son habit qu’il déposa sur cette gueule de bois qui avance et engloutit la bourse des voyageurs.
Ce fut une surprise et un silence général.
Cependant la voix qui avait appelé continua : « Qu’est-ce que cela signifie, monsieur ?
– Mon action s’explique d’elle-même, répondit-il. À défaut d’argent, je vous offre du drap. »
Chacun pensa qu’il voulait plaisanter, et l’on se fâcha. Mais lorsqu’il affirma d’un air attristé qu’il ne jouait point avec l’administration, on s’empara de sa valise.
L’homme qui la saisit se crut étranglé. – Notre poète venait de jeter à sa gorge deux mains vigoureuses comme des tenailles d’inquisition.
La valise fut lâchée.
La gorge fut laissée.
Mais une force majeure advint qui visita la valise, et lorsqu’elle n’y eut vu que des papiers sous quelques mauvaises choses, on haussa les épaules en disant : « Vous pouvez vous retirer, monsieur l’auteur. »
En portant cette valise, le jeune poète sentit et entendit un craquement sur sa poitrine. Regardant à la hâte, il vit le verre cassé de sa montre dont il avait totalement perdu le souvenir et que personne n’avait pu remarquer non plus que lui, parce qu’aucune chaîne extérieure n’y était attachée. – Cet incident lui faisait baisser la tête, quoique continuant sa marche. Il se heurta donc contre une voiture, et sa main, pour le retenir, vint tomber sur la poignée de la porte d’un magasin d’horlogerie. Le choc ouvrit la porte, et dix minutes après l’auteur quittait le magasin sans sa montre, mais avec une assez bonne somme qu’avait produite un ouvrage revêtu de pierreries de grand-tante.
Il courut donc, paya son voyage et revint s’établir dans un modeste hôtel, bien résolu à n’écrire à sa famille que lorsqu’il sera heureux, c’est-à-dire lorsqu’il aura acquis le droit de mettre à la fin de ses lettres ce que nous avons dit qu’il voulait être.
La mère et la sœur du poète firent bien des démarches pour connaître ce qu’il était devenu, afin de correspondre au moins avec lui ; mais, mal secondées par leur mari et père, dont les intentions, se fortifiant de jour en jour, se résumaient à ce que son fils profitât d’une sévère leçon, les deux malheureuses femmes n’apprirent presque rien. – Le père, la mère, le fils, la sœur eurent bien souvent, croyez-moi, le désir de se donner des nouvelles, de se revoir, d’écouter leur langage plein de joie ; mais la décision prise des uns, et la faiblesse impuissante des autres, n’aboutirent qu’à un résultat d’absence complète qui amena à tous d’affreuses pensées dont nous ne reparlerons plus, crainte de les parodier.
Notre jeune poète arrivait le soir. Après avoir bataillé avec son hôte sur un règlement de dépenses pour sa vie de chaque jour, afin que l’argent de la montre sonnât le plus longtemps possible ; après, disons-nous, qu’on fût positivement d’accord sur tout point, notre poète se lesta de peu de chose et se jeta sur un lit, où ne dormant pas, à cause de sa trop grande fatigue et par conséquent de l’extrême irritation de ses nerfs, il se mit à caresser d’un bout à l’autre tous les bijoux de sa valise ; mais la fraîcheur du premier matin lui apporta quelque calme, quelque sommeil, et lorsque la cloche de l’hôtel lui ouvrit les oreilles et les yeux, il se vit enveloppé de draps vers, de comédies et de drames.
Alabrune s’habilla aussi vite qu’on ôte en scène-féerie une robe de moine on de vieille femme, descendit chez son hôte, s’informa du nom et de la demeure du directeur du grand théâtre. Comme il parlait à voix ordinaire, quelqu’un qui se trouvait près de lui s’avança et dit :
« Monsieur est auteur, sans doute ? Ce manuscrit ?…
– Monsieur, j’essaie de le devenir.
– Vous allez flétrir les plus beaux jours de votre âge dans d’effrayantes contrariétés.
– Monsieur, fut-il répliqué énergiquement, j’ai compris que, du moment où je prenais la plume, je l’aiguisais contre moi.
– Bien !
– J’ai compris les études à faire, les veilles et les privations à supporter, l’envie à déjouer, l’intrigue à rompre, la cabale à briser, – et le front à porter haut, quoi qu’il arrive, – après modestie, temps, patience, politesse et honneur. – Oui, monsieur, j’ai compris tout cela.
– Vous êtes bien jeune pourtant, mais c’est très bien. »
Et l’interlocuteur se moquait.
