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Une romance interdite, un dilemme déchirant, une passion qui bouleverse tout.
Marylin, 39 ans, mène une vie bien réglée entre son travail de secrétaire médicale, son mari et leurs trois enfants. Sa routine, bien que confortable, manque de passion. Ses lectures romantiques sont ses seules échappatoires. Mais tout change lorsqu'elle rencontre Adam Leclerc, un homme séduisant et charismatique. Leur connexion est immédiate, intense, et remet en question toutes les certitudes de Marylin.
:contentReference[oaicite:10]{index=10}Entre devoir familial et désir brûlant, Marylin se retrouve face à un choix impossible. Peut-elle sacrifier la stabilité de sa famille pour une passion incandescente ? Ou doit-elle renoncer à l'amour pour préserver son foyer ?
:contentReference[oaicite:13]{index=13}Une si douce folie explore les thèmes de l'amour interdit, de la crise de la quarantaine et des choix déchirants. Val Loglia signe une romance contemporaine poignante, mêlant émotion, tension et sensualité.
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Seitenzahl: 447
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme
Invictus (William Ernest Henley)
— Attention m’man !
— Oh petit coquin, tu vas voir, moi aussi je vais t’arroser !
Une course poursuite entre Sacha et moi commence sur la plage, tous les deux armés de pistolets à eau. Bien évidemment, du haut de ses neuf ans, mon fils remporte le duel et je me retrouve complètement trempée en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Les cheveux dégoulinants, je le regarde rire et mon cœur de maman fond. Je me tourne vers mes deux filles jouant aux cartes sous le parasol et mon mari plongé dans un magazine sportif, casquette vissée sur la tête. Ces vacances nous font un bien fou. Nous retrouver tous les cinq sans les contraintes de la routine quotidienne est un véritable bonheur. Je les aime tellement.
Là sur cette plage, ma vie est en pause quelques secondes. C’est une chance d’avoir une si jolie famille unie, sereine et en bonne santé. Je remercie le ciel même si je ne suis pas croyante. Tant de couples se déchirent lorsque les années avalent le temps et laissent les critiques et les rancœurs prendre le pas sur la passion.
Mes yeux se posent un instant sur Gabriel, mon époux.
Seize ans de mariage et très peu de moments de discorde. Un petit frisson me parcourt l’échine quand je repense à la soirée d’hier. Nous n’avions pas eu de moment d’intimité aussi intense depuis si longtemps. Le repos semble l’inspirer, le booster. Je n’avais pas pris autant de plaisir dans le lit conjugal depuis des lustres. Gab semble ressentir mon regard insistant sur lui ; il lève les yeux vers moi. Ses lèvres s’étirent dans un sourire et il m’adresse un petit signe de la main.
Je suis vraiment persuadée que cette semaine de congés va nous permettre de repartir dans de bonnes conditions car depuis quelques mois je trouve que l’on s’éloigne l’un de l’autre, que les bons moments ensemble se font de plus en plus rares.
Six heures dix. Je m’étire comme un chat. La sonnerie du réveil annonce que les vacances sont bel et bien terminées. Déjà réveillée depuis un moment, je traîne un peu, la reprise du boulot est toujours un peu stressante au retour de vacances. Assise sur le bord du lit, je passe la main dans mes cheveux emmêlés par une nuit agitée. Terminées les grasses matinées ! Je soupire, bâille, et me décide enfin à me lever.
Les premiers rayons de soleil tentent déjà de s’immiscer à travers les volets. Une belle journée d’été, limite caniculaire, s’annonce. Arrivée dans la cuisine j’ouvre la fenêtre, souris en entendant gazouiller les petits oiseaux dans le jardin. Un magnifique ciel d’un bleu azur sans nuages s’offre à moi. L’air frais matinal pénètre dans la pièce. J’allume la radio, prépare mon petit-déjeuner que j’avale rapidement avant de me glisser sous une douche tiède qui termine de me réveiller complètement. Le reflet du miroir me renvoie l’image d’une presque quarantenaire à la peau joliment dorée par les journées à lézarder au soleil. Le teint hâlé fait ressortir mes yeux verts. Je coiffe et noue mes longs cheveux châtains en une queue-de-cheval haute, afin que le peu d’air frais glisse sur mon cou. Une légère touche de maquillage, un peu de rose sur les lèvres et je suis prête. L’image rendue par la glace me satisfait. C’est fou comme le bronzage peut donner bonne mine sans avoir à forcer sur la magie des poudres et autres crèmes.
Dans la cuisine, le silence règne en maître, toute la famille dort encore. Gabriel a encore une semaine de congés. Je grimace en songeant que je suis la seule à aller bosser ce matin. Comme je les envie de pouvoir flemmarder ! Dans une quinzaine de jours, les enfants reprendront le chemin de l’école.
Du haut de ses neuf ans, Sacha, notre garçon, ne peut pas rester seul, tout au moins c’est notre point de vue. De ce fait, son père et moi aménageons notre planning de vacances afin d’assurer au mieux sa garde. Il est hors de questions de solliciter ses deux sœurs pour s’occuper de lui. À douze et quinze ans, Léna et Clara n’ont pas assez de temps avec leur planning d’ados bien trop chargés.
Le repas des vacanciers est prêt dans le réfrigérateur, mon encas de midi bien rangé dans mon sac isotherme. Je ferme délicatement la porte d’entrée pour ne pas réveiller ma petite famille.
J’inspire profondément, tandis que je m’installe dans ma voiture. Cette fois-ci, les congés sont réellement terminés. Je suis en avance, mais ce n’est pas grave. En ce jour de reprise, je préfère pouvoir prendre mon temps sans me stresser.
À Lyon, la circulation est fluide en août. J’arrive donc très tôt au cabinet. L’odeur de renfermé m’agresse les narines dès que j’ouvre la porte. Tout est encore éteint. Les bureaux sont restés fermés quinze jours. Étant arrivée la première, j’en subis les conséquences olfactives. Aération, ventilation, voilà mes premières occupations. Je suis secrétaire médicale pour plusieurs médecins spécialistes, au nombre de quatre : trois hommes et une femme. Cette dernière n’étant pas la plus sympathique du groupe, bien que d’une grande compétence, elle est assez froide et exigeante. Elle s’appelle Madame Shek, mais mon cerveau l’appelle « Shreck », car elle se montre très souvent tyrannique envers ma collègue et moi-même. Ce matin, seuls deux médecins, elle et le Docteur Becker, seront présents. Cet homme est tout son contraire : jeune, souriant, empathique. C’est un véritable plaisir de travailler pour lui. Trentenaire d’allure très actuelle – ce qui surprend souvent les patients quand ils le voient pour la première fois. Petit bonus : son physique agréable. Cela lui vaut un grand succès auprès de la clientèle féminine, qui papillonne des yeux à sa vue. Il en est conscient et nous en rions souvent ensemble.
Il est huit heures lorsque la porte du cabinet s’ouvre.
— Bonjour, Marylin, comment allez-vous ? Alors, ces vacances ?
Le teint bronzé, la mine reposée et paré de son éternel sourire, Adrien Becker est le premier médecin présent ce matin.
— Bonjour, Adrien, je suis heureuse de vous voir. C’était parfait, je vous remercie. Et les vôtres ?
Nous échangeons quelques minutes sur nos vacances. Nos rapports sont souvent très cordiaux, et il nous a demandé de l’appeler par son prénom lorsque nous discutons hors présence de patients.
Au secrétariat, Mandy me seconde depuis quelques années. À notre première rencontre, j’ai été légèrement effrayée par son look. À l’inverse de moi, elle est petite avec des cheveux noirs, une allure presque gothique. Mais au-delà de l’apparence se cache une jeune femme adorable et dynamique. Ensemble, nous abattons une quantité de travail impressionnante dans la bonne humeur. Nos horaires de travail sont décalés. C’est moi qui ouvre le plus souvent le cabinet tandis que Mandy, elle, commence plus tard et gère régulièrement la fermeture. Vingt-six ans, célibataire, elle sort souvent le soir, de ce fait elle adore profiter un peu plus de son lit le matin. Pour ma part, je préfère terminer plus tôt, ce qui me permet de m’occuper de ma famille en fin d’après-midi. Être maman de trois enfants demande un grand sens de l’organisation, du temps à leur consacrer afin de leur permettre d’aller et venir à leurs diverses occupations.
Mes enfants pratiquent tous des activités différentes. Sacha est un grand sportif, tout comme son père. Le rugby est leur passion commune. Comme si celle-ci ne suffisait pas, mon fils pratique également la natation et le vélo. C’est un insatiable du sport, jamais fatigué, toujours en mouvement. Léna, elle, plus intello que sportive, passe son temps le nez plongé dans un bouquin et s’avère être amoureuse des animaux. Je suis contrainte de modérer cette passion faute de quoi notre maison deviendrait une véritable arche de Noé. Les penchants de ma Clara sont pour la musique. Elle pratique le piano depuis de longues années et possède l’esprit baroudeur. Elle adorerait parcourir le monde. Par chance, nous gardons des relations encore bien fusionnelles pour l’instant malgré l’entrée dans l’adolescence. Pourvu que les années à venir ne nous volent pas cette complicité. Mon entourage me traite de « maman poule » mais moi je me considère plutôt comme une maman aimante et attentionnée. Enfin, je suis surtout une maman épuisée par ce tournis et ce mouvement incessant qui se répète à longueur de semaine. Mais en aucun cas je céderais ma place, je les aime tellement. Les voir heureux et insouciants suffit à mon bonheur.
La première journée de travail se déroule sans trop de problèmes. Cinq minutes avant que je parte, mon téléphone personnel sonne. N’ayant plus de patients dans mon bureau, je décroche.
— Maman, il faut que je sois à dix-huit heures chez Laurie ! Ne sois pas en retard, car papa m’a dit qu’il ne pourra pas m’emmener ce soir, il va rentrer tard de la salle de sport !
Ma fille et son égocentrisme adolescent ! Tout de suite dans le cœur du sujet sans même un bonjour.
— Bonjour, ma chérie, tu vas bien ?
— Oh, pardon m’man, bonjour. Tu vas être à l’heure, dis steupléééé ? minaude-t-elle en feignant l’urgence vitale.
— Mais oui, ne t’inquiète pas, lui répliqué-je tout en éteignant mon ordinateur et en basculant la ligne téléphonique du bureau sur le répondeur, je pars dans cinq minutes !
La vie trépidante d’une adolescente nécessite des parents chauffeurs de taxi disponibles au doigt et à l’œil.
Je suis officiellement une maman au top, parvenant à déposer ma fille chérie cinq minutes avant l’heure de rendez-vous chez sa BFF, enfin sa best friend comme elles se nomment toutes les deux. Clara a réussi à négocier une nuit chez son amie. Je ne me fais pas trop de souci. Malgré son comportement souvent très impétueux, c’est une jeune fille sérieuse.
Une fois à la maison, ma mission taxi assurée, je m’active dans la cuisine dans l’élaboration du repas du soir. Le cliquetis d’un trousseau de clés derrière la porte m’annonce le retour de Gab.
— Salut ma chérie, me lance mon mari couvert de sueur en me déposant un baiser du bout des lèvres. Tu as passé une bonne journée ?
Sans attendre la réponse, le voilà déjà reparti en direction de la salle de bain. L’éplucheur à légumes en main, je hausse les épaules. Je réponds dans ma barbe en grommelant « oui merci, je vais bien et j’ai passé une bonne journée », car je sais que sa question n’était que pure politesse et qu’il n’en attendait aucune suite.
J’ai pris l’habitude de ne pas être le centre d’intérêt. Je m’en accommode car ma priorité est le bien-être de tous.
Parfois, j’aimerais quand même un peu plus de considération. Ou tout au moins qu’il fasse mine de s’intéresser à moi. Au début de notre relation, Gabriel se montrait attentif à mes désirs, sensible à mes envies. J’étais sa princesse. Puis les années passant, les enfants arrivés, la routine et la fatigue ont eu raison de la passion. Les petites attentions se font de plus en plus rares, voire inexistantes. Je n’ose exprimer mon ressenti, de peur de passer pour une exigeante. Pourtant, j’aurais tellement besoin d’être cajolée de temps en temps. Nous ne prenons pas assez d’instants rien que pour nous, je le regrette. Mais j’aime ma petite famille unie, je suis contente de savoir chacun d’eux serein.
Je suis la pièce maîtresse autour de laquelle notre vie s’articule : l’épouse, la mère, le maître d’hôtel, la servante, la cuisinière, la femme de ménage, le taxi, l’infirmière quand il faut soigner les petits bobos, la psychologue pour répondre aux soucis divers, la comptable qui gère la bourse des grands et des petits.
Bref, je suis « super maman » ! Poste en CDI 24h/24 ! Même Gab, parfois, m’appelle Maman, ce qui m’horripile !
Mon homme, cet ado attardé de quarante-et-un ans, qui se passionne pour le sport plus que de raison. Il gère un garage de réparations automobiles avec un associé. Dès que la journée se termine, il enfile son jogging. Entraîneur dans son club de rugby, il accumule les heures de bénévolat, pour son plus grand plaisir. Il passe plus de temps avec ses coéquipiers qu’avec sa famille. Souvent ces derniers temps, j’essaye de repousser ce sentiment insidieux et désagréable de solitude bien qu’en réalité je ne sois pas souvent seule. Tout ce petit monde gravite autour de moi, inconscient de l’énergie que je déploie pour pallier les éventuelles défaillances dans cette frénésie familiale.
Je me suis fait une raison et, ma foi, je m’en accoutume.
La semaine se passe, mon bronzage se ternit trop rapidement et les vacances semblent déjà loin. Pourtant, nous ne sommes que vendredi.
Lecture, transat, farniente. C’est le programme du week-end et j’adore ! Effectivement, je profite de ces deux jours de repos pour souffler un peu de cette semaine de reprise.
∞∞∞∞∞
Je n’aurais pas dû lire si tard encore une fois…
Voilà ma première pensée lorsque mon téléphone, au son d’une chanson du moment, m’extirpe d’un songe magnifique. J’adore la musique. Mais ma véritable passion est la lecture. Les romans d’amour de préférence. Grâce à eux, je m’évade, je m’envole vers des histoires tellement éloignées de ma vie. J’en rêve la nuit parfois, me retrouvant au bras du personnage principal de mon dernier livre, à vivre une histoire d’amour hors norme. Je rougis en pensant aux rêveries érotiques qui en découlent. Cependant mes seules infidélités à mon mari se passent avec certains personnages masculins qui me font fantasmer.
J’avoue, ma vie manque un peu de piment. Mais je suis tellement éreintée par mes journées que je ne me donne pas forcément les moyens de privilégier mon couple. Tout n’est pas la faute de Gab.
« — Chérie, fais tes bagages, nous partons ce soir pour un séjour en amoureux ! »
Une phrase que je rêve d’entendre… mais qui reste au stade de fantasme. Jamais de week-ends coquins ni de petites attentions inhabituelles. Il faut admettre que, le pauvre, il travaille beaucoup, et le garage est une source de soucis importants. Depuis quelque temps, je le trouve très préoccupé par tout le côté administratif. Lui, habituellement d’une nature calme, posée, devient plutôt taciturne, agacé, voire même colérique parfois. Quand il rentre à la maison, il a besoin de se défouler. Et le sport reste sa plus grande maîtresse. Je ne vais pas m’en plaindre, au moins ce n’est pas une femme ! Je gère le quotidien. Mon cerveau épuisé n’a pas à fournir plus d’efforts que ce qu’on lui demande habituellement.
La dernière semaine avant la reprise scolaire arrive. L’effervescence se fait sentir au cabinet médical, on voit bien que les gens sont rentrés de vacances.
Je souffle, je transpire. La chaleur de ce mois d’août est lourde et étouffante. La climatisation nous sauve la vie dans le bureau, heureusement. Ce matin, j’ai enfilé ma jolie robe d’été. Cette petite merveille m’avait sauté aux yeux dans la boutique pendant les soldes de juillet. Sous le charme de ses fines bretelles, de son décolleté plongeant et son style bohème, j’ai craqué. Elle me hurlait « prends-moi ! » et je n’avais donc pas pu résister à son appel déchirant. Son prix dépassait bien évidemment le budget que je m’étais fixé ce jour-là. Mais c’est le seul plaisir que je me suis octroyé pendant ces soldes. Gabriel m’avait regardée d’un air étonné tant je n’ai pas pour habitude de m’acheter des vêtements hors de prix. Mais il a abdiqué tandis que je paradais devant lui avec l’objet du délit. Cette tenue épousait parfaitement mes formes qu’elle mettait largement en valeur. Je me souviens même de la petite danse sexy que j’avais offerte à mon homme, en jouant avec ma robe. Mes joues rosissent en repensant à la soirée crapuleuse qui s’ensuivit, canaille et agréable.
Ce lundi, la salle d’attente ne désemplit pas. Le téléphone sonne non-stop, pas évident de répondre aux appels tout en gérant les personnes présentes sur place. La porte d’Adrien s’ouvre soudain ; il me demande de venir dans son bureau.
— Pouvez-vous joindre notre cabinet d’avocats, Marylin, j’ai un souci à régler rapidement.
Son visage est tendu, des ridules sur le front trahissent son anxiété. Je m’inquiète, n’ayant pas l’habitude de le voir ainsi.
— Que se passe-t-il ? m’alarmé-je.
— Monsieur Pavier me cause des ennuis, j’ai besoin des services de l’avocat car il veut déposer une plainte contre moi.
Je blêmis. Monsieur Pavier ? Mais oui, c’est vrai, je me souviens que, vendredi, il s’est présenté en consultation, et la discussion m’avait semblé un peu houleuse. Le ton était monté dans le bureau d’Adrien, mais je n’ai pas pensé demander plus de renseignements ensuite.
— Il n’accepte pas que je refuse « ses cadeaux » afin que je le fasse passer en priorité sur la liste des attentes de greffes. Cet homme s’imagine que son argent lui octroie tous les droits ! reprend Adrien, furieux.
En effet, c’est un homme riche, très riche ! Mais si l’argent permet beaucoup de choses, il n’empêche pas de tomber malade. Malheureusement pour lui, ses reins lui causent beaucoup de soucis. L’idée de bientôt devoir être dialysé ne le réjouit pas du tout.
Je comprends, la dialyse est une très grosse contrainte. Voyageant régulièrement dans le monde entier, cette éventualité le perturbe. Chaque consultation, il apporte avec lui des présents, comme d’excellentes bouteilles de vin, et de menus objets de valeur tels qu’une montre de marque. Adrien m’a même avoué qu’il lui a proposé de voyager sur l’un de ses bateaux de luxe.
Notre adorable et honnête médecin s’est toujours empressé de tout refuser. Mettre très discrètement son cas en priorité absolue pour recevoir une greffe rénale est tout simplement impossible et bien évidemment illégal. Jusqu’à maintenant, nous considérions ces tentatives de soudoyer les autorités médicales comme des actes un peu rigolos. Mais l’histoire paraît prendre une nouvelle tournure beaucoup moins amusante.
— Il ne semble pas apprécier que je refuse systématiquement ses suggestions. Et il n’accepte surtout pas que son cas ne passe pas prioritaire. Il a décidé de nous faire un coup tordu en déposant une plainte contre moi pour des raisons qu’il a gardées un peu floues. Mais connaissant l’homme, ses grandes capacités financières et ses nombreuses relations, je me méfie. Vous vous rappelez, il a ressorti l’histoire du scanner que je lui avais prescrit, en me disant que cet examen avait précipité son altération rénale. Bref, même si je sais que je n’ai rien à me reprocher, je préfère prendre les devants en discutant de la situation avec un professionnel. Je sais que l’avocat qui travaille pour le cabinet vient de partir en retraite. Mais j’ai entendu parler de son remplaçant qui s’avère être très compétent, me dit Adrien, la mine renfrognée.
Sous le choc de l’annonce, je m’empresse de retourner à mon bureau. J’explique le souci à ma collègue. Avec sa spontanéité habituelle, elle gratifie ce cher monsieur de noms d’oiseaux tirés de son vocabulaire assez fleuri.
Je contacte aussitôt le cabinet d’avocats. La secrétaire me promet que Maître Leclerc viendra prendre connaissance du dossier ce vendredi dans l’après-midi. Parfait ! Le vendredi, les consultations ne se terminent pas tard.
C’est vendredi, il ne reste plus qu’un quart d’heure et à moi le week-end ! Les courriers, mails et comptes rendus sont à jour. Le dernier patient vient de sortir. Cela veut dire que dans quelques minutes, je peux rentrer chez moi !
Je l’ai mérité ce repos, après cette semaine chargée. Je me regarde dans mon miroir de poche. Il va falloir que je prenne plus soin de moi. Le soleil de cet été a bien desséché ma peau et un masque hydratant me ferait du bien. Je grimace en découvrant mes sourcils mal épilés ; c’est moche. Je déteste ne pas être impeccable niveau poils. Discrètement, je sors ma pince à épiler afin de rectifier le tir, cachée derrière mon ordi. Mandy glousse bêtement en me voyant faire tout en terminant de préparer les dossiers de la semaine prochaine. Comme d’ordinaire, elle finit un peu plus tard et s’occupe de la fermeture du cabinet. Nous avons nos tâches bien définies, mais nous n’hésitons pas à nous aider mutuellement en cas de besoin.
Je sursaute quand le tintement de l’ouverture de la porte du cabinet retentit. La pince m’échappe des mains pour aller se glisser sous le bureau.
C’est bien ma veine !
Je n’ai plus qu’à me mettre à quatre pattes pour tenter de la récupérer. Essoufflée, je ressors de dessous le bureau en pestant, les cheveux emmêlés et la pince dans les mains. Surprise, je me retrouve face à une personne qui me fixe d’un regard amusé. Tant bien que mal, je me redresse, essayant de mettre un peu de grâce dans mon mouvement. Mais c’est peine perdue. Mon teint doit être aussi pourpre que le rouge à lèvres de Mandy.
Je tente de reprendre contenance en voulant faire un trait d’humour pour expliquer la situation. Au moment où j’ouvre la bouche, mes yeux captent le regard de l’homme qui se tient devant moi et je reste sans voix, sidérée.
— Euh… Désolée monsieur, je… euh, excusez-moi, que puis-je faire pour vous ?
Réussir à sortir ces quelques mots me donne l’impression d’avoir terminé un long discours. Ma bouche est sèche, mon cœur fait un raté.
C’est incroyable, ce type est magnifique !
Je ne crois pas avoir déjà vu un homme aussi beau ailleurs que dans les magazines. Je ne peux décrocher mon regard de son visage et de ses yeux qui me fascinent. Ses iris sont de la couleur de l’or, aussi brillantes que des pépites. Des minuscules ridules ornent l’extrémité de l’œil. Son sourire, à la fois malicieux et taquin, étire sa bouche et lui donne un air juvénile alors qu’il paraît plutôt flirter avec la quarantaine.
— Bonjour, Adam Leclerc, avocat. Il semblerait qu’un des médecins du cabinet ait demandé à me rencontrer.
Oui, mince, j’ai zappé le rendez-vous avec l’avocat. Eh bien, nous n’avons pas perdu au change. Maître Berger était une personne adorable, mais il avait dépassé la soixantaine. Sa chemise tiraillait si dangereusement sur son ventre proéminent que les boutons risquaient de sauter à chaque respiration.
J’essaie de retrouver mes esprits, et surtout de ne pas laisser paraître mon trouble.
— Effectivement, Monsieur… euh Leclerc. Le docteur Becker vous attend, je vais vous annoncer. Je vous laisse patienter quelques secondes.
Mes mains semblent également échapper à mon contrôle, je n’arrive pas à composer la ligne directe avec Adrien du premier coup.
Allez, souffle Marylin, zen…
Je tente d’appliquer en urgence ma méthode de relaxation en cas de stress extrême.
Tout juste « Le Dieu de la beauté » disparu avec le médecin, je me laisse tomber sur ma chaise en poussant un très long soupir. Mandy explose de rire.
— Eh bien, chère collègue, tu me sembles toute chose devant ce… Comment le baptiser ? Ce dieu du sex-appeal ? ironise-t-elle en se ventilant comme si elle frôlait le malaise.
Et la voilà repartie de plus belle dans un fou rire sans retenue. Légèrement vexée, mais surtout amusée de la situation, mon rire l’accompagne soudain, relâchant d’un coup tout mon corps tendu telle la ficelle d’un string pendant ces quelques minutes.
— Non, mais tu as vu ça ? Ce mec a plus de testostérone à lui seul qu’une armée entière ! soufflé-je, encore sous le charme.
Je ferme les yeux. Grand, taillé dans le roc apparemment vu la largeur de ses épaules, mais une taille mince sous sa jolie veste de costume qui semble coûter aussi cher que mon thermomix.
Un visage légèrement anguleux qui s’harmonise avec un menton bien dessiné. Un rasage parfait qui fait ressortir sa peau claire. Canon, il n’y a pas d’autre mot !
Je m’imagine passer mon bras sur ses muscles afin d’en évaluer la fermeté. Mais je reste stupéfaite en repensant à son regard si hypnotique. Le scintillement de ses prunelles est venu frapper en plein mon cerveau et semble l’avoir fait complètement disjoncter.
Je secoue la tête pour me rafraîchir très vite la mémoire : je suis mariée et fidèle. C’est vrai, en seize ans de mariage, jamais une incartade ! Je n’en ai jamais ressenti le besoin ni l’envie. Je vis ma vie simplement, avec ces petits bonheurs qui suffisent à la rendre belle et attrayante. À aucun moment je n’ai jamais ambitionné de vivre une autre vie. Rencontrer un homme plein aux as et partir à la découverte du monde n’est pas mon fantasme. Non, j’ai des goûts simples et des besoins relativement à la portée de tous, sans grandes exigences.
Le temps d’un instant, mes bientôt trente-neuf ans ont disparu. Ils laissent place à la midinette de dix-huit ans qui tombait amoureuse de chaque prétendant qui m’approchait. J’ai oublié la sensation de papillons dans le ventre, le cœur qui bat de manière anarchique afin de montrer qu’il est le maître de la situation.
Qu’est-ce qui m’arrive, bon sang ?
Je continue de souffler en secouant la tête alors que Mandy pouffe encore me voyant batailler pour redevenir la Marylin mariée et repousser la Marylin nympho.
Seize heures quinze ! Zut, je devais partir tôt, car mon planning du soir est ultra serré. J’attrape mon sac dans mon vestiaire en n’oubliant pas mon téléphone qui ne me quitte jamais. J’embrasse ma collègue.
— Bon week-end, Mandy ! Sois sage, mais pas trop ! lui dis-je en ricanant, car je sais qu’elle a prévu de sortir samedi soir.
Alors que j’attends l’arrivée de l’ascenseur à notre étage, j’entends des pas qui résonnent derrière moi. Un raclement de gorge me confirme la présence imminente d’un futur coéquipier de voyage dans la petite cabine.
— Je suis terriblement désolé de vous avoir un peu effrayé tout à l’heure. Je vous prie de m’excuser. J’espère que vous ne m’en voulez pas. Et je tiens à vous dire que le Docteur Becker a une assistante vraiment charmante.
Mon corps frémit à ces mots.
Mon Dieu, cette voix… Punaise Marylin ressaisis-toi…
Je lutte pour ne pas faire une syncope. Mes mains tremblent, j’essaye de les canaliser en replaçant des mèches de cheveux derrière mes oreilles.
— Merci, Monsieur Leclerc, c’est un compliment qui me va droit au cœur.
Cette fois j’ai quand même réussi à ne pas bégayer ni mettre des « euh » dans ma phrase.
— Avez-vous pu recueillir toutes les informations nécessaires afin de défendre le Docteur Becker dans cette sale histoire ? osé-je lui demander afin de changer de sujet.
— Bien entendu. Je ne crois pas que votre médecin soit vraiment embêté et je vais rapidement mettre hors course ce monsieur Pavier. Il est malheureusement bien connu pour être procédurier. Mais je ne pense pas qu’il ait quoi que ce soit entre les mains pour porter préjudice au Docteur Becker.
Adam Leclerc ne me quitte pas du regard en me disant cela, attendant que je lui réponde.
— Merci, je l’espère sincèrement, car le Docteur Becker est quelqu’un de bien, de compétent. Cela serait catastrophique qu’il se retrouve avec des soucis à cause d’un homme qui pense que son argent peut tout acheter.
— Ne soyez pas inquiète, mademoiselle… Je n’ai pas eu connaissance de votre nom ?
L’avocat s’avance de quelques pas, son bras frôle involontairement ma peau. Je me tends tel un ressort. Maître Leclerc s’en rend sûrement compte, car ses sourcils forment un arc d’étonnement. Un sourire se dessine sur son visage.
Je me sens tellement stupide de réagir comme cela. Pourquoi mon corps me joue-t-il ces maudits tours aujourd’hui ? Moi qui suis la reine du « je gère » et bien là, je ne gère plus rien du tout.
— Marylin, je me prénomme Marylin.
— Enchanté Marylin, c’est un très joli prénom qui vous va à merveille, ajoute-t-il, simulant une révérence.
— Désolée, mais je ne suis plus une demoiselle, je suis mariée depuis de nombreuses années.
Je réponds en lui montrant mon alliance avec un air contrit. Immédiatement je m’en veux de lui avoir répondu cela.
Mais qu’est-ce que ça peut lui faire que je sois mariée ?
Une petite sonnerie indique l’arrivée de l’ascenseur.
À l’intérieur, une puissance électrique m’entoure. Son corps si proche du mien me perturbe. Je sens son parfum très masculin et léger à la fois. Je ferme les yeux afin de me délecter de l’odeur qu’il dégage, je hume le mâle qu’il représente. Cet effluve me rend complètement folle. Je ne comprends pas trop ce qui m’arrive et pourquoi cela m’arrive. Je tente un regard discret vers lui. Ses yeux sont posés sur moi, teintés d’une lueur étrange. Je me mets à fantasmer qu’ils brillent de désir pour moi. Nos prunelles se retrouvent pour un face-à-face. Ne sachant pas comment réagir, je baisse immédiatement la tête pour les diriger sur la pointe de mes chaussures, beaucoup moins difficile à observer. Je souffle doucement afin de faire redescendre la pression à l’intérieur de mon corps. J’imagine son air amusé et la satisfaction qu’il doit retirer en me voyant perdre mes moyens. Il y a longtemps que je n’avais pas perdu le contrôle de cette manière. Des picotements envahissent mon corps, du haut de la tête jusqu’à la pointe des orteils.
Un tintement indique que nous sommes arrivés au rez-de-chaussée. Il va falloir quitter ce lieu, à mon grand regret. J’ordonne à mes jambes d’avancer, mais elles sont figées sur place…
Adam Leclerc émet un petit bruit de gorge discret afin de m’inciter à sortir de l’ascenseur.
— Bien, Marylin, cela a été un plaisir de vous rencontrer, j’enverrai un mail au cabinet pour vous avertir de l’avancement de la situation, me déclare-t-il de sa voix grave et tellement sexy.
De quoi parle-t-il ? Quelle situation ?
Ah, mais oui suis-je bête, l’affaire pour laquelle Adrien l’a convoqué !
Le temps de quelques secondes, j’ai pensé qu’il parlait de moi, de lui, de nous quoi, de ces sensations quasi douloureuses tellement elles sont intenses.
Marylin, ma belle, arrête de te faire des films !
J’implore le peu de conscience qui me reste.
— D’accord, je reste à votre disposition si vous avez besoin de moi, enfin, pas de moi personnellement, mais de renseignements pour le dossier.
C’est reparti, je passe encore pour une simple d’esprit qui ne sait pas aligner trois mots sans hésiter dans sa phrase ou bégayer. Je me désole. Avant que je ne sorte une autre bêtise, je décide enfin de le saluer et mettre fin à cette discussion qui vire à l’humiliation. Il m’offre une poignée de main ferme et douce à la fois, me retient un instant et garde ses yeux dans les miens, comme ça, sans rien dire, juste avec un merveilleux sourire accroché à son visage.
Un peu gênée, je me dégage, esquisse deux trois pas en arrière. Je lui souris une dernière fois et me presse de m’éloigner de lui afin de reprendre enfin ma respiration. Au bout d’une vingtaine de mètres, je me retourne et vois sa silhouette entrer dans une luxueuse berline foncée.
Eh oui, il n’a pas le salaire d’une pauvre secrétaire médicale qui roule en Twingo lui…
Maintenant que je me trouve hors de son champ de vision, je peux me permettre de pousser un immense soupir. Complètement déstabilisée, je secoue la tête en me demandant si tout ce que j’ai ressenti est bien réel. Moi, Marylin, mariée depuis seize ans, vient de me comporter comme une midinette en chaleur devant une superbe créature masculine. Mon cerveau ayant décidé de fonctionner à nouveau, je repars en sens inverse, ma voiture étant en fait garée de l’autre côté.
Assise derrière mon volant, j’essaie de restructurer mes idées. Il faut que je reprenne le pouvoir sur mon corps et la capacité à me mouvoir correctement et intelligemment.
La réalité du quotidien me revient. Je ferais bien de m’activer, étant déjà très en retard sur le planning que j’avais prévu ! Et moi, le retard, je déteste cela !
Je cours dans les rayons du supermarché sous le regard médusé des clients poussant avec léthargie leur caddy. J’ordonne à mon cerveau d’oublier ce qui s’est passé depuis seize heures ce vendredi.
— Maman, tu es en retard ! Mon cours de piano commence dans dix minutes ! rugit Clara à peine ai-je franchi la porte de la maison.
Ma fille me regarde étonnée et agacée à la fois, car je suis rarement en retard.
— Désolée ma chérie, j’ai eu un contretemps au boulot ! Allez, viens vite, on file à toute allure, je te promets que tu seras à l’heure !
Deux minutes plus tard, ma petite voiture sillonne déjà la route à une vitesse qui dépasse un peu le chiffre indiqué sur le panneau que l’on vient de croiser. Je dois faire le maximum afin que ma pianiste ne loupe pas le début du cours.
—17 h 29 ! Tu vois, nous ne sommes même pas en retard, annoncé-je d’une œillade, fière de moi.
Clara me lance un regard suspicieux en claquant la porte, se demandant quelle guêpe a piqué sa mère aujourd’hui. Je file aussitôt récupérer Lena chez une amie.
La soirée se passe pour moi dans un drôle de brouillard. Nous nous tenons tous les cinq à table à vingt heures. Mon corps est bel et bien au milieu des miens, mais les discussions animées comme à leurs habitudes ne parviennent pas à atteindre mon cerveau. Je les regarde, je leur souris, mais mes pensées sont tenues en captivité ailleurs.
— Maman, tu en penses quoi alors ? Maman ? m’interpelle Clara.
Cette petite phrase, énoncée sur le ton de l’interrogation agacée, me rappelle que je me trouve bien chez moi et que je n’ai pas du tout entendu ni écouté la question de ma fille.
— Désolée, ma puce, je n’ai pas entendu, tu peux répéter s’il te plaît ?
Je me sens penaude et essaie de regrouper mes neurones encore en état de fonctionnement.
— Mais maman, qu’est-ce que tu as aujourd’hui ? Tu es malade ? Je te trouve bizarre ! reprend Clara.
Mon visage s’empourpre.
— Je suis un peu fatiguée, j’ai eu une grosse semaine, désolée.
Ma réponse paraît lui convenir, même si je vois bien qu’elle passe le reste du repas à me jeter des petits regards discrets et soucieux. Je lutte pour que mon esprit ne s’envole pas à nouveau vers cet homme quasi inconnu.
Gabriel ne semble pas avoir ressenti mon détachement. Il ne relève pas la réflexion de notre fille, continuant à scruter du coin de l’œil la télévision, côté salon, qui diffuse un programme de sport. Je suis soulagée, même si au fond de moi cette indifférence me provoque un pincement au cœur.
Pourquoi cet avocat a-t-il déclenché un tel tsunami d’émotions en moi ? Que je le trouve beau et sexy est un fait, mais qu’il prenne possession de mes pensées me perturbe. Tout un tas d’émotions bizarres m’envahit depuis cette rencontre. Comme s’il avait réveillé quelque chose d’endormi depuis des années.
Allongée dans mon lit, je tourne le dos à Gab et garde les yeux fermés afin de lui faire penser que je dors.
Le déroulement de cette fin de journée me revient en images et en sensations. Je revois son visage, son corps, je retrouve son parfum, je ressens ce petit crépitement dans le ventre à la fois lancinant et délicieux. Je repense à mon comportement qui ne me ressemble pas. Il a vraiment dû me trouver gourde et empotée. Je soupire.
— Lynette, ça va ? me demande soudain mon mari.
Gab, qui est en train de regarder des infos sportives sur son téléphone, se penche sur moi. Lynette est le petit surnom qu’il me donne souvent lorsque nous sommes seuls. J’émets un son inintelligible, essayant de lui faire croire que je suis dans un rêve. Je me fige, silencieuse. Après quelques secondes, il retourne à son occupation sans me poser plus de questions.
Mon mari est un homme bon et gentil. Je l’aime comme il est, avec ses défauts et ses qualités. Nous avons une relation solide et sereine. La passion a animé nos premiers mois d’amour puis notre vie a pris un rythme plus tranquille. Nous nous faisons confiance et nous nous connaissons presque par cœur, enfin je crois. Nous vivons simplement, sans grandes ambitions, juste en essayant de rendre heureux les moments que nous passons tous ensemble. Nous avons eu trois enfants aux moments où nous les avons désirés. Depuis nous sommes des parents comblés. Quant à notre couple…
Sur le plan amoureux, on ne va pas dire que c’est le feu d’artifice à chaque fois que l’on fait l’amour. Mais ça reste très souvent des moments tendres et agréables. Il est un bon amant. Enfin, là encore, je crois. Je n’ai pas la possibilité de faire de grosses comparaisons ! Je n’ai eu qu’une seule expérience sexuelle avant lui : un petit ami un peu plus entreprenant que les autres qui avait fini par me convaincre de coucher avec lui. Avec beaucoup d’insistance et de demandes répétées, il me couvrait de mots doux, de poèmes, de petits cadeaux. Je me croyais unique, mais j’avais vite mis un terme à cette histoire : je m’étais rendu compte que plusieurs de mes amies vivaient la même expérience avec lui en même temps ! Ce garçon devait sans doute afficher un tableau de chasse bien rempli. L’honnêteté ne faisait pas partie de ses plus grandes qualités.
Lorsque j’ai rencontré Gabriel, j’allais sur mes vingt ans. J’ai tout de suite compris que nous étions faits pour vivre ensemble. Il était drôle et romantique, sportif avec un corps bien sculpté. Sa gentillesse et son calme me rassuraient.
Depuis, notre vie de couple coule comme une source tranquille. Nous nous disputons rarement, il ne me contrarie que très peu souvent, il faut dire. Je gère beaucoup de choses au quotidien et cela lui convient. Il apprécie particulièrement que je lui laisse le loisir de continuer à pratiquer du sport de manière intensive. Lorsqu’il est à la maison, il ne rechigne pas à apporter son aide pour les tâches ménagères. Mais surtout c’est un bon papa qui adore passer du temps avec nos enfants. Le point noir que je pourrais pointer du doigt est sans doute son manque d’intérêt pour les petites attentions. Je suppose que mon côté romantique me fait espérer parfois plus que ce que mon homme est capable de donner.
Depuis quelques mois, son caractère semble un peu plus emporté par moment, certainement à cause de son travail souvent stressant. Mais généralement, il redevient vite l’homme agréable que j’apprécie lorsque nous sommes en famille. Nous ne sommes pas riches, mais avec deux salaires à la maison nous ne sommes pas malheureux. Il ne faut quand même pas trop s’égarer dans de grosses dépenses au risque de mettre en péril l’équilibre de notre budget.
Et tout à coup, il y a cet homme qui est apparu. Un homme qui a déclenché en moi une myriade de sensations nouvelles ou oubliées. Ma conscience féminine vient de se réveiller d’un long somme et les questions se bousculent.
Suis-je comblée sentimentalement et sexuellement parlant ? Tout s’entrechoque dans ma tête. La seule chose dont j’ai vraiment envie à cette heure, allongée dans le lit conjugal, c’est de me retrouver à nouveau près de lui et ressentir cette électricité qui a titillé mon corps. J’ai envie de sentir sa main se poser sur mon bras. J’imagine qu’elle découvre mon corps et effleure plus que mon bras… Je me pencherais sur son cou afin de humer la fragrance qui l’enveloppe. Je me laisserais envahir par son odeur, par ces crépitements irrésistibles qui bouleverseraient mes sens. Il se serrerait alors plus fort, m’entourerait de ses bras musclés en laissant glisser ses mains sur ma nuque puis dans mon dos…
Je m’endors avec ces pensées, m’accordant un rêve complètement fou, où passion et sexe se mêlent. Mon réveil, le lendemain, me ramène dans ma réalité. Les souvenirs de la nuit, aussi honteux que magiques, s’effacent doucement en me narguant. Une fois bien réveillée, je décide que cet intrus ne perturbera pas mon week-end en famille. J’occupe le mieux que je peux mon esprit afin de ne laisser aucune place à un indécent vagabondage cérébral.
Lundi, huit heures, je m’installe à mon bureau, encore désert à cette heure matinale. Même si j’ai réussi à zapper les idées d’adultère qui me traversaient ces deux derniers jours, je repense immédiatement à lui. Lui devant moi à mon poste, avec son regard si pénétrant.
Ah non, ça ne va pas recommencer !
Je m’invective toute seule. J’ordonne à ma matière grise de se raisonner et de me rendre mes pensées habituelles. Mais peine perdue : dans la matinée, un mail attire mon attention, une adresse mail plus précisément.
Mon regard est attiré par ce nom qui me brûle les yeux. Je le fixe, statufiée. Mandy m’observe et me demande ce que j’ai vu sur mon écran pour que je reste tétanisée de cette manière. D’un signe de la main, je lui montre que ce n’est rien, puis fébrilement, je clique sur le lien tentateur.
Mon estomac fait un salto à la vue de l’adresse du bel avocat. Bêtement, j’ai cru qu’il s’agissait d’un mail écrit de sa part qui me serait directement adressé. Mais non, c’est un message strictement professionnel, envoyé par sa secrétaire qui me réclame quelques documents manquants afin d’instruire le dossier au plus vite.
Qu’est-ce que tu imagines ma pauvre fille. Tu lis trop de romances. Bien sûr que c’est professionnel, que veux-tu qu’il te dise… ?
Je suis soulagée, mais frustrée. Ce que j’ai ressenti vendredi n’existe certainement que dans ma petite tête. Il faut que j’arrête de me faire des films et de fantasmer sur lui, cela ne va m’apporter que des soucis.
J’envoie une réponse à la secrétaire.
« Bonjour,
Bien entendu, il n’y a pas de souci, je me charge de réunir les documents au plus vite, et de vous les transmettre rapidement.
Cordialement,
Marylin, secrétaire du Dr Becker »
Je ne sais pas pourquoi j’ai ce désir de renvoyer si vite cet accusé de réception. Habituellement, je me serais contentée de me procurer les documents et de les transmettre tranquillement par mail.
Le revoir devient une véritable lubie, et entendre sa voix si sensuelle… Rien que cet échange de mail me perturbe. Pourtant, c’est juste sa secrétaire qui me contacte.
Encore perdue dans des pensées loin d’être professionnelles, je décroche machinalement le téléphone qui vient de sonner.
— Cabinet Médical, bonjour.
— Bonjour, Adam Leclerc, pourrais-je parler à Marylin, s’il vous plaît ?
Je reste figée, l’écouteur collé contre mon oreille, les yeux écarquillés. Juste avant de décrocher, je rêvassais de cet homme, et tout à coup, mon désir devient réalité.
J’entends un raclement de gorge à l’autre bout de la ligne.
— Allô… Allô ? Marylin, c’est vous ? demande mon interlocuteur.
— Euh… Oui, bonjour, Maître Leclerc, c’est bien moi. Que puis-je faire pour vous ?
— Je sais que ma secrétaire vous a réclamé des documents mais je souhaiterais m’entretenir avec vous, si vous avez un peu de temps à me consacrer, bien évidemment.
Mon cœur bat la chamade, j’ai du mal à saisir le sens de sa demande. Au bout de quelques secondes de silence, je lui réponds.
— Je vous écoute. Je ne sais pas si je peux vous être d’une grande aide, mais je vais faire de mon mieux.
— Je vous remercie. Pouvez-vous me dire comment se comporte Monsieur Pavier avec vous lorsqu’il arrive au cabinet ? Est-il agressif, vindicatif ? Vous a-t-il déjà soudoyée directement ?
Je m’efforce de lui apporter des réponses précises, même si, personnellement, je n’ai jamais eu à subir de problèmes avec cette personne. Le simple fait d’entendre la voix de l’avocat me transporte et me ravit. J’aimerais qu’il me pose encore et encore des questions afin que cette conversation ne s’arrête pas. Lorsqu’il semble posséder les renseignements qu’il souhaitait, il me remercie.
— Je vous suis vraiment reconnaissant. Je suis très heureux d’avoir pu échanger avec vous. Votre aide me sera précieuse. J’espère pouvoir vous saluer lors de mon prochain rendez-vous avec le Docteur Becker.
— C’était avec plaisir Maître, je vous remercie. À très bientôt alors, lui dis-je d’une voix à peine audible.
— À très vite, ajoute-t-il avant de raccrocher.
Un mail arrive quelques instants après.
« Chère Marylin,
Merci d’avoir répondu à mes questions avec sérieux et professionnalisme.
Le Docteur Becker a beaucoup de chance de vous avoir comme assistante.
À bientôt, j’espère.
Adam Leclerc. »
Je glousse en constatant l’effet incroyable qu’un appel et un simple mail me procurent.
— Qu’est-ce qui te met dans cet état, Marylin ? Tu as gagné au Loto ? N’oublie pas, dans ce cas-là, que nous sommes collègues ET amies ! scande Mandy en riant.
— Eh bien, en quelque sorte, on peut dire ça ! rétorqué-je en essayant de prendre un air détaché, malgré mon regard encore fixé sur les mots de l’avocat.
Ma réponse la surprend, et elle réclame plus de détails.
— J’ai reçu un appel et un message inattendus, et cela m’a étonnée et amusée. Rien de grave ne t’inquiète pas.
Je relativise les sensations qui me perturbent. J’ai l’impression de faire un retour en arrière, à l’époque de mon adolescence. Ce délicieux trouble me replonge dans mes années lycée, quand je recevais un petit mot d’un éventuel amoureux. Un flot d’adrénaline inonde mon corps, et celui-ci réagit immédiatement. Mon rythme cardiaque s’accélère, ma respiration devient plus rapide. De petites perles de sueurs apparaissent sur mon front. Je flotte dans un état à la fois désagréable et merveilleux. L’impression de voler au-dessus de ma chaise, tel Aladin sur son tapis. Embarrassée, je baisse la tête, feignant chercher des papiers dans mon tiroir de façon que Mandy ne se rende pas compte de mon émoi. Il me semble que le soleil cogne encore plus fort dans le secrétariat, que la clim est en panne. Une sensation d’oppression me déstabilise.
Comment un mail, pourtant innocent, peut-il me mettre dans cet état ? Je ne me reconnais plus, je ne sais pas ce qui m’arrive. Comme une ado en proie à ses premiers émois amoureux, j’ai envie de poursuivre ces échanges.
Est-ce bien professionnel ?
Bien sûr, objectivement, la réponse est non. Le petit ange assis sur mon épaule gauche fait non avec le doigt au petit diable rouge qui trône fièrement sur l’épaule droite, agrippant sa fourche de manière arrogante.
Un duel s’installe entre le bien et le mal. Un gyrophare clignote en hurlant danger au-dessus de ma tête. Pourtant j’ai cette envie irrépressible de répondre.
« Maître Leclerc,
Je vous remercie, vos compliments me vont droit au cœur.
J’ai été heureuse de découvrir que nous n’avons pas perdu au change depuis le départ de notre ancien avocat.
C’est avec grand plaisir que je vous accueillerai lors de votre prochaine venue au cabinet.
Marylin »
Mon doigt reste en suspens sur la touche envoi. J’appuie, je n’appuie pas ? Je tremble, car je sais très bien que ce mail est le mail de trop. Ma main me semble tellement lourde et incontrôlable. Le petit diable me susurre à l’oreille :
— Allez, Marylin, je suis sûr que tu ne vas pas oser ! Tu es trop trouillarde pour faire ça !
Mais qui est-il, lui, pour me défier comme cela ? Je fronce les sourcils, puis ferme les yeux en essayant de me concentrer. La sonnerie du téléphone retentit, provoquant en moi un tel sursaut que la touche « entrée » s’enfonce sous la pression de mon doigt.
Oups, tout à coup, je me sens complètement paniquée. Vite, comment faire pour éviter que ce mail parte vraiment ? Malheureusement l’icône « mail envoyé » clignote en gros devant mes yeux.
Ce n’est pas possible, je n’ai pas pu envoyer ce message ?!
Voilà qu’à l’affolement se mêle l’excitation, sentiment que je n’avais pas ressenti depuis très longtemps. Comment continuer à travailler maintenant, alors que mon pouls doit frôler les deux cents battements/minute et que ma tension ferait exploser un tensiomètre ?
Le Docteur Shek, alias Shrek, pose dans un fracas retentissant un tas de comptes rendus à taper en urgence sur le comptoir d’accueil. Pour une fois, elle tombe bien, cela occupera ma tête à autre chose.
— Tout va bien, Marylin ? Vous me semblez soucieuse ?
Alerte rouge, si même Shreck se rend compte de mon état pitoyable, c’est que je dois vraiment avoir une drôle d’expression. Je me racle la gorge en me redressant et bafouille une excuse.
— Je me sens un peu fiévreuse, je dois couver quelque chose. Mais ne vous inquiétez pas, je vais m’en occuper tout de suite, argué-je en m’emparant du dictaphone qu’elle me tend.
Cette réponse semble la satisfaire, elle n’est pas du style à s’apitoyer sur mon sort. L’important pour elle, c’est que j’exécute ses demandes.
Dès que le docteur referme la porte de son bureau, Mandy se précipite sur moi, le regard inquiet.
— Tu es malade ?
Mandy semble vraiment surprise et me scrute d’un air suspicieux. Je la rassure en essayant de paraître le plus calme possible.
— Non ne t’inquiète pas, juste un peu mal à la gorge, ça doit être la clim. On ne sait jamais, des fois que Shreck prenne pitié de moi et me donne des congés supplémentaires, j’ai tenté le coup ! ajouté-je en riant.
Ma collègue retourne à son poste en souriant, certifiant que le jour où Shreck nous donnerait un congé gratuit n’était pas près d’arriver !
Malgré l’excitation, je me concentre pour me remettre au travail. Mais c’est peine perdue. Je n’ai qu’une obsession, c’est de jeter un œil sur la messagerie pour repérer l’arrivée d’un éventuel nouveau message. Rien. Pas de nouveau mail du bel Adam de toute la journée. Je m’en veux tellement d’avoir répondu à ce mail. J’imagine sa tête en lisant ma réponse. Déjà qu’il avait dû me classer dans la catégorie des cruches vendredi avec mes réactions d’adolescente, maintenant il va me prendre pour une chaudasse, une nympho, une allumeuse… Comme je me sens mal. Moi qui ai pour qualités la discrétion, la retenue et surtout la fidélité, je viens de sacrément égratigner ma propre image.
Sur le chemin de la maison, mille questions tournent dans ma tête, mais une en particulier me perturbe. Est-ce que le fait de ressentir ces émotions et surtout d’envoyer ce genre de mail à un homme fait de moi une mauvaise épouse ? Où débute l’infidélité ? Comment réagirais-je si j’apprenais que Gab se comportait de la même manière avec une autre femme ?
Un sentiment de colère envers moi-même me secoue. Je vis une vie de famille tranquille et heureuse. Il est hors de question que je compromette ce bonheur rassurant. Je n’ai jamais envisagé de tromper Gabriel depuis notre mariage, je n’y ai même jamais songé. À aucun moment durant toutes ces années, je n’ai ressenti le besoin de me tourner vers un autre homme. Aucune personne ne m’avait en tout cas mis dans un état tel qu’aujourd’hui, au point de me questionner sur mes propres aspirations. Est-ce que le démon de midi aurait frappé à ma porte ?
Puis je me rassure en me disant que ma transgression n’a rien de si terrible. J’ai uniquement répondu à un homme qui me faisait un compliment en lui retournant également une gentillesse.
Adam.
Cet homme a un prénom que je trouve tellement sexy. Ces quatre lettres résonnent comme une merveilleuse confiserie qui danse devant mes yeux gourmands. Comme une litanie, je répète son prénom dans ma tête en modifiant les intonations ou la manière de le prononcer. Il est grand temps que je pense à autre chose que lui, car ça commence à ne plus tourner rond chez moi.
La soirée se déroule normalement ; les enfants se couchent assez tôt avec la reprise des cours. Il n’y a que Clara qui a l’autorisation de veiller un peu plus tard, mais pas plus que vingt-deux heures. Je passe sous la douche avant de me mettre au lit. L’eau, délicieusement chaude, coule sur mes épaules. Mes yeux se ferment et les gouttes se transforment tout à coup en mains expertes qui viennent caresser mon corps. J’imagine Adam se glissant derrière moi, et dans un soupir lascif je le laisse découvrir mon grain de peau de ses doigts agiles. D’un geste terriblement érotique, il étale la mousse senteur de vanille sur mes bras, mon dos. Ses mains hésitent un instant, réclament l’autorisation silencieuse de se poser sur mes seins. Cette multitude de sensations extraordinaires me force à basculer la tête en arrière pour capter au mieux ce moment quasi extatique. Mon esprit annihile le virtuel et je me retrouve haletante, sous le joug des douces caresses.
