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Basée sur des faits réels qui ont, en leur temps, défrayé les chroniques, cette histoire a été transposée... mais toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n'est pas tout à fait fortuite.
Pour ce roman, l'auteur a choisi de raconter l'enquête qui l'a le plus marqué dans sa carrière. Une affaire étonnante, insensée qui plongera le lecteur sans ménagement dans le quotidien d'un flic de terrain. D'un réalisme à couper le souffle, jamais un roman policier ne sera allé aussi loin.
Marseille - février 1994 -
Jessica, une jolie brunette de dix-neuf ans, est découverte assassinée un soir d'hiver dans le quartier des Goudes à Marseille. Allongée sur le dos, entièrement nue, les bras alignés perpendiculairement au tronc, paumes vers le ciel, une chaussure de sport noire au pied gauche, elle a été poignardée avec acharnement mais chacune des entailles est nette et propre. Le corps a été soigneusement lavé. Le petit ami de la victime qui présente toutes les charges de culpabilité est interpellé. Une enquête rondement menée ? Pas si simple pour le commissaire Marel et son équipe !
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né le 22 avril 1947, le commissaire Robert Manuel a intégré la police nationale à l'âge de vingt-trois ans comme inspecteur. Il a gravi les échelons un à un, de lieutenant de police jusqu'à commissaire divisionnaire. Roubaix, Avignon, Marseille, Fréjus-Saint-Raphaël, pendant trente-huit ans, il a passé sa vie à traquer les délinquants en tout genre.
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Seitenzahl: 788
Veröffentlichungsjahr: 2023
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UNE ROSE SUR TA TOMBE
Robert Manuel
Ecrivez ! L’écriture, c’est la mémoire du futur.
Vous qui ouvrez ce livre, permettez-moi, sans être cavalier bien sûr, de vous tutoyer !
Merci à ceux qui m'ont écouté, encouragé, mais aussi soutenu à formaliser l'idée née d’un besoin, celui d'essayer d'écrire : un roman policier.
Toute ressemblance avec des faits ou des personnages réels serait fortuite.
Dans l’obscurité, le dos plaqué contre le mur au fond du couloir à l’encoignure de la porte de l’appartement, avec une impatience grandissante : il attendait. Plusieurs fois, il avait repoussé cet instant mais ce soir, il voulait savoir. Là, cette nuit : il voulait être heureux. De plus, il l’aimait.
Encore quelques minutes….Comment lui dire son amour, le désir d’elle qui le submergeait, lui faisait peur, le faisait souffrir !
Cette nuit, il saura. Cette nuit sera la sienne. Enfin le grand bonheur ou : le néant. Le cataclysme peut-être même. !
En son cœur, dans son esprit, des tensions antinomiques habitaient. L’espoir, le désespoir, l’envie, la crainte, l’amour, la haine, le bien et peut-être même, le mal. Il le savait mais, cherchait à savoir. Une fois pour toute, il voulait être fixé.
Craindre, espérer. Espérer mais aussi craindre sans cesse, sans cesse. Cela suffisait. Il n’en pouvait plus, il lui fallait franchir le Rubicon. D’y penser son cœur battait avec désordre, ses pulsions augmentaient. Il n’en pouvait plus. Alerte ! Attention à l’explosion.
Ne valait-il pas mieux partir?
Où? N’importe où.
Mais partir…. c’était encore fuir. Et, il voulait savoir, savoir, savoir !
Mais qui était-il donc ?
Il en était là de ses turbulences quand il eut un pressentiment. Elle arrivait. Il ne voyait rien, n’entendait rien. Mais, dans ce corps qu’il méprisait, dissimulé par la noirceur du couloir il attendait : impatient. Il le savait. Elle allait apparaître.
Il était coincé. Impossible de partir, de fuir l’épreuve. Lui costaud comme un vieux chêne, tremblait. De peur, d’inquiétude ou tout simplement, de rage. La gorge nouée il avait du mal à avaler sa salive. Mais ! Etait-ce encore de la salive ou déjà, de la bave.
Il avait peur. Il était perdu. Mais, il voulait savoir. Il voulait vivre enfin, être libre.
Brusquement, un claquement de porte le fit sursauter: une silhouette apparut face à lui. C’était elle ! Il ne bougeait pas.
Jessica!
Elle approchait dans sa direction et à mesure il sentait son odeur, son empreinte, son fluide courir dans ses veines.
Elle approchait. Elle est belle. Elle est jeune. Elle est gentille.
Il l’aime ! Il n’en pouvait plus mais cette nuit, il voulait savoir.
Hélas! Il tenta de savoir.L’échec fut sans appel, total, brutal noyé dans une explosion de violence et de sang.
L’horreur!
MARSEILLE, en février. 6H30 ! Un lundi… Dehors, il ne fait pas chaud. Sous les couvertures il est bien, là. Pourtant, c’est l’instant que choisit le mécanisme du réveil-matin pour déclencher une voix de speaker en guise d’appel à quitter ce lit douillet pour aller …travailler.
Oh ! Non, pas ça. Et pan ! Deux ou trois doigts de sa main gauche s’abattent sur le bouton du déclencheur. Et, avec délectation, il s’abandonne, à nouveau au sommeil. Dix minutes de plus sous les couvertures ! C’est toujours ça de pris.
Fidèle à sa fonction, le mécanisme déclenche à nouveau la voix hostile.
Zut ! Ce n’est pas vrai. Je n’ai pas envie de me lever. Et vlan ! Les mêmes trois doigts s’abattent avec précision sur le déclencheur. Aussitôt, il sombre, s’abandonne au sommeil. Il se love, avec plaisir dans la douceur de feue une bonne nuit de sommeil. Au passage, de la joue il caresse l’oreiller, avec volupté. Dehors, il doit faire si froid !
Mais non. Il est têtu ce déclencheur. Ou, tout simplement, avec automatisme, il assume sa fonction: réveiller les autres. Cette fois-ci, tout en ouvrant un œil, il réalise qu'il est acculé. Rien à faire. Il va falloir se lever. Déjà vingt minutes qu'il glande à vouloir reculer l’inéluctable échéance du réveil. Et ce mec à la radio! Il parle, balance des vannes. Lui, n’a pas envie de les trouver drôles. Bref ! Il va bien falloir s’extraire du lit et abandonner là, avec regret, la senteur d'une douce nuit de sommeil.
7H 00…Enfin levé ! Après s’être rasé à tâtons en dodelinant de la tête devant la glace, le patron qui une fois encore néglige totalement un substantiel petit-déjeuner, prend résolument les commandes de son cheval-vapeur, une modeste Peugeot 306. Il se rend au boulot.
C’est parti ! Malgré un froid vif - de Provence tout de même - un réveil difficile, comme chaque matin d’ailleurs, la pêche est là. Il se sent en forme.
- Bonjour messieurs. Salut !
- Bonjour patron.
Sportivement les deux étages sont vaincus et le commissaire Marel, Manu pour les copains, pousse énergiquement la porte de son bureau. Il est pratiquement à l’heure mais bref, sais-tu, il a toujours privilégié la qualité à la quantité. Le voilà prêt à exercer son métier de policier. Un métier pas facile certes, mais un métier passionnant, qu’il aime.
Comme chaque matin…… la main-courante. Un regard cursif mais vigilant tout de même. Rien de spécial. Ouais! Trois voleurs de voiture arrêtés en Flagrant Délit, un cambrioleur, une mort naturelle, une histoire de vol entre deux bandes de clochards.
Bon! Dix minutes pour préparer la réunion du matin à laquelle assistent les chefs des différentes unités. Sans être un fan de la réunionnite il est vrai tout de même, que le fait d’avoir son staff en face est utile, primordial même. C’est surtout là aussi l’occasion de juger de l’activité de la semaine écoulée afin, par exemple, de motiver le personnel pour le futur immédiat.
Difficile d’obtenir qu’ils se transcendent car hélas l’évolution des mentalités fait le flic maintenant, plus souvent fonctionnaire que ‘poulet’. La nostalgie du pavé, elle existe et…. c’est bien dommage Les anciens seraient bien tristes de voir cela. Mais, à qui la faute ?
Un café avant la réunion : pourquoi pas. Allez, hop ! Le couloir traversé d’une foulée rapide et le patron se retrouve au milieu de l’équipe. Ils ne sont pas tous présents. Entre les retardataires - faut comprendre quoi, c’est lundi - et les absents, pour causes multiples, Marel se retrouve entouré d’une quinzaine de poulets. Ils piaillent en racontant, certains avec la verve locale, d’autres avec moults gestes, les occupations ou exploits passés du week-end.
Là, il y a Jo Val, l’adjoint. Pas toujours…jo…vial ! Mais, un super flic. Il possède le flair, de la dynamite dans le regard tout cela additionnés d’un dynamisme et d’une énergie hors du commun. C’est un vrai. Meneur d’hommes, charismatique, il impressionne. Rusé, instinctif, tenace, coriace, féroce, infatigable c’est un chasseur de délinquants. Dés sa prise de fonctions Marel l’a tout de suite senti, au premier regard. C’était l’homme qu’il lui fallait pour bâtir une équipe solide, offensive, prête à monter en première ligne contre le crime, les voyous.
Jean-Paul Berge dit la Gamberge très calme, sirote un café qu’il souhaite interminable. En ce début de semaine, perdu dans ses pensées, il réfléchit. D’où son surnom de.... la Gamberge.
Grégory RAFE surnommé la Rafale ou parfois Greg est là. Boxeur : française et Kick-boxing. Superbe jeu de jambes, belle vitesse de bras, exit son surnom, il possède aussi une belle intelligence Il l’a prouvée, tant sur le ring au travers d’une vingtaine de combats amateurs que dans la vie de tous les jours. Le patron éprouvait un faible pour lui. Sportif accompli il avait aussi la "tête bien pleine". Un esprit sain dans un corps sain. N’est ce pas, Monsieur de M….…..
La Rafale discutait posément avec Prince. Alors lui, la classe ! La cinquantaine, cheveux poivre et sel, petite moustache finement taillée. Pas très grand mais il semblait ne pas être petit tant il était mince, élégant, le port altier. D’un commerce agréable, beaucoup d’entregent, il parlait avec aisance. Toujours réservé dans son propos. Son immense mémoire, un esprit curieux et vif, cette sorte de fascination qu’il engendrait faisaient de lui, une véritable bible vivante du renseignement. Rarement au Service mais toujours joignable, il savait tout. On eût cru que, prenant de la hauteur, là-haut, scrutant la ville de ses yeux rieurs et perçants il voyait tout.
A la recherche d’un renseignement, d’un élément d’un puzzle Marel lui disait…. Prince ! Ce tuyau, il me le faut. Prince ! Trouvez-moi ce type….. Prince ! Il nous manque cet élément. La réponse invariable arrivait avec malice et délectation: ‘Pas de problème, patron’. Et, il lissait de ses doigts sa fine moustache.
Antoine, le pied-noir est là. Par sympathie le Commissaire l’appelle parfois Tonio ou dans l’intimité Toine. Vif comme l’éclair, roi du déguisement, adepte lui aussi des sports de combat, boxe française, il connaît de la ville chaque once de rue. Pas question de lui parler de rédiger une procédure. Sa vie, c’est le terrain.
Dehors, il est dans son élément. Heureux, il butine, va de l’un à l’autre, flaire, hume, cherche le bon coup. Dés qu’il sent une proie, il se fait félin. Planques, filatures, surveillances, déguise-ments, et pan ! Une arrestation en flagrant-délit. Alors là, le voyou n’a pas intérêt à se rebeller. Il est rapide, efficace, notre Tonio.
Ici, tu le surprends en grande discussion avec Eric notre Marseillais pure souche. Beaucoup d’exclamations, de gestes, de tonus car vois-tu, nous sommes à Marseille. Tous deux analysent le week-end sportif. Ils s’exclament en termes laudatifs sur notre ohème et la raclée qu’il vient d’administrer à l’équipe de la capitale, l’ennemi juré : le P.S.G ! Aux anges, les yeux mi-clos, ils boivent les paroles chantées à la gloire de leur équipe de football. Cet ohème! Ils l’ont vissé dans les tripes. Il fait partie de leur culture locale, de leur patrimoine…. génétique
Ben avec son bide incommensurable, sa carcasse de déménageur est dans un coin de la pièce, près de la fenêtre, appuyé contre le mur. Lorsqu’il arrive au boss de faire un peu de boxe avec lui, le ‘patron’ éprouve une désagréable sensation car ses directs au foie rebondissent sur une ceinture abdominale bordée d’une épaisse couche de graisse.
Le regard perçant du Ben se pose amusé, sur chacun. La casquette commando vissée sur un crâne qui paraît infiniment petit eu égard à l’étendue de la masse ventrale, le Chinois observe. Lui, son dada, sa vie, son bonheur, c'est la technique du terrain: déguisements, filatures, planques, logistique de travail opérationnel - sous-marin, écoutes zonzon, jumelles, caméras, pièges et… boxe de temps à autre-. Il n’est pas souple l’éléphant. Mais, s’il t’attrape le cou au creux de ses bras démesurés, tu vois ta tête… se détacher. Ou, si tu restes sur la trajectoire de son poing, tu optes sans ambage pour une longue, très longue sieste.
Super, ce poulet ! De surcroît, il est arabe et ressemble à un chinois, d’où son appellation pas toujours contrôlée de Chinois. Tu piges l’intérêt ! Lorsqu’on plante un voyou qui pratique une langue du Maghreb, le Chinois se tait. Mais, il comprend. L’autre parle mais ne comprend pas que le chinois comprend.
Conclusion ! Nous on sait. Par contre, pas question de lui demander d’écrire deux mots de suite même dans un français très approximatif. Là, tu le tues. Tu l’énerves pour la journée.
Reste pour Marel à te présenter encore quelques uns des piliers de l’équipe. Comme il est étonnamment bien en forme en ce début de matinée du lundi, il va t’en parler. Tu veux bien ? Bon, alors!
Dans la salle, il est appuyé contre le distributeur à boissons lequel ne cesse d’avaler bruyamment et goulûment les pièces de monnaie ne laissant couler comme à regret qu’un mince filet de café auquel tous sont suspendus, un gobelet à la main : qui ?
Tu l’aperçois, un beau gosse. Manifestement il n’a pas émergé. Ses yeux clignotent encore collés de restes de sommeil. Têtus, ils ne veulent pas rester ouverts. Ce beau garçon, c’est Théo notre spécialiste des scènes de crime, roi du poste local d’identité Judiciaire. Son domaine, c’est le labo. Prises de vues, signalisations, recherche des indices, empreintes, tapissages. Mais aussi, l’incessante conquête de la gente féminine tellement il déborde de charme et d’élégance, le bougre !
L’un, José spécialiste des stups, l’autre Marc, leader de la lutte contre la prostitution discutent posément d’une affaire en cours.
Le cheveu fou retombant sur de grosses lunettes, plutôt des périscopes, quelque peu négligé de sa personne, un tic désagréable lui déformant la bouche à intervalles réguliers, voici Louette, un ancien de la ‘Crim’. Manifestement, il a disjoncté suite à une grave blessure en service. Braquage ! Une balle restée logée à la base du cervelet. Le chirurgien n’a pas pris le risque de l’enlever.Il est là, au milieu de l’assistance essayant vainement de participer à l’une des conversations. L’esprit totalement assombri il fait des coups pendables et comme l’huile sur le feu, il doit être constamment surveillé. Mais, avec l’assentiment du groupe Marel l'a gardé dans l’équipe.
Eh oui ! Jadis, policier de valeur, son état actuel n’est en fait que la conséquence d’une action d’éclat en mission. A tout jamais elle l’a atteint dans son intégrité physique. Il va, de l’un à l’autre implorant du regard. Tous essaient de lui faire croire, qu’il peut encore être utile. Parfois ils le sortent, mais alors : Alerte ! Gaffe à la vigilance.
Bah ! Ils l’aiment bien leur Louette. Comme, ils sont sa seule raison d’exister, ils le traînent par la main pour lui maintenir la tête hors de l’eau. Il a déjà essayé de se suicider conscient qu’il est de sa dégénérescence.
Marel en était là de ses pensées caressant d’un regard de tendresse son équipe quand tout à coup Franck…. Oh, il l’aime bien celui-là : culture très éclectique, musique, livres surtout romans policiers. Toujours enjoué, boute-en-train le gaillard pousse puissamment la porte. Les bras chargés de croissants et autres pains au chocolat super odorant, il se met à crier ‘ Allez, allez l’ohème ! On leur a mis la branlée’. C’est une tradition chez lui. Une belle victoire de notre équipe de football et il offre ces petites douceurs. Cela doit lui coûter assez cher en ce moment les représentants de Notre Dame de la Garde, la Bonne Mère, distribuant cartons sur cartons. Pourvu que ça dure !
Enjôleur né, très sensible au charme féminin, Franck est accompagné des deux filles du groupe. Beaucoup d’attraits les deux nanas. Adorées de tout le Service, elles sont flics à part entière. L’une Emma aux stups, l’autre Martine aux mœurs. Et surtout, elles sont restées très féminines, chacune avec sa touche très personnalisée.
C’est à l’instant où Marel se jetant avec les autres gallinacés sur les croissants encore tièdes lesquels avaient affolé les odorats et mis en délire les papilles gustatives que le hurleur se mit à aboyer. Il s’entretenait alors de l’affaire du ‘Canadien’ avec Emma.
- Tiens ! Le dernier arrivé, Franck. Bougez-vous, allez voir. Le patron avait eu l’idée d’installer ce satané hurleur en salle de commandement d’où il était actionné pour événement grave. Les consignes étaient claires dès qu’il aboie l'engin, on lâche tout. On fonce sur les lieux.
Conscient de la précarité de l’instant, à l’instar de ses congénères Manu au beau milieu de la mêlée achevait avec frénésie les croissants quand Franck les yeux rieurs, déjà excité par l'enquête à venir revenait à fond la caisse gueulant : Un meurtre, un meurtre !
Ne voulant pas abandonner là les délices matinaux et le café chaud qui le restait obstinément, mâchouillant, Marel parvint tout de même à lancer.
- Franck, la Rafale, allez-y ! Je prends l'écoute.
-Ok patron ! Et raflant cinq ou six pains au chocolat au grand dam de la poulaille qui protesta, les deux gaillards courent s’engouffrer dans une Torpédo qui démarre sur les chapeaux de roues, toutes sirènes hurlantes. Autour du Commissaire, subodorant la précarité de l'instant on finit de s'empiffrer. L'excitation grandissait.
Les agapes matinales amputées par la voix du hurleur, chacun rejoignit son poste. Marel, aux commandes du navire, de son bureau, tout en discutant avec Val de l’activité prévisible de la semaine à venir vérifia le barillet de son 357 Magnum. L’esprit déjà ailleurs, l’oreille attentive au message qu’il attend, il se concentre déjà.
Comme prévu, la voix de Franck se fit entendre
- Romarin de Laurier !
- Laurier, Romarin à l’écoute. Parlez !
- Romarin ! Laurier sur place. Je vous attends. C’est du sérieux.
- Ok ! J’arrive. Déclenchez le dispositif habituel.
Les clés de la Peugeot happées d’une main leste, blouson noir enfilé à la hâte, casquette longue visière noire posée avec précaution sur un crâne qui commence, hélas pour lui, à se déplumer un peu, Marel fit signe à la Gamberge et au ‘Marseillais’ de l’accompagner. Eric prit le volant, direction les quartiers sud. Objectif le petit port des Goudes. Il lança sur les ondes à l’attention de la station directrice:
- Provence ! De chauffeur Romarin.
- Parlez !
- Provence ! Départ de Romarin plus deux : les Goudes.
- Bien reçu de Provence.
Dans l’habitacle du cheval-vapeur tout semble calme. Eric au volant vraisemblablement perdu dans ses pensées - tiens au fait, c’est un champion de pêche sous-marine, trente mètres de fond, trois minutes sans respirer - se concentre à conduire vite, manœuvrant de temps à autre le giro. Gamberge à l’arrière, le nez collé à la vitre, un bloc-notes déjà disposé sur les genoux, semble réfléchir. Marel engoncé dans son bombers le regard plongé au large glissant avec application sur la ligne d’horizon d’une mer qui reste obstinément d’huile ne réalise même pas qu’il longe une côte rocheuse du plus bel effet. Il ne plane pas comme cela lui arrive assez souvent mais essaie de faire le vide dans son esprit. Il sent qu’il va avoir besoin de tout son potentiel. Il flaire, il subodore la grosse affaire.
Pourquoi ?
Quel signe pourrait l’en inciter ? Aucun en apparence. Pourtant il sent que ça va bouger et il se prépare, essayant de se calmer, de dominer cette sorte de frénésie, d’impatience, ou peut-être de crainte devant l’inconnu. Le mystère d’un meurtrier qui a frappé.
Que va t-il découvrir ?
Pour que Franck soit aussi bref et péremptoire dans son message, ce qui l’attend doit être grâtiné. Mais là, il aime bien le Manu. Sans être masochiste, il sait : si s’offrent à lui deux chemins pour atteindre un but, il choisira toujours le plus difficile, celui qui a du relief, du corps. Bref, on verra. Il avait hâte d’arriver, de prendre connaissance de la difficulté de l’énigme qu’il lui faudra résoudre mais paradoxalement, il se sentait bien au chaud calé dans le fauteuil. Il aurait voulu que le temps s’écoule plus lentement.
Ah ! La fuite du temps. Lamartine. ‘O Temps suspend ton vol,….Et vous heures propices, suspendez votre cours’. Il adore ce poème le Commissaire, mais face au temps qui s‘écoule inexora-blement. Que faire ? N’y a-t-il pas un match que l’on est sûr de perdre, celui contre le temps !
Il en était là de sa gamberge intérieure quand Eric freinant brutalement, giro et deux tons en action, déposa ses passagers face à un immeuble de trois étages d’assez bonne facture. Devant, plusieurs véhicules de Police giro avaient pris position délimitant un périmètre de sécurité autour de l’entrée principale, zone qu’aucun quidam n’était autorisé à franchir.
Franck établissant rapidement le contact, les yeux agrandis, le visage blême attaqua :
- Patron, l’horreur !
- C’est quoi ?
- Du sang partout ! Une trentaine de coups de couteau. Jolie fille. Et….il se retourna pour vomir.
Marel flanqué de la Gamberge, Eric et Frank - c’est un classique, il aime bien avoir son staff tout près de lui - commence par se diriger vers les policiers en tenue. Par correction, il les salue d’un geste échangeant quelques mots pour insister en l’occurrence sur leur rôle de surveillance des lieux. D’interpellation aussi de tout individu qui suspect, rôderait. Les gardiens de la Paix apprécient l’attention du patron. Ils lui rendent son salut tout en précisant n’avoir rien observé de particulier depuis l’investissement des lieux.
Un large regard en arc de cercle très attentif, scrutateur même ayant permis à Marel de bien photographier les extérieurs, très concentré, tous les sens en alerte, il débouche de suite au rez-de-chaussée dans un petit couloir lequel dessert quatre appartements. Un policier en tenue, planté devant celui du fond, sur la gauche, indique par sa présence statique le chemin à suivre.
Marel n’est pas pressé d’entrer. Entouré de son staff opérationnel, immobile dans le couloir, il cherche des yeux regardant partout. Systématiquement de haut en bas, de droite à gauche, mais aussi au hasard ! La chasse à l’assassin avait en fait commencé pour lui dès le trajet en voiture alors qu’il se concentrait, engoncé dans son bombers, bien calé dans son siège, maîtrisant sa respiration, se décontractant le plus possible appliquant ainsi au mieux les techniques de sophrologie apprises. Aussi ne se presse t-il pas. Il progresse lentement pas à pas, s’imprégne de l’ambiance des lieux déjà à la recherche d’une piste, traquant le moindre indice. Son staff s’est mis au diapason. C’est en fait quatre paires d’yeux qui opèrent, balaient du regard le moindre recoin.
Cinq minutes déjà qu'ils sont dans ce couloir à tourner en rond quand Eric marque un temps d’arrêt. Il s’accroupit face à la porte d’entrée de l’appartement, sur la droite, dans un renfoncement. Pointant du doigt, il s’exclame :
- Là, ici ! Un mégot.
Effectivement. Fouillant des yeux l’obscurité occasionnée par le renfoncement, Marel peut constater la présence dudit mégot ou plus exactement d’une clope, à demi fumé. Elle semble avoir été écrasée, à la hâte, peut-être !
- Bien petit.
- Gamberge ! Vous voyez pour les constatations. Où en est l’identité judiciaire ? Qu’il se bouge un peu ce bougre de spécialiste, lâcha le Commissaire.
- Ne vous inquiétez pas Monsieur. C’est parti ! J'ai démarré les constates… avec Eric et Franck.
- Parfait les gars. On continue.
Le seuil franchi, sur la droite à un mètre, porte ouverte : la salle de bain.
Vlan !
Aussitôt, le regard est capté par la baignoire remplie aux trois quarts d’une eau rosée, d’une eau manifestement additionnée de sang.
Du sang !
Des tâches, des gouttelettes, des traces sur les bords de la baignoire, les meubles, le sol, les murs, il y en a de partout. Sur le linge aussi. Un tas de vêtements féminins dans un coin, maculés de sang à savoir ; imperméable ciré noir, pull bleu marine, jupe bleu ciel, chemisier blanc, soutien-gorge et culotte déchirés, serviettes de bains aussi, dont plusieurs, sont roulées en boules.
Photographies de la salle de bains prises sous tous les angles selon le principe de la triangulation par le spécialiste de l’identité judiciaire, Théo. Sais-tu ! Celui dont je t’ai déjà parlé, marseillais lui aussi et tombeur de jolies filles.
Gants de protection enfilés par les enquêteurs, Gamberge remarque de suite que les vêtements entassés et tachés de sang sont percés.
- Patron, regardez ! Et Gambe de montrer sa trouvaille en insistant sur les perforations.
- Bien, mon petit. C’est tout bon.
Déjà, le regard de Marel avait quitté la salle de bains. Il embrassait le séjour, trente mètres carrés environ, la cuisine à gauche de l’entrée une chambre aussi, qu’il apercevait dans le fond, sur la gauche. L’odeur âcre, caractéristique du sang coagulé était forte, gênante.
- On peut aérer s’il vous plaît, lança-t-il.
Etaient présents dans le studio outre la victime bien évidemment, le Commissaire, la Gamberge, Eric, Théo de l’I.J, Franck et la Rafale. C’était bien suffisant. Le patron avait horreur des parasites et des curieux surtout au moment crucial des constatations. Instant déterminant, il conditionne toujours le succès ou l’échec d’une enquête criminelle. Les premières heures souvent, sont décisives.
- Franck !
- Oui patron.
- Avec Rafe, faites-moi un voisinage. Qui a prévenu ?
- C’est son petit ami. Un prénommé Jean-Pierre qui dit avoir découvert le corps vers neuf heures quinze en passant dire bonjour à la victime. Il certifie que la porte était fermée à double tour et certifie l’avoir ouverte avec son propre trousseau de clés.
- Porte fermée à clé de l’intérieur….C’est quoi cette embrouille. Où est-il, ce type ?
- Au service. J’ai demandé à la tenue de le ramener au commissariat.
Planté au centre du séjour, coulant un œil triste vers la victime qu’il apercevait en partie dans la chambre, Marel avait à l’esprit l’élément qui prédominait : le sang. Il y en avait partout : salle de bains, salon. Projections, gouttelettes, tâches sur le sol, les murs, la table, les meubles. De grosses et longues traînées aussi allant de la salle de bains à la chambre. Il n’avait jamais vu autant de sang. On ne pouvait rien toucher qui n’ait été souillé.
- Putain ! Ce n’est pas possible. Pourquoi tant de sang ? Et, ça pue.
- Théo !
- Ouais Chef.
- Avez-vous aérer ? Morbleu, ça empeste !
- Vé ! J’ai déjà ouvert la fenêtre malgré le froid. On se les caille. C'est le sang qui sent. Oh fan ! Faire une chose pareille. Si je le chope, je te l'escagasse. Oh, funérailles ! Il y en a une marre au pied du lit. Té ! Comme un fada, je patauge dedans. Et Bonne Mère ! Je n’ai jamais vu un tel carnage. Quel massacre ! Au couteau, en plus.
Un malade, ce mec. Et, la minote ! Vous avez vu patron, un canon. Bon, voyons voir : clic, clac… Photos. Conasse ! Vé. Ce n’est pas possible, une chose pareille. Crevure, salopard !
Ainsi tout en insultant l’assassin le spécialiste des scènes de crime méthodiquement, avec rigueur et précision commença à traquer tout élément matériel qui pourrait se révéler être un indice. Le patron avait confiance dans le savoir-faire du tombeur et le laissait travailler seul, dans son domaine, le sachant particulièrement efficace. Il respectait le technicien. Il ne voulait pas le troubler dans l’instant, le gêner. Il venait de lâcher un de ses chiens de chasse, un de la meute. Le tueur, dès à présent, les avait à ses trousses.
Marel n’était pas pressé d’aller examiner la victime. Immobile, toujours planté au centre du salon, au-delà de l’examen méthodique auquel bien évidemment il participait, le patron cherchait surtout à s’imprégner de la musicalité des lieux, l’ambiance de ce studio qu’une jeune fille venait quitter pour l’au-delà. S’appuyant sur le visuel qui l’entourait, il essayait de reconstituer la scène et avait présent à l’esprit le fait qu’il se trouvait là, juste après l’assassin. Il savait être la première personne à pénétrer dans cet espace clos que le meurtrier venait juste de quitter. Pas d’intermédiaire entre l’assassin venant de frapper, et lui.
Le hasard de la vie, son métier l’avaient désigné. Qui donc était mieux placé que lui pour apercevoir le tueur s’enfuir, pour sentir sa trace, son odeur, trouver un indice ? Personne ! Lui, Marel, était devenu le lien entre l’assassin qui l’observe et cette pauvre petite. Elle a cessé de vivre mais crie vengeance. Elle compte sur lui. Une mission terrible venait de lui être confiée, une responsabilité énorme. Il lui est désormais interdit d’échouer. Il doit réussir. La victime et la société comptent sur lui. L’assassin ne doit plus avoir de répit. Le challenge apparaît ardu mais Manu ne craint pas la mission. Sans être masochiste, il aime affronter la difficulté.
Il en était là de ses pensées quand son regard se posa sur un trousseau de clés traînant sous la table du salon.
- Hep ! Les gars là, sous la table: le trousseau.
- Ok ! Bien compris patron, répondit l’un des deux enquêteurs.
Au centre du studio, le salon meublé du strict nécessaire. Table, chaises et bahut respiraient une odeur évidente de lutte. Gros désordre ! Des objets renversés, la nappe déplacée, quelques tiroirs ouverts, une chaise brisée. A moins que… Et si le motif du crime était le vol. Pas évident. La gamine, dix-neuf ans ne devait pas vivre dans le luxe. Le strict nécessaire. Et encore !
Pensif, le policier coula un regard attentif et affectueux sur ses chasseurs tous affairés, concentrés dans leur quête vers la vérité. Il ne se sentait pas seul. Cela le réconfortait. De longues minutes passées ainsi à examiner les coins et recoins du salon s’écoulérent. Rien de spécial à noter. Pourtant, la cuisine capta son attention. Gamberge s’y trouvait assis à table en train de dresser un croquis-côté du studio. Près de lui, déjà, un monceau de notes, faisait tas.
- Patron ! Regardez. Le tiroir du petit meuble est ouvert. A l’intérieur il y a fourchettes, cuillères mais aussi….des couteaux.
- Avez-vous trouvé l'arme du crime demanda Marel ?
- Non, à moins suggéra la Gamberge que…le couteau ait été lavé, essuyé et…rangé.
- Pourquoi cette remarque ?
- Eh patron ! La victime a bien été lavée, entièrement.
- Ah ! Dans ce cas saisissez donc carrément les trois couteaux que j'ai vus dans le tiroir.
- Zut ! C'est vrai. Bien joué Chef.
Quittant la cuisine, en se retournant Marel se trouva alors dans le recoin qui servait de chambre près du lit, face à la victime. L'instant qu'il n'était pas pressé de vivre, il lui fallait l'affronter, maintenant.
L'instant à affronter. Pourquoi ?
Pourquoi ! Tout simplement parce que la victime avait été un humain, un être qui il y a quelques instants encore vivait, respirait, pensait, espérait encore en la vie. Et maintenant, quoi. Qu'allait-il découvrir ?
Un cadavre ! Un corps inerte, froid, livide, duquel l'âme, le souffle de vie, s'était échappé, à jamais. Comme tout flic de terrain il en avait vu bien d'autres, dans sa carrière, femmes, enfants, hommes sans vie massacrés, défigurés, parfois en pleine décomposition, il pourrait être blasé, insensible mais, non. A chaque fois, son cœur se serrait car il imaginait la victime vivante dans sa vie de tous les jours, insouciante, ignorante du fait qu'elle vivait ses derniers instants sur terre parmi ceux qui tenaient à elle et, qu'elle aimait. Alors, il ne pouvait s'empêcher de penser à ses proches, à la douleur qui serait la leur.
L'instant à affronter aussi car il savait l'importance liée à l'examen de la victime dans la quête de la vérité. Il devait se concentrer, ne rien négliger, essayer de déchiffrer le message qu'elle aurait pu laisser, volontairement ou non.
Allongée sur le dos, elle reposait sur un lit, entièrement nue. Pas tout à fait, nota l’enquêteur car elle portait une chaussure de sport Nike couleur noire au pied gauche, parfaitement lacée, sèche mais sans chaussette. Tiens donc !
Les jambes serrées, les bras alignés perpendiculairement au tronc paumes vers le ciel, la tête légèrement penchée sur son côté droit, les yeux grands ouverts elle semblait avoir été posée là, délicatement, avec soin.
Son corps avait été à l'évidence celui d'une belle jeune fille de 19ans, bien faite. Lignes harmonieuses, poitrine bien dessinée.
Il était hélas maintenant criblé d’une multitude de marques linéaires d'un à deux centimètres d'un rouge violacé qui tranchaient avec sa blancheur cadavérique. Elle avait été poignardée avec acharnement.
Partout, elle portait les stigmates de la mort. Sur le cou, la gorge, la poitrine, le ventre, le bas-ventre, les cuisses, les mollets. Seul son visage avait été épargné mais néanmoins, entourés de longs cheveux châtains clairs légèrement ondulés, bien disposés jusqu'aux épaules les yeux grands ouverts, il dégageait une impression de grande tristesse marquée du sceau de la stupeur, de l'épouvante.
Le Commissaire nota : aucun des orifices là où la lame du couteau avait pénétré, ne présentait de saignement. Chacune des entailles était nette et propre. Donc effectivement pas d'écoulement sanguin visible. Morte, elle avait dû être lavée dans la baignoire, essuyée, puis traînée jusqu'au lit sur lequel l'assassin l'avait installée avec soin.
Le lit sur lequel reposait la morte n’était pas défait. Le policier nota l’absence de couverture. Seul un drap de dessous recouvrait le matelas. Il était propre, immaculé. Gamberge avait raison. A moins qu'elle….ait été poignardée dans la salle de bains alors qu'elle prenait son bain. Non, pas possible. Les vêtements sont troués. Elle était donc habillée quand le meurtrier a frappé.
- Patron ! Le médecin est là.
- Faîtes-le entrer.
- Eric ! Le Procureur : où en sommes-nous ?
- Il arrive patron. Ma foi ! Je m'en suis occupé.
- Théo : les photos, c'est fait ? Peut-on y aller ?
- C'est bon patron.
Et une phase bien pénible des constatations commença avec l'examen précis du cadavre. Marel, le docteur, Eric, Gamberge commencèrent à observer et commenter la moindre trace visible. Chacun essayait de rester absorbé par la technicité de sa tâche. Mais, comment ne pas frémir à la vue et au contact de ce corps froid, livide, désarticulé. Surtout quand il fallait le retourner, maintenir la tête lourde et tombante, déplacer les bras ballants, soutenir ce regard horrifié. Le dos, déjà marbré de lividités cadavériques - la mort devait remonter à une dizaine d'heures - présentait aussi de nombreux orifices d'entrée et de sortie.
Marel pensa : elle a du être lavée bien après qu'elle ait cessé de vivre, le temps qu’elle se soit totalement vidée de son sang. Conclusion : l'assassin est resté sur place un bon moment après l'avoir tuée. Ok ! D’accord avec moi : tu suis ?
Tout en notant mentalement cette déduction, le Commissaire ne perdait rien de ce qui se disait. Il observait plus particulièrement le tombeur qu'il savait particulièrement expèrimenté et compétent. Théo palpait, pressait, écartait chacune des entailles. Il réfléchissait, comptait prenait quand il l'estimait nécessaire des clichés gros plans.
Il mesurait avec minutie chacune des blessures. Trente-huit coups de couteau, conclue-t-il.
La même arme. Une lame de douze millimètres de large. Blessures de profondeur, de défense, en séton.
Tout-à-coup, alors qu'il triturait les doigts de la victime écartant l'index du majeur de la main gauche, il s'immobilisa.
- Là ! Quelque chose.
Manifestement il était le seul à avoir distingué quoi que ce soit. Se munissant d'une loupe frontale et d'une pince très effilée il ordonna alors à Eric de prendre la main flasque et d'écarter deux doigts. Le Marseillais troublé, s'exécuta. Théo plongea l’outil, d'un geste vif, dans la blessure de défense. C'est en fait sais-tu, une blessure reçue par la victime sur une partie du corps qu'elle met en avant pour se protéger. En l'occurrence, la main gauche. Triomphant, il en retira, un poil.
- Putain ! Celui-là; il ne m'a pas échappé. C'est un poil ou un cheveu. Et, là où je l'ai pêché, sûr qu'il appartient à ce connard qui a massacré la fifille. Si je le chope, je l'escagasse, je le brise !
- Oui Théo, bravo, s'enthousiasma Marel. Et ce premier indice sérieux fut déposé avec délicatesse dans une éprouvette constituant ainsi le scellé numéro un.
C'est à cet instant que le Procureur pénétra dans le studio guidé par le policier de faction.
- Bonjour M. le Commissaire.
- Bonjour Madame.
- Alors Commissaire : pas bien beau tout cela ! C'est un carnage. Et, elle blêmit ne parvenant pas à maîtriser son trouble, elle aussi pourtant habituée à faire face aux situations de mort violente.
Marel aimait bien ce magistrat avec lequel il avait pu établir de solides rapports professionnels basés sur une confiance réciproque, sans borne. De surcroît courageuse, intelligente, brillante, belle femme superbe dans sa blondeur, elle rayonnait. Quel charisme ! Le patron avait la sensation que tous ses flics étaient amoureux d'elle. Un instant il s'écarta alors du groupe tout en restant attentif à ce qui s'y disait. Il fit part au magistrat de ses premières analyses.
- Demain à neuf heures pour l'autopsie Commissaire. Cela vous convient-il ?
- Tout à fait Madame. Je passerai vous voir au palais ce soir pour faire le point sauf, si je finis très tard.
-D'accord. Tenez-moi au courant. Et, elle le quitta, toujours aussi troublée par l'odeur, la sensation de la mort.
Marel rejoignit le groupe qu'il n'avait pas quitté des yeux alors que Théo venait de terminer le curage des ongles. L’opération à priori, n'avait rien apporté de positif. Alors qu'il commençait à relever les empreintes digitales du cadavre le patron lui demanda :
- Dites ! Tout ce sang. Et si le type s'était blessé.
- Oui, j'y ai songé. Je vais faire plusieurs prélèvements sur les lieux pour comparaison.
- C'est bon. Les empreintes?
- Rien pour le moment mais je n'ai pas encore travaillé les extérieurs.
S'approchant du médecin qui manifestement était pressé de prendre congé de ses hôtes après avoir rédigé un bref certificat de décès - on s'en serait douter- le policier n'apprit rien de plus notamment sur le point de savoir si la fille avait été violée. Il savait pertinemment qu'il lui fallait attendre l'autopsie du lendemain. Et, alors que les employés des pompes funèbres allaient déposer le corps dans un sac plastique blanc…on est tout de même bien peu de chose sur cette terre…. pour évacuer sur la morgue, Marel eut l'esprit traversé d'une foule d'interrogations.
Pourquoi la victime avait-elle cette position de crucifix, les bras tendus en prolongement, rigoureusement perpendiculaires au tronc et aux jambes serrées l'une contre l'autre ? Et les paumes des mains retournées toutes deux semblables, vers le ciel. Pourquoi ?
Bizarre ! Pas simple.
Pourquoi a-t-elle été déposée sur le lit avec tant de soins ?
Pourquoi une seule chaussure aux pieds, sèche de surcroît et…..sans chaussette ?
Pourquoi a-t-elle été lavée ?
Pourquoi un seul drap sur le lit, celui du dessous, de plus, immaculé ?
Où a-t-elle été tuée exactement ?
Mais le Commissaire n'eût pas le temps d’y réfléchir. L'entrée tonitruante dans le studio de Franck et Rafale partis sur l’enquête de voisinage le sortit de son interrogation. Ils paraissaient tous deux très excités. Manifestement, ils avaient recueilli un élément primordial.
- Oh ! Chef. C'est tout bon. Du tout cuit, s'exclama Franck.
- Quoi, les petits ?
- Vouais ! La voisine du dessus. Eh bien…Tais-toi ! Franck avait du mal à faire taire Rafe. Lui aussi voulait annoncer la trouvaille au patron.
- Oh les jeunes, là : on se calme ! Ok Franck. La voisine du dessus….
- Oui, la voisine du dessus celle du troisième, cette nuit après la télé vers 23H00, elle a perçu des cris dans l'escalier. Elle s'en souvient très bien avoir entendu gueuler à trois reprises : ‘Arrête Jean-Pierre ! Arrête. Arrête Jean-Pierre !’ Son mari joint.au téléphone confirme. Ils en sont sûrs. Il s'agissait d'une voix féminine. Les cris provenaient d'en bas. Ils ont précisé avoir entendu des bruits de pas, comme une course dans l'escalier.
- Intéressant. Très intéressant…. messieurs.
- Mais ce n'est pas tout coupa la Rafale plus rapide. Le petit copain de la victime, celui qui dit avoir ouvert la porte avec ses clés, eh bien … Il se prénomme : Jean-Pierre !
- Oh diantre ! C'est bon, bon : c'est tout bon.
- Eh ! Où est-il, ce gus. Franck ? Vous l'avez bien embarqué au moins, comme je vous l'avais demandé.
- Ne vous inquiétez pas comme cela, Grand Chef. Il est bien au chaud.
- Faites-le placer en garde-à-vue, de suite. Bon ! Gamberge, vous continuez les constatations avec Eric et l’IJ.
- Moi, je retourne m'occuper du petit copain. Franck, Rafe : allez hop ! On fonce au bercail.
Et les trois flics rejoignirent le central persuadés que l'affaire allait être pliée en deux temps, trois mouvements. Un record dans les annales. Le Commissaire savourait à l'avance ce succès rapide.qui prendrait place dans le livre d'or de son service. Pourtant, il n'aimait pas les victoires faciles. Sur le chemin du retour au Central, bien qu'il ait une confiance totale en la technicité et le flair de ses poulets triés sur le volet, le patron ne put s'empêcher de confier à Franck :
- Surtout ! Pour l'audition, relaxe, doucement. Mettez-le bien en confiance. Laissez-le s'enferrer. Prenez votre temps.
- Compris. On y va. C'est du caviar, répondit l’autre, euphorique.
15H00. Déjà, oubliée, la pause-repas. Marel n'avait d'ailleurs aucun goût pour les restos administratifs ou les retours précipités au domicile entre midi et deux. Il préférait utiliser ce temps en footings, musculation, sports de combat ou même, sophrologie ! C'était devenu pour lui bien au-delà d'une habitude ou d'une règle de vie un besoin, une nécessité, une philosophie.
Vois-tu ! Se sentir responsable de son corps. Avoir conscience que le créateur t'a confié à la naissance une machinerie fabuleuse qu'il te faut respecter entretenir garder présentable le plus longtemps possible est primordial. Cela t'oblige chaque jour à lutter pour ne pas sombrer dans la facilité, subir, afin de ne pas être contraint de s'abriter ensuite dans une enveloppe charnelle galvaudée, déformée, avachie. Et pour Manu ma foi, il s'agit là d'un combat de tous les jours, de chaque instant. Eh oui ! Assez costaud de nature il aurait tendance à prendre rapidement poids et enrobage. De surcroît, gourmand et gourmet, il aime la vie, le bougre. Lutter pied à pied pour offrir à l'âme l'abri d'un corps harmonieux, musculeux, bien dessiné. Pouvoir en être digne et fier, c'est aussi son truc. Son plaisir, sa joie.
Ainsi, malgré l'actualité de la journée, une pause-repas totalement ignorée, l’homme s'empara avec ravissement de son sac de sport. Il prit la direction de la salle de musculation se délectant à l'avance de la sensation qu'il allait éprouvé à sentir vivre ses muscles généreux. Pecs puissants, biceps massifs, ceinture abdominale dure et bien dessinée. Ventre plat.
Travail intensif suivi d'un sauna. Douche bien chaude, brûlante même achevée avec regrets. Parfumé, l'odeur du savon encore omniprésente, en forme optimale, de retour au central. Manu pensa au crime du matin. Une bonne nouvelle à attendre. De toute évidence le petit copain devait commençait à craquer, ses gars déjà, avait dû faire un bon travail.
17H00! Dans les étages, calme plat. Le patron impatient et optimiste pousse la porte du bureau de son adjoint lançant son interrogation :
- Alors le petit ami, c'est bon. Il reconnaît, c'est lui ?
- Non, pas tout à fait : ça ne sort pas. Franck et la Rafale ne le lâchent pas mais il chique à mort, l’animal.
- Pourtant Jo, il se prénomme bien Jean-Pierre. Les voisins ! Ils ont bien entendu crié :’Arrête Jean-Pierre ! Arrête ! Arrête !’
- Bof, iI va craquer. Nous ne sommes pas pressés. Tu sais bien que le temps travaille pour nous.
- Tu as raison.
- Au fait, as-tu mené la réunion ?
- Oui. Les stups m'ont parlé d'un bon tuyau sur un canadien qui devrait revenir chargé en héro.
- Cela te paraît jouable ?
- Oui. José et le groupe sont dessus à fond. Ils vont au contact de l'indic ce soir.
- On a un informateur sur le coup. Super !
- De l'or massif, je te dis ! A mon avis, on déclenchera ce week-end.
- Dans trois jours, tu en es sûr ? Zut alors !
- C'est une quasi-certitude. Pourquoi, tu as un truc de prévu ?
- Sûr ! Une sortie avec Cig mon épouse adorée. Bon, Jo : on descend voir un peu le fameux Jean-Pierre.
- Ok
- Tiens ! Au fait, demain à six heures : j'ai un cocu. Dis-donc ! Chez toi, ça tourne. Joce, les petits ?
- Tout va bien, je te remercie.
20 ans au plus, beau garçon, un peu fluet. Le petit ami de la victime qui selon ses dires venait de découvrir le corps et prévenir nos services était assis au milieu de la pièce au centre d'une concentration d'enquêteurs. Variant sans cesse leurs postures ceux-ci, tantôt debout tantôt les fesses posées sur un coin de bureau ou bien encore calés à califourchon sur une chaise, accoudés contre les murs le bombardaient de questions précises quant à son emploi du temps.
L'inventeur du corps n'avait manifestement pas d'alibi pour la veille au soir, soit la nuit du dimanche au lundi assurant que, fatigué, il était resté chez lui seul, pour se reposer.
- Tiens ! Au fait, il y avait là les deux derniers de l'équipe que Marel n'avait pas eu le temps de te présenter ce matin, pour cause de départ anticipé. Boula. La cinquantaine déjà allègrement franchie, toujours aussi motivé. Une grosse expérience. Sens de la recherche, esprit de synthèse, fouineur au possible, redoutable enquêteur qui se saisissant d'un os rognait jusqu'à l'extrême. Tu avais beau tirer, il ne lâchait plus. Bon-enfant, jovial, déconneur, il apporte beaucoup par son assurance, son charisme. Il aime faire équipe avec l'autre.
Sirel. Beaucoup plus jeune mais déjà merveilleusement expérimenté. Vicieux aussi dans la bonne acception du terme. Bref, un joyau dans une enquête de police. Ultra dynamique, le don d'ubiquité particulièrement développé, il est partout, sait tout. Toujours présent où et quand il le faut. Lui aussi enquêteur tenace et rusé, il constitue avec son mentor une équipe particulièrement efficace. Marel savait qu'en cas d'enquête longue et difficile il tenait là, une paire d'as.
Jean-Pierre essayait de convaincre la noria de poulets qui sans cesse tournait autour de lui flairant le bon coup. Las, il disait s'être couché la veille au soir vers les dix-neuf heures. Il assurait ne s'être réveillé que le lendemain aux environs de huit heures trente, et s’être rendu chez la victime qu'il connaissait depuis une huitaine de jours seulement. Elle lui aurait néanmoins confié les clés de son appartement. Avec celles-ci d'ailleurs, il disait avoir ouvert ce matin pour découvrir, le corps sans vie de Jessica.
- Arrête de raconter des conneries, tempêtait Greg. Tu n'as pas dormi douze heures d'affilée tout de même !
- Tu ne l'as connais que depuis huit jours et tu veux nous faire croire qu'elle t'a donné les clés de son appart renchérissait Franck.
- Je vous jure que je n'y suis pour rien. J'ai rien fait. Je l'ai revue hier après-midi vers seize heures, pour la dernière fois.
- Où ça ?
- A la cafétéria près du port. On a pris un café ensemble. Je lui avais promis de passer la voir ce matin. C'était son jour de repos.
- Où en étaient vos relations ?
- Eh ben ! Nous nous fréquentions comme ça, un flirt.
- Quoi comme ça ? Elle était super belle cette fille. Avez-vous fait l'amour ?
- Non, un flirt tout simplement.
- Mais tu as bien essayé d'aller un peu plus loin. Tiens ! Ce matin, par exemple. Et, elle n'a pas voulu, insistait Franck.
- C'est vrai que j'aurais bien aimé la conquérir davantage.
- Tu as donc essayé coupa Franck.
- Oui, c'est vrai. Mais, pas ce matin. Je vous le jure. J’ai rien fait.
- Alors quand, comment ? Et, pourquoi n'a-t-elle pas accepté ?
- Je ne sais plus moi. Samedi, je crois, nous sommes allés au cinéma. En la ramenant chez elle dans ma bagnole, j'ai senti que j'avais peut-être ma chance. Nous avons bu un café dans son appart et après… Je ne sais plus.
- Continue, intima sèchement Franck.
- J’sais plus, sur le lit, quoi…. Nous nous sommes embrassés. Je sentais son parfum. Elle répondait grave à mes baisers et j'avais de plus en plus envie d'elle. J'avais réussi à lui enlever son soutien-gorge. Je lui caressais longuement les seins, le dos, le ventre.
Elle frémissait sous mes caresses et de plus en plus je m’enhardissais glissant doucement mes doigts dans sa culotte, lui touchant le pubis.
- Bon, abrège. Tu l'as sautée quoi, gueula la Rafale.
- Calme, tonna Franck.
- Vas-y jeune, continue !
- Je vous jure M. l'inspecteur. Je n'ai rien fait.
- Sur le lit. Alors ? reprit Greg.
- Je vous l'ai déjà dit ! Nous nous sommes caressés pendant près d'une heure mais elle a refusé que je lui enlève sa culotte refusant que je lui introduise un doigt dans la pachole. Elle m'a par contre touché le sexe au travers de l'étoffe.
- Tu as insisté ?
- Un peu, parce que j'avais une très forte érection.
- Comment un peu : ça veut dire quoi ? intervint Boula.
- A un moment elle s'est levée du lit pour remettre son soutien-gorge j'ai voulu l'en empêcher en la prenant dans mes bras. Elle m'a repoussé. Je lui ai tiré le soutien-gorge. Elle s'est fâchée. Je le lui ai rendu aussitôt car elle m'a confié être vierge, qu'il me fallait être patient, que l'on ne se connaissait trop peu. Je l'aimais bien. Je ne l'ai pas tuée.
- Dis-moi, jeune, elle t'appelait comment ? T'as un surnom, un diminutif ?
- Non. Elle disait mon prénom ; Jean-Pierre.
Marel cligna des yeux vers Jo. Son pote instantanément comprit l'invite. Ils sortirent. A l’écart, les deux hommes échangèrent une première impression.
- Pas terrible !
- Faut attendre.
- Tout de même continua Marel. Le prénom ! Ce ‘Arrête Jean-Pierre !’ gueulé dans les escaliers. Ils sont bien formels les voisins Et puis, le jeune, il a bien essayé de se la faire. Comme elle n'a pas voulu peut-être y est-il retourné ce matin. Il avait les clés tout de même !
- Ecoute ! Je me mets sur l'affaire. Je vais voir ce qu'il a dans le ventre. On va le bouger un peu.
- Ok. Cool, tout de même !
- Pas de problème, comme d'habitude.
A cet instant apparurent au fond du couloir la Gamberge, Eric et Théo. Les constatations terminées, ils avaient rejoint le Central.
- Quoi de neuf ? demanda le Commissaire.
- J'ai peut-être une trace papillaire répondit Théo mais, pas sûr car le support est un peu rugueux. Avec de la chance on pourra avoir une indication sur trois, quatre points de comparaison. Mais au-delà, nenni. Par contre, il me faut retourner faire un moulage car dehors, à l'aplomb de la fenêtre, dans la terre, il y a une superbe trace de pas. Ce jobastre a du très certainement sauter par la fenêtre pour se casser.
- Effectivement, intervint la Gamberge, pensif. La porte d'entrée fermée à clé de l'intérieur, le trousseau de clés sous le living. L'assassin s'est manifestement enfui en sautant par la fenêtre de la chambre.
Le studio étant au rez-de-chaussée, il y a juste un mètre de haut. Cette trace de pas peut être à lui.
- Elle est bien marquée car la terre n'est pas gelée. A vue de nez, des chaussures de sport, précisa Théo.
- Bon, Jo ! Je monte voir le Directeur. Tu me rassembles tout le monde pour un briefing à dix-neuf heures, dans mon bureau.
- D'accord.
A cet instant, Marel perçut des éclats de voix, au fond du couloir. Son regard capta l'image de Bol se dirigeant vers lui suivi d'une femme, manifestement énervée, criant, vociférant dont à l'évidence il avait du mal à se défaire. Au fait oui, Bol ou Boula C'est celui de l'équipe que le patron ne t’avait pas encore présenté.
Un colosse. Athlète impressionnant, 1,90 m, cent-dix kilos, uniquement : du muscle. Adepte de l'anglaise; carrière amateur, catégorie lourd. Prometteuse ! Quinze victoires, un nul, mais interrompue en pleine ascension sur blessure grave de son adversaire resté handicapé à vie.
Bol, a du mal à s'en remettre lui, le vainqueur déclaré du combat. Monstrueux de puissance et de force, ce mec ! Une musculature superbement sculpturale, beau gosse, intelligent. Tout pour être heureux. Comblé par Dame Nature et pourtant …infiniment de tristesse dans ses yeux. Superbe flic, une des perles de l’équipe. De race, noire.
- Patron, patron !
- Qu'y a-t-il Bol ?
- C'est la mère de la victime. La fille de ce matin, aux Goudes.
- Je m'en charge.
- Patron, glissa Bol : bizarre !
-Vu, capté : petit.
Effectivement à première vue cette mère dont la fille venait d'être découverte assassinée le matin-même ne semblait pas particulièrement perturbée. Elle hurlait à tue-tête : rendez-moi son argent, le fric !
- Suivez-moi, Madame, tenta poliment Marel.
Pas de réponse. Mais, un méchant regard. Le Commissaire comprit que pour éviter tout scandale dans le couloir il lui fallait se diriger vers un bureau.
C'est ce qu'il fit, faisant irruption au hasard dans un box. Il y vira du regard un policier-fonctionnaire s'y trouvant occupé à guetter les aiguilles de sa breloque qui lui donnerait le feu vert pour rentrer chez lui ! Encore un de ces fainéants ou parasites que l'administration se devrait de virer.
- Le patron n'eût pas le temps de placer un mot que la mégère, non apprivoisée, hurla :
- C'est vous le Commissaire ? Rendez-moi son argent. C'est à moi.
La quarantaine, mais en paraissant soixante, falote, sale, avinée, le résidu humain de ce qui peut-être à vingt-ans était une jeune fille cracha son venin.
- Rien à foutre qu'elle soit morte. J'en ai encore dix à nourrir. Donnez-moi son argent.
- Quel argent chère madame? tenta le Commissaire avec une ironie teintée d’un zeste de provocation.
- Je sais qu'elle avait des économies chez elle. Rendez-moi le fric.
- Oh, on se calme. Votre fille est morte assassinée et vous sa mère, ne pensez qu'à récupérer de l'argent !
A l'évidence la mère était une épave, une cloche ne sachant manifestement que boire et gueuler. Le vin mauvais en quelque sorte. Ou, une illustration de la déchéance humaine. Boula qui avait suivi la mégère glissa à l'oreille du patron. ‘Elle vit dans un squatt avec une douzaine de gosses. Le mari, ferrailleur est lui aussi borné, agressif et ivrogne. Des béotiens, quoi !’
- Bon, Gente Dame ! Je vous répète que la police n'a pas trouvé d'argent chez la victime.
- Mais, il se fout de ma gueule, celui-là, con !
‘Elle a eu tout de même la lucidité de s'en apercevoir l'ivro-gnasse’ remarqua le poulet. Elle commençait à lui courir sur le haricot. Mais, cette insistance à récupérer l'argent, quel argent, intrigua l'enquêteur. Il lança :
- Oh mémé ! De quel argent parlez-vous ?
- Eh condé ! J'ai quarante piges. Je ne suis pas une vieille. Tu piges ?
- Bon, ça suffit ce bordel. Et, en plus vous puez : ça empeste, tonna Marel.
Surprise ! Le sac à vins se calma un peu et reprit, plus posément :
- Donnez-moi son argent.
- Quel argent ?
- Sa paye. Toutes les fins de mois elle nous filait du pognon en le remettant à son frère Jean-Pierre qui lui au moins, vit avec la famille. C’est ce matin en allant chez elle qu’il a vu du sang de partout. Il a eu peur.
- Quoi ! C'est quoi ça ? Oh fan ! Vous m'intéressez jeune fille reprit Marel, toujours aussi provocateur.
- Mais ! Il est bargeot ce flic, rétorqua l'autre.
-Vous dîtes, douce créature que votre fils est entré dans l'appartement, ce matin. Mais, comment ?
- Putain, con : t'es vraiment barge flic. Té ! Avec le double de la clé bien sûr. C'est le seul de la famille qui s'entendait encore avec elle.
Marel sentit qu'il pouvait obtenir quelques renseignements utiles de l’ivrognasse qui lui faisait face. Il continua à se faire plus conciliant. Machiavélisme, pourquoi pas !
- Dîtes, il a quel âge votre fils ?
- Quinze ans.
- Comment se prénomme-t il ? Vous avez dit !
- Jean-Pierre.
- Ah ! Et où se trouve t-il, actuellement ?
- J' en sais rien. L'argent ! Il est à moi. T'as pas le droit condé.
- Je vous répète que l'on a rien trouvé chez elle. Occupez-vous donc des formalités de l'enterrement.
- L'enterrement ! J'en ai rien à foutre.
Une fureur envahit alors le patron. Ne se contrôlant plus il se précipita vers le déchet humain, la mutante, gueulant :
- Dehors ! Foutez-la dehors, cette saleté.
Bol, aussi sec empoigna le sac à vin. Il le souleva de terre d'une main. Le suppôt de Bacchus de ce fait, emprunta le couloir descendit les étages, traversa la cour en pédalant dans le vide sous le regard amusé de la maison poulaga. Elle se retrouva larguée dehors, sans ménagement. Son ire calmée, Marel marchant doucement les mains dans les poches vers le bureau du Directeur, son pote, Sid, analysa :
- Diantre ! Le frère : ce n'est pas vrai. Il s'appelle aussi Jean-Pierre.’ Arrête ! Jean-Pierre. Arrête.’ Putain : il est donc entré dans l'appart ce matin. De plus, cette histoire d'argent ! Absorbé dans sa réflexion il heurta presque le Directeur qui précipitamment sortait de son bureau.
- Sid ! Faut que je te parle de l'affaire de ce matin. Le meurtre.
- Pas maintenant ! Le Préfet m'appelle. Je pars sur une manifestation. Ils sont en train de tout casser. Je repasse ce soir.
- D’ac. On fait un briefing à dix-neuf heures.
- Parfait.
Et toujours élégant, sapé, son patron le Directeur Départemental lui échappa saluant au passage chacun d'un geste, d'une attention ou d'un mot. Enjoué, d'humeur égale, enjôleur, sa vivacité d'esprit, son intelligence, son sens du contact humain faisaient de lui un personnage charismatique. Adoré de tous, il l'était. Redouté aussi notamment de la tribu de fainéants et de parasites que l’administration n'est pas prête à exterminer, hélas ! Marel admirait ce type, son pote de surcroît. Pourtant ! Il le savait bien supérieur à lui, dans certains domaines.
18H30 ! Cette journée de lundi commence à être bien amochée mais à priori elle a encore de la vitalité. Marel subodore qu'elle risque d'être bien longue. Et demain matin, il lui faudra être à six heures précises au commissariat, pour un constat d'adultère. Bof !
Avant de monter dans son bureau préparer le briefing de dix-neuf heures le patron, pourtant très soucieux de ne pas troubler le déroulement de l'interrogatoire du petit-ami mais curieux et impatient d'en connaître l'évolution se glissa dans la pièce, avec discrétion.
Là, le jeune homme debout maintenant depuis plus de trois heures avec manifestement l'interdiction de s’asseoir- il faut bien essayer de déstabiliser l'auteur présumé - continuait avec véhémence à nier être le meurtrier de sa copine. Des yeux, Jo répondit à l'interrogation muette du Marel qui s'éclipsa en douceur ayant eu confirmation.que la reine des preuves, en l'occurrence l'aveu de l'inventeur du cadavre, n'était pas à l'ordre du jour. La réunion de cadrage prévue était donc toujours d'actualité.
19H00 ! Ils sont tous là, disposés en arc de cercle face au patron qui en préambule les remercie de leur ponctualité. Un moyen pour lui de leur dire qu'il appréciait en fait leur présence au-delà de l'heure légale de fermeture des bureaux. Marel attaqua :
- Jo ! L'audition du jeune. Négatif ?
- Quedal. Il chique en bloc. On l'a remis au frais. Je le reprends de suite après la réunion.
- Bon ! Franck, faîtes-nous un point sur les investigations.
- Ce matin, vers neuf heures trente une femme habitant un petit immeuble de cinq étages dans un quartier tranquille du 8ème aux Goudes près du port appelle la salle-radio. Elle signale qu'un jeune homme inconnu d’elle frappe à sa porte pour lui demander d'appeler en urgence la Police. Il dit avoir découvert, sa copine, dans appartement, morte, tuée à coups de couteau.
- Franck ! L'inventeur du corps a-t-il effectivement dit ; ‘tuée à coups de couteau.’
- Affirmatif, patron. Ouais : exact. Aucune arme n'ayant été trouvée sur les lieux, cela m'a intrigué. J'ai demandé cette précision. La voisine est formelle. Le type a bien dit: ‘tuée à coups de couteau.’
- Je vois lança Prince.! Comment le frère peut-il faire allusion précisément à un couteau alors que nous-mêmes ignorons à l'heure présente la nature exacte de l'arme utilisée.
- Sur place reprit Franck l'enquête de voisinage a permis de recueillir un élément important. Une autre voisine, celle du dessus au troisième, affirme avoir entendu dans la nuit du dimanche au lundi, après le film à la télé une voix de femme criant dans l'escalier ‘Arrête Jean-Pierre. Arrête. Arrête !’ D’après elle les cris semblaient provenir du bas. Elle précise aussi avoir entendu courir. Le mari joint sur les lieux de son travail confirme.
- Donc ! Le meurtrier se prénomme très certainement Jean-Pierre constata à haute voix le Commissaire.
- Oui, vraisemblablement et ce qui semble intéressant c'est que le petit ami a comme prénom. Devinez ? Jean-Pierre, bien sûr.
- Je vais le reprendre ce petit con. Il va cracher rapide, s'enflamma Val très certainement vexé de ne pas être parvenu à une amorce de résultat.’Pour l'instant l'audition ne donne rien. On le travaille depuis ce matin. Il chiale, nie farouchement mais on va le coincer.’
- Fume-t-il ? lâcha Marel.
- Yes seuuur répondit Franck. C'est vrai! Le mégot trouvé écrasé près de la porte d'entrée. Nous allons en vérifier la marque et faire un prélèvement de salive.
- Théo ! A vous. Constatations techniques, coupa le Commissaire.
