Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
« Un souvenir ne s’oublie pas », une phrase qui s’impose comme une évidence. Une lapalissade ? Non, car en rien elle ne saurait nous arracher ne serait-ce qu’un léger sourire. D’ailleurs s’il fallait peser ces mots, sans surprise, ils seraient lourds de conséquences. Helian en fera les frais à grands coups d’émotion. Aujourd’hui, aimable retraité, il s’était appliqué à oublier un souvenir. Seulement, ce dernier ne lui appartient pas. Certains n’ont eu de cesse de le déterrer. L’heure est au partage. Il doit affronter ses fantômes. Ses jours paisibles sont en danger. Sa vie bascule bien malgré lui.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Arthur Desblés a toujours entendu de la part de certains anciens combattants que le premier réflexe de l’après-guerre était l’oubli ; alors que d’autres s’attachent au culte du souvenir et d’aucuns encore, à la quête de la vie d’alors. Fort de ces témoignages mêlés d’un zeste d’imagination, il nous livre son premier roman intitulé Un souvenir ne s’oublie pas.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 63
Veröffentlichungsjahr: 2022
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Arthur Desblés
Un souvenir ne s’oublie pas
Le tigre est mort ce soir
Roman
© Lys Bleu Éditions – Arthur Desblés
ISBN : 979-10-377-6567-3
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
À Isabelle
Tu vas te faire appeler Arthur.
Sylvain
De l’auteur
L’histoire regorge d’anecdotes dont certains se délectent ; à l’image de ces chasseurs de trésors perdus ou de ces secrets bien planqués.
J’évoquerai plus volontiers ces anecdotes qui apportent un éclairage différent sur une personne ; un passé indésirable, une prise de position, un événement, une soirée particulière, un acte répréhensible ; un secret à garder bien secret, avec en supplice une vie à redouter qu’on ne le découvre ou qu’on ne le révèle.
Phénomène encore plus prononcé, lorsque ce qui était connu ne l’est plus ; oui un secret qui l’est devenu que par l’oubli.
Certains essaient d’enfouir des tranches d’histoire complètes ; de les perdre dans cette mémoire collective qui oublie plus vite qu’elle n’apprend.
Voilà bien la matière première de l’histoire : les faits. Un réel souci, une épine dans le pied pour ceux qui les ont commis, évidemment.
Alors que la mémoire collective se complaît à commémorer les faits, selon l’adage : apprendre pour ne pas oublier. Elle en oublie que certains relèvent d’initiatives toutes personnelles, tortueuses, malheureuses, tueuses.
Voilà donc l’histoire d’un agent zélé, coupable, qui avait oublié qui il l’était.
Prologue
Qui ne rêve pas d’avoir rempli sa vie de jolis souvenirs. Ces situations cocasses, ces rencontres, ces réalisations, ces victoires, ces amours, ces joies. Autant d’événements agréables accumulés durant des années qui font que la vie est belle.
Et puis à un âge certain, on se contente de ces souvenirs, sans chercher à en construire de nouveaux. Allez savoir pourquoi ; la nature humaine fait que nous terminons notre vie à nous remémorer de nos meilleurs moments.
Helian vit de ses souvenirs depuis que l’heure de sa retraite a sonné, ne gardant que les meilleurs, lui aussi. De quoi alimenter ses jours de repos bien mérités, sans trop bouger.
Jeune homme, il a connu la guerre, cette drôle de guerre. Une part de sa vie enfouie à jamais dans un coin de sa mémoire. Il s’est même appliqué à oublier qu’il l’avait rangée, afin de s’assurer de la perdre. L’amenant au déni complet d’une éventuelle participation à ce conflit mondial. Une période pas jolie, jolie.
À l’issue de ce deuxième conflit mondial, il est entré dans les services de la CIA, parcourant le monde pour remplir ses missions.
Ses aptitudes d’ancien combattant lui avaient permis d’y entrer sans grande difficulté ; voire, lui avaient donné l’avantage sur d’autres.
Et finalement, il endossa le rôle de sniper qu’il pratiqua durant toute sa carrière aux services secrets américains. Un drôle de métier. Mais, un métier, s’était-il dit alors. Le seul vrai inconvénient que trouvait Helian à cette vie de bohème, c’était justement ce côté bohème. Par moments, il aurait aimé tisser des liens, des liens durables. Chose impossible avec ce métier.
À l’heure de la retraite, il s’est installé dans une résidence cossue, où il est connu comme un homme sympathique, jovial, solitaire. Oui, la solitude, la seule qui ne l’ait jamais accompagné. Comment pouvait-il y renoncer ? Il aime sa vie de retraité, paisible, calme.
La chute de M. Scott
Dans un quartier calme du sud de Montréal, un vieil homme, assis à la table de sa cuisine, admire le soleil se lever ; comme un enfant, les yeux illuminés, alors qu’il ouvre ses cadeaux de Noël.
Helian, au travers de sa fenêtre grande ouverte, contemple la lumière naissante ; les deux coudes sur la table, la tête entre les mains, un grand bol de café bouillant à hauteur de bouche, il souffle pour refroidir.
La fumée se dévoile dans la lumière rasante du soleil déjà présent dans cette matinée bien avancée ; annonçant une belle journée d’été.
Fonctionnaire à la retraite, Helian écoule ses vieux jours en plein centre-ville de Montréal. Jovial, tranquille, il n’aspire à rien d’autre que de vivre des jours heureux, à petite vitesse, en harmonie avec ses prochains ; bien loin du rythme réfréné de ses aventures d’agent de renseignements. Un autre pan de sa vie qu’il a enfoui dans les méandres de sa mémoire ; perdu comme cette guerre. En tout cas, c’est ce qu’il croit.
Maintenant, il sait compter les secondes, ressentir les minutes, apprécier les heures, profiter des journées. Il traîne à prendre son temps, dans le calme. Ce calme qui lui a manqué si souvent ; car trop longtemps chacun de ces petits bruits du quotidien le rendait nerveux ; toujours sur la défensive, à capter le moindre événement pour sa survie.
Aujourd’hui, il a appris. Il profite. Le bruit d’un frigo qui démarre, celui du ballon d’eau chaude qui s’enclenche, ceux-là mêmes qui le stressaient, lui sont aujourd’hui familiers, plus jamais hostiles.
Soudain, un bruit feutré le sort de ses pensées ; on vient de glisser une lettre sous sa porte. Sans trop de difficulté, il se lève de sa chaise, toujours alerte dans ce corps svelte. Il traverse alors cette lumière rasante qui projette l’ombre de son mètre quatre-vingts sur la porte. Il découvre la lettre, l’ouvre sans attendre.
— Vide ? Dommage, un oubli probablement.
Il se saisit de son étui à lunettes et s’équipe afin d’y regarder de plus près.
— Elle m’est bien adressée.
Étonné, il réagit après coup ; elle n’est pas arrivée par la poste, sans timbre. Et finalement, il se reprend, surpris :
— Étrange, Déborah ne me livre jamais de courrier de cette façon. D’ailleurs, elle ne m’en livre jamais. Hum ?
Il se campe alors devant son miroir sur pied, réajuste son col de polo, tire sur les jambes de son pantalon pour effacer au mieux les semblants de plis.
Il peigne sa chevelure généreuse, argentée, tombant sur ses épaules. Et retouche ultime, quelques vaporisations de son parfum favori, un peu partout sur le torse et dans le cou. Il sourit.
— Ma concierge préférée doit connaître l’histoire de ce courrier ; elle voit tout, elle sait tout. Ha ha ha. Bien mieux que madame Irma, cette soi-disant voyante !
Déborah, la concierge, épie les faits et gestes de l’immeuble ; il serait bien étonné qu’elle ne sache rien de cette lettre. Tout guilleret alors qu’il aborde sa descente de quatre étages par l’escalier, Helian se demande même si cela n’est pas une astuce pour l’attirer.
— Ha, la coquine. Mais c’est que je ne suis pas un homme facile. Ha ha ha.
Il se présente à la porte de la loge, toujours ouverte. Déborah, une vieille dame, en place depuis plusieurs années, veuve depuis bien plus, accueille volontiers toute personne souhaitant parler. Toujours en recherche de compagnie. Elle reste à l’affût.
Pour preuve, il suffit de passer la tête dans l’entrebâillement de la porte et de l’appeler. Elle n’est pas cachée bien loin, prête à jouer la surprise, l’étonnée.
— Deborah ? lance Helian d’une voix feutrée placée dans ses graves.
