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Une vie se colore du parfum du conte. Les personnages y laissent leurs clés et leurs objets symboliques. Dans les coins les plus sombres de leur âme dort un enfant perdu qui rêve d’une île imaginaire. Piétro collectionne les mensonges pour brouiller les cartes. Une triste endormie rencontre l’envahisseur d’intimité au seuil de la mort. L’amour saura-t-il triompher dans ce réel ? Pourront-ils vivre heureux et avoir beaucoup d’enfant ? Le véritable bourreau se cache dans nos peurs les plus intimes. Les mots passent notre esprit, ils effleurent notre conscience… Une vie, un conte, sa collection de textes, est donc un univers noir mais lucide.
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Seitenzahl: 63
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Amétys SEÏMA a des origines congolaises. Elle a grandi en France dans une famille adoptive. Enfant, elle s’intéresse très tôt aux contes, ainsi qu’à leurs adaptations. Elle se passionne pour les textes d’Agatha Christie, Pierre Dubois ou J.M. Barrie.
En 2014, suite à une séparation, elle prend la plume pour un premier opus qu’elle a intitulé Les fleurs du mâle. Ses personnages fictifs ne sont pourtant pas si loin du réel. Au contraire, ils nous plongent dans un univers pour adultes où la psychologie est importante. En entrant dans les pensées d’un assassin ou d’un violeur, elle nous rappelle que le mal sommeille quelque part. Cette jeune auteure de 23 ans perçoit les parallèles entre nos existences et les histoires de notre enfance. L’univers qui est le sien est volontairement sans illusion. Une vie, un conte, sa collection de textes, est donc un univers noir mais lucide. Un deuxième volet est en cours.
Pour mes proches et amis.
A la mémoire de ma grand-mère, Jeanne.
« L'ombre des vies non vécues ne pèse guère si le rêve est plus fort. »
[Marie-Louise Audiberti, Les chemins de l'âge]
Le nez menteur
La rêveuse dans un monde réel
L’enfant perdu
L’adolescente non chaperonnée
L’envahisseur d’intimité
La triste endormie
La femme admirable et le bourreau
Il se sentait mal, comme s’il habitait une peau d’âne. Peu à peu, une dégoulinante envie d'indépendance fit son chemin en lui.
Cela avait commencé à l'école. Pietro, qui n'avait jamais connu sa mère, se sentait complexé. C’était avec une certaine gêne qu’il regardait les autres enfants embrasser leurs parents. A quatorze ans, il étudiait dans une école privée exclusivement masculine où la compétition était perpétuelle. Comme il était le plus petit de la classe, il était celui que l'on embêtait le plus. Plus d'une fois on l'avait bizuté : il fut jeté dans les poubelles, plongé dans les WC et, régulièrement, il se faisait racketter. Craignant les représailles, il n'osait en parler en personne.
Mais à qui aurait-il pu se confier?
Solitaire, il n’avait ni famille ni amis pour le protéger. Même si son père mettait un point d’honneur à sa réussite, il ne se présentait pas aux réunions de parents d'élèves. Ouvrier, il souhaitait un meilleur avenir à son fils. Cet avenir ne pouvait passer que par des études assidues. Il était la prunelle de ses yeux. En tant que fils unique, il portait ainsi comme un fardeau toutes les espérances et rêves non aboutis de son père. Ce joug l’usait. L’exigence était permanente.
Sur le chemin, pour se rendre en classe, il avait rencontré deux nouveaux camarades de classe. Ils l'avaient aidé à ne pas se faire racketter.
« Merci, répondit timidement Pietro.
De rien! Mais tu nous dois quelque chose ! Descends avec nous en ville. On a quelques petites affaires en cours qui pourraient t'intéresser. »
Il réfléchit un instant. Puisqu’il était si seul et qu’il voulait plus que tout faire partie d'un groupe, il décida de les suivre. Ensembles, ils firent l'école buissonnière.
Ces sorties lui apprirent beaucoup plus que ce qu'il aurait pu étudier en classe. Jim était rusé comme un renard. Il l’initia au vol et lui montra comment déambuler dans les tabacs en intimidant les propriétaires. Matéo lui montra comment se déplacer sans bruit, dans des lieux où faire des rapines. Il marchait désormais avec l’agilité d'un chat. Il savait comment s'en sortir, sans se faire arrêter. Pietro découvrit ainsi quels étaient ses véritables talents.
Il parvenait à gagner une certaine ascension sociale. L’argent coulait à flot, grâce à sa connaissance d’échappatoires. La vie était pour lui un jeu de lois dont il déplaçait les pions. Il jouait avec les flics, sans se faire prendre.
Son père lui demandait :
« Pietro, tu ne me parles plus de tes cours. Où en es-tu dans tes examens? Es-tu prêt? »
Pietro aurait pu faire de la politique. Il usait des rouages de la langue de bois. Il avait une vérité en tête. CETTE vérité :
« Je m'enfuis de l'école. Je m'en contre balance de réussir mes examens.
Je ne suis pas toi!
Ce qui m'importe, c'est de m'évader pour devenir quelqu'un. Tu as tant d'espoirs et de croyances en moi que je n'ose pas te dire à quel point je suis différent. Toute ta vie tu as travaillé, et malgré ça, tu n'as toujours pas eu ce que tu voulais. Alors qu'avec quelques pirouettes et un mensonge j'obtiendrais tout ! Même ta confiance ! »
Cette vérité ne sortit pas de sa bouche. Le mensonge se déversa comme un fiel :
« Oui tout va bien. D'ailleurs, je pense qu'on ne te convoquera pas cette fois. Demain, je reste réviser chez Jimmy. Donc, ne t'inquiète pas ! »
Ce premier mensonge fut magique. Il eut immédiatement conscience du nombre incalculable de scénarios possibles qui s’offraient à lui. Dorénavant il pourrait être n’importe qui. Il lui suffirait d'un mensonge. Un bon mensonge : ce qu'il maîtrisait le plus au monde. Pour cela, il fallait que lui-même y croie. Il y ajouterait de la logique et un soupçon de détails, tout en donnant une réelle description des situations.
Pietro en avait une telle pratique qu’il pouvait désormais former d’autres personnes.
« N’en faites pas trop !
Laissez la victime vous poser des questions. Répondez-lui naturellement. Le naturel est issu de la vraisemblance et de votre jeu d’acteur. Travaillez vos expressions afin qu’elles ne vous trahissent pas. Pour cela, il est vital de respecter un certain code.
Pour votre attitude générale. Evitez tous les gestes susceptibles de parasiter votre naturel. Ne laissez transparaître aucun conflit intérieur ni aucun doute. Ne cachez pas votre bouche ; ne jouez pas avec des objets, afin de ne pas dévoiler votre stress.Fixez au maximum la personne à qui vous mentez. Ne rompez pas le contact visuel afin que vous n’ayez pas l'air de chercher une échappatoire. Interdisez-vous de regarder vers la gauche. C’est dans cette partie du cerveau que se construit votre imagination. Faites plutôt appel à votre mémoire, en fixant la droite.Façonner votre voix. Soyez attentifs à ce qu'elle ne change pas trop soudainement de tonalité ou de rythme.Enfin, si votre mensonge sert à vous dédouaner de quelque chose que vous avez commis, si vous commencez votre récit par « je » ( ce qui vous responsabilise ») trouvez le moyen de ne pas continuer votre histoire par « nous ou on » car cela diluerait cette responsabilité et l'on pourrait se rendre compte que vous manipulez la personne. »
Pietro mettait la touche finale à son argumentaire, en montrant que le doute était évincé.
Vingt ans plus tard, il était le même.
Il était cependant un acteur abouti. Pour sa première épouse, il était porté disparu. Pour ses différentes maîtresses, il était avocat et célibataire. Son père le voyait comme un père de famille. Ses amis le percevaient comme menaçant.
