Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Un commentaire de la première Epître de saint Jean, avec une chronologie de la vie de St Augustin et une analyse des principaux schismes et hérésies de son époque.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Augustin est né en 354 à Thagaste, en Afrique du Nord. Vers 395, il devient évêque d’Hippone où il mourra en 430, alors que la ville est assiégée par les Vandales. Augustin aime prêcher et il sait passionner son auditoire qui réagit volontiers. Augustin puise sa science dans l’étude et la prière et, comme son maître le Christ, il se plaît à partager avec des gens simples ce qui donne sens à sa vie.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 218
Veröffentlichungsjahr: 2022
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Augustin d’Hippone
Tu aimeras
La collectionLa Manne des Pères
Collection dirigéepar Sœur Marie Ricard, Bénédictine de Martigné-Briand (49)
La liste des ouvrages déjà parus se trouve en fin de volume.
Couleurs des bandeaux de la collection
rouge : IIe siècle
vert : IIIe siècle
jaune : IVe-Ve siècle
terre de Sienne : VIe siècle et au-delà
Envoi de manuscrit ou de projet audio :
Saint-Léger éditions
1, chemin des pièces Bron
49260 Le Coudray-Macouard
02 41 67 79 30
Augustin d’Hippone
Tu aimeras
Sermons sur la Première Lettre de Jean
Tome 1
© Saint Léger éditions, 2017.
Tous droits réservés.
Nombreux sont nos contemporains qui découvrent avec plaisir les Pères de l’Église.
Grâce à leurs écrits, leurs prédications, c’est la foi chrétienne qui est nourrie.
Il n’est donc pas surprenant que cette étude engendre un vrai bonheur chez tous ceux qui l’entreprennent, en même temps qu’elle participe à un accroissement de leur témoignage dans le monde d’aujourd’hui.
Je me réjouis profondément de cette traduction rendant accessibles au plus grand nombre ces textes essentiels de notre patrimoine spirituel. Je forme tous mes vœux pour la fécondité de cette entreprise.
Angers, le 24 septembre 2014
+Emmanuel Delmas, évêque d’Angers
L’éditeur remercie très fraternellement
Mère Céline Guilbot osb, prieure des Bénédictines de Martigné-Briand (49), Père Jean-Pierre Longeat osb, président de l’Alliance Inter Monastères (92) et Lydie HK Rivière, Xavière.
7
Texte source
Commentaire de la première Épître de saint Jean(Texte latin)Introduction, traduction et notes par Paul Agaësse, sj,Paris, Cerf, Sources chrétiennes 75, 1961.
La mise en français fondamental a été faite par une moniale de Dourgne et Claire Moreau, oblate de Jouarre, et revue par Sœur Marie Ricard
Ce tome 1 comporte les cinq premiers Sermons, le tome 2 les cinq suivants.Le texte est intégral ; seules quelques phrases ont été supprimées.
Introduction et jalons
Sœur Marie Ricard
Les versets de la Première lettre de Jean qu’Augustin explique sont écrits en italique.
Les citations sont presque toujours prises dans la Bible « Parole de vie », Alliance Biblique Universelle, 2000.
Mais nous avons gardé le texte d’Augustin quand celui-ci avait une interprétation différente de cette version.
Les Psaumes sont indiqués par deux numéros. Le premier correspond à la numérotation de la Bible grecque (Septante) adoptée par la liturgie catholique, le second à la numérotation de la Bible hébraïque.
Un « Livret général », donnant des repères historiques, est édité à part et offert pour l’achat d’un exemplaire de la collection La Manne des Pères.
À demander à votre libraire.
Il est aussi téléchargeable sur : saintlegerproductions.frdans l’espace La Manne des Pères
Dieu fait attendre, pour élargir le désir.En faisant désirer, il élargit l’âme.En l’élargissant, il la rend capable d’être comblée.Désirons donc, frères et sœurs,car nous devons recevoir en abondance !
Sermon 4, 6
13
Introduction
SITUATION HISTORIQUE
vL’Empire romainest un ensemble immense, couvrant le pourtour de la Méditerranée, mais aussi très largement, au Nord et à l’Ouest, des régions qui deviendront l’Europe (Gaule, Grande Bretagne, Espagne, pays germaniques), et à l’Est, des provinces comme la Cappadoce, la Syrie….
La mort de l’empereur Marc Aurèle, en 180, a signé la fin de la Paix Romaine et marqué le début d’une longue période de crises ; l’autorité impériale, à travers heurs et malheurs, désastres et divisions, se divise entre deux, quatre « empereurs», voire davantage. Parallèlement, la partie orientale et la partie occidentale se particularisent de plus en plus.
En 324, Constantin, éliminant tous ses rivaux, reconstitue l’unité de l’empire ; l’Orient et l’Occident relèvent alors d’un unique empereur. Instable, cette unité est définitivement rompue après la mort de Théodose, en 395. Il a partagé l’Empire entre ses fils. Il ne le sait pas, mais ce partage sera définitif, les deux parties, l’Orient et l’Occident, s’éloignant progressi-vement l’une de l’autre.
vLa fin du 3esiècle et le 4esièclevoient s’effondrer ce qui restait de la puissance de l’empire d’Occident.
La coupure entre Orient et Occident, après 395, fragilise un peu plus ce dernier. À l’intérieur, querelles de pouvoir et divisions minent la vie politique et l’économie ; aux frontières, le danger de plus en plus pressant des invasions barbares menace la sécurité1.
La vie d’Augustin se déroule dans ce contexte de troubles graves. Dans le chaos, les évêques un peu partout sont le soutien du peuple. Citons : Ambroise de Milan, né à Trèves vers 340, et mort en 397 ; Exupère, évêque de Toulouse (mort en 415) ; et bien sûr Augustin.
Aux difficultés politiques, se joignent celles à l’inté-rieur de l’Église : les controverses théologiques, tant en Occident qu’en Orient, la déchirent, mais aussi des querelles personnelles. Positivement, c’est l’époque où se réunissent les grands conciles qui s’attachent à maintenir ou rétablir l’unité de la foi.
À la fin du livre (Annexe, P. 161), on trouvera quelques précisions sur les hérésies et schismes principaux de cette époque. Rappelons simplement ici les dates des grands Conciles œcuméniques ; Augustin est mort juste avant le Concile d’Éphèse, mais il a connu les deux premiers.
Nicée(325)
Constantinople(381)
Éphèse(431)
Chalcédoine(451)
1. Pour un rappel historique de cette époque, voir dans la Collection La Manne des Pères : La Vie de Benoît de Nursie,par saint Grégoire le Grand (N° 5) ; La Vie de Martin, par Sulpice Sévère (N°7).
15
DATES PRINCIPALES D’AuguSTIN
Jeunesse
354: Naissance le 13 novembre, à Thagaste, en Numidie, aujourd’hui Souk Ahras en Algérie, de Patricius, un petit propriétaire, païen, et de Monique qui est chrétienne.
361: Fréquente l’école de Thagaste.
Vers 365: À Madaure, il étudie la grammaire et l’art oratoire pendant presque deux ans.
370: Vers l’automne, part étudier à Carthage pour y terminer ses études.
371: Mort de son père Patricius.
Début de sa liaison avec une femme à laquelle il restera fidèle pendant 14 ans.
372: Naissance d’un fils, Adéodat.
Augustin devient manichéen2. Il lit l’Hortensiusde Cicéron et découvre la philosophie.
373: Professeur de littérature à Thagaste.
374 : Ambroise, évêque de Milan.
375 : Gratien empereur à Milan.
376: Augustin est professeur à Carthage, la capitale de l’Afrique romaine.
378 : Théodose empereur. En 380, le christianisme devient religion d’État.
2. Mani (216-276), d’origine perse, est un personnage étonnant ; il est tout ensemble poète, visionnaire, fondateur d’une école de pensée. Sa doctrine est connue sous le nom de manichéisme. Un des points importants : tout est séparé en deux, car deux principes, le bien et le mal, sont à l’origine de tout. C’est ce qu’on appelle le dualisme. Mani affirme en particulier que chacun possède deux âmes, une bonne (venue de Dieu, de la lumière) et une mauvaise (venue du mal, des ténèbres). Le manichéisme connut un grand essor et fit des adeptes jusqu’en Chine. L’adhésion d’Augustin au manichéisme a duré neuf ans.
16
Vers 380: Augustin écrit un ouvrage sur la beauté.
383: Rencontre de l’évêque Faustus, manichéen. Départ pour Rome où il enseigne pendant un an.
384: Professeur à Milan, la capitale où réside l’empereur Théodose. Là, il rencontre Ambroise et se lie d’amitié avec Alypius et Nébridius.
385: Sa mère Monique le rejoint à Milan.
Chrétien
Été 386: Sous l’influence d’Ambroise, Augustin lit des ouvrages néoplatoniciens traduits du grec en latin. Il lit les lettres de l’apôtre Paul.
Ponticianus, haut fonctionnaire à la cour impériale, parle à Augustin et à ses amis de la vie d’Antoine, le père des moines, écrite par Athanase d’Alexandrie3. C’est une étape décisive vers la conversion, qu’Augustin racontera dans son livre : les Confessions. La « scène du jardin » à Milan4, est célèbre.
Un ami, Verecundus, met sa propriété de Cassiciacum à sa disposition. Augustin s’y retire avec Monique, sa mère, son fils Adéodat, son ami Alypius et quelques autres.
24-25 avril 387: Augustin est baptisé au cours de la veillée pascale, ainsi qu’Adéodat et Alypius.
388: Alors qu’ils sont sur la route du retour en Afrique, Monique meurt à Ostie.
Après quelques mois passés à Rome, Augustin regagne l’Afrique à l’automne et s’installe à Thagaste dans la
3. Voir dans la Collection La Manne des Pères (N° 2) : La Vie d’Antoine,par Athanase d’Alexandrie.
4. Voir dans la Collection La Manne des Pères (N° 3) : J’ai soif de toi,Commentaire de psaumes par Augustin.
17
maison de ses parents, avec Alypius, Evodius, Sévère et Adéodat. Il vend ses biens et les donne aux pauvres. Ils mènent une vie de moines pendant 3 ans.
Vers 389: Mort d’Adéodat et de Nébridus. Augustin rédige plusieurs ouvrages dont un Traité sur la musique, un sur les Manichéens, un autre sur la vraie religion.
Hippone
391: En janvier, Augustin se rend à Hippone, l’actuelle ville d’Anaba. Alors qu’il entre dans la cathédrale, stupéfait, il entend le peuple clamer : « Augustin, prêtre ! »
Valère, le vieil évêque d’Hippone, lui donne un jardin près de l’église pour qu’il installe son monastère. Il écrit une Règle5qui a servi de modèle à de nombreuses règles religieuses par la suite.
Vers 392: Début des commentaires sur lesPsaumes.
395 : Mort de l’empereur Théodose. Ses fils se partagent l’empire.
396: Mort de Valère, évêque d’Hippone. Augustin lui succède.
Entre 397 et 400: Rédaction desConfessions.
401 : Innocent Ierpape. Arrivée des Wisigoths en Italie.
409 : Arrivée des Vandales en Espagne.
Le 24 août 410, chute de Rome aux mains des Wisigoths d’Alaric. Des réfugiés romains arrivent en Afrique, dont le moine Pélage et son disciple, Julien d’Eclane dont Augustin combattra l’enseignement.
412 : Arrivée en Afrique des Goths ariens avec leur évêque
5. Voir dans la Collection La Manne des Pères (N° 10) : La Règle de saint Augustin.
18
Augustin commence à écrire La Cité de Dieu.
426: Il commence à réviser ses ouvrages.
429 : Les Vandales venant d’Espagne arrivent en Afrique du Nord.
430 : Le 28 août, Augustin meurt à Hippone, alors que la ville est assiégée par les Vandales.
SERMONS SUR LA PREMIÈRE LETTRE DE JEAN
C’est la semaine de Pâques, sans doute de l’année 4076, qu’Augustin prononce cette série de sermons. Dans l’Église ancienne, il est traditionnel que les nouveaux baptisés (de la Nuit de Pâques) reçoivent, pendant la semaine pascale, un complément de formation : il est généralement donné par l’évêque. Augustin choisit de commenter la Première Lettre de Jean, un écrit qui lui est cher. Comme il le dit dans le Prologue : « Elle est douce pour tous ceux qui sont capables, avec Jean, de goûter le pain de Dieu.»
Le commentaire comprend dix Sermons. Augustin va prêcher tous les jours de la semaine de Pâques, puis il continuera parfois le samedi et le dimanche pendant le temps pascal jusqu’à l’Ascension. Les deux derniers Sermons sont apparemment prononcés le samedi et le dimanche de l’Octave de l’Ascension.
Augustin ne parviendra pas au bout de la Lettre de Jean : le commentaire s’arrête au verset 2 du chapitre 5.
6. Selon les recherches les plus récentes. La date admise a été longtemps 415.
19
Imaginons-le dans son église d’Hippone. Augustin est généralement assis sur son siège d’évêque, et le peuple est debout devant lui, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Il n’a pas de rouleau en main, il cite la Bible de mémoire, car il la connaît par cœur et il parle avec la spontanéité d’un père qui aime son peuple. C’est aussi un frère, savant et accueillant, qui puise sa science dans l’étude et la prière.
Le style
Augustin explique le texte verset après verset : tantôt il fait un bref commentaire, tantôt il s’étend davantage. Les digressions sont nombreuses et il intercale quelquefois le commentaire des textes lus durant la célébration du jour. Ainsi, le Sermon 2 commence par un long commentaire de l’Évangile de ce jour : les disciples d’Emmaüs (Luc 24, 13-35).
La Bible est le trésor dans lequel il puise sans cesse. Volontiers il oppose deux affirmations qui à première vue semblent contradictoires, ceci afin d’éclairer par la Bible elle-même le passage qu’il explique. Ainsi peu à peu, il permet à ses auditeurs de se laisser imprégner par la Parole de Dieu, d’en pénétrer le mystère ; la Parole, il faut la goûter, s’en nourrir jusqu’à en éprouver de la joie !
Sa vaste culture lui permet d’improviser et de suivre son inspiration. C’est le charme des sermons à la fois très construits et si spontanés. Augustin ne renoncera jamais à « bien parler », même quand il s’adresse à un auditoire très simple. Il y a du musicien
20
chez Augustin : il aime les mots, ils chantent en lui et il aime les faire chanter ! Plus profonde qu’un jeu esthétique ou rhétorique, sa jubilation est communi-cative, parce qu’elle est transmission de l’expérience spirituelle.
On ne soulignera jamais trop la familiarité chaleu-reuse avec laquelle l’évêque s’adresse à son peuple. Il pose beaucoup de questions, répète plusieurs fois la même chose. Il n’hésite pas à interpeller son auditoire sur l’attention ou l’inattention de son écoute ! Sa voix n’est pas très forte, mais il a le souci d’enseigner dans un langage clair, imagé, accessible à des gens peu lettrés. Il va alors puiser dans l’expérience quotidienne, non sans une ironie qui fait mouche souvent.
Un exemple parmi d’autres : le sujet traité est l’humilité – un sujet brûlant, tant nous avons tendance à biaiser avec la vérité de ce que nous sommes ! De quel stratagème allons-nous user pour finalement « avoir l’air » de gens bien ?
Nous n’allons pas dire que nous sommes justes, mais en fait c’est par peur d’être mal vus et traités d’arrogants. Voilà comment s’y prennent ceux qui sont sans foi ni bon sens : « Je sais bien que je suis juste, mais qu’est-ce que je vais dire devant les gens ? Si je dis que je suis juste, qui va m’accepter, qui va me supporter ? Ma justice est connue de Dieu, mais moi, je vais dire que je suis pécheur. Ce n’est pas que je le suis, mais il ne faut pas que j’ai l’air arrogant et qu’on me déteste.
La conclusion, l’évêque la donne avec un petit sourire et… une formule oratoire des mieux tournées : Dis aux gens ce que tu es. Dis à Dieu ce que tu es. (1, 6)
21
On sent un auditoire actif, qui réagit aux paroles de son évêque : il applaudit quand il est touché, il crie, trépigne ou pleure. Et Augustin de son côté vibre avec son peuple. C’est un orateur qui connaît son métier, bien sûr, mais c’est un croyant : « Pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien » (Sermon 340). Il enseigne puisqu’il en a reçu la charge, mais en restant tourné, avec ses frères, vers l’unique Enseignant, le Christ.
« Pourquoi est-ce que je vous parle, pourquoi suis-je assis ici, pourquoi est-ce que je vis, si ce n’est pour que nous vivions ensemble chez le Christ ? Voilà mon désir, mon honneur, ma gloire, ma joie, voilà mon domaine ! » (Sermon 340).
L’unité de l’Église, Corps du Christ
La situation de l’Église d’Afrique à cette époque explique qu’une grande partie du commentaire de la Première Lettre de Jean porte sur la charité fraternelle, l’amour des ennemis, la solidarité entre les chrétiens, membres du Corps du Christ. L’unité de l’Église est au cœur du souci d’Augustin.
L’apôtre Jean combattait ceux qui refusaient de croire que Dieu, dans le Christ, est devenu être humain. Augustin se trouve affronté à une division dans l’Église d’Afrique : la foi au Christ n’est pas en cause, mais le problème est celui du pardon. Même si leur foi au Christ est juste, des chrétiens rejettent des membres du Christ : ils se coupent alors de lui.
22
Le donatisme
Le “donatisme”7s’origine dans une vaste question qui a secoué l’Église entière : lors des persécutions, des baptisés avaient renié la foi. Certains, après la persé-cution, demandèrent à revenir dans l’Église : que faire ? Pardonner à ceux qui avaient trahi ou les exclure de la communauté ? À Rome et ailleurs, on choisit le pardon, au nom de la miséricorde dont le Christ est la source.
En Afrique, le schisme éclate en 312 : le mouvement est lancé par un évêque, Donat. Rigoriste, il conteste la validité de l’élection de l’évêque de Carthage, Cécilien, accusé d’être “traditeur”, c’est-à-dire d’avoir “livré les Écritures” pour sauver sa vie, lors des dernières persé-cutions précédant la paix de 3138.
Les donatistes s’érigent en une Église de purs ; ils reprochent aux catholiques9leur indulgence. Devant leur prétention à se réserver l’étiquette de “martyrs”, Augustin rétorque : « On ne devient pas martyr par le châtiment, mais par la cause » (Sermon 274).
Ils rejettent la validité des sacrements catholiques, du fait de la prétendue indignité de ses ministres. Augustin va élaborer la théologie des sacrements : ils opèrent par eux-mêmes et non en dépendance de la qualité morale des ministres.
7. On trouvera en Annexe (P. 163) des détails sur Donat et le donatisme.
8. L’Édit de Milan, ou Édit de Constantin, signé par les deux empereurs, d’Orient et d’Occident, en avril 313, permet à chacun « d’adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel ». C’est la « Paix de l’Église ».
9. Le terme, dans les premiers siècles, ne renvoie pas au catholicisme devenu confession particulière. Comme d’ailleurs l’adjectif orthodoxe, il désigne la rectitude de la foi. Les deux termes s’opposent à hérétiques ou schismatiques.
23
Son argumentation se structure solidement : l’Église est le Corps du Christ, unifiée par l’Amour, dans l’Esprit. C’est en se séparant d’elle que l’on rend vaine l’efficacité des sacrements. L’Église catholique est sainte, parce qu’elle est le “Corps” du Christ. Le Christ est la Tête, les chrétiens sont ses membres, des membres qui doivent sans cesse rendre leur vie meilleure pour imiter le Christ.
L’unité, répète Augustin, a son point d’appui dans le thème évangélique de l’universalité qui traverse l’ensemble des Sermons. Comment reconnaître qu’on est dans l’erreur ou pour le dire autrement qu’on est de ces « contre Christ10» dont parle la Lettre de saint Jean ? Difficile question à laquelle Augustin répond : le « contre Christ », c’est celui qui exclut, qui prétend être le seul à avoir la vérité. Voilà qui va permettre un discer-nement : exclure trahit l’opposant. La Bonne Nouvelle s’adresse, dès le début, à l’ensemble du monde. L’Église est une et répandue sur toute la terre ; s’en détacher, même au prétexte de pureté, est signe d’arrogance et d’erreur.
Le Corps du Christ est constitué de saints et de pécheurs. S’inspirant de la miséricorde du Christ, Augustin, à la suite de l’Église de Rome, a choisi la voie du pardon : ceux qui avouent leurs fautes sont réintégrés dans la communauté catholique, ce que refusent les partisans de Donat.
10. Le terme «antichrist» ne se trouve, dans les Écritures, que dans les épîtres de Jean. On l’a, et jusqu’à aujourd’hui, largement réutilisé, non sans fantaisie souvent. Il représente l’adversaire, du Christ et des hommes qu’il veut dresser contre Dieu. Nous choisissons la traduction « Ennemi du Christ ».
24
L’unité, une exigence essentielle
Les donatistes sont encore nombreux dans la région. C’est à eux, certes, qu’Augustin s’adresse, les exhortant à l’humilité et au retour à l’unité. Mais le propos est plus large : dans l’Église, il y a à la fois des saints et des pécheurs, du bon grain et de la paille. Les membres sont parfois touchés par des abcès purulents (P. 94). La critique ne porte pas seulement sur les donatistes qui sont sortis de l’Église : Augustin n’est pas aveugle sur les défauts de sa propre communauté : Il y a dans l’Église des gens qui ne sont pas fidèles : ils ne disent pas la vérité, ce sont des bandits, ils consultent les sorciers, ils couchent avec n’importe qui, ils boivent trop, ils volent, ils sont malhonnêtes en affaires et font bien d’autres choses. Je ne peux pas tout énumérer… (P. 102).
Amour, lumière, unité… Les thèmes qu’Augustin puise avec enthousiasme dans la Lettre de Jean, demeurent brûlants d’un bout du temps à l’autre, d’un bout du monde à l’autre. La question de la miséricorde et de l’unité demeure centrale : de la première commu-nauté apostolique aux contemporains d’Augustin, de l’Église ancienne à celle d’aujourd’hui, l’exigence de l’unité dans l’amour reste toujours actuelle.
Aime et fais ce que tu veux !
Dire que Dieu est charité, c’est la louange la plus belle qu’on peut exprimer, je crois qu’il n’y en a pas de plus grande. Louange brève, louange magnifique ! […] Que Dieu soit ta maison, et sois la maison de Dieu. Vis en Dieu, et que Dieu vive en toi(Tome 2, Sermon 9, 1).
25
Augustin est intarissable quand il s’agit de l’amour, celui de Dieu pour nous et celui que nous lui rendons. L’expérience fondatrice de sa conversion ne s’est jamais émoussée : Dieu nous aime le premier ; aussi bas que nous nous enfonçons, il vient nous chercher. Et nous désirons aimer en retour…
J’ai tant de joie à parler de l’amour, que je ne voudrais pas arriver à la fin cette Lettre. Nulle part ailleurs il n’y a une si belle louange de la charité. Rien de plus doux ne peut vous être enseigné, on ne peut rien boire de meilleur, s’exclame-t-il à la fin du Sermon 8 (Tome 2).
Sans se lasser, il répète que la charité est le signe qui distingue les chrétiens. Le Christ nous a laissé un seul commandement, celui de nous aimer les uns les autres. La charité est répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint et elle nous unit à Dieu qui est Amour.
C’est dans le Sermon 7 (Tome 2) qu’il prononce la phrase célèbre que l’on cite souvent : Aime et fais ce que tu veux.
Une telle déclaration peut prêter à confusion si on la prend dans le sens d’une permissivité à tous vents. Voyons déjà l’ensemble dans lequel elle se situe :
Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par amour. Si tu parles, parle par amour. Si tu corriges, corrige par amour. Si tu évites de corriger, que ce soit par amour. Que la racine de l’amour soit au fond de ton cœur. De cette racine, il ne peut sortir que du bien. En effet, si nous avons l’amour dans le cœur, cet amour sera la source de toutes nos actions : nous ne pourrons faire que le bien.
Ce passage est l’aboutissement de toute une méditation sur l’amour. En latin, il y a trois mots
26
pour dire aimer : Augustin en joue volontiers, même si l’emploi qu’il fait de chacun ne correspond pas systé-matiquement à un choix déterminé. Ici, l’intention est claire : il dit non pas « ama», mais « dilige».
Dans le Sermon 5 (P. 129), il s’est longuement interrogé sur le commandement de l’amour qui a donné la solution au problème de l’apparente contradiction trouvée dans la Lettre de saint Jean : Tous ceux qui sont enfants de Dieu ne commettent pas de péchés, or Si nous disons “Nous n’avons pas de péché”, nous nous trompons, et la vérité n’est pas en nous.Donc, dit l’évêque, il doit y avoir un “ péché particulier”que ne commettent pas les enfants de Dieu. Quel peut-il bien être ? Le péché contre l’amour.
Comment cela ? Parce que le commandement unique de Jésus est celui de nous aimer (diligere): c’est le seul ordre qu’il nous a laissé. Aller contre, c’est ouvrir la porte à tous les abus, tous les péchés. Est enfant de Dieu celui qui ne pèche pas contre l’amour.
Voyons, est-ce possible ? Non, évidemment ! C’est pourquoi nous ne pourrons jamais dire que nous n’avons pas de péché. Pourtant, il est possible de choisir, à chaque chute, de ne pas rester dans la faute :
C’est Dieu qui nous rend purs. Mais il ne le fait pas malgré toi. Donc, quand tu unis ta volonté à celle de Dieu, tu deviens pur. Tu te rends pur, non par tes propres forces, mais grâce à celui qui vient habiter en toi (P. 123).
Nous reprendrons la question du péché dans les Jalons (P. 157), mais il est essentiel de toujours la replacer comme le fait Augustin : dans la perspective de l’amour.
27
Tel est le message fondamental de la Lettre de Jean, même si d’autres thèmes s’y entrelacent ; tel est le message que veut transmettre l’évêque à son peuple. Écouter l’Esprit qui vit en nous, écouter le Christ qui nous l’a donné, voilà le chemin qui nous permet d’aimer le Père, le Fils et l’Esprit Saint et d’aimer nos frères et sœurs, quels qu’ils soient, même nos ennemis, afin qu’ils deviennent nos frères et nos sœurs.
Le Christ a voulu faire de son Église une grande famille, catholique, c’est-à-dire qui ne se limite ni à une ethnie, ni à une tribu, ni à une race ni à une nation ni à un continent. Il a donné sa vie pour cela. À cet amour, nous serons reconnus comme ses amis.
Plan
Sermon 1
L’Incarnation [1-3]
Dieu est lumière [4]
La nuit et le péché [5-8]
Le commandement de l’amour [9-12]
Danger de la séparation (schisme donatiste) [13]
28
Sermon 2
Digression sur l’Évangile des disciples d’Emmaüs [1-3]
Les enfants, les parents, les jeunes [4-7]
Amour de Dieu et amour du monde [8-10]
Tentations par les désirs [10-14]
Sermon 3
Grandir [1]
Brève digression sur l’Évangile de Jean 20, 17-27 : toucher le Christ [2]
Ennemis du Christ (ceux qui ont quitté l’Église et ceux qui sont toujours dans l’Église) [3-10]
Promesses de Dieu, force sur la route [11-12]
Le Maître intérieur [13]
