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Pourquoi suis-je né ?
Tu es né pour voir, me dit l’ange.
Tu vois le jour, sa clôture de nuit et
Les champs du levant où pousse la lumière.
Tu es le voyant, le poète.
Témoigne de ce que tu as vu,
Redonne ce que tu as reçu,
Compose ta louange.
N’écris pas sur la vie mais depuis la vie.
Imagine une autre langue et
Célèbre la beauté sans raison,
Chante l’amour sans condition,
Rends grâce à la vie sans fin.
Consens à tout redonner, à tout perdre et
Au sommet de ta vie,
À l’apparition du pont d’or,
Tu rejoindras les infinis,
La poésie, le feu, le ciel,
L’amour fou, me promet l’ange.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jean-Christophe Galiègue a écrit plusieurs livres dont "Un cœur indestructible" paru en 2022 aux 5 Sens Éditions. Dans un monde à bout de souffle, il écrit pour faire don de sa respiration, de son ailleurs. Dans "Tremblements de ciel", il livre sa dernière bataille. Dans un poème fleuve, véritable lettre d’amour à la vie, il lance un appel : « La poésie sauvera le monde. Sauvons la poésie. »
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Seitenzahl: 82
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Jean-Christophe Galiègue
TREMBLEMENTS DE CIEL
À la gloire de cette vie
À nos passages en son temple sacré.
Je ne laisserai rien.
Ma vie ne sera que passage et vent.
Dénué de génie, je n’ai rien inventé ni découvert.
Dépourvu de courage, j’ai juste habité la terre.
Dépouillé d’illusions, j’ai écrit en pure perte.
Pourtant j’avais le cœur en feu mais la vie n’y a jeté que
des poignées de neige.
Je n’ai pas eu d’enfants.
Je ne laisserai rien.
Ma vie sera pareille à l’éclair.
Les fleurs sur ma tombe faneront en une semaine.
Et le premier vent effacera tous mes pas.
Pourquoi suis-je né alors ?
Tu es né pour voir, me dit l’ange.
Tu vois le jour, sa clôture de nuit et
Les champs du levant où pousse la lumière.
Tu es le voyant, le poète.
Témoigne de ce que tu as vu,
Redonne ce que tu as reçu,
Compose ta louange.
N’écris pas sur la vie mais depuis la vie.
Imagine une autre langue et
Célèbre la beauté sans raison,
Chante l’amour sans condition,
Rends grâce à la vie sans fin.
Consens à tout redonner, à tout perdre et
Au sommet de ta vie,
À l’apparition du pont d’or,
Tu rejoindras les infinis,
La poésie, le feu, le ciel,
L’amour fou, me promet l’ange.
L’ange me poussa dans la chambre d’écriture, me donna un crayon, des feuillets et me dit, maintenant écris l’œuvre de ta vie.
I Voir
La légende raconte que l’enfant vient au monde pourvu d’une mémoire prodigieuse et qu’héritant de mille vécus, il naît sage et savant. Dans le ciel de ses yeux, les soleils du passé commencent à poindre. Mais l’ange apparaît, pose un doigt sur sa bouche et lui reprend tous ses trésors. Aussitôt les soleils chutent et le nouveau-né baptisé de pureté se met à crier.
On raconte que les poètes n’ont pas d’empreinte de l’ange.
Où sont les mots d’azur ?
Pour dire les feux de l’aube
Les cendres de la nuit
Le ciel aventureux
Les prophéties d’exil
Les rêves de premier jour
Les trembles dans le vent
Les yeux des bêtes
Gorgés d’étoiles
La forge des mots
Gorgée de feu
La page éteinte
Vidée de sang
Et moi coureur de mots
Mendiant d’images
Tout seul face au soleil
Comment dire le temps suspendu ?
Les battements d’ailes
Les veines farouches
Le cœur en flammes
La peau la neige
Le bleu de l’air
Les remparts de lumière
L’ombre portée
Le rouge de vivre
Les roses, les flèches et les épines
Unies à se méprendre
Le noir d’écrire
Le temps
Qui se regarde et s’imagine
Un bout de ciel
Pris dans le vent et
Posé là
Apparition de Rûmî « Vous n’êtes pas une goutte dans l’océan. Vous êtes l’océan tout entier dans une goutte. »
Écris non pas sur la vie mais depuis la vie, me répète l’ange. Écris comme l’enfant court dans le conte, comme le pianiste joue à l’intérieur du piano. N’écris pas depuis ta table d’écriture mais depuis l’écriture même. Écris dans la vie, à l’intérieur même du royaume, me dit l’ange.
Apparition d’Emily Dickinson
« Ceci est ma lettre au Monde
Qui ne M’écrivit jamais –
Les simples Nouvelles que la Nature disait
Avec une tendre majesté. »
Bien avant d’ouvrir un ciel de pensées, le livre ouvre une terre d’accueil.
Nous voilà réunis le temps d’un livre. Et je m’en veux déjà de vous retenir ici alors que vous pourriez être là-bas, partout ailleurs et flânant, respirant – vivant. Vous rencontreriez mes maîtres en écriture. Ils vous parleraient de ce que je veux vous dire. Bien que cloués au sol, ils sont libres comme l’air. Ils aspirent la vie à pleins poumons. Ils rêvent sans jamais dormir. Ils veillent le sablier du silence, ils gardent les palais du temps. Ils écrivent à même le vent. Leur encre verte infuse puis vire à l’or. Les arbres vous parleraient très bien de ce que je veux vous dire. Qu’ils apparaissent et le monde recule. Un seul arrête la grande roue de nos pensées. Un sous-bois soulève le poids de nos vies. Une forêt balaie en nous tout le champ de bataille. Dans ce monde irréel, les arbres existent. Ils verticalisent, ils rassemblent, ils simplifient.
Je rêve d’un livre qui ressemblerait à une marche au milieu des arbres, qui aurait été écrit par eux. Il abriterait une forêt, un triomphe de vert sur le noir. On le lirait, on y entrerait. Le chemin s’ouvrirait tout seul, entre le temps qui passe et le temps qui reste. Tout serait calme et présent. Les arbres s’approcheraient à mesure que nos ombres se détachent. La lumière pleuvrait, les essences luiraient dans le soleil oblique. On aurait le cœur exténué, les yeux dorés. Le craquement du bois mort ouvrirait des failles dans le temps. On écouterait le silence, on ressentirait l’harmonie. Les arbres libèreraient une confiance à l’état pur. Elle monterait jusqu’au cœur. Un nouveau souffle viendrait de ce retour aux origines, de cette autre vie dans la vie. Le livre se prolongerait un peu, la promenade pourrait durer toujours. La forêt de papier ouvrirait l’exil inimaginable. L’essentiel courrait dans nos veines et l’on pourrait tout accueillir, tout devenir. L’écrivain et le lecteur verraient alors les mille ans à venir. Et cette parole tranchante comme l’orage, rassurante comme l’aurore – nous sommes vivants et reliés à plus grand que nous. Nos âmes à l’écorce blessée plisseraient des yeux, éblouies par le ciel ouvert, les cascades de vert et l’or des cimes qui n’en finiront pas.
Sous le bois noirci des arbres – un cœur brûlant comme nous. Et dans leurs veines – les mêmes rêves d’évasion.
Sur la mer déchaînée du monde, les arbres se dressent comme des phares et ramènent au port.
Je rêve d’un livre dont je serais le douanier, vous l’ouvririez et je m’effacerais.
Au commencement étaient les arbres, solitaires, souverains, titanesques pour porter le ciel. Dans un silence de forêt, le monde écrivait le début de son histoire. La lumière abondait des astres, traversait les cieux, plongeait vers la canopée. L’or pleuvait sur les cimes, déferlait sur les branches, inondait les racines. Les flèches dorées continuaient leur course, transperçaient la pierre, filaient vers les entrailles de la terre et fusionnaient avec le grand soleil intérieur. Le jour tissait ses jours, la nuit tramait ses nuits. Après des millénaires de chaos, la terre ne tremblait plus et le ciel découvrait la lenteur. Les saisons s’ordonnaient, les feuilles dansaient puis tombaient, les bourgeons patientaient longtemps sous la neige. La lune régnait sur les marées de sève. La lumière élevait les troncs, le temps creusait les écorces, le silence tombait sur le silence. La forêt luxuriante gardait le premier royaume. Un pollen de beauté tombait sur le monde. L’histoire s’écrivait en l’absence des hommes.
Au commencement, les arbres ne connaissaient que les pluies de lumière, l’enracinement dans les vallées et le murmure des pierres. Les nuages frôlaient la canopée et les rêves teintés de bleu se mêlaient aux songes baignés de vert. Dans la forêt immobile, les géants rêvaient de voyages. Après des millénaires de silence, un battement d’ailes se fit entendre et le ciel s’emplit d’oiseaux. Dans la grande volière vinrent des chants colorés, des ciels emportés et des ailes enflammées de soleil. Les oiseaux dépassaient les cimes, bravaient les montagnes, atteignaient les quatre horizons. La forêt vit l’ailleurs à portée de branches. Les ailes des plus grands oiseaux furent chargées de graines et les arbres-colons se mirent à migrer au-delà des mers et des océans. La forêt primaire recouvrit le monde premier. La planète devint verte et bleue et la maison des hommes fut créée.
Les livres découvrent des terres, ouvrent des ciels. Ils nous arrachent de ce monde qui brûle et nous laisse transis de froid.
Le livre fermé ressemble à un bateau à quai avec dans ses soutes, des milliers de mots. Le voyage semble hors de portée, les murs impossibles à traverser. On tente quand même l’aventure. La proue du livre ouvert fend le temps. On quitte le port, le monde. Le cœur ralentit ses battements, on lâche les heures portées à bout de bras. L’histoire s’écrit et se vit, l’horizon s’ouvre. À bas bruit, une question vient. Suis-je fait d’ombre ou de lumière ? Des vents se lèvent et repoussent les brumes et les doutes, les récifs et les défaites. Une réponse vient, on peut vivre et mourir plusieurs fois. L’âme ouvre les yeux et monte sur le pont. On lit, on est loin de la vie réelle, ou peut-être au cœur, on ne sait pas. Nommer cette distance serait peut-être la perdre. On lit, on continue le voyage immobile et lointain. Les embruns portent une voix, délivrent un savoir. L’auteur ne nous connaît pas et pourtant il nous parle. Se peut-il qu’on se découvre en passant par l’inconnu, qu’on se retrouve en passant par l’autre ? On est porté par un élan. Comme un funambule, on sait qu’il ne faut regarder ni en bas ni autour, on regarde devant. On voudrait rejoindre la terre ferme en passant par le ciel. Vivre et lire sont même aventure, même échappée. On y est déjà. On lève les yeux du livre, la nuit a changé. Le noir a disparu, il s’est fondu dans la vague. On ne voit plus que les étoiles et leur berger.
Enfant, quand je regardais la bibliothèque de mes parents, je voyais un fabuleux musée. Les livres richement reliés et parfaitement alignés brillaient comme des tableaux luxueux. Les œuvres complètes ruisselaient d’or jaune et de cuir rouge. Mes yeux s’illuminaient devant les toiles de Victor Hugo, d’Émile Zola et d’Honoré de Balzac. Les noms de légende éclaboussaient mon front d’ignorant. La Pléiade momifiée couvrait toute l’aile égyptienne de ce Louvre miniature. Mes petites mains touchaient la vitre blindée invisible.
