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Embarquez avec Jane dans le songe incroyable qui lui permettra de se retrouver !
Lorsque Jane se réveille, elle n’a aucune idée de qui elle est ni de l’endroit où elle se trouve. Perdue dans un univers onirique qu’elle crée comme elle respire mais dont elle ignore tout, elle part en quête de son identité. Au travers de ce voyage initiatique, elle renouera avec les fantômes du passé, les rêves déchus et les espoirs mort-nés. Tel un véritable plongeon dans les méandres de son inconscient, Jane devra chercher des réponses enfouies au plus profond d’elle-même pour espérer peut-être reprendre un jour le cours de sa vie.
Ce roman initiatique vous plongera dans l'inconscient de son héroïne, au fil d'une quête identitaire originale et inspirante.
EXTRAIT
Alors, prenant le parti de l’ignorer, sans répondre, je lui passai à côté et allai rejoindre Juliette. Je m’assis à ses côtés en silence, prête à lui dire la vérité, quoi qu’il en coûte. Elle dessinait avec des crayons de couleurs, des images de bonheur, des soleils, des sourires, des petits cœurs, des étoiles et au milieu, elle, cette petite fille avec son ballon rouge.
– Qu’est-ce que tu fais ? lui demandais-je.
Elle me répondit en souriant, de ce même sourire innocent que j’avais vu dans les yeux de la fille de mon souvenir. Les miens, me rappelais-je.
– Ça ? demanda-t-elle surprise, c’est mon histoire !
– Je croyais que tu lisais des romans justement parce que ton histoire n’avait pas encore commencé…
– J’y ai beaucoup réfléchi tu vois, et je me suis dit que le meilleur moyen de commencer mon histoire ce serait déjà d’y penser, sourit-elle. Tu sais, penser à ce que je voudrais faire, où aller et les aventures qui m’attendent…
– Penser au futur ?
– Le futur c’est pas si mal… ici de toute façon il ne se passe jamais rien.
– Je peux voir ?
C’était un grand cahier à pages de dessin. Sur la première page, on pouvait voir une petite fille se tenir sur une planète bien trop petite pour elle. Elle n’était pas seule, il y avait une petite maison aussi et on devinait trois personnes dedans par les fenêtres. Mais à l’extérieur, il n’y avait qu’elle et elle tenait son ballon rouge. Sur le deuxième dessin, elle volait vers une autre planète, en récupérant des étoiles sur son passage, menée par son ballon rouge flamboyant.
– Là, tu vois c’est le début. Je pars de ma planète parce que c’est plus facile pour récupérer des étoiles. Et il y en a tellement des jolies dans le ciel. Alors je pars, je m’envole pour aller les chercher. Ensuite, là, j’atterris sur une planète bien plus sympa, où je ne suis plus seule. C’est ici que j’ai rencontré Joséphine.
– Attends que je comprenne ! Pourquoi tu récupères les étoiles ? Elles ne devraient pas rester à leur place ?
– Je ne récupère pas vraiment les étoiles… mais j’en garde une avec moi pour qu’elle continue de me guider c’est tout. Les étoiles, c’est un peu comme les rêves, on sait où elles nous mènent si on les a sous les yeux, sinon on oublie où on doit regarder. Comme l’étoile du berger par exemple. Ben, les rêves c’est pareil !
J’étais sidérée par tant de maturité, même si ces vérités étaient annoncées de la plus innocente des façons.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Depuis son plus jeune âge,
Julie Line a toujours aimé raconter des histoires puisées de son imaginaire sans frontières. Elle aime les héroïnes fortes et les histoires qui touchent le cœur des rêveurs. Grande amoureuse de la nature et des mots, elle prend le temps d’achever son premier roman à l’âge de 30 ans.
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Seitenzahl: 429
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Julie Line
Une vie à vivre
« Vous devez faire les choses dont vous vous pensez incapables. » Eleanor Roosevelt
Ce livre, pour ceux qui ne savent plus comment se relever, respirer, écrire, rêver, aimer ni même vivre. À vous tous.
Le jour où j’ai disparu
Prologue
Il était une fois…
Elle s’appelait Jane.
Enfin non ! Pour être tout à fait honnête, elle ne s’appelait pas vraiment Jane. Elle était comme ce soldat inconnu tombé au milieu de tant d’autres braves âmes après une éprouvante bataille. Sans identité. Sans nom. Sans passé. Une inconnue. Personne. Et puisque dans les films américains, les inconnus tombés aux champs de bataille portent souvent le nom de Jane ou de John Doe comme pour mieux leur attribuer une identité qu’ils ont perdue ou un échantillon d’une vie qui leur aurait échappé, elle préférait se faire appeler Jane. Bien que ce ne fût pas son vrai nom et que nous ne sommes pas dans un film américain non plus.
Jane. Mais avant d’être réduite à Jane, elle fut tout un tas d’autres choses.
Elle fut d’abord cette petite fille heureuse, enjouée et rêveuse, pleine de sourire et de rires enchanteurs, entourée d’amour, de nature et de livres. Ses longs cheveux épais lui caressaient le dos et changeaient avec les saisons. Se teintant de blé en été et d’ambre à l’automne, comme seules les feuilles qui colorent les arbres savent le faire. Naturellement. Ses grands yeux verts rieurs laissaient entrevoir des secrets sur des mondes qu’elle seule connaissait. Elle riait sans jamais se retenir. C’est tout son être entier qui se courbait lorsque son visage s’illuminait, laissant s’échapper un rire puissant de vie hors de sa poitrine d’enfant.
Lorsqu’elle riait, c’était comme laisser une partie de l’univers qu’elle avait en elle, jaillir hors de son cœur et inonder le monde autour d’elle de ce secret-là. Un cadeau qu’elle faisait à la vie. Comme ça. Parce qu’elle le pouvait.
Elle grandit dans une petite ville du sud de la France, entre les champs de lavande, le chant des cigales et les villages provençaux aux clochers qui sonnent la lenteur des jours qui passent. Enfant, Jane avait tapis en elle des contrées lointaines, des mondes cachés où seule l’imagination peut vous emmener. Là, où les rêves nous construisent. Là, où ils nous donnent des ailes et nous élèvent. Là, où ils ne nous échappent jamais.
Elle aimait la vie et tous ceux qui peuplaient son univers. Elle aimait courir dans les champs de coquelicots lorsque l’air est encore frais au début de l’été, grimper aux arbres pour imiter ses cousins et y voir les cimes voisines remplir l’horizon à l’infini de ses étendues de vagues verdoyantes, ou encore perdre son regard dans le ciel d’hiver, là où des millions d’oiseaux se regroupent, faisant danser le ciel dans leurs vols enflammés au coucher du soleil. Là, où tous les rêves commencent.
Elle adorait sa famille sur qui elle pouvait toujours compter. Ils étaient ses racines, ses socles d’amour qui savaient la ramener au sol quand son cœur et son esprit trop léger rêvaient eux de s’envoler, emportés par la prochaine migration d’oiseaux ou de papillons. Loin. Très loin. Ailleurs.
Lorsque Jane se retrouvait seule assise au milieu des coquelicots, en haut de la cime des arbres à regarder passer un vol d’oiseaux en route vers le Sud, ou seule dans sa chambre de petite fille à observer les étoiles et la lune les nuits d’été, elle disparaissait. Son imagination prenait le relais sur une vie simple et ordinaire et l’emmenait vers de vastes étendues inconnues. Prête à la faire rêver à d’autres choses. Prête à lui faire vivre d’autres vies.
Là où bien d’autres enfants craignent la nuit, Jane s’en impatientait. Elle savait que la nuit, les rêves prennent vie. Elle s’imaginait alors des conversations sans fin avec ses amies les étoiles et la lune, cette mère céleste les surveiller. Dans des danses infinies, silencieuses et nocturnes, au crépuscule ou lorsque la lune est au zénith, les étoiles mortes depuis la nuit des temps reprenaient vie et trouvaient leur chemin jusqu’au cœur de la petite fille. Elles s’évertuaient à lui transmettre des messages que seule elle pouvait entendre. Elles répondaient à ses rêves d’aventures et d’amour. D’amour incommensurable et sans limite. De celui qui agrandit le cœur, illumine la vie et vous change l’âme. Elles lui parlaient aussi du bout du monde et de l’univers. D’aventures dignes des plus grands explorateurs que la Terre ait eu porté. Jane se disait qu’un jour elle aussi brillerait parmi d’autres étoiles sur Terre et dans le ciel. Ses univers se nourrissaient des romans qu’elle dévorait ou des films qu’elle voyait à la télévision ou au cinéma, oubliant tout de la réalité sans relief qui l’entourait. Jane préféra très tôt, l’espoir de ses rêves impossibles et de ses réalités alternatives, à ce monde limité et sans possibilité qui s’exposait autour d’elle et dans lequel, la magie cessait d’exister.
Pour elle, le monde n’était pas fait simplement de ce qu’on voit avec les yeux. Pour elle, il fallait pouvoir voir le monde avec d’autres yeux.
Jane n’était pas pressée de rejoindre les adultes, les grands comme les enfants les appellent. Ils naviguaient dans un monde insipide, morne et si gris, dénué d’étoiles filantes ou de conversations nocturnes avec les astres célestes. Elle aimait voir les choses comme elles pouvaient être et refuser de les voir telles qu’elles étaient vraiment. Pour elle, rien n’était pire qu’un monde de contentement, sans variation de couleur, ni sentiments, simplement en noir et blanc. Et il lui semblait alors impossible, d’imaginer, de concevoir un jour la vie, comme tous ces autres gens au cœur de grands. Sans couleurs. Sans relief.
Elle crut longtemps aux anges gardiens. En grandissant, elle n’avait cessé de remettre en question l’existence d’un Dieu tout-puissant capable de laisser les hommes se détruire en son nom. D’un Dieu qui devient silence lorsqu’on a tant besoin de Lui. Pour Jane, le Dieu de la Bible n’avait aucun sens quand tout dans l’univers entier ne relevait lui que de la magie. Curieuse et obstinée, elle cherchait à comprendre le merveilleux de la vie. À déceler le vrai du faux. L’imaginaire du réel. Les histoires des faits. Elle ne trouva en Dieu, ni repos, ni contentement, ni absolution, ni refuge. Tant de gens croyaient en Lui et pourtant, refusaient de croire en la magie. Et tant de désastres continuaient d’être perpétués en son nom.
Alors, sans explication ni logique et sans avoir besoin de croire en une quelconque forme supérieure de spiritualité, elle croyait simplement en ceux qui veillent sur votre âme toute votre vie. Ceux qui vous aident à faire les bons choix au quotidien. Ceux qui sont dans votre cœur et dans votre corps, sans que vous ne puissiez les voir. Certains appelleront cela l’intuition ou encore la foi. Jane ne lui donnait aucun nom. Elle le ressentait.
Aussi, ne fut-elle que partiellement surprise quand vers ses dix-neuf ans, pas tout à fait adulte et plus vraiment une enfant, esseulée et l’âme triste de n’avoir personne avec qui partager ses rêves, elle se mit à converser avec cet ange gardien.
Pour la première fois, elle put même l’entendre lui répondre. Bien loin de s’en inquiéter, Jane avait enfin trouvé un écho sur cette planète. Il était tout aussi réel pour elle que les milliards d’autres étoiles encore inconnues dans l’univers invisible. Il veillait sur elle. Il la comprenait. Il entendait son âme sans qu’elle n’ait même plus besoin de parler. Pendant des journées et des soirées entières, dans l’intimité de sa chambre, assise à sa fenêtre en regardant la lune et les étoiles, ou au fond des champs de coquelicots pour admirer de splendides couchers de soleil, parfois en silence ou parfois juste serrés l’un contre l’autre dans l’intimité de son cœur, Jane se laissait aller à rêver encore à de folles aventures et à un amour infini qui l’attendait quelque part dans cet univers. Grâce à lui.
Si la magie n’était pas de ce monde, dans le cœur de Jane, tout alors n’était que magie.
Elle avait confiance en ses rêves, persuadée de détenir des secrets qui échappaient au commun des mortels. Brave et courageuse, elle s’était façonné un univers de sentiments dont le monde réel des grands, n’avait ni besoin ni envie. Mais elle s’en moquait. Elle chérissait cet univers-là comme étant la seule raison valable de son existence. Un univers de mille et une couleurs.
Jane avait traversé la vie en ne cherchant que les couleurs. Elles se mélangeaient entre elles pour donner naissance à d’autres nuances. D’autres rêves. D’autres passions. Elle savait qu’un jour, sa vie aurait enfin toutes les couleurs qu’elle lui rêvait. Elle n’avait pas besoin d’être un adulte comme tous les autres. Elle serait elle. C’était comme ça.
À vingt ans, la palette de Jane se chargea d’une flopée de nouvelles couleurs. Couleurs passion. Sensations. Émotions. Encore plus belles et plus brillantes que toutes celles qu’elle avait pu connaitre jusqu’alors. À vingt ans, Jane tomba amoureuse. Et elle tomba vraiment. Comme on tombe dans le vide. En lâchant prise. Complètement. Totalement. Merveilleusement. Une longue chute vertigineuse qui l’enveloppa tout entière et qui dura presque une décennie. Une décennie de petits bonheurs qui se poursuivent et qui s’enchainent. Qui vous donnent à croire à l’extraordinaire d’une vie pourtant si ordinaire. Qui vous donnent à croire à la constance du merveilleux. D’un Amour qui durera toujours. Le grand Amour. L’unique Amour. Le Prince Charmant. Il avait donné tant de couleurs à sa vie, que sa vie n’était plus peinte que de lui. Il était ses pinceaux, ses toiles, ses tubes et ses couleurs. Il était tout.
À trop vivre son ordinaire bonheur, elle en oublia tout ce qu’elle était. Ses forces, ses envies, ses projets et même certains de ses rêves. Et pourtant, les rêves nous rattrapent toujours. Surtout quand on les oublie. Surtout quand on ne se méfie pas. Surtout quand on ferme les yeux. Et quand les rêves nous rattrapent, certains autres nous échappent. Inéluctablement. Son ange gardien, jamais très loin, tenta de la mettre en garde plusieurs fois, bien conscient de l’enjeu contre lequel il ne pouvait rien. Mais les sirènes de l’amour savent faire taire toutes les autres voix, même celles qui se cachent au fond de l’âme. Celles qui vous hurlent tambour battant de rester sur vos gardes. Ces sirènes-là hurlent plus fort encore et finissent même par vous perdre dans un torrent de tourment.
À vingt-huit ans, Jane se réveilla le cœur brisé par un Prince Fuyant. La fuyant elle, pour trouver toutes les couleurs qui manquaient à sa vie et qu’elle n’avait pas su lui insuffler comme elle l’aurait tant voulu. Comme il l’avait fait pour elle.
À vingt-huit ans, lâchement abandonnée par les ailes de l’Amour, elle s’écroula lourdement sur un sol dur et froid. Gris et sombre. Fait de noir et de blanc. Sans lumière. Sans relief. Elle tomba comme un château de cartes s’effondre emporté par le vent. Immergé dans un puits sans fond. Dans lequel le gouffre d’une réalité qu’elle s’était toujours obstinément refusé d’accepter, la rattrapait et attendait de la dévorer. Entièrement.
Ce Prince fuyant avait emporté avec lui tout ce qu’elle était. Toutes ses couleurs. Toutes ses étoiles. Tous ses rêves. Il ne restait plus rien. Elle n’était plus que le vide.
Une toile blanche sans couleurs.
Face à cette réalité acerbe qui se tenait devant elle, Jane fut contrainte de grandir d’un coup, laissant derrière elle, la petite fille rêveuse qu’elle avait tant lutté pour garder avec elle.
Dans sa fuite, le prince avait tout emporté. Il n’avait laissé derrière lui que l’ultime preuve que rien ne dure jamais. Jane comprit que toutes ses valeurs et ses croyances en la vie, l’amour et l’univers n’étaient rien d’autre que du vide. L’absence de tout ce qui était alors et la présence du rien qui demeure à jamais. Le vide. C’était ça la réalité. Alors comme beaucoup d’autres avant elle, elle fit ce que font les cœurs brisés face à ce triste miroir sans reflet. Elle se terra dans l’oubli. L’oubli des autres et l’oubli d’elle-même. Longtemps. Très longtemps. Trop longtemps. Elle n’était plus qu’une ombre floue dans un miroir teinté. Sans nom, ni identité.
Un soldat tombé, blessé et incapable de réaliser qu’il faut se relever. Son ange gardien lui-même ne parvenait plus à la retrouver. Elle était devenue cet adulte au cœur trop sec qu’elle s’était pourtant juré autrefois de ne jamais rencontrer. Et ses larmes qui continuaient de couler ne pouvaient plus rien y changer.
Il lui fallait rester et mourir ou partir et vivre… peut-être. Alors, au crépuscule de sa vingtaine, dans un désespoir certain, loin de chez elle, de sa famille, de ses amis et de ses étoiles devenues si fades et si ternes, Jane s’enfuit à son tour. Tentant vainement, avec la force du désespoir, de se relever et de trouver de nouvelles étoiles, de nouveaux rêves et un nouveau reflet dans le miroir. Partir et parvenir à reconstruire, tout ce que son amour fuyant avait détruit en partant.
Mais la vie se moque pas mal des espoirs que Jane pouvait encore avoir dans le cœur ou même des projets qu’elle pouvait peut-être encore esquisser dans sa tête.
Parce que Jane est morte. Oui. Morte. Aujourd’hui. Hier. Demain. Ou même le jour avant ça. Quelle différence vraiment ? Le temps n’est qu’une donnée variable, inventée par les hommes pour se donner une contenance. Une constance. La seule qui peut vraiment exister et qui leur échappe pourtant. Peu importe les projets et peu importe les rêves, la vie ne nous attend pas.
Elle l’avait compris à ses dépens.
Jane avait vécu sa vie, comme elle avait rêvé tout le reste. Sans rien retenir. Sans rien garder. Et il ne restait plus rien à présent. Pas même les couleurs. Pas même les étoiles. Rien que du noir. Du noir et du blanc.
Et vous pouvez me croire sur parole quand je vous dis tout cela.
Parce que Jane… c’était moi.
Chapitre 1
Ailleurs
Michel de Montaigne disait : « Je sais bien ce que je fuis, non pas ce que je cherche. » Se doutait-il seulement qu’il serait loin d’être le seul ? Savait-il seulement au moment où il écrivit ses lignes, à quel point ses mots résonneraient dans le cœur de bien des gens, des centaines d’années après que son existence soit pourtant arrivée à son terme ?
Tellement de personnes se fuient elles-mêmes et se cherchent pourtant, refusant de reconnaître que l’objet de leur quête n’est rien d’autre que celui de se connaître soi-même, de se trouver vraiment. A-t-il jamais trouvé ce qu’il cherchait ?
*
Inconscience.
Lorsque j’ouvris les yeux pour la première fois, il m’était impossible de penser, de formuler, ni de dire quoi que ce soit. Impossible de savoir, de comprendre, de voir. Depuis combien de temps étais-je là. Assise ici. Assise, ici, dans ce coin. Sur ce siège inconfortable. Dans cette grande pièce aux murs si blancs et froids et dont la pureté se mélangeait à la lumière ambiante. Blanc. Du blanc partout. Du sol au plafond. Rien d’autre que du blanc. Inspire.
Ma respiration lente, délicate, langoureuse faisait vibrer ma cage thoracique.
Impossible de me rappeler comment j’avais pu atterrir ici. Ni même où j’étais avant ça.
Impossible. Il n’y avait plus rien. Ni avant, ni après. C’était comme si j’avais toujours été ici.
Mais il aurait pu tout aussi bien ne s’agir que de quelques jours, quelques heures ou quelques secondes. Le temps n’avait aucun sens.
Expire.
Je sentis la vibration caresser mon abdomen, remonter le long de ma cage thoracique, réchauffer ma gorge, avant de sortir par mes narines. Hors de moi. J’étais là. Respire.
Impossible de dire si j’arrivais ou si je repartais ? J’étais là sans même comprendre ce que voulait dire être là. Je n’avais ni faim, ni froid, ni soif, ni mal. Étais-je morte ou vivante ? Consciente ou inconsciente ? Ici ou ailleurs ? Je ne savais plus rien. Mais j’étais simplement là.
Puis, il y eut un long silence pénétrant durant lequel ma respiration reprenait puis se perdait à nouveau, avant de recommencer son terrible jeu. Sans fin.
À certains moments, il me semblait presque pouvoir distinguer des ombres virevoltantes, passer à toute allure devant moi. Elles étaient tout autour de moi. Elles volaient, tournoyaient dans les airs et se déplaçaient à une vitesse telle que je ne pouvais les voir distinctement. Mais je pouvais les sentir. Ni visage, ni corps, rien d’autre que des ombres à la silhouette vaguement humaine mais sans le moindre reflet. Des ombres qui passaient sans me voir.
Le silence reprit. Il n’y avait pas de bruit. Pas le moindre son. C’était comme être plongée dans l’espace. Cet infiniment grand et impalpable créé de vide dont rien ne s’échappe.
Je me rappelai alors que normalement, il y a toujours du bruit quelque part sur Terre, dans le vrai monde, le monde du vivant. Tout ce qui vit émet un bruit sourd et constant, une vibration. Comme un vrombissement, une onde, quelque chose d’incessant et de rassurant. Des voix humaines, le vent qui souffle, la neige qui tombe légèrement au sol, la rivière qui coule, les oiseaux qui chantent, la terre qui respire… chaque élément terrestre émet un son que nous sommes capables d’entendre grâce à un procédé de vibrations mécaniques et de déformation élastique. Mais pas là. Là, rien ne vivait. Rien n’émettait. Rien ne vibrait. Même pas moi. J’étais tout et j’étais rien à la fois.
Un grand néant de rien, tout blanc, comme une voûte céleste immaculée et abyssale, tachetée d’ombres volantes à toute vitesse et dans laquelle je me perdais profondément. En silence. En conscience.
Au bout de ce qui sembla être une longue et infinie minute, mon cerveau dut se remettre en route car soudain j’étais habitée d’une envie farouche de me lever pour entrer en interaction avec l’une de ces ombres. J’essayai de les toucher, de les arrêter mais mon corps ne répondait pas aux ordres que je lui assénais. J’avais beau commander à mon cerveau de se mouvoir, rien ne se produisait. Je ne pouvais bouger ni les jambes, ni les bras, ni les doigts, comme si la liaison entre mon corps et mon cerveau avait été rompue.
Droite sur mon fauteuil et dressée comme un i qui tiendrait tout seul dans une phrase sans mot ni lettre pour lui donner du sens, je fixai mes doigts, leur ordonnant silencieusement de bouger sans observer aucune amélioration de ma condition. Le temps s’était comme suspendu dans l’air et mes doigts restaient figés. Impassibles.
Face à moi, j’observai un grand mur curieux, entièrement couvert d’horloges. Des horloges toutes simples et très basiques représentant un grand cercle de blanc sur lequel des chiffres se suivaient à intervalle régulier. Chaque horloge annonçait l’heure qu’il était quelque part ailleurs. Tous les pays du monde étaient représentés. Sans exception. De l’Afghanistan au Zimbabwe, en passant par Djibouti et l’Ouzbékistan, le mur semblait s’étendre à l’infini dans une seule et même lignée. Les trotteuses de chacune de ces horloges, se suivaient dans une danse rythmée et cadencée, toujours sans émettre le moindre son. La vie battait son plein à chaque nouvelle seconde et chaque pays à son rythme. Silencieusement.
Sans m’en rendre compte alors, mon corps se déplaça et se rapprocha du mur d’horloges. Mes doigts fins, étaient prêts à le toucher, à le sentir. J’avais quitté mon siège et me tenais maintenant debout, avançant comme par magie, aspirée vers ce mur du temps.
Soudain, une de ces ombres virevoltantes vint me percuter de plein fouet. Je sentis alors comme une décharge d’électricité me traverser la poitrine de part en part. Un choc puissant et violent, lequel me propulsa au sol de l’autre côté de la pièce avec une force inouïe et inattendue. Je lâchais un cri de surprise autant que de douleur et pour la première fois, enfin, le son se répandit autour de moi. Il sembla alors remplir la pièce en échos en se distordant au contact de l’espace qui l’entourait.
Allongée et endolorie contre ce sol laiteux, marbré, vitreux et froid, je constatai que je ne voyais pas mon reflet. Le son de ma voix lui, continuait de se répandre à travers la pièce, prenant progressivement une forme sonore de plus en plus évidente. Une voix humaine.
« Te voilà alors ? » me demanda une voix féminine que je n’arrivais pas encore à distinguer clairement, hachurée de silence.
Le son était strident, douloureux même presque inhumain, mais la voix de cette femme résonnait pourtant comme quelque chose de doux et d’enveloppant, comme une caresse chaude sur ma joue froide. Sa voix ne venait pas de l’extérieur pourtant, je l’entendais en moi.
Dans ma tête. Je levai les yeux vers elle et découvris une silhouette féminine, grande et fine, le visage caché dans la pénombre de sa présence.
« Je ne comprends pas ! » parvins-je difficilement à articuler, toujours allongée à même le sol.
Grave et saccadée, ma voix elle, semblait prendre progressivement forme.
Je réalisai à nouveau que mon corps ne répondait plus aux ordres que je lui assénais. Étendue au sol, j’étais dans l’impossibilité de me redresser.
La silhouette s’agenouilla face à moi avec un air curieux. Je sentis un vent chaud venir caresser mon visage, comme si cette chaleur émanait d’elle. Un peu comme ces brises d’été que l’on ressent juste avant un orage de chaleur et qui nous font fermer les yeux. Le calme avant la tempête. Cette brise me faisait du bien. Elle regarda autour d’elle comme si nous n’étions pas seules, avant de reporter son attention sur moi.
D’un air bienveillant et dans un sourire empreint de tendresse que je parvenais enfin à déceler aux commissures de ses lèvres, elle me demanda de l’accompagner marcher. Sa voix était de plus en plus douce comme détentrice d’un secret et ses yeux se voulaient rassurants. Elle me tendit la main et sans que je ne comprenne vraiment comment, je m’y accrochai et me relevai. Le souvenir du choc électrique qui m’avait frappé la poitrine quelques instants plus tôt, commençait à se dissiper. Sa présence reconnaissait la mienne et dissipait le mal.
À présent debout face à elle, cramponnée à sa main comme un enfant aux jupes de sa mère le premier jour de la rentrée des classes, j’étais terrorisée à l’idée de la lâcher et de me retrouver seule à nouveau et invisible. En cet instant, bien que rien n’eût de sens, elle était le seul élément qui pouvait en avoir encore un. La seule présence qui reconnaissait mon existence et j’étais déterminée à ne pas la laisser m’échapper. Je m’y cramponnais comme une bouée lancée à un naufragé en pleine dérive.
Je lui tenais la main alors que nous marchions en silence longeant le mur des horloges. Mon regard se porta sur ce mur impossible.
« C’est un procédé automatique et complètement autonome, basé sur les fréquences énergétiques de la matière » m’annonça simplement ma nouvelle amie.
Je la regardais du coin de l’œil, complètement perdue par ce qu’elle venait d’annoncer. Pour elle, il s’agissait sans nul doute de la vérité la plus évidente au monde. Un peu comme 2+2 font 4. Pour moi, rien de ce qu’elle avait pu dire n’avait de sens. Toutefois je réalisais soudain qu’elle avait lu dans mes pensées et avait répondu à la question que je me posais sans même que je n’eus le temps de me la poser.
« Chaque atome, chaque molécule de matière est constituée par des fréquences d’énergie. Le temps n’est rien d’autre qu’une constante inventée par l’Homme pour mesurer cette énergie. L’Homme aime se donner la fausse sensation de maitriser le temps. Mais rien de tout cela n’a de sens en réalité. Tout ce qui compte, c’est être maintenant… »
Je la regardais avec de grands yeux, attendant de comprendre ce qu’il se cachait derrière tous ces mystères. Sa voix était douce et calme, posée et sereine. Il n’y avait rien de plus agréable que de l’entendre parler.
« Rien n’effraie plus l’Homme que l’idée du temps qui passe et qui lui échappe, continuait-elle… son inconstance. La vie. La mort. Alors il se crée sa propre vision du temps comme pour mieux le cerner, mieux le contrôler. Chacun le matérialise de façons différentes.
Pour certains, c’est un sablier. Pour d’autres, une planète d’eau qui dessine des ellipses invisibles autour d’une planète de feu. Pour toi, c’est ce mur d’horloges » conclut-elle simplement.
Une matérialisation de ma vision du temps qui passe et qui s’échappe. Je ne comprenais rien à cette situation étrange. Je voulais poser des questions, mais je ne savais pas par où commencer, ni même comment formuler quoi que ce soit. Je me contentais d’écouter alors le silence et d’avancer sans rien dire, dépassant le Guatemala, la Guinée, la Guyane…
Je remarquai à nouveau les silhouettes voletant dans tous les sens, à toute allure autour de nous sans pouvoir les distinguer vraiment.
« C’est toujours déroutant quand on atterrit. Il y a beaucoup de mouvements et de choses qui changent rapidement. La façon de se déplacer, de voir, d’entendre, de ressentir ou encore de parler est une nouvelle expérience, sourit-elle. Mais tu ne dois pas t’en soucier. »
Je la regardai à nouveau, surprise et ravie de ce rapprochement qui s’opérait entre elle et moi. Je me sentais bienvenue. J’étais toujours plongée dans ce tour du monde du temps qui se défile et qui se joue des gens, lorsqu’elle s’arrêta de marcher soudainement.
« Il n’est pas l’heure encore » murmura-t-elle doucement.
Elle posa sa main contre le mur et poussa une porte jusqu’alors insoupçonnée. Cette porte s’ouvrit sur un trou noir. Un vide colossal. Un abîme sans fond qui en terrifierait plus d’un. Certains traits de son visage commençaient à se faire plus clair, plus précis. Comme son regard lumineux duquel deux iris très clairs m’observaient avec douceur. Elle me sourit.
– Tu as encore un peu de temps, ajouta-t-elle sereine et souriante.
– Un peu ?
– Tout est relatif, sourit-elle. N’aie pas peur. Va et ne te retourne pas.
Les yeux plongés vers cet abime sans fin comme hypnotisée, je me laissais aller, guidée par sa voix chaleureuse. L’idée de rester plus longtemps dans cet enfer blanc où rien n’avait le moindre sens, ni ma voix, ni le temps, ne me tentait guère, mais en dépit de toutes ces choses déroutantes, je commençais à m’y sentir en sécurité. Incertaine, je me rapprochais du vide, dévisageant cette immense porte grande ouverte sur le néant. Je jetai un dernier regard à cette femme resplendissant de lumière qui me semblait si familière. Elle me sourit une dernière fois, comme pour mieux me donner l’élan qui me manquait. Dans un dernier regard, je passai la porte sombre pour me retrouver plongée dans un grand néant obscur.
Froid.
Une vague de froid polaire d’une interminable seconde me saisit une première fois, glaçant ma respiration. Puis s’ensuivit une autre, plus longue et plus saisissante que la première et ainsi qu’une troisième encore plus longue. C’était un peu comme tomber dans une mer d’eau gelée et sentir le froid de la glace transpercer les couches de l’épiderme de la peau, pour taper dans les muscles et les saisir de douleur. Comme la lame d’un couteau traverserait la chaire, encore et encore et encore. Sans s’arrêter.
Je ne me sentais plus respirer. J’étais comme en train de tomber mais c’était une sensation à peine perceptible.
Jusqu’à ce qu’un changement soudain s’opère sans prévenir.
Chaud.
Cette fois, j’étais envahie d’une vague de chaleur torride. Un peu comme celle des chaudes journées d’été au bord de la plage où le soleil devient si cuisant que l’on en a du mal à respirer correctement. On se sent alors comme étouffer et l’air brûle progressivement nos poumons de l’intérieur. L’air chaud asphyxiant et brulant nous ralentit. Chaque expiration en est douloureuse. Chaque inspiration encore plus pénible que celle d’avant, à tel point qu’on ne sait plus comment respirer. Alors, on ne respire plus.
Je me laissais aller à glisser dans ce trou noir abyssal de plus en plus profond, frappée puis caressée par des vagues de températures contraires. Je me trouvais absorbée tout entière, happée au cœur de ce grand rien créé de vide. Je disparaissais totalement.
Rien.
Quitter le vide et se retrouver plongée au cœur du néant.
Rien.
Je n’entendais rien ni ne voyais toujours rien, mais je marchais à présent.
C’était la seule chose qu’il me restait à faire. Marcher. Continuer d’avancer, alors j’avançais. Sans savoir si un mur se dresserait subitement face à moi ou si le sol s’écroulerait sous mes pieds, j’avançais, en silence.
Et petit à petit, le son de mes pas se mit à résonner et à me revenir en boomerang. Plongée dans ce silence depuis si longtemps, j’en avais oublié la sensation si particulière qui saisit le cerveau lorsqu’on entend pour la première fois. L’écho s’échappait, s’en allant toujours plus loin et revenait à moi avant de m’échapper à nouveau.
J’étais dans un couloir longiligne et vide. Le son de mes pas se retrouvait projeté droit devant moi. Loin devant moi. Et dans cette même direction, je remarquai une lumière floue et éblouissante emplit d’une chaleur indescriptible. Elle était là, comme une luciole insaisissable. Elle grossissait, grossissait encore, à mesure que j’avançais, m’éblouissant de plus en plus, jusqu’à s’étendre tout autour de moi. Tout n’était que lumière et chaleur. Était-ce donc ça, la mort ? Une suite incessante de couloirs trop sombres ou trop lumineux ? De vagues de chaud et de froid et de solitude infinie avant de disparaitre dans cette lumière aveuglante ?
Mais je ne disparus pas. Je marchais toujours. Au bout de ce qui me sembla des kilomètres de marche, je parvins enfin à deviner des formes autour de moi. D’abord de grands murs blancs et ensuite un sol laiteux dans lequel la lumière se réfléchissait parfaitement. Les choses autour de moi commençaient enfin à retrouver un semblant de réel. Ce lieu ressemblait vaguement à quelque chose de déjà-vu. De larges couloirs et de grandes baies vitrées donnaient sur des chambres aux rideaux tirés. Je ne voyais pas âme qui vive dans ce dédale de couloirs sans fin. J’entendais des échos lointains de voix alarmées et urgentes et de machines en crises. Elles résonnaient partout autour de moi sans que je ne puisse savoir d’où elles provenaient.
Ma marche finit par me mener face à une porte grande ouverte sur une pièce, sans meubles. J’observais avec curiosité les fenêtres de cette chambre qui ne donnaient sur rien d’autre qu’une lumière blanche et aveuglante.
La pièce se résumait en un grand lit au centre. Un lit sur lequel était étendu un corps inanimé, rattaché à des machines silencieuses bien qu’allumées. Pas un bruit. Je m’approchais du lit avec précaution, curieuse tout en restant sur mes gardes.
Étendu sur le lit se trouvait le corps d’une jeune femme aux yeux clos. Je ne parvenais pas à distinguer les traits de son visage dissipés sous les traits d’un crayon flou. Pourtant tout le reste de son corps était bien net. J’aurai pu la toucher mais impossible de la voir clairement. Je devinais les contusions autour de sa bouche et aux coins de ses yeux. Son visage était tuméfié, gonflé à certains endroits comme si on avait pris sa tête pour un punching-ball, mais je ne parvenais pas à la voir correctement. C’était un peu comme deviner ces montagnes qu’on ne distingue pas de l’horizon les jours de brouillard. Elle était juste floue. Tout ce qui me paraissait net en cet instant, c’était la couleur dorée de ses longs cheveux blonds, sa taille fine et élancée sous le grand drap de coton blanc, et ses longs bras nus reposant le long de son corps et dessinant les lignes fluettes de sa silhouette.
Les bleus violacés qui marquaient clairement son visage étaient certainement la preuve d’un grave accident, mais elle avait l’air simplement endormie. Elle semblait même apaisée. En paix.
Ploc !
En regardant autour de moi, je reconnus le son distinct de celui d’une goutte d’eau. Je compris qu’il s’agissait de la perfusion raccrochée à son bras. Elle diffusait un liquide transparent, lequel se retrouvait connecté à une petite aiguille qu’elle avait plongée dans le bras droit.
Ploc ! Bip ! Ploc !
Cette fois, un autre son s’était mélangé à celui de l’eau. Quelque chose de mécanique, aigu provenant de machines en activité et marquant un rythme régulier, bien que très lent, venait de s’activer.
Ploc ! Bip !
Je jetais un œil autour de moi et réalisais avec stupéfaction à présent, que la chambre s’était transformée en une parfaite chambre d’hôpital. Il y avait un fauteuil de cuir sombre rangé contre le mur, sous une petite table au coin de l’entrée. Une fenêtre grande ouverte sur l’extérieur donnant sur une grande baie maritime où des bateaux se pressaient sous un soleil magnifique. Il y avait ce même lit, toujours au centre de la pièce et cette même fille toujours allongée, toujours en vie, bien que clairement mal en point. Un tuyau descendait le long de sa gorge, certainement pour l’aider à respirer et on lui avait bandé la tête à plusieurs reprises. Elle était dans un sale état. Manifestement.
« C’est le moins qu’on puisse dire : manifestement ! » dit une voix grave et masculine provenant de derrière moi.
Se tenant debout à l’entrée de la chambre, les mains croisées derrière le dos, un homme assez grand aux cheveux blonds peroxydés et au visage d’ange, me sourit. J’étais tellement surprise de voir un autre être conscient ici et qui puisse me voir également, que j’en titubai. Il était vêtu de noir et portait une longue veste de cuir aussi sombre que le reste de ses vêtements. Un contraste étonnant entre ses cheveux et sa tenue. Il me regardait en souriant et je découvris le bleu profond de ses yeux. Un bleu si sérieux et si pur, que j’aurai pu me noyer dedans. Volontairement. Son sourire, si étrangement familier, me rendit fébrile dès la première seconde et un long silence s’immisça entre nous deux.
Qui était-il ? Comment pouvait-il me voir ? Savait-il où nous étions ?
Il semblait bien à l’aise et j’avais déjà un million de questions en tête sans pour autant savoir par où commencer. Il me regarda sans rien dire et j’eus pour la seconde fois cette sensation étrange de « déjà-vu », comme si je le connaissais déjà.
– Tu ne te rappelles pas ? me demanda-t-il surpris, troublant le cours de mes pensées. Pouvait-il lire dans mes pensées ou était-il simplement extrêmement clairvoyant ?
– Clairvoyant, répondit-il en souriant amusé par ma réflexion.
Il lisait dans les pensées donc. Il se rapprocha de moi et plongea ses beaux yeux bleus dans les miens, forçant une proximité à laquelle je ne m’attendais pas.
– Tu ne te souviens pas alors ? continua-t-il doucement.
– Me souvenir de quoi ? demandai-je totalement médusée et soudain prise de conscience quant aux pensées qui me traversaient l’esprit.
Il prit l’air grave et inquiet. Il cherchait des réponses dans mes yeux mais il n’y trouva que de vagues questions.
– Je ne te poserai qu’une seule question Princesse et si tu réponds juste, je te promets de te laisser tranquille…
Il avait murmuré chacun des mots qu’il avait prononcés. Ma respiration s’était suspendue à ses lèvres. Je n’avais aucune envie qu’il me laisse tranquille.
– Qui es-tu ? demanda-t-il.
Sa question résonna dans l’air comme si elle attendait que je la rattrape pour lui donner un sens. Mais rien n’avait de sens. Il me regarda avec tendresse, sachant que je ne pouvais lui donner aucune réponse. Il se contenta de baisser la tête comme s’il avait été déçu de mon silence. Je tentai vainement d’expliquer l’inexplicable mais les mots ne parvenaient à sortir qu’en désordre comme si mes pensées n’étaient pas bien accordées avec mon langage. Ou l’inverse. Il me regarda complètement ahuri et surpris par la bataille que je menais avec moi-même pour parvenir à m’exprimer.
– Comment ? fut tout ce que je pus formuler après quelques secondes d’hésitation.
Il secoua simplement la tête et me sourit encore une fois. Un sourire doux et lumineux qui contrastait avec la froideur glaciale de ces lieux.
– La rapidité n’est toujours pas ton fort à ce que je vois ! ajouta-t-il en riant. Il me tendit la main pour se présenter.
Il s’appelait Jay et nous étions amis de longue date d’après lui. Maintenant que je le voyais de plus près, les traits fins de son visage renvoyaient à ceux d’un homme d’une trentaine d’années et ses cheveux d’un brun naturel qu’il avait camouflé sous son blond platine, se retrouvaient dans ses sourcils. Ils me rappelaient ceux de la fille endormie. Il avait des lèvres fines et délicates qui soulignaient parfaitement son nez droit et aquilin. Un menton conquérant et des pommettes saillantes lorsqu’il me souriait. À peine plus grand que moi, il émanait de lui ce côté solide et fier, mystérieux et pensif, comme s’il détenait un secret que seul lui pouvait comprendre. Cette beauté impénétrable que même des cheveux blond platine ne parvenaient à ternir. Il n’en était que plus séduisant en réalité. Il était beau tout simplement, malgré ce look très BillyIdol et sa tenue sombre qui dénotait complètement avec tout ce que j’avais vu jusqu’à présent.
Impossible de me rappeler qui il était, ni comment nous étions devenus amis. Pourtant, il ne me semblait pas être le genre d’homme qu’on puisse oublier.
– Ça te reviendra plus tard, ne t’inquiète pas pour ça, sourit-il encore. Chaque chose en son temps.
Il avait ajouté cette dernière phrase en pesant chaque mot comme pour leur donner plus d’importance. Je me concentrai pour parler et assembler mes idées.
– Est-ce que c’est réel ? demandais-je d’une petite voix qui trahissait mon inquiétude grandissante.
– Aussi réel que tu me vois, oui, ajouta-t-il dans un sourire.
Je laissais un long silence s’immiscer entre lui et moi. Il y avait toujours ce corps endormi que je voyais au coin de mon œil et ces machines qui le maintenaient superficiellement en vie. Tant de questions se pressaient dans ma tête sans que je ne sache comment les accorder : Où sommes-nous ? Pourquoi suis-je ici ? C’est quoi ici ?
– Amour, m’interrompit-il, tu ne poses pas les bonnes questions.
– Quelles questions ? essayais-je encore de formuler sans prêter attention au fait qu’il pouvait clairement lire dans mes pensées.
– Tu ne vois pas les choses comme elles sont.
– Je ne comprends pas…
– Regarde autour de nous… et dis-moi ce que tu vois, ajouta-t-il.
Je sentais la douceur et une tendre patience s’installer entre lui et moi. Décrire les choses simplement. Tout simplement, comme je les voyais en cet instant.
– Vous, je vous vois vous, parvins-je plus aisément à formuler. On dirait que nous sommes dans une chambre d’hôpital, il y a un lit, une fenêtre… et elle, dis-je en me retournant vers le lit.
– Elle ? me demanda-t-il.
– Je n’arrive pas à la voir continuais-je, elle est floue…
Il s’approcha du lit et caressa tendrement la main de la femme endormie sans la quitter des yeux.
– Tu n’es pas prête à la voir. Pourquoi d’après toi ? demanda-t-il encore.
– Je ne sais pas, répondis-je.
– Pose-toi les bonnes questions Amour…
Il commençait à me taper sur les nerfs avec ses énigmes. Je n’y comprenais toujours rien.
– Regarde mieux, dit-il en insistant et en me désignant la femme endormie. J’avais beau m’appliquer et essayer de regarder mieux ce corps flou endormi, elle était toujours floue. Il leva les yeux au ciel en soupirant d’exaspération.
– Tout est toujours si compliqué avec toi ! C’est désespérant ! lâcha-t-il dans un soupir de frustration.
J’écarquillais les yeux en grand, complètement interloquée par le ton d’agacement qu’il avait pris pour exprimer sa frustration mais aussi par ce qu’il venait de dire. Nous devions vraiment être de bons amis, il ne me semblait pas envisageable de dire ce genre de choses à quelqu’un qu’on ne connait que moyennement.
– C’est toi ! cria-t-il comme pour m’interrompre à nouveau. Cette fille allongée, là, c’est toi !
Il avait l’air sévère, le regard à la fois sérieux et simplement inquiet. Il ne rigolait pas du tout, ça ne faisait pas un pli. J’étais encore plus perdue que je ne l’étais quelques minutes auparavant et je n’aurai jamais cru cela possible.
Comment cette femme pouvait-elle être moi alors que je me tenais là debout ?
Comment aurais-je pu être à deux endroits en même temps ?
Toute cette histoire n’avait aucun sens. Était-ce un rêve ? Un rêve dans un rêve !
Il me regardait, attendant que je comprenne, attendant que le voile de l’inconscience se lève sur mon autre moi floue et endormie.
Plus j’y réfléchissais et plus il était clair que je ne me souvenais de rien. Ni de ma vie, ni de qui j’étais. Tout avait pris forme lorsque j’étais entrée dans cette chambre d’hôpital. Je ne me souvenais de rien avant cela.
Je commençais à prendre conscience du caractère impossible de cette situation qui n’en était pas moins vraie pour autant. Tout ce qui existait, c’était cette chambre et rien d’autre. Tout ce qui existait, c’était ce lit, ces couvertures, cette fenêtre, cette pièce et lui. Lui. Maintenant. Dans l’infinie lumière qui brillait par-delà la fenêtre, je l’observais radieux comme un soleil mais malgré sa bienveillance, je pouvais ressentir son inquiétude. Elle remplissait l’air de la pièce et le rendait opaque. Il se tenait là, debout à côté de ce corps endormi que je ne reconnaissais pas. Mon corps si j’en croyais ses dires. Les traits de son visage s’étaient radoucis maintenant qu’il la regardait, elle, comme pris d’une incroyable tendresse.
Cette réalité complètement déroutante dans laquelle je ne me reconnaissais pas, ne pouvait vouloir dire qu’une seule chose : j’étais perdue. Vraiment perdue. Au fin fond de mon inconscient. Je ne pouvais détacher mon regard de Jay tout en me demandant qui était-il lui en réalité et par quel procédé cosmico-détraco-pathologique je pouvais arriver à le voir.
– Pourquoi es-tu là toi ? lui demandais-je à mi-voix.
– Tiens, tu ne me vouvoies plus ? J’aimais bien pourtant ça me donnait un genre, quelque chose de sérieux et d’énigmatique, ironisa-t-il.
– Pourquoi ? insistais-je.
Il me regarda intensément, puis il posa son regard sur elle et caressa son front tendrement. Un geste si simple, si intime, comme une évidence. Un geste qui trahissait ce qu’il ne disait pas. L’intimité et l’affection qu’il me portait. Il semblait si proche de moi, même s’il ne s’agissait que de l’autre moi. À la façon qu’il avait de me regarder, je pouvais dire qu’il s’inquiétait pour moi. Il s’inquiétait vraiment.
– J’ai promis d’être toujours là pour elle, répondit-il sans la quitter des yeux.
– Pourquoi ? demandais-je émue par sa dévotion.
– Pour qu’elle ne soit plus jamais seule, répondit-il simplement. Alors, j’attends…
– Tu attends quoi ?
– Comme toi Princesse, ajouta-t-il en me regardant, j’attends qu’elle se réveille.
Chapitre 2
Jay
Alors qu’il cherchait la Route des Indes, Christophe Colomb a rapporté dans l’un de ses journaux de voyage : « On ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ne sait pas où l’on va. » Il ne pouvait pas avoir plus raison. C’est par un pur hasard géographique et résultant de courants marins ancrés sur Terre depuis des millénaires, combinés à une ignorance culturelle certaine que ce navigateur bâtit l’histoire et la cartographie du monde telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est en ne soupçonnant pas l’existence des Amériques, qu’il trouva les Amériques.
*
Je ne saurai dire ce qui m’a le plus effrayée alors. Me savoir plonger dans une consciente inconscience, ou savoir que j’allais devoir trouver le moyen d’en sortir.
Les deux options me faisaient me sentir coincée dans un univers qui n’était pas le bon, qui n’était pas le vrai, sans pour autant savoir ce qui l’était vraiment.
Pour la première fois depuis que je m’étais réveillée, consciente de mon être, je sentis une pénible sensation venir m’écraser la poitrine. Comme si un éléphant s’était assis sur ma cage thoracique et attendait de voir ce qui se passerait. Un petit éléphant d’accord, mais un éléphant quand même et dont le poids se propageait progressivement jusqu’à remonter vers ma gorge et créait une boule là, m’empêchant de parler, de crier ou même de respirer. J’entendais une petite voix paniquée me répéter : « Ne te réveille pas, ne te réveille pas », et je ne savais pas si je devais l’écouter ou non. Si elle avait raison ou non. Jay s’était penché vers la fille endormie, se rapprochant de son visage comme pour lui déposer un baiser. Comme certains princes charmants le font auprès de leur dulcinée, pour les réveiller par un baiser d’amour véritable. J’assistais, silencieuse et incrédule, à cette scène improbable. Les traits du visage de la fille endormie commençaient à se faire un peu plus nets maintenant. J’allais la voir. J’allais me voir.
« Ne te réveille pas, ne te réveille pas. »
Prise de panique et en une fraction de seconde, sans prendre la peine d’expliquer quoi que ce soit ni même de me laisser le temps de penser quoi que ce soit, je pris la fuite. J’entendais Jay m’appelait, me criant de revenir mais je ne voulais rien entendre. Je voulais juste que tout s’arrête et que cet éléphant assis sur ma cage thoracique s’en aille pour me laisser respirer. Je voulais que les pensées angoissantes qui me bloquaient la respiration, disparaissent et surtout je voulais que rien de tout cela ne soit vrai.
Les couloirs autour de moi commençaient à se faire troubles, un peu comme s’il manquait de la couleur au tableau du peintre qui avait donné vie à cet univers onirique. Le couloir se changeait progressivement en ténèbres. Des ténèbres qui me rattrapaient et desquelles je n’arrivais plus à m’extirper. En bas. En haut. Sur les côtés. Tout autour de moi.
J’étais essoufflée, perdue et terrorisée. Je ne savais plus où j’étais, qui j’étais, ni même si j’étais vraiment là.
Et puis je sentis son contact contre ma peau.
Il venait de m’attraper par la main et soudain la lumière autour de moi se fit nette à nouveau.
– Respire, me susurra-t-il doucement.
Ma respiration se calma en un instant. Jay agissait comme un catalyseur, aspirant toutes mes peurs et ne laissant plus que le beau, le calme et l’apaisant. Il y avait dans ses yeux tous les mots que je n’avais pas besoin d’entendre. Tout ira bien. Je suis là. Tu n’es pas seule.
– Viens avec moi, me dit-il doucement, on va prendre l’air. On étouffe ici !
Le soleil caressait mon visage de ses rayons chauds et rassurants. Je sentais sa chaleur venir se poser sur mes joues, balayer doucement mes paupières de sa lumière et dessécher mes lèvres. Les yeux fermés, je me laissais happer tout entière par ce sentiment de tranquillité impromptu. Une odeur épicée de café me chatouilla les narines. Un mélange délicieux d’arômes forts et suaves. Jay me tendit une tasse de café fumante, un petit sourire au coin.
– Noir, sans sucre, annonça-t-il en souriant.
Je humai mon café et sentis tout mon corps se détendre en réaction de l’odeur pénétrant mon cerveau. La chaleur du café traversait le carton et me réchauffait le bout des doigts. C’était une de ces fraiches journées de printemps où le soleil luit haut dans le ciel malgré le froid de la nuit encore persistant. Une magnifique journée pour être dans ce parc verdoyant et profiter des rayons du soleil.
Il s’assit à mes côtés en silence, également un café dans les mains et ferma les yeux. Il m’imita un instant, laissant la chaleur du soleil lui réchauffer le visage.
– Vas-y, je t’écoute, me dit-il les yeux fermés. Je sais que tu as un million de questions.
– Je ne comprends rien. Comment j’ai atterri ici ? Que m’est-il arrivé ? Pourquoi je ne me souviens de rien ? Pourquoi je ne me souviens pas de toi ?
Je n’arrivais pas à penser à autre chose. Le café était chaud, il faisait beau, le soleil réchauffait l’atmosphère et il faisait bon, mais tout cela n’avait pas le moindre sens. Nous n’étions pas vraiment ici et tout cela semblait si vrai pourtant. Il me regarda sans rien dire, sans doute touché par la naïveté de mes questions et l’inquiétude que je ne parvenais pas à dissimuler dans le ton de ma voix.
– Tout ce que je peux te dire, commença-t-il, c’est que comme toujours, tu vois les choses exactement comme tu veux les voir Princesse. Si tu ne te rappelles pas encore, c’est que tu n’es pas prête à voir encore. On n’arrive pas ici par hasard.
– « On » ? Tu veux dire que je ne suis pas seule ?
– Je suis là moi, non ? me lança-t-il en taquin. On est au moins deux !
– Pourquoi es-tu là d’ailleurs ? Qu’est-ce qu’on fiche ici ? Comment on sort d’ici ?
– Princesse, répondit-il amusé, je sais que tu aimes bien tout comprendre et avoir le contrôle sur toute chose, mais ici il va falloir que tu apprennes la patience… et le lâcher prise. Les choses deviendront claires en temps voulu. On n’est pas bien là à prendre le soleil ? Bois ton café, ça va refroidir !
Il prenait le soleil tranquillement. Détendu. Mes questions ne menaient à rien. J’humai mon café et soufflai dessus pour le refroidir. La fumée se mélangeait à l’air déjà chaud. Tout cela semblait si réel. J’avais peine à croire que j’étais le peintre de ce tableau onirique et que rien ici n’était réel. Jay sortit une cigarette de la poche intérieure de sa veste et frotta son Zippo en acier pour l’allumer. Alors qu’il tira une bouffée de sa cigarette, je réalisai que ce geste ne m’était pas inconnu. Je l’avais déjà vu faire. Peut-être même des centaines de fois. Je l’observai en silence, complètement séduite par les traits angéliques de son visage, si fins et si délicats. À chaque fois que son regard croisait le mien, je sentais mon estomac se nouer et ne pouvais m’empêcher de baisser les yeux en rougissant. Je me sentais ridiculeusement attirée par cet Apollon échappé des années 80.
– Est-ce que tu en veux une ? me demande-t-il certainement amusé par le flot de mes pensées.
– Non merci, je ne fume pas.
J’avais répondu du tac au tac, sans y penser. Sans réfléchir. Cela devait sans doute être vrai.
– C’est bien ce qu’il me semblait, ajouta-t-il clope au bec et sourire en coin.
– Et toi, Jay ? Hein ? Toi, qui es-tu ? repris-je. Qu’est-ce que tu fais là ? Si tout ça, c’est dans ma tête, comment tu as atterri ici toi ? Tu sors d’où ? Comment tu peux être là ?
– Je te l’ai dit je suis là pour toi Princesse. Pour que tu ne sois pas seule. Et puis, tu as besoin d’un guide non ? Alors voilà, je suis ton guide !
– Un guide ? J’ai besoin d’un guide ? je pensais à voix haute. Un guide ! Et ce serait toi mon guide ? le raillai-je. Un grand blond décoloré, fumeur de gitanes avec des goûts incertains pour la mode incapable de répondre à une question sans en poser une autre ?
Je n’avais pas aimé le ton sarcastique avec lequel je lui avais répondu, si hautain, si dédaigneux comme si je déversais ma colère et ma frustration sur le seul être réel qui complétait ce tableau démentiel. Ce n’était pas comme si j’avais pu espérer trouver mieux que lui de toute façon. Mais j’avais des milliers de questions en tête et aucune réponse.
La patience n’était de toute évidence pas mon fort. Jay n’avait pas l’air d’être le moins du monde perturbé par mon arrogance bien au contraire. Elle semblait l’amuser. Elle ne dérangeait que moi. Je repris mes esprits et continuai le flot de mes questions.
– Un guide pour quoi faire ?
– Par définition, un guide montre les différents chemins. Il n’explique pas les chemins. Il n’y a que toi qui sais où tu veux aller. Peu importe le chemin.
– Tu es une sorte de GPS sexy et humanoïde en somme ? riais-je amusée par ma métaphore.
– Tu me trouves sexy ? demanda-t-il un sourire suspendu aux lèvres.
– Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire… balbutiai-je en baissant les yeux.
– C’est pourtant ce que tu as dit, souriait-il.
– Pourquoi est-ce que je ne me souviens pas de toi si on est amis ?
Il fit mine de réfléchir et croisa les bras sur sa poitrine, tout en profitant toujours du soleil.
