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« Nathalie m’attend devant la télé. Je suis content qu’elle soit là ce soir, malgré mon envie de solitude. J’enlève ma veste lorsqu’un détail me revient. L’enveloppe que l’infirmière m’a donnée est toujours au fond de ma poche. Hésitant, je la prends et l’ouvre. Elle ne contient qu’un petit mot, une adresse. Je me sens d’abord déçu, presque trahi. Ensuite, le nom du propriétaire retient mon attention ».
Ce court roman dévoile la vie tumultueuse de nombreux jeunes adultes d'aujourd'hui, qui, de plus en plus souvent, doivent se construire dans l'ombre de drames familiaux, émaillés de séparations, de deuils, de paroles ou de gestes violents. L'histoire raconte l'évolution de Thomas, adolescent révolté, qui atteint la maturité en réalisant que l’amour authentique se révèle parfois de manière inattendue…
Le récit est suivi de trois nouvelles de la même auteure.
- Le mauvais reflet : dans le miroir offert par sa grand-mère, Eve découvre sur sa lèvre le grain de beauté de Candice, sa sœur décédée qui l’invite à la rejoindre…
- Seul : Gabriel essayait ses propres bandes-dessinées dans lesquelles il tenait toujours le rôle principal. Mais il n’en finissait aucune : il n’était pas un héros…
- Reviens : Mélanie et Ilian, embarqués dans une intrigue délicate : la fidélité malmenée par la rencontre de l'amour véritable. Drame ou réconfort ?
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Seitenzahl: 113
Veröffentlichungsjahr: 2014
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Notre amour infini
Laure, notre fille chérie, notre princesse, notre seule enfant, amour de notre vie, est décédée le 9 mai 2012, à l’âge de 16 ans. Elle a été étranglée par son petit ami, mineur lui aussi au moment des faits. Isabelle et moi faisons route pour traverser cette douleur insupportable. Notre vie s’est effondrée.
Laure était la vitalité même. Dès son plus jeune âge, elle s’est montrée d’une sociabilité étonnante. Toute sa vie, elle fut fidèle à ses premières amies rencontrées à la crèche et à l’école maternelle, et qui sont devenues des complices indéfectibles. À l’école primaire ensuite, elle a surpris plus d’une de ses institutrices. Car elle adorait apprendre, découvrir, s’appliquer, participer à tout.
Année après année, Laure est devenue une élève talentueuse. Non pas soumise, mais avide d’instruction et d’apprentissages. Elle voulait comprendre « pourquoi » et confrontait ses opinions ; elle avait confiance dans ses professeurs mais réclamait toujours d’eux qu’ils expliquent leur expérience et justifient leur savoir. À priori, un vrai bonheur pour qui se consacre à l’éducation et souhaite « transmettre ». Laure était toujours preneuse mais affirmait sa personnalité hors du commun.
Sur le plan affectif, Laure fut une amoureuse précoce. Spontanée et entière, elle faisait tourner la tête, avec son regard vif et cet art consommé de séduire et d’être séduite. Sur la plupart des photos que nous gardons d’elle, son sourire et sa joie de vivre sont omniprésents. Laure voulait être heureuse et le montrait. Elle n’a jamais failli devant une amie ou un ami dans le chagrin ou le mal-être.
Singulièrement, Laure était éprise de littérature. Il lui aurait fallu plus de temps pour s’accomplir pleinement dans cet art. Elle avait beaucoup de choses à nous dire.
À 14 ans, elle a écrit son premier roman, un récit familial sur la maturation d’un adolescent sur fond de divorce parental. Trois nouvelles ont suivi, écrites durant les deux dernières années de sa vie. Laure se destinait aux études littéraires. Elle voulait devenir écrivain et travailler dans l’édition. Passionnée, intelligente et lumineuse, elle était soucieuse d’autonomie. Elle rêvait de l’avenir. Impatiente de tout. Laure aimait la vie, aimait les autres et partager les vies des autres.
Tout ce que nous avions, Isabelle et moi, lui était destiné. Que pouvions-nous en faire, dès lors qu’elle était partie pour toujours ? En souvenir d’elle, nous avons créé une Fondation à son nom et en sa mémoire. Elle doit servir à aider d’autres jeunes auteurs, passionnés de belles-lettres. Son but est de stimuler la création littéraire et artistique chez les jeunes de 14 à 18 ans accomplis.
Les adolescents d’aujourd’hui sont le ferment du monde de demain. Tous ceux qui viennent nous rendre visite ou nous écrivent depuis le tragique événement nous touchent profondément. Nous sommes éblouis par leur authenticité et leur spontanéité. Ils tentent avec douceur et déférence de nous réconforter.
À demi-mot, ils nous demandent aussi de l’aide : que nous ayons la force et le courage de survivre à ce drame impensable, que nous puissions encore leur transmettre la confiance dans la vie, les encourager à prendre des risques, à aller de l’avant, à devenir indépendants, et à oser aimer ailleurs que dans la famille.
La communication écrite peut confiner à l’art. Ce n’est pas seulement un don, c’est souvent simplement un besoin de dire et de construire le monde. Et l’art des adolescents est un art brut, sans concession.
Expression des questions existentielles teintées d’espoir, de solitude, de tendresse et d’invention sincère. Que ce soit une nouvelle, un roman, des poèmes ou du slam, écrire à 14 ou 18 ans est un miracle de la vie.
Paris Match disait qu’une photo vaut 1.000 mots. Encore fautil préciser qu’un seul mot peut valoir 1.000 images, et que plusieurs mots articulés ensemble en représentent des milliers.
Une vie réussie, c’est un rêve d’adolescent accompli. Un adolescent qui se cherche entrevoit son avenir. Celui qui se révolte est beaucoup moins inquiétant que celui qui se résigne. Tous les adolescents ont des secrets, tous doivent partir un jour et quitter leurs parents. Tous ont besoin de créer, d’inventer…
Écrire à l’adolescence, c’est dire et s’exprimer, mais c’est aussi se projeter dans le futur, imaginer une histoire, parfois son histoire, et surtout plonger dans la communauté des humains.
D’autres formes d’expression existent. Laure avait choisi la littérature.
En son nom, en hommage à sa joie de vivre, en souvenir de la force qu’elle a semée autour d’elle, nous voulons aider d’autres jeunes qui nourrissent les mêmes désirs. Désir de vivre, d’aller plus loin, de devenir adulte.
La Fondation Laure Nobels sera alimentée par notre patrimoine personnel, par un réseau d’amis et de connaissances et par d’autres généreux donateurs.
Ensemble, durant plusieurs années, nous espérons pouvoir révéler de nouveaux talents et, avec la complicité des Éditions Memory, populariser cette Collection « Jeunes Auteurs ».
Mais des parents ‘désenfantés’ comme nous ont quelque chose de beaucoup plus important à donner que de l’argent.
Cette enfant qui nous a quittés en mourant sans le vouloir – qui plus est, à cause d’un acte d’une violence inouïe – nous laisse avec un immense amour qui nous submerge, car nous ne pourrons plus jamais le lui donner.
C’est comme si, tout à coup, nous entrions en possession de milliers d’hectares de terrain impossibles à cultiver : ni fleurs, ni légumes, ni fruits, ni arbres, aucune nature foisonnante, aucun oiseau, ni faune, ni flore, aucun promeneur, aucun rire d’enfants qui jouent à cache-cache.
Simplement de la terre en friche.
Il faut donc semer cet amour, le léguer avant qu’il ne soit trop tard, le transformer.
Aider, passer le relais, donner du sens et du plaisir (de l’écriture ou de la lecture, selon le point de vue où l’on se place), faire un peu plus pour l’éducation, pour l’ouverture d’esprit, pour l’émancipation des jeunes.
Laure, c’est notre amour infini. Ses baisers nous manquent, ses doux cheveux, son regard bleu azur, sa délicatesse, sa douceur, sa générosité, sa vivacité, sa beauté, ses mystères, ses questions et sa connivence.
Une partie de nous s’en est allée à jamais.
Une partie d’elle restera pour toujours.
Puisse l’amour être plus fort que la mort.
Rixensart, le 6 janvier 2014.
Isabelle et Claude Nobels-Blockmans
Roman
Laure Nobels a terminé cette histoire en 2010, à l’âge de 14 ans.
Je sors de la pièce blanche. Les larmes aux yeux, j’avance lentement dans ces couloirs que je déteste tellement. L’hôpital. L’odeur et les posters du corps humain sur les murs suffisent à me donner la nausée. Je me retourne, une dernière fois, avant de monter dans l’ascenseur. La vue de la porte ouverte de la chambre 228 me fait baisser la tête et, triste et malheureux, j’appuie sur le bouton -1. Je suis venu voir ma grand-mère. Celle dont j’avais été si proche pendant deux ans de ma vie. Quelle époque ! Je n’avais jamais eu autant besoin de quelqu’un, et seule Annie avait été là pour moi. J’ai maintenant 20 ans, presque 21. Il y a huit ans, mes parents ont traversé… une crise. Je suis tombé bien bas. Ma mère voulait absolument que j’aille me confier à un psychologue mais je n’étais pas d’accord. Je ne me considérais pas comme fou. C’est alors qu’Annie entra en jeu. La mère de mon père, veuve, avait emménagé chez nous pour me remettre d’aplomb. Au début, je ne voulais pas y croire. Je restais dans ma chambre, à écrire des poèmes déprimants ou l’une ou l’autre rubrique pour le journal de l’école. Rien de bien passionnant. Je me souviens de ce jour, quand grand-mère est arrivée dans ma chambre en claquant la porte.
– Thomas Alphonse Nathan Van Cutsom ! Que fais-tu dans ta chambre par un temps pareil ?
J’ai levé les yeux au ciel. Ce genre d’entrées, je les avais vues dans les films quand j’étais petit, ce n’était pas ça qui allait me faire bouger.
– Laisse-moi, grand-mère.
Je n’avais pas le droit de l’appeler Annie devant elle. Elle voulait absolument que la hiérarchie de la famille soit respectée.
– Non, jeune homme, ce n’est pas parce que tu t’estimes grand écrivain que je vais te laisser te morfondre dans ta chambre ! Ouvre tes fenêtres, vampire, et viens avec moi tout de suite.
J’ai soupiré un bon coup pour qu’elle comprenne qu’ici, c’était mon territoire. Je n’allais pas la laisser me distraire alors que j’étais plongé dans un livre. Je l’ai défiée des yeux, confiant. J’étais sûr de moi au moment où l’on a entendu des cris. En une fraction de seconde, des bruits d’éclats de verre ont éclaté. J’ai ouvert les yeux, terrifié. Du haut de mes douze ans, j’avais trop de fois entendu ce bruit. La troisième guerre mondiale éclatait en bas et je ne comptais pas y assister. Je me suis rué sur la porte, enfermant Annie avec moi, avant d’enfouir la tête dans mes mains. Je n’en pouvais plus. Elle s’était assise à côté de moi, sur mon lit. Sa main a caressé mon dos, une odeur a envahi mes narines.
– Que se passe-t-il en bas, Tommy ? m’a demandé Annie.
– Tu n’as pas deviné ? ai-je répondu avec agressivité. Mes parents s’arrachaient les yeux en bas et elle me posait des questions aussi stupides. J’ai relevé la tête, voulant lui montrer que j’étais fort. Elle a secoué la sienne et m’a attiré contre elle. Cet élan de tendresse m’a surpris, je n’y étais pas habitué. Nous sommes restés dans cette position jusqu’à la fin des cris. Cela a duré environ une demi-heure. Mais pendant tout ce temps, je me suis senti presque bien.
Voila comment nous débutâmes notre relation. Pas très amusant, mais sans ça, je pense que nous en serions toujours au point mort. Annie m’a demandé à quelle fréquence ces disputes se produisaient et je lui ai répondu la vérité : souvent. Trop souvent. Elle a ouvert grand les yeux. Il était temps qu’elle intervienne. C’est d’ailleurs ce qu’elle fit. Grâce à elle, la vie fut plus facile. Ensuite mes parents ont divorcé et l’ambiance s’est calmée. Annie est partie…
Je me rends compte que j’ai oublié un nom important dans la brève description de mon enfance : Linda. Ma grande sœur fut très peu présente dans les moments difficiles, mais je me rappelle, étant petit, qu’elle me racontait des histoires avant de m’endormir et que je l’admirais beaucoup. Avant l’arrivée d’Annie, elle fut un peu la mère que je n’avais jamais eue. Est-ce la dévotion de notre grand-mère qui l’a métamorphosée ? Qui l’a rendue vide ? Je me le demande encore. Comment ma sœur a-t-elle pu sombrer à ce point ? Elle qui était si joyeuse… Je ne la voyais plus de la journée. Soit elle était dehors, avec des amis douteux, jusque tard dans la nuit, soit elle était dans sa chambre sur son ordinateur. Elle a trois ans de plus que moi. Pour vous dire qu’aujourd’hui, elle est déjà mariée, divorcée et maman. Oui, ça peut paraître jeune, à 24 ans, mais ma sœur a été désorientée pendant un bout de temps. Pendant que moi je me relevais, elle déclinait. La pire conversation que j’ai jamais eue avec elle a eu lieu le jour de son mariage avec Mathias… un crétin ! Je prenais ma première grosse cuite ce jour-là, je n’étais pas très beau à voir. Je me serais abstenu de dire de telles choses si j’avais été sobre.
– Comment trouves-tu la fête ? m’a demandé ma sœur en fin de soirée.
– J’aurais peut-être aimé si…
– Si quoi, Thomas ? Tu m’énerves. Tu veux toujours gâcher mes moments de joie. Je suis heureuse là, tu ne le vois pas ? Pourquoi, rien qu’une fois, ne pourrais-tu pas être content pour moi ?
– Comment veux-tu que je sois content pour toi alors que je suis en train de contempler la pire erreur de ta vie ? lui ai-je répondu, un rien trop agressivement. Surtout si l’on tient compte du fait que mon nouveau beau-frère était présent…
– Comment oses-tu ? Ma sœur s’est levée, prête à bondir pour me gifler. Ma mère s’est interposée et m’a renvoyé chez moi en taxi. Ce fut la dernière fois que je parlai à ma sœur.
Bien entendu, elle et moi avons beaucoup de bons souvenirs ensemble. Comme cet après-midi à la plage… Une photo est encore accrochée au cadre de mon lit. Chaque fois que je la vois, le sentiment de bonheur et de liberté ressenti lors de cette journée m’envahit et je ressens comme un pincement au cœur. Annie nous avait enlevés de nos chambres respectives pour passer une journée à la mer. À cette idée, Linda et moi n’étions pas très enthousiastes, on se demandait si elle était consciente qu’on n’était plus des gamins. Mais j’ai passé une des meilleures journées de toute ma vie. Nous étions retombés en enfance, nous amusant comme deux gosses ! Avec ses lunettes mouche relevées dans ses cheveux châtains presque ensablés, Linda était magnifique ! J’étais également à mon avantage, les joues colorées par la journée.
J’aimerais beaucoup reprendre contact avec ma sœur. Mais pas aujourd’hui. C’est juste une autre chose à ajouter sur la liste de tout ce que je dois faire. Autant vous dire qu’elle est longue.
