Un trop lourd secret - Stéphanie Roche - E-Book

Un trop lourd secret E-Book

Stéphanie Roche

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Beschreibung

Caroline est une adolescente qui vit modestement en banlieue marseillaise avec sa mère et son beau-père José. Sa vie bascule dans le cauchemar lorsque sa mère, accusée du meurtre de José, se retrouve derrière les barreaux. Plus rien ne la retient à la vie… sauf peut-être son meilleur ami Daniel. Les jeunes gens vont vivre des péripéties hors du commun en passant par la peur, la passion, la haine, la tristesse, l’angoisse… Jusqu’où iront-ils ?

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Seitenzahl: 143

Veröffentlichungsjahr: 2015

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Une femme, aussi fragile soit-elle, peut être plus forte que n’importe quel humain lorsque son enfant est en danger…

Sommaire

Début de l’automne

L’enfant caché

Journée fatidique

Une mère abattue

Une vie presque normale

Acharnement

Un secret bien gardé

Un goût amer

Soulagement

La vérité éclate

Epilogue

-1-

Début de l’automne

Marseille, 30 octobre 1999

Marseille s’éveille sous une lumière blafarde d’automne. Au loin un chien aboie agressivement depuis déjà une demi-heure. Caroline a ouvert un œil, il n’était que 7 h 55 à son réveil. Elle souffle et se retourne sous sa couette en espérant que ce satané chien s’arrête d’aboyer. Pour une fois qu’elle peut faire la grasse matinée depuis début septembre, c’était loupé… Décidemment, les vacances de la toussaint commencent mal…

Suite aux aboiements, voilà maintenant des coups de klaxon répétitifs de scooters qui passent sous sa fenêtre. Elle a horreur de ça… Dans son quartier, les jeunes ados ont l’habitude de tourner en scooter en klaxonnant à tout va, le casque à peine poser sur la tête. Elle les trouvait ridicules…

Elle n’aime pas l’endroit où elle vit. Elle déteste son immeuble vétuste, ses couloirs sombres. Les lumières communes ne sont jamais remplacées lorsque les ampoulées grillent, les robinets de la douche et de la cuisine fuient souvent, la tapisserie vieillotte du salon se décolle sans cesse tant l’humidité sur les murs est présente… Son quartier, où de vieux immeubles HLM se succèdent, est bruyant, sale et mal fréquenté. Dehors, elle se fait siffler par des groupes de gars louches et insulter quand elle ne répond pas à leurs appels provocateurs. Malheureusement, elle sait qu’avec les prix de l’immobilier et le petit salaire de sa mère, il est impossible de changer de situation. Elle se languit tellement de grandir et de partir loin…

Heureusement il y avait Daniel… Lui et Caroline se connaissaient depuis la maternelle. Daniel est un garçon intelligent, avec un caractère posé qu’elle apprécie, gentil, toujours à l’écoute et, qui plus est, mignon…

Il a tout pour plaire à Caroline. A ses yeux, il est « l’exception », la « perle » du quartier. Daniel habite juste l’immeuble d’en face. Pour leur sixième anniversaire, ils avaient tous deux demandé un talkie-walkie pour Noël. Souvent le soir, alors que leurs parents les croyaient endormis, ils se mettaient à la fenêtre de leur chambre et se faisaient de grands signes en parlant à travers leur talkie. Heureusement qu’il était là après la mort de son père. Elle ne comptait plus le nombre de fois où elle s’était réfugiée chez lui en pleurant, et combien de fois il lui avait remonté le moral grâce à sa gentillesse et parfois à son humour.

Aujourd’hui encore, ils sont comme les deux doigts de la main, tellement complices, et ont sans se l’avouer des sentiments l’un envers l’autre…

Elle, a fait goûter à Daniel les plaisirs de la musique. Petite, et ayant hérité du vieux piano à sa grand-mère, elle est devenue une pianiste douée, et s’amuse souvent à lui apprendre des morceaux faciles, en guidant ses mains dans les siennes. Ce qui n’est pas à déplaire au garçon, car il adorait ces moments « intimes » où la jeune fille posait ses mains délicates contre les siennes, et le taquinait gentiment en lui affirmant qu’il faisait des progrès…

Lui, a fait rentrer Caroline dans son univers de footballeur. Il lui expliquait les règles de ce sport, lui montrait ses posters. Même si elle ne retenait jamais ses explications, elle aimait rester avec lui les après-midis de match devant la télévision à regarder l’Olympique de Marseille jouer, un saladier rempli de pop-corn. Elle adorait cette complicité, d’autant plus après la coupe du monde 1998, où la France est ressortie victorieuse un fameux 12 juillet face au Brésil 3-0 sur un doublé de Zidane, l’enfant du pays …

Dans une semaine, Daniel soufflera sa quatorzième bougie. Caroline, âgée de 3 mois de plus que lui, se languissait de lui offrir son cadeau d’anniversaire : un joli portefeuille en tissu noir, où était cousu CK, une célèbre marque à la mode, que les adolescents raffolaient.

Caroline décide finalement de se lever et ouvre la fenêtre de sa chambre. Sur l’aire de jeux juste en bas de son immeuble s’imposait le seul et unique arbre du quartier. Les couleurs de son feuillage commençaient à prendre des tons jaune-orangé. Caroline aime l’automne pour ses couleurs chatoyantes, elle se mit à imager un petit coin de forêt coloré, loin, très loin de tous ces immeubles… et ferma les yeux pour profiter d’un timide rayon de soleil. Soudain, un claquement de porte la tire de ses pensées, et un sentiment d’angoisse apparu… Son beau-père s’était une fois de plus disputé ave sa mère, de bon matin…

Celui-ci était de caractère nerveux et brutal. Depuis maintenant six ans, il trainait dans les bars, au grand désespoir de sa mère, Marilyne. A cause de plusieurs états d’ivresse, il a perdu son travail de mécanicien.

Marilyne l’avait rencontré au garage dans lequel il était employé, juste au coin du boulevard, suite à une panne de batterie. Il lui avait réparé sa voiture, et se sont recroisés plusieurs fois dans la rue. Son charme typé espagnol, son teint bronzé, ses cheveux bruns retombant en boucle, sa barbe courte bien taillée, n’avaient pas laissé la jeune femme indifférente. Un matin glacial, il lui a proposé de boire un café pour se réchauffer, et elle a accepté. Aujourd’hui, et à l’aube de ses trente-huit ans, Marilyne est encore une jolie femme, mais semble fatiguée. Ses cheveux blonds légèrement ondulés reflétaient des teintes dorées et ses yeux verts étaient aussi clairs que de l’eau de source.

Elle s’était remariée en 1992, deux ans après la mort de son mari, le père de Caroline. Elle a vécu un an de bonheur avec son nouveau mari José. Enfin, c’est en tout cas l’illusion qu’elle a eu à cette époque… Sa fille, alors âgée de sept ans, ne l’entendait pas de la même manière. Elle a toujours rejeté José, en évitant son regard, fuyant les bisous et boudant les week-ends passés à trois… « C’est probablement parce que son père lui manque » justifiait Marilyne à José, « Elle n’a pas encore accepté la disparition de son père. Ne t’en fais pas, avec le temps cela lui passera »… Suite à cette année de « bonheur » ou plutôt de « bouée de sauvetage » après la mort d’un être cher, les choses se sont compliquées peu à peu. Plusieurs disputes éclataient dans la semaine, puis dans la même journée. José montraient de gros yeux injectés de sang, ou plutôt d’alcool. Il esquissait de grands gestes menaçants de violence, jusqu’au jour où Marilyne se prit une gifle en pleine figure. Un autre jour, la gifle se transforma en coup de point, et puis en secousses brutales contre un mur… Lors des disputes, elle évitait de pleurer, de crier pour ne pas alerter sa fille dans la chambre d’à côté.

La mère de famille si heureuse, si pétillante, quelques années précédentes s’était muée en femme soumise, épuisée, le visage cerné et sombre… Elle cachait à présent tous les hématomes qui apparaissaient sur ses bras, son cou, son visage. Lorsqu’elle sortait dans la rue, elle gardait toujours cette façade froide et distante qui faisait comprendre aux gens : « ne m’approchez pas! ».

Au travail, elle ne parlait jamais de sa situation familiale à ses collègues secrétaires, même si parfois l’envie de se confier était forte. Oui, Marilyne est désormais malheureuse, mais incapable de se révolter, de partir… Pourquoi? Elle-même ne peut pas l’exprimer, elle garde cet espoir au fond d’elle, l’espoir que tout change un jour, l’espoir que JOSE change un jour…

Jamais elle n’aurait cru qu’il pouvait s’en prendre à Caroline. Et pourtant…

*********

Caroline ressemble énormément à sa mère : des cheveux longs blonds, de jolis yeux verts en amandes, et un petit nez fin. Cette jeune adolescente studieuse avait, elle aussi, perdu son caractère jovial et rieur après la mort de son père.

Paul s’est tué dans un accident de voiture. Après une semaine dans le coma, les médecins n’ont pas insisté pour le réanimer, sachant que son état était fatal. Pendant un mois la petite fille, foudroyée par la tristesse, n’a plus prononcé un mot. Puis, voyant sa mère souffrir de cette situation, retrouva la parole, et au fil des années, retrouva le sourire. La douleur avait cicatrisé, mais la cicatrice ne partirait jamais.

Sept ans après, elle restait souriante, autant que faire se peut lorsqu’elle se trouvait à l’école ou entre amis, particulièrement avec Daniel, même si celui-ci se doutait que la jeune fille présentait une façade.

Derrière cette façade se cachait bien sûr la tristesse, la perte d’un père, la solitude, mais aussi la peur… Oui, Caroline avait peur ; elle craignait désormais son beau-père.

Elle savait ce qu’il faisait endurer à sa mère pendant leurs disputes, même si Marilyne faisait tous les efforts du monde pour le dissimuler. Elle avait la peur au ventre lorsqu’elle se retrouvait seule avec lui, car l’adolescente aussi subissait des sévisses.

Il était hors de question pour elle d’en parler à sa mère, tant la honte l’envahissait. Il a tout d’abord commencé par des avertissements verbaux. Puis, les mots se sont transformés en gestes : gifles, coups… et depuis ses 14 ans… en attouchements. Bien sûr, il agissait toujours quand Marilyne était aux courses ou au bureau.

Caroline entrouvre discrètement la porte de sa chambre pour observer la scène de dispute dans le salon. Elle y voit sa mère qui implore José de parler moins fort et de se calmer afin de ne pas réveiller sa fille. Celui-ci la pousse violemment pour pouvoir rejoindre la porte d’entrée de l’appartement.

« Qu’est-ce que tu fais? » demande Marilyne la gorge nouée.

- J’me casse d’ici, marre de la mère et la fille!

- Tu vas déjà au bar, de bon matin, c’est ça?

José s’approche dangereusement de Marilyne, hors de lui, les lèvres retroussées, montrant ses dents jaunies par la cigarette, le faciès imprégné de colère. « Ne me parle plus avec cet air de reproche, t’as compris? ». Et comme pour bien lui faire passer le message, il serre ses doigts au niveau de sa gorge. Il lâche son étreinte que quelques secondes après, les yeux fusillant sa victime. Celle-ci reprend sa respiration et le bourreau sort de l’appartement en claquant la porte.

Des larmes coulent sur les joues de Marilyne, au même moment que des larmes coulent sur celles de sa fille, qui a assisté à la scène.

Caroline referme doucement la porte de sa chambre, laisse passer plusieurs minutes pour sécher ses pleurs et faire comme si elle venait de se lever. Elle rejoint sa mère dans le salon, assisse dans le canapé, le regard dans le vide.

- Bonjour maman! se force-t-elle à dire d’un ton enjoué. Si on allait faire les magasins toutes les deux aujourd’hui? C’est mon premier jour de vacances et j’ai envie de le passer entre filles…

- Oh… Bonjour ma chérie… Tu t’es levée tôt pour un jour de vacances…

Marilyne parait gênée mais elle enchaîne : Je serais contente qu’on se retrouve toutes les deux, c’est une bonne idée.

Un sourire timide aux lèvres, la mère et la fille prennent le petit-déjeuner ensemble, comme si rien ne s’était passé.

Caroline est douée pour remonter le moral des gens qu’elle aime. Elle est dotée d’une maturité incomparable par rapport à ses amis de classe. A ce moment-là, Marilyne fait un arrêt sur image sur sa fille en train de débiter « gaiement » des péripéties passées la semaine dernière au collège. Elle souhaite la voir réellement heureuse. A ce moment-là, elle se dit qu’elle a de la chance de l’avoir, et qu’elle ne voudrait JAMAIS la voir souffrir… A ce moment-là, elle pense à une chose effroyable, certes, mais une chose sensée : José ne devait plus être un danger pour elles…

-2-

L’enfant caché

Au même moment, banlieue de Paris

Anaïs vient de se lever. Agée de dix-neuf ans, brune aux cheveux courts à la garçonne et au regard noir endurci, elle vivait toujours dans un petit appartement avec sa mère Josiane. Même si les relations mère-fille n’étaient plus au beau fixe depuis quelques temps, elle n’avait pas d’autre endroit où aller…

Elle se fait chauffer un grand bol de lait au micro-onde et s’assoit lourdement devant la télé en attendant la sonnerie de l’appareil. Elle baille à s’en décrocher la mâchoire au moment où sa mère entre dans la cuisine.

« Bonjour! ». Pas de réponse d’Anaïs. Josiane, dépitée, hausse les sourcils, sans chercher à protester. Elle avait trop souvent repris sa fille sans succès pour un tas de choses. Aujourd’hui, elle est blasée.

Bien sûr, elle se doute bien qu’elle a sa part de responsabilité dans l’attitude de sa fille. Elever un enfant seule n’est pas facile, et elle n’a pas toujours pris les bonnes décisions…

Aujourd’hui elle se sent coupable de lui avoir menti tout ce temps. Depuis ses dix-huit ans, la jeune fille voulait savoir qui était son père. Josiane restait toujours évasive à ce sujet, en lui disant que son père était mort quand elle avait un an, d’une maladie incurable. Anaïs avait fait des recherches, en demandant à la mairie de sa ville la liste des personnes décédées en 1980. Aucune ne répondait au nom de José Cambri. Cela lui avait mis la puce à l’oreille et, depuis, elle chercha à tirer les vers du nez à sa mère…

Le son du micro-onde retentit. Elle se sert des céréales au maïs soufflé et se replace devant le poste de télévision.

« C’est bientôt la Toussaint, dit-elle enfin à sa mère. J’aimerais cette année apporter des fleurs à papa. D’habitude, tu les apportes pour nous deux, mais je pense que je suis assez grande pour assumer ça, cette année!.

La mère parait embarrassée. Elle s’assoit sur le fauteuil à côté de sa fille et lui avoue :

- Tu as raison, tu es assez grande et moi assez fatiguée pour te cacher encore cette histoire… Ton père n’est pas mort… ».

*********

Etudiante en faculté de psychologie, Anaïs est une travailleuse acharnée. Lorsqu’elle se fixe un objectif, elle l’atteint presque toujours.

Elle se mit dans la tête de retrouver son père et elle y arrivera.

Il s’appelle donc José Peres…

Elle devait trouver un cybercafé sur Paris et commencer ses recherches sérieusement.

Aussitôt dit, aussitôt fait! Génial le bouche à oreille entre amis. Une amie lui a parlé d’un café où on peut se connecter et où l’ambiance est sympa. L’après-midi même, la voilà devant un écran.

Internet, quelle technologie extraordinaire!

Elle tape sur le moteur de recherche : « annuaire », « José Peres Marseille », « plan du métro Marseille ».

Un serveur typé asiatique, habillé de façon flashy, tee-shirt col en V, grosse inscription « NYC » jaune fluo sur le torse, et pantalon slim bleu roi, lui sert son thé au caramel.

Bizarre son look… pense-t-elle.

- Voici votre consommation Mademoiselle!

Elle sourit de façon amusée à ce bonhomme excentrique, en regardant sa coiffure en crête figée par un max de gel.

Puis, concentrée de nouveau, elle reprend ses recherches :

« plan de Marseille », « hôtel Marseille », « bus Marseille », « TGV Paris-Marseille » …

La nuit est déjà tombée depuis une demi-heure, quand elle paye ses consommations. Elle baille, lessivée par ses heures passées devant l’écran lumineux. Elle renoue son bandana rouge aux motifs noirs autour du cou, enfile son blouson bombers noir mi-saison et sort du cybercafé.

Pendant le trajet du retour, elle ressasse ses plans : comment s’organiser? quand partir?

Sa journée avait été fructueuse, elle est assez contente d’elle.

Il y a bien un José Peres sur Marseille, mais il se peut que ce ne soit pas lui… Elle devait en avoir le cœur net et vérifier sur place. Demain, elle irait à la gare réserver un ticket Paris-Marseille…

Gare Saint Charles, Marseille, le 02 novembre 1999.

Le train en provenance de Paris entre en gare. Anaïs, son sandwich terminé, se lève de son siège en velours malodorant et récupère son gros sac de sport noir au-dessus de sa tête, et le balance sur son épaule. Impatiente, elle se dirige vers la sortie du train, aux starting-blocks. Les portes du train coulissent enfin et elle fait ses premiers pas dans le sud de la France. Elle fut immédiatement Impressionnée par ce grand corps de bâtiments surplombés par une ancienne verrière laissant entrer la luminosité. Elle choisit de s’arrêter à un café pour étudier le plan du métro imprimé sur un petit dépliant. Elle passe le hall de lumière et sort vers un plateau surmontant un escalier monumental orné de sculptures sur les thèmes de l’Afrique et de l’Orient, reliant la ville à sa gare.