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Une relation imposée par la technologie unit désormais Illan, de la planète Hodrion, et Léna, une terrienne.
Illan vit sur la planète Hodrion. Le jour de ses dix-sept ans, la technologie nommée Destinée va lui dévoiler l'identité de sa nouvelle moitié. Il n'y a pas de choix possible. Le visage qui apparaît sur l'écran est troublant, envoûtant, c'est Léna...une terrienne.
Plongez sans plus attendre dans ce roman futuriste et fantastique, et découvrez une histoire d'amour hors du commun !
EXTRAIT
J’ai dû me procurer un de ces fameux gadgets que possèdent une bonne partie des humains en âge d’aller au Lycée. Il faut dire que je me suis fait un peu charrier par la bande quand ils se sont aperçus que je n’avais pas de téléphone portable. Alors j’ai prétexté qu’on m’avait volé le dernier et que je n’avais pas envie d’en avoir un autre, trop déçu d’avoir perdu tous mes contacts, photos et vidéos d’un coup. Ils m’ont cru sans tortiller. Plus les jours passés, plus je les voyais échanger des informations via leurs téléphones. Donc après des recherches en compagnie de Jonaz, j’ai décidé qu’il était temps pour moi d’avoir un de ces objets à la mode autant par souci d’intégration que de curiosité. Pour ces raisons, depuis samedi matin, j’ai un téléphone qui correspond à mes besoins et surtout qui se fond dans la masse. J’ai échangé mon numéro avec toute la bande lors de notre sortie à la patinoire. Ils ne m’ont pas raté en me rappelant ce que je leur avais donné comme prétexte pour ne plus en avoir, mais ils étaient néanmoins satisfaits. Ils étaient tous d’accord pour dire que ce serait plus facile de se contacter à l’avenir et surtout plus cool. Toute la bande m’a donc arraché mon téléphone pour y rentrer son 06 comme ils disent si bien.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Stéphanie Lagalle est une romancière née à Cherbourg, en Normandie. L'imaginaire est très présent dans sa vie, notamment dans ses lectures et le cinéma. C'est une passionnée du monde animal. Elle aime ajouter à ses écrits une dose de magie voire même de surnaturel.
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Seitenzahl: 327
Veröffentlichungsjahr: 2018
Tu es ma destinée
Stéphanie Lagalle
Tu es ma destinée
Roman
© Lys Bleu Éditions–Stéphanie Lagalle
ISBN : 978-2-37877-288-8
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
L’amour ne connaît pas les distances”
Honoré De Balzac
Je m’appelle Illan, j’ai dix-sept ans en âge terrien. Je n’appartiens pas à votre monde.
Ma planète se nomme Hodrion, elle est très différente de la vôtre. Contrairement à la terre, Hodrion vit en harmonie avec ses habitants qui la respectent et la protègent. Nous n’avons qu’un continent, qu’un océan, mais il fait le tour de notre planète. Nos espèces animales sont différentes des vôtres même si elles ont un air de famille. Nous avons aussi un soleil, disons que nos planètes se ressemblent à bien des égards. Notre point fort est la technologie très avancée, nous avons à peu près deux siècles d’avance sur la Terre pour vous donner une idée. Disons que grâce à cela, nous pouvons vivre presque éternellement si nous évitons les accidents bien entendu.
Je sais que vous vous demandez à quoi je ressemble, n’est-ce pas ? Eh bien, mon apparence physique est identique à celle des terriens de race blanche. En fait, avant d’apprendre à connaître la planète Terre, je n’avais jamais vu d’êtres à la peau plus foncée, ça peut paraître bizarre pour vous mais chez moi c’est comme ça tout simplement. La pigmentation de notre peau est adaptée à la densité de notre soleil, j’imagine. En ce qui concerne mes yeux, ils sont bleus comme bon nombre d’humains et mes cheveux sont dorés, ah oui c’est vrai vous dites « blonds » chez vous. Je mesure 1,85 m ce qui est un petit peu plus grand que la moyenne humaine mais sur ma planète je ne fais pas partie des plus grands, d’ailleurs, j’ai un ami qui mesure 2,20 m et ce n’est pas rare. Pourquoi je vous dis tout ça ? Eh bien parce que mon monde et le vôtre devaient se rencontrer un jour bien précis, le jour de mes dix-sept ans...
Le professeur en tenue ergonomique blanche me fit signe de le rejoindre. Nous n’étions qu’une dizaine de jeunes gens du même âge dans cette grande pièce bordée de machines. Je n’en connaissais aucun. J’avais reçu ma convocation quelques jours auparavant comme mes congénères en âge de s’accoupler. Je m’étais donc rendu au bâtiment nommé Source de la ville mère Argonia et j’avais attendu d’être appelé. Il faut dire que nous n’avons pas le droit ni ne pouvons nous accoupler avant d’être appelés. C’est comme cela, et lors de l’adolescence, nous attendons que ce jour arrive avec impatience. La reproduction est très limitée sur notre planète, seuls les couples élus peuvent procréer. Lorsque je me suis rendu dans la pièce où tous les appelés étaient réunis, j’avais tout de même pris le temps de regarder les autres, les êtres de sexe féminin plus particulièrement. Ma moitié était là dans cette pièce, j’avais du mal à y croire, j’étais excité mais n’en laissais rien paraître. Qui serait ma moitié ? Cette question m’obsédait. Je les regardai sans m’attarder car c’est impoli de fixer quelqu’un. Personne n’avait prononcé un seul mot jusqu’au moment où je fus appelé.
Je me frayai un chemin parmi les jeunes gens qui m’entouraient. J’étais le premier, je sentis les regards me suivre jusqu’à laDestinée, cette machine innovante qui permet de savoir avec qui nous devons nous accoupler. Cet outil ultra-perfectionné était moins grand que dans mes songes, sa couleur blanche me surprit, je ne l’avais pas imaginée ainsi.
L’homme qui me faisait face était un spécialiste, une de ces personnes habilitées à utiliser La Destinée. Je songeai en le regardant qu’indirectement je remettais ma vie entre ses mains. Je ne savais pas s’il en avait conscience ou non. D’ici quelques instants ma vie prendrait un nouvel élan, un véritable tournant.
Il me désigna une espèce de levier chromé en forme de poire et il me posa un casque blanc recouvrant mes oreilles sur la tête, directement relié à la machine.
Je m’exécutai avec sérieux et restai debout puisqu’il n’y avait pas de siège à proximité.
À l’aide d’une oreillette, il appela un de ses collègues qui arriva quelques minutes plus tard. L’attente était interminable.
Quelques minutes plus tard, ils revinrent vers moi avec des visages fermés. Le professeur prit la parole :
Je crois qu’à cet instant ma respiration resta en suspens. Il poursuivit en me scrutant avec une certaine compassion.
Cette information atterrit dans mon cerveau comme une bombe. J’eus besoin de quelques secondes et d’une grande inspiration avant de pouvoir poser la moindre question. Je pris sur moi après un moment de répit car il fallait que je sache, que je comprenne ce qui était en train de m’arriver.
Les deux hommes se regardèrent interdits. Le professeur reprit la parole :
Je ne suis pas du genre nerveux mais quand une telle situation arrive je peux monter en pression assez vite.
Il me fallait baisser les armes, je savais que je n’aurais pas plus d’informations aujourd’hui, et ce quoique je fasse. Je devais patienter un point c’est tout.
Ma vie n’avait pas pris le tournant que j’espérais, j’étais horriblement déçu et ma soirée en fut bouleversée. Mes parents qui m’attendaient avec impatience dans le canapé, m’accueillirent avec un large sourire, puis voyant mon expression, se rendirent compte que quelque chose n’allait pas. Leurs sourires s’envolèrent pour laisser place à des mines soucieuses.
Je leur rejouai la scène qui s’était déroulée un peu plus tôt. Leur réaction ne se fit pas attendre et fit écho à la mienne, ils étaient abasourdis. De mémoire, jamais ils n’avaient entendu pareille histoire. Pour tout dire cela ne me réconforta pas du tout, c’était même le contraire. Pourquoi fallait-il que cela tombe sur moi ? Qu’avais-je fait pour mériter cela ? J’achevai de m’acharner sur mon sort en pensant aux neuf autres adolescents qui avaient, à cette heure-ci, trouvé avec succès leur moitié et qui devaient être si heureux à cet instant. Jamais je n’aurai imaginé un tel scénario pour cette journée qui devait être une de celles qu’on marque d’une pierre blanche et que l’on garde en mémoire toute sa vie. Non, rien ne s’était déroulé comme je l’avais prévu.
Mes parents tentèrent de me réconforter et finirent par me conseiller d’attendre calmement le rendez-vous avec le Professeur Schratzor dès le lendemain. Lui seul pourrait solutionner cette intrigue, sa réputation n’était plus à faire et il avait toute leur confiance. Je partis me coucher frustré, le moral dans les chaussettes, avec une pastille de « bonheur » à sucer pour m’aider à faire de beaux rêves. Tout en m’endormant, je fis le vœu de ne pas en avoir l’utilité toutes les nuits du restant de ma vie.
La nuit fut douce malgré mes péripéties de la veille, je me réveillai donc calme et décontracté. Il était huit heures trente du matin. Je n’étais pas pressé, aujourd’hui je ne travaillais pas, j’étais dispensé vu les événements qui me frappaient de plein fouet. L’institut qui m’employait était chargé de surveiller la symbiose de notre planète. À la sortie de mes études, j’avais été employé comme biologiste. Ce travail me plaisait énormément et je m’épanouissais un peu plus chaque jour au contact de la nature. L’infiniment grand et l’infiniment petit étaient complémentaires dans mon métier et ces opposés captaient toute mon attention.
Bien décidé à me sortir du mauvais pas dans lequel j’étais tombé, je me levais du bon pied. J’espérais qu’une solution me serait apportée au cours de la journée pour trouver Léna, ma Léna. Depuis que j’avais vu son visage, je ne pouvais l’effacer de mon esprit, je ne cessais de penser à elle et je la voyais partout. L’amour est un phénomène étrange et fascinant à la fois. Quand je pense que je ne connaissais même pas l’existence de cette jeune femme hier matin, ces dernières vingt-quatre heures avaient été éprouvantes et m’avaient reprogrammé en quelque sorte. Je me sentais différent, j’avais comme un vide dans la poitrine, une sensation très désagréable. Il fallait que je me rende à l’évidence plus rien ne serait comme avant.
*
**
La matinée s’écoula lentement, mais l’heure de mon rendez-vous sonna enfin. Je partis donc en direction du centre-ville d’Argonia avec mon Trion, ce qui ressemble de plus près au skate-board sur la planète Terre. C’est un moyen de transport efficace, non polluant et très répandu. La différence est qu’il est très rapide et fait partie de notre technologie avancée.
Je m’explique, nous avons réussi à utiliser la force du vent pour nous déplacer à notre gré, je possède comme presque tous me congénères une planche aérodynamique qui me permet de surfer dans les airs à la vitesse que je souhaite aussi loin que je le désire, il faut juste porter une tenue adaptée qui fait corps avec l’air et un casque spécial aérodynamique. Tout cela relève de la science physique, je ne m’étendrai pas sur ce sujet ce n’est pas ma tasse de thé. En tous cas, je pense que cette invention ferait un malheur chez vous. C’est donc en trion que j’arrive devant le bâtiment Source. Ce tas de pierres qui m’avait laissé un goût amer lors de ma première visite. J’essayais de me convaincre que tout allait rentrer dans l’ordre dans quelques instants et que je rentrerai dans la norme en trouvant ma moitié sur ma planète.
Le professeur m’accueillit avec son collègue, le même qu’hier. Bizarre.
Nous restâmes silencieux lors de la traversée du bâtiment et des couloirs à rallonge.
Il me fit entrer le premier dans la salle tant convoitée par les adolescents. Peu de gens pouvaient se vanter d’y être allés à deux reprises. Je gardai mon humour de mauvais goût pour moi.
Je pris le temps de les regarder tous les deux pour essayer de lire à travers eux. Leurs visages exprimaient le doute mais aussi l’espoir, je pris une profonde inspiration :
Le professeur Schratzor acquiesça.
Tout se déroula comme la veille, je fus équipé d’un casque et je dus positionner ma main sur un levier chromé et le pousser vers le Nord.
Ne me demandez pas pourquoi, mais j’ai fermé les yeux un instant en attendant que la machine scelle mon destin une bonne fois pour toutes. Je savais que le résultat s’était affiché instantanément...
Les deux hommes se retirèrent un instant, manifestement inquiets du verdict de la machine. Je ne pus m’empêcher de me rapprocher pour lire les indications qu’il y avait sur tous les écrans. Je décidai de consacrer ces quelques secondes pour graver dans mon esprit le maximum d’informations concernant ma promise. Mon instinct prit le dessus sur ma raison.
Tout, je voulais tout savoir à son sujet, son nom, son lieu de résidence exact, son histoire, ses traits de caractère... plus j’en saurai et plus ma curiosité serait satisfaite.
Au fur et à mesure que mon cerveau se gavait de ses informations, mon cœur s’accélérait. Je sentais que quelque chose me poussait à agir et vite.
Devant autant de pessimisme, je serrais les poings pour me retenir de tout casser, d’exploser cette maudite machine qui avait brisé ma destinée en affichant l’image angélique d’une jeune femme parfaite que je n’aurais jamais.
*
**
Deux jours passèrent avant que je ne mette un plan digne de ce nom sur pied. Je n’abandonnai pas, il faut dire que je suis un vrai partisan de « qui ne tente rien, n’a rien ! » En effet, que deviendrais-je sans l’amour de ma vie, sans celle qui m’est destinée ? Depuis que le verdict était tombé, ma vie n’avait à mes yeux plus aucun sens. Alors je devais réagir et me donner une chance d’être heureux. Même si je n’y arrivais pas, au moins je m’en serais donné les moyens, et sur ces derniers je ne comptais pas lésiner.
Dans ma tête tout était à présent clair, j’avais décidé de partir pour la planète Terre afin de rencontrer Léna. Tout se mit en place rapidement, il faut dire que c’était devenu obsessionnel, je l’avoue. Je ne mis personne au courant de mes projets de peur d’en être dissuadé. Mon projet nécessita toute mon énergie et ce qu’il me restait de raison. J’avais loué une navette spatiale intersidérale, toutes mes économies y passèrent mais c’était un investissement pour mon avenir, je le voyais comme cela. Je décidais de laisser un mot d’explication à mes parents, je m’enregistrai donc par le biais d’un Messager holographique. Ils pourraient le consulter dès leur retour. Je regardai une dernière fois ma maison et tout ce qui l’entourait, mon cœur se serra... et si je ne revenais pas ? Je partais à l’aventure, seul. Ma raison m’interpella en me rassurant, c’est toujours dur de partir à l’aventure même si une part de soi est excitée l’autre reste sur sa réserve.
Je me mis mentalement un coup de pied aux fesses et montai dans la navette. Je m’installai confortablement et commençai par rentrer les coordonnées de la Terre dans le pilotage automatique. Après toute une série de vérifications et de programmations, j’actionnai enfin la commande de démarrage. J’avais confiance en mes gestes et connaissances, ce n’était pas la première fois que je voyageais dans l’espace, le seul point inédit était que je le faisais seul.Je décidai de prendre cela comme un défi, une expérience. Je décollai sans encombre et traversai l’atmosphère d’Hodrion. Il ne me fallut qu’une poignée de minutes pour me retrouver dans l’espace entouré d’étoiles. C’était toujours aussi époustouflant de voir un tel spectacle, je ne m’en lassais pas. Mon voyage serait de courte durée, à peine six heures. Cela me réjouit, j’avais encore deux ou trois choses à régler avant d’arriver à destination, je devais préparer minutieusement mon arrivée. Je m’y mis sans plus tarder.
*
**
La planète Terre en vue, je ressentis une certaine nervosité, cela ne me ressemblait pas et pourtant c’était bien réel. L’amour est un sentiment nouveau pour moi, si étrange, il a déjà des répercussions sur mon corps et sur mon cœur alors que je n’ai même pas encore rencontré Léna. C’est un pouvoir d’attraction énorme qui me subjugue complètement. Dans quel état serais-je quand je lui parlerai pour la première fois ? Tout cela commençait à m’inquiéter sérieusement. Je passais en mode furtif pour ne pas être détecté par les satellites mis en orbite.
J’arriverai dans le quartier de Léna de jour, je l’avais compris en observant la position du soleil. Cela ne contrariait pas mes plans puisque ma navette était invisible aux yeux des humains grâce à une option très utile. Moi-même, je pouvais me rendre invisible grâce à une sorte de montre aux capacités quasiment illimitées. Un gadget baptisé Gégo dont je ne me séparais jamais.
Mon voyage touchait à sa fin, je me posais enfin à un kilomètre trois cent cinquante du lieu d’habitation de Léna. J’avais réussi à trouver un champ assez grand et inoccupé pour poser ma navette. Tout se déroulait comme je le voulais. J’avais du mal à réaliser ce qui m’arrivait, j’étais sur la terre non loin de ma destinée. Une telle proximité avec Léna était presque magique. Je me sentais comme dans un de mes plus beaux rêves, j’étais heureux d’arriver sur cette planète pleine de surprises qui avait vu grandir la personne idéale pour partager mon existence. En sortant de mon vaisseau, je ne pus m’empêcher de prendre une grande bouffée d’air, de m’étirer et de sourire, même de rire de bonheur. J’étais bel et bien là sur cette planète, tout près de Léna. Tout avait été si vite, cela me donna le vertige.
Je pris un sac à dos et partis en direction de la maison de Léna. Mon Gégo me donna sa position exacte. Je ne me pressais pas car je voulais savourer chaque instant qui me rapprochait d’elle. Mon cœur s’emballa, je ne maîtrisais plus mon cœur. Cela me fit sourire car je découvrais des réactions de mon être jusque-là insoupçonnées.
Lorsque je vis la maison tant convoitée, je décidai d’y entrer et d’y faire une action de reconnaissance. Je savais que ce n’était pas très poli mais il me fallait certaines informations sur Léna et sa famille qu’une base de données ne pouvait me fournir. Je passai par-dessus une barrière blanche et traversai une petite allée bordée de gazon menant jusqu’à la porte d’entrée. Je n’avais pas la capacité de passer à travers les murs, pourtant cela aurait été utile. Il me fallait entrer sans me faire remarquer. J’utilisai mon Gégo pour détecter une présence éventuelle à l’intérieur de la demeure. Rien à signaler. Je fis attention que personne ne regardait en direction de la porte, et toujours en mode invisible, je l’ouvris et la refermai aussitôt. J’étais émerveillé de découvrir l’univers de Léna. J’avançais doucement car je regardais tout jusqu’au moindre détail. La cuisine au rez-de-chaussée, le séjour, le garage, puis à l’étage, les chambres et la salle de bains. C’était parfait. Je remarquai ce parfum subtil qui flottait dans toute la maison, je l’adorai.
La chambre de Léna était ma pièce préférée, d’ailleurs je ne pus m’empêcher de faire quelques prises de vues et de m’étendre quelques instants sur son lit. Je remarquai un journal intime posé sur son bureau. Je le regardai avec intérêt sans le toucher et me dis qu’il ne fallait pas l’ouvrir. C’est un document intime qui ne regarde que celui qui l’écrit. Sur Hodrion aussi, c’est une pratique courante. J’essayais de détacher mes yeux de l’objet et de m’intéresser à autre chose. J’échouai car plus j’y pensais et plus je me trouvais toutes les raisons de le lire. Après tout, j’étais ici pour la séduire et je devais mettre toutes les chances de mon côté. Lire ce journal m’éviterait sûrement de dire ou de faire des choses que je pourrai regretter. Alors c’était décidé, je me levai et le pris avec une certaine appréhension. J’ouvris sans peine le cadenas grâce à mon Gégo, un jeu d’enfant. Je débutai la lecture du journal. Tout me plaisait, sa façon d’écrire, de s’exprimer, ses mots, ses pensées, ses choix... j’étais déjà sous le charme. Après avoir dévoré ce recueil en un peu plus d’une heure, je me rendis compte que Léna avait une vie d’étudiante équilibrée, des amis, des projets et surtout pas de petit ami en ce moment ce qui me réjouit plus que je ne pourrai le dire. J’avais donc le champ libre. Mon Gégo vibra et m’alerta de l’arrivée imminente de quelqu’un dans la demeure. Je me levai d’un bond, retendis la couette sur le lit et me tint debout dans l’angle de la pièce. Même en mode invisible je ne devais faire aucun bruit.
Mon sang ne fit qu’un tour lorsque Léna entra en trombe dans sa chambre, elle balança son sac à dos sur le lit et se mit à chercher des livres et cahiers dans son bureau à toute allure. Je l’observai sans en perdre une miette. Elle était beaucoup plus belle que sur l’image que j’avais pu voir. D’où j’étais, je pouvais sentir son parfum si doux et sucré.
Je me mordis les lèvres pour ne pas être tenté de lui répondre quoi que ce soit. Elle ne pouvait pas me voir et pour l’instant c’était mieux comme ça.
Ainsi je pus l’observer déjeuner dans la cuisine avec sa mère et son frère. Il faut dire que même si les humains sont différents de mes congénères, je ne les trouve pas moins intéressants. En plus leur cuisine sent merveilleusement bon. J’ai même pu suivre la discussion à table, je pensais avoir un écart de langage important avec Léna, mais non je comprenais tout pour mon plus grand soulagement. Le plus dur a été de ne pas goûter le plat, allez j’avoue, j’ai cédé sans me faire voir juste en trempant mon doigt dans la poêle. C’était délicieux, j’ai cru comprendre que c’était une blanquette de dinde réchauffée.
La mère de Léna lui ressemblait beaucoup si ce n’est qu’elle avait les yeux couleur noisette et les cheveux plus courts. Quant à son frère Killian, il est plus grand qu’elle, blond, les yeux noisette et semble sportif du haut de ses quinze ans. J’étais tellement à l’aise au milieu de cette famille que je faillis oublier que j’étais en mode furtif et lorsque Killian sortit une histoire drôle j’ai vraiment failli rire, fort heureusement je sentis le rire monter et j’eus le temps de sortir à toute vitesse pour l’évacuer discrètement. Une voisine qui était de l’autre côté de la rue cherchait du regard qui pouvait bien rire aux éclats de la sorte mais naturellement elle ne me vit pas. Je m’éloignais sagement pour ne pas l’inquiéter. Elle poursuivit son chemin.
À ce moment je m’aperçus que je pourrais m’entendre à merveille avec Killian, même sa mère était très agréable. Ils semblaient très unis. Aurais-je ma place un jour au sein de cette famille ? En tous cas je l’espérais de tout cœur.
Je décidai de suivre Léna jusqu’à son école toujours en mode invisible. Elle lui donne le nom de « Lycée ». J’étais impatient d’en découvrir plus sur sa vie. Après sa famille, j’allais faire la connaissance de ses amis et camarades de classe. Ainsi juste après le déjeuner, elle partit tranquillement de la maison. Je me mis à marcher juste à côté d’elle. Si seulement je pouvais me montrer à découvert dès maintenant... non, je devais être patient au risque de tout faire échouer. Je devais suivre mon plan, d’abord il me fallait l’observer. Le trajet dura une dizaine de minutes. À son arrivée au Lycée, je vis une multitude de jeunes gens dans la cour, beaucoup fumaient, d’autres écoutaient de la musique et presque tous discutaient en groupe. Intéressant. Léna fut accostée par une certaine Caro. Tout en parlant, elles se dirigèrent vers un bâtiment qui portait la lettre « A ». Elles s’engouffrèrent à l’intérieur, je les y accompagnai tant bien que mal étant donné le nombre d’élèves qui tentait de rejoindre les salles de cours. Tout comme ma Léna, j’entrai dans la salle de classe et je me mis à l’écart pour mieux l’observer et surtout pour ne pas gêner. Caro et Léna s’assirent côte à côte, elles sortirent un livre et un classeur ainsi qu’une trousse remplie de crayons tous plus originaux les uns que les autres. Si seulement je pouvais lui montrer avec quoi on écrit maintenant ! Ça viendra un jour, et je suis sûr que ça lui plaira énormément.
Lorsque le professeur prit place, le calme s’installa dans la classe et le cours débuta. De toute évidence, Léna aimait l’anglais puisqu’elle était concentrée. Elle avait même répondu à plusieurs questions de façon volontaire. Je me le notais, cela faisait partie des choses qui la caractérisaient et que je devais retenir pour mieux la cerner. Après l’anglais, ce fut le tour des mathématiques, ce n’est pas son fort, je l’ai tout de suite vu. Sa façon de froncer les sourcils, de grimacer face à sa feuille, je ne parle même pas de son air perplexe lorsque le professeur écrivit une formule au tableau. Je le note également. Elle termina sa journée par une heure de sport. Elle fit un tour du terrain d’athlétisme avant d’aller se présenter « au saut en hauteur », c’est comme cela que l’a nommé le professeur. Il fallait courir pour ensuite s’élancer par-dessus un élastique rouge et blanc et retomber ensuite sur le tapis de l’autre côté. Ça avait l’air amusant. D’ailleurs, Léna ne se fit pas prier, même si la course à pied ne l’avait pas réjouie, le saut lui plaisait. À ce sujet, elle se débrouillait plutôt bien, je peux même dire sans la favoriser outre mesure qu’elle est la meilleure de son groupe.
Le professeur donna un long coup de sifflet, l’école était finie pour aujourd’hui. Léna allait rentrer chez elle. Elle se dirigea vers la sortie du stade attenant au lycée quand un jeune homme l’interpella.
Elle se retourna déjà entourée par deux camarades.
Il se précipita vers elle et lui fit une bise.
Elle baissa les yeux et ne lui répondit pas. Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ?
Effectivement, les demoiselles travaillèrent dans la chambre de Léna, puis discutèrent un peu. Caro entama un sujet qui m’intéressait fortement.
Comme je ne suis pas menteur, je dis franchement que j’ai observé Léna... sous la douche. Eh oui, je sais ce n’est pas très chevaleresque, mais qu’y puis-je, je ne suis qu’un mâle amoureux rien de plus, rien de moins. Je pus tirer une première conclusion de cette journée : ça valait vraiment le coup de traverser une partie de l’univers !
En tous cas, j’étais sûr que Léna et moi nous entendrions à merveille et je savais à présent que je n’étais pas le seul à convoiter son cœur. Tout en la regardant s’endormir, je programmais de provoquer une rencontre dès le lendemain matin sur le chemin du lycée. Je devais me reposer et surtout mettre au point les détails de mon plan, je rentrai donc en direction de ma navette le cœur empli de tout ce que j’avais pu apprendre sur Léna.
Sept heures du matin.
Je pris une douche instantanée, très pratique surtout dans une navette. Ensuite, je sélectionnai à partir de l’ordinateur de bord une tenue que j’avais pu observer sur des lycéens. Jean, basket, tee-shirt, blouson en jean, j’essayais de m’adapter. Grâce à la technologie, je fus habillé comme les terriens mâles du lycée en un clic. Je regardai ensuite les coiffures et décidai d’en copier une plutôt aérée. Je pris le temps de manger quelque chose et me dirigeai avec mon sac à dos en direction du lycée. Je fis un petit détour pour tomber nez à nez avec Léna, plan oblige. Je la vis fermer la porte de chez elle à clé. J’accélérai le pas, je ne devais pas la rater. Le temps qu’elle traverse l’allée et qu’elle passe la barrière et...
Elle prit le chemin du lycée me laissant derrière ses talons. Il me fallait insister.
Elle se retourna.
Elle resta incrédule.
Elle me tendit une poignée de main. Je pris sa main dans la mienne de façon inespérée.
Ce contact si doux et chaud me parcourut tel un courant électrique. En plongeant dans le bleu de ses yeux, je ne pus m’empêcher de penser intérieurement :
Ma condition extra-terrestre ne m’avait pas immunisé contre l’amour, j’étais même cruellement atteint. Toutefois, je me repris rapidement ;
