Ultime décision - Maurine Mirtl - E-Book

Ultime décision E-Book

Maurine Mirtl

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Beschreibung

Dans un monde où tout a basculé, certains survivants sèment la terreur pendant que d'autres tentent de se reconstruire. Loin de toute menace, le Sanctuaire abrite depuis quelques années d'anciens fortunés qui, entourés de citoyens asservis, régissent arbitrairement la petite fédération. En perpétuel conflit avec ses parents, la tête pleine d'idéaux, Ema, fille de nantis, se voit infliger une sanction par son père. Mais certaines rencontres vont influencer le cours de sa vie et l'obliger à s'enfuir du Sanctuaire. Durant la traque menée à son encontre, un document troublant qui pourrait cacher un terrible secret refait surface.

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Veröffentlichungsjahr: 2016

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TABLE

L'approche

L'exode

Le Sanctuaire

Survivants dans la ville

La sanction d'Ema

Sur les traces des siens

L'exploitation agricole

Le barrage

Julian

Projet d'évasion

Préparatifs

Le village de montagne

Les noces d'Ema

Expédition dans les ruines

Programme Equilibre Démographique

Le passé d'Alicia

La fuite

La traque

Enquête au Sanctuaire

Le drone

La séquestration

Désertion

Menaces dans la ville

Dômes de verre

La base militaire

Aux portes d'Ovaliande

Localisation

Etrange document

Affrontement

Arrestation

Détermination

Jugement

Retour au Sanctuaire

Révélations

Horizon nouveau

-1-

Tel un rapace en quête de son repas, un drone survolait la vallée, ses ailes fendant l’air dans un léger frémissement. Alertés par le bruit singulier, tous les membres de l’expédition s’étaient mis à couvert sous l’épaisse couche de branches que déployaient les hauts résineux de la forêt. Le boîtier qu’ils détenaient devait leur assurer une protection contre une éventuelle attaque de ces appareils, mais il n’empêchait pas leur localisation, et ils estimaient plus judicieux de se mettre à l’abri. Sur le flanc de l’engin, le témoin vert clignotait, signe qu’aucune opération offensive n’était à prévoir. Mais le passé avait prouvé qu’une défaillance n’était pas à exclure et certains avaient payé cher leur manque de prudence. Les voyageurs demeuraient méfiants et le surveillaient à chaque approche.

Ils avaient dû se résigner à abandonner leur véhicule et continuer à pieds. Leur sécurité en dépendait. S’enfonçant dans la forêt, ils approchaient de leur but, déterminés à libérer leurs proches et obtenir des réponses à leurs questions. Et même si aucune explication ne changerait rien à leur situation, ils avaient besoin de savoir pour continuer. Ils devaient affronter ces personnes qui détenaient les clefs de l’origine de la souffrance qu’ils avaient endurée. Et ils n’auraient de répit qu’après avoir obtenu leurs justifications.

Ce pouvait-il que ces hommes se soient trompés à ce point ? Ou détenaient-ils des informations ultra confidentielles qu’ils avaient jugé inutile de communiquer ? Ou alors, ils étaient conscients des répercutions, et étaient prêts à prendre le risque ! Mais quelque soit la réponse, les conséquences étaient bien trop sordides pour accorder le moindre doute et se contenter d’émettre des hypothèses.

Aucun obstacle ne les détournerait de l’objectif qu’ils s’étaient fixés quelques jours auparavant et leur périple à travers les con-trées n’avait fait que renforcer leur résolution. Ils avaient vécu de trop nombreux moments d’anxiété et de terreur, de souffrance et de désespoir pour pouvoir oublier. L’amertume avait élu domicile dans un coin de leur cœur et profitait de chaque occasion pour se répandre dans leur corps et ronger leur âme.

-2-

La fin du XXIème siècle avait déjà connu quelques sérieux conflits sur tous les continents. La surpopulation, due à l’allongement de l’espérance de vie et une baisse sensible de la mortalité infantile dans les pays pauvres, en était la cause, mais plus particulièrement la pénurie de pétrole qui avait imposé un exode vers les grandes villes. La croissance de la population urbaine avait décuplé en quelques années, délaissant les zones rurales. Dans les anciens petits villages ne résidaient plus que les vieux, qui refusaient d’abandonner leur passé et leur histoire, pour hériter d’une existence condamnée à l’exclusion et à la soli-tude dans une mégalopole qui n’avait que faire de la solidarité et des besoins de chacun.

Seules les petites villes modernes avaient préservé leurs ci-toyens de l’exode. Edifiées depuis quelques décennies, loin des vieilles cités polluantes, elles avaient été conçues pour s’intégrer au mieux dans leur milieu naturel, respectant le protocole d’urbanisme écologique. Dans des parcs verdoyants, chaque édifice résidentiel présentait les mêmes caractéristiques ; quatre demi-sphères de verre, surmontées d’un petit jardin, se superposaient en colimaçon le long d’un imposant cylindre central qui abritait les élévateurs, tous les câbles et la tuyauterie nécessaires à l’alimentation en eau et en énergie auto-suffisante des appartements. Malgré une superficie revue à la baisse, l’intérieur, modulable, offrait tout le confort nécessaire. Les bâtiments administratifs et les magasins présentaient la même architecture, s’harmonisant au cadre naturel. Les moyens de transport à énergie solaire, essentiellement publics, quadrillaient les petites agglomérations, desservant chaque quartier ; et certains professionnels disposaient de leur propre véhicule. Les ruelles sillonnant les villes étaient surtout empruntées par les piétons et les cyclistes. Mais malgré une génération propre d’énergie solaire, ces villes dépendaient malgré tout du réseau routier pour l’approvisionnement de certains produits. Les nouvelles techno-logies n’avaient pas permis le remplacement des poids lourds trop gourmands.

Les acheminements de matériel et de denrées dans les petites agglomérations devenant trop coûteux, le gouvernement avait imposé une distribution mieux contrôlée et plus restrictive. Mais en juillet 2097, les livraisons avaient fini par cesser. Les citoyens ruraux avaient dû abandonner leur logement, leur ville, leur vie pour rejoindre les plus grosses métropoles parfois situées à une centaine de kilomètres.

Comme dans toutes les localités destinées à accueillir les populations migrantes, une arrivée massive dans la cité de Limedon avait soulevé un gros problème. Comment les loger ? Le Dépar-tement de l’Urbanisme ne pouvait répondre à une telle demande. Certains avaient une connaissance qui pouvait les accueillir et certaines bonnes âmes avaient ouvert leurs portes et offert l’hospitalité. Mais la plupart des citadins préféraient conserver leur intimité laissant aux autorités locales le soin de gérer le souci. Le Dignitaire Evan GALBIN, régisseur de la ville, ordonna le recensement des nouveaux arrivants et réquisitionna les bâtiments publics qu’il fit aménager pour abriter temporairement les exilés. Mais devant l’insuffisance d’espace, on imposa aux résidents de prendre en charge une famille, afin de pouvoir répondre à toutes les demandes. Une solution transitoire qui permettait de lancer la construction de nouveaux logements. Des tensions s’étaient installées, la cohabitation demandait un effort de chaque instant.

Les bâtiments à l’abandon ou en projet de réhabilitation furent réquisitionnés, et détruits pour laisser place à de grands refuges sociaux. Le maigre dédommagement qu’avaient reçu les propriétaires ne les avait pas satisfaits, mais le marché de l’immobilier s’était effondré depuis bien longtemps et personne n’était en mesure de faire une meilleure offre, la résignation l’avait emporté. Les premiers appartements furent vite disponibles. Leur superficie était réduite au strict minimum, afin de pouvoir loger un maximum de monde.

Les loyers, imputant plus de la moitié du revenu des familles, étaient directement versés à la Régie Municipale. Pour les plus démunis, des baraquements avaient été installés à la sortie de la ville. Les bains publics, gérés eux aussi par la ville, retrouvèrent leur utilité.

La ville était devenue mégalopole. Et malgré un réseau de transports publics à énergie solaire, la pollution des usines coiffait la ville d’un calot opaque. L’air était saturé de particules qui se déposaient sur chaque surface et s’insinuaient dans les moindres recoins, jusque dans les poumons des pauvres bougres qui n’avaient pas les moyens de se procurer un masque. En dépit des complications générées par la surpopulation, la communauté s’était appliquée à réorganiser un semblant de vie. Les écoles, bien que déjà surchargées, acceptaient les nouveaux élèves. Les salariés proposaient des petits boulots à ceux qui n’avaient pas d’emploi, leur assurant un maigre revenu mais qui leur permettait de s’offrir un repas de plus.

A l’extérieur de la métropole, d’immenses fermes agricoles et d’élevage employaient du personnel qui, chaque matin et chaque soir, empruntait la navette desservant ces exploitations. Certains travaillaient au barrage hydroélectrique, un peu plus loin. Mais la plupart prenaient leur poste dans les manufactures situées en périphérie, dans les commerces présents un peu partout, les administrations ou les centres médicaux. Le programme de construction de la municipalité offrait également de nombreux emplois aux professionnels du bâtiment. Certains artisans résistaient à la crise et parvenaient à survivre.

Mais les exilés ne cessaient d’arriver posant le même pro-blème d’accueil. Toutes les surfaces susceptibles d’être réhabili-tées étaient bâties. La décision fut prise d’étendre le programme de reconstruction aux immeubles qui présentaient un trop faible taux de résidents par rapport à la superficie des logements. Et petit à petit, les anciennes habitations, qui offraient un espace de vie agréable aux familles, furent remplacées par des constructions privilégiant la capacité d’hébergement. Seuls les plus fortunés des quartiers résidentiels avaient pu conserver leur demeure.

Peu à peu, les étals des épiceries présentèrent moins de pro-duits alimentaires. La pollution, résultant de l’industrialisation toujours plus poussée, contribuait à l’appauvrissement des ré-coltes. L’eau potable était devenue un produit de luxe. Des manifestations et des affrontements éclataient un peu partout. Les taxes, de plus en plus nombreuses, rognaient les salaires, et les longues journées de labeur ne permettaient plus aux contribuables d’entretenir correctement leur famille. Mais cette restriction ne semblait pas atteindre les quartiers bourgeois où l’opulence s’affichait sans modération.

Une colère sourde grondait dans les foyers. Les écoles commençaient à fermer leurs portes de plus en plus souvent. Les ma-gasins affichaient des heures d’ouverture plus restreintes. Les transports publics commençaient à supprimer certaines lignes. Certains, que l’on qualifiait autrefois de bons citoyens, se livraient même aux pillages et vols à l’arrachée. Le danger était tel, que des couvre-feux avaient été mis en place. L’existence de chacun prenait un chemin différent. Des priorités plus primaires se substituaient aux besoins, que l’on savait superficiels depuis bien longtemps, sans se l’avouer.

Le monde changeait, les comportements aussi. Les bons sentiments et les bonnes manières avaient fait place à un instinct plus primitif, et des actes, autrefois répréhensibles, devenaient le quotidien de tous. Les forces de l’ordre ne parvenaient plus à faire face. Les scènes de violence, devenues courantes, ne faisaient même plus la une au journal du soir. Dans chaque pays, chaque contrée, des hommes et des femmes livraient des combats sans merci pour un peu plus de nourriture, un peu plus d’eau.

Les grands industriels, les gros propriétaires et les présidents des grands groupes faisaient pression pour qu’une solution soit trouvée et ils payaient grassement pour que les politiciens soient efficaces et prennent les bonnes décisions. Il leur était de plus en plus difficile de se déplacer sans qu’un pavé ne soit jeté contre leur véhicule et qu’ils ne subissent les insultes du peuple. Leur femme et leurs enfants restaient cloîtrés dans leur demeure somptueuse de peur de se faire enlever. Certains avaient déjà payé des rançons pour récupérer leur fils ou leur fille. Il n’était pas un jour sans que leurs gardes du corps ne tirent sur un homme bien décidé à pénétrer dans leur domaine.

Les sommets réunissant les plus grands Administrateurs d’Etats n’aboutissaient à aucun accord pour l’amélioration des conditions de vie des habitants, chacun voulant conserver ses acquis et ses privilèges et aucun ne voulant concéder une faveur à l’autre.

Les politiciens ne parvenaient pas à calmer la population toujours plus affamée et toujours plus agressive. Ils avaient renforcé les pelotons qui sillonnaient les villes, mais ça n’avait fait qu’empirer les choses. Les affrontements entre militaires et civils avaient décuplé faisant des morts dans les deux camps, de plus en plus nombreux chaque jour.

Le 6 novembre 2127, un autre fléau vint frapper les civilisations déjà bien affaiblies. Les médias parlaient d’une infection particulièrement contagieuse qui avait déjà fait des victimes un peu partout sur la planète et le fléau semblait se propager rapidement. Un laboratoire parvint à mettre au point un vaccin et devant l’urgence de la situation, il fut décidé que chaque individu recevrait gratuitement une injection. Un programme de vaccination fut immédiatement mis en place dans tous les pays. Et malgré quelques réfractaires qui n’avaient pas jugé nécessaire de se rendre aux sessions de vaccination, l’opération fut un succès. Après trois semaines sans nouvelle victime, la vie reprit son cours avec son lot d’affrontements et de violence.

Mais le 27 novembre 2127, les hôpitaux furent de nouveau submergés. Les patients, pris de convulsions impressionnantes, étaient déposés aux urgences par les ambulanciers qui repartaient aussitôt, appelés pour d’autres cas. Le personnel médical ne parvenait plus à faire face et le nombre de décès ne cessait de croître. Aucun remède ne fonctionnait, pas une seule personne ne survivait plus de deux heures après avoir été amenée. Les malades, de plus en plus nombreux, ne pouvant plus être pris en charge par les services médicaux, périssaient à leur domicile ou dans les rues, déclenchant une panique générale. Devant leur impuissance à remédier à cette nouvelle épidémie et craignant pour leur propre vie, les membres du corps médical de tous les états décidèrent de fermer les portes de leur établissement. Une quarantaine fut instaurée. Toutes les heures, un enregistrement, demandant à la po-pulation de se cloîtrer et d’éviter tout contact avec autrui jusqu’à nouvel ordre, était diffusé sur les écrans de télévision.

Le 3 décembre 2127, des équipes sanitaires, pourvues de combinaisons aseptiques, furent envoyées dans les villes pour récupérer et éliminer les cadavres qui infestaient les rues et les appartements. Le premier bilan était lourd, il semblait que plus de la moitié de la population avait succombé. Mais aucun nouveau cas n’avait été détecté, chaque mort remontant à trois ou quatre jours. Un nouveau message fut diffusé, invitant les survivants à se faire connaître auprès de leur municipalité. Les hôpitaux et centres médicaux rouvrirent leurs portes.

Mais la succession de phénomènes contagieux inexpliqués intrigua les rescapés et des rumeurs de guerre bactériologique circulèrent sur toute la planète. Chaque pays surveillait son voisin.

Aux frontières, la tension montait et la garde civile avait ordre de tirer si la possibilité d’une invasion ou d’une attaque devenait manifeste.

Les dirigeants des différents pays vérifiaient leur artillerie et commençaient à mobiliser ce qui restait de leurs troupes. Les déplacements d’hommes et de matériel ne restèrent pas longtemps sans réaction. Les missiles pointés sur les zones stratégiques des camps opposés n’attendaient qu’une décision des hauts commandements pour anéantir leurs cibles. La menace d’une frappe ennemie suscitait une tension évidente dans les quartiers généraux militaires.

Puis l’irréparable eut lieu. La riposte fut immédiate.

Le 26 décembre 2127, la 3ème guerre mondiale éclatait. Une guerre nouvelle, sans loi, sans droit, avec comme seul objectif : l’anéantissement.

La concentration des populations dans les grandes métropoles favorisa l’extermination de millions d’individus qui avaient pu survivre aux épidémies, laissant un amoncellement de ruines fumantes et quelques rares survivants.

-3-

Dès les premières menaces de février 2122, les nantis possé-dant une grande partie des richesses du vieux monde, s’étaient réfugiés, avec leur famille proche, dans un coin de la planète tenu secret. Ce Sanctuaire, mis en étude un peu plus de deux décennies plus tôt, se situait sur un territoire d’une superficie de plusieurs milliers d’hectares dont on avait exilé la population. L’immense fortune de ces hommes avait permis la construction d’une forteresse dressée sur le pourtour de cette terre d’asile. Elle était équipée de caméras de surveillance reliées à un centre de surveillance, qui assurait la sécurité dans la cité, renforcée par une armée omniprésente. Proche des montagnes et d’un cours d’eau, et bénéfi-ciant d’un climat tempéré propice à la culture, le lieu avait été choisi pour sa biodiversité et la possibilité d’y vivre sans contact avec le monde extérieur. Une équipe de recherche, installée dans l’enceinte même du refuge, était même parvenue à concevoir un système qui protégeait et masquait l’existence du Sanctuaire, ne laissant apparaître qu’une étendue désertique.

L’arrivée d’un panel complet de personnes qualifiées dans les disciplines nécessaires à leur bien-être s’était organisée dans les jours qui suivirent l’installation des fortunés. C’est ainsi que des familles, dont le père ou la mère exerçant une profession qu’ils jugeaient nécessaire, tel que médecin, chimiste, physicien, ou encore ingénieur en électronique, en énergie ou en biologie, mais aussi quelques métiers manuels, avaient été sélectionnées pour peupler le Sanctuaire et pour servir leurs hôtes. On leur offrait le gîte, la sécurité et la perspective d’une vie meilleure en échange de services.

Des demeures spacieuses avaient été érigées au centre du territoire, le long d’une route qui encerclait différentes boutiques, les bâtiments publics, sociaux et culturels, disposés eux-mêmes au-tour d’une grande place centrale où se dressait un immense py-lône hérissé d’antennes diverses. Ces résidences témoignaient de la prétention de leur propriétaire ; un porche d’entrée soutenu par deux colonnes de marbre, et une allée de gravier blanc séparant un jardin agréablement décoré, accueillaient les privilégiés. A l’intérieur, le mobilier d’un confort et d’un luxe certain prouvait que les occupants n’avaient pas concédé à abandonner le niveau de vie qu’ils avaient toujours eu. Il y avait même, en sous-sol, une cave spacieuse remplie de bonnes bouteilles de vin et de spiritueux.

En périphérie, une première enceinte les séparait de la classe moyenne. Cette muraille de deux mètres de hauteur, sur laquelle les maîtres-chiens faisaient leur ronde, concédait un passage, contrôlé par des gardiens, grâce à des portes disposées aux quatre points cardinaux. Derrière chacune de ces portes se dressaient les baraquements de l’armée abritant militaires et armement, et les divers ateliers de fabrication ou de transformation qui ravitaillaient la communauté en nourriture ou en matériel. De ces quatre postes de surveillance, une route principale menant jusqu’à la forteresse extérieure, desservait les quartiers populaires quadrillés de petites ruelles, puis les champs agricoles, les bois et les éten-dues d’eau alimentées par une rivière souterraine, et enfin les derniers camps militaires. Ces postes frontières dispensaient un dernier rempart en cas d’éventuelle intrusion.

Tout avait été pensé pour que les Dirigeants puissent vivre paisiblement et avoir accès aux divertissements auxquels ils s’adonnaient invariablement avant leur installation dans le Sanctuaire : cinéma, théâtre, golf, terrains de sport, salle de musculation, divers instituts pour les dames, centre aquatique, et tout un agencement réservé à l’élite.

En sous-sol, accessible depuis le Centre de Gestion par une lourde porte blindée et sécurisée, se tenaient, d’un côté le Service Recherche et Défense de l’Armée (S.R.D.A.) et de l’autre, un immense laboratoire équipé des plus hautes technologies. Des ordinateurs reliés entre eux, équipaient les quartiers généraux de l’armé, les écoles du centre, le dispensaire, les laboratoires, et les foyers des dignitaires. Toutes les machines, tous les instruments, anciens ou modernes qui étaient nécessaires au fonctionnement de la société à l’extérieur, avaient trouvé leur place dans la nouvelle cité. Des entrepôts souterrains abondaient de matières premières destinées à la construction, à la fabrication d’accessoires, de pièces mécaniques ou électriques, ou de mobilier. L’autarcie avait été le maître-mot dans l’élaboration du Sanctuaire.

Le nouvel empire, géré par l’Intendance, qui regroupait les personnalités décisionnaires, avait ses propres règles et ses propres lois. Chaque projet passait obligatoirement devant une commission. La vie même des habitants de la classe moyenne était régentée.

La sécurité du territoire était assurée par une armée intérieure indépendante du pays qui disposait d’un arsenal suffisant en cas d’attaque. Mais les Dirigeants avaient exigé qu’un dispositif aérien soit étudié afin de pouvoir contrôler les zones extérieures.

Les chercheurs du S.R.D.A. avaient mis au point un drone qui pouvait repérer tout arsenal de guerre et le détruire sans intervention humaine. Son dispositif antiradar lui garantissait une approche confortable des cibles et toutes les données de localisation étaient enregistrées dans chaque engin. Les essais en laboratoire, tenant compte des paramètres en situation réelle, avaient été validés.

Les fortunés avait donc créé un Etat dans l’Etat et y vivaient reclus depuis plus de cinq ans, jouissant d’un confort de vie idéal, entourés par une pluralité de citoyens asservis.

Le 25 décembre 2127, les grands dirigeants et les généraux de l’armée venaient intégrer les quartiers qui leur étaient réservés, emportant avec eux leurs rapports. Les nouvelles n’étaient pas bonnes. Dans tous les pays les conflits s’amplifiaient et se multipliaient. Et malgré une civilisation déjà fortement touchée par les épidémies, la guerre semblait inévitable.

L’état d’urgence fut décrété et tous les habitants du Sanctuaire bénéficièrent de repos supplémentaires afin de prendre les mesures nécessaires et se préparer à une éventuelle attaque.

Le lendemain, le ciel s’embrasa, zébré de traînées lumineuses. Le sol et les murs vibraient. L’enfer invitait le monde dans une danse infernale.

Le 30 décembre, les affrontements semblaient s’être calmés, le sol ne tremblait plus, aucun éclair venait illuminer le ciel. Wil-liam VIGAR, ordonna l’envoi de plusieurs drones afin de détruire les dernières armes lourdes détenues par l’ennemi. C’est ainsi que des centaines d’appareils furent expédiés à travers le monde afin d’anéantir ce qu’il pouvait rester des équipements militaires, dé-possédant ainsi l’homme d’un pouvoir dont il abusait. De retour à la base, les appareils livrèrent leurs rapports : les objectifs étaient atteints ; les bases militaires et les groupuscules lourdement ar-més n’étaient plus opérationnels.

Internet ne fonctionnait plus depuis les premiers bombarde-ments supprimant l’accès aux informations. Ce manque de communication inquiéta les membres de l’Intendance qui décidèrent d’étudier, avec la coopération des chercheurs du S.R.D.A., un système de caméra embarquées qui seraient installées sur les drones. Certains de ces engins furent donc équipés, reprogrammés et réexpédiés pour une analyse de la situation mondiale.

Le verdict était catastrophique : les villes transformées en champs de ruines, des cadavres jonchant les rues et les survivants s’affrontant pour un peu de nourriture. Dans les ports et les aéro-ports bombardés, les bateaux et les avions n’existaient plus que par leur carcasse dérisoire.

Grâce à son isolement et son système de protection, le Sanctuaire n’avait essuyé que quelques dommages dus aux vibrations, mais rien d’irréparable. Aucune victime ne fut à déplorer. Ils n’avaient finalement subi la guerre qu’à travers les embrasements du ciel, le bruit sourd des bombardements qui résonnait dans les montagnes et les légers tremblements de terre. Après quelques mois de crainte mais sans nouvelle menace, la vie reprit son cours, même si certains se doutaient que leurs proches, restés à l’extérieur, n’avaient pas survécu. La population était régulièrement informée de la situation au-delà de leurs murs protecteurs et semblait rassurée d’avoir une petite nation préservée où l’existence était plutôt paisible. Les dirigeants se satisfaisaient de leurs décisions et des actions menées, pour garantir à tous la sécu-rité qu’ils leur avaient promise.

-4-

Dans les villes ravagées, des petites communautés s’étaient créées. Quelques petits bâtiments avaient résisté aux bombardements et offraient un toit et parfois même un refuge aux survi-vants. La vie s’était réorganisée en fonction des besoins les plus vitaux. L’instinct primitif avait repris le contrôle et dirigeait les opérations, essentiellement concentrées sur la survie : trouver de quoi s’alimenter, de quoi se désaltérer, éviter les affrontements autant que possible, surtout si la nature ne vous avait pas nanti d’une certaine force physique, se protéger des éventuelles épidémies provoquées par tous ces cadavres en décomposition.

Il était préférable d’appartenir à un clan : les plus forts protégeaient les plus faibles, les plus malins se procuraient les denrées et les partageaient en échange de protection et de réconfort. Le 2 janvier 2028, les tirs de missiles et autres bombardements semblaient avoir cessé. Mais on entendait encore parfois une explosion, un coup de feu, ou, plus rarement, une rafale d’arme automatique et certains tombaient encore sous les tirs de ceux qui, il n’y a pas si longtemps, étaient les voisins, le boulanger ou l’instituteur du quartier. Des hommes semblaient s’employer à l’extinction de leur race et y mettaient tout leur cœur.

Brian, faisait partie des survivants. Son réveil avait été difficile. Il était sorti des décombres de son usine en titubant, se tenant la tête qui le faisait souffrir. Puis il était retourné dans l’enchevêtrement des poutres métalliques et des blocs de béton à la cherche de ses collègues. Mais ceux qui l’avaient surnommé Apollon, à cause de ses cheveux clairs ondulés et sa belle gueule d’ange, ne lui répondraient plus désormais.

Avant la contagion qui avait emporté la moitié de la ville et avant cette horreur, il vivait avec sa femme et sa sœur et travaillait à la fabrique de verre en périphérie de la cité. Ses jours de repos étaient consacrés aux sorties en ville ou au sport grâce au-quel il bénéficiait d’une bonne condition physique. Mais au-jourd’hui il était fatigué, six jours d’exploration dans les ruines de la ville à la recherche des siens l’avaient anéanti. Il cherchait un refuge pour la nuit, quand il trébucha sur un corps allongé sur le sol. Il gisait là, le buste et la tête sous un panneau de bois. Brian le souleva avec précaution pour examiner la victime. C’était un homme, il devait avoir une bonne quinzaine d’années de plus que lui, sa barbe de plusieurs jours et ses cheveux noirs trop longs le vieillissaient encore plus, il paraissait avoir quarante ans. Ses vêtements étaient déchirés et portaient des traces de sang. A première vue, il n’était pas blessé, mais il pouvait avoir reçu un mauvais coup. Brian vérifia son pouls : il posa deux doigts sur sa gorge, son cœur battait normalement. L’homme devait être simplement sonné et Brian devait se dépêcher pour lui faire les poches. Il ne tarda pas à trouver un couteau qu’il glissa à l’arrière dans la ceinture de son pantalon. Il s’apprêtait à retourner sa vic-time quand l’homme lui saisit le poignet en grognant et lui tordit le bras dans le dos :

— Rien qu’à ton odeur, tu devrais réussir à mettre tes assaillants en fuite. Alors tu n’as pas de besoin de mon couteau, rends-le moi, garçon.

Tout en maintenant le poignet de son voleur, Il se releva et l’examina. Sa grande taille et ses yeux verts perçants intimidèrent Brian.

— Tu as quoi ? Vingt, vingt-cinq ans ? Difficile à dire avec ce menton mal rasé et cette crasse qui te couvre le visage. Mais ce n’est pas toi qui va réussir à me détrousser aujourd’hui, et tu de-vrais t’entraîner davantage avant d’affronter plus fort que toi. Tu es calmé, je peux te libérer le bras ?

Il reprit son couteau et lâcha Brian. Ce jeune homme n’était finalement qu’un rescapé qui cherchait à survivre et bien qu’il ait essayé de lui dérober son arme, il avait plus l’air d’un chiot apeu-ré que d’un pillard.

— Je m’appelle Mickaël, et toi ?

— Brian.

— Et tu viens d’où, Brian ?

— Du quartier nord, à côté des manufactures.

— C’est comment là-bas ?

— Complètement ravagé. Il reste quelques constructions encore debout, un peu comme ici, mais la survie y est difficile. On trouve rarement de la nourriture dans les décombres. Je pensais avoir plus de chance au centre, là où il y avait des boutiques et des épiceries.

— Et tu es seul, tu n’as pas de famille ?

— Je travaillais à la manufacture et je n’étais pas avec eux au moment où ça a pété. Mais je les recherche. Ma femme et ma sœur profitaient de leur jour de repos, mais je ne sais pas ce qu’elles avaient prévu de faire.

— J’ai perdu ma femme et mon fils dans cette saloperie de guerre. Noa avait sept ans. Mes parents n’ont pas survécu non plus. Et je me demande qui a le plus de chance dans cette histoire.

Mickaël avait les yeux humides et faisait un immense effort pour ne pas hurler son désespoir.

— Je suis désolé !

— Oh tu n’es pas responsable. Tu habitais où ?

— Un peu plus loin, derrière l’hôpital où ma sœur travaillait.

— Ta sœur travaillait à l’hôpital ? Elle devait sûrement con-naître ma femme alors. Livie, Livie CARES. Elle t’en a déjà parlé ?

— C’est possible, tu sais elle avait beaucoup d’amis à l’hôpital et je n’ai pas retenu tous les noms.

— Si tu veux je t’aiderai à les chercher. Je n’ai plus personne ici et cet endroit me rappelle trop ceux que j’ai perdus. Mais pour l’instant, il faut qu’on se mette à l’abri, l’endroit n’est pas très sûr, et il commence à faire sombre. Viens, suis-moi !

Ils longèrent les ruines de ce qui semblait être le bâtiment des anciens bains publics et, après avoir toqué plusieurs coups sur un panneau de métal, ils pénétrèrent dans une bâtisse de deux étages qui devait être un dépôt. Le rez-de-chaussée ne possédait aucune fenêtre, seule une porte permettait l’accès à l’abri. A l’intérieur, un homme en faction n’autorisait l’entrée qu’à la suite d’un code en morse frappé sur la porte. Sur un bureau métallique derrière le garde, étaient disposés plusieurs couteaux récupérés dans les dé-combres, au cas où. Ils ne possédaient pas d’armes à feu, ce qui les rendait plus vulnérables que certains individus qui sévissaient dehors. Mickaël et Brian passèrent devant un groupe d’hommes qui discutaient à voix basse. Ils observèrent le nouvel arrivant avec méfiance. Arrivés à l’étage, Mickaël désigna une petite pièce.

— Tu peux t’installer ici pour la nuit. C’est également là que je dors. Et pardonne à ces gens, ils sont vigilants et c’est normal. Beaucoup ont appris à leurs dépens qu’il ne fallait pas faire confiance à tout le monde.

— Je comprends tout à fait, je ne leur en veux pas. Et je te remercie de m’aider.

— Je t’en prie. C’est ce genre de valeur qui a manqué à cer-tains, il n’y a pas si longtemps. Et voilà où nous en sommes, le chaos... Maintenant repose-toi, demain on part à la recherche de ta famille. Bonne nuit !

— Bonne nuit, Mickaël !

Ils partirent tôt le lendemain. L’hôpital n’était pas très loin, mais la progression dans les ruines était difficile ; des pans de murs menaçaient de leur tomber sur la tête. Les rues étaient couvertes de blocs de béton provenant des façades effondrées. Et ils n’étaient pas à l’abri de faire une mauvaise rencontre. Quelque soit l’endroit où leur regard portait, des cadavres jonchaient le sol, le sang de ces pauvres gens imprégné dans le ciment, certains pendaient misérablement des fenêtres explosées, d’autres disparaissaient à moitié sous un amalgame de gravats, des membres arrachés avaient été projetés dans des endroits étranges. Si une échelle de l’horreur avait existé, le paysage apocalyptique qu’ils avaient sous les yeux atteindrait certainement les niveaux les plus hauts.

L’odeur de putréfaction remplissait les narines et les poumons, et les nausées provoquées se soldaient régulièrement par une ex-pulsion du contenu de l’estomac. La bande de tissus qui recouvrait leur bouche et leur nez ne suffisait pas à masquer les relents de pourriture, mais les survivants préféraient prendre des précautions, même les plus rudimentaires. En fin de matinée, ils arrivè-rent devant ce qu’il restait de l’immeuble où logeait Brian. L’horreur se lisait dans ses yeux.

— Faîtes qu’elles ne soient pas là-dessous, implora-t-il. Claudia ! Marina !

Il criait de toutes ses forces, espérant les voir surgir des gravats.

―Elles n’étaient peut-être pas ici quand l’immeuble s’est effondré. Ne perds pas espoir.

Mickaël tentait de réconforter son ami, tout n’était pas perdu tant que l’on n’avait pas retrouvé les corps.

— Brian !?

La voix étouffée d’une femme venait de derrière une façade miraculeusement debout.

— Claudia ? appela Brian en courant vers la construction fragilisée.

La femme s’était cachée là pour échapper à un groupe qui semait la terreur. Ses vêtements déchirés lui recouvraient à peine le buste. Brian retira sa veste pour dissimuler son corps meurtri et écarta ses cheveux qui lui masquaient le visage.

— Jennifer ! Jennifer tu as pu t’en tirer, c’est génial. Et ton mari ?

— Justement, je le cherche, tu ne l’as pas vu ?

— Non, et toi, tu as vu Claudia et Marina ?

— Oui, il y a quatre ou cinq jours. Elles voulaient te retrou-ver. Elles sont parties à la manufacture, et l’homme, avec qui elles étaient, a parlé de rejoindre ensuite le barrage. Brian, il y a des morts partout, c’est horrible, je voudrais tant être auprès de Théo.

Jennifer n’en pouvait plus de ces jours de recherche, elle ne se rappelait plus la dernière fois qu’elle avait avalé quelque chose et, affligée par la confusion qui l’entourait, elle laissa éclater son chagrin.

— Jennifer, viens avec nous, tu ne peux pas rester seule dans cette jungle ! Mickaël a des amis qui peuvent t’aider à chercher ton mari. N’est-ce pas Mickaël ?

— Bien sûr, et à plusieurs ce sera plus efficace. Ne restons pas là. On retourne au refuge.

Ils présentèrent Jennifer à la petite communauté, et elle fut surprise de constater que de nombreuses personnes, qui avaient perdu un proche, s’étaient regroupées là dans l’espoir d’obtenir une aide. Les bonnes âmes n’avaient pas toutes quitté cette planète. Dehors, elle avait rencontré la pire espèce qui soit, mais il était encore possible d’espérer des siens un peu de réconfort et d’assistance.

Le danger d’une épidémie imminente était bien réel, déjà quelques cas d’infection s’étaient déclarés et il devenait urgent de quitter les vestiges de la ville, de s’éloigner de ce réservoir microbien. Ils prirent la décision d’accélérer les recherches et de laisser, le plus rapidement possible, le soin aux charognards de faire leur boulot et de nettoyer la cité.

Rejoindre le barrage s’avérait être une très bonne idée. S’il n’avait pas subi trop de dommages, c’était certainement le meilleur endroit pour subsister. L’eau pouvait y être traitée et le terrain alentour devait pouvoir être cultivé. Mais Mickaël et Brian devaient préalablement se rendre à la fabrique de verre.

-5-

Tous les sujets de la classe moyenne étaient répertoriés dans un registre qui servait de base pour l’attribution des tâches. Les plus qualifiés occupaient un poste permanant aux fonctions nécessitant leurs connaissances et leur expérience. Pour les autres, un comité se réunissait chaque début de mois pour décider de l’affectation et de la durée des missions de chacun.

Ayant pris son ordre de service pour la semaine, Mélanie quitta le Centre de Gestion et se rendit à la résidence de Monsieur DE GAREL, ancien industriel richissime. Cet homme ventripotent approchait la soixantaine, et comme tous ceux de son rang, il faisait appel aux services de gens de maison. Les dirigeants avaient gardé cette dignité due à leur titre et ne s’abaissaient pas aux tâches domestiques. Mélanie emprunta l’allée qui menait à la porte de l’office, l’entrée principale lui étant interdite, et pénétra dans la pièce agréablement chauffée en ce début du mois d’avril.

— Bonjour Estelle, j’espère que ta semaine a été paisible. L’ambiance est bonne ce matin ? demanda-t-elle.

— Salut Mélanie. Un peu tendue à cause d’Ema, mais rien de bien nouveau. Vas te préparer pendant que je finis de débarrasser et je te passe le relais.

Mélanie enfila rapidement l’uniforme qui distinguait les gens de maison : un fuseau noir et une tunique bordeaux passée sur un chemisier blanc ; il fallait qu’elle demande un service à Estelle.

— Dis-moi, ton mari peut faire un saut à la maison quand il aura un moment ? Guillaume se plaint d’une douleur intercostale et mes connaissances ne suffisent pas pour le soulager.

— Pas de problème, normalement je dois le voir ce soir. Je lui en parlerai. Bon, j’y vais. A bientôt et tiens le coup.

— Ne t’inquiète pas. File !

La relève passa inaperçue comme d’habitude. Mélanie, que ses quarante huit ans n’avaient pas désavantagée, s’affairait pour remettre de l’ordre et astiquer toutes les pièces sans qu’on ne lui prête attention. Ces gens n’accordaient aucune espèce de complaisance à leurs serviteurs, évitant même de se trouver dans la même pièce s’ils le pouvaient. Sauf Ema, la cadette de la famille. Cette petite brune aux yeux verts de dix-sept ans était différente.

Il lui arrivait de parler avec Mélanie, en cachette bien sûr, car il était interdit au petit personnel d’adresser la parole à leur hôte sans une permission, et si elle était accordée ce n’était en aucun cas pour des discussions de salon de thé. Toujours avide de dé-tails sur l’existence derrière l’enceinte, elle posait mille questions et s’émerveillait de la simplicité et de l’authenticité des rapports qu’entretenaient les habitants des quartiers populaires. Mélanie l’avait implorée de réserver son enthousiasme, mais Ema accueillait ses récits comme les contes de fée qu’on lui racontait quand elle était enfant. Sans paillette et sans magie, évidemment, mais un monde plaisant qui lui était inaccessible. Et Ema en rêvait de cette réalité pourtant interdite.

Elle avait la beauté de sa mère, qu’elle ne mettait pourtant pas en valeur, portant régulièrement un jean et un débardeur sous un pull, tandis que Pauline, sa sœur de huit ans son aînée, se glissait dans des robes fourreau qui soulignaient sa grâce, faisant la fierté de ses parents. Ema avait le tempérament emporté de son père, ce qui lui valait régulièrement remontrances et punitions.

Le comportement des ses parents et de sa sœur ainée la répugnait. Cette suffisance qu’ils affichaient alors que le peuple s’échinait à la tâche, la mettait hors d’elle. Ema aimait ses sem-blables et rêvait d’une parité entre les hommes et les femmes de ce petit état, une vie communautaire où chacun trouverait sa place pour un nouveau départ. Mais quelques personnes haut placées en avaient décidé autrement et l’affaire était chaque jour un sujet de disputes.

La voix d’Ema résonna dans l’escalier :

— Tu ne peux pas parler sur ce ton à Estelle ! reprocha-t-elle à sa mère. Elle est ton égale et mérite ta considération.

— Contrairement à ce que tu peux penser, ma chère fille, cette femme et son mari nous doivent tout. Sans nous, ils seraient sûrement morts aujourd’hui. Et tout comme ceux à qui nous avons offert un refuge, ils se doivent de nous montrer leur recon-naissance. Mais je n’ai pas à me justifier devant toi, et ton insubordination me fatigue.

Excédée, Virginie DE GAREL posa son roman sur la table basse, se leva du canapé en cuir et quitta la pièce dignement laissant sa fille enrager. Sa démarche démontrait une éducation stricte et le devoir qu’elle avait d’afficher un comportement égal et exemplaire, ce qu’elle parvenait à faire en toute circonstance. Pauline croisa sa mère dans le couloir et décela la colère sur son visage. Des bribes de la querelle lui étaient parvenues et elle était bien décidée à réprimander sa jeune sœur. Elle fit irruption dans le salon, avec la même majesté que sa mère, et, sur un ton glacial, lui lança :

— Tes jérémiades barbent tout le monde. Tu n’es qu’une petite fille gâtée qui ne connait pas sa chance. Et je pense que Papa t’a assez informée de ses intentions si ton comportement ne changeait pas. Tu mets sa patience à rude épreuve Ema, la sanction va finalement tomber et tu pourras vérifier par toi-même que ton statut privilégié est un acquis enviable qu’il est absurde de négliger.

Ema sentit les larmes lui monter aux yeux. Pauline dégageait une autorité qu’elle se sentait incapable d’affronter, et plus encore depuis qu’elle avait épousé Vincent BRISTON. Cet homme de quinze ans son aîné semblait lui avoir transmis de sa prépondérance. Elle se précipita dans sa chambre pour ne pas que sa sœur la voie pleurer, ce qui l’aurait sans nul doute réjouie, et se jeta sur son lit, étouffant ses sanglots dans son oreiller. Elle passa la matinée dans sa chambre à imaginer une vie meilleure hors de cette forteresse.

Ce matin-là, Victor DE GAREL, qui sortait d’une réunion lors de laquelle les membres de l’Intendance avaient statué sur les cultures idéales pour l’année suivante, fut pris d’un malaise sur le parvis du Centre de Gestion. Evan GALBIN, avec qui il conver-sait, l’installa dans son véhicule personnel et le conduisit immédiatement au dispensaire où le Docteur Gil BASSON, le mari d’Estelle, diagnostiqua une simple baisse de tension. Il lui administra une solution à base de plantes, lui conseilla de se reposer et suggéra à GALBIN de le raccompagner à son domicile. La préparation le requinqua rapidement mais son état de santé le préoccupait un peu. Ce n’était pas le premier étourdissement qu’il avait.

De retour chez lui, il invita Evan à boire un verre en remerciement de sa bienveillance.

— Tu penses que le Docteur BASSON a des doutes ? demanda Evan GALBIN.

— Non, je ne pense pas, sinon il m’en aurait certainement parlé. Et pour le bien de tous, il est préférable qu’il ne sache rien. Et toi, comment tu t’en sors ?

— J’essaie de diminuer, mais ce n’est pas évident.

— On devrait voir avec le Professeur DORTH s’il peut modifier la composition. Il lui est peut-être possible de réduire ces effets indésirables sans en altérer l’efficacité.

— Tu as raison et le plus vite sera le mieux. Aujourd’hui ce n’était pas très grave, mais on ne sait pas si ce ne sera pas plus inquiétant la prochaine fois. Nous pourrions passer au labo de-main, qu’en dis-tu ? proposa GALBIN.

— Je préférerais le recevoir chez moi, un après-midi lorsque Virginie et les filles ne sont pas là. Je me méfie des oreilles indiscrètes.

— C’est mieux oui. Tu me tiens au courant !

Victor raccompagna son ami sur le perron et le remercia chaleureusement. Une fois la porte refermée, Pauline vint à la ren-contre de son père pour le mettre au courant de l’attitude d’Ema. Elle jubilait à l’idée que sa jeune sœur se fasse réprimander et qu’enfin la punition tant promise soit mise à exécution.

Le repas était prêt et le couvert dressé, il était temps de passer à table. La conversation s’orienta vite sur le besoin de donner une leçon à la petite contestataire.

— Ta fille devient insupportable avec ses revendications déplacées ! accusa Virginie DE GAREL.

— Maman a raison. Nous ne sommes pas obligés de supporter ses idéaux anarchistes ! renchérit Pauline.

— Mais, je ne…

Victor DE GAREL sentit la fatigue le gagner, il ne supportait plus ces petites querelles qui venaient gâcher ce qui devait être un moment de détente.

— Ça suffit, tais-toi maintenant. Je t’ai avertie plus d’une fois et aujourd’hui il devient urgent d’agir. Tu iras donc goûter les plaisirs du travail aux champs. Il me semble que c’est ce que tu cherches, non ? Tu n’as jamais cessé de te rebeller et ce, sans prendre en compte d’où nous venons, ce que nous avons entrepris et d’où ils viennent, eux, et ce qu’ils nous ont apporté ! Maintenant la discussion est close et je voudrais pouvoir finir mon repas dans le calme. Pour ce qui est de l’organisation et de ta prise en charge, je m’en occuperai dès cet après-midi.

Virginie DE GAREL et Pauline étaient soulagées, le calme habiterait cette demeure durant quelques mois au moins. Le déjeuner se poursuivit dans le silence, interrompu de temps à autre par le service de Mélanie.

Elle éprouva de la pitié pour cette petite. La sentence était tombée et l’expérience serait rude. Il existait plusieurs exploitations agricoles sur le territoire et le travail pouvait y être très pénible. Victor DE GAREL avait paru déterminé à infliger, à sa fille, une bonne correction qu’il voulait instructive. Mélanie craignait que certains ouvriers aient l’idée de brimer une fille de nanti, la démarche étant sans risque, puisqu’il s’agissait simplement de lui apprendre le métier, un métier pas facile et donc la possibilité de lui en faire baver.

Dans l’après-midi, Virginie DE GAREL et Pauline se rendi-rent à la bibliothèque afin d’échanger leur livre. L’établissement proposait également des collations et permettait aux épouses et filles de dignitaires de se retrouver dans des petits salons pour passer des heures entières à disserter sur tel ou tel ouvrage. Un loisir très répandu chez les femmes du grand monde qui laissaient aux hommes la liberté de vaquer à leurs occupations plus ou moins bénéfiques à la communauté. En effet, outre les postes qu’ils occupaient au commandement, il leur arrivait très régulièrement de se détendre dans les estaminets que les femmes ne fréquentaient pas, trouvant les discussions ennuyeuses et parfois même scabreuses.

Ema se retira de nouveau dans sa chambre. Cette fois elle était allée trop loin. Elle imagina les journées dans une ferme, avec tous les ouvriers qui la regarderaient de travers parce qu’elle était la fille d’un riche et qui ne se gêneraient pas pour la chahuter. Elle n’aurait certainement pas une chambre à elle, et devrait par-tager une couche avec d’autres. Et les toilettes, comment se déroulaient-elles ? Y avait-il une salle de bain dans laquelle on pou-vait s’enfermer, ou simplement des douches collectives ; ou pire encore, se lavait-on dans un bac ? Elle était sur le point de craquer, de se jeter au cou de son père, implorer son pardon et jurer qu’elle ne recommencerait plus. Mais l’image qu’elle eut d’elle, une fille lâche qui chassait ses convictions d’un revers de la main, pour le simple prétexte d’un manque de confort, la répugna. Elle se rappela des récits de Mélanie et de son désir de connaître cet autre mode de vie. Elle décida de ne pas s’arrêter à ces principes de petite bourgeoise et se dit que cette punition aurait au moins le mérite de l’éloigner de ce qu’elle exécrait, tout en la rapprochant des gens qui avaient de vraies valeurs.

Après une petite sieste réparatrice, Victor DE GAREL décida de rendre visite à son ami William VIGAR qui, en qualité d’Administrateur d’Etat, supervisait l’ensemble des secteurs et pouvait le renseigner sur les exploitations agricoles et fermes d’élevage. Il pourrait lui conseiller la plus indiquée pour la leçon qu’il voulait donner à sa fille. Cette entrevue lui donnait égale-ment l’occasion de lui parler de son intention de discuter avec le Professeur DORTH et il savait que William serait, lui aussi, intéressé. Sa demeure se situant à quelques pas, il s’y rendit à pied et, comme le lui avait précisé le Docteur BASSON, ça lui permettait de faire un peu d’exercice. William le reçut dans son bureau où il vérifiait les ordres de missions.

— Il y a plusieurs possibilités Victor, lui indiqua William. Entre la plantation de fruits et légumes, l’exploitation de vigne, la plantation de céréales ou les élevages de cochons, de poulets, de vaches, il y a de quoi faire. L’agriculture est une discipline plus épuisante que l’élevage, qui est lui plus salissant. Dans chaque domaine, il existe différents postes plus ou moins pénibles : le travail aux champs ou le nettoyage des étables n’est pas particulièrement aisé, à l’inverse la collecte des œufs ou les semailles sont moins harassantes. Mais quelque soit ton choix, ta fille devrait vite se rendre compte de l’aubaine qu’elle a de s’appeler DE GAREL. Voilà la liste des tâches.

— Je souhaite réellement que cela lui serve de leçon. Elle est encore jeune et nourrit des idéaux irréalisables dans une communauté qui se veut favorable pour tous. Je vais lui rendre compte de notre entrevue et lui laisser choisir son activité. Elle pourrait commencer quand ?

— Les ordres de mission ont été préparés, et je reçois les candidats à la première heure demain pour une prise de poste en début d’après-midi. Elle pourrait intégrer le groupe. Fais-moi part de ta décision au plus vite.

— OK, je te tiens au courant d’ici la fin de la journée pour Ema et aussi pour le rendez-vous avec DORTH. Merci William.

De retour chez lui, DE GAREL ordonna à Mélanie d’aller chercher Ema avant de s’enfermer dans son bureau. Il aimait cette petite. Elle avait hérité de son caractère fougueux, obstiné et passionné, et de son esprit vif qui caractérise les leaders, mais son concept d’une société idéale sans une autorité clairement établie n’était qu’utopie et reflétait bien la naïveté significative d’une jeune fille de son âge. Cette sanction n’était finalement qu’une leçon de vie, un apprentissage que son rôle de père l’obligeait à lui imposer. Ema toqua à la porte.

— Entre ! invita Victor sèchement.

Après avoir refermé la porte, elle vint s’assoir en silence sur la chaise face à son père, tout comme elle le faisait petite fille quand il devait la sermonner pour une bêtise.

Il referma le dossier qu’il parcourait, le rangea dans son tiroir qu’il verrouilla, puis discrètement, il glissa la clé dans un inters-tice du bureau. Ema n’était pas dupe et connaissait les cachettes de son père qui préférait garder les clés non loin des serrures qu’elles ouvraient. Il regarda sa fille droit dans les yeux, et après lui avoir démontré la nécessité de cette sentence, lui exposa les diverses propositions de postes à occuper.

— Je te laisse le choix, ma fille. Réfléchis-y et rends-moi une réponse, au plus tard dans une heure.

— Bien Papa, ce sera fait ! répondit Ema avec arrogance avant de retourner dans sa chambre.

Assise au bord de son lit, elle commença à prendre conscience de l’épreuve qui l’attendait. Elle ne connaissait pas réellement ces gens et ne savait pas ce qu’ils étaient capables de lui faire. Le travail physique lui était également inconnu. Mais pourquoi s’emportait-elle comme ça ? Quelle idée de s’opposer à une hiérarchie que personne ne discutait ?

On frappa à sa porte.

— Entrez ! … Ah, c’est toi Mélanie, entre. J’ai besoin d’histoires de princesse et de magie, comme tu sais les raconter. Décris-moi encore la vie de l’autre côté, ta vie aussi. Je n’en sais que très peu finalement.

— Ecoute Ema, je n’ai pas pu m’empêcher d’entendre la conversation que tu viens d’avoir avec ton père. Alors écoute-moi bien… Tu as raison, tu ne sais pas grand-chose sur ma vie et je n’avais pas vraiment l’intention de te donner plus de détails, jus-qu’à aujourd’hui… Tu as besoin de connaître certaines choses qui te permettront de mieux vivre ta peine.

— Tu es gentille, mais je ne vois pas ce que ta vie pourrait changer à la mienne. Je vais partir pendant plusieurs mois, chez des gens que je ne connais pas. Oh Mélanie, j’ai si peur !

— Non, non, calme-toi, écoute-moi. Mon mari, Guillaume PADEL, gère la plantation de céréales et j’ai entendu que tu pouvais choisir le lieu de ta pénitence.

Elle s’assit à ses côtés, posa ses mains sur les épaules d’Ema et la fit pivoter vers elle. Elle lui prit délicatement le menton, lui releva légèrement la tête et murmura :

— Tu comprends ?

Ema fixa Mélanie d’un regard mélangé de surprise et d’espoir.

— Tu veux dire que mon sort n’est pas aussi désespéré que je le croyais ?

— Oui Ema. Dis à ton père que ton choix se porte sur la plantation de céréales. Une fois arrivée à la ferme, fais savoir à mon mari qui tu es. Il te connait un peu à travers ce que je lui ai racon-té et il me semble qu’il t’apprécie déjà. Et puis dans cinq jours je serai avec toi.

— Tu es vraiment précieuse, Mélanie. Je n’oublierai pas tout ce que tu fais pour moi.

— Allez, sèche tes larmes et vas voir ton père. Il faut que je me remette au boulot maintenant !

Ema dévala les escaliers le cœur plus léger et entra dans le salon. Son père était installé dans son fauteuil habituel et consultait les derniers rapports émanant des patrouilles de drones. Les informations étaient préoccupantes : certains individus se rapprochaient du Sanctuaire.

— Papa, j’ai fait mon choix. Tu peux m’envoyer à l’exploitation de céréales, si c’est ce que tu souhaites !

— Bien, je vais faire porter le message à William VIGAR, afin qu’il puisse s’occuper de ton placement. Mais demain matin, avant de prendre la navette, je désire te présenter quelqu’un. En attendant, vas rassembler quelques affaires pour ton séjour. Ton nécessaire de toilette et quelques changes suffiront.

La soirée se déroula sans heurts et tout le monde se coucha tôt. Le lendemain matin, sur le perron, Ema embrassa sa mère et sa sœur du bout des lèvres avant de grimper dans le véhicule de fa-mille conduit par son père. Elle s’était levée à l’aube pour rejoindre Mélanie en cuisine et lui dire au revoir dans une étreinte qu’elle n’accorderait ni à ses parents, ni à Pauline.

Pendant toute la durée du trajet, père et fille gardèrent le silence. Ils arrivèrent au Centre de Gestion et se dirigèrent vers la porte blindée menant au Service de Recherche. Le code composé par DE GAREL sur le boîtier inséré dans le mur débloqua le sys-tème de sécurité et la cloison de métal coulissa, libérant l’accès qui menait à un monte-charge. Ema fut impressionnée. Le sous-sol était un immense laboratoire, débordant d’écrans et de machines diverses, de fioles et de récipients de toutes les tailles contenant des liquides de couleurs différentes, et de nombreux tableaux couverts de formules. Des hommes et des femmes en blouse blanche s’activaient partout, scrutant le contenu d’un tube ou vérifiant leurs notes.

Ils s’approchèrent d’un homme qui devait approcher la trentaine, ses cheveux noirs plaqués sur le crane, élancé et droit comme un «i», des yeux bleus limpides et des lèvres fines pincées dans un demi-sourire. La blouse blanche qu’il portait sur son pantalon noir et sa chemise grise, informait de son poste de chercheur.

«Exactement le type d’homme que mon père aurait choisi pour Pauline si elle n’avait pas été mariée à Vincent» pensa Ema.

— Bonjour Paul, tu as fait des nouvelles découvertes ?

— Bonjour Monsieur DE GAREL. Et bien il me semble que l’on s’approche du résultat final concernant l’étude sur la nouvelle molécule découverte il y a deux mois, mais je vous le confirmerai quand on aura tous les éléments.

— Bien, bien. Ton avenir est prometteur, félicita Victor, puis se tournant vers sa fille : Ema, je te présente Paul GALBIN, le fils du Dignitaire Evan GALBIN. Il a suivi des cours de physique-chimie avec le Professeur DORTH et le seconde depuis quelques temps. Paul, je te présente ma fille Ema.

— Je suis flatté de vous connaître Mademoiselle, votre père m’a souvent parlé de vous !

— Enchantée ! répondit simplement Ema.

Cet homme la rendait nerveuse, elle ne savait pas pourquoi. Peut-être ce regard de prédateur qu’il posait sur elle, un regard que son père aurait sans doute qualifié de conquérant. Le ton peu enjoué d’Ema déplut à Victor qui lui jeta un regard noir.

— Paul se déplace régulièrement dans les exploitations agricoles pour y faire des prélèvements et je lui ai demandé de te rendre visite. A ton retour, il te prendra sous son aile pour te former à la chimie, ce qui complètera les connaissances en médecine que tu as acquises avec le Docteur BASSON. Maintenant, je dois m’entretenir avec lui. Vas faire un tour dans le laboratoire pendant ce temps.

Ema ne se fit pas prier, Paul la mettait vraiment mal à l’aise et toute cette installation l’intriguait.

— Paul, tu es un homme bien qui pourrait faire le bonheur de ma fille. Bien sûr elle ne le sait pas encore, mais elle comprendra vite. Je souhaiterais qu’un homme tel que toi puisse veiller sur elle s’il m’arrivait le pire et je dois m’assurer dès aujourd’hui qu’elle ne manquera de rien. Si tu es d’accord, nous pourrions organiser cette union pour l’année prochaine. Alors, qu’en penses-tu ?