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La course aux armements est lancée... Qui parviendra à en venir à bout ?
2018. Le monde est entré dans l’ère des géants et des sauts technologiques. Les USA, la Chine et la Russie se sont lancés dans une nouvelle course aux armements. Ces nouvelles armes dites « de rupture » vont rendre obsolètes les armes actuelles, et bouleverser l’équilibre des forces à l’échelle de la planète. Ceux qui seront dépassés seront réduits à l’état de vassaux. Irrémédiablement.
Pour ajouter au malaise des Européens, le nouveau Président américain laisse planer de sérieux doutes quant à sa volonté de garantir les frontières et la sécurité de ses alliés de l’OTAN sur le vieux continent. Alors qu’en même temps, la Russie multiplie les manœuvres militaires géantes à leurs frontières et au-delà.
Paris et Berlin comprennent l’enjeu et décident de combler leur retard technologique en puisant aux meilleures sources. Quel que soit le pays desdites sources. C’est la grande transgression. Qui en préfigure d’autres…
Un roman d'espionnage plus vrai que nature !
À PROPOS DE L'AUTEUR
Nicolas Isigny est cadre dans une entreprise de technologies de pointe. Formé aux négociations internationales, il exerce des fonctions qui croisent business et technologie dans un contexte de très forte concurrence. Transgressions est le second tome de la trilogie des aventures du maître-espion de la DGSE Nicolas Ostermann et de ses agents.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
Transgressions s’inscrit dans la lignée chronologique du premier tome des aventures de Nicolas Ostermann, agent clandestin de la DGSE, intitulé Les invasions allemandes.
Le titre du premier opus était un clin d’œil à la grande angoisse stratégique française.
Après avoir été partiellement envahie en 1870 (et militairement défaite, ce qui a entraîné la chute du Second Empire napoléonien), en 1914 (la ligne de front a toujours été en territoire français et jamais en Allemagne), puis à nouveau en 1940 (le traumatisme le plus lourd dans notre inconscient collectif), empêcher toute nouvelle invasion de la France par l’Allemagne était l’obsession, l’objet ultime de la politique étrangère française d’après-guerre.
Trois invasions en 70 ans. Cela valait bien un titre de roman, oserais-je ajouter.
Les invasions allemandes portaient sur les nouvelles formes de compétition (je n’ose dire de guerre même si le terme est régulièrement utilisé dans la presse) entre les États en ce début du 21ème siècle : économique, cybernétique, scientifique etc.
Transgressions est directement inspiré par le nouvel ordre, peut-être que le terme le plus juste serait-il en fait le désordre, qui règne en Occident et sur toute la planète depuis les élections présidentielles américaines de novembre 2016.
C’est un sujet quasi inépuisable pour les écrivains et romanciers pour encore plusieurs décennies… Pour reprendre le mot de Marx, « l’Histoire a plus d’imagination que les hommes ». J’espère néanmoins vous distraire à travers ce second tome des aventures de Nicolas Ostermann et de ses agents…
Le Directeur et le Directeur Adjoint du MI-6 attendaient déjà depuis une demi-heure l’arrivée de l’avion en provenance de la base de l’US Air Force d’Eglin en Floride. Ils patientaient dans une voiture aux couleurs de l’Air Force dans laquelle ils étaient montés dès leur arrivée sur la base. La demande de rendez-vous venait de Langley et avait un caractère prioritaire. Le canal par lequel cette demande de rendez-vous avait été formulée était pour le moins inhabituel. Pour ne pas dire franchement surprenant. La procédure normale eut été une communication directe entre Langley et Londres par voie de lignes cryptées. Or les Américains en avaient décidé autrement. C’était de toute manière toujours eux qui décidaient.
Le chef d’antenne de la CIA à Londres était venu les rencontrer au quartier général du MI-6 une semaine auparavant. Il arrivait directement de Washington D.C. et n’avait pas pris le temps de passer à l’ambassade ou à son domicile. Il était venu littéralement « les mains dans les poches », sans serviette ou document avec lui. Il était porteur d’un message simple et facile à retenir : « Molesworth Air Force Base, le 5 mars 2018 au matin à 8 : 00. Le Directeur et le Directeur Adjoint uniquement. Ordre du jour pour l’agenda officiel interne : aucun. Le meeting ne durera pas plus de 45 minutes. Il se déroulera dans un avion de l’US Air Force ».
C’était bref. C’était mystérieux. Ça ne faisait pas très « professionnel », d’un point de vue administratif. Depuis près de 18 mois, les Anglais ne savaient plus lire la ligne qui guidait leurs frères d’armes américains. La discrétion, pour ne pas dire le mystère qui entourait ce rendez-vous, était-ce une cachotterie de paranoïaques ou le signe d’une opération ou d’un problème sensible à traiter en urgence ?
– Quels sont les avions américains attendus dans l’heure ? demanda le Directeur.
– Un avion de transport de passagers de type Gulfstream C-37A, et un avion de transport de troupes et de matériel de type Boeing C-17 Globemaster, répondit son Adjoint.
Le C-17 arrive de Ramstein en Allemagne. Il doit se poser à 8h12.
Le Gulfstream arrive d’Eglin AFB en Floride. Officiellement il n’y a pas de passager à bord.
– Bon. Nous avons donc rendez-vous avec un courant d’air.
– Le Gulfstream doit atterrir à 8h27.
– Donc soit notre rendez-vous arrive de Ramstein et rentre à la maison avec le Gulfstream.
– Soit la « cargaison » du Gulfstream est plus sensible que d’habitude.
Les deux avions se posèrent sur la piste principale de la base de Molesworth aux horaires annoncés par le contrôle aérien. Lorsque le second avion fut posé, le chauffeur reçut un message dans son oreillette. Les passagers le virent poser sa main gauche sur son oreille de façon à améliorer l’audition. Immédiatement après, il démarra et le véhicule se dirigea vers le Gulfstream. Arrivée devant l’avion dont la porte était ouverte, la voiture s’immobilisa. Il n’y avait personne devant l’avion. Ni pilote, ni mécanicien, ni même une escorte armée. Le chauffeur reçut un nouveau message dans l’oreillette. Sans se retourner il indiqua à ses passagers qu’ils pouvaient monter dans l’avion. Le Directeur et le Directeur Adjoint sortirent de la voiture, refermèrent leurs portes et montèrent les marches qui menaient jusque dans la cabine du jet.
L’avion semblait vide. Pas de pilote dans le poste de pilotage. Pas de personnel de bord non plus. Ils traversèrent la zone de rangement et de cuisine et ouvrirent la porte. Le Directeur entra en premier et fut chaleureusement accueilli par le Directeur de la CIA, le Directeur Adjoint et le Directeur du Renseignement. Les présentations n’étaient pas nécessaires : tout le monde se connaissait déjà.
Le gratin de Langley s’était spécialement déplacé en Angleterre pour une entrevue qui ne devait visiblement durer que quelques minutes : « ils doivent avoir un sérieux problème », pensa en lui-même le Directeur Adjoint du MI-6.
Ils prirent place au milieu de l’avion, dans la zone avec une table pour 4 personnes.
Les deux Anglais étaient dans le sens contraire de la marche.
Leurs homologues américains étaient assis face à eux en parfaite symétrie de grade.
Le Directeur du Renseignement s’assit sur le meuble face à la table.
Le Directeur de la CIA prit alors la parole.
– Messieurs, je vous remercie de vous être rendus disponibles pour cette réunion qui ne doit figurer sur aucun agenda, tant chez vous que chez nous. Vous êtes venus au centre de collecte et de traitement du renseignement de l’OTAN à Molesworth pour une réunion de routine. Quant à nous trois, jamais nous ne sommes venus en Grande-Bretagne cette semaine.
– Nous avions relevé le caractère « hors cadre administratif » de notre entrevue aujourd’hui, répondit le Directeur du MI-6.
– La raison qui nous amène à vous rencontrer aujourd’hui est à la fois juridique, technique et politique, dit le Directeur de la CIA.
Ce que nous vous demandons, nous ne souhaitons le demander à aucun autre allié, ni à aucun autre service.
Le Directeur et le Directeur Adjoint du MI-6 goûtaient la mise en scène. Mais ils partageaient chacun la même crainte de recevoir dans les prochaines secondes une demande pour un service qu’ils n’auraient aucune envie de rendre, et qu’ils pressentaient ne pas pouvoir refuser. Ils prévoyaient de « temporiser » si la demande leur semblait « extravagante » ou anticonstitutionnelle. Ils en référeraient au Premier ministre si besoin. Ils s’étaient pour le moment abstenus de prévenir Downing Street de la tenue d’une réunion « hors cadre administratif » en ce beau jour de mars.
Le Directeur du Renseignement prit alors la parole.
– Nous avons reçu au cours des trois derniers mois plusieurs propositions d’agents ou intermédiaires étrangers nous proposant de nous vendre des renseignements. Chaque proposition mentionne des informations sur la vie privée de notre Président, avant novembre 2016. Chacune mentionne aussi d’autres informations qui seraient à même d’intéresser notre agence ou une autre agence américaine : NSA, DEA etc.
– Par principe, nous n’écartons aucune piste, aucune source, si des informations concernant les forces russes, chinoises, iraniennes ou nord-coréennes nous sont proposées. Nous devons regarder et vérifier : la source, la nature des informations proposées, le canal par lequel elle nous dit les avoir obtenues. Le B-A BA de notre activité. Et pas forcément nous engager, termina le Directeur Adjoint de la CIA.
Les Anglais venaient de comprendre. Leurs intuitions étaient exactes. Ils auraient préféré être ailleurs. Mais ils ne pourraient refuser.
Le Directeur du Renseignement poursuivit.
– La CIA a pour vocation de collecter des renseignements pour assurer la sécurité des États-Unis d’Amérique. Partout dans le monde. Sans égard quant à la source.
Nous craignons fortement qu’un service étranger ne cherche à piéger l’agence en lui fournissant, dans un premier temps, des informations exactes (c’est-à-dire que nous soyons en mesure de vérifier) puis en nous impliquant dans une seconde transaction qui serait plus « problématique ».
– Nous avons deux sujets, dit le Directeur de la CIA.
L’agence n’a pas vocation à collecter des informations concernant le Président.
Mais si des informations « déplaisantes » pour les États-Unis et leur place dans le monde, dont nous aurions eu connaissance, devaient être diffusées, nous pourrions être accusés de ne pas avoir accompli notre mission.
Et en parallèle, si l’Agence devait enquêter sur le Président, cela pourrait poser des problèmes juridiques inextricables. Sans parler des conséquences politiques si cela devait être révélé par la presse. Et il y a eu beaucoup de révélations portant atteinte à la sécurité et à l’image des États-Unis ces dernières années.
– Il est vrai qu’entre Edward Snowden parti à Moscou et le soldat Manning qui a alimenté Wikileaks, les Américains ont beaucoup œuvré dans ce sens ces dernières années. Le tout sans l’aide des services d’une puissance hostile, pensa le Directeur Adjoint du MI-6 tout en se gardant d’en souffler un mot.
Le Directeur du MI-6 fit un geste de la main de façon à interrompre son collègue américain. Celui-ci lui fit un signe de la tête lui signifiant qu’il comprenait sa demande et lui laissait la parole.
– Si je comprends bien, votre crainte est un scénario en plusieurs actes :
1 – Un « vendeur », appelons-le ainsi, vous propose des informations sur un sujet important et sur votre Président,
2 – Il vous donne un premier échantillon qui permet de valider la qualité des informations et de « référencer » le « vendeur » comme porteur de renseignements de qualité,
3 – Une transaction est organisée et ensuite révélée à la presse, par les commanditaires réels du « vendeur »,
4 – La CIA et tout le renseignement américain entreraient alors dans une zone de turbulences. L’Agence serait alors au mieux accusée de « nettoyer » les traces du Président, et au pire de « conspirer » contre le Président. Dans les deux cas, cela serait compliqué à justifier, et probablement indéfendable pour une grande partie de l’opinion et des médias. Je vois déjà les titres de presse et le Congrès qui s’enflamme. Cela pourrait aboutir au démantèlement de l’Agence, accusée de conspirer contre la Maison Blanche, cas paroxysmique. Dans le meilleur des cas, le Renseignement américain serait désorganisé et potentiellement paralysé pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.
Vous nous demandez donc de vous dégager d’un mauvais pas qui s’annonce.
– J’apprécie votre clairvoyance, répondit le Directeur de la CIA
Le Directeur du Renseignement enchaîna.
– Nous souhaiterions que le MI-6 crée une équipe restreinte qui serait chargée de suivre tous ces dossiers qui pourraient poser un problème juridique ou constitutionnel à Washington. Ce serait une équipe très restreinte. J’insiste sur le « très ». Elle n’aurait aucune existence administrative. Il n’en serait pas fait mention au Parlement. Seul le Premier ministre serait informé. Nous vous « passerions le ballon » à chaque fois qu’un dossier de cette nature nous serait proposé.
– Si je comprends bien, vous avez déjà plusieurs « ballons » à nous passer, dit le Directeur Adjoint du MI-6.
– J’apprécie de traiter avec des partenaires intelligents, conclut le Directeur de la CIA.
Bénédicte cacha son visage dans les oreillers. Le plaisir était sur le point de la submerger. Les enfants n’étaient pas à la maison ce matin. Mais elle ne voulait pas non plus s’offrir en spectacle à ses voisins qui pouvaient entendre parfois à travers les murs de son immeuble construit au début du XXe siècle. Nicolas qui avait perçu l’état d’excitation de Bénédicte, jouissait du spectacle et du plaisir de jouer avec le corps et avec le plaisir de sa partenaire. Son plaisir viendrait ensuite. Ils avaient toute la matinée. Après tout, Nicolas ne « pointait » pas au bureau. Il serait un peu en « retard » sur son horaire habituel.
Virginie Dourtin ne poserait pas de question. Elle n’en posait jamais. Mais elle enregistrait toutes les conversations et tous les appels téléphoniques arrivant au bureau. C’était sa fonction. Outre de « jouer » à l’assistante de direction pour rendre crédible la couverture de Nicolas, auprès des collègues dans l’entreprise, des gens du quartier ou de quiconque s’intéresserait à la Direction des Affaires Juridiques Internationales du géant de la publicité P&H. Un géant français, côté en Bourse et avec une présence dans toutes les grandes capitales économiques du monde. Et des clients disséminés sur tout le globe ou presque. La couverture idéale pour voyager sur tous les fuseaux horaires. À condition que le secret ne soit pas éventé. Évidemment.
Mais telle n’était pas la préoccupation de Nicolas en cet instant. Il était concentré. Il se sentait mâle. Mâle Alpha, pour reprendre l’expression à la mode dans les médias depuis quelques années. Ses ébats avec Bénédicte étaient toujours plus intenses et impudiques. Bénédicte n’avait plus aucune timidité. Les murailles s’étaient effondrées. En plusieurs étapes. Les barrières étaient désormais toutes remisées dans le placard aux accessoires. Elle laissait apparaître et révéler son plaisir. Nicolas appréciait qu’elle se donne ainsi à lui. Sans pudeur. Dans sa chair et en lui livrant son âme jouisseuse. Le plaisir qu’il donnait à sa compagne était addictif. Plus il sentait Bénédicte vibrer de tout son corps lorsque les orgasmes la submergeaient, plus il désirait la sentir et l’entendre. Dans ces instants où toute fierté avait disparu. Où il n’y avait plus que le plaisir. Animal. Et tendre. Car la complicité était permanente. Comme un fil tiré qui les reliait à tout instant.
« Enquête Benalla : les contradictions de l’Élysée » – Le Monde
« Afghanistan : Les États-Unis discutent avec les Talibans » – Le Monde
« Evasions, agressions… l’été noir des prisons françaises » – Le Figaro
« Les déchirantes retrouvailles des familles séparées par la guerre de Corée » – Le Figaro
« Un Canadien aux commandes d’Air France » – Le Figaro Economie
« Le Mossad suspecté du meurtre d’un scientifique syrien » – Le Figaro
« Brouille entre le Canada et l’Arabie Saoudite » – Le Figaro
« Menaces, débâcle de la monnaie turque… On vous résume la crise entre la Turquie et les États-Unis en cinq actes » – franceinfo.fr
« Les projets économiques de l’Italie inquiètent les marchés » – Le Figaro
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« Réforme des retraites : une rentrée sous haute tension » – Le Figaro
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« États-Unis : cinq ans de prison pour une lanceuse d’alerte » – Libération
« Hôpitaux et cliniques : le palmarès 2018 » – Le Point
« Ce que mijote l’Élysée pour la suite » – Le Point
« RDC : Une épidémie d’Ebola en zone de guerre » – Le Figaro
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« Brésil : plus de 1 000 arrestations lors d’une opération contre les féminicides » – Le Monde
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« Déraillement d’un TGV à Marseille : retour à la normale vendredi 31 août » – Le Point
« États-Unis : John McCain, le sénateur républicain, est mort à 81 ans » – 20 minutes.fr
L’horloge du tableau de bord indiquait 16h34 lorsque Nicolas Ostermann appuya sur le bouton Start/Stop. Il venait de garer sa voiture rue Chevert : le moteur s’éteignit et le viseur tête haute du conducteur se replia.
La route du Touquet vers Paris n’avait pas été trop encombrée. Même si Bison Futé avait classé la journée « rouge » dans le sens des retours vers Paris.
Il avait déposé Bénédicte et ses enfants dans leur appartement du 17ème arrondissement.
Lorsque Nicolas Ostermann posa ses affaires, sa valise à roulette et son sac de voyage, dans l’entrée de son appartement rue Codet, il ressentit une impression étrange. Plus qu’une impression. Une odeur en fait. Un zeste d’odeur de détergent. Il ne se souvenait pas de s’être servi d’un détergent avant de partir en vacances. Peut-être avait-il oublié ? Les vacances sont faites pour cela : oublier.
L’odeur semblait venir de la cuisine. Il entra.
Il s’accroupit pour se rapprocher du sol en pierre de la cuisine.
Ostermann se mit finalement à genou et posa son nez à quelques centimètres du sol.
C’était bien une odeur de détergent.
Il ne se rappelait toujours pas de s’en être servi avant son départ.
Il ouvrit le placard où il rangeait les éponges, serviettes, sacs-poubelle et liquides de nettoyage. Il ne trouva aucun détergent. Surprenant.
Et il ne se souvenait toujours pas de s’être servi d’un détergent. Ni juste avant son départ. Ni même encore avant. Comme il ne cuisinait que rarement, et qu’il habitait de plus en plus dans l’appartement familial de Bénédicte, les lieux nécessitaient un entretien plutôt réduit. Le « balai swiffer » chaque semaine faisait l’affaire.
Nicolas Ostermann se dit que s’il était plaisant de penser que quelqu’un avait songé à faire le ménage chez lui en son absence, il n’avait en revanche jamais vu de « visiteurs » ou de cambrioleurs, aussi professionnels ou maniaques soient-ils, venir faire le ménage sur les lieux de leur forfait. Sauf s’il s’était passé un événement imprévu. Comme cela arrive si souvent lorsqu’on exerce le métier de cambrioleur.
Ostermann se releva, et sortit de la cuisine.
Il enleva sa veste et la déposa sur le canapé.
– Bon, se dit-il, soit j’ai un trou de mémoire, soit j’ai reçu de la visite et quelque chose d’inattendu s’est produit. Une première équipe est surprise par une seconde équipe dans la cuisine et ils s’entretuent. Et une troisième équipe vient nettoyer. Avec du détergent. Soit c’est autre chose.
De retour dans la cuisine, Ostermann entreprit d’ouvrir tous les placards et tiroirs. Ainsi que le four, le réfrigérateur, le congélateur et le four micro-ondes.
Tout semblait à sa place. Les visiteurs professionnels prenaient toujours une photo avant de déplacer les objets posés sur ou dans un meuble. Donc c’était autre chose.
Ostermann continua sa réflexion.
– S’ils n’ont pas nettoyé à l’eau, c’est que c’est soit sale, soit odorant. Soit les deux.
Il décida de ré-ouvrir les placards. Une bouteille au premier rang d’un placard situé sous le plan de travail manquait à l’appel. Il n’y avait plus que deux bouteilles de Sauternes, Le Dauphin de Guiraud, millésime 2006. Ostermann était certain qu’il y en avait trois avant son départ. Une erreur de manipulation probablement. Une bouteille de Sauternes cassée : il fallait bien du détergent pour en nettoyer et masquer les effets.
Il l’avait achetée à L’Annexe, le magasin de vins et spiritueux de la rue Chevert, situé à 100 pas de son appartement.
C’étaient les dernières bouteilles du magasin. Et des pièces de collection : le second vin du Château Guiraud avait changé de nom l’année suivante. Il n’y avait plus de second vin du château portant l’appellation Le Dauphin de Guiraud. Désormais le Petit Guiraud était le second vin du château. Ostermann préférait l’ancien nom, qu’il trouvait plus noble et plus pittoresque.
L’appartement avait été visité, une bouteille avait probablement été cassée accidentellement, et ils avaient nettoyé. Mais ils n’avaient pas été en mesure de la remplacer à l’identique. Les Dauphin(s) de 2006 étaient devenus une denrée rare.
Ostermann prit son téléphone portable et appela Bénédicte pour l’informer qu’il ne pensait pas arriver avant 20h chez elle, en raison d’un petit problème à régler dans l’appartement. Il envisageait de ne plus louer cet appartement et de s’installer chez Bénédicte qui le lui avait proposé presque tous les jours depuis le début du mois d’août… au point que refuser n’était désormais plus possible. Sauf à trouver une très bonne explication qui ne froisse pas la plantureuse Bénédicte. Cette visite pouvait remettre en cause l’idée même de son déménagement. Habiter ensemble signifierait potentiellement exposer Bénédicte et ses enfants. À moins que leur appartement n’ait aussi été « visité » pendant leur séjour au Touquet.
Bénédicte était en train de défaire les valises des enfants et de préparer une lessive. Elle ne posa pas de question quant à la nature du dérangement. Elle avait d’autres préoccupations plus urgentes à l’esprit. Nicolas rentrait après 20h, cela lui donnait tout le temps nécessaire pour ranger les affaires et faire prendre leur douche aux enfants. Pour eux, une semaine de révisions avec Maman s’annonçait : la rentrée scolaire avait lieu dans une semaine. Bénédicte leur avait donné le choix : soit un peu de travail tous les jours au mois d’août, soit trois semaines sans devoir, mais ensuite une semaine de révisions sérieuses juste avant la rentrée. La seconde option avait fait l’unanimité.
Ostermann appela Julien Martin.
– Bonjour Julien.
– Bonjour Nicolas.
– Vous êtes à Paris ?
– Absolument.
– On se voit prochainement ?
– Avec plaisir.
– À bientôt Julien.
– Au revoir Nicolas.
Ostermann avait convenu avec Julien de plusieurs formules.
Ainsi, « on se voit prochainement » signifiait « rendez-vous dans 45 minutes au Jardin des Tuileries devant l’entrée face à la rue de Castiglione ».
Quand on ne sait qui écoute, inutile de mentionner explicitement le lieu de rendez-vous.
« Avec plaisir » signifiait « je serai à l’heure ».
Quand Nicolas Ostermann arriva devant l’entrée, il vit que Julien tenait un cornet de glace à la main. C’était le signe que tout allait bien. Ou du moins qu’il n’avait pas détecté de danger.
– Bonjour Julien.
– Bonjour Nicolas.
– Je suis arrivé il y a moins de deux heures à mon appartement, et j’ai découvert qu’il avait été « visité ». D’habitude les « visiteurs » ne font pas d’erreur. Ceux-ci en ont fait une belle.
Donc vous vous dites que soit, c’est volontaire et qu’il y a un message. Soit c’est une autre équipe que celle qui l’a visité auparavant.
Soit c’est la faute à pas de chance. Mais oui, vous avez saisi.
– Je savais que ma légende était largement éventée au sein du SVR. Je commence désormais à m’interroger sérieusement au-delà…
C’est une éventualité à prendre en compte.
– Avez-vous appris des choses intéressantes « à la boîte » pendant mon absence ?
Angelika Glockenmeier avait rendez-vous avec son nouvel amant.
Elle avait choisi le lieu de rendez-vous, avec la passion des jeunes amants qui s’essayent au romantisme sans savoir s’ils y seront vraiment sensibles.
Ils se retrouveraient donc devant l’Opéra de Vienne, à l’intersection de l’Opernring et la Kärnter Strasse.
Ce lieu de rendez-vous n’était pas une merveille d’originalité. Mais ce n’était pas une faute de goût non plus. Elle avait pris son temps pour choisir sa robe, ses bijoux, ses escarpins, et ses dessous en dentelle les plus canailles. Elle avait très envie de lui. Et elle avait encore plus envie qu’il ait envie d’elle.
Après une petite promenade en amoureux dans le centre historique de Vienne autour de la cathédrale, ils allaient diner au restaurant EF16. Situé au 16 Fleischmarkt. D’où le F16. Aucun lien sinon avec les célèbres avions de chasse américains produits à plus de 4 500 exemplaires et que l’Amérique avait exportés sur tous les continents. Du Chili au Maroc. Des Pays-Bas au Pakistan.
Susan Prisker frappa à la porte du Directeur. Il avait demandé un briefing détaillé concernant le Pakistanais qui avait été repéré par la NSA, puis pris en chasse par une équipe de la CIA à quelques kilomètres d’une base utilisée par l’OTAN en Belgique. Cette base était connue pour abriter, puisqu’elles étaient sous « abri » et non livrées aux vents, des bombes nucléaires tactiques de fabrication américaine.
Le Directeur Adjoint, déjà dans le bureau, lui ouvrit la porte :
– Bonjour Monsieur le Directeur Adjoint.
– Bonjour Susan, dirent de concert les deux chefs du MI-6.
– Entrez donc, nous vous attendions, ajouta le Directeur en se levant de son fauteuil de bureau.
– Prenez place, dit le Directeur Adjoint à Susan en lui indiquant la table de conférence rectangulaire installée dans la pièce.
Ils prirent place à l’extrémité de la table. Susan était face au Directeur et le Directeur adjoint était à sa droite, en bout de table.
Susan commença son exposé.
– Alors voilà. Il y a une semaine précisément, le lundi 27 août 2018, à 13h56 un téléphone portable ayant un numéro pakistanais a été activé dans la ville belge de Maaseik, proche de la frontière néerlandaise et allemande. Le téléphone a été identifié par un centre du GCHQ1 dès sa connexion au premier relais belge. L’information a été instantanément transmise aux ordinateurs de Fort Meade (siège de la NSA).
Une recherche a été réalisée dans l’après-midi.
Ce numéro correspondait à une ligne activée une semaine plus tôt à Peshawar au Pakistan.
Il a été utilisé pour appeler deux cabines téléphoniques à Peshawar le jour même de sa mise en service. Aucun autre appel n’a été passé ni reçu depuis.
Le propriétaire de la ligne n’est pas dans les fichiers de la NSA ni dans les nôtres : nous soupçonnons fortement que la ligne ait été ouverte sous un faux nom.
La ligne n’est pas reliée à un numéro de compte : l’utilisateur utilise des cartes prépayées.
Le nom du détenteur officiel du numéro est Hamid Mushawar.
Nous avons établi que sa position était dans le centre-ville de Maaseik et il n’a pas semblé beaucoup bouger : le téléphone mobile est resté connecté en permanence sur les mêmes relais.
– Jusque-là nous avons juste une anomalie de lieu : un téléphone portable pakistanais qui apparaît soudainement en Belgique. Pas forcément davantage, dit le Directeur Adjoint.
– C’est exact. À précisément 22h47, le téléphone s’est connecté à un nouveau relais : son détenteur a alors commencé à se déplacer. La vitesse de connexion à de nouveaux relais nous a permis de déterminer qu’il se déplaçait probablement en voiture ou à moto.
Il a pris la direction de la base de Kleine-Brogel. Il s’en est approché et en a visiblement fait le tour. Lentement. Il n’est revenu dans le centre de Maaseik que vers 7h du matin.
Susan ouvrit alors son dossier et déplia une feuille au format A3 (soit 29,7 cm par 42 cm).
Voici le tracé du parcours de notre « touriste » tel que le programme Follow de la NSA a pu l’établir. Le dessin était très clair et ne laissait aucune ambiguité quant à l’objet de la promenade nocturne du propriétaire de ce téléphone mobile.
Fort Meade a informé Langley mardi. Le touriste a été localisé dans l’hôtel Van Eyck situé sur la place principale de Maaseik. Les Américains y ont envoyé une équipe.
L’intervention a été déclenchée à 11h29. L’homme s’est échappé par la fenêtre de sa chambre d’hôtel, la numéro 203. Il a marché sur les toits puis a disparu. Les Américains ont retrouvé le téléphone portable sur le toit d’une maison voisine : ils pensent que l’homme l’a perdu au cours de sa fuite. Il ne leur a rien appris qu’ils ne connaissaient déjà avant de décider d’intervenir.
– La valise et les affaires ont donné des informations intéressantes ?
– Pas vraiment. Tout ce qui a été retrouvé semble venir du Pakistan.
– Avons-nous une copie du passeport ?
– Oui. Il est au nom de Hamid Mushawar. Le passeport est faux, les services pakistanais l’ont confirmé.
– Qu’en pensent vos contacts à la NSA ? demanda le Directeur.
– Rien. Ils n’ont pas été très loquaces.
– Et à Langley ? insista le Directeur.
– Rien de plus. Ils ne semblent pas spécialement inquiets : ils semblent même très contents du résultat obtenu en si peu de temps.
– Et vous Susan, quelle est votre intuition ?
– Je ne vois pas l’ISI (les Services Secrets Pakistanais) venir cibler une base de l’OTAN. Pareil pour les divers groupes terroristes locaux. Je pense que quelqu’un nous a volontairement testé. Pour déterminer nos capacités et notre temps de réaction. Je pense que telle était la vraie mission de ce touriste d’un genre un peu particulier. Et je pressens que nous ne le reverrons, ni n’entendrons plus jamais parler de lui.
– Je partage votre analyse Susan, dit le Directeur Adjoint.
Le problème est que cela ne nous donne pas de réponse quant à l’identité de ceux qui nous ont testés. Juste les suspects habituels de Moscou et de Pékin.
– Qui est informé de cette « affaire » ? demanda le Directeur.
– La NSA, la CIA et nous, répondit Susan.
– Les Américains n’ont rien dit aux autorités belges alors ?
– Ils leur ont bien dit qu’ils recherchaient Hamid Mushawar : mais je ne pense pas qu’ils les aient informées de ses activités réelles autour d’une base qui abrite des bombes nucléaires, ni sur la façon dont ils l’avaient repéré.
– C’est probablement mieux ainsi. Nous n’élargirons pas le cercle des connaisseurs. Tant pis pour la jolie expression de Berthold Brecht.
Tous sourirent à ce bon mot du Directeur.
Ils souriaient d’ailleurs toujours aux bons mots du Directeur.
Ils ne faisaient pas que servir la Reine et la Couronne.
Ils faisaient aussi carrière.
Le Boeing 757 transportant le Secrétaire d’État2 et ses collaborateurs atterrit sur l’aéroport international d’Islamabad.
Le Pakistan était la première étape de sa tournée dans la région avant de passer plusieurs jours en Inde : le grand pari de l’Amérique dans cette région du monde. Et le grand contrepoids à l’influence chinoise sur le contient eurasiatique et dans l’Océan Indien.
Des élections législatives s’étaient déroulées le mois précédent et un nouveau gouvernement, dirigé par un ancien joueur de cricket (une institution dans le pays), venait d’être constitué. Pour le Secrétaire d’État, ce voyage était officiellement son tout premier au Pakistan. Officiellement.
Une note émanant de Langley l’avait informé des événements de Kleine-Brogel et de Maaseik. La note était simplement factuelle. Elle ne se hasardait pas à désigner de commanditaire.
Homme de confiance du Président des États-Unis, le nouveau Secrétaire d’État avait occupé le poste de Directeur de la CIA avant sa nomination à ce poste prestigieux qui avait été occupé avant lui par des personnalités de renom telles John Foster Dulles (dont le frère Allen avait dirigé la CIA), Henry Kissinger ou Hillary Clinton. La meilleure amie du Président de la Fédération de Russie. Ou pas.
Sa nomination annoncée le 13 mars 2018 semblait déjà lointaine tant les dossiers s’étaient accumulés ces six derniers mois, et notamment le dossier nord-coréen qui semblait s’enliser tous les jours davantage. Et ce, malgré les annonces tonitruantes et définitives du Président après le sommet historique avec le jeune dictateur nord-coréen à Singapour, quelques mois plus tôt en avril.
Le même jour, la Maison Blanche avait annoncé la nomination d’une femme au poste de Directrice de la CIA. Une première dans l’histoire de l’Agence.
Elle ne découvrait pas l’Agence. Elle en était un pur produit. Elle était Républicaine et parlait russe. Sa nomination devait rassurer le Congrès quant aux orientations de l’Agence vis-à-vis de Moscou et de ses alliés3.
Après avoir déposé les enfants à l’école, Bénédicte fit une halte devant un kiosque à journaux. Le magazine L’Obs (version rajeunie et plus branchée du Nouvel Observateur dont le nom fleurait bon les années 80, les pantalons à pattes d’éléphant et les soirées à refaire le monde dans une atmosphère enfumée) titrait en couverture : « Les Dubai Papers », « Patrons français, oligarques russes, aristocrates européens… », « Nos révélations sur un nouveau scandale de fraude fiscale ». Bénédicte s’intéressa alors aux unes des autres magazines et des quotidiens. Aucune des premières pages qu’elle vit ne mentionnait cette nouvelle affaire : dix-huit mois après les « Panama Papers » et presque dix mois après les « Paradise Papers ». L’ampleur de la « documentation » consultée par les journalistes semblait beaucoup plus réduite que pour les révélations de 2016 et 2017 qui avaient été relayées par plusieurs journaux et magazines dans le monde.
1. GCHQ (Governement Communications Headquarters) : agence britannique de renseignement spécialisée dans l’écoute des signaux (électronique, télécommunication etc.). La « NSA britannique ». Son siège est à Cheltenham.
2. Titre du ministre des Affaires Etrangères des États-Unis d’Amérique.
3. Un procureur fédéral menait alors une enquête visant à déterminer s’il y avait eu collusion en 2016 entre l’équipe du vainqueur de l’élection présidentielle, et la Russie.
Nicolas Ostermann arriva au siège de la DGSE, boulevard Mortier, sur le coup de neuf heures. La convocation reçue la veille, à son bureau de l’avenue Kléber, ne laissait aucun doute quant à son caractère urgent et important. Sur ce second point, Ostermann ne serait en effet pas déçu de sa réunion.
Arrivé en avance, il fut immédiatement conduit dans une salle de réunion aveugle : sans fenêtre, ni lumière naturelle.
Avant de pénétrer dans la pièce, il remit son téléphone portable à un jeune militaire qui le mit dans une enveloppe scellée. C’était un décorum de pure forme dans une agence passée maître dans l’art de crocheter les serrures et de faire et défaire les tampons, sceaux, scellés et autres marques supposées garantir l’inviolabilité des lieux et des documents.
La Direction des Opérations (la « DO ») et la Direction de la Stratégie (la « DS ») étaient représentées par leurs Directeurs respectifs. Tous deux étaient déjà dans la pièce et leurs visages étaient concentrés. Pas préoccupés. Mais clairement « concentrés ». Ostermann comprit dans l’instant que la réunion revêtait une importance toute particulière. Il dépendait de la DO. La présence de la DS à cette réunion urgente pouvait laisser présager que des informations émanant d’une autre agence « amie » allaient être évoquées. Car la DS comptait parmi ses attributions les relations avec les agences de renseignement des puissances étrangères. Amies ou moins.
Nicolas Ostermann vint les saluer. Tous deux se levèrent et lui offrirent une poignée de main ferme. Mais sans forcer. De vrais espions. Jusque dans leur poignée de main, quelconque et passe-partout.
Le Directeur de la DGSE entra à ce moment. Après de rapides salutations, la réunion commença. Le Directeur aussi était « concentré ». Ostermann commençait à trouver cette atmosphère « conspirationniste » à son goût.
– Je vous remercie de vous être rendus disponibles, commença le Directeur qui savait qu’un de ses subordonnés avait annulé ses engagements du jour à Londres pour cette réunion.
Nous venons d’obtenir le feu vert du PR (Président de la République) pour l’opération Zeus.
Nicolas Ostermann comprit dans l’instant qu’il était le seul dans la pièce à ne pas connaître Zeus, et qu’il allait probablement devoir la mettre en œuvre. Il n’allait plus tarder à connaître la nature de Zeus, ni la raison de la présence de la DS.
Le Directeur de la Stratégie prit alors la parole.
– Il y a quelques mois, peu avant la finale de la Coupe du Monde de football, s’est tenu un conseil de défense restreint.
Le PR nous avait demandé une présentation détaillée, mais pas trop, des technologies clefs que nous devions maîtriser pour assurer la défense du territoire face à l’émergence d’armes nouvelles, et pour assurer la place de la France sur le podium des nations maîtrisant et développant les technologies de demain. Notre horizon était de quinze à quarante ans. L’objet final de la réunion était d’identifier nos lignes de forces, et les technologies qui nous font défaut ou dans lesquelles nous sommes sur le point d’être « dépassés ». Notamment pour des raisons budgétaires. Contrairement à nos Alliés américains, la France ne peut s’offrir tous les joujous technologiques dont rêvent les états-majors.
Un second conseil de défense restreint s’est tenu à l’Élysée il y a quelques jours, sur ce même thème. Il avait pour objet de répondre aux questions du PR et des membres du conseil. Plusieurs décisions ont été prises dont vous ne serez pas informé ici, termina le Directeur de la DS en regardant Ostermann dans les yeux. Concentré. Juste concentré. Pas préoccupé. Du tout.
Le Directeur des Opérations prit alors la parole.
– Nicolas, nous vous avons désigné pour mener à bien l’opération Zeus. Elle est à la fois simple dans la désignation de son objectif. Et compliquée dans sa mise en œuvre car elle s’apparente à bien des égards à un puzzle.
Ostermann esquissa un sourire. Il commençait à trouver le teasing des directeurs plutôt efficace. Il préférait qu’on lui assigne une mission ainsi, en lui en donnant envie. Plutôt que de manière plus technocratique et plus froide.
– Je suis ici pour servir la France, répondit Ostermann toujours dans le même sourire.
Dites et je ferai, termina-t-il soudain sérieux.
– Zeus désigne une opération conjointe avec un service étranger avec lequel vous avez eu maille à partir il y a quelque temps, dit le Directeur de la DS.
– Les Allemands de Pullach. Le BND, dit le Directeur de la DGSE.
– Une opération conjointe ? s’enquit aussitôt Ostermann.
Qui décide et qui « exécute » ? si j’ose m’exprimer ainsi.
– Vous pointez du doigt une des difficultés. Ce n’est pas aussi simple que cela.
Nous apportons une contribution. Ils apportent leur contribution.
Nous partageons les sources et les coûts. Sauf exception, termina le Directeur de la DO.
– Vous disposerez d’un budget propre, vous aurez toute latitude pour constituer votre équipe d’agents et d’agents traitants. Vous déciderez seul ce que vous transmettrez au BND, au moins dans un premier temps, termina le Directeur de la DGSE en regardant les deux directeurs face à lui.
– Il est possible et même « souhaitable », l’adjectif est du PR, que certaines actions soient menées de façon conjointe avec les équipes du BND. Mais ne vous arrêtez pas à cet adjectif, ce n’est pas le cœur de la mission. Et je ne veux pas que vous vous sentiez lié par une obligation de moyens. L’obligation de résultats est largement suffisante, termina le Directeur de la DO.
Le Directeur de la Stratégie reprit alors la parole :
– Vous les rencontrerez dès la semaine prochaine. Le lieu de rendez-vous n’est pas encore fixé, ni la date.
– Bien, il ne me reste qu’à connaître l’objet de toutes les attentions de Zeus, dit Ostermann en faisant un clin d’œil au Directeur de la DO assis face à lui.
Le Directeur de la Stratégie tendit alors une chemise cartonnée, de couleur bleue et peu épaisse, à l’agent clandestin de la DO.
– C’est le document de synthèse qui a été visé par le PR. Votre objectif y est détaillé.
Nous vous demandons de concevoir Zeus.
C’est un nom de code pour une opération dont les objectifs vous sont ici transmis.
Imaginer concrètement le plan d’action et la structure pour le mener à bien : voilà votre mission.
Le Falcon 2000LX aux couleurs de la République française, s’aligna face à la piste de la base de Vélizy-Villacoublay et décolla après quelques centaines de mètres d’accélération. Tous les participants de la réunion du boulevard Mortier étaient à son bord. La réunion avec le BND devait avoir lieu à Berlin, au siège même de l’agence allemande de renseignement.
La mission était impérieuse : il en allait de la place de la France dans le concert des grandes puissances à l’horizon 2025-2030. Elle était aussi compliquée à mettre en œuvre, dangereuse en cas d’échec ou de fuite d’information quant à son existence, et terriblement excitante.
Nicolas Ostermann avait décidé de n’en retenir que ce dernier aspect.
L’avion se posa sur l’aéroport de Berlin-Schoenfeld.
Le Directeur Adjoint du BND les accueillit à la descente de l’avion et les dirigea vers un mini van noir Mercedes Vito aux vitres opacifiées. Tous montèrent à bord du véhicule qui démarra immédiatement et prit la direction du centre-ville de Berlin.
