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Ces impressions de voyage d'un vagabond sans boussole au pays des livres sont l'occasion d'évoquer de nombreux souvenirs qui ont jalonné ma vie de lecteur. Je parle de mes auteurs préférés, de mon goût pour la lecture et de la manière dont j'ai formé ma bibliothèque. Celle-ci totalise plus de sept mille livres et comme l'univers, elle est en expansion permanente. Lorsque les livres dénichent un terreau propice, ils prolifèrent tel un organisme vivant et vous n'y pouvez rien. Chaque jour, les livres sont de plus en plus serrés sur les rayonnages, ils s'introduisent chez vous à votre insu, peuplent le moindre recoin, s'empilent comme des acrobates jusqu'à des hauteurs vertigineuses, colonisent tous les espaces et bientôt vous devez lutter pour ne pas être submergé par ce flux de bouquins, de brochures, d'atlas, d'encyclopédies, de grimoires, d'elzévirs et autre in-octavo. Pour ranger ces ouvrages, il faut de nombreuses étagères, celles-ci sont réparties dans toutes les pièces de la maison y compris le sous-sol où se trouve la « réserve ». Cette énorme quantité de livres a intrigué ma petite-fille Apolline alors âgée de cinq ans qui m'a demandé un jour : « Papi, pourquoi tu as trop de livres ? ». Cette question qui est à la fois une interrogation et une affirmation m'a conduit à réfléchir sur l'origine de mon appétence pour la chose livresque. Pour tenter de trouver une réponse, j'ai décidé, pendant un an, de noter mes impressions de lecture. Ce périple sans itinéraire m'a permis de découvrir 81 titres. Le livre n'est pas un objet, il a le pouvoir magique de transformer notre quotidien, c'est une machine à voyager dans le temps et l'espace, c'est un antidote contre l'ennui, l'ignorance et les préjugés. J'espère qu'en lisant ce livre mes petits-enfants ressentiront l'envie de se constituer une bibliothèque et surtout, d'ouvrir les livres.
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Seitenzahl: 468
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Pour Apolline, Inès, Clémence, Hugo et Lubin
« Tant qu’il y aura des livres, des gens pour en écrire et des gens pour en lire, tout ne sera pas perdu dans ce monde qu’en dépit de ses tristesses et de ses horreurs nous avons tant aimé. »
Odeur du temps -Jean d'Ormesson
« Lecture, une bonne façon de s’enrichir sans voler personne. »
Arlette Laguiller
Avant-propos
— Trop de livre
— La vie des livres
— Le secret des livres
— Le silence des livres
Le jeûne moyen de purification totale
François Mauriac
Le bonheur selon Confucius
Echos dans le temps
Journal du dehors
Toine — Monsieur Parent
Si le grain ne meurt
La révolte des anges
La vie d’un simple
Dans les forêts de Sibérie
L’art difficile de ne presque rien faire
La Mésopotamie
Le livre : historique, fabrication, achat, classement, usage et entretien
Journal de prison
La vie des fourmis
La faim
La révolution française
L’auberge rouge
Le rêve
Nez de cuir
Des premères bactéries à l’homme
Histoire des bibliothèques
Sérotonine
Le talon de fer
Le miracle Spinoza
Henry David Thoreau
Introduction à l’histoire de l’Antiquité
Moderato Cantabile
Le loup des steppes
Honoré de Balzac, bilan critique
Albert Camus, journaliste
Pompéi, la ville oubliée
Ce que nous devons savoir sur la pomme de terre
La perle
Le langage et la pensée
Le disciple
La folie Fischer
Journal d’un lecteur
Robinson Crusoé
La chute, les derniers jours de Robespierre
Le tour d’écrou
Pourquoi lire les classiques ?
De grandes espérances
L’écume des jours
Un roi sans divertissement
Les Bonnes
Cosmos
Les mots de ma vie
La cité des cloches
Tous les matins du monde
Le fond de la bouteille
La Dame de pique
Les insectes en 300 questions/réponses
Atala — René
La Belle époque
La librairie de la place aux herbes
La vie secrète des écrivains
Souvenirs dormants
Au-delà de l’horizon
Ralph et la quatrième dimension
Sapiens face à Sapiens
André Gide et Marcel Proust à la recherche de l'amitié
L’homme qui plantait des arbres
Les vraies richesses
Pourquoi lire ?
Stendhal par lui-même
Allons-nous vers une révolution prolétarienne ?
La ligne d’ombre
Du côté de chez Swann
Mangellan
Le tour de Jules Verne en quatre-vingts livres
L’épopée coloniale de la France
La mythologie pour les nuls
Grégoire et le vieux libraire
L'attrape cœurs
Lac
Le lit de la Merveille
L'autre Rimbaud
Histoire de la pensée
Les lois du succès
Anne de Green Gables
Épilogue
Plaidoyer pour la lecture
Ma bibliothèque totalise plus de sept mille livres et comme l’univers, elle est en expansion permanente. Lorsque les livres dénichent un terreau propice, ils prolifèrent tel un organisme vivant et vous n’y pouvez rien. Chaque jour, les livres sont de plus en plus serrés sur les rayonnages, ils semblent s’introduire chez vous à votre insu, peuplent le moindre recoin, s’empilent de la même manière que des acrobates jusqu’à des hauteurs vertigineuses, colonisent tous les espaces et bientôt vous devez lutter pour ne pas être submergé par ce flux de bouquins, de brochures, d’atlas, d’encyclopédies, de grimoires, d’elzévirs et autre in-octavo.
Pour ranger ces ouvrages, il faut de nombreuses étagères, celles-ci sont réparties dans toutes les pièces de la maison y compris le sous-sol où se trouve la « réserve ». C’est beaucoup pour une collection privée. En France, plus de la moitié des bibliothèques municipales compte moins de trois mille documents. Cette énorme quantité de livres a intrigué ma petite-fille Apolline alors âgée de cinq ans qui m’a demandé un jour : « Papi, pourquoi tu as trop de livres ? ». Cette question qui est à la fois une interrogation et une affirmation m’a conduit à réfléchir sur l’origine de mon appétence pour la chose livresque.
J’ai toujours aimé lire. Le premier livre dont je garde des souvenirs précis est un manuel scolaire « Lectures actives pour le cours élémentaire » de G. et M. Duru éditions classiques Hachette (1953). Il contenait des extraits d’œuvres de divers écrivains et comptait de nombreuses illustrations relativement austères avec très peu de couleur. Je me souviens de quelques-unes des histoires « Un cochon en pain d’épice », « L’histoire d’un bébé vraiment minuscule ». Lorsque je lisais ces récits, je n’étais pas capable d’analyser mes émotions, mais l’agencement des mots, qui par magie se transformaient en images dans mon esprit, me conduisait à une admiration béate pour les maîtres-écrivains auteurs de ces écrits. Il y a quelques années, j’ai retrouvé ce livre dans la bibliothèque de mon oncle après son décès. Bien sûr, je ne suis pas certain qu’il s’agit exactement de l’exemplaire de mon enfance, mais j’ai reconnu immédiatement l’édition, les illustrations et les textes.
D’où mon oncle tenait-il ce livre et pourquoi l’avait-il conservé ? Je ne voyais qu’une explication, c’était un rescapé du contenu de mon cartable d’écolier.
Ce livre ne me quitte plus désormais et je l’ai rangé dans le tiroir de ma table de nuit. Il n’est pas exclu qu’il soit à l’origine de mon envie d’écrire des petites histoires sur des thèmes très variés comme ce fut le cas quelques années plus tard en classe de préparation au certificat d’études.
Mon instituteur avait une pédagogie que je trouvais assez avant-gardiste ; il nous autorisait à choisir librement le sujet des rédactions que nous devions composer. C’était pour moi un vrai plaisir, je pouvais laisser libre cours à mon imagination débordante et j’inventais des histoires de corsaires et de flibustiers, d’envahisseurs extraterrestres ou d’enquêtes policières. Mes écrits avaient un certain succès, mon instituteur les montra au directeur de l’école qui se trouvait être aussi (mais je ne le sus que beaucoup plus tard) auteur de plusieurs romans. Un jour, pendant la récréation, le directeur vint me voir, j’avais une certaine inquiétude, car il m’inspirait un peu de crainte, il n’était pas très grand, mais sa démarche assurée lui conférait un air martial que renforçait une coupe en brosse et une voix grave à l’accent rocailleux mais chantant du Sud-ouest et puis surtout, c’était le « directeur ». Toutefois, mon appréhension fut rapidement dissipée, car loin de me reprocher quoi que ce fût, il me félicita pour mon imagination et me donna une pièce de 5 francs, ce qui acheva de me surprendre puis, en se tournant vers mon instituteur, il dit : « Voici un futur Simenon ! ».
C’était la première fois que j’entendais parler de Simenon, mais je me doutais qu’il y avait lieu d’être flatté. Le compliment était immérité, mais je le pris comme un encouragement et je trouvais là, une raison de plus pour aimer les livres et le monde qui gravitait autour…
Il serait intéressant de suivre le cheminement d’un livre depuis sa fabrication jusqu’à son rangement dans une bibliothèque afin de connaître les différentes circonstances dans lesquelles il change de propriétaire et de lieu de résidence. Un livre a une durée de vie extrêmement longue, des centaines d’années, peutêtre même des milliers. Pour cela, il doit échapper à ses prédateurs ; le feu, certains insectes, l’humidité, la lumière, les bactéries et les champignons, les rongeurs, les catastrophes naturelles et l’homme !
Combien de livres sont détruits, mutilés par le fait de manipulations maladroites de mauvais conditionnement ou même d’actes volontaires de vandalisme. En mai 1933 Adolf Hitler lance une « action contre l’esprit non allemand » qui aboutit à une cérémonie au cours de laquelle des dizaines de milliers de livres sont publiquement jetées au bûcher. Les exemples de ce genre sont légion à commencer par la destruction du plus grand trésor de l’antiquité, l’irremplaçable bibliothèque d’Alexandrie (créée en 283 avant Jésus-Christ). Mais il y a aussi des destructions « institutionnelles » qui ne choquent plus personne, chaque année en France, environ 100 millions d’ouvrages sont invendus, une partie bénéficie d’une seconde chance, mais la plupart vont au pilon.
Lorsque, dans un vide-grenier ou chez un bouquiniste, je trouve un livre ancien en parfait état de conservation, je suis toujours étonné de constater avec quel naturel un livre peut rester pratiquement à l’état neuf pendant si longtemps. Je ne peux m’empêcher d’imaginer son parcours et les multiples dangers auxquels il a pu échapper pour finalement se retrouver entre mes mains. Ainsi, ce tome second de la vie des saints, publié en 1696 à Lyon chez Anisson & Posuel, portant beau ses trois cent vingt printemps et arborant fièrement sa robe en maroquin et ses dorures intactes, par quel miracle ce livre se retrouve-t-il dans ma bibliothèque ? Rendez-vous compte, Louis XIV aurait pu le lire ! Toutefois, ce genre de livre fait exception, je ne recherche pas spécialement les beaux livres reliés, rares ou anciens, encore moins les hagiographies. Chaque livre acheté est un livre que je souhaite vraiment lire, peu importe sa reliure, pourvu qu’il soit en bon état.
Ma bibliothèque est très éclectique, elle contient tout ce que j’ai pu collecter en un demi-siècle de lecture, elle est le reflet des différentes passions que j’ai développées dans différents domaines : l’entomologie, le jeu d’échecs, les biographies, la musique, les dictionnaires et encyclopédies, le droit, l’histoire. La plupart de mes livres ont déjà vécu plusieurs vies et pourtant leur histoire n’en est qu’à son début.
Chaque fois que je me trouve dans un endroit peuplé de livres, qu’il s’agisse d’une bibliothèque, d’une librairie ou de l’étalage d’un bouquiniste, je suis saisi par une sensation de bien-être.
D’où provient ce ressenti ? Sont-ce les livres qui m’envoient un message ou une onde bienfaisante ? Est-ce la perspective d’y découvrir un trésor, un chef-d’œuvre, la réponse à une question ?
Les livres ont toujours représenté pour moi quelque chose de précieux, de rare, de sacré. Je me sens bien parmi eux. Une bibliothèque est une représentation de l’éternité, car on ne peut pas mourir en lisant.
Dès que j’ai compris que je pouvais m’entourer de livres sans dépenser une fortune, je n’ai plus jamais cessé d’en accumuler.
Un livre est un objet magique, toujours disponible, il tient dans la main, ne tombe jamais en panne et peut vous faire voyager dans l’espace et dans le temps en toute sécurité. Les livres sont des écrins qui renferment l’esprit et le cœur des hommes.
Parfois mon choix de lecture est guidé par l’aspect physique du livre : la reliure, les illustrations, le papier, le format et même l’odeur. Tout cela n’est pas rationnel. Alors je pondère cette première impression en m’intéressant à l’auteur et au contenu. Mais je me trompe rarement, même lorsque mon choix n’est motivé que par l’aspect esthétique.
Je suis étonné de la robustesse et de la longévité des livres. Objets à la fois fragiles et forts, ils sont prêts à défier les siècles pourvu qu’ils trouvent une âme bienveillante pour les préserver de leurs ennemis mortels et surtout de la folie des despotes !
Cela peut paraître exagéré, mais lorsque je contemple ma bibliothèque, je me sens heureux.
Même la nuit je sens la présence bienveillante des livres.
Tous ces volumes sagement rangés sur leur étagère sont comme autant d’amis qui dans le silence, attendent d’être sollicités pour confier leur secret.
Les romans libèrent mon imagination et me font vivre mille aventures épiques.
Les livres d’histoire me transportent dans les pas des rois, des armées de César et des personnages illustres qui vivent dans les dictionnaires.
Les encyclopédies me donnent l’impression de pouvoir tout connaître.
Les atlas me font parcourir le monde avec des bottes de sept lieues.
Les dictionnaires sont des ouvrages qui permettent de décrire l’univers, ils contiennent les mots nécessaires pour rédiger tous les autres livres.
L’invention de l’écriture, puis celle de l’imprimerie ont donné à l’humanité le moyen de se transcender. N’est-ce pas la plus géniale des inventions ?
Un homme dépouillé de toute technologie pourra toujours lire et écrire, ces deux activités peuvent contribuer à son bonheur.
Chaque volume de ma bibliothèque est vivant. Il incarne un souvenir, une rencontre, une odeur, un lieu, un événement lié au moment de sa lecture. À mes souvenirs heureux ou douloureux, est toujours associé un livre qui me réconforte et m’apaise.
De peur d’être un jour aveugle et même si rien ne le laisse présager, je fais provision de livres audio, car si mes yeux font défaut, ces livres seront là pour me parler.
Une telle passion frise la folie, mais c’est une folie que je revendique, car elle est fort plaisante à vivre et ne nuit à personne.
Je ne peux que souhaiter vous la faire partager :
Lisez, enivrez-vous du parfum des livres, demeurez à l’ombre de leurs feuillets et semez leur sagesse à tout vent.
Rien n’est plus silencieux qu’un livre et rien n’est plus apaisant qu’une bibliothèque bien garnie. Les livres ne sont pas seulement silencieux, ils absorbent le bruit. Comme une source d’eau vivifiante, les pages des imprimés émettent des effluves insonorisantes qui imposent à tous la retenue et l’extrême économie des gestes et de la parole. Ce comportement est induit avec plus de force et de persuasion que ne pourrait le faire un règlement ou une loi. Il n’est besoin que de pénétrer dans une salle de lecture pour s’en convaincre.
Une maison pleine de livres est une oasis de paix, un lieu de détente et de repos. Tous les objets issus de la technologie peuvent faire du bruit. Les ordinateurs, les téléphones, les téléviseurs, les machines et robots de toutes espèces sont potentiellement bruyants et peuvent tomber en panne ou exploser avec fracas. Même dans leur fonctionnement normal ils sont tintamarresques et stressants.
Imaginez une immense bibliothèque peuplée d’une multitude de volumes d’où aucun murmure ne s’échappe. Pourtant dans ses ouvrages sont contenus des millions de mots, de phrases qui ne demandent qu’à s’évader. Dès que les mots captent le regard d’un lecteur, ils s’infiltrent dans son esprit et lui transmettent la pensée des auteurs dans un murmure intime. Ce chuchotage qui s’introduit dans la tête de centaines de lecteurs ne produit pas la moindre clameur à l’extérieur.
Pourtant il se peut parfois qu’un livre déroge à la règle et rompe le silence. Il arrive que du haut d’une étagère un livre tombe. Il s’agit d’un accident rare, mais ce bruit est sourd et non agressif. Un livre a voulu manifester sa présence par un acte matériel pour se signaler. Il veut être lu, il veut nous transmettre un message. Il faut toujours lire la page sur laquelle un livre tombé s’est ouvert. Certains peuvent penser qu’il s’agit d’une tentative de suicide, car il est vrai que les livres sont mortels. Il peut aussi s’agir d’une altercation qui aurait dégénéré en échauffourée entre deux livres incompatibles ou concurrents (il faut toujours accorder une grande attention au classement de vos livres). Mais ces évènements sont exceptionnels, en général les livres sont pacifiques et muets. Rien n’est plus silencieux qu’un livre et pourtant il peut nous dire tant de choses et renferme en son sein tant de bruit et de fureur.
17 octobre 2019
Le hasard de mes pérégrinations me conduit souvent à dénicher des livres dont le manque de modernité n’enlève rien à leur intérêt. Il n’est pas un ouvrage dont on ne peut tirer quelques enseignements sur le plan moral ou philosophique ou simplement pratique. Un livre peut toujours se résumer au minimum à une idée ou un fait majeur qui mérite d’être retenu et médité. Chaque semaine, je récolte ainsi des livres abandonnés ou vendus à vil prix dont je tire toujours un bénéfice soit par leur contenu intellectuel soit pour le divertissement qu’ils me procurent. Il en est ainsi de ce petit texte déniché dans une de ces cabines aux livres qui fleurissent de plus en plus dans nos villes et villages et dont le principe est simple : vous y déposez les bouquins que vous ne souhaitez pas conserver et vous pouvez emporter gratuitement ceux laissés par d’autres lecteurs. Il y a deux jours je me suis arrêté à la cabine aux trésors, comme je le fais régulièrement chaque semaine, et j’y ai repéré un opuscule à la couverture sobre et datée qui a attisé ma curiosité. Il s’agissait d’un essai de Marie-Reine Geffroy dont le titre est « Le jeûne moyen de purification totale » suivi d’une conférence sur : « La maladie et la guérison spirituelle ». Mon éclectisme en matière de lecture n’a pas de limite et même si je suis plus naturellement porté sur les textes d’histoires ou sur la littérature classique, je suis passionné en fait par tous les sujets, qu’il s’agisse d’entomologie, d’astronomie, de philosophie, de sculpture grecque ou des civilisations antiques. Le thème n’est d’ailleurs pas mon seul critère de choix et je peux être motivé simplement par l’esthétique d’une reliure, la couverture, le papier, son odeur, son volume harmonieux et bien d’autres caractéristiques parfois difficiles à définir. Ainsi donc de retour chez moi j’ai consulté plus en détail l’aspect matériel de ce petit livre d’un auteur qui m’était complètement inconnu et traitant d’un sujet que je n’avais jamais vraiment abordé. Il s’agissait d’un 12x18 cousu, sans illustration, avec une couverture très sobre sur un carton couleur ivoire du même ton que les pages intérieures imprimées sur un papier bouffant plutôt agréable et en très bon état malgré son âge déjà avancé (l’édition est de 1966). Je serais curieux, en dehors de toute autre indication sur le contenu de cet ouvrage, de connaître son histoire. Qui étaient son ou ses propriétaires précédents et dans quelles conditions a-t-il été conservé jusqu’ici dans un si bon état. Je pense qu’il est un peu miraculeux de retrouver en vrac parmi d’autres, des livres délaissés par leur propriétaire et ayant conservé intactes les caractéristiques de leur jeunesse. Couverture immaculée, intérieur frais, aucune annotation ni détérioration malgré les années et la fragilité de la reliure. Ce livre a été lu puisque les pages ont été coupées comme en témoignent à la fois l’aspect pelucheux des tranches et les quatre dernières pages qui elles n’ont pas été séparées. Je me plonge donc dans la lecture de cet opuscule sans la certitude de dépasser les premières pages. Après quelques minutes de lecture, il me vient l’idée de me renseigner sur l’auteure afin notamment de savoir si elle a vécu longtemps grâce aux mérites du jeûne. Je trouve très peu d’information sur elle si ce n’est qu’elle est l’épouse d’Henri-Charles Geffroy (1895-1981) dont on trouve la biographie sur internet. Il fut un pionnier de la diététique, de la culture biologique et de l’alimentation saine. Il a fondé la revue « La vie Claire » ainsi que la chaîne de magasins du même nom. Son entreprise a déposé le bilan en 1979 et a été reprise par Bernard Tapie. Pour ceux que cela motive, je vous reporte aux articles que l’on peut trouver sur internet et notamment sur Wikipedia. Sa vie et sa doctrine ne manquent pas de singularité et l’on voit qu’à partir d’un simple petit livre oublié dans un recoin et qui pourrait passer complètement inaperçu, on découvre un monde offrant des perspectives presque illimitées à la réflexion et à l’étude. Mais il est peut-être temps que je fasse un résumé de cette lecture même si ce n’est finalement ici pas le but unique de mon propos.
La préface nous apprend que l’auteure fait des jeûnes de 49 jours chaque année, ce qui est un peu effrayant ! Le premier chapitre commence par une argumentation simple et convaincante de l’intérêt du jeûne :
« Tous nos organes ont besoin de repos lorsqu’ils ont fonctionné une certaine durée. »
L’auteure souligne ensuite que la consommation de viande a augmenté dans une proportion considérable au cours du demi-siècle qui vient de s’écouler. Il faut ici préciser que ce livre a été publié pour la première fois en 1951 ! La tendance actuelle qui conduit à dénoncer cette consommation excessive de viande prend donc sa source très loin dans le passé.
Le reste de l’ouvrage est assez convaincant sur le principe qui consiste à diminuer les excès alimentaires, mais présente parfois quelques aspects d’une dérive sectaire notamment lorsque l’auteure pense que ces excès, liés aux doctrines matérialistes, ont reçu pour sanction l’affaiblissement de la race et les grands fléaux, ou lorsqu’elle cite de nombreux Saints qui se nourrissaient exclusivement de parcelles d’hostie consacrée et d’un peu d’eau.
Au chapitre III l’auteure recommande toutefois de ne pas entreprendre sans la surveillance d’un spécialiste, des jeûnes de plus de 2 ou 3 jours.
L’essai se termine par une « conférence sur la maladie et la guérison spirituelle » qui renforce mon impression que cet ouvrage va au-delà d’une simple étude médicale sur les bienfaits du jeûne, mais propose une ascèse en partie basée sur une discipline encadrée par des préceptes religieux à dominante chrétienne.
Voici donc les quelques lignes que m’a inspirées cette lecture improvisée. Cet ouvrage est introuvable dans les librairies, mais disponible sur eBay à des prix situés entre 2 et 32 euros ce qui témoigne de l’hésitation que l’on peut avoir sur l’utilité des questions qu’il traite si tant est que la valeur marchande puisse être le reflet de l’intérêt intellectuel d’un livre.
Bibliographie :
– « Le jeûne moyen de purification total », Marie-Reine Geffroy, La Vie Claire (1966), 88 pages.
20 octobre 2019
Ma librairie préférée est d’un genre particulier. Si je devais produire une métaphore mythologique, je choisirais sans hésitation de la comparer à l’Hydre de l’Erne qui se régénère sans cesse de ses amputations multiples. Cette vitalité se manifeste chaque dimanche par l’exposition en plein air, le plus souvent en centre-ville, de moult marchandises hétéroclites proposées par des camelots improvisés. Les vide-greniers (c’est bien de cela qu’il s’agit) s’inscrivent naturellement dans la série des douze travaux que doit réaliser tout bibliophile. Ainsi, muni d’une gibecière, je pars en quête du Graal chaque semaine. Lorsque j’arrive sur le terrain des opérations, je m’imagine comme la vigie sur son nid-de-pie qui scrute l’horizon. À la vue d’une caisse de livres, j’aborde.
Cette habitude a développé chez moi une acuité visuelle me permettant de discerner parmi cet océan de chinoiseries, brimborions et autres fanfreluches l’objet de mes recherches. Je peux repérer de loin ce qui mérite attention et je reconnais à de petits détails le coffre qui peut contenir un trésor. Ainsi, la collection des grandes biographies éditées par Flammarion se remarque aisément tant elle se distingue par le titrage en très gros caractère blanc sur un dos rouge et généralement épais. Alignés dans une bibliothèque, ces livres ne passent pas inaperçus et les noms de RICHELIEU BEAUVOIR RACINE RASPOUTINE RECAMIER sautent au regard du visiteur. Ainsi, j’ai repéré un jour de septembre 2019 un MAURIAC abandonné. Il s’agissait d’un ouvrage de Violaine Massenet consacré à ce géant de la littérature. De retour à mon domicile et comme pour toutes mes acquisitions, je me suis livré à un examen attentif de l’ouvrage afin d’effectuer si nécessaire quelques menus réparations et nettoyage. Un simple coup d’éponge humide permet de raviver les couvertures qui ne craignent pas l’eau. Pour les reliures en toile, on ne peut malheureusement pas faire grand-chose si ce n’est un coup de brosse. Pour les tranches, souvent un peu ternes et affectées d’un début de jaunissures il y a un traitement efficace qui consiste à les poncer à l’aide d’un papier de verre fin. L’effet est souvent spectaculaire. Ne craignez pas d’abîmer votre livre, n’oubliez pas que le papier est de même nature que le bois dont il est extrait.
Voilà, me direz-vous, une étrange chronique littéraire qui consiste d’abord à poncer avant de lire, mais il s’agit de livres d’occasion qu’il convient souvent de raviver pour prolonger leur conservation en bon état. Après ce traitement hygiénique, il convient de feuilleter le livre, de l’ouvrir et le fermer pour l’aérer et évacuer la poussière. L’objet est prêt pour son enregistrement dans ma base de données, titre, auteur, éditeur, année, format, résumé et sans oublier un scan de la page de couverture. Je complète souvent par la couvrure en utilisant un PVC bien transparent. Ces divers traitements permettent de donner une seconde vie à des bouquins qui étaient sinon voués à une mort prochaine.
La dernière étape est bien évidemment la lecture puis le rangement dans la bibliothèque. Il y a parfois une mise au purgatoire provisoire. En effet, lorsque la récolte est abondante, il n’est pas possible de tout lire. Ainsi pour cette biographie qui est restée un peu plus d’un mois en attente. Un mois, c’est très peu, il s’agit là d’un grand privilège, certains attendent depuis plusieurs années et piaffent d’impatience. Les livres une fois lus ne sont pas abandonnés pour autant, ils peuvent être prêtés, donnés ou relus. Souvent, je les truffe de coupures de journaux ou de magazine en rapport avec leur contenu. Ils prennent ainsi de l’embonpoint et s’enrichissent au fil des ans.
Venons-en maintenant aux faits. Qui est François Mauriac ? Je range cet auteur parmi les « écrivains monde » dont l’œuvre débordante à la fois par son volume et par sa diversité offre à la perspective de l’esprit un horizon sans borne. Il appartient à une génération d’auteurs (Gide, Claudel) que l’on qualifiait respectueusement de maîtres. Il figure dans mon panthéon littéraire en compagnie de Balzac et d’Anatole France et de bien d’autres titans comme Zola ou Jules Verne pour ne citer que les plus connus et sur lesquels nous reviendrons.
François Mauriac (1885-1970) est né à Bordeaux. Il est issu d’une famille de bourgeois d’affaires du côté de sa mère et de grands propriétaires terriens du côté paternel. Il a reçu une éducation catholique stricte qui le marquera toute sa vie, oscillant entre la quête de la grâce et une réserve critique contre les travers de l’église lorsqu’elle pactise avec l’injustice. Il étudie la littérature à la faculté de Bordeaux. Il lit Claudel, Francis Jammes, Rimbaud, Baudelaire, Racine, Pascal et aussi Barrès et Anatole France qui décideront sans doute de sa vocation littéraire. Il publie dès 1909 un premier volume de poèmes « les mains jointes » qui sera remarqué par Barrès. La Première Guerre mondiale interrompt une carrière prometteuse. De faible constitution physique, handicapé par un défaut à l’œil gauche, vestige d’un accident de jeunesse, Mauriac est un jeune homme plutôt effacé pratiquant l’autodénigrement allant jusqu’au « dégoût de lui-même » selon ses propres termes. Ce profil contraste avec l’écrivain engagé, le polémiste redoutable qu’il deviendra plus tard.
Le 2 juin 1913, François Mauriac épouse Jeanne Lafon pour la vie. En 1921, il publie « préséances » et son premier chef-d’œuvre « le baiser au lépreux » qui reçoit une critique élogieuse de la part de ses confrères. Sa carrière est lancée. Une grande partie de son œuvre romanesque est marquée par l’opposition entre les tourments de la chair et les promesses de félicité spirituelle conférées par la foi. Il publie successivement Génitrix, le désert de l’amour, Thérèse Desqueyroux, le nœud de vipères, le mystère Frontenac. Le 16 novembre 1933, il est élu à l’Académie française par 28 voix et 3 bulletins blancs sur 31 votants. Le poète et romancier va élargir sa palette et devenir dramaturge puis chroniqueur, biographe et journaliste.
En 1932 il commence à se plaindre de difficultés à parler. Un cancer du larynx est diagnostiqué. François Mauriac est opéré en urgence, il est procédé à l’ablation de la corde vocale atteinte. Il gardera comme séquelle, jusqu’au restant de ses jours, cette voix pâle manquant de souffle qui permettra de l’identifier entre tous.
Il ne limite pas l’exercice de son talent à la littérature, il s’engage sur le plan humain, d’abord auprès des réfugiés espagnols en 1939 puis en réclamant, par conviction chrétienne, la grâce de Brasillac, Henri Beraud, Maurice Bardèche et Pierre Laval. Il s’engage aussi dans la contestation anticolonialiste. Ainsi, à l’occasion d’un discours à Florence en 1954, où confronté aux événements d’Algérie il trouve dans sa foi chrétienne les mots portant un message qui marquera les esprits. Il est d’autant plus écouté qu’il vient d’obtenir le prix Nobel de littérature en 1952.
« Quelles que soient nos raisons et nos excuses, je dis qu’après dix-neuf siècles de christianisme le Christ n’apparaît jamais dans le supplicié aux yeux des bourreaux d’aujourd’hui, la sainte Face ne se révèle jamais dans la figure de cet Arabe sur laquelle le commissaire abat son poing. Que c’est étrange après tout, ne trouvez-vous pas ? Qu’ils ne pensent jamais, surtout quand il s’agit d’un de ces visages sombres aux traits sémitiques, à leur Dieu attaché à la colonne et livré à la cohorte, qu’ils n’entendent pas à travers les cris et les gémissements de leur victime sa voix adorée : “C’est à moi que vous le faites !” Cette voix qui retentira un jour, et qui ne sera plus suppliante, et qui leur criera, et qui nous criera à tous qui avons accepté et peut-être approuvé ces choses : “J’étais ce jeune homme qui aimait sa patrie et qui se battait pour son roi, j’étais ce frère que tu voulais forcer à trahir son frère.” Comment cette grâce n’est-elle jamais donnée à aucun bourreau baptisé ? Comment les soldats de la cohorte ne lâchent-ils pas quelquefois le fouet de la flagellation pour tomber à genoux aux pieds de celui qu’ils flagellent ? »
Proche du général de Gaulle, il poursuit sa carrière dans le journalisme sans pour autant cesser d’écrire des romans et du théâtre. Il s’exprime notamment dans son bloc-notes qui paraît dans la revue de la table ronde, ensuite dans le figaro puis il collabore à l’express à partir de novembre 1953 jusqu’en avril 1961.
Son dernier roman publié en 1969, « un adolescent d’autrefois » est encore un grand succès.
En 1969, dans un entretien télévisé avec Christian Bernadac il évoque sa carrière littéraire et considère que d’une certaine façon, tout ce qu’il a écrit tourne autour de son adolescence et des lieux de son enfance (Saint Symphorien d’abord et ensuite Malagar dans les landes). Il se définit lui-même comme un poète plus que comme un écrivain. Il déclare que son poème allégorique « Le sang d’Athys » publié en 1940, demeure de toute son œuvre ce qui le déçoit le moins.
François Mauriac meurt à l’hôpital de l’Institut Pasteur le 1er septembre 1970 à l’âge de 85 ans, auteur d’une œuvre monumentale qui a fait de lui l’un des écrivains les plus importants du XXe siècle. Poète, romancier, dramaturge et témoin engagé pourfendant l’injustice et la barbarie, il a toujours été du côté des opprimés et sa vision du monde mérite qu’on s’y intéresse encore aujourd’hui. Dans son bloc-notes de l’année 1964, Mauriac s’effraie pêle-mêle des ravages de l’industrialisation, de l’envahissement des voitures, de l’extinction des espèces rares, de la disparition progressive des oiseaux et de l’ignorance politique de la jeune génération. Il est regrettable de constater qu’il est aujourd’hui, comme bien d’autres, un écrivain passé de mode, lui dont l’œuvre a été saluée pour l’analyse pénétrante de l’âme et l’intensité artistique avec laquelle il a interprété, dans la forme du roman, la vie humaine.
Les modernes lui reprochent d’avoir écrit des livres trop sombres, mais, comme le disait son fils Jean, « on n’a pas compris que, pour lui, aimer la vie, c’est l’aimer sans la déguiser ».
***
Il faut rendre hommage à Violaine Massenet, universitaire et romancière, d’avoir rassemblé en 450 pages une vie et une œuvre exceptionnelles dans un ouvrage qui se lit comme un roman et dont je n’ai traduit ici que les moments saillants. Cette biographie est illustrée par huit pages de photos en noir et blanc et de nombreuses reproductions de lettres manuscrites d’admirateurs adressées au « maître ». Une bibliographie et des notes abondantes complètent le travail impeccable de Violaine Massenet.
Précisons, pour finir, que ce livre ne m’a coûté qu’un euro. L’accès à la culture n’est pas un privilège réservė aux riches.
Bibliographie :
– «François Mauriac », Violaine Massenet, Flammarion 2000 , 450 pages.
– « Oeuvres romanesques et théâtrales complètes », 4 volumes, édition établie, présentée et annotée par Jacques Petit, Gallimard, La Pléiade.
– « Oeuvres complètes », 12 volumes présentés par l’auteur, Fayard 1950-1956.
– « D’un bloc-notes à l’autre » 1952-1969 (Bartillat 2004) 884 pages
Oeuvres recommandées (je ne peux citer que mes préférées parmi mes propres lectures) :
– Thérèse Desqueyroux, Les chemins de la mer, Destins, Le mystère Frontenac.
22 octobre 2019
La chine est une île-continent. Un lieu difficile d’accès, mystérieux, à part. Son histoire ne peut pas être facilement résumée. La Chine est le pays de la démesure, le plus grand, le plus peuplé, berceau de l’une des civilisations les plus anciennes.
On doit à la Chine l’invention du papier, de la poudre, de la porcelaine, de la boussole, du billet de banque. L’imprimerie était connue des Chinois dès le VIIIe siècle bien avant Gutenberg qui ne fit que perfectionner l’invention. La première encyclopédie chinoise qui nécessita 22 ans de travail à Feng Dao fut imprimée dès 953. La plus grande encyclopédie du monde est une compilation chinoise des connaissances de l’époque, rédigée sur ordre de l’empereur Yongle de la Dynastie Ming à compter de 1403. Elle comptait à l’origine près de 23 000 rouleaux manuscrits. Diderot et d’Alembert tenteront la même aventure près de quatre cents ans plus tard. La Grande Muraille édifiée entre le IIIe siècle av. J.-C. et le XVIIe siècle pour défendre la frontière nord de la Chine est la structure architecturale la plus importante jamais construite par l’homme à la fois en longueur, en surface et en masse (6700 km de mur de 6 à 7 m de hauteur). La muraille s’étend en fait sur près de 9000 km compte tenu des barrières naturelles constituées par les montagnes et les rivières.
L’écriture chinoise est la plus ancienne des écritures en usage aujourd’hui. Elle nécessite 7 ans d’apprentissage aux écoliers chinois. Un an suffit aux enfants européens pour apprendre leur langue native. Mais la Chine est aussi le pays de la sagesse de Confucius et de Lao Tseu.
Confucius est né en l’an 551 avant Jésus-Christ. Il est à l’origine d’une doctrine à la frontière de la philosophie et de la religion. Il connut une vie de fonctionnaire et de maître à la tête d’une école, voyagea à travers toute la Chine de son époque. Son enseignement a marqué à jamais toutes les générations qui ont suivi jusqu’à nos jours. Sa philosophie a connu quelques vicissitudes notamment après la Première Guerre mondiale ou des intellectuels réformateurs ont jugé le confucianisme inadapté aux enjeux de la société nouvelle qui prônait la rénovation. Cette mise à l’index s’est poursuivie durant la période maoïste. Mais à partir des années 1980, le confucianisme connaît un regain d’intérêt et reprend toute sa place dans la société chinoise.
Sa doctrine morale peut se résumer simplement d’après Ernst Gombrich (brève histoire du monde) : Confucius disait « Je crois à l’ancien temps et je l’aime, ce qui signifiait qu’il croyait au bon sens et au bien-fondé des us et coutumes transmis depuis des siècles. Son enseignement n’avait d’autre ambition que de les rappeler inlassablement pour en perpétuer le souvenir et pour que les hommes continuent de les respecter. Il suffisait, selon lui, de se conformer à ces règles pour que tout devienne plus simple… Il considérait que tous les hommes naissent bons et raisonnables, que cette bonté et ce bon sens résident au fond d’eux-mêmes… ».
Comme Socrate et comme Boudha, Confucius n’a rien écrit, ce sont ses élèves qui ont noté ses cours. C’est l’empereur Wudi de la dynastie Han qui imposa l’école philosophique de Confucius, quatre siècles après sa naissance, inaugurant ainsi le rôle capital que la pensée de ce maître spirituel allait jouer en Chine. L’essentiel de sa doctrine est recueilli dans les « quatre livres » qui constituent en quelque sorte la bible du confucianisme (titre qui rappelle d’ailleurs les quatre évangiles). Yu Dan, l’auteure de « Le bonheur selon Confucius » fait une relecture moderne et lumineuse de ces textes pour les rendre encore plus compréhensibles. Ce petit livre, qui a obtenu un tirage exceptionnel de plus de dix millions d’exemplaires en Chine, nous présente l’enseignement de Confucius sous la forme de fables millénaires et de contes riches de sens (je recommande en particulier la fable du maître de thé page 79, la fable de la jeune fille page 68 et la fable du tailleur page 101). On y trouve des citations de Confucius, mais aussi d’autres penseurs en harmonie avec les textes du maître.
« Ne pleurez jamais d’avoir perdu le soleil ; les larmes vous empêcheraient de voir les étoiles » TAGORE poète indien (1861-1941)
« Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse » Confucius (on retrouve cette règle d’or dans de nombreux textes antérieurs à Confucius, notamment dans la Bible Tobie 4:15).
« Étudier sans réfléchir est une occupation vaine, réfléchir sans étudier est dangereux ». Confucius
« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour ». Confucius
Enfin, lorsque l’on étudie les paroles des sages de l’Antiquité, on trouve de nombreuses pensées qui s’accordent miraculeusement bien à notre époque :
Pour Confucius il y a une condition essentielle pour qu’un pays vive en paix avec un gouvernement stable : il faut que le peuple ait confiance en ses dirigeants.
Je terminerais par une citation de Confucius qui n’est pas dans le livre de Yu Dan :
« Ce qui est profitable à une nation, ce ne sont pas les richesses, c’est la justice » Confucius.
Des pensėes que les hommes politiques de notre époque devraient méditer.
Biblographie :
– « Le bonheur selon Confucius petit manuel de sagesse universelle », auteure : Yu Dan, Belfond 2009.
– « Brève histoire du monde », Ernst Gombrich, Hazan 2005
– « Petite histoire de la Chine », Xavier Walter, Eyrolles pratique 2007
– « Phares 24 destins », Jacques Attali, Fayard 2010
– « Sagesse du Confucianisme » (les Quatres Livres de philosophie morale et politique de la Chine), France Loisirs 1995.
23 octobre 2019
J’ai lu récemment « 1984 » d’Orwell, cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu d’ouvrage de science-fiction/anticipation. Je confirme, il s’agit bien d’un chef d’œuvre. Cela m’a donné envie de relire un peu de SF. Dans ma jeunesse j’étais un fan de la collection « Anticipation » publiée chez Fleuve Noir de 1951 à 1997. En octobre 2018 je me trouvais au stand de Pierre Bordage à l’occasion de la 25e heure du livre au Mans et je lui ai demandé de dédicacer un livre pour Olivier qui suit cet auteur depuis très longtemps, mais comme il possédait déjà l’ouvrage il m'a donné son exemplaire non dédicacé en échange. Il s’agit du roman « Échos dans le temps » dont je viens d’achever la lecture. D’abord un petit mot sur Pierre Bordage qui est de ma génération. Il est né en 1955 et est très tôt attiré par l’écriture, mais ne parvient pas à s’exprimer au travers du système scolaire malgré son choix de poursuivre des études littéraires (il n’obtiendra d’ailleurs pas sa maitrise de lettres !). Il s’intéresse à la religion et vit des expériences mystiques. Il découvre la science-fiction avec notamment les chroniques martiennes de Ray Bradbury. Il voyage en Asie et en Inde. Il commence une carrière de libraire à Paris spécialisée dans l’ésotérisme. Ce n’est qu’à partir de 1985 qu’il se lance dans l’écriture avec « Les guerriers du silence », mais il ne reçoit que des lettres de refus des maisons d’édition. Il se convertit dans le journalisme sportif et il rencontre en 1992 son premier éditeur. Puis il propose à nouveau son premier roman « Les guerriers du silence » à Pierre Michaut qui accepte de publier les trois volumes. Le succès est immédiat. Aujourd’hui il est l’un des rares écrivains français de romans populaires à gagner sa vie avec sa plume.
On retrouve dans l’œuvre de Pierre Bordage des éléments de réflexion sur la spiritualité et la religion, il déclare lui-même être « en recherche spirituelle », mais il n’est pas vraiment croyant. Sa manière d’écrire est basée sur l’inspiration spontanée, il ne réalise aucun plan au préalable. Cette manière d’écrire, sans plan ni structure, lui laisse échapper parfois des incohérences.
Au début du roman l’action se passe en 2017 en France. Un étrange correspondant qui signe « V. Pointe 2 de la Trimurti » adresse un courriel à deux de ses amis pour leur indiquer que le moment est venu de se retrouver. On apprend dès la première ligne qu’il s’agit de fuyards en cavale depuis près de cent ans ! Le récit se poursuit à la première personne par la narration de celle qui sera le personnage principal de l’histoire et dont on découvrira le prénom seulement à la page 65. Jeanne souffre d’une maladie orpheline qui porte le nom d’insomnie fatale familiale (IFF). une maladie incurable et dégénérative. Attirée par une mystérieuse vibration, elle découvre la nuit, dans son jardin, un inconnu inconscient au pied d’un talus. Elle le recueille chez elle, en fait dans la maison familiale où elle vit avec son père et son frère (handicapé mental). Après quelques jours de repos, l’inconnu se rétablit. Il s’appelle Kort. Auprès de lui et sans comprendre pourquoi, Jeanne sent que son état de santé s’améliore grâce à de mystérieuses vibrations. Elle découvre que Kort vient d’un autre temps et qu’il doit partir à la recherche de trois évadés de prison. Elle se joint à lui pour les retrouver, éprouvant pour l’inconnu une certaine attirance et une grande curiosité pour l’aventure qui s’annonce. Ils partent pour un périple qui les mènera en Inde puis au Bhoutan au pied de l’Himalaya. Ils sont pourchassés par des mystérieux « Humods » (Humains modifiés) qui veulent les éliminer. À vous de lire la suite.
Il s’agit donc d’un roman sur le thème du voyage dans le temps et de ses paradoxes. C’est mon thème favori en science-fiction, car je trouve qu’il est inépuisable et permet de libérer complètement son imagination.
On est rapidement pris par l’intrigue et l’auteur distille à point nommé les réponses aux questions que l’on se pose. Toutefois, le roman est un peu court (187 pages) et manque de profondeur, car plusieurs pistes sont ouvertes notamment concernant la trinité hindoue, qui se fermeront sans trop d’explication. La fin est un peu ramassée et compte tenu de la méthode d’écriture de l’auteur, il me semble que l’inspiration lui a manqué pour étoffer davantage son histoire. Il n’est d’ailleurs pas dans son habitude de faire des romans courts, je suppose donc que ce n’était pas forcément son intention d’être bref. Pierre Bordage a préféré s’en tenir à un roman de pure divertissement plutôt que de s’enferrer dans un texte à message pour lequel il ne trouvait pas la matière. Finalement, je dirais qu’il s’agit effectivement d’un bon roman de divertissement qui m’a rappelé d’ailleurs par certains côtés les fleuves noirs de ma jeunesse. Je remets donc à plus tard et à une autre œuvre ma vraie découverte de cet auteur dont la bonne réputation n’est pas usurpée si j’en juge les échos que j’en reçois de lecteurs enthousiastes.
Bibliographie :
– « Échos dans le temps », Pierre Bordage, J’ai lu (2017), 188 pages.
24 octobre 2019
Annie Ernaux est née à Lillebonne (Seine-Maritime) le 1er septembre 1940. Elle est professeur de lettres agrégée. Elle publie son premier roman « Les armoires vides » en 1974. Le succès arrive avec son roman autobiographique « La Place » avec lequel elle obtient le prix Renaudot en 1984. Son œuvre est essentiellement autobiographique et est empreinte d’une démarche sociologique. Annie Ernaux cherche à « sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais ».
Son « Journal du dehors » (1993) est dans la lignée de cette orientation. Balzac aurait pu titrer « scènes de la vie quotidienne ». Il s’agit de courtes descriptions, de moments de vie transcrits dans un style dépouillé, sans artifice comme pour ne pas dénaturer l’instant. Le style est celui d’une sociologue soucieuse de capter l’instant dans sa réalité brute, sans fioriture de style ni métaphore. Il s’agit de photographies, d’instantanés, de portions de vie observées au hasard : une sortie dans le R.E.R, les hypermarchés ou le centre commercial de la ville où habite l’auteure. Une mise en captivité d’un regard, d’une parole, d’un geste, d’une conversation, d’un événement anodin. L’auteure nous aide à verbaliser des petits événements de la vie de tous les jours que l’on a tous vécus sans jamais les reformuler.
Un texte assez court qui vaut surtout par l’originalité de l’approche qui vise à retenir quelques instants d’une vie qui s’échappe et des interactions avec des gens dont on partage pendant quelques minutes, voire quelques secondes un morceau d’existence voué à disparaître immédiatement dans l’éternité de l’oubli.
Ce livre est comme un album photo où ne subsisteraient plus que les légendes.
« En voiture, près de Saint-Denis, la tour Pleyel. Impossible de savoir si elle est habitée par des gens, ou constituée de bureaux. De loin, elle est vide, noire, malfaisante ».
« Un caddie renversé dans l’herbe, très loin du centre commercial, comme un jouet oublié. »
« Allez, rentre à la maison ! L’homme dit cela au chien, tête basse, rasant le sol, coupable. La phrase millénaire pour les enfants, les femmes et les chiens. »
Bibliographie :
– « Journal du dehors », Annie Ernaux, Folio (1995), 106 pages.
30 octobre 2019
J’ai fait l’acquisition des œuvres complètes de Guy de Maupassant il y a un peu plus d’un an sur un site de vente de livres d’occasion. Je suis particulièrement satisfait de cet achat d’autant plus que l’affaire a failli me passer sous le nez. Une fois la transaction conclue le vendeur a fait l’expédition un peu hâtivement et je n’ai rien reçu à cause d’une erreur sur le poids des livres. À la suite d’un contrôle en cours d’acheminement le transporteur a imposé le retour à l’expéditeur. Cela a demandé plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour démêler l’affaire. Comble de malchance, le vendeur est parti en vacances sans pouvoir me renvoyer le colis. Je me suis fait rembourser avec regret. Mais j’ai suivi l’affaire et un mois plus tard l’annonce pour ces livres est reparue, j’ai pu finalement les acheter à nouveau et les recevoir en bon état. Je n’ai pas regretté cette obstination, car ces ouvrages sont particulièrement bien conservés dans leur reliure à faux-nerfs et leur emboîtage. Il s’agit de l’édition d’art Piazza publié par Albin Michel entre 1968 et 1973. On trouve, dans chaque volume, une douzaine d’illustrations en couleur réalisées par plusieurs illustrateurs. Le papier est parfaitement blanc, l’impression est de grande qualité. La reliure est en cuir bordeaux avec auteur, titre et filets dorés.
Pour les auteurs que j’aime, je trouve préférable d’acquérir les éditions complètes. C’est souvent plus économique que d’acheter tous les livres en format poche et aussi plus agréable à manier et plus durable. C’est aussi l’occasion de faire des découvertes intéressantes sur un auteur dont on connaît en général les titres les plus célèbres, mais dont l’œuvre se révèle beaucoup plus importante et diversifiée qu’on ne pouvait l’imaginer (par exemple, André Maurois n’est pas seulement un romancier c’est aussi un excellent biographe et un historien). Je recommande donc aux jeunes qui sentent sourdre en eux les prémisses d’une passion pour la littérature de faire l’acquisition d’œuvres complètes. Ils y trouveront un triple avantage : des économies substantielles, l’assurance d’une certaine exhaustivité et enfin le privilège de disposer d’éditions soignées. Enfin ces ensembles comportent le plus souvent, des introductions et des commentaires sur la vie et l’œuvre de l’auteur que l’on serait en peine de trouver ailleurs.
Ainsi, dans ma jeunesse, j’ai commencé à lire Émile Zola et j’ai fini par acquérir un à un les vingt volumes en format poche des Rougon-Macquart. Mais finalement, je n’avais pas fait le tour complet de cet auteur, car il a écrit bien d’autres romans et textes en dehors de cette série, alors finalement, j’ai acheté ses œuvres complètes. J’aurais été mieux inspiré de le faire plus tôt.
Cependant certaines éditions dites « complètes » usurpent leur titre. Il faut bien se renseigner et tenir compte des dates d’éditions. Généralement, il s’agit d’impressions qui interviennent après le décès d’un auteur, mais parfois elles sont publiées de son vivant. Ainsi Fayard a publié entre 1950 et 1956 les 12 volumes des œuvres de Mauriac, mais celui-ci a continué à écrire jusqu’à sa mort survenue en 1970. Ainsi il faudrait rajouter au moins 10 volumes pour véritablement parler d’œuvres complètes.
Mais quel est mon sujet ? Le contenu ou le contenant ? À vrai dire je ne sépare pas le texte de son support, l’objet livre dans sa matérialité reçoit une âme par le texte qu’il porte. Les deux sont indissociables. La reliure et le papier sont le corps qui donne à une pensée le moyen de s’épanouir et de voyager dans l’espace et le temps.
Guy de Maupassant (1850-1893) a vécu son enfance en Normandie. Après des études de droit, il entre au ministère de la Marine puis à l’instruction publique. C’est une force de la nature, rabelaisien et sportif. Il adore canoter et courir les jupons, ses exploits en la matière témoignent de sa vitalité. Pourtant, sa vie fut courte et ses dernières années furent particulièrement dramatiques. Atteint par la syphilis il déprime et fait une tentative de suicide. Il sombre peu à peu dans la folie et finit par être interné à Paris dans la célèbre clinique du docteur Blanche. Le 31 décembre 1891, il écrit une lettre particulièrement poignante à son ami le docteur Cazalis « … J’ai un ramollissement du cerveau venu des lavages que j’ai faits avec de l’eau salée dans mes fosses nasales. Il s’est produit dans le cerveau une fermentation de sel et toutes les nuits mon cerveau me coule par le nez et la bouche en une pâte gluante. C’est la mort imminente et je suis fou ! Ma tête bat la campagne. Adieu ami, vous ne me reverrez pas !… ».
Maupassant a publié six romans, des récits de voyage, quelques articles de critique littéraire et plus de trois cents nouvelles. C’est dans ce domaine en particulier qu’il excelle. Il est reconnu comme le maître incontesté de la nouvelle. Ces histoires sont pour la plupart très courtes, mais racontent des tranches de vie et parfois des vies entières dans un style sobre et pur avec souvent des inventions de langage et des descriptions piquantes. Si l’humour ne manque pas, les univers décrits sont cependant assez sombres et pessimistes. Maupassant décrit les travers de ses contemporains à la manière d’un impressionniste, par touches successives. Les deux recueils de nouvelles « Toine » et « Monsieur Parent » forment le septième volume des œuvres complètes. Toutes ces histoires nous décrivent des mentalités, des comportements, des profils psychologiques et des préoccupations humaines qui peuvent nous aider à comprendre l’humanité intemporelle.
Certains ont pu reprocher à Maupassant d’être un écrivain de l’anecdote. Mais qu’importe après tout, l’important c’est le style et la vie n’est-elle pas qu’une suite de faits divers ?
Maupassant n’est certes pas un penseur, mais c’est un artiste qui a su nous faire rêver.
Bibliographie :
– « Toine – Monsieur Parent – Contes divers », Guy de Maupassant, Édition d’art H. Piazza (1970), illustrations de Jean-François Debord, 415 pages.
5 novembre 2019
Pour moi, Gide est encore une énigme. Qu’en sais-je ? Peu de choses. Je me souviens de deux livres de poche alignés sur l’unique tablette de mon lit cosy qui contenait tous mes livres à l’époque (une centaine). Je devais avoir treize ou quatorze ans. Parmi ces livres, il y avait Balzac, Jules Verne, Victor Hugo, Anatole France, quelques livres de la collection spirale et d’autres de la bibliothèque verte des éditions Hachette. Dans mes souvenirs, il y avait deux livres de Gide : Isabelle et la Symphonie pastorale. Je me souviens bien de ce qui a motivé mon intérêt pour Balzac, Victor Hugo ou Jules Verne en revanche, je n’ai aucun souvenir qui puisse expliquer la présence de Gide. Sans doute, ai-je été attiré par le titre et l’illustration de la couverture du livre de poche, chose à laquelle je suis encore sensible aujourd’hui. J’ai lu ces deux livres à l’époque et ils m’ont laissé une bonne impression. Ils représentent pour moi, avec d’autres, une certaine nostalgie de mes premières lectures. J’ai gardé aussi un goût particulier pour les livres de poche dont les illustrations de couverture, souvent des aquarelles, étaient magnifiques. Elles invitaient à la lecture, au mystère, à l’aventure, j’ai rarement été déçu d’un texte dont l’illustration m’avait attiré.
Quelque temps plus tard, j’ai acheté « Les nourritures terrestres », les premières lignes m’ont rebuté. Les années ont passé et je n’ai plus jamais relu Gide, ni ses œuvres, ni sa biographie. Depuis, il est tombé un peu dans l’oubli. Pourquoi cette désaffection et ce regain pour Gide entre mon adolescence et aujourd’hui ? Gide n’est pas un auteur populaire et il n’a pas écrit beaucoup de romans. Il fait partie des grands écrivains, avec Proust et Valéry, qui ont dominé la période entre les deux guerres mondiales. Aujourd’hui plus personne ne lit Gide, même s’il est toujours considéré, du point de vue du style, comme un écrivain majeur du XXe siècle.
Il est né à Paris en 1869 dans une famille de la haute bourgeoisie protestante. Il perd très tôt son père, à l’aube de sa douzième année. Il restera marqué par l’éducation stricte de sa mère contrastant avec le souvenir d’un père doux et compréhensif. La fortune familiale lui permet de bénéficier de précepteurs particuliers, il apprend à jouer du piano et deviendra un bon musicien amateur. Il s’intéresse à la science, à l’entomologie, mais surtout à la littérature et produira très tôt un premier recueil de poésie à compte d’auteur qui passera complètement inaperçu. À l’école alsacienne à Paris, il se lie d’amitié avec Pierre Louys. Plus tard, il fréquentera les cercles littéraires parisiens et rencontrera Paul Valéry et Stéphane Mallarmé. Il obtient un grand succès avec la publication des « nourritures terrestres » dont le lyrisme est salué par une partie de la critique. Son roman le plus lu sera « La Symphonie pastorale » publié en 1919 qui traite du conflit entre la morale religieuse et les sentiments. Il est aussi connu pour son journal qu’il rédigera toute sa vie. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1947 et meurt à Paris en 1951.
Dans « Si le grain ne meurt » Gide raconte ses souvenirs de jeunesse et ses débuts littéraires. On découvre un personnage très complexe, tourmenté, incertain dans ses opinions (plus tard, il sera antidreyfusard sans doute par antisémitisme, puis reviendra sur ses convictions tout en restant un peu ambigu, il se fera le chantre du communisme en 1930 puis exprimera sa désillusion après son voyage en URSS en 1936). Son autobiographie est une sorte de confession. Ce qui frappe le plus c’est l’auto dénigrement de l’auteur partagé entre le souhait de contrôler ses sentiments et ses pulsions et l’envie d’y céder pour mieux les dépasser. Dans la deuxième partie de ce livre Gide, révèle et assume son homosexualité et raconte sans vergogne quelques expériences avec des enfants lors de son voyage en Afrique du Nord. Ce type de confession serait inimaginable de nos jours, ce qui montre bien la distance qui nous sépare de cette époque. Gide serait aujourd’hui considéré comme un pédocriminel (terme qui tend à remplacer celui de pédophile), même si ses déviances ont été peu nombreuses et limitées dans le temps. C’est ce type de comportement qui sera la cause de sa rupture avec Paul Claudel le porte-drapeau d’un catholicisme sans concession.
Quant au style, c’est celui d’un grand écrivain maîtrisant parfaitement son art. Il a porté à des
