Un Hiver de Prudence - François De Bressau - E-Book

Un Hiver de Prudence E-Book

François De Bressau

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Beschreibung

Dans une petite ville angevine bien tranquille, les esprits sont échauffés par la loi qui va paraître en Décembre 1905, instituant la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Aux débats politiques vient se greffer une affaire de mœurs concernant un collège religieux. Le président du tribunal, l'avocat et le juge tentent de découvrir le fin mot de cette affaire. S'agit-il vraiment d'un cas grave, ou n'est-ce qu'une manœuvre politique des anticléricaux, ou tout simplement des racontars d'un mauvais élève que l'on a puni ? En cet hiver agité politiquement, il importe de ne pas faire de vagues pour peu de choses ... On peut être adversaires politiques et membres de la bonne société provinciale ! On peut dire que même dans le domaine politico-juridique, il faut aussi conserver le sens de l'humour ...

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Seitenzahl: 68

Veröffentlichungsjahr: 2014

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Sommaire

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Chapitre XII

Chapitre XIII

Chapitre XIV

Chapitre XV

Chapitre XVI

Chapitre XVII

Chapitre XVIII

Chapitre XIX

Chapitre XX

Chapitre XXI

Chapitre XXII

Chapitre XXIII

Épilogue

UN HIVER DE PRUDENCE

I.

La servante entra, qui apportait la lampe. Une sombre journée de Novembre s’achevait. Assis à son bureau Louis XV, Monsieur le Président du Tribunal ne regardait plus les dossiers rapportés du Palais : son regard suivait les flammes des bûches dans la grande cheminée de marbre noir du salon. Il se sentait bien et ne regrettait pas d’avoir préféré à une brillante carrière cette calme existence provinciale dans la belle demeure construite par ses ancêtres en 1746, au cœur de la petite cité angevine.

Bien sûr, la cour d’appel d’Angers l’avait tenté mais il faut savoir choisir et son épouse avait eu la sagesse de ne pas l’influencer … Sans doute, elle aussi, aimait cette existence et surtout, l’été, les séjours campagnards dans le petit château de sa famille, à quelques lieux de la ville.

Et leurs enfants, un garçon de treize ans et demi et une fille de neuf ans, recevaient, l’un chez les Pères, l’autre aux Ursulines, une éducation conforme à leur milieu.

Évidemment, rien n’est parfait et le climat de ce début de siècle était alourdi par les rivalités entre les royalistes et les républicains, les cléricaux et les anticléricaux! Mais, bien que prisant peu la république radicale, François d’Azé avait toujours su préserver son impartialité et garder des contacts amicaux avec ceux qui ne partageaient pas ses opinions. En ce moment, cependant, l’atmosphère devenait plus lourde, et l’anticléricalisme simpliste du gouvernement rendait plus difficile une sereine cohabitation … Enfin, son optimisme naturel l’incitait à penser que rien de définitif n’arriverait avant longtemps, surtout ici, en Anjou, où l’on se méfie des excès … Le temps fraîchissait. Le Président se leva de son bureau, s’approcha de la cheminée, et ajouta une grosse bûche … À ce moment, il crut entendre la cloche du portail. Quelques instants plus tard, le domestique l’informait que Maître Bénard du Tertre demandait à être reçu.

Maître Bénard … mais il l’avait vu au Palais cet après-midi! Qu’y avait-il donc?

- Entrez, mon cher Maître, et venez vous asseoir avec moi devant la cheminée, nous y serons mieux par ce temps sinistre. »

Maître Bénard du Tertre s’assit lourdement ; son physique correspondant parfaitement à l’image classique du notable radical : à près de cinquante ans, son visage coloré, que soulignait une barbe noire, indiquait, autant que son ventre avantageux, orné d’une lourde chaîne d’or, que les plaisirs de la terre ne le laissaient pas insensible. Adversaire, le plus souvent malheureux, du député conservateur, il était un membre très influent de la Franc-maçonnerie du département. Bien que ses relations personnelles avec le Président fussent bonnes (ils étaient tous deux anciens élèves des Jésuites), leurs rapports officiels étaient très discrets : cela rendait plus insolite encore cette visite vespérale … que voulait-il donc?

- Mon cher Président, si je me suis permis de venir vous voir en votre hôtel, c’est que je souhaite – dans le cadre de nos amicales relations – vous tenir informé, officieusement, de ce qui peut devenir une affaire délicate, surtout dans la situation actuelle … Je ne voudrais pas, compte tenu de ma position politique et religieuse, que l’on pût penser que j’en veuille tirer un profit en ce domaine … »

Il tournait sa chaîne de montre entre ses gros doigts et regardait le feu avec intensité. Le Président avait envie de lui demander d’en venir au fait, mais il connaissait assez son interlocuteur pour savoir que ce serait inutile…

- Vous m’intriguez, mon cher Maître, mais je vous remercie de votre confiance : soyez certain que tout restera entre nous …

- J’en suis convaincu, sinon je ne serais pas ici : voici les faits. Hier, j’ai reçu de Monsieur Roulleau (l’importante entreprise de fers et charbons que vous connaissez ; mais, ce que vous savez peut-être moins, c’est qu’il occupe une place éminente chez les « Fils de la Lumière 1 ». Je dois donc le ménager, bien que sa vulgarité me déplaise) une lettre me demandant de recevoir son épouse pour une affaire importante. Il ne pouvait l’accompagner à cause de la signature à Nantes d’un contrat qui l’obligeait à y rester quelques jours … Effectivement, je reçus, ce matin, la visite d’Eugénie Roulleau, aussi rigide dans sa robe noire ornée d’une croix d’argent bien visible, qu’une religieuse carmélite … Son mari faisant profession d’athéisme, je pense que cette attitude d’austère religion leur permet de ne mécontenter aucune de leurs clientèles! Enfin, passons … Après des considérations générales sur le déclin des mœurs et la perversité de notre siècle, elle m’informa que son époux avait l’intention de porter plainte … devinez contre qui? Contre le Préfet de division du Collège des Pères … pour mauvaises mœurs!

Je ne pus cacher ma surprise, comme parents d’élèves de ce collège, mon cher président, nous connaissons bien le Père de Saint Léger, certes jeune (trente-cinq ans, je crois), mais fort estimé de ses supérieurs.

Elle m’arrêta : « Ne vous fiez pas aux apparences! Si mon fils Jules (qui n’a pas de secrets pour sa mère) ne s’était pas confié à moi dans toute la candeur de ses quatorze ans, je n’aurais jamais imaginé chose pareille! Je ne l’imagine d’ailleurs pas! Dieu merci, ces choses me sont inconnues! Pervertir ainsi de petits êtres innocents et purs … et un religieux! »

J’eus du mal à l’arrêter, en lui demandant si elle avait des faits précis. Elle parut outrée « Vous voudriez que je vous raconte ces horreurs! Non, il me suffit de savoir que mon petit Jules, si candide, ne peut presque plus travailler car il doit se défendre des assiduités du préfet … qui, d’ailleurs, vexé sans doute de ne pas parvenir à ses fins, lui met de mauvaises notes, alors que Jules, peut-être moins brillant que certains, est la conscience même dans son travail! »

Bref, impossible d’obtenir quelque chose de précis, sauf que la famille Roulleau voulait me confier le dossier, avec instruction de porter plainte auprès du Procureur … Je parvins quand même à l’interroger sur l’attitude des autres élèves : se plaignaient-ils eux aussi du préfet?

Madame Roulleau leva les yeux au ciel, le prenant à témoin de ma naïveté : « Tous ne sont pas aussi purs que Jules et certains recherchent sans doute ce que Jules refuse! Leur silence ne veut rien dire … »

Bref, seul Jules se plaint. Et pourquoi? Est-il sincère ou essaie-t-il de justifier ses mauvaises notes en inventant une persécution dont sa vertu serait l’objet? J’ai hésité avant d’accepter le dossier mais j’ai pensé qu’un confrère moins scrupuleux porterait plainte sans s’assurer de la réalité des accusations et risquerait de nuire gravement à un homme dont, jusqu’ici, personne ne met en doute l’honnêteté … Qu’en pensez-vous, mon cher président? »

Le président avait suivi avec attention le long exposé :

- Vous avez très bien fait d’accepter, et de m’en parler. Ce qui me frappe, c’est que Madame Roulleau admet que, seul, son Jules se plaint! Bien sûr, les autres, tous les autres, à ses yeux, sont suspects … Mais nous avons, vous et moi, à notre portée, une bonne source d’information : votre fils Henri, et mon Marc sont dans la même classe que Jules … Je crois même que Marc se confesse au préfet. En les interrogeant, indirectement, bien sûr, peut-être comprendrons-nous mieux l’atmosphère de la division et le pourquoi des accusations de Jules?

- Vous avez tout à fait raison et il me vient une pensée qui, je l’espère, ne vous choquera pas : Henri et Marc sont de beaux adolescents, avec tout le charme de leurs treize-quatorze ans, peut-être surtout votre fils, plus mûr … et Jules, pour autant que je m’en souvienne pour l’avoir aperçu aux fêtes