Une danse sous la pluie - Magali Soligny - E-Book

Une danse sous la pluie E-Book

Magali Soligny

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Beschreibung

Quand un coup de téléphone bouleverse sa vie, Louise part en quête de bonheur et de sens.

À 32 ans, Louise semble mener une vie parfaite : un travail dans lequel elle excelle avec une belle opportunité de carrière, un mariage avec son premier amour, deux enfants merveilleux, et la maison de ses rêves. Mais le destin en décide autrement. Tout bascule le jour où elle reçoit un appel de l’hôpital, un coup de fil inattendu qui ébranle son existence et remet en question tous ses choix.

Plongée dans un parcours médical difficile, Louise rencontre Hannah, une femme en fin de vie qui lui ouvre les yeux sur l'essentiel, et croise par hasard un mystérieux inconnu suite à une erreur d’appel. Ces rencontres improbables la pousseront à redéfinir sa vision du bonheur et à se découvrir elle-même à travers les épreuves.

Dans cette odyssée intime et bouleversante, Magali Soligny explore la résilience, le courage, et la quête de soi avec une profondeur vibrante d’émotion.

À PROPOS DE L’AUTEURE :

Magali Soligny, née en 1985 à Bois-Guillaume en Seine-Maritime, est une auteure française de littérature contemporaine. Ancienne professeure auprès d’adolescents en section adaptée, elle se consacre aujourd’hui à l’écriture, un rêve qu’elle avait mis de côté. Finaliste d’un concours de nouvelles organisé par Psychologie Positive et l’école Les Mots à Paris, Magali a trouvé dans l’écriture un moyen de transmettre des messages de résilience, d’espoir et de bienveillance, souvent inspirés de sa propre vie ou des personnes qui ont croisé son chemin.

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Seitenzahl: 333

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Une danse sous la pluie

 

 

 

 

 

 

Soligny Magali

 

Genre : feel-good

Illustration graphique : Graph’L

Editions Art en Mots

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À mes enfants, pour m’avoir fait grandir, et pour leur enseignement perpétuel.

À toi, l’homme aimant et aimé. Pour ton soutien indéfectible.

 

Chapitre 1 Le bonheur c'est...

 

Louise serrait les clefs de leur nouvelle maison comme la plus précieuse des pierres.

Enfin ! Elle avait acquis avec son mari Julien et leurs deux enfants Ambre et Lucas, la maison tant rêvée.

C'était une longère comme on en trouvait dans la campagne Normande. Elle avait gardé tout son cachet extérieur, traditionnelle, avec les poutres peintes d'un marron très foncé et le reste de la façade beige. L'intérieur quant à lui était plus moderne. Le plafond bas, les poutres apparentes peintes en blanc donnaient une ambiance totalement cosy et le poêle à bois rustique qui ornait un coin du salon diffusait une douce chaleur dans cette pièce.

L'endroit que Louise affectionnait tout particulièrement était la petite véranda verrière. Il y avait une vue imprenable sur l'immense jardin. Les arbres fruitiers et autres arbres, qui en cette fin de printemps fleurissaient tous plus les uns que les autres, le rendaient magnifique.

Elle y avait fait installer un rocking-chair, un petit canapé deux places couleur taupe, des coussins de couleurs vives, des étagères sous les fenêtres pour y déposer bon nombre de bougies et un petit poêle à bois, juste assez grand pour réchauffer l'ambiance.

Les enfants avaient déjà investi l'aire de jeu dans le jardin. Louise et Julien, sans attendre le renfort familial, déchargèrent le camion de déménagement qui venait d'arriver.

Les cartons étaient entreposés les uns à côté des autres, puis les uns au-dessus des autres au milieu du salon.

Louise se félicitait d'avoir tout étiqueté et annoté les cartons de manière claire et lisible.

— Tu vois que j'ai bien fait de faire en sorte que tout soit écrit sur les cartons, le contenu, la pièce où ça va, avoue qu'on aurait passé un temps fou sans ça ! se targua-t-elle auprès de Julien qui lors de la préparation du déménagement prenait un malin plaisir à lui dire qu'elle était psychorigide à tout vouloir contrôler.

Non ! Elle était organisée et étant donné qu'elle gérait l'intégralité de cette maison il lui fallait un minimum d'organisation si elle ne voulait pas se noyer.

— Oui c'est vrai j’admets qu'au final tu as eu une bonne idée !  concéda Julien, du bout des lèvres, les mots restant presque coincés entre ses dents.

Cela la fit sourire, il pouvait se passer n'importe quoi aujourd'hui, rien ne pourrait lui enlever ni sa joie, ni sa bonne humeur, ni son sourire, pas même le manque flagrant d'enthousiasme de son mari.

Elle ouvrit un carton, sur celui-ci il était écrit souvenirs. Elle tomba sur leurs premières photos, leur rencontre, leur mariage, cela lui semblait tellement loin. Elle fut envahie par la nostalgie, les larmes lui montèrent à la vue de ces moments de bonheur. Elle eut la pensée aussi brève que furtive que ce temps était révolu. Elle ravala ses larmes, il ne comprendrait pas et puis que voudrait-elle de plus qu'un beau mariage, deux merveilleux enfants, une magnifique maison et un superbe travail. Si elle évoquait le moindre mal-être, personne ne comprendrait, sa vie était parfaite.

Elle s'était persuadée à cet instant précis que sa vie était parfaite, parfaitement parfaite.

Un claquement de portière la sortit de sa réflexion, la famille venait d'arriver pour leur prêter main-forte pour ranger, dépoussiérer et installer. La présence d'Adam, le père de Louise, ne serait pas de trop en cas de maniement de tournevis ou de tout autre outil. Julien en était incapable et Louise préférait laisser sa place à un connaisseur.

Annie, la mère de Louise, venait de sortir de la voiture ne pouvant cacher sa mine renfrognée.

Mamilie, sa grand-mère, était égale à elle-même, sourire aux lèvres, le visage empli de bonne humeur. Elle marchait se balançant légèrement de droite à gauche pour arriver à mouvoir ce corps vieillissant et enclin à l’embonpoint. L'amour débordait de chacun de ses bourrelets, provoquant une onde de douceur quand Louise la serrait contre elle pour lui dire bonjour.

Chacun y alla de son commentaire sur la maison.

— C’est quand même très excentré de la ville, vous vous êtes enterrés ici ! gronda Annie.

Elle n'avait toujours pas digéré le déménagement de sa fille, elle le prenait comme un abandon, elle n'était pas prête à pardonner.

— Vous allez vous perdre là-dedans ! ironisa Adam.

Il cachait sous sa taquinerie toute la fierté qu'il avait pour sa toute petite, devenue bien grande.

— Ma fille ne les écoute pas, ta maison est magnifique, tout est sublime.Rassura Mamilie en faisant claquer du coin de sa bouche des baisers sur la joue de sa petite fille.

Mamilie avait rapporté un panier rempli de nourriture, c'est elle qui s'occuperait de préparer le repas, avait-elle annoncé. Elle avait argumenté que le déballage de cartons et le ménage n'étaient plus de son âge. Personne n'avait objecté, sa cuisine était divine.

Elle leur fit son poisson à la tomate dont elle seule avait le secret. Après une matinée de travail, ce n'était pas de trop.

Ils avaient bien avancé, chacun avait trouvé sa place. Les femmes ouvrant les cartons et faisant le petit rangement, les hommes s'occupant des gros meubles et de menus travaux à réaliser.

Même Ambre du haut de ses un an, n'avait pas perturbé cette belle matinée, elle avait consenti sans aucune difficulté à faire sa sieste dans la petite pièce du bas.

Lucas n'avait pas quitté le jardin, venant régulièrement montrer fièrement à sa maman ses merveilleuses découvertes et trouvailles.

Louise, pour la première fois depuis longtemps, avait coupé toute sonnerie de son téléphone, pas question d'être dérangée aujourd'hui. Toutes les personnes auxquelles elle tenait le plus étaient réunies autour d'elle, il n'y aurait donc pas d'urgence dont elle ne puisse être avertie immédiatement.

Elle y jeta tout de même un coup d'œil très rapide, elle vit un appel d'un numéro inconnu avec un message, cela pouvait attendre, elle l’écouterait plus tard.

Elle reposa son smartphone, écran face contre le plan de travail pour ne plus être tentée de le regarder.

 

Après le repas, Mamilie s'installa pour sa sieste, dans l'un des fauteuils du salon. Adam, malgré ses efforts pour lutter contre le sommeil devant les informations, finit par sombrer également.

Julien avait déjà fui dans la dépendance accolée à la maison, sûrement absorbé par son écran. Au fil des ans sa présence se faisait de plus en plus rare auprès de sa famille, au profit de son ordinateur. Louise avait pensé que lui installer son lieu de travail à la maison améliorerait les choses, elle en doutait à présent.

Elle avait décidé de continuer de ranger la chambre des enfants, mettant un point d'honneur à ce qu'ils retrouvent leurs repères et leurs habitudes le plus rapidement possible. Quant à Annie, elle en profitait pour passer le reste du temps avec les enfants dans le jardin comme si c'était la dernière fois qu'elle les voyait. Elle n'avait presque pas adressé la parole à sa fille, se contentant de lui lancer quelques piques se voulant blessantes.

Après une après-midi des plus calme, le rangement était presque terminé, la fatigue et les courbatures avaient remplacé l'enthousiasme du début, il se faisait tard et tout le monde décida de partir.

Il était l'heure pour les enfants de retrouver leur lit. La journée fut tellement éprouvante que pour la première fois depuis longtemps le coucher ne s'éternisa pas. À peine le temps de lire l'histoire, d'apposer un baiser sur leur front qu'ils dormaient déjà.

Louise avait réussi à ramener son mari à la maison afin qu'ils partagent leur tout premier repas ensemble.

La soirée se voulait douce, Louise finit par monter livre en main, se glisser sous ses couvertures pour y bouquiner un peu avant de se laisser emporter par le sommeil. Elle n'attendrait pas son mari qui allait sûrement travailler jusque tard dans la nuit.

Machinalement, elle montait avec son téléphone qu'elle avait complètement oublié. Elle se rappela qu'elle avait eu un appel en absence, elle y trouva également un texto de sa mère lui annonçant qu'ils étaient bien arrivés.

Elle composa le numéro de sa messagerie vocale et elle put entendre une voix de femme lui dire : « Bonjour Mme Béary, c'est la secrétaire de la clinique du Marronnier, nous venons de recevoir les résultats de vos examens, vous voudrez bien me recontacter sans faute lundi. En vous souhaitant un bon week-end ».

Elle avait complètement oublié qu'il y a un mois elle avait effectué son frottis annuel, elle les rappellerait bien sûr, si j'y pense... songea-t-elle.

Ce n'était pas la première fois qu'on lui faisait refaire son frottis pour des résultats douteux. Sûrement une mycose, ou autre réjouissance féminine qui avait rendu le résultat de son examen anormal.

Cette annonce ne perturbant en rien Louise, elle posa son téléphone sans en rallumer la sonnerie, elle avait finalement trouvé cela très appréciable.

Elle se plongea dansle dernier polar recommandé, rythmé et divertissant, elle en affectionnait la lecture. Elle finit par s'endormir n'entendant pas Julien la rejoindre au milieu de la nuit.

Chapitre 2 Be Happy !

 

Ce lundi aurait pu ressembler à tous les autres, mais en réalité il n'en était rien !

Ambre, âgée d'un an, avait eu l'idée de démarrer la journée en tombant tout habillée dans la baignoire remplie d'eau. Il avait fallu la changer des pieds à la tête. Puis son attrait pour les placards avait obligé Louise et Julien à passer de longues très longues minutes à la chercher.

L'exaspération de Louise disparut à l'instant où la petite frimousse de sa fille lui était apparue. Cette fois-ci elle s’était cachée dans le placard sous l'escalier. À l'ouverture de la porte elle dit d'une voix espiègle maman et fit un signe de la main pour lui faire coucou.

Louise sortit délicatement Ambre du placard, fit mine de la gronder, mais la tendresse qu'elle éprouvait à cet instant-là pour sa toute petite, la décrédibilisait totalement.

Elle attrapa une tasse de thé, la porta à sa bouche et il en résulta un cri et une grimace de douleur, il était bouillant. Elle le transvasa dans son thermos pour l'emporter, au vu de l'heure, impossible d'avaler son petit-déjeuner, assise tranquille à table. Elle boirait son thé dans sa voiture sur la route qui la conduisait au travail.

Sa montre indiquait 8 h 22, il fallait vite filer à l'école pour y déposer Lucas puis Ambre à la crèche.

Dans tout ce capharnaüm, Julien ne sourcillait pas. Il était d'un calme olympien. Il voyait sa femme, une tartine en bouche, un thermos dans une main, une chaussure dans l'autre, tentant de rassembler tout son petit monde, mais ne vint pas à son secours.

8 h 27, il ne fallait pas qu'elle soit en retard ce matin, c’était une grande journée pour elle.

Lucas était dans la voiture.

Une dernière course après Ambre autour de la table de la cuisine. Manteau en main, Louise tentait de le lui enfiler, mais la petite chipie n'était pas de cet avis.

Après tout cela, Ambre aussi était installée dans son siège auto. Un rapide au revoir à son mari, un signe de la main et de lui crier au loin.

— Julien ! N'oublie pas ce soir c'est 16 h 30 pour Lucas, 16 h 40 pour Ambre. Je t'ai laissé un mot sur le frigo pour le repas, les pyjamas sont prêts sur les lits. Je rentrerai tard, tout le monde au lit à 20 h !

— Bien chef ! lui rétorqua ironiquement son mari.

Elle détestait quand il réagissait comme ça, on aurait pu croire qu'elle aimait tout diriger.

Pas vraiment en réalité, mais elle savait que son mari une fois le nez devant son écran pouvait tout oublier. La notion du temps, de manger et par la même occasion ses enfants à l'école, ce n'est pas comme si cela n’était pas déjà arrivé !

Elle ne voulait pas qu'ils passent pour des parents indignes, ils venaient tout juste de s'installer dans le village. Elle avait donc pris l'habitude de tout planifier, organiser, noter, et gérer. Elle ne se posait même plus de questions. Quant à son mari, il se laissait guider sans jamais rien dire.

Elle arriva à l'école pile au moment où les grilles se refermaient. Elle se gara en trombe juste devant, à cheval sur le trottoir et laissa le moteur en route.

C'était une petite école de campagne, il n'y avait que trois classes, une par niveau. Lucas y faisait son premier jour et elle culpabilisait de ne pas avoir réussi à arriver plus tôt pour l'accompagner et rester plus longtemps à ses côtés. Ça n'avait pas l'air de poser de soucis à son fils. Ni le déménagement ni le changement d'école n'avaient l'air de le perturber. Il envoya mille bisous à sa maman, agita la main, aussi fort qu'il le put pour la saluer et en un quart de seconde, elle n'existait plus.

Tant mieux pensa-t-elle, s'il avait pleuré, elle en aurait eu le cœur déchiré, et elle n'aurait pas passé sa journée l'esprit tranquille.

La crèche était attenante à l'école maternelle, elle espérait qu'Ambre ferait comme son frère. Elle fut exaucée, elle ne lui adressa même pas un au revoir.

Louise s’éclipsa le plus discrètement possible, le cœur serré. C'était la première fois qu'elle laissait sa fille à des inconnus, jusque-là ses parents s'en occupaient en journée. Ce n'était pas sans tristesse qu'elle avait renoncé à ce mode de garde mais avec le déménagement cette organisation n'était plus possible. Sa mère, comme à son habitude, n'avait pas manqué de le lui reprocher et de la culpabiliser, criant à l'ingratitude de sa chère fille.

Mains posées sur le volant, elle inspira profondément, expira fortement aussi longtemps qu'elle le put comme pour se débarrasser de tout ce qui pouvait être néfaste.

On ne pouvait démarrer sa journée sans une bonne musique, ni un bon thé.

Elle augmenta le son de son autoradio, la chanson happy de Pharrell Williams retentissait, elle entama les paroles sur une chorégraphie improvisée.

Elle reprit la route, il lui fallait compter une bonne vingtaine de minutes de trajet contre seulement cinq auparavant. Entre deux manœuvres elle avala son thé, le sachet infusait encore, il était corsé.

Arrêtée à un feu rouge elle en profita pour lire le message sur l'étiquette du sachet. C'était de ces thés, qui comme les gâteaux, chinois délivraient un message.

Celui du jour disait : le bonheur est un art de vivre qui est en chacun de nous.

Elle soupira, décidément en ce moment la conception du bonheur était présente tout autour d'elle. Mais pourquoi s'en préoccuper puisque sa vie était parfaite, elle l'avait décidé ainsi.

 

Chapitre 3 La réussite se chargera du bruit

 

Elle entra dans le hall de l'entreprise. Un immense espace, entièrement vitré, la lumière se reflétant sur les murs d'un blanc immaculé l'aveuglant et l'obligeant par les jours de beau temps à plisser les yeux.

Le portrait des dirigeants était affiché derrière le comptoir d'accueil, imposant, presque intimidant et quelques plantes vertes trônaient ici et là dans les coins du hall. Deux vigiles peu accueillants la scrutaient dès qu'elle passait les portes d'entrée.

Il fallait franchir plusieurs portails métalliques en scannant une carte magnétique pour arriver à pénétrer dans les bureaux. C'était mieux sécurisé qu'une banque. C'est tout juste si tous les jours elle n'avait pas le droit à une fouille au corps.

Louise travaillait dans une start-up chargée des énergies renouvelables, secteur en plein essor, elle avait été chargée au cours des dernières années de trouver de nouveaux contrats pour développer l'entreprise. Elle était la meilleure dans son domaine. Elle ne rechignait pas à l'effort, ni aux heures supplémentaires, on l'avait éduqué toute sa vie pour être numéro un, peu importe ce qu'elle entreprenait.

Elle portait ce matin-là un tailleur, pantalon, veste cintrée à la taille, elle avait gardé une belle ligne malgré ses deux grossesses. La teinte était sobre, son chemisier framboise, mettait la couleur caramel de sa peau et ses yeux vert émeraude en valeur. Des talons aiguilles d'un noir brillant finissaient la tenue et un maquillage naturel embellissait son visage.

La directrice du service management en développement faisait son entrée, elle avait obtenu cette promotion, non sans mal.

M. Bertelot, son directeur, avait mis tous les managers en compétition pour ce poste. Louise, Léa, trentenaire prête à vendre sa mère pour réussir, et trois autres collègues masculins.

Il approchait la cinquantaine, il aurait pu être mannequin, grand, musclé, regard ténébreux, toujours tiré à quatre épingles, il était le fantasme de toutes ces dames. C’était aussi un misogyne, machiste, avec des travers de manipulateur. Il avait une sous-considération pour la femme et encore plus si elle occupait un poste à responsabilités. Il courait d'ailleurs sur lui des rumeurs de promotions canapé, des bruits de couloir sur des histoires pas nettes de harcèlement avec d'anciennes employées. Louise s'en méfiait.

Après plusieurs mois de cette concurrence effrénée, M. Bertelot avait dû se rendre à l'évidence que Louise avait été la meilleure, ses chiffres dépassaient de loin ceux des autres, pas d'autres choix pour lui que de lui accorder le poste.

Le visage crispé d'indignation, il avait annoncé sa promotion la semaine passée.

Louise entra donc dans son nouveau bureau. Cela la changeait de son open-space qu'elle partageait avec ses quatre autres collègues. Il était situé au dixième étage de l'immeuble et elle avait une vue imprenable sur la ville.

Entièrement vitré, il disposait d'un grand bureau d'angle équipé d'un ordinateur dernier cri, de deux écrans et d'une imprimante personnelle.

Elle avait également un espace plus confortable avec deux fauteuils modernes, une table basse et un mini-bar. Les clients importants affectionnaient les attentions particulières lors de la signature des contrats. Elle avait fait installer un areca dans cet espace, un palmier d’intérieur qui rendait son bureau plus accueillant.

Elle avait pu accrocher des œuvres d'art de peintres contemporains qu'elle aimait tout particulièrement. Sur sa table en bois massif était posée une photo de ses enfants de manière qu'elle seule puisse la voir. Elle s'y sentait bien, elle l'avait mérité après tant de temps à ne pas ménager ses efforts.

Marie, sa secrétaire et amie, l'avait soignée ce matin. Une magnifique composition d'arums blancs dans un vase rond transparent l'attendait sur sa table, ainsi qu'une tasse de thé fumant, et une boîte de ses chocolats préférés.

La journée se déroula entre rendez-vous, réunions et conférences. Le téléphone ne cessa de sonner toute la matinée, tantôt pour la féliciter, tantôt pour gérer les dossiers sensibles.

Elle organisa une grande téléconférence avec l'ensemble de leurs collaborateurs installés en France et ailleurs pour faire part de sa prise de poste et de ses directives pour l'entreprise.

Elle tournait à la théine toute la journée, elle allait finir sur les nerfs. À peine le temps d'avaler une salade composée, déposée gentiment par la douce Marie.

— Que ferais-je sans elle ? pensa-t-elle tout haut.

Elle avait tout de même pris trente minutes, porte fermée, stores à moitié baissés, téléphone coupé pour arriver à décompresser et reprendre son après-midi la plus concentrée possible.

La fin de la journée serait consacrée à la préparation des dossiers, au montage des prochaines vidéoconférences. Elle s'arrangeait pour organiser son travail de manière à en préparer le maximum lorsqu'elle était au bureau pour ne rien avoir à ramener à la maison.

La pendule annonçait 17 h 32, Louise bouclait un dernier dossier. Elle était en pleine relecture du contrat. Sourcils froncés, absorbée, quand elle se souvint qu'elle devait rappeler, sans faute selon la secrétaire, la clinique du Marronnier.

Elle s’arrêta immédiatement au vu de l'heure et composa le numéro, la sonnerie retentit, elle ouvrit la bouche pour saluer son interlocutrice.

— Bon...

Elle n'eut pas le temps de terminer qu'une voix la coupa.

— Bonjour, vous êtes bien à la clinique du Marronnier, le secrétariat est ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 17 h 30, veuillez renouveler votre appel pendant les horaires d'ouverture.

Zut ! À deux minutes près, c'était fermé.

Elles se connaissaient tellement, elle aurait pu demander à Marie de le faire, mais après réflexion elle préférait tout de même gérer ses rendez-vous personnels elle-même.

Rapidement, elle enregistra une alarme sur son téléphone pour se souvenir de le faire le lendemain.

 

Chapitre 4 Il était une fois...

 

19 h 15 Louise venait de terminer sa journée. Elle était happée par son téléphone, elle flânait sur les réseaux sociaux à la recherche de nouvelles photos et autres publications de ses « amis », un passe-temps peu passionnant, mais rapidement addictif.

Elle en profita pour y inscrire sa fierté du jour, agrémentée d'une photo de son « immense bureau ».

— Louise ?! l'interpella Marie.

— Il est l'heure ! Tu viens, nous n'attendons plus que toi, tu es tout de même à l'honneur de cette soirée. Dépêche-toi, madame la directrice, la taquina-t-elle.

La direction avait organisé une petite soirée pour fêter comme il se doit la promotion de Louise et visiblement elle était la seule à manquer à l'appel.

— Hum hum... J'arrive ! répondit Louise sans lever le nez de son écran.

— M. Bertelot perd patience, tu vas te faire souffler dans les bronches. Ne nous le mets pas de mauvaise humeur, par pitié pas ce soir, plaisanta Marie.

— Saoule-le ! On en fera ce qu'on voudra après ça, badina Louise.

Elles se mirent à rire, elles avaient déjà vu leur directeur abuser de la boisson, cela valait le coup.

Le champagne était de rigueur, pas un vulgaire mousseux bas de gamme. Il était servi un Louis Roederer brut, crémeux, à l’arôme de fleurs et de fruits secs.

M. Bertelot, Guy de son prénom, ne faisait jamais dans la demi-mesure. Son ego surdimensionné le trahissait toujours, il lui fallait le meilleur. Avec cette réception, il ne gratifiait pas Louise de sa réussite, mais plutôt son image d'homme parfait et riche.

Il avait engagé le meilleur traiteur gastronomique de la région, il était proposé des verrines salées, avec leurs assiettes de dégustation sur laquelle il était possible d'y accrocher sa coupe pour se libérer une main et des petits fours à la présentation artistique.

Le repas se terminait par un ensemble de mignardises sucrées allant du macaron à la mini tartelette. Tout le personnel était présent, même Léa qui ne décolérait pas de la réussite de Louise, elle la vit s'avancer vers elle.

— Toutes mes félicitations Louise, ce n'était pas gagné pour toi d'avoir le poste, les enfants doivent te prendre tellement de temps, lança-t-elle avec un sourire des plus hypocrites.

— Merci ! Oh tu sais avec une bonne organisation pas de raison de se laisser déborder, tu verras quand tu auras toi aussi des enfants, tu comprendras, envoya Louise irritée par sa réflexion.

Elle ne la louperait pas au moindre faux pas cette opportuniste !

Guy prit le temps également de la féliciter. Il lui rappela cependant combien il attendait d'elle.

— Te voilà promue directrice Louise, bravo ! Je te préviens j'ai accepté de filer le poste à une femme mais je ne veux pas entendre ni d'enfants malades, ni de nouvelles grossesses, de petits ou gros bobos avec arrêt maladie.

Comme si on choisissait, manqua-t-elle de dire, agacée, une gorgée de champagne avalée de travers l'en empêcha.

Un petit coup de pression histoire de la mettre à l'aise dans ses nouvelles fonctions.

Louise fit mine de le prendre sur le ton de la plaisanterie.

— Vous me connaissez Guy... rétorqua-t-elle sans plus d'argumentation.

Elle se sentait toujours très mal à l'aise avec la considération que son directeur pouvait avoir de la femme. L'humiliation n'était jamais loin avec lui.

Elle dut bien évidemment faire un discours, elle avait pris le temps de préparer quelques lignes au cours de la journée. Heureusement parce qu’avec les bulles, elle sentait ses joues rosir et ce n’était pas le moment de bafouiller ou d'avoir un blanc. Il s'agissait de montrer qu'elle allait assurer.

Elle avait serré des dizaines de mains, fait la bise une centaine de fois et elle avait les zygomatiques engourdis d'avoir souri pour remercier les convives de leurs félicitations.

Elle attrapa une dernière mignardise sucrée que lui présentait le serveur, elle n'allait pas les gâcher en le laissant les jeter à la fin de la soirée. Elle n'osa pas demander si elle pouvait emporter les restes dans un doggy-bag. Elle sourit à l'idée qu'on la prenne pour une pique-assiette, elle enfourna la pâtisserie et la mangea d'un trait.

Presque tous les invités étaient partis, elle alla saluer les derniers puis prévint Guy de son départ.

En sortant de l'entreprise, ses oreilles bourdonnaient comme si elle sortait d'un concert, le silence et la fraîcheur du soir lui firent un bien fou.

 

21h30. Louise était installée de nouveau au volant de sa Mini-Cooper rouge flamboyant, elle roulait prudemment, avec la radio en fond sonore.

Elle était exténuée de sa journée mais elle était heureuse.

Elle n'avait pas eu de nouvelles de Julien, elle supposait donc que tout s’était bien passé avec les enfants.

Son esprit baguenaudant, elle se remémora la journée. Lorsqu'elle était entrée dans le hall, elle s'était sentie fière, la découverte de son bureau. Elle se félicita de cette réussite. Elle repensait à ses enfants déposés le matin, elle avait hâte de les retrouver. Puis lui revint en mémoire le message inscrit sur son sachet de thé. Elle était sur son chemin du bonheur c'était indéniable.

 

Arrivée à la maison, personne pour l'accueillir, une pointe de déception la submergea.

Elle monta voir les enfants, ils dormaient à poings fermés. Elle déposa un tendre baiser sur leur joue, huma leur odeur et caressa délicatement leur tête.

Elle retourna au rez-de-chaussée. Il va falloir que je pense à prendre une aide pour le ménage, considéra-t-elle en découvrant l'état de la maison.

Son cher et tendre mari n'avait visiblement pas jugé bon de s'acquitter des tâches ménagères du jour. La vaisselle du soir était encore dans l'évier, il y avait pourtant un lave-vaisselle, mais cela semblait apparemment compliqué de l'ouvrir et d'y déposer assiettes, verres et couverts, même les pots de yaourt vides étaient restés sur la table de la salle.

Le sol était jonché de jouets et de tout un tas d'objets non identifiés. Une paire de chaussettes traînait sur le meuble de télévision, les manteaux sur le sol et les chaussures au milieu du passage.

Elle mit de l'eau à bouillir pour une tisane réconfortante et lâcha un soupir de découragement. Elle se souvenait de la première fois où elle avait rencontré Julien, un bel homme fin tout en muscle, des yeux bleu azur, charmant et galant. Il avait toujours une petite attention à son égard, il était prévenant et aimant. Depuis, son travail avait pris beaucoup d'espace laissant place à un ménage à trois.

Elle se sentait comme cendrillon à minuit, son carrosse redevenant une citrouille, le désenchantement. Elle esquissa un sourire à l'idée de voir un prince charmant (le sien ayant visiblement déserté), sonner à sa porte avec une pantoufle de vair à sa taille et elle se mit au travail.

Elle prit le temps d'envoyer un texto ironique à son mari avant de monter se coucher.

Je suis à la maison ! Merci pour ton accueil et ta sollicitude lol ! Je ne t'attends pas ? Je t'm. Louise

La réponse de son mari fut rapide et brève

De rien, non, moi aussi. Julien

Elle laissa échapper un rire nerveux en lisant la réponse, c'était bien le seul qui ne l'avait pas félicitée aujourd'hui. Elle ne lui répondit pas, elle n'avait pas vraiment envie qu'ils se chamaillent, elle n'en avait pas le courage.

Elle avait lu récemment une étude dans un magazine féminin qui traînait dans la salle d'attente du médecin, qui expliquait qu'à la phrase je t'aime, celui qui répond uniquement « moi aussi » n'éprouve en réalité pas de réel amour.

— Foutaises, tu es vraiment nulle, Louise ! proféra-t-elle, ne se jugeant pas avec compassion de porter un quelconque intérêt à un article d'une revue qu'elle considérait comme bonne à finir à la poubelle.

Elle serait donc encore en tête à tête avec son livre ce soir-là...

 

Chapitre 5 Hakuna Matata

 

Louise n'avait pas vu la semaine passer. Elle avait été débordée de travail, Guy avait chargé son emploi du temps histoire de voir si elle tiendrait le rythme. Elle avait fini tous les soirs à plus de 19 h, mangé sur le pouce tous les midis, c'en était terminé les repas à la cafétéria avec les collègues.

Ambre et Lucas ne l'avaient finalement vue qu'en coup de vent le matin lorsqu'elle les déposait à l'école.

Malgré les nombreuses alarmes qu'elle avait rentrées dans son téléphone elle n'avait toujours pas rappelé la clinique.

Nous étions maintenant vendredi, la secrétaire avait dû lui laisser au moins un message chaque jour, insistant de plus en plus sur le caractère urgent de la recontacter.

Nous étions en fin de matinée et elle prit enfin le temps de téléphoner.

— Secrétariat du cabinet gynécologique bonjour ! dit la secrétaire tel un automate avant même qu'elle ait pu émettre le moindre son.

— Bonjour, je suis Mme Béary. Vous avez essayé de m'appeler plusieurs fois depuis samedi en me laissant des messages.

— Ah oui ! Je suis contente que vous me rappeliez. Le docteur Ripain veut vous voir assez rapidement au vu des résultats il souhaite vous refaire des examens.

— C'est si urgent que cela ? finit par demander Louise avec une légère pointe d'inquiétude.

— Écoutez, je ne peux pas vous en dire plus, mais le docteur a demandé que vous passiez aujourd'hui si j'arrivais à vous joindre.

— Vous commencez à m’inquiéter. Vous voulez que je passe cet après-midi mais je travaille, ça va être...

— Je vous propose de passer vers 16 h, vous serez prise entre deux rendez-vous, cela ne prendra pas beaucoup de temps. déclara la secrétaire avant même que Louise pût exposer ses difficultés.

— Très bien, si vous m'assurez que cela sera rapide, il faut vraiment que je sois de retour au travail rapidement.

— Nous vous attendons cet après-midi, à tout à l'heure, coupa la secrétaire qui n'avait visiblement pas l'intention de s'éterniser au téléphone.

— Merci à tout à l'heure.

Louise raccrocha, elle ne s'attendait pas à ce que ce soit si rapide.

 

Elle téléphona à sa secrétaire pour la prévenir de son absence. Si elle pouvait s’éclipser une petite heure ni vu ni connu ce serait parfait.

— Marie, c'est Louise. Je dois m'absenter cet après-midi pour me rendre à la clinique, j'ai un examen à passer.

— C'est grave ?! s’inquiéta immédiatement Marie.

— Non ! C'est de ma faute. Ça fait une semaine qu'on essaie de me joindre pour refaire un examen et je traîne, du coup ils me font venir un peu en urgence. rassura Louise.

— D'accord, je suppose que ça reste entre nous !

— Tu as tout compris, si on pouvait se passer d'en informer le directeur ça ne serait pas plus mal. J'en ai maximum pour une heure. Tu penses que ça ira, tu peux me couvrir ?

— Bien sûr, tu fermes les stores. Si je le croise, je lui dis que tu es sur l'étude de dossiers et que tu ne veux surtout pas être dérangée.

— Tu es un ange Marie. Et merci encore pour le repas ! Je ne sais comment te remercier.

— C'est mon job, je suis ta secrétaire et je suis là pour penser à toutes ces petites choses. Tu m'excuses, une autre ligne sonne. Nous avons fini je peux te laisser ?!

— Oui Marie, merci encore !

Avant même d'avoir le temps de raccrocher, elle entendit le Bip qui lui signalait que plus personne n’était plus au bout du fil. Elle raccrocha alors à son tour.

Marie avait pris soin de passer au petit magasin à côté de la cafétéria de l'entreprise et lui avait déposé un plat à réchauffer. De la nourriture végétarienne, c’était la tendance du moment, Louise était une carnivore, mais ce n'était pas désagréable à manger.

Elle ne quitta pas son bureau, elle mangea au calme, assez rapidement, pour avoir le temps de se détendre après.

Elle en profita pour textoter son mari.

Salut chéri, ça va ? Tu as mangé ? Tu te souviens de la secrétaire de la clinique du Marronnier ? Louise

Salut, j'avale un sandwich. La clinique du quoi ? Julien

Tu t'inquiètes de ma santé... ! La clinique du Marronnier, mes résultats pas clairs ?» Louise

Louise était exaspérée du manque de considération de son mari.

Ah oui ! DSL autre chose à penser Louise. Et alors ? Julien

Tu es agaçant Julien ! Je dois y aller cet aprèm.Louise

On en reparle plus tard. Biz.Julien

Louise ne prit même pas la peine de répondre, elle aurait pensé avoir un petit peu plus de considération de la part de son époux.

 

Elle se remit au travail, l'heure du rendez-vous arriverait vite. Elle avait une réunion qui allait commencer, elle tombait bien, une fois terminée il serait très facile pour elle de dire qu'elle se rendait indisponible et de filer discrètement pour son rendez-vous. Elle rassembla ses dossiers et ses esprits, elle devait faire abstraction de tout pour présider cette table ronde.

Elle traversa le grand couloir, alla brancher son vidéoprojecteur à son ordinateur.

Elle en profita pour préparer du café fort, après le repas cela tiendrait ses collaborateurs éveillés. Marie vint la rejoindre pour finir l'installation, elle resterait pour prendre des notes.

Tous arrivèrent et Louise put commencer son briefing.

Au bout d'une heure trente, elle ressortit de la salle de conférences les joues cramoisies et les jambes courbaturées.

Il lui restait un peu de temps avant de s'en aller, juste assez pour ranger ses affaires, s'hydrater et elle pourrait filer en douce.

 

Elle détestait aller chez le gynécologue sans avoir pris une douche, alors elle improvisa à force de contorsions dans les WC équipés d'un lave-mains, une petite toilette succincte. Merde ! Je suis pas épilée, la honte ! Toujours être épilée Louise, sinon voilà tu te retrouves dans des situations impossibles. Il doit en voir d'autres, tu me diras le gynéco, je vais lui refaire sa journée ! se dit-elle en étouffant un rire. Après tout le ridicule ne tue pas et l'épilation n'est pas non plus inscrite dans la constitution.

Une petite foulée en talons aiguilles l’ascenseur était ouvert et vide. Ouf ! Elle réussit à l'avoir et personne ne l'avait vu.

Elle récupéra sa voiture, elle avait juste le temps de faire le trajet, en ville la circulation était toujours dense.

Enfin, elle arrivait à la clinique. Il y avait beaucoup de monde à l'accueil pour faire la prise en charge.

Elle prit un ticket, son numéro était le quarante-deux, l'écran affichait trente-cinq, sept personnes avant elle, elle voyait déjà une attente interminable.

Les numéros défilaient au final assez vite et en moins de quinze minutes elle était au guichet sortant ses papiers et s'annonçant.

— Bonjour, je suis Mme Béary, j'ai rendez-vous avec le Docteur Ripain à 16h, dit-elle en tendant ses papiers.

La personne ne lui adressa pas un regard, ni un mot, elle prit les papiers tapota sur son écran et annonça de manière nonchalante.

— La prise en charge est déjà faite madame, il faut aller directement dans le service. Vous tournez à gauche premier étage sur votre droite.

— Merci, bonne journée, au revoir.

Ça commençait bien ! Louise venait de patienter quinze minutes pour rien et elle n'eut pas de réponse de la part de l'agent d'accueil, la politesse ne l'étouffait pas.

 

Elle était installée dans la salle d'attente bondée de monde. Elle jeta un coup d’œil à sa montre 16h10 pourvu qu'elle passe rapidement, si on s’apercevait de son absence elle aurait sûrement des représailles.

Perdue dans ses pensées elle n’entendit pas le premier appel du médecin.

— Mme Béary... répéta-t-il plus fort.

Louise se leva, il lui tendit la main pour la saluer.

— Bonjour Madame, dit-il en la faisant entrer dans son bureau.

Il ne lui laissa pas le temps de répondre et commença à lui expliquer pourquoi on l'avait fait revenir.

— Écoutez, vos résultats ne sont pas très probants. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Avant d'être alarmiste, je préfère vous refaire faire un frottis, ainsi qu'un prélèvement plus complet. Une fois les résultats reçus, nous aviserons.

— Comment ça alarmiste ?!

Louise eut une bouffée de stress.

— Il se pourrait qu'il faille par la suite faire des examens plus poussés, ne vous inquiétez pas pour le moment. On refait tout ça et on voit la suite. Je vous laisse vous installer sur la table, ce sera rapide.

Elle alla se déshabiller, s'installa sur la table d'examen qui, il faut le dire, n'avait rien de confortable.

— Mettez bien les fesses dans le vide, ne manqua pas de lui préciser le gynécologue.

Tu parles d'une position, nue, les fesses dans le vide, les pieds dans des étriers et jambes écartées, en voilà des manières de perdre sa dignité, songea-t-elle, mal à l'aise.

Heureusement, il n'avait pas envie de faire la conversation. Ce n'est pas une position pour discuter de la pluie et du beau temps.

— Ça va être froid, j'installe le spéculum.

La vache! Il le sort du congélo son engin ou quoi ? pensa-t-elle en essayant de ne pas se crisper sachant bien que cela serait pire. Encore quelques minutes de patience et tout serait terminé.

Elle chantonnait en silence une mélodie qui lui passait par la tête histoire de ne pas penser à l'inconfort de la situation.

Il n'était tout de même pas très doux, elle sentait gratter à l’intérieur, une fois, deux fois, puis trois fois. Bon, il termine quand ? s'impatienta-t-elle en silence.

— Vous pouvez vous rhabiller, lui précisa-t-il une fois l'examen terminé.

Louise ne se fit pas prier et alla vite enfiler ses vêtements. À peine le temps de se reculotter que le gynécologue la mettait à la porte.

— Les résultats dans trois bonnes semaines ! Je vous recontacte en cas de soucis et si vraiment c'est inquiétant, votre dossier sera transmis à un confrère pour une biopsie c'est lui qui vous rappellera directement. Au revoir, passez une bonne fin de journée.

Une poignée de main bien ferme devant la porte grande ouverte histoire que toute la salle d'attente puisse entendre les conclusions du rendez-vous.

Quel manque de tact de lui annoncer ça en fin de visite. Elle voulait en savoir plus, sur cette histoire de biopsie, c'était un détail qu'il n'avait pas précisé.

Louise s’apprêtait à le questionner quand la porte se referma sur elle.

Elle regagna sa voiture, alluma le moteur, baissa la radio et la peur la gagna.  

—Une biopsie ! se répéta-t-elle angoissée.

Cette pensée ne la quitta pas, elle retourna à son bureau. Marie la trouvait blanche, mais Louise n'avait pas envie de s'épancher sur le sujet.

Pour la première fois depuis longtemps elle prépara des dossiers à emporter à la maison.

Elle voulait retrouver son cocon, ses enfants, profiter d'eux, les serrer dans ses bras, elle en avait besoin.

Chapitre 6 Le plaisir se ramasse

 

Julien fut plus qu'étonné lorsqu'il vit Louise arriver à la maison. Il avait encore quelques bricoles à faire pour le travail, cela l'arrangeait bien qu'elle soit là. Comme à son habitude il avait complètement oublié son rendez-vous et il repartit dans son antre après un baiser déposé sur la joue de sa femme et un, j'en n’ai pas pour longtemps.

Louise ne s'en offusqua pas, au contraire, elle allait pouvoir s'occuper de ses enfants, elle n'avait pas eu l'occasion de le faire depuis longtemps. Au vu de la journée qu'elle avait passée, elle avait un besoin de routine rassurante et de l'insouciance de ses petits.

Cela commença par un énorme câlin sur le canapé, accompagné d'une bataille de chatouilles, ils riaient à en perdre le souffle. Quel bonheur !