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Quand les silences familiaux, les non-dits et les vieilles rancoeurs villageoises resurgissent.
Juin 2014 : Henri Mercier est mort, emportant avec lui sa gloire et les secrets de son village. Seul maquisard rescapé des nazis en 1944, il vivra dans l’ombre de la mort et du sacrifice de ses camarades fusillés.
70 ans plus tard, son petit-fils Jules se débat entre un divorce douloureux et une nouvelle relation compliquée avec Anna, son amie d’enfance. A l’enterrement de son grand-père, silences familiaux, non-dits et vieilles rancœurs villageoises resurgissent sans que Jules ne puisse en saisir la portée. Essayant surtout de construire son avenir avec Anna, il va se retrouver projeté dans le passé à la recherche d'une vérité qui pourrait changer sa vie.
Découvrez l'historie de Jules, petit-fils de maquisard, qui se retrouve projeté dans le passé à la recherche d'une vérité qui pourrait faire basculer le cours de son existence.
EXTRAIT
En une fraction de seconde, Jules bascule, son univers s’effondre autour de lui, le futur n’existe plus. Une sensation de chute libre le plonge dans un vertige aussi intense que soudain. Pourtant, tout n’est pas perdu. Il existe une solution. Elle lui tend les bras avec bienveillance, il la voit, son refuge est là. Il n’a qu'à s’y blottir, c’est si simple. Son choix est fait. Le calme revient rapidement en lui. La vérité ne l’aura étreint qu'un instant, un seul. Le feu de l’oubli l’aura dévoré aussitôt.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Nathan Saint-Cames est un jeune auteur originaire du Sud-Ouest et vivant en Lot-et-Garonne. Il signe avec Une passion française son troisième ouvrage venant clore sa trilogie sur la Seconde Guerre mondiale après Dernier combat et Entre-deux France. Il confirme avec ce roman de pure fiction son talent et sa maîtrise des passions qui ont animé les hommes et les femmes ayant vécu et fait la France occupée.
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Seitenzahl: 1013
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Table des matières
Résumé
Une passionfrançaise
Dansla mêmecollection
Juin 2014 : Henri Mercier est mort, emportant avec lui sa gloire et les secrets de son village. Seul maquisard rescapé des nazis en 1944, il vivra dans l’ombre de la mort et du sacrifice de ses camarades fusillés.
70 ans plus tard, son petit-fils Jules se débat entre un divorce douloureux et une nouvelle relation compliquée avec Anna, son amie d’enfance. A l’enterrement de son grand-père, silences familiaux, non-dits et vieilles rancœurs villageoises resurgissent sans que Jules ne puisse en saisir la portée. Essayant surtout de construire son avenir avec Anna, il va se retrouver projeté dans le passé à la recherche d'une vérité qui pourrait changer sa vie.
Extrait :
« En une fraction de seconde, Jules bascule, son univers s’effondre autour de lui, le futur n’existe plus. Une sensation de chute libre le plonge dans un vertige aussi intense que soudain. Pourtant, tout n’est pas perdu. Il existe une solution. Elle lui tend les bras avec bienveillance, il la voit, son refuge est là. Il n’a qu'à s’y blottir, c’est si simple. Son choix est fait. Le calme revient rapidement en lui. La vérité ne l’aura étreint qu'un instant, un seul. Le feu de l’oubli l’aura dévoré aussitôt. »
Nathan Saint-Cames est un jeune auteur originaire du Sud-Ouest et vivant en Lot-et-Garonne. Il signe avec Une passion française son troisième ouvrage venant clore sa trilogie sur la Seconde Guerre mondiale après Dernier combat et Entre-deux France. Il confirme avec ce roman de pure fiction son talent et sa maîtrise des passions qui ont animé les hommes et les femmes ayant vécu et fait la France occupée.
NathanSaint-Cames
Roman
ISBN:978-2-35962-820-3
CollectionBlanche
DépôtlégalAvril2016
©2016CouvertureExAequo
©2016Tousdroitsdereproduction,d’adaptationetde traductionintégraleoupartielle,réservéspourtous pays.Toutemodification interdite.
ÉditionsExAequo
6,ruedesSybilles
88370Plombières-les-Bains
www.editions-exaequo.fr
Àmesgrands-parents
Nuitdu4au5juin1944
Uneombregrisefranchitleseuil delaporte,furtivement.
Aucoindelamaison,elleenfourcheunebicycletteetfiledans lanuitnoire.D’unevitesse quineseretournepas.Elleroule jusqu’àlasortieduvillageetcontinuedesedérober,dans la pénombre.Aprèsquelqueskilomètres, elleobliqueàgauche suruncheminencastinebordéd’uneforêt.Delégerscahots secouentlecyclistequicontinuedroitdevant,l’espritfigé.Au sommetd’unelégèrecôte,ilsautedesaselleetposesondeux- rouescontre unarbre.Ilsedirigeensuiteversunepetite cabane,adosséeàlalisièredubois. Lestrois marchesde l’entréecraquentsous sespashâtifs.D’un gesterapideet malhabile, ilsaisitlaclésuspendueà soncou.Laportegrince lorsqu’ils’immisceàl’intérieur,regardantpar-dessus son épaule.Unetable,quelqueschaises,unearmoireetunlitdefer d’unautreâgemeublentl’unique pièce.Ils’agenouille,dosau mur,etattend.
Lesminuteslespluslonguesdesavie.Lamoiteurdusoir
l’oppresseunpeuplusàchaque souffle.Il n’apaslechoix.Il doitallerjusqu’aubout.Ilnepeutrenoncer.Àquelmomentla peurétouffe-t-ellelavolontéd’unhomme?Letempss’étire, témoinaussiimpassiblequ’implacable.Lebruissementdes arbres,labisedoucereuse,lesanimauxnocturnes...Lemoindre sonlefaittressaillir.Iln’auraitpasdû.Ilnepeutpas.Ilregrette. Ilsavaitqu’iln’enétaitpascapable.Iln’estpasdecettetrempe- là.Ilfrissonne,transpire.Au-delàdelui-même, le renoncement.
Ilseprécipiteverslaporte,l’ouvre,trébucheetdégringole lepetitescalier. Unevoiture estauboutdel’allée,ses phares aveuglants.Latractionnoire,ombreparmilesombres,s’arrête soussesyeux.L’instantd’aprèsestlà.
Ilretourneàl’intérieur.Unedémarche calmeetélégante approche.Iltremble.Un visaged’unetrentained’années apparaîtdansl’embrasuredelaporte.Ilvadéfaillir.Unepeau lisse,couleurd’albâtreapparaît.Derrière,ungardearmébarre leseuilavecunemitraillette. Aussitôt,lemonologue commence,pèred’unlendemainaussiterriblequ’incertain. Lesparolesse déversenttelun flottroplongtemps retenupar unbarragedefortune.Ilcède,complètement.Letonestrapide, maladroit,saccadé.Il sereprend,revientenarrière,continue, ets’arrête,à boutdeforce.Laface blêmen’acesséde sourire, detoiserduregard,dejaugercespectacle navrant.L’un est fort, l’autreestfaible.Lesdeuxseconfondent dansune bassesseoùl’honneurn’apassaplace.C’estlaguerre.
Unsilencecrispés’installetandisquelesbireàl’entrée
tientenjouetoutelascène.Lentement, lefantômeblafardse rapprochedel’homme quihalèteencoredesesaveux coupables. Il vientsefigerauplusprèsdelui, àunsouffle. Délicatement,ilôtesonganten cuir,doigtaprèsdoigt.Puis,il portesamainblancheverslajouedeceluiqu’ilvientd’écouter. Après uninstantsuspendud’angoisse,ildonneunetape légèreàcevisagetremblant.
—Gut,sehrgut.
Narquois,ilseretourneenfinets’éloigne,martial.
Lemoteur delatractiondémarrebruyamment. Les secondess’écoulent à l’infiniavantquece tonnerredudiable nedisparaissecomplètement.
Denouveauseuldanslacabane,unindividuépuisé
basculeà la renverse,sansretenue.Ilaeusi peur.Il pleure et selaisseallerentièrement, telunenfant.Soncorpsruisselle. Aprèsquelquesminutesd’intensessanglots,ilseremet.Peuà peu.Ilnes’estjamais sentiaussiabandonnédetoutesavie. D’unesolitudequidoitaffrontersaconscience, impitoyable. Doucement,ilfinitparsereleveretrefermelacabane.
La nuit est maintenant éclairée par une pleine lune
lumineuse. Ilporteson regardvers lesétoiles.L’airest apaisant,enfin.Ilresteainsi,lesyeuxtournésvers ce firmamentlointain.Uncristridentvientsoudain déchirerle ciel.Unechouettepasseau-dessusdeluidans unlent battementd’ailes.Ilobserveavec stupeurcemouvement ampleetgracile.Àsahauteur,l’animaltournelatêteetlefixe desesorbitesperçantesaux pupillesdémesurées.Un étrange face-à-face.Aussitôt,ilremontesursabicycletteets’élance dans l’obscurité. Surlecheminduretour,unequestion l’obsède:est-ilvraimentunhommecesoir?
***
6juin2014
UnsoleillégerréchauffelestempesdeJulestandisqu’une
fine brise vient lui caresserles joues.Sensationdouceet
agréabledecesjournéesprintanièresquisuccomberontbientôt àlatorpeurdel’été.L’ensembleduvillagederrièrelui,ilestau premier rang.Unlinceultricolorerecouvrelecercueildeson grand-père,Henri.Desporte-drapeauxauxridescreuséespar letempsetlesépreuvesencadrentlabièrefunéraire.Unprêtre repletauvisagerubicondprononcedesparolesbibliquessur untonexagérémentdocte.Sansdoutelescirconstancesexigent quechacunsedonneuneimportancequirappellelagravitéde l’événement.L’hommeàenterrer aujourd’huifutle personnageleplusimportantduvillagedurantlaseconde moitié duvingtième siècle. Mairependantpresquequarante ans,conseiller généraltoutaussilongtemps,ilauraitpu aisémentprétendreàunmandat parlementairesil’obligation d’alleràParischaquesemainenel’enavaitpasdissuadé.Henri Mercierétaitunhommeattachéauxsiensetàsaterre.Surtout, résistantgaulliste,ils’étaitcomportéenhérosàlaLibération.Il enavaittiréuneauréoledegloirequil’avaitplacédansla positiond’unhommepublicinsoupçonnable. Uneseule personnel’avaittoujourshaïavec uneforceetuneconstance égales:AntoinetteDarcourt.Elleestlaseulehabitantedu villageabsente poursesobsèques.Riend’étonnant.EtAnna?
Lescondoléancessesuccèdent.Péniblemomentoùlesuns
etlesautres essaientd’êtrelesplus démonstratifsdans l’expression deleuraffectation etdeleurcompassion.Les témoignagesoscillent entrebanalitéet maladresse.Affligeant detantd’afflictions.Lasincéritéd’unsilenceesttellementplus évidente.Lesvisages défilentdevantsonregardavec indifférence,leslèvressemouvantdanslevide.Ilfaitunsigne detêteà chacun.Sonattentionestailleurs. Il préfèreobserver l’écrinoùvareposersongrand-père,àtraverslesâges.Le cimetièreestàflancdecoteau.Uneégliseenruines,àciel ouvert,surplombelespierrestombales. Elleabriteunsapin imposantquiadepuislongtempsdépassélesmursdel’édifice quil’accueille.Lalégendelocaleprétendqu’unvieil abbé refusaitd’ycélébrer lesoffices,persuadé qu’ils’agissaitd’un ancientemplepaïen.Ceschoses-lànécessitantla plusgrande prudence,l’église futlaisséeàl’abandonparla paroisse.Sans entretien,latoitureromanes’estfinalement effondrée.Signe, s’ilenétaitbesoin,queleBonDieuneveillaitpassurl’ouvrage. Restelecimetièrequil’entouretoujoursetcesapinmajestueux quitémoigne effectivementdelavivacitédesforcesdela natureencelieu.Enpleinjour,l’endroitpourraitpasserpour bucolique.Enpleinenuit,labrumerampanteentrelescroixde pierredoitluidonnerunealluresinistre.
Le dernierà seprésenteràlafamilledu défuntestVictor. Victor,àpeinequelquesannéesplusjeunequ’Henri.Connude tous,ilsembleétranger àcequil’entoure.Aphonedepuis plusieursdécennies, ilesttoujoursrestéauvillage.Ilenfait partieaumêmetitrequelemonumentauxmorts,lestade municipal etlefoyerrural.Certainsdisentqu’il estné ainsi, aphasiqueetattardémental.D’autres assurentqu’unchoc terribleseraitàl’originedesonétat. OnparledesAllemands, delaguerre,demorts…Victorn’ajamaisriendit.Unmutisme lourd etprofond.Quelqu’unneparlantpasétantquelqu’un quinesedéfendpas,ilestlecoupableidéal.Lespiresmauxde lacommunetrouventasileàsonombredepuisdesannées:de lamortd’unchienempoisonnéparunvoisinsadique, au filoutageadolescent desfruitsdansles vergers.L’idiotdu villageasonutilitésociale. Aussi,toutlemondel’accuse volontiersetpersonneneluienveutvraiment.
Desadémarcheclaudicante,ilavancetêtebaissée.Arrivé devantlafamilledudéfunt,illèvelesyeuxuncourtinstant puisfaitdemi-tourets’enfuiten titubant.Unebêteapeurée. Julesaàpeineletempsd’apercevoir sonfrontplissé,ses tempesdégarniesetsonfacièsuséparlessaisons.
L’ensembleducortèges’extirpelentementparlasortiedu
petitcimetièreetsedisperseenpetitsgroupeséparsetindécis. Julesrejoint sonpère,Jean.Ilparaîtleplus touchéparla disparitiond’Henri.Êtrelefilsd’unpatriarcherevêt une certainecharge.Peut-êtreen est-ilautantlibéréqu’affecté aujourd’hui?Chagrin etapaisement secôtoientparfois aisément.Jules litl’accablementdesonpèresur sonvisage. Sansunmot,ilmetlamainsursonépauleetresserreson étreinte.Unregard suffit. Avantderentrer,Julesdoit s’absenterpouressayerd’allervoirAnna.Ellen’estpas venue àlacérémonie. Pourquoi?Ilreviendraaprèsavoireudes explications.Elledoitrépondreàsesquestions.
Anna… Anna.Ilsseconnaissentdepuisl’enfance. Ilsont partagétoutesleursvacancesd’étédanslevillagedeleurs grands-parents.Cependant, AnnaestuneDarcourtet Antoinette, sagrand-mère, détestaitHenri, legrand-pèrede Jules.Elle défendaitvigoureusementàsapetitefilled’aller joueravec«lerejetondesMercier».Ilfautcroirequel’autorité familiale s’arrêteauxfrontièresdesbacsàsable.Trèsvite, ils sontdevenuslesmeilleursamisdumonde,augranddésespoir d’Antoinette.Elle nevoulaitpasvoirle petitJuleschezelle. L’indifférenced’Henriétaitplus tolérante.Finalement,le temps et lavieontfait leurœuvre.Ilssesontperdusdevue. Julesarencontrésa femme,eudesenfants, fondéunefamille. Annaavoyagé,multipliéleséchecs amoureux, abuséde tristessespassagères.Etpuisledestinn’étantjamaisdénué d’ironie,ilssesontretrouvés. Aprèstoutescesannées,un mariageraté,deuxenfantsetundivorce douloureux. Une évidence.IltravaillaitetvivaitàParis.Annaaussi.Ilapasséde longs mois,prostré,aprèssaséparation.Laprocédure judiciaireodieuse,desenfantsinstrumentalisés,unefemme quel’onnereconnaîtplus. Lamorguedesavocatsdechacun avaittransforméleur histoired’amour dontils’étaitsenti dépossédé.Danslabouchedecesprofessionnelsenrobenoire, vingt années desaviesedébitaient enexagérations, mensonges éhontés,non-ditscoupables.Iln’allaitplusaux convocationsdujuge. Pendantdessemaines,Julesn’avu personne.Métro,boulot,dodoaveclarégularitéd’unehorloge suisse.Rien demieuxpours’aliéner etôter touteonce d’humanitéàl’être.Julesavaitperdudupoids. Sesamis avaientcommencéàs’inquiéter.Ilsparlaientdelanécessitéde s’aérerl’esprit,desechangerlesidées,derencontrerdesgens, dedépression…
Aprèsdessemainesd’efforts,ilsavaientfinalementréussi àledécideràsortirpour unrepas.Ilétaitpasséacheter des fleurspoursonhôte.Annaétaitlà.C’étaitsontravail.Vendre desfleurs,c’étaittellement Anna.Aumoinsquinzeansqu’ils nes’étaientpasrevus.Julesn’apasachetédebouquet.Iln’est pasallédîneravecsesamis.IlapassélasoiréeavecAnna,sans même seposer unequestion.Unesoiréequienappela beaucoup d’autres.Un bonheurretrouvé,unenouvelle histoirecommençait. Aquaranteans,unseconddépart.Tels desadolescents,ilssesontdécouvertsl’unl’autre,commes’ils nes’étaientjamaisconnus,commes’ilsavaienttoujourssu.Les tempsheureuxdespremièresfoisontprécédéleprécipiceoù leschosespeuventdevenirplussérieusesous’arrêternet.Jules voulaitallerplusloin.Emménagerensemble.Annaétaitmoins sûre.Besoin de réflexionavantde prendre unedécision.Déjà unemauvaisenouvelleensoi.Lesjoursd’attentesontdevenus dessemaines, interminablement. Etlaréflexionestdevenue unepause.Tristementclassique.Uneévidence ena remplacé uneautre.Aprèslamagiedesdébuts,laréalitéarappeléqu’ils n’étaientqu’uncouplenormal,parmiles autres. Malheureusement, Antoinetteesttombéegravementmalade aumêmemomentetAnnaaalorsdécidéd’allers’occuper d’elle.Elledevaitfairelepoint, professionnellement, sentimentalement.Bref,sursavie.Julesétaitdenouveauseul àParis,auborddelacrisedenerfs.EtAnnadanslevillagede leur enfanceavecsagrand-mèrequihonnitlesMercier eta toujoursdésapprouvéleurrelation.
L’absenced’Antoinetteà lasépultureétaitprévisible. Sa présenceauraitétéhypocrite.Onneseréconcilie pas décemmentavecunmort.MaisAnna?!Deuxmoisqu’ilsnese sontpasvus.Àpeinequelquesmotsautéléphone.Julesdoit lui parler.Aujourd’hui,elle nepeutpasrefuser.Elle n’osera pas,jourdefunérailles.
Jules marchesurcecheminoùlessouvenirs l’accompagnent.L’alléequimèneàlamaisondesDarcourtest bordéedecèdresmajestueux. Aubout,uneimposante demeureenpierresedresse.Uncorps debâtimentest effondré,depuisdelonguesannées.Malgrélesrécriminations d’Antoinette, jeune, ilvenait souvent chez Anna. Lejour, parfoislanuit,encachette,toujourslecœurbattantdeceluiqui bravel’interdit.
Julesgrimpesurle petit perronet frappe à la porte
massive.Quelquessecondes,puis:Anna.Seslongscheveux soyeux,couleur de jais,glissentderrièresesfrêlesépaules.La simplicitédestraitsdesonvisagerappelleàJulesladiscrétion desabeautédouce etfamilière.Safragilitéaussi.Ilvoudrait juste la serrerdanssesbras.Elle nesemblepassurprisede le voir et,dans un souffle,l’inviteàrentrer.À sahauteur,elle l’embrasse,surlajoue.Cen’estniunbaiserniunebiseamicale, justelesymboledel’entre-deuxdanslequelilssetrouvent actuellement.
—Jesuiscontentdetevoir.
—Jules...
—Jevoulaisteparlerdevivevoix.Jepensaisquetuserais
àlacérémonie.Pourquoitun’espasvenue?
—Ellemel’adéfendue.
—Tuauraispufaireuneffort.
—Ellem’a assuréqu’ellemourrait desavoirquej’étaisà
l’enterrementdetongrand-père.
—C’estgrotesque!Quandest-cequeceshistoiresvont
doncs’arrêter?
—Jesaisbien…Tula connais.Detoutemanière,se
retrouver autour d’un cercueil n’est pas l’endroit le plus
propice,tunecroispas?
—Tuasraison…C’est juste quela situationesttellement absurde.Jenecomprendspas.Turéponds àpeineà mes appels.Jesuisperdu…
—Jet’aidemandédutemps.
—Celafaitdeux mois! Ettunem’asabsolumentriendit depuisledébut. J’ail’impressiond’enêtreaumêmepoint. Et tontravail?EttavieàParis?
—C’estsecondaire.Jedoism’occuperdemagrand-mère
avanttout.Personned’autrenelefera.Jesaisquetoutest compliqué.C’estduraussi pourmoi.
—Etpourmoi?
—Écoute,jeneveuxpasqu’onsedispute.Pasici,pas
maintenant.
—Bien…
Silenceetregardscroisés.
—Commentseportetafamille?Tesenfants,tesparents?
—LolaetLucadoraientautantleurarrière-grand-père
qu’illeurfaisaitpeur.Ilssonttristes,évidemment,commedes enfants. Moiçava.Jecroisqueleplusatteint reste monpère. Henria euunebelle etlonguevie.Sonseul malheurauraété deperdresafemme troptôt.Jet’aidéjàraconté.Lucieaété l’amour desavie.Ilnes’estjamaisvraimentremisdesa disparition soudaine.Sadécisionde nepasseremarierenest lapreuve.Àprésent,ilpeutreposerauxcôtésdesaLucie,en paix.
—Etpuisquoiencore?! Ilvasurtoutpouvoir expierses
péchés!Etcroyez-moi,ilaurabienbesoindel’éternitépour
cela!
Une vieille femme voûtée apparaît àl’autre bout de la pièce.D’uncôté,unecannepoursoulagerdemaigres jambes, del’autre,unebouteilled’oxygènesurroulettespouraiderce corpsfébrileàrespirer.
—Mamie!Tunedevraispastelever.Tuvastefatiguer.
Jevaisteraccompagnerdanstachambre.
—Jenebougeraipas!Jeneveuxpasd’unMercierdans
mamaisonettulesais.Qu’est-cequ’ilfaitlà?
—Bonjour,Antoinette.Jeconstatequevotreanimosité persisteàmonégard,mêmeaprèsledécèsdemongrand-père.
—Tongrand-père était unsalaud!Ilaurait méritéd’être fusillé,etdansledos!
—Mamie,s’ilte plaît!
—Vousêtesodieuseetfolle,mapauvreAntoinette.
—C’estlui quia dénoncélesmaquisardsduvillage!J’en suissûre!C’està causedeluisimonfrèreRenés’estfaittuer aveclesautressurlaplace!IllesavendusauxAllemands!
—Antoinette, je ne peux pas vous laisser dire ces énormités.Vousn’avezaucunepreuve,vousn’enavezjamais eu!Jesuisdésolépourvotrefrère,commetoutlemondeau village, maisvousnecroyezpas qu’ilseraittempsd’oublier cette tristehistoire? C’étaitla guerre, etlaguerreestfinie depuissoixante-dixans!Commentpouvez-vous soupçonner mongrand-père,aprèstoutcequ’ilafaitàlaLibération?Etla Légiond’Honneur,ill’avolée peut-être?!
—C’estunebreloque!Justement, ilenatropfaitquand onsavaitquelesAlliésallaientgagnerpournepasavoir des choses àcacher!Demandedonc àlapauvreMarguerite pourquoiill’atondue?Elleavaitfaitquoi,elle?Jevousle certifie etjelerépéteraijusqu’àmamort:HenriMercierestle traître!
—C’estridicule.Detoutefaçon,jenesuispasvenupour
parleravecvousde vosobsessionsmaladives.Jevoulaisjuste voirvotrepetite-fille, c’étaitla seulechosequim’importaiten venantici.
—Vousdeux,c’estimpossible.Voussavezcequej’en
pensedepuisledébut.
—Etpourquoidonc?
—Àcausedupassé,c’estcommeça!
—J’enaiassezentendu.Jem’envais.Anna?
—…
—Oui,dehors,Mercier!
Jules observelaragefulminerdansl’œild’Antoinette.De
la fureurémaneduregarddecettedamepourtantterrassée parlepoidsdesans.IlsetourneversAnna,espérantqu’ellele raccompagneetn’obtientqu’unetêtebaisséeenréponse.Ilsort delamaison.Il voulaitlaretrouver,il esttombésursagrand- mèreetses éternellesaccusationsinfondées. Ellen’en finira jamaisavecla guerre.La mort desonfrèrel’a marquéeà vie. Ellen’apassu enfairesondeuil.Illuiafallu trouverunbouc émissaire etc’est tombésursongrand-père.Delààcontinuer àenvouloiràsonpetit-fils… Commentcettevieillefemme peut-elleconsacrerlemincefiletd’énergievitalequilatraverse encoreàcettehaineressasséedepuissoixante-dix ans?Ces réflexions occupent l’esprit deJulesalorsqu’ilregagnela maisonfamilialedes Mercier, enpleincœurduvillage. Au milieudelagrand-rue,unebâtissemassive detroisétagesest ornéed’undrapeautricolore. Julesobservel’ombredu tissu ondulersurlafaçade.Ilfranchitleseuilavecuneinterrogation entête:quiestcetteMargueriteévoquéeparAntoinette?
Ilretrouvesesparents assis l’unà côtédel’autredans la cuisine.L’habituelleprésence d’Henriauboutdelatableest trahieparsacruelleabsence.LamèredeJulesalebrasautour delatailledesonpère.Iltientunetassedecaféentresesmains, lespenséesdans levide. Lola etLucsontdans lesalon.Jules passevoirses enfants.Lolaaencorelesyeuxrougisparles pleurs.Luc,avecsafiertédegarçon,tentedemontrerqu’iln’a pasversédelarmes.Juleslesserrecontrelui,silencieux,puisil rejointses parents.Henrin’aeuqu’unfils,Jean.Safemme, Lucie,estmortepeuaprèsla naissancedesonunique enfant, en1945.L’accouchementavaitétécompliquéetl’avaittrop affaibliepourqu’elle puissesurvivre.C’étaitseulement quelquesmois aprèslaLibération.Henrin’ajamaisrefaitsa vie.Des liaisons,personnen’en doutait.Laplus notoireétait celle avec lasecrétairedemairie,Christiane.Henripassait beaucoup detemps avec elle.Ilsétaientdevenus essentiellementpartenairesdejeusur leursvieuxjours,la beloteétantlaplusfidèlepassiond’Henri.JeanMercier n’a doncjamaiseudefrèrenidesœur.Ilsupportaseuld’êtrelefils decettefigurepaternellesipesante.Ils’enétaitéloignéen quittant levillage,pourletravailetpourlui-même.Etpuissa femme,Liliane,étaitparisienne.Partirétaitdansl’ordredes
choses.
Juless’installeenfacedesesparents.Sonpèrereprendses
esprits.
—TuasvuAnna?
—Oui…
—Etalors?
—Rien.Onaàpeinepuéchangerquelquesphrases.
Antoinettenousainterrompus…
—Ah,Antoinette...Elledistilleencoresonpoisoncette vieillesorcière?
—Jean!s’exclamelamèredeJules.
—Liliane, jet’enprie.Cettefemmen’a fait quecolporter
desrumeursinfâmessurpapapendanttoutesavie.Enplus, elle estàmoitiéfolle.Direquemonpère estceluiquia donné lemaquis,tu terendscompte?C’estinsensé! Etellecontinue deradoter. Detoutefaçon,personnenel’ajamais écoutéeau village.
—Justement, papa, Antoinette a continué à répéter
qu’Henriétaitletraîtrependantsoixante-dixansalorsquetout lemondeluidonnaittort.D’après toi,qu’est-cequipeutlui fairecroireçaaussifermement?
—Tu veuxmonavis?Ilya deuxraisons:la jalousieetla politique.LesDarcourtet lesMercierétaient lesdeuxfamilles lesplusimportantes duvillageavant-guerre.N’oubliepas qu’AnatoleDarcourt,le pèred’Antoinette,étaitmairedansles annéestrente.C’étaitunardentdéfenseurduFrontpopulaire. Son filsRené étaitd’ailleursunmilitantdu Particommuniste. Notrefamilleétaitplutôtmaurrassienne.LesMercieretles Darcourtétaientdesadversairespolitiques.C’étaitdenotoriété publique.Etcela jusqu’à l’arrivéedesAllemands.Après l’invasion nazie,RenéetHenriontunileurs effortspour constituerunmaquisderésistants. Ils ontététrèsactifs et courageuxdurantlesannéesd’occupation.Malheureusement, l’unasurvécuàlaguerreetl’autrenon.Henriestdevenu MonsieurMercieretRenéDarcourtunsouvenir.Antoinettene l’apassupporté.Je peuxcomprendresatristesse,unecertaine formederancœurdevant lafatalité, maisjen’admetspasses
calomniesenverslamémoiredemonpère!
—Ettuasunavissurlapersonnequiauraittrahiles maquisardsduvillage?
—Jen’enaiabsolumentaucuneidéeetje t’avouen’avoir jamais vraimentcherché.Àquoibonremuercepassé douloureux? Quesortirait-ildecettevérité,sielleexiste?Et puis,ilesttroptard.Onnesaurajamais.Laseulechosedontje suispersuadé,c’estquemonpèren’estpasletraître.Etj’espère quetoiaussitun’endoutespasd’ailleurs.
—Non,biensûr.Jesuisjustetroubléparunephrase
d’Antoinette. Elleaparléd’unecertaineMargueritequ’Henri auraittondue.Jen’avaisjamaisentenducettehistoire.Tuesau courant?
LevisagedeJeanMercierserembrunit.Ilrépondàsonfils,
passablementénervé.
—Unefemmetondue?Etalors?!Ilyenaeudesmilliers.
