Tourbillons Bleus - Aurélie Duplan - E-Book

Tourbillons Bleus E-Book

Aurélie Duplan

0,0

Beschreibung

Un monde idéal : pas de surpopulation, pas d'attentats, peu de maladies, plus aucune guerre…

Raïsse vit le parfait amour avec Will. Sa vie est déjà toute tracée, elle ne pourrait rêver mieux. Mais le bonheur ne dure jamais éternellement…

Que faire lorsque, soudain, de mystérieux tourbillons et des créatures étranges plongent le monde dans le chaos ?

Aidée de nouveaux amis, Raïsse va tout faire pour survivre, mais chaque jour est une bataille. Rien ne sera jamais plus comme avant, le monde a changé, les gens ont changé.

Y a-t-il un espoir de sauver son peuple ?

Seul l'avenir nous le dira.


Après le succès du premier volume, l'auteure nous offre une nouvelle plongée dans son univers fantastique et dystopique en suivant un nouveau groupe de héros aux aventures palpitantes.


À PROPOS DE L'AUTEURE


Aurélie Duplan écrit depuis toute petite. Encouragée par ses parents, elle commence par écrire des nouvelles ; courtes au début, puis de plus en plus longues. Elle fait des études d'ingénieur. C'est en entrant dans la vie active qu'elle trouve le temps d'écrire son premier roman, Tourbillons Violets. Heureuse maman d'un petit garçon, elle jongle entre famille, travaux et écriture. Depuis peu, une nouvelle aventure commence : elle a démissionné pour se consacrer à sa passion.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 354

Veröffentlichungsjahr: 2022

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN Papier : 978-2-38157-258-1ISBN Numérique : 978-2-38157-259-8

Dépôt légal : 2022

© Libre2Lire, 2022

Aurélie DUPLAN

Tourbillons Bleus

Roman

À ma sœur :J’ai adoré lire la fierté dans ton regard lorsque je t’ai montré mon premier livre. Celui-ci est pour toi, j’espère qu’il te plaira.Je t’aime soeusoeur !

À toi, mon amour :Notre amour fut une source d’inspiration pour les premiers chapitres de ce roman.Je t’aime pour la vie !

Avant-propos

J’étais heureuse. Ma vie se déroulait magnifiquement bien depuis plusieurs années. J’avais rencontré l’homme de ma vie, un homme merveilleux, aux petits soins pour moi. Jamais je n’aurais osé espérer un si parfait amour. Il était beau, intelligent, tendre, aimant, attentionné. Au bout de plusieurs années de vie commune, je cherchais encore ses défauts. Tout me plaisait en lui.

Nous avions de beaux projets. Nous allions nous marier. Ma robe était choisie : une magnifique robe de princesse. Me marier n’avait jamais été une priorité, jusqu’à ce que je le rencontre. Je voulais lui appartenir, qu’il m’appartienne. Je voulais que le monde entier reconnaisse notre amour. Et pour cela, je comptais utiliser toutes les démonstrations d’amour existantes. Après le mariage, nous devions acheter une maison à la campagne, avoir un bébé. Continuer le plus simplement du monde notre vie était notre seul souhait.

J’ai toujours eu peur de ce bonheur. Comme si être aussi heureuse n’était pas permis. Les épreuves, les déceptions, la douleur, les pertes sont présentes dans la vie de chacun. Depuis quelque temps, il n’y en avait pas dans ma vie, tout était parfait, trop parfait ! Et je sentais que le malheur finirait par revenir, mais multiplié par dix.

J’étais très loin de la réalité.

Chapitre 1

Date : 17 Fleurimus (J-10)

J’ouvre les yeux. Au-dessus de moi, je vois les dorures du plafond. Le soleil se reflète dessus. Je me sens bien, extrêmement bien. Le sourire que j’affiche n’a pas quitté mon visage une seule seconde depuis la veille. Ça y est, nous sommes mariés ! Je me tourne vers mon cher et tendre. Qu’il est beau ! Sa joue droite appuyée contre l’oreiller, il a l’air si calme, si serein. Je détaille son visage, ses traits, ses cheveux, ses lèvres. Tout me plaît.

Il ouvre les yeux à son tour et me sourit.

— Ça fait longtemps que tu me fixes comme ça ?
— Non, à peine quelques minutes.

Il s’allonge sur le dos et ouvre les bras. Je me glisse contre lui pour l’enlacer, posant ma tête sur son torse, une jambe par-dessus les siennes et un bras autour de lui. Il resserre ses bras sur moi. Je ne veux plus jamais quitter cette étreinte.

— Et si on restait là toute la journée ?

Il attrape son swip1 pour regarder l’heure.

— Je suis désolé ma chérie, mais si l’on ne rejoint pas tout le monde d’ici quelques minutes, ta mère va venir nous chercher.
— Oh non !

Je remonte la couverture au-dessus de nos têtes. Je ne veux pas quitter cette chambre, je veux rester seule avec mon mari.

— Il est quelle heure ? Il est si tard que ça ?
— Regarde par toi-même. Et vu que j’ai des messages vocaux, je pense qu’on nous attend.

Tout en me passant son swip, il couvre mon cou de baisers. J’appuie sur le bouton permettant à l’écran de s’éclairer. Les symboles s’affichent, à mon grand désarroi 06 : 36. Le soleil est levé depuis plus d’une heure.

Will m’embrasse encore, remontant le long de ma mâchoire pour arriver à ma bouche. Il me dévore. Son corps se serre contre le mien. J’ai envie de lui, plus rien ne compte, je veux tout oublier : l’heure, les obligations, les autres… Mais toutes ces choses ne nous oublient pas, elles. Le swip vibre, je sursaute. Le nom de ma mère s’affiche. Nous nous écartons l’un de l’autre à regret, en soupirant. Mon amour appuie sur le bouton du bracelet et une voix en sort :

— Bonjour les enfants, allez, fini de dormir. Les invités commencent à arriver.
— Maman…
— Non, Raïsse ! Vous devez être là. Dès ce soir, vous partez en voyage, vous aurez tout le temps d’être tous les deux. Si vous n’êtes pas là dans cinq minutes, je viens vous chercher !

Elle raccroche, je soupire. Je suis mariée, certes, mais rien à faire, mes parents nous traitent encore comme des enfants, et ce sera ainsi jusqu’à ce que nous ayons des enfants à notre tour. Dans ce monde, seul fonder une famille a vraiment de l’importance, et ce n’est qu’à cet instant que l’on devient l’égal de nos parents.

Nous nous dirigeons vers la salle de bain pour une toilette sommaire. J’attache mes cheveux en chignon. La mode est aux cheveux courts, je porte les miens longs. Les filles les plus branchées les teignent dans des couleurs que je trouve atroces. Moi j’aime ma couleur naturelle : un magique blond vénitien.

J’enfile ma tenue du jour : une combinaison short rose pâle, presque blanche. Je me fixe dans le miroir, mes grands yeux violets m’étonneront toujours. Will se glisse derrière moi. Il pose sa tête sur mon épaule et m’entoure de ses bras. Il n’est certes pas très musclé, mais je me suis toujours sentie en sécurité près de lui. Je le détaille. Ses cheveux brun très foncé sont parsemés de cheveux blancs. Ses yeux sont tellement noirs qu’on ne distingue pas leurs iris.

— Tu veux que je t’aide à mettre ta ceinture ?

Il attrape la ceinture dorée à laquelle est accroché un voile. Il la fixe sur mes hanches, ses mains s’y attardent. Je pose mes mains sur les siennes et caresse du bout du doigt son bracelet, symbole de notre amour, pour toujours.

— Il va réellement falloir y aller.
— Je sais, mais tu es tellement belle.

Je souris. J’ai vraiment épousé l’homme le plus formidable du monde. Après avoir échangé un dernier baiser passionné, nous sortons de notre suite nuptiale.

*

Le grand escalier en colimaçon nous amène dans le vaste hall où nous avons dansé la veille. Nous le traversons, une fois encore émerveillés par la beauté des lieux. Il n’y a rien à dire, j’ai eu un mariage de princesse. Bien mieux que ce que décrivent les contes d’humains.

Nous arrivons dans l’immense parc, main dans la main. Effectivement, bon nombre d’invités sont déjà là. Ma mère s’empresse de nous rejoindre en haut des quelques marches qui nous séparent du reste du monde.

— Bien dormi ?
— Oui maman, merci.

Je l’enlace. Elle est heureuse pour nous. Et elle veut que le monde entier soit au courant de notre bonheur, même les grands-oncles et tantes dont je n’ai jamais entendu parler. Will me laisse pour retrouver ses parents. Ma mère me guide vers tante Fleuria, que je ne connais que de nom.

— Fleuria, tu te souviens de Raïsse ?
— Oh, mais effectivement ! C’est une vraie femme maintenant. Tu étais si petite la dernière fois que je t’ai vue.

Je dois faire un gros effort pour ne pas soupirer et ne pas lever les yeux au ciel. Je ne veux pas embarrasser ma mère, elle s’est tant donnée pour ce mariage : autant financièrement que par elle-même. Et je n’ai pas été facile à gérer les quelques jours qui ont précédé le mariage. Mais elle a su rester calme et me canaliser.

Je détaille cette tante dont je ne sais rien. Au vu de sa coupe de cheveux courte et ultra sophistiquée, elle tient à suivre la mode. Ses oreilles ont été refaites, leur pointe naturelle a disparu et l’arrondi est beaucoup trop parfait.

La femme d’âge mûr sourit de toutes ses dents et se redresse autant que possible, bombant le torse :

— Tu as remarqué mes nouvelles oreilles ? Je les ai fait refaire il y a quelques mois. Elles sont magnifiques, n’est-ce pas ? On dirait celles des humains des contes de mon enfance.
— Oui, elles sont magnifiques, s’empresse de répondre ma mère.

Certes, je peux faire des efforts, mais il ne faut pas me demander une lune non plus. Je ne comprends pas cette volonté de déformer ce que la nature nous a donné. Je remercie ma mère du regard, je ne sais pas mentir. Fleuria, encore plus enorgueillie, reprend :

— C’est dommage que vous n’ayez pas fait refaire les vôtres, j’ai vu vos photos de mariage, on ne voit que ça dessus. Pourquoi ne pas les avoir fait refaire avant ? C’est une opération sans douleur, rapide et peu onéreuse…

Je suis sur le point de perdre mon sang-froid. Qui est-elle pour me dire ce genre d’absurdité ?! Heureusement pour tout le monde, mon père intervient :

— Fleuria ! Je suis désolé, mais je dois vous ravir ma charmante fille et mon adorable femme. Un toast nous attend.

Mon père passe ses bras autour de nos épaules, et nous guide vers le buffet.

— Merci, j’étais sur le point de lui faire bouffer son foulard !
— Désolé ma puce, ce n’est pas la personne la plus agréable de la famille.
— Sérieux, mais comment peut-on déformer son visage comme ça ?!
— C’est la mode, que veux-tu. Certains elvers veulent ressembler aux personnages des contes…
— Mais c’est n’importe quoi. D’abord les oreilles, et après quoi ? Les doigts ? Parce que dans les contes, les humains n’en ont qu’alpha2. Ces gens vont s’en faire couper un à chaque main ?
— Oui, c’est vrai. Tu imagines, Fleuria avec cinq doigts… elle ne pourra plus compter jusqu’à dix…

Nos regards se croisent et nous explosons de rire. Cette tante n’a pas l’air d’une grande érudite. Ma mère lève les yeux au ciel, mais son sourire me fait comprendre qu’elle partage notre pensée. Je rejoins Will et nous portons un toast.

La nourriture et l’alcool sont servis en abondance jusqu’à la nuit. La fin de soirée arrivant, je réussis à m’éclipser avec mon époux. Nous nous asseyons sur un banc pour observer le coucher de soleil. La tête sur son épaule, je regarde cette énorme boule de feu orange disparaître de l’horizon. Les deux lunes bleues viennent remplacer l’astre brûlant dans le ciel. Au loin, nous entendons nos invités partir.

Il est l’heure pour nous d’y aller. Dans la nuit noire, nos familles nous accompagnent aux tubes de transport. Nous nous allongeons côte à côte dans un caisson, sur un matelas suffisamment confortable pour notre trajet. Les faibles lumières du tube transparent nous permettront de ne pas être claustrophobes lorsque le caisson plongera sous terre pour nous emmener à bonne destination.

Les ceintures de sécurité nous encerclent. Nos yeux se ferment. Mieux vaut mettre ce temps de transport à profit pour dormir. Le tube se met lentement en position verticale et plonge sous terre. Il accélère petit à petit, traversant les galeries de plus en plus vite. Bercés par le léger bruit des rails, nous nous endormons.

Chapitre 2

Date : 18 Fleurimus (J-9)

La capsule s’est arrêtée. J’ouvre les yeux, enfin j’essaie. Après être restés aussi longtemps dans l’obscurité, mes yeux souffrent un peu du soleil éclatant. Je sens Will remuer près de moi.

— Ah ! C’est pas trop tôt ! Je ne me ferai jamais à ces tubes.

Je n’ai pas le temps de lui répondre que moi non plus, je ne suis pas fan de ce moyen de transport, la capsule s’ouvre et nous sommes accueillis par le chant des oiseaux. Un homme se tient en face de nous. Il semblerait que le caisson soit en position verticale, nous pouvons sortir.

Je détache nos ceintures de sécurité. Will quitte le tube en premier, ses genoux vacillent un peu lorsqu’il met pied à terre. Il m’aide à sortir et c’est avec un plaisir non dissimulé que je laisse mes jambes se dérober pour qu’il me maintienne de ses bras si tendres. Même cet instant est magique avec lui. Lorsque je suis près de lui, je suis capable d’oublier le reste du monde.

— Bienvenue à l’île Parfaite. Je suis Kiwa, votre guide. Si vous voulez bien me suivre, je vous conduirai à votre chalet.

Nous sommes obligés de reporter notre attention sur l’homme qui nous parle. Il est grand, très grand et très musclé. Il porte une tenue décontractée, un short et un débardeur. Il faut dire qu’ici, il fait chaud. Pour la première fois depuis l’ouverture du caisson, je regarde autour de moi. Je découvre un paysage magnifique. Nous sommes à quelques mètres du bord de l’eau, sur un sable blanc immaculé. L’eau est d’un bleu turquoise et d’une transparence à me faire tourner la tête. Cet endroit me fait rêver depuis mon enfance, et voilà que j’y suis. Ma vie est parfaite !

— Nous ne sommes pas pressés. Si vous le souhaitez, vous pouvez aller vous mouiller les pieds quelques instants.

Il n’a pas besoin de me le répéter deux fois. Je prends la main de Will et cours en direction de cet océan d’eau pure. J’ôte mes chaussures à la va-vite et m’apprête à entrer dans l’eau lorsque Will me retient.

— Attends un peu. Ton voile va être trempé.

Il passe son bras autour de ma taille et décroche la ceinture de ma combinaison. Il étale ensuite le voile sur la plage, retire ses chaussures et remonte son pantalon jusqu’aux genoux. Notre guide s’assied dans le sable, zen. Ici, nous pourrons décompresser aisément.

Will m’attrape la main et me tire vers l’océan. Nous entrons dans l’eau tiède. C’est tellement agréable. Elle est si douce, si cristalline. J’ai de l’eau jusqu’au-dessus des genoux déjà. Si j’avais mis mon maillot de bain avant de partir, j’aurais pu me baigner tout entière.

Je vois mes pieds très nettement à travers l’eau. De petits poissons viennent fouiller le sable que je remue avec mes orteils. Ils sont beaux, colorés, et inoffensifs. Je plonge mes mains dans l’eau. Les pierres bleues de mon bracelet de mariage scintillent. Je me redresse et fais face à la plage. Derrière elle se trouve une forêt dense et verte. Les arbres atteignent des hauteurs vertigineuses. Je vois de petits oiseaux voler entre les branches. Je jette un regard à Will, lui aussi est fasciné par tant de beauté. À cet instant, je réalise une nouvelle fois la chance que j’ai. Mon univers est vraiment parfait et je prie pour que cela reste ainsi. J’espère véritablement que mon peuple et les générations à venir continueront de prendre soin de notre planète. Les contes sur les humains sont là pour nous mettre en garde. Il faut prendre soin de la nature, la respecter et elle nous respectera. Si l’on était dans unde ces contes, je ne verrais pas mes pieds, il n’y aurait pas autant d’oiseaux en face de moi, ou leur chant serait couvert par le bruit des avions. Des déchets flotteraient sûrement sur l’eau et joncheraient aussi la plage. Cette forêt n’existerait peut-être plus. Un frisson me parcourt. Heureusement, ce ne sont que des contes pour faire peur aux enfants. Je glisse mes mains dans l’eau claire et la ramène sur mon visage, elle est si pure que je ne peux m’empêcher de me lécher les lèvres.

Le vent se met brusquement à souffler. J’écarte les cheveux de mon visage et lève la tête vers le ciel pourtant radieux, pas un nuage à l’horizon. Le guide sur la plage nous crie de nous retourner. Il semble sur le point d’exploser de rire. Avec un peu d’appréhension, nous nous retournons. Je me retrouve face à face avec un oiseau immense. Il doit faire trois fois ma taille et n’est qu’à quelques mètres de moi. Son plumage est d’un châtain doré qui brille à la lumière du soleil. Il a une crête blanche au-dessus du crâne. Son bec est assez court en comparaison de sa taille. Et ses yeux sont vert émeraude. Son regard est intense et il me fixe.

Une nouvelle bourrasque me force à fermer les yeux quelques instants. Lorsque je les rouvre, l’oiseau n’est plus qu’à un mètre de moi. Will aussi s’est rapproché. Et même s’il semble également émerveillé par ce rapace, il n’en oublie pas de me protéger. Je continue de détailler cette merveille de la nature. Il a quatre ailes ! Il s’amuse à faire virevolter l’air autour de nous avec ses deux ailes avant, créant les bourrasques que nous avons senties. Ses deux ailes arrière ont l’air de lui permettre de maintenir sa position. Il est presque totalement immobile en face de moi. Mes yeux s’ouvrent encore plus grands lorsque je me rends compte que j’ai en face de moi un animal mythique.

— Un glyphon…

Ma voix est un murmure. L’étrange oiseau me répond d’un petit piaillement et s’envole au-dessus de moi, sans qu’un seul brin de vent ne touche mon visage. Il s’élance vers la forêt et disparaît en une fraction de seconde.

Le guide nous fait signe de revenir sur la plage. Je prends la main de Will, tout aussi impressionné que moi.

— C’était magnifique, hein ?
— J’ai toujours rêvé de venir ici, mais je ne pensais pas voir un glyphon. Et encore moins juste après notre arrivée.

Il passe son bras autour de ma taille et serre ma hanche contre la sienne. Il dépose un baiser sur mon front.

— C’est parce qu’il se devait d’être là pour accueillir la plus belle femme de la planète.

Je m’écarte un peu de lui en rigolant et essaie de lui chatouiller les côtes. Ça ne marche pas, évidemment, car il est beaucoup plus fort que moi et m’immobilise rapidement. C’est avec des papillons plein les yeux que nous rejoignons notre guide.

— Kiwa, c’était bien un glyphon ?
— Oui madame, c’était bien un glyphon.

Je ne suis pas habituée à ce que l’on m’appelle madame. Et je ne peux m’empêcher de grimacer légèrement. C’est alors que mon mari dit :

— Appelez-nous Will et Raïsse, s’il vous plaît. Je crains que ma femme ne soit pas prête pour les « madame ».

Kiwa sourit et nous fait signe de le suivre vers son véhicule. Nous attrapons nos chaussures et ma ceinture, et courons le rejoindre. Je m’assieds devant et Will derrière. La jeep se soulève sous la force de l’air comprimé et se met à avancer le long de la plage.

— Je ne pensais pas qu’il était possible de voir des glyphons.
— Oui, avant c’était très rare. Généralement, ils ne vivent pas dans les îles habitées. Ils vivent surtout là-bas.

Il tend son doigt vers l’horizon et je distingue une île verdoyante.

— Alors pourquoi celui-ci est-il venu nous voir ?
— En fait, depuis quelques jours, ils sont des centaines à avoir quitté leur île et à s’être installés dans les forêts alentour.

Une légère appréhension envahit son visage.

— Et vous savez pourquoi ?
— Non, c’est ce qui nous inquiète. Mais vous, vous êtes en vacances, alors ne vous souciez pas de ça.

L’île verdoyante accapare mon attention. Je ne la quitte pas des yeux, jusqu’à ce qu’elle sorte de mon champ de vision.

Nous finissons par arriver face à une sorte de chalet en bois clair. Des voiles servent de rideaux aux fenêtres, des feuilles de palmiers recouvrent le toit. La terrasse possède une avancée qui finit dans l’eau. Je trouve les lieux charmants. Nos chaussures à la main, nous descendons du véhicule. Je sens aussitôt la chaleur du sable sous mes pieds.

Pendant que Will synchronise son swip avec celui de Kiwa, je regarde l’horizon. Le soleil est déjà sur le point de se coucher. J’ai une envie folle de courir me baigner, voir tous les êtres merveilleux qui peuplent ces eaux profondes et pures.

— Bon, je vous laisse vous installer. Si vous voulez faire une expédition dans la forêt ou sur l’eau, swipez-moi. Je vous montrerai des endroits sublimes.
— Merci Kiwa.

Will et lui ont déposé nos bagages devant la porte de notre nouvelle demeure. Notre guide remonte dans son véhicule et celui-ci file aussitôt le long de la plage.

Je rejoins mon cher et tendre sur l’avancée. Nous nous asseyons, les pieds dans l’eau. Il m’enlace et me dit :

— On va être bien ici.
— Je pense oui. Si seulement on pouvait y rester pour toujours…

Il ne dit rien. Je sais que lui aussi préférerait rester là, mais cela ne sert à rien de rêver à ce qui est impossible. De retour chez nous, il retournera manager ses projets de constructions de villes économes et je retournerai enseigner à des enfants qui ne veulent rien apprendre. Je ne dois pas penser à tout cela ! Je dois profiter de chaque instant ici.

Nous restons là, à observer les poissons jouer avec nos pieds, les oiseaux chanter et voler, puis nous regardons le soleil se coucher. Il est temps pour nous de découvrir notre logement.

En entrant, cela me paraît immense. Il n’y a qu’une seule pièce, la décoration est légère et très bien choisie. Des voilages entourent le lit. Un canapé fait face à une gigantesque baie vitrée donnant sur la forêt. La cuisine est simple, mais nettement suffisante pour ce que nous en ferons ici.

Sur la table, une grande corbeille nous attend : fruits, légumes, bonbons, viandes séchées, poissons marinés… exclusivement des produits locaux, de quoi nous restaurer durant tout notre séjour.

Après un excellent dîner, nous nous couchons. Nous n’avons pas beaucoup discuté ce soir, nous étions trop occupés à écouter tous les bruits de cet endroit unique. C’est au son du chant d’un oiseau inconnu que nous nous endormons enlacés dans les bras l’un de l’autre.

Chapitre 3

Date : 19 Fleurimus (J-8)

Je me réveille en sursaut. Je ne sais pas pourquoi. Je me redresse sur le lit, immobile, sur mes gardes. Will dort toujours. J’écoute. J’entends le clapotis de l’eau, le faible vent dans les arbres et le chant de l’oiseau qui nous berçait la veille au soir. A-t-il chanté toute la nuit ?

Je sors du lit, le plus délicatement possible. Je me sens de nouveau bien, la sensation de danger a disparu. C’était sûrement un cauchemar, mais je ne m’en souviens pas. Je sors et j’avance le long de la jetée. Au loin, je distingue les premiers rayons du soleil. C’est beau. Je veux partager ça avec Will. Alors je vais le réveiller, en douceur. Je me reglisse dans les draps, contre lui. Je l’embrasse délicatement et lui murmure :

— Mon amour… le soleil est en train de se lever. Viens voir, c’est magnifique !

Il m’entoure de ses bras et me serre contre lui.

— Hum, tu es déjà debout, ça va ?
— Oui, oui. Mais cet endroit est trop beau, je veux en profiter un maximum. Je dormirai à la maison.

Inutile de lui parler d’un cauchemar dont j’ai tout oublié. Il me suit dehors, un grand sourire aux lèvres. Nous nous asseyons à la même place que la veille, les pieds dans l’eau. Nous regardons le soleil se lever. Toutes ces couleurs sont fabuleuses !

— Cela ne ressemble pas vraiment au lever de soleil que l’on a chez nous.
— Oui, c’est vrai.

Il m’embrasse. D’abord tendrement, puis avec de plus en plus de passion. Ses mains parcourent mon dos sous mon T-shirt, il m’embrasse dans le cou et m’attire contre lui. Je me retrouve à califourchon sur lui, l’embrassant fougueusement. Je sens son envie de me déshabiller, son envie d’explorer mon corps de ses mains, son envie de moi. J’éloigne mon visage du sien et le force à me regarder dans les yeux.

— Je t’aime !

Le désir se lit dans son regard. Je lui prends la main, me lève et l’attire jusqu’au lit. Mes vêtements ne restent pas longtemps sur moi, sur lui non plus. Nous nous unissons dans une étreinte tendre et passionnée, sans nous soucier du temps qui passe. Quel meilleur moyen de commencer notre journée ?

Nous restons un moment dans les bras l’un de l’autre, à ne rien dire, juste à écouter les bruits de la nature. Je suis aux anges, je me sens tellement heureuse.

C’est l’estomac de Will qui rompt le silence, ce qui m’arrache un fou rire. Nous nous levons donc, nous douchons et mangeons. Je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est. Et ça m’est égal.

Nos maillots de bain enfilés, nous courons jusqu’au ponton et nous jetons à l’eau. Elle est aussi claire, douce et chaude que la veille. Nous nageons, jouons avec les poissons, plongeons pour aller voir ce qu’il y a au fond… Ce qui est bien avec cette eau, c’est qu’elle ne pique pas les yeux et que l’on voit très bien sans lunettes de protection.

*

En fin de journée, nous décidons d’aller nous promener un peu dans la forêt. Nous ne nous enfonçons pas beaucoup. Elle est dense et une personne non avertie peut facilement se perdre. J’observe les fleurs. Une rouge, une orange, une bleue… il y a toutes les couleurs. Will étudie les arbres. C’est vrai qu’ils sont vertigineux. On écoute les oiseaux et on joue à essayer de deviner où ils sont. Rapidement, nous nous arrêtons. Nous ne voyons plus la lisière de la forêt. Nous revenons légèrement sur nos pas, pour l’avoir de nouveau en vue. Nous nous asseyons sur une souche et restons là, à regarder le monde qui nous entoure. J’avais raison de vouloir venir ici. J’ai l’impression d’être au paradis. Cette île porte bien son nom. Nous avons le sentiment d’être seuls dans une nature enchantée.

Le chant mélodieux des petits oiseaux est soudain rompu par celui d’un autre. Un chant différent, mais que je reconnais aussitôt comme celui de la veille au soir, et de ce matin. Ce chant est fort. L’oiseau ne doit pas être loin. Nous restons sur notre souche, à écouter. Puis le son se rapproche, et devient encore plus fort. Quel animal peut produire un tel son ? Je commence à être un peu inquiète. La luminosité baisse. Will aussi est de moins en moins à l’aise.

— On devrait y aller, la nuit tombe plus vite en forêt.

J’acquiesce et le suis. Le chant est de plus en plus proche. Mon cœur s’emballe. Comment un oiseau peut-il chanter une mélodie à la fois aussi belle et aussi puissante ?

Nous pressons le pas, je me prends les pieds dans les racines, mais je continue à avancer. Je serre la main de Will, pas rassurée. Il me sourit, il reste calme. Nous sommes presque arrivés à la plage lorsque le ciel s’assombrit brusquement au-dessus de nous. Une bourrasque me décoiffe et me force à fermer les yeux quelques instants. Will me prend dans ses bras, de manière protectrice. J’ai la tête dans son épaule, une de ses mains protège ma tête tandis que l’autre est dans mon dos et me colle à lui. Je le sens se tendre. Je suis à la fois rassurée, il est là et me défend, et terrifiée. Si j’ai besoin d’être défendue, c’est que nous sommes en danger. J’ai peur, pas pour moi en fait, mais pour lui. Il est ma vie, lui c’est moi et moi c’est lui. Sans lui, rien ne vaut plus le coup. J’ouvre les yeux. Je veux voir le danger, lui faire face et protéger Will.

Ce qui me frappe d’abord ne vient pas de mes yeux, mais de mes grandes oreilles. Il n’y a plus de chant. En fait, il n’y a plus un seul bruit dans la forêt. Je ne vois rien, Will maintient toujours ma tête contre lui. Je m’écarte doucement, mais fermement de lui. Je ne suis pas une petite chose fragile ! Enfin si, mais lui aussi.

Je me tourne face à la menace, le cœur battant. Tout se fige. Je ne m’attendais pas à ça. Mon cœur se calme. Will, lui, n’est pas tranquille, il me serre le bras et m’empêche d’avancer. Je le comprends, c’est vrai que le glyphon est immense. Il bloque totalement le passage jusqu’à la plage. Mais je ne me sens plus du tout en danger. Pourquoi ? Aucune idée, mais mon instinct me dit qu’il n’a jamais voulu nous faire de mal, ni nous faire peur. Ma voix tremble tout de même un peu lorsque je trouve le courage de parler.

— Hé… bonjour toi. Qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi nous empêches-tu de passer ?

Il penche sa tête sur le côté en me regardant droit dans les yeux. Il pousse un petit piaillement et fait un petit saut sur le côté. Will sursaute et se raidit plus encore. Mais la voie est libre.

— Tu m’as comprise ?

Pas de réaction du glyphon. Il continue à me fixer. Je remarque alors que c’est bien moi qu’il fixe, aucun coup d’œil à Will. Nous commençons à nous avancer vers la plage. Je place Will derrière moi. Lorsque nous arrivons à la hauteur de l’immense oiseau, nous le contournons tout en lui faisant face. Nous voilà maintenant dos à la plage, face au glyphon. Will tire légèrement sur mon bras pour me faire signe de continuer notre chemin. Mais je ne veux pas encore partir. Cet animal m’intrigue.

— On devrait reculer vers la plage.
— Attends encore un peu. Tu n’as pas l’impression qu’il veut nous dire quelque chose ?

J’entends Will pousser un soupir. Mais je ne bouge pas.

— J’ai vraiment la sensation qu’on s’est compris tout à l’heure.
— Raïsse… c’est un oiseau, il ne te comprend pas. Et cet oiseau pourrait nous étriper d’un seul coup de bec.

Le glyphon me quitte un instant des yeux pour jeter un regard courroucé à mon mari. Enfin, il m’a semblé courroucé. Rapidement, il me fixe de nouveau.

— Dis-moi, bel oiseau. Pourquoi as-tu arrêté de chanter ? Ton chant est si merveilleux.

Je me sens un peu ridicule de parler ainsi à un animal. Pourtant, je crois l’avoir vu sourire. Je sens Will s’agiter, et la visibilité diminue de plus en plus. Je finis par être raisonnable. Nous retournons sur la plage. À peine y sommes-nous que le chant reprend. Je ne peux m’empêcher de sourire. Will me prend de nouveau dans ses bras.

— Tu m’as fait peur, tu sais. Cette bête est énorme. Elle est sauvage, tu ne sais pas de quoi elle est capable.
— Je suis désolée. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais lorsque je l’ai vu, j’ai su qu’elle ne nous voulait pas de mal.
— Tu ne peux pas le savoir. Tu avais tellement envie de voir un glyphon que tu en as oublié le danger.
— Peut-être… En tout cas, c’était très étrange. Et j’ai eu l’impression qu’il nous comprenait.

Nous prenons le chemin de notre cabane. Que d’émotions pour une première journée ! Les bons fruits savoureux et la douche de jets massants, prise tous les deux, nous ont permis de nous relaxer. Et c’est détendus que nous nous couchons.

Chapitre 4

Date : 1α Fleurimus (J-7)

Je me réveille de nouveau en sursaut. Avec la même sensation de danger que la veille. Mais cette fois, un hurlement puissant vient troubler les bruits de la nuit. Will se réveille en bondissant.

— Qu’est-ce que c’était ?

Il s’est redressé sur le lit et tient tous ses sens en alerte.

— Aucune idée, mais c’était…

Un nouveau hurlement couvre le son de ma voix. Nous nous bouchons les oreilles. Ce cri est vraiment très désagréable.

— Quel animal peut faire un son pareil ?

Nous ne savons que faire. Nous avons envie de sortir de la cabane pour essayer de comprendre, mais nous nous sentons plus en sécurité ici, plutôt qu’à l’extérieur. La curiosité l’emporte. Nous nous levons. Je me serre contre le dos de Will et nous avançons prudemment sur la jetée. Le soleil est en train de se lever, je reconnais les mêmes couleurs que la veille. C’est tellement beau que je faillis en oublier la raison de notre sortie du lit. Mais un nouveau rugissement me remet les idées en place. Il provient de devant nous. Loin devant nous. À l’horizon, nous voyons une petite île. Nous sommes incapables d’estimer à quelle distance elle se trouve.

Nous observons, en silence, la lisière entre la mer et le ciel. Il me semble apercevoir une sorte d’énorme oiseau voler en rond au-dessus de la petite île. Un nouveau cri nous fait sursauter. Mais cette fois, le son est accompagné de lumière. L’île s’embrase au loin. Le jour se levant, on distingue nettement un incendie. Les couleurs rouges, jaunes et orange chatoient dans le ciel devenu bleu. Une série de petits cris surgissent de l’île. Un nuage émerge de l’horizon. Il vient dans notre direction. Il se rapproche clairement de nous ! Ce n’est pas un nuage, mais une nuée d’oiseaux en tout genre qui fuient leur habitat en flamme.

Les premiers oiseaux passent loin au-dessus de nos têtes. J’en suis bouche bée. Je me contente de rester plantée là, la tête en l’air, à observer ces pauvres oiseaux. Will a plus de présence d’esprit que moi. Il m’attrape par le bras et nous nous aplatissons sur le ponton. D’énormes bourrasques nous touchent. Je reconnais les cris de glyphons lorsqu’ils passent au-dessus de nous.

Le calme finit par revenir. Je me dégage de l’étreinte de Will, et roule sur le dos. Je regarde le ciel bleu. Je suis essoufflée par toutes les émotions qui viennent de se succéder en moi. Décidément, ce voyage de noces recèle bien des surprises. Will se colle à moi, sur le dos, lui aussi. Il est autant abasourdi par la situation que moi.

— Tu pourrais swipper Kiwa ? On pourrait programmer une sortie aujourd’hui ou demain, et en profiter pour lui demander ce qu’il vient de se passer.
— Bonne idée. Où veux-tu aller ?
— Aux cascades de marbre !

Il se penche sur moi, un grand sourire aux lèvres. Il n’est pas surpris par ma réponse. Je lui parle de ces cascades depuis des années déjà. Il dépose un baiser plein d’amour sur mon front et se lève.

— Je vais voir ça avec lui. Je reviens. Ne fais pas de bêtises en attendant.

Il me fait un clin d’œil en s’éloignant.

Je pivote de nouveau sur le ventre. Je suis au bord du ponton. Je laisse les bras descendre doucement dans l’eau. C’est si agréable. Une idée me passe par la tête…

*

Quelques minutes plus tard, je vois Will avancer sur la jetée.

— C’est bon pour demain pour les cascades de marbre. Tu es déjà dans l’eau ?

Il me regarde nager vers lui. Je ne lui dis pas un mot. Je me contente de le fixer en me pinçant la lèvre inférieure. Il se baisse et ramasse mon pyjama.

— Attends ? Tu es nue ?

Il me regarde surpris. Je lui lance un sourire charmeur. L’eau est tellement limpide ! Je me mets à nager sur le dos, sans le quitter des yeux. Il n’a plus de doute sur ma nudité.

— Tu me rejoins ?

La surprise laisse place au désir. Il se déshabille en un clin d’œil et saute à l’eau. Il essaie de s’approcher de moi. Je fuis à la nage, en riant. Il est plus rapide que moi. Il m’attrape par la taille. J’essaie de me dégager, mais je rigole tellement que je manque de boire la tasse. Je me laisse faire. Il m’attire contre lui. Ces lèvres s’entrouvrent sur les miennes. Ce moment est magique.

C’est ainsi que nous occupons notre journée : à faire l’amour et à nager avec les poissons. Nous en oublions totalement nos frayeurs du matin.

*

Date : 1β Fleurimus (J-6)

Le lendemain, le soleil n’est pas encore levé lorsque Kiwa vient nous chercher. Une longue et belle expédition nous attend. Nous montons dans sa jeep à air propulsé. Pour passer le temps, je harcèle Kiwa de questions, sur tout ce que j’aperçois. Les arbres, les fleurs, même les roches me semblent étranges ici. En entendant un son, que je reconnaîtrais maintenant entre mille, je me rappelle les évènements de la veille.

— Kiwa ? Vous avez vu ce qui s’est passé hier ? Les hurlements des oiseaux ? L’île en feu ?

Notre guide grimace.

— Sincèrement, j’espérais que vous n’y auriez pas assisté. Je préférerais ne pas en parler. Vous êtes en vacances, en voyage de noces qui plus est.
—  Mais on aimerait bien savoir, dites-nous ce que vous savez.

La curiosité de Will semble être la même que la mienne. Je fais ma moue préférée. Avec mes grands yeux de biche et mes lèvres tremblantes, je regarde Kiwa en battant des cils :

— S’il vous plaît… dites-nous tout.

Il explose de rire, avant de reprendre une mine sérieuse.

— Ce que je vais vous apprendre n’a rien d’officiel. Des enquêtes sont encore en cours. Il semblerait qu’un énorme animal ait débarqué sur l’île. On ne sait pas ce que c’est, ni d’où il vient. Il a fait fuir tous les oiseaux. Certains glyphons que l’on a recueillis hier ont dû se battre avec lui. Il y en a qui sont très mal en point.

Je repense au bel oiseau que j’ai croisé plusieurs fois. Les larmes me montent aux yeux.

— Vous voyez. C’est pour cela que je ne voulais rien vous dire. Ce qui s’est passé là-bas est cauchemardesque et ce n’est pas le thème de votre séjour ici.

Je fixe l’horizon. Les larmes coulent sur mes joues. Pourtant, j’ai encore des questions. Je sens la main de Will se poser sur mon épaule. Il n’aime pas me voir pleurer. Ce geste est là pour me réconforter, mais il a pour effet de me donner assez de courage pour continuer de questionner notre guide.

— Et l’incendie ? Vous savez comment il s’est déclaré ?
— Aucune idée.
— Nous avons rapidement vu qu’il s’éteignait. Il n’a pas dû faire beaucoup de dégâts. Non ?

Le visage de Kiwa se durcit encore.

— Effectivement, il n’a pas duré plus de quelques minutes. Mais il n’y a plus rien sur l’île. Tout est carbonisé. On est incapable d’expliquer comment le feu a pu se répandre aussi vite et faire un tel carnage.

Cette fois, Will décide de changer de sujet. Et il a raison, car je sens une nouvelle vague de larmes monter en pensant à tous ces pauvres animaux qui ont dû se retrouver prisonniers des flammes. Nous recommençons à parler de choses plus légères.

*

Nous arrivons enfin aux cascades de marbre. Elles portent bien leur nom. La roche est lisse. Elle est parsemée de gris et de blanc. Elle est dure et froide. Pourtant, ici, il fait chaud. Les cascades se succèdent les unes après les autres, à une hauteur vertigineuse. Nous sommes aux pieds de la dernière. Lorsque je lève la tête, je ne peux voir la première. Un épais nuage de vapeur masque le sommet de la montagne.

Will et moi nous mettons en maillot de bain. Je m’avance vers le lac. L’eau est turquoise. Je ne vois pas mes pieds. Cette sensation est étrange et assez effrayante.

— Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez rien. Aucun animal ne vit dans cette eau. Elle possède un composant toxique si elle est ingérée. Aussi, je vous déconseille de la boire.

Sous la chaleur de cette eau, et rassurée par la présence de Will à mes côtés, je me détends. Nous nageons, nous chahutons, nous bronzons, nous pique-niquons… Nous passons un excellent moment. La journée passe vite. Nous nous apprêtons à remballer nos affaires, lorsque notre attention est attirée par des ondulations de couleurs. Les cascades à trois ou quatre niveaux aux dessus de nous semblent se mouvoir. Je jurerais les voir bouger de gauche à droite. Le turquoise de l’eau qui gronde prend des teintes plus bleutées, le vert disparaît peu à peu.

Nous sommes fascinés par ses couleurs. Nous fixons ces cascades. Soudain, un rugissement résonne, une ombre passe dans le ciel. Un oiseau immense ? Nous n’avons pas le temps d’analyser la créature. Un grondement retentit en haut de la falaise. Le marbre des cascades supérieures dégringole. D’énormes rochers foncent droit sur nous ! Will se précipite sur moi et me protège de ses bras. Mais que peuvent ses bras face à des tonnes de roches ? Les secondes qui s’écoulent sont à la fois trop rapides et interminables. J’attends la mort. Je la vois venir. Mais je ne peux rien faire, je sais que je n’en ai pas le temps. Je ferme les yeux, et je me serre contre Will. Le voilà, le retour de flamme. J’ai toujours su que ma vie était trop parfaite. Qu’un jour, il faudrait rééquilibrer les choses. Nous y voilà.

J’entends les roches continuer de tomber. Elles ne sont pas loin, je le sens. Les yeux fermés, en boule contre Will, mon corps se soulève. Je décolle littéralement, lâchant Will. Mais je ne sens rien. Aucune douleur. Seulement une pression sur mes épaules. Une pression qui m’arrache tout de même une grimace. Finalement, mes clavicules commencent à me faire souffrir. J’ai peur d’ouvrir les yeux. Et si je les ouvre et que je vois le corps de Will, sans vie. Mon cœur se serre, la douleur que je ressens, en pensant à son cadavre broyé par les roches, manque de me faire perdre connaissance. Tout, mais pas ça !

Je réalise soudain que je suis encore en mouvement. Je trouve le courage d’ouvrir les yeux. Will. Je vois le dos de Will. Nous volons ! Il me faut quelques secondes pour comprendre. Je lève la tête, puis la tourne dans tous les sens. Des serres m’agrippent les épaules. D’où la douleur… Un glyphon vient de nous sauver la vie ! Il me tient entre ses pattes, Will entre ses ailes avant. J’y découvre des petites serres. Je vois la tête de mon mari bouger, il est conscient. J’essaie de lui parler, de lui dire que je vais bien. Mais nous volons vite et le bruit du vent couvre le son de ma voix.

Je regarde en bas. C’est haut ! Vraiment très haut ! Je ne préfère pas penser à ce qui arriverait si le glyphon nous lâchait. Je pousse un profond soupir, essayant de calmer mon cœur qui tente de s’échapper de ma poitrine. Je regarde au loin. Je vois la mer, la plage. C’est beau. Magnifique. Je me concentre là-dessus. Et je finis par profiter du paysage.