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Tanguy est un homme, grand et mince, au sourire avenant, allant volontiers vers les autres. Au premier abord, il est jugé fort sympathique. Toutefois, il se révèle assez imbu de lui même et plutôt hâbleur. Quand on le connait mieux,on découvre son formidable égoïsme. Lorsqu'il évoque sa jeunesse, c'est, le plus souvent, pour se plaindre du divorce de ses parents. Pour autant, il se sépare de sa femme et il ne se retient pas de se comporter sans égard avec ses enfants, toujours emporté par son égocentrisme. C'est parfois pire que ce qu'il a connu dans sa jeunesse. Séduisant certes, en fait pourri.
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Seitenzahl: 136
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Nous versons dans notre vie d'adulte
ce que nous avons appris des adultes
dans notre enfance.
Anita NAIR
Quand viennent les cyclones
On ne peut être intelligent qu’à l’intérieur
de ses propres limites.
Imre KERTESZ
Prix Nobel de littérature 2002
Pour reconnaître
que l'on n'est pas intelligent,
il faudrait l'être.
Georges BRASSENS
Dans un village perché des Alpes de Haute Provence, sur la terrasse d'un petit hôtel-restaurant d'où il y a une très belle vue, un homme d'un peu plus de soixante-dix ans est attablé devant un bock de bière, la boisson qu'il a l'habitude de prendre depuis de très nombreuses années parce qu'il a toujours considéré qu’elle est un emblème de virilité.
C'est Tanguy. Les cheveux longs, vaguement coiffés, très fournis en blancs, une longue écharpe mauve autour du cou.
Sa nième compagne vient de rompre, ou plutôt de le répudier. Ce verbe correspondant bien mieux à la réalité.
— Il m'est revenu aux oreilles que tu as proposé à mon amie Christine de faire l'amour avec elle.
— Mais non, mon petit cœur. Ce n'est absolument pas cela. On a mal interprété ce que j'ai dit. Je lui ai simplement proposé de coucher à la maison si un jour elle hésitait à rentrer chez elle le soir, après un repas prolongé et un peu trop arrosé. Tu vois bien que tu n'as aucun souci à te faire, ma bichette.
— Tu me rassures mon moineau ! Viens me faire un gros câlin.
Quelques temps après :
— Dis donc, tu n'es pas en relation discrète avec Christine ? On m'a dit t'avoir vu en sa compagnie. C'est curieux !
— Non, tu sais bien que tu n'as pas à douter de moi, ma douce. Est-ce que je ne t’ai jamais menti. Tu peux me faire confiance.
— Bon, mon oiseau, on a dû se méprendre. Mais que je ne t'y prenne pas !
— Tanguy, pensant qu'il s'agissait d'une simple publicité, j'ai ouvert une lettre d'un gîte rural de Normandie. J'ai été très surprise de voir que tu as retenu une chambre pour la semaine pendant laquelle je serai avec Régine et mes petits enfants en Lozère. C'est tout à fait étonnant.
— Non, c'est tout simple. Tu sais qu'en ce moment je suis un peu fatigué, un peu stressé et que j'ai besoin de repos, de me mettre au vert. C'est pour cela que j'ai choisi ce gîte. D'ailleurs tu as pu voir qu'il était parfait pour ce que je recherche.
— Et tu y vas seul, toi qui n'aimes pas du tout la solitude ?
— C'est vrai que je ne suis pas un solitaire. Mais, là, je sens que j'ai besoin de ce break pour me ressourcer, me reposer, me retrouver.
— Toujours tes blablas avec des grands mots à la mode. Tu te fiches du moi. Tu mens.
— Mais non, mais non. Je te certifie c'est la stricte vérité. Je te jure, croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer.
— Arrête ton comportement d'ado. Tu mens, c'est évident. J'en ai marre. Ça suffit comme ça. Mes soupçons se trouvent confirmés. Tu pars avec Christine.
— Non, je t'assure, je ne pars pas avec elle.
-— Je ne te crois absolument pas. De toutes façons, c'est terminé entre nous. Tu fiche le camp chez toi. Tu dégage toutes tes affaires et je passerai chez toi récupérer les miennes dans les plus brefs délais.
C'est après son séjour en Normandie avec Dorothée sa dernière conquête – sur ce point il n'avait pas menti, ce n'était pas avec Christine – qu'il est allé dans cet hôtel des Alpes de Haute Provence qu'il avait découvert avec ses parents quand il était enfant.
Ce fut un total fiasco avec Dorothé Il avait cru son charme irrésistible, comme d'habitude, et il a, avec son fort excès de confiance, commis quelques maladresses, en particulier dans l'exposé à peine croyable de tous ses exploits professionnels, alors qu'elle avait eu vent de certains échecs. Elle a profité de sa propension à vouloir se faire remarquer à son avantage pour déguster les bons repas qu’il offrait au restaurant.
À la fin du séjour, elle lui a dit : merci et adieu, tu n'es pas fiable.
Il laisse vagabonder ses pensées. Elles le ramènent le plus souvent des années en arrière. Ainsi, il se remémore plusieurs moments de sa vie.
À cette époque, la famille de Tanguy fréquentait beaucoup ses cousins de Troyes.
Parmi eux, Véronique, dix-sept ans et demi. Une très jolie blonde aux yeux bleus, les cheveux mi-longs encadrant un fin visage. Grande, élancée et un magnifique sourire à la fois des lèvres et du regard.
Comme à son habitude, Tanguy cherche à se faire remarquer par son bagout à la sonorité élevée et par un fort rire à gorge déployée accompagnant des astuces et des calembours convenus.
Véronique est rapidement en admiration et le regarde avec attention.
Sans tarder, il pousse son avantage et lui montre un peu de tendresse, surtout sous forme d'une attention soutenue.
Il l'emmène faire des ballades dans le Parc Naturel Régional de la Forêt d'Orient où ils peuvent découvrir les trois lacs et les très nombreux étangs. C'est tout à fait romantique. Les premiers temps, ils apprécient les petites randonnées en VTT qui permettent à Tanguy de frimer devant Véronique. Puis ils passent aux promenades à pied. Ils bavardent de tout et de rien, ils rient fréquemment.
Souvent Tanguy a des réflexions vexantes à l'égard de Véronique.
— Tu n'as aucune endurance en VTT. Ton corsage et ton short ont des couleurs mal assorties.
— Tu es bien critique.
— Je cherche à t'améliorer. Ne te conduis pas comme une petite gamine.
— Trop aimable à toi !
Après quelques semaines, ils se tiennent par la main. Il leur arrive quelquefois d'évoquer l'avenir, une vie de famille, des enfants. Mais vaguement, sans trop insister.
Un dimanche, il la prend dans ses bras et la serre un peu contre lui un petit moment en faisant quelques petits bisous sur le visage.
Les sorties suivantes, il recommence. Assez vite il cherche à l'embrasser sur la bouche.
— Doucement mon cher, ça se mérite.
— Ok, mise à l'épreuve. Je patiente.
En rentrant à la maison, devant la famille réunie :
— Véronique a confondu un hêtre et un aulne. Elle a encore des progrès à faire. Connais-tu la différence entre un sapin et un épicéa ?
— Non.
— C'est pourtant tout simple, tout le monde sait ça ! Un sapin a les branches tournées vers le haut et l'épicéa les a tournées vers le bas.
— Eh bien, j'ai appris quelque chose de fondamental grâce à toi. Dit-elle, vexée, avec les yeux humides.
Au cours des promenades suivantes, il se montre à la fois protecteur et très prévenant. Si bien qu'elle se détend et se montre plutôt câline. Il en profite pour l'embrasser, et elle se laisse faire sans trop de réticences et finalement avec fougue, modérée tout de même.
Un jour, assis tous les deux au bord d'un lac, dans un endroit à l'abri des regards, Tanguy embrasse Véronique avec insistance, lui caressant les joues et les cheveux. Puis, tout à coup, il passe sa main sous son pullover, lui décroche rapidement son soutien-gorge et attrape un sein.
Véronique se dégage vivement et se lève
— Non. Je ne suis pas prête à ça.
— Comme tu veux. Rentrons.
On n'a plus jamais revu Tanguy à Troyes.
Il a d'abord prétendu qu'il avait trop à faire les week-ends. Puis, très rapidement, il n'a même plus cherché à donner de quelconques prétextes. Véronique a été énormément déçue. Sa souffrance a été au niveau des illusions qu'il avait semées, peut être avec cynisme.
Tanguy a trouvé un emploi de commercial dans une entreprise de distribution de fournitures de bureau.
Ça vient après des études pas vraiment brillantes et un peu chaotiques.
Le lycée a été difficile. Faute de réussite dans l'établissement proche du domicile, à cause d'un travail modéré, ses parents l'ont mis en pension dans ce qu'on appelait une boite à bac. L'acclimatation n'a pas été facile avec deux fugues terminées chez une tante. Le système étant plus favorable au travail scolaire, le baccalauréat a enfin été obtenu, après un redoublement.
Pour continuer, le choix s'est porté sur une école privée d'informatique. On y demandait un travail soutenu avec des projets à mener, selon les cas seul ou avec quelques condisciples. Le résultat final fut une sortie sans diplôme.
Mais pour un représentant de commerce ce n'est pas nécessaire.
En revanche, il faut se donner à fond et pas en dilettante. Sinon, il est impossible de remplir les objectifs de commandes signées et à la fin de la période d'essai, en raison de résultats très insuffisants, le contrat n'a pas été poursuivi.
Il renonce à son sursis et part faire son service militaire. Il réussit à intégrer une école d'officiers de réserve. À la sortie, avec le grade d'aspirant, il est affecté au service de communication des armées.
Là, il est aux anges. D'abord, il boit du petit-lait quand on s'adresse à lui en l'appelant mon lieutenant. Ensuite, il est conquis par cette activité et se lance avec un grand enthousiasme dans les missions auxquelles il participe.
Si bien qu'à sa libération, il recherche un emploi dans la communication. Une occasion se présente et, grâce à un appui de la part d'un homme politique, il est recruté par un organisme semi-public dans le service communication qui se développait à ce moment-là.
À l'occasion d'une sortie en groupe au ski, Tanguy fait la connaissance de Nadine. Une mignonne blonde aux yeux verts, mince, à l'allure sportive. Elle est volontiers rieuse et d'un tempérament ouvert aux autres. C'est une fille cultivée, passionnée par la découverte de pays étrangers dans lesquels il y a des vestiges de civilisations anciennes. À tel point qu'elle a décidé de travailler dans une agence de voyages. Ils se revoient à l'occasion d'autres sorties de ski et sympathisent.
Tanguy, sous le charme, déploie très rapidement le grand jeu de la séduction. Fréquentes sorties au restaurant. Bien entendu, il règle l'addition après avoir choisi dans la carte des plats aux noms les plus ronflants possibles et un vin réputé, tout en prenant des allures de seigneur et un air béat.
Quand il passe la prendre chez elle, il ne manque pas d'arriver avec un bouquet de fleurs.
Il propose souvent des promenades en voiture à la découverte de villes françaises réputées pour leurs richesses touristiques. Cela leur permet de satisfaire lui son goût pour la conduite de voitures, et elle sa passion des voyages.
Au bout d'environ trois mois,
— Écoute, ma petite colombe, je t'aime beaucoup, je sens intensément que nous sommes faits l'un pour l'autre.
— Vrai, mon grand chéri, ça me fait vraiment très plaisir ce que tu me dis là. Moi aussi, je ressens la même impression. C'est merveilleux !
— Tu devrais venir t'installer chez moi.
— Pourquoi pas plutôt chez moi, mon petit loup. J'y ai mes habitudes et j'aime bien mon cadre de vie.
— Je comprends. Toutefois, je crois que ce sera mieux chez moi. Le loyer est moins élevé, nous ferons donc des économies. Et mon lit est nettement plus large et plus original. Tu verras, nous y serons comme des coqs en pâte.
— J'hésite. Et mes meubles ?
— Pas de problème. Nous pouvons les stocker dans le grenier chez ma tante.
— Je vois que tu as tout prévu. Bon, je veux bien céder à ton insistance.
— Tu me fais plaisir. Tu ne le regretteras pas, ma chatte.
Leur vie est agréable. Ensemble ils font des voyages organisés par l'agence où travaille Nadine.
À PETRA, cette magnifique cité en JORDANIE, créée vers la fin du VIIIème siècle avant Jésus-Christ et ses nombreux bâtiments, dont les façades monumentales sont directement taillées dans la roche, ce qui en fait un ensemble à la fois majestueux et unique. Elle est passionnée par la visite guidée.
Des voyages aussi dans plusieurs villes européennes dans lesquelles Tanguy cible les endroits originaux et marrants, comme il dit.
En SYRIE, avec un circuit passant par DAMAS où ils découvrent la vieille ville, la grande mosquée, le palais AZEM, le musée national. À ALEP, visite de la citadelle et des souks. PALMYRE, avec ses ruines archéologiques, les séduits, surtout Nadine.
À MOSCOU, aussi, où il fredonne la chanson de Gilbert Bécaud, (paroles de Pierre Delanoë) Natha-lie : « la place rouge était vide Nathalie marchait de-vant moi. »
Mine de rien, Tanguy évite de partir les week-ends où il veut être à domicile pour suivre les grands prix de Formule 1 à la télévision.
C'est pour lui une véritable religion et une stricte obligation, même s'il ne fait jamais état de la priorité qu'il donne à cette passion.
Dans les moments où ils discutent en couple et en viennent à chercher à mieux se connaître, il parle souvent du divorce de ses parents.
— À la maison, les disputes étaient fréquentes entre mes parents. Souvent assez violentes, avec de grands coups de gueule. La vie devenait un enfer pour toute la famille.
— Ça ne devait pas être drôle d'être témoin de cela. Tu as dû souffrir, mon pauvre chéri.
— Oui, en effet, j'ai beaucoup souffert de cette ambiance.
— Du coup tu penses que ce genre de comportement est à éviter en présence d'enfants.
— Bien sûr. C’est évident.
Il s'intéresse aux voitures, surtout aux 4x4. Ces automobiles dont on dit qu'elles représentent l'aventure et donnent à leurs propriétaires une image de baroudeur.
Il en rêve, achète des magazines qu'il feuillette avec beaucoup d'attention, notamment quand il est aux toilettes. Finalement, il trouve un véhicule d'occasion qu'il achète. Il en est fier, au volant et, peut-être plus encore, quand il y monte ou en descend.
Il s'inscrit à un club de 4x4 et participe à des sorties organisées par celui-ci auxquelles il traîne Nadine comme copilote.
— Parle-moi à nouveau de tes parents.
— Comme tu sais, ils ne s'entendaient pas beaucoup et se disputaient, souvent.
— Et alors !
— Papa a pris une maitresse. Une amie de Maman.
— Et il le lui a annoncé un beau jour, froidement ?
— Pas du tout. Alors qu'il partait en voyage professionnel, elle a découvert que sa valise contenait un chandail qu'elle n'avait jamais vu. Elle a réagi vivement, demandant d'où il sortait. À quoi il a répondu -du qu'il avait profité de soldes découvertes en passant devant la boutique.
— Et elle l'a cru ?
— Pas vraiment. D'autant plus que ça ne correspondait pas à son caractère ni à son comportement habituel. Il n'achetait jamais aucun vêtement seul. Elle l'a donc surveillé et a découvert le pot aux roses. Je te laisse imaginer la réaction. Toujours est-il que Papa a décidé de quitter la maison pour s'installer avec sa compagne.
— Eh bien ! Dis donc ! Et, toi, que penses-tu de ce comportement ?
— Il me semble que mon père aurait dû être plus clair dès le début de sa liaison. En parler à ma mère et prendre sa décision plus tôt. Ou, tout du moins ne pas nier quand il a été pris la main dans le sac ou plutôt le pull dans la valise. Il est vrai que le dialogue entre eux était difficile.
— Donc, le cas échéant, c'est ce tu ferais. Tu avouerais ta liaison ?
— Oui, certainement Sans hésiter !
— Mon père est revenu vivre à la maison au bout de quelques mois. Avec sa compagne, ils avaient décidé, que c'était mieux pour leurs enfants. Mais l'ambiance s'est très vite révélée mauvaise, voire pire qu'avant. Il est donc reparti.
Les grands prix de Formule 1 et les sorties 4x4, ne sont pas les tasses de thé de Nadine. Ce genre de "sports" l'ennuie. Les gens qu'ils y rencontrent, volontiers hâbleurs, aux conversations quelques fois proches de celles du café du commerce, la désolent.
Elle est plus portée vers des activités culturelles et ses amis sont d'un autre milieu.
Tanguy qui paraît marquer un intérêt enthousiaste quand elle l'amène voir des expositions de peinture ou au théâtre, se met à traîner les pieds. Ce type de loisirs ne l'intéresse pas du tout. Il a tendance à limiter ses activités culturelles à la lecture de quelques bandes dessinées et aux séries télévisées, américaines de préférence, devant lesquelles il passe très facilement des soirées entières.
— Je suis très surprise, chéri, que tu ne fréquentes plus ton père depuis des années.
