Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
« Un livre qui frôle assurément le chef-d'œuvre, ou un roman comme il ne s'en fait plus. » (Les éditeurs)
Deux histoires apparemment sans lien entre elles, mais deux histoires tout de même. Un épisode sur un écrivain et un autre du même acabit, il fallait le faire. C’est sans compter que ces deux histoires tuent sans vergogne… Enfin, en quelque sorte.
Une existence est lu et étudié par les intellectuels de la Grande Bibliothèque des Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Montréal.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 99
Veröffentlichungsjahr: 2025
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
William Emmanuel
Une
existence
roman
© Les Éditions Garuda, 2023.
ISBN : 978-2-925342-16-8
Dépôt légal : Troisième trimestre 2023
Au souffle d’existence
qui est en chacun de nous.
Livre i
L’Envers de l’Endroit
« L’heure a sonné où chacun se montre tel qu’il est. »
Dostoïevski
Crime et châtiment
Première Partie
L’Endroit
L’Endroit, c’était sans doute une maison biscornue aux briques brunâtres devant la toile d’un ciel bleu. C’était un restaurant, un club, et cætera. C’était un lieu qui se démarquait des autres.
Les fragments entièrement en italique qui suivront 1 sont l’esquisse textuelle d’un auteur qui a mal fini. Ils n’ont jamais été publiés. Je préfère vous en avertir avant que vous n’en entamiez la lecture. J’ai pris connaissance de ces feuillets lorsqu’il me les a remis alors qu’il était en prison. Il a tenu à ce que je les publie tels quels et je vais respecter son souhait, enfin, presque. Cette histoire a été achevée il y a plus d’une décennie. Après avoir pesé le pour et le contre, à la suite de la mort de l’auteur, j’ai décidé de publier ce témoignage.
Je crois que ces écrits déprimants sont le reflet de sa personnalité dérangée. Décousus, il leur manque la stabilité, le fil conducteur. Une partie du roman, que vous ne lirez pas, part dans toutes les directions. Il valse dans l’absurde. Il n’y a que les pages de littérature qui seront lues, car elles semblent les plus cohérentes.
J’ai su qu’après notre rencontre, il s’était pendu dans sa cellule.
Je pense maintenant qu’il croyait vraiment au potentiel du Théâtre des insensés.
Le Théâtre des insensés
Il s’agit ici de l’histoire d’une bande de fous. Vous le constaterez assez vite. L’Endroit, c’est le lieu où tout s’abîme, puis meurt. On n’en ressort jamais sain d’esprit. Autant vous le dire, c’est un édifice chargé d’histoires qui n’ont pas vraiment de lien entre elles.
C’était d’un baume à l’âme pour tous. La ville et la rue fourmillaient enfin d’activités. L’humanité ne cessait d’y foisonner. On voyait les portefeuilles claquer et les billets verts rejoignaient les caisses allègres. Des œuvres d’art, des livres rares, des collections. Un tableau trouvait son acquéreur tandis qu’un auteur dédicaçait ses bouquins, ce qui rendait gais à la fois les clients et les passants.
L’homme d’une soixantaine d’années perdu dans le néant était tout à fait joufflu et trapu. Il avait la tête rasée de près et le front humide, ce qui ne lui allait guère. Il était vêtu d’une chemise blanche, d’un pantalon beige, de chaussures noires. Tout à coup, une unique porte devant lui. Il fit nonchalamment sonner le carillon d’entrée. Il pénétra dans le hall là où une serveuse prétentieuse inscrivait religieusement les noms sur une feuille bien mise déposée elle-même sur un lutrin de bois ciré, un peu comme la sculpture menuisière d’un élégant castel.
C’était d’une splendeur et c’était en vérité l’Envers, car l’intérieur était l’envers et peut-être était-ce l’envers du décor qu’il fallait percevoir. Le resto était évidemment chic, branché. On y discernait des intellectuels, des amateurs de café et des aristocrates un peu ventrus. Une dame chantait alors Barbara comme une muse. Une autre riait de bon cœur tandis que le piano s’accordait sur le monde et ses sociétés, l’ambiance. C’était bien plus qu’une table d’hôte, c’était une symbiose. Les lumières étaient vives sans être tout à fait dérangeantes. Un chat entrait et sortait. On ne disait mot affreux, on cogitait plutôt sur les propos mielleux.
Les flûtes de champagne clinquaient tandis que le vin rouge s’enfilait et calfeutrait les raisons. Tel un remède à la tristesse, on se plaisait à l’ivresse, en somme étrangers au remède le plus élémentaire.
Ce fut la réceptionniste, une femme brune au teint pâle et aux yeux gris larmoyants, portant la jupe et la chemise blanche en dessous d’un chandail foncé, qui interrompit la rêverie de l’homme. « Excusez-moi, mais comptez-vous rester pour vous attabler ? Car nous nous sommes, somme toute, assez dépêchées avec ces choux de Bruxelles et ces plateaux garnis de sucreries aux fruits de marronnier…
— Bien sûr. Je vous serais reconnaissant si c’était le patron qui me servait… Ou la patronne, si tant elle soit présente.
— Ici ? À L’Endroit ? Vraiment ? Vous en êtes bien sûr ?
— Ai-je une face pour rire ? Je ne suis pas ici pour plaisanter, mais pour proposer.
— D’accord, je verrai avec le patron. Suivez-moi donc, qu’on puisse au mieux vous parfumer ! »
Les gens ne s’étaient pas retournés encore. Quel dommage, songea l’étrange. Je ne pourrai donc tout à fait philosopher grâce à la profondeur de mon âme et l’amour qui est dans mon cœur… J’aime les sociétés, mais seulement quand elles se font morale.
Ce fut ainsi qu’on l’attabla et qu’on lui proposa un doux crémant. « Je préférerais plutôt un cappuccino sans l’once d’une fantaisie digne d’un cérémonial de vaudeville.
— Bien sûr… Donc, un vin de mousse ? lui demanda-t-elle en retroussant ses manches noires jusqu’aux coudes et en croisant les bras.
— Non. Ce n’est pas encore nécessaire.
— Mais qu’entendez-vous par pas encore nécessaire ?
— Seulement que l’essentiel. » D’un geste du doigt, il lissa sa moustache bien apprêtée. « Je vous attends, maintenant.
— Bien sûr… », ne sut-elle que répondre.
Qu’il est bizarre, celui-là ! se dit-elle.
D’ailleurs, elle se promit d’aller en jaser illico au patron.
L’étrange avait même demandé le journal le plus en vue, ce qui était, tout compte fait, un peu malvenu.
Il était d’un style parfaitement incorrect. Tout du moins, la serveuse ne pouvait nier cette évidence, cette existence. À coup sûr, elle reconnaissait depuis toute petite ce qui lui sautait aux yeux. La réceptionniste, qui était aussi serveuse, s’empêtrait désormais dans son uniforme, s’offrant par ailleurs à une défroque routinière. Elle se trouvait derrière le comptoir avec une de ses collègues. Désormais, elle ne savait plus trop comment se tenir. Elle n’était décidément plus à l’aise. Ce n’était, cela va sans dire, pas possible. Pourquoi est-ce que ça lui arrivait à elle ? Et de surcroît aujourd’hui ? Ça ne pouvait donc pas attendre un instant de plus, le temps de se prémunir contre le malheur ? Elle se décourageait maintenant en silence, seule au monde, le malaise qui ne cessait de la tarauder. Elle appréhendait à présent ce qui était pour se passer, elle craignait ce qui était pour arriver.
Feignant joie, elle lui apporta son cappuccino malgré ses humeurs. Il ne daigna même pas dire merci ou simplement hocher la tête en signe d’acquiescement pour faire preuve de normalité, de politesse. Elle s’était bien maquillée, cette journée-là, mais voilà que ses traits paraissaient plus tirés que le jour d’hier, ce qui était fort dommage.
La serveuse n’était plus dans son assiette à cause de lui et de lui seul.
C’était sa faute si la journée commençait mal. Elle devait trouver le moyen d’enrayer la menace. Après tout, c’était pour ça qu’elle était employée. Et c’était pour ça, aussi, qu’elle faisait constamment la lionne.
Pour se jouer de la bonté des clients.
Elle frappa à la porte de la cabine privée, la seule du resto. On lui dit d’entrer, ordre du chef.
« Pourquoi donc faites-vous irruption en ce moment alors que j’édifie mon château de cartes ? Ne voyez-vous donc pas que je traumatise dans ma séance de psychanalyse ?
— Vous savez, nous avons un sérieux problème vous et moi.
— Et quel est-il ? Quel est le problème ? Savez-vous que vous commencez à être arrogante dans votre service ? Et ça m’agace de plus en plus, dois-je avouer ! Alors ? Qu’avez-vous à dire ? »
Elle se tut quelques secondes, le temps d’une inspiration et d’une expiration, d’une exaspération. Mais inévitablement, elle finit par dire : « Nous avons un invité mystère. Et je crains qu’il ne soit pas faible. Malheureusement, il s’agit bien là de notre seul indice. »
Le patron ne sut donc que cingler au juste, faisant de ce fait trembler la Terre et l’étendue des Cieux elle-même. Par la suite, il s’affaissa dans son fauteuil, décrépit. « Mais comment puis-je être capitaine du navire alors que je vous dois tout ?! Ne suis-je donc pas le navigateur qui a bravé à lui seul les Sept Mers sur un radeau ?
— Laissez-moi faire. Tout va s’arranger, je vous jure.
— Pour quelle raison devrais-je vous croire encore ? Parce que c’est épuisant et souffrant, à court et moyen terme !
— Parce que vous me le devez. Ni plus ni moins. »
C’était sans doute la bonne réponse.
« D’accord… Mais que ferez-vous de plus que vous ne faites déjà pour compenser votre mal de vivre, mon mal de vivre ?
— J’inventerai ! Comme toujours je l’ai fait, à dire vrai.
— Et vos arrières ? Qu’en est-il ?
— Je m’en fous. Je n’en ai pas !
— Pourquoi ?
— Parce que l’être peut être néant, comme qui dirait.
— Vous ne le devrez donc à aucun auteur. N’est-ce pas ?
— À aucun, monsieur. Je puis vous en assurer. Par ailleurs, je hais avoir quelque nausée verbale ou bien être étrangère à ce que je suis, à ce pourquoi je suis et à ce que j’ai toujours été, même si de tels existentialistes ont souvent affirmé le contraire. Le comble pour ce qui est de cette histoire, c’est qu’il y a un énergumène pour qui morale rime avec l’idée d’une existence et d’une réalité futiles et ô combien inexpugnables. Vous faites du tort, vous voilà automatiquement en enfer ! Or, je n’y crois pas. Mais je crois cependant au sens de la droiture et du service et, pour ça, j’excelle. Je sais me débarrasser les mains comme je récure le fond d’une toilette : tout y passe et y repasse à la soude, perpétuellement.
— Mais comment en être sûr ? Je veux dire : je ne le suis pas. À bien y songer, vous ne m’avez jamais inspiré confiance rassurante. Et je crois que c’est réciproque, si je ne me trom-
pe ?!
— Êtes-vous mon capitaine ? Oui ou non ?
— Oui et non. Et vous le savez fort bien ! Car nous le sommes tous et toutes un jour ou l’autre, dans un certain sens du moins. Nous nous jugeons et nous commandons selon notre bonne volonté. Ah ! Nous sommes bel et bien des ingrats. Dieu ne nous mérite donc pas, nous sommes pour sûr inexcusables !
— Ne mettez pas votre main sur le fromage des rats ! Plutôt que de faire ça, morfondez-vous, repliez-vous sur vous-même, recueillez-vous et emménagez dans un monastère où on vous confinera au parloir. C’est bien plus agréable que la folie existentialiste, car on y trouve d’excellents thérapeutes plus fanatiques les uns que les autres. Sachez-le : tant que votre tête portera chapeau, je subsisterai.
— Êtes-vous le chapeau ?
— Non. Je suis la cerise sur le cake, ce qui se fait de mieux en matière de délice.
— Comment ferez-vous, pardieu ?
— Venez avec moi. Vous le saurez, mais seulement si vous me suivez au pas, veillant à ne pas m’enfarger, à ne pas m’écraser le talon sans une once de cœur et de pitié. »
Sa compagnie était certes mauvaise, mais elle savait comment séduire. C’était son verbe beau qui la sauvait et c’était ce qui importait en fin de compte.
Elle baisa sa main. « Vous savez, vous me devez tout. Absolument tout.
— Oui. Sauf ma personnalité. Qui suis-je au juste pour vous ?
— Vous n’êtes pas !
— Qui suis-je ? Oui, qui suis-je ?
— Après tout, vous êtes peut-être vous. Au moins. Vous êtes ce que vous êtes. Ni plus ni moins que ce que vous êtes. Seulement que cela… À moins que ? À moins qu’à vrai dire, vous ne soyez… ?
— Vous êtes moi. Je suis vous. »
La patronne reconnut alors son monologue intérieur. Elle s’était momentanément dédoublée. Sa personnalité comportait son image. Ces derniers temps, elle avait de la difficulté à équilibrer ses instances…
Elle avait songé au néant et s’y était malencontreusement plongée : « Qui suis-je ? L’existence ou le temps ? Suis-je l’existence de l’espace ? Non. Je ne le suis pas. Après tout, je ne suis qu’ego. Je me constitue avec des fibres humaines et je joue avec le feu. Ha ha ! »
Et c’était exactement de ce dont il s’agissait, à bien y penser, si on s’y résignait à tort et à travers, tel « l’Envers » de la problématique et la radicalité de cette solution qui nous est premièrement donnée : la facilité.
