Universal Legacy  - Tome 1 - Bahindé Sylla - E-Book

Universal Legacy  - Tome 1 E-Book

Bahindé Sylla

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Beschreibung

Raheem, fils du héros planétaire qui sauva le monde des Enfers en 2020, et Clara Queen, Tueuse de Démons, pénètrent dans un univers sombre...

Raheem est le fils de Virgil SLANE, le héros planétaire qui, au prix de sa vie, referma la Porte des Enfers le 15 Octobre 2020.
Quatre ans plus tard, alors qu’un monde nouveau célèbre ce jour, Raheem est tiraillé entre la paix universelle léguée par son père et le sentiment d’abandon qui l'a toujours habité. L'agression dont il est victime va tout remettre en question. Aux côtés de Clara Queen, une authentique Tueuse de Démons, Raheem est sur le point de rejoindre l'univers sombre que son père lui a toujours caché…

Entre mythologie, politique et arts martiaux, Universal Legacy vous plonge dans une intrigue palpitante à travers des personnages attachants et variés. Découvrez l'envers d'un monde où les forces les plus obscures se jouent de nos faiblesses pour s'emparer de notre Héritage Universel.
“La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice”, Spinoza.

Découvrez le premier tome de cette saga fantastique contemporaine qui allie mythologie, politique et arts martiaux !

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BahindéSylla

Universal Legacy

Partie 1 l’Union Mondiale

Dédicacé à mes parents, ma merveilleuse femme et mes fils pour leur amour et leur patience, à Moustapha Diouf pour son aide…

La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice.

–Baruch Spinoza (Philosophe 1636 – 1677)

Prologue

Depuis son commencement, le monde a vu naître des hommes et des femmes aux capacités surprenantes. À travers l’histoire, les croyances ou les cultures, certains devinrent des mythes adulés. D’autres furent désignés, parfois à juste titre, comme des manifestations maléfiques qu’il fallut combattre ; guidé par la peur ou le non conformisme religieux. Au fil du temps la marginalisation de ces êtres d’exception se généralisa, annihilant aux yeux du monde le but même de leur existence. Malgré cela, beaucoup comprirent qu’ils avaient un rôle à assumer et ont toujours agi dans l’ombre soit pour le salut de l’Homme, soit pour son anéantissement.

Janvier 2020 :

Le monde plonge peu à peu dans une crise économique sans précédent, accroissant les inégalités entre les peuples. Le terrorisme n’a jamais été aussi important. Les famines, épidémies, guerres civiles et faillites d’états ne cessent d’augmenter sous l’impulsion d’une organisation mondiale, criminelle et agissant dans l’ombre : “Phoenix“. Affaibli par cette grande dépression, l’Homme a petit à petit succombé au mal dans toutes ses formes, permettant l’intrusion et la montée en puissance de plus en plus d’esprits maléfiques dans son monde…

15 Octobre 2020 :

L’orage gronde. Un vent violent accompagné d’une multitude de voix au son sourd et torturé retentit. Le ciel est chaotique. Il est couvert d’épais nuages gris traversés par d’immenses éclaires aux grondements ténébreux. Leur lumière dévoile un quartier aux buildings à moitié détruits, brûlant encore d’un feu très largement rependu. La scène est mondiale. Elle se déroule à Londres, Bangkok, Kinshasa, Pékin, Paris, Sao Polo, Moscou, Tokyo, Bangui, Pyongyang, Caracas… NewYork.

De nombreux hélicoptères, avions de chasses et véhicules blindés de l’armée américaine, entourent le quartier de Wall Street quasi détruit et en proie à des flammes gigantesques. Au centre gît une sorte de porte immense en pierres noires incandescentes, dont les volets d’une centaine de mètres sont ouverts de l’intérieur. Y sont incrustés des milliers de corps nus aux lamentations assourdissantes et qui se tordent de douleurs. L’édifice, placé au centre d’une étoile inversée entourée d’un cercle rouge, ne donne sur rien d’autre qu’un fond d’une noirceur infinie. À son pied une créature géante agonise lentement. Sa tête est celle d’une bête féroce, surplombée de deux cornes d’une chaleur infernale. Une entité entièrement faite de flammes et de magma, pourvue d’un corps puissant sur des pattes arrière velues semblables à celles d’un bouc. Elle essaye difficilement de se relever à l’aide d’une gigantesque épée chauffée à blanc, mais ses sabots fendus ne cessent de glisser. Lentement la bête tombe au sol et perd les flammes qui la jalonnent. Elle perd peu à peu sa chaleur démoniaque, finissant par éclater en une boule de cendres noires et épaisses...

De nombreux militaires et journalistes abasourdis regardent le spectacle à bonne distance. Ils fixent au centre du tas de cendres, deux sabres plantés dans le sol. L’un est long, intégralement fait d’un métal sombre. L’autre est une fine lame dont le manche entièrement blanc est surmonté d’une boule semblable à un diamant. Un homme marche calmement dans leur direction, malgré la pluie torrentielle qui commence à s’abattre. Vêtu d’une combinaison noire et grise qui le recouvre intégralement, ses mains sont tendues vers les deux armes qu’il attire subitement. Il les saisit au vol avec habileté, une dans chaque main. Puis se retourne pour rejoindre une femme aux longs cheveux blonds, d’une cinquantaine d’années, habillée d’un tailleur blanc et allongée dans des débris à cent mètres de la porte. La femme est grièvement blessée. Elle bouge avec difficulté et sa jambe droite saigne abondamment. L’homme plante à ses pieds le sabre blanc. Il marque un court silence, les yeux rivés sur la porte béante, avant de s’exprimer :

–Promets-moi de veiller sur lui ; dit-il tout en regardant l’antre avec détermination.

–Non Virgil ! Ce n’est pas à toi de… ; tente derépliquer la femme qui essaye de se relever.

_… Tu viens de sceller le “Bélial“, tu n’en auras jamais la force… En fermant les “Enfers“ je te confie l’avenir de ce monde Clara… Adieu.

Prenant le temps de lui adresser un dernier regard, Virgil sourit brièvement. Il poursuit le geste d’un saut surhumain, disparaissant dans l’obscurité de la porte qui se referme avec fracas…

1 an après :

L’humanité ayant pris conscience de l’existence d’êtres maléfiques : puisant leurs forces dans la souffrance humaine, dans le délaissement de son environnement et son manque d’unité, un réveil sans précédent s’opère. En mémoire des deux milliards cinq cents millions de morts du “Jour des Enfers“, elle jure de ne plus se laisser manipuler en créant une nouvelle république planétaire ; voulue et signée par l’intégralité des nations. “L’Union Mondiale“, comme est appelé l’institution gouvernante, a pour but de réguler le système financier, d’assurer l’équité dans la distribution des richesses, sortir de la pauvreté l’intégralité des peuples, ainsi que de régler les derniers conflits sur le globe. En Parallèle, religions, peuples et cultures aussi diverses soient-elles, trouvent un point d’équilibre en comprenant que la paix n’est qu’une volonté de comprendre l’autre.

Le Jour des Enfers signa la mort de son instigateur – le chef de Phoenix : “Qao Quang“. Si son nom créait l’effroi chez les puissants avant l’ouverture des Portes, il était très largement taxé de légende complotiste à travers le globe. Ce mégalomane parti de rien profita de ses capacités surhumaines pour assujettir nombre de Démons à sa cause, dans le seul but de dominer les Hommes. Bien que le monde ignore ses motivations profondes, sa disparition permit de façon naturelle aux terroristes, banquiers véreux, chefs d’états corrompus ou encore dictateurs, d’abandonner leurs forfaits pour communier avec les peuples au profit de l’Union Mondiale. Pour la première fois de son histoire l’Homme ne lutte plus contre lui-même, adoptant un système quasi parfait autour duquel chacun trouve sa place, sans avoir à écraser l’autre. Un renouveau politique humain et planétaire – la réalisation d’un monde utopique qui n’aurait pu être possible sans le sacrifice de Virgil Slane.

Le premier Président de ce gouvernement mondial se nomme Steeve Marduk. Il est nommé en urgence le 10 Janvier 2021 pour un mandat de quatre ans. Ancien Sénateur Démocrate de Caroline du Nord, il s’était fait remarquer mondialement un an avant l’ouverture des Enfers, grâce à des vidéos très critiques sur la corruption et le système financier. Peu après sa nomination, dans le seul but de prévenir d’une catastrophe similaire, il accepte de s’allier à Clara Queen : la “Tueuse de Démons“ que le monde a découvert aux côtés de Virgil le 15 Octobre 2020. C’est à sa demande qu’il entreprend de fonder l’Académie Slane ; académie ayant pour but de défendre et débarrasser le monde des derniers Démons sur son territoire. Clara Queen sera à la tête de ce nouvel organisme prévu pour l’année 2024. Pour ce faire elle s’entoure de quatre personnes, toutes pourvues de capacités hors-normes et dont certaines se sont faites remarquer lors de l’ouverture des Enfers. Elles seront chargées de trouver la poignée d’être capables de repousser quelconques forces hostiles.

Raheem

Un jeune homme regarde la télévision dans sa chambre. La pièce est froide, dénuée d’émotion. Aucun poster ni tableau ne figure sur les murs gris, seulement une peinture craquelée par endroit. Le garçon, allongé sur son lit, télécommande dans la main, porte un sweat gris assez large avec un bas de survêtement de même couleur. Sa peau est métissée. Le visage à demi masqué par une capuche, il zappe de chaîne en chaîne, mais toutes parlent de la même chose et ne manquent pas de l’irriter. Lassé, il s’arrête sur la chaîne d’information “Info Inside“ et décide d’écouter la journaliste à l’écran : “… Mardi 15 Octobre 2024. C’est aujourd’hui le 4ème anniversaire de la mort de Virgil Slane, l’homme qui a donné sa vie pour la nôtre. À cette occasion le président Marduk et l’ancienne équipière de Slane, Clara Queen, inaugureront l’ouverture de la première académie destinée à former des héros de la trempe de Virgil. Nous ne savons pas encore grand-chose quant à la gestion…“. Après un soupir, le jeune homme se lève en éteignant la télé. Il attrape un bonnet sur une chaise et l’enfile tout en sortant de sa chambre. Celle-ci donne sur des escaliers qu’il emprunte pour se rendre à l’entrée d’une maison spacieuse et peu modeste. Les nombreuses photos disposées sur les meubles et les murs, tranchent avec l’ambiance austère de la chambre. On y reconnaît le garçon plus jeune, entouré par Virgil et une jolie femme noire qui l’enserre chaleureusement. S’il jette un regard furtif à ce tendre passé, il prend soin d’éviter une médaille marquée du sigle “UM“, qui surplombe ostensiblement la pièce. Il chausse rapidement ses baskets avant d’ouvrir la porte d’entrée. Mais au moment où il s’apprête à la franchir, la femme de la photo, visiblement avec quelques années en plus, l’interpelle avec autorité :

–Où vas-tu Raheem ? ; demande-t-elle tout en enfilant de jolies boucles d’oreilles.

–J’vais faire un tour… ; répond le jeune homme sans même se retourner.

–Il serait plutôt l’heure que tu te prépares, je n’ai pas à te rappeler quel jour nous sommes.

–Je sais m’man, comment j’pourrais l’oublier, on n’parle que de ça… ! ; dit-il d’un air agacé et en s’engageant d’un pas ferme vers l’extérieur.

–Cette fois-ci je t’ordonne de venir… ! Tu devrais être fier de ce que ton père à fait, il…

_“… Il nous a tous sauvé ! “ oui je sais j’connais la chanson… ; répond Raheem tout en se retournant pour faire face à samère.

–S’il pouvait t’entendre il aurait honte de tes mots… ; dit-elle fuyant son regard.

–S’il pouvait m’entendre, j’aurais toujours un père !

Raheem quitte la maison tout en claquant la porte. Les larmes aux yeux, sa mère le regarde filer à travers la fenêtre sans dire unmot…

Dans une cabine radio au centre de New-York, deux hommes sont assis autour d’une table. L’un d’eux est un jeune garçon blond assez beau, soigné, habillé d’un jean et d’une veste de sport sur laquelle est écrit “MMA CHAMPIONSHIP“. Face à lui, derrière la table de console radio, se tient le présentateur vêtu d’un costume sobre, mais apparemment excité par le moment. Plusieurs stickers sur les murs indiquent qu’il s’agit de la station “Sports’Core FM“. L’émission en direct commence et l’homme derrière les manettes prend la parole :

–Bonjour chers auditeurs, c’est Nicolas Clark en direct sur Sports’Core ! Aujourd’hui nous avons un invité exceptionnel, j’ai nommé : David Saznek.

–Salut tout l’monde !

–Tout d’abord merci David d’avoir accepté de répondre à nos questions…

–Mais j’vous en prie… ! ; répond le jeune homme avec un large sourire et une attitude séduisante.

–David, rentrons de suite dans le vif du sujet. Pourquoi alors que vous venez de remporter le titre de Mix Martial Art avec quatre-vingt-dix-neuf K.O pour zéro défaite, vous décidez de mettre fin à votre brillant début de carrière ?

–Vous savez, dans trois jours c’est l’ouverture de l’Académie Slane et j’ai décidé de tout faire pour y entrer. Comme pour beaucoup de monde Virgil est mon modèle et depuis qu’a été annoncée la création de cette académie, mon seul but est de l’intégrer pour suivre ses traces. De plus, tout l’monde sait, j’ai perdu mes parents durant le conflit Israélo-Palestinien lorsque j’étais encore tout jeune. Si je veux participer à cette aventure c’est aussi pour éviter que de nouveaux incidents, quelles que soient leurs natures, ne créent plus d’orphelins. En somme, je tiens à participer à ma façon au processus de paix universelle que Virgil a impulsé.

–Clara Queen, la directrice de l’académie a déclaré que les tests d’admission seraient extrêmement difficiles. Précisant même que peu de personnes seulement pourraient présenter le potentiel requis. N’avez-vous pas peur de l’échec ?

–Non pas vraiment… J’ai confiance en moi et je pense avoir déjà fait mes preuves avec ce titre ; lance le champion de plus en plus décontracté sur sa chaise.

–Et si malencontreusement vous ne faisiez pas partie de cette élite ?

–Alors je continuerais à m’entrainer sans relâche jusqu’à le mériter.

–Nous savons que vous êtes lié d’amitié avec le fils de Virgil Slane. Protégé par l’immunité médiatique dont jouit la famille Slane, nous n’avons pu l’approcher. Je me disais que peut-être vous pourriez nous dire s’il compte lui aussi intégrer l’académie ?

–Je suis désolé je n’ai pas plus d’information que vous, répond sèchement David avant d’hausser les épaules tout en souriant. Il faudra attendre pour le savoir !

–Effectivement ! Il devrait d’ailleurs être d’ici une heure à la quatrième commémoration du sacrifice de Virgil

–Nous allons prendre le direct ! Encore une fois, merci David Saznek d’avoir accepté de répondre à nos questions…

–Merci à vous !

Le journaliste poursuit son émission tandis que David se lève et sort du studio. Sentant son smartphone vibrer, il le sort de sa poche et lit avec étonnement le message à l’écran : “Rappelle-moi. Raheem“.

Le champion prend le temps de sortir de l’immeuble en se protégeant d’une pluie battante tombée subitement. Attendu par son chauffeur, il monte à l’arrière du véhicule avant d’appeler sonami :

–Allo…

–Raheem çava ?

–Ouais si on veut… Dis-moi, j’peux passer cheztoi ?

–Non désolé mec, j’ai un rendez-vous là… ; lui répond David étonné par la question.

–Ah… 

–Raheem, t’as vraiment aucune mémoire… Je te l’ai dit la semaine dernière. Ma famille est de passage ça fait maintenant trois jours. J’dois absolument lesvoir.

–Ouais j’comprends…

–Mais dis-moi, c’est pas plutôt sur la tombe de ton père que tu devrais te rendre aujourd’hui ?

–Lâche-moi avec ça ! J’ai envie d’penser à autre chose ; lance-t-il avec une colère palpable.

–Et donc… ? Tu vas faire quoi d’ta journée ?

–Aucune idée, j’pensais pouvoir compter surtoi…

–Arrête tes conneries. Bon… J’ai changé d’avis. Passe à la maison dans vingt minutes.

–Tu viens pas d’me direque…

–…T’en fais pas pour ça. De toute façon j’ai à te parler.

–Ok mec ! ; ponctue Raheem en retrouvant le sourire.

David raccroche et s’arrête avec nostalgie sur la photo en fond d’écran. Il y apparaît avec Raheem dans une salle de boxe, tous deux heureux et le poing levé. Il ponctue le moment en indiquant au chauffeur leur destination.

Anxieuse et pressée par le temps, la mère de Raheem cherche à le joindre mais ce dernier ne décroche pas. Finissant de faire une énième fois les cent pas, elle se met à regarder plusieurs photos de famille posées sur une étagère, regrettant avec tristesse l’époque dont elles témoignent. Il est évident que son fils n’est plus du tout l’enfant qu’elles affichent, souriant et plein d’énergie aux côtés de ses parents. Le cœur rongé par la situation, elle refait surface au moment où quelqu’un sonne à la porte. Elle essuie ses quelques larmes, ouvre et tombe sur Jeanne : une amie originaire d’Afrique, seule confidente depuis la mort de son mari. Couverte d’une robe noire de circonstance, celle-ci, fuyant la pluie, entre sans même faire attention au visage moite de sonamie.

–Excuse-moi pour le retard, tu es prête ? ; demande Jeanne tout en cherchant discrètement du regard.

–Ne te fatigue pas, il ne viendra pas. En quatre ans Raheem s’est rendu sur la tombe de son père qu’une seule fois : le jour de l’enterrement. Je sais plus quoi faire… ; dit-elle en marquant un soupir. Il ne va plus en cours, il a aussi arrêté la boxe… Il ne fait plus rien. Depuis la mort de Virgil je ne le reconnais plus !

–Kama calme toi… ; dit Jeanne avec douceur tout en la prenant dans ses bras. Tu devrais parler avec lui ou peut-être même, l’emmener voir quelqu’un. Raheem doit faire son deuil.

–Tu sais parfaitement que j’ai déjà essayé. Il ne veut rien faire pour lui ; rétorque Kama qui se dégage des bras de son amie en même temps.

–Alors tu devrais continuer, il a besoin de tonaide.

–Non, je pense que ma décision est déjà prise. Si ce soir il refuse d’accepter de se prendre en main… Il partira.

–Tu ne crois pas y aller un peu fort là ? Raheem a justement besoin de soutien !

–Si je ne fais rien pour le faire réagir, il ne bougera pas ! … On devrait y aller nous sommes déjà en retard.

Les deux femmes sortent. Kama ferme la porte à clé puis monte dans la voiture de Jeanne, encore abasourdie par les mots de sonamie.

_Quoi que tu fasses, ne prend pas de décision trop rapide…

–Il est bien là le problème, je pense que j’ai assez attendu…

Descendant de sa berline, David est interpellé par plusieurs passants désireux de se prendre en photo avec la star. Le jeune homme coutumier de ce genre d’exercice s’en donne à cœur joie. Le sourire retrouvé, il se dirige ensuite vers un grand immeuble luxueux. Il évite les quelques flaques au sol avant de monter les marches de l’impressionnant bâtiment, puis y pénètre à l’aide du portier qui le salue chaleureusement.

–Bonne chance Monsieur pour l’Académie Slane !

–Merci Beaucoup ! ; répond David qui continue de marcher avec vigueur.

Il entre dans l’ascenseur et atteint rapidement le 11ème étage. Celui-ci s’ouvre sur Raheem appuyé contre la porte du champion.

–Ça fait à peine quinze minutes ! ; s’étonne David qui remarque le visage triste de sonami.

–Ouais j’sais… j’étais déjà dans lecoin…

–Mouais… J’imagine que tu n’iras pas aux commémorations une fois deplus…

Raheem ne répond pas. David ouvre sa porte et entre, immédiatement suivi par le fils de Virgil qui s’affale sur le fauteuil. L’appartement est immense. Il témoigne d’un certain luxe, mais semble vide aux yeux de Raheem qui n’a pas encore remarqué les tas de cartons empilés. Il ne reste que la télévision, ainsi que les nombreux trophées de MMA1 posés sur le bar de la cuisine Américaine.

–Tu veux boire un truc ?

–Ouais ouais… J’veux bien un café… ; répond vaguement Raheem qui ne cesse de scruter la pièce.

David allume la télé puis part en cuisine, laissant l’appareil sur une chaîne d’information : “… Dans quelques instants nous assisterons à la conférence de presse de Clara Queen. L’ancienne équipière de Slane annoncera officiellement l’ouverture de l’Académie…“. Raheem n’y prête pas attention, préoccupé par l’état de l’appartement.

–Tu pars en voyage ?

–Quoi ? ; répond David concentré sur l’écran depuis l’arrière dubar.

–J’ai dit tu parsen…

–Chhhht… !

David prend la télécommande et monte le son, irritant par la même occasion son convive. À l’écran Clara Queen se tient sur une estrade. Elle est vêtue d’un tailleur blanc et d’un chapeau de même couleur qu’elle porte avec classe. Sur son cou se distingue une croix en or. Dans la main droite, une fine canne peu commune. L’objet que Clara pose contre le pupitre face à elle, est surmonté d’une boule en diamant tout comme l’était son sabre le jour où furent ouverts les Enfers. Ajouté au blanc étincelant qui descend le long de la tige, il s’en dégage une sensation de pureté absolue. Des dizaines de journalistes sont assis, les micros tendus, prêts à ne perdre aucune miette de son intervention. Clara Queen ajuste ses micros puis, marquant un court temps d’arrêt, prend la parole de façon très solennelle : “Bonjour… D’abord, je tiens à tous vous remercier pour votre présence à ce rendez-vous, et je remercie infiniment l’Union Mondiale sans qui rien n’aurait été possible. Moi, Clara Queen, si je suis là aujourd’hui c’est pour déclarer officiellement l’Académie Slane : Ouverte !“. Toutes les personnes présentes applaudissent fortement. Des plans montrent différents dirigeants et Présidents applaudir également. “L’effort de toutes les nations du monde aura permis de ne pas rendre le sacrifice de Virgil inutile. L’Académie Slane aura pour but de défendre cette planète, ses peuples, ses espèces, et son histoire, contre toutes forces du mal, quelles qu’elles soient. J’en fais devant vous, le serment !“. À l’écran apparaissent tour à tour des gens de tout bord, des familles de différentes origines et de différents coins du monde, regardant la télé et écoutant le discours avec enthousiasme. David n’est pas en reste. L’expression de fierté qui transpire de son visage tranche avec l’attitude de Raheem on ne peut plus agacé.

–Pff quelle connerie cette académie… !

–Tu sais Raheem j’te comprends pas vraiment.

–Hmm… ?

–Tu sais qu’on n’est pas d’accord sur plusieurs choses concernant ta vie actuelle, mais t’as dix-huit ans… Tu vas te laisser bouffer encore combien de temps. Ton père est un héros, il a donné sa vie pour les autres. Je sais à quel point ce fut difficile pour toi mais il est temps que tu avances tu n’crois pas ? Comment tu peux lui porter autant de… Autant de haine ?!

–Mon père n’avait rien d’un héros ! ; s’énerve Raheem qui n’hésite pas à lever le ton. Il était sans cesse absent, il nous a délaissé ma mère et moi pendant des années ! Pour moi c’est nous qu’il a sacrifiés.

–Raheem arrête, même ta mère l’a compris et accepté. Ton père a fait un choix. Oui il n’était pas toujours là mais il l’a fait pour nous protéger. Ta mère et toi en premier lieu. Alors accepte à ton tour et passe à autre chose ! Avance putain ! J’me souviens quand toi et moi on a commencé la boxe… J’étais en admiration sur toi. “Leï-Han“ nous disait toujours que toi et moi nous aurions un grand rôle à jouer dans le futur. Maintenant…

–…C’est l’passé ça ! ; répond Raheem qui lui coupe la parole. J’veux plus en entendre parler. À l’époque j’me rendais pas compte de beaucoup d’choses.

–J’abandonne, tu veux rien écouter. Ceci dit j’ai quand même une chose à t’dire. J’savais pas comment te l’annoncer mais puisqu’on y est… ; dit-il en regardant droit dans les yeux son ami. J’ai décidé de passer les tests pour intégrer l’Académie Slane.

–Nan… Tu vas pas faire ça ?J’ai déjà pris ma décision. C’est pourquoi ma famille adoptive est ici. Mes parents sont venus prendre mes affaires.

–Putain t’es comme tout l’monde ! Tu t’réjouis d’la mort de mon père ! Vas-y dégage…Raheem !

Le jeune homme sort furieux laissant la porte ouverte. David renonce à le poursuivre. Il regarde son ami s’en aller sans dire mot, et ne peut s’empêcher de ressasser avec tristesse certains souvenirs de leur enfance. Notamment une scène les présentant à un entraînement dans une salle de Boxe Thaïlandaise. Alors que celle-ci est remplie d’hommes expérimentés qui s’entraînent avec sérieux, tous s’arrêtent au retentissement d’une longue série d’impacts. Leur regard se stoppe sur un garçon blanc d’environ douze ans, tapant avec ses poings dans un sac de frappe déjà bien usé, lui-même retenu par un homme d’origine Thaïlandaise, de taille moyenne et incroyablement robuste pour son âge avancé. Tous sont stupéfaits. Soudain, l’homme s’adresse avec une voix rauque au jeune garçon toujours en action : “David, souffle un peu… Raheem, c’est ton tour“. Raheem s’avance les mains bandées et répond de façon volontaire : “Je suis prêt“. L’entraîneur maintient fermement le sac. Le garçon se concentre un instant, puis assène un coup de poing si puissant qu’il fait reculer l’homme sur près de deux mètres, devant David qui affiche un air admiratif.

Clara termine son discours au cimetière national, devant un par terre d’hommes et femmes influents du monde politique ou religieux. L’instant est grandement solennel. Derrière elle, légèrement sur sa gauche, un homme de petite taille d’origine Indienne la rejoint sur l’estrade. Son costume marron est surplombé d’un Pagri2 de même couleur. Un badge est fixé au niveau de son cœur. Il y est écrit “Porte-parole de l’UM – Vikesh Shyaniman“. L’homme qui affiche un calme absolu, semble attendre les derniers mots de Clara Queen :

–…Je vais maintenant laisser la place au porte-parole du gouvernement, et vous donner rendez-vous dans une heure pour la conférence de présentation de l’Académie. Merci ! ; finit-elle en attrapant sa canne, avant de quitter l’estrade sous de nombreux applaudissements.

–Afin de fêter l’ouverture de l’Académie Virgil Slane ; reprend rapidement Vikesh. Toute la communauté internationale se réunie au siège de l’Union Mondiale. Après ça, Clara Queen présentera le fonctionnement de l’académie dans son ensemble et en compagnie du Président Marduk. Merci à tous !

Tous deux descendent de l’estrade sous les applaudissements. Plus en privé le porte-parole attrape amicalement les deux mains de Clara.

–Nous vous devons beaucoup Madame Queen.

–Mais beaucoup reste à faire… Je suis désolé, j’ai certaines choses à régler et je crois que les journalistes nous attendent. Nous nous verrons au siège de l’UM si vous le voulezbien…

Les nuages totalement dispersés laissent place à un début d’après-midi radieux. Clara, entourée de quelques journalistes friands d’un quelconque scoop, répond succinctement aux questions tandis que la communauté internationale quitte peu à peu le cimetière. Kama et Jeanne sont recluses sur le côté. Elles se tiennent à distance et regardent en direction de Clara qui ne les a pas remarquées.

–Je dois parler à Mme Queen ! ; s’écrie convaincue Kama. Peut-être qu’elle pourrait faire comprendre des choses à Raheem.

–C’est une bonne idée, après tout elle connaissait bien Virgil, ils travaillaient ensemble.

–Oui j’aurais peut-être dû le faire plus tôt ; dit-elle en allant d’un pas décidé vers Clara, qui écourte l’interview à son approche.

–Kama ! Comment allez-vous ? Je ne vous ai pas vu pendant la conférence je m’inquiétais.

–Oui je sais, j’ai dû essuyer un contretemps... Permettez-moi de vous remercier une fois encore pour l’immunité médiatique dont Raheem et moi avons droit. Quand je vous regarde, je ne sais vraiment pas comment j’auraisfait.

–Ce n’est rien… Comment va Raheem ?

–Justement je voulais vous parler delui.

–Suivez-moi, nous serons plus à l’aise à l’écart de tout ce monde.

Clara s’avance. Elle part à la rencontre d’une femme discrète, belle, malgré l’air sévère que lui donne ses cheveux noirs et sa coupe courte. Elle arbore une sorte d’ensemble en cuir noir, contrastant avec la croix en argent qu’elle porte autour du cou. Suivie de Kama en recul, celle qui vient d’inaugurer l’ouverture de l’Académie lui parle discrètement : “Kylie, je vais m’absenter brièvement. Appelle-moi lorsque nous devrons partir“. D’un léger hochement de tête la femme répond à l’affirmatif, puis les regarde s’en aller dans une allée du cimetière, entourée par d’immenses chênes garantissant une plus grande discrétion. Le ton bas, la gorge serrée, Kama prend la parole :

–Si je voulais vous voir c’est pour parler de Raheem.

–Je me doutais qu’il était lié à votre contretemps, il refuse une fois encore de venir ?

–Raheem n’a jamais accepté la mort de son père. Il a l’impression qu’il nous a abandonnés et trouve injuste ce qui lui arrive. J’avais pensé à vous en parler auparavant mais puisque vous vous battiez aux côtés de mon mari lors de sa mort, j’avais peur de remuer le couteau dans la plaie. Maintenant je réalise que c’était une erreur. Raheem ne sait pas qui était son père. Il ne réalise pas que ses absences répétées et son sacrifice c’était avant tout pournous.

–Je vois… Il doit aussi m’en vouloir, c’est bien avec moi que Virgil combattait. Je pensais qu’en grandissant sa colère passerait mais j’ai peut-être aussi ma part de responsabilité. Je vous promets d’essayer de lui parler. Ce soir ça vous irait ?

–Je ne sais pas comment vous remercier...

–Allons ce n’est rien… Mais dites-moi, il me semble que Raheem avait un certain talent dans les arts martiaux ?

–Oui ; répond Kama. Il était prometteur en boxe Thaïlandaise mais… il a arrêté du jour au lendemain depuis la mort de son père et de Leï-Han lors de l’ouverture des Enfers. Depuis il n’a plus envie derien…

Coupant presque la parole à Kama, le téléphone de Clara se met à sonner. Elle répond avec une fermeté qui s’oppose à l’attitude bienveillante qu’elle montrait il y a quelques secondes. “… Très bien, j’arrive“, dit-elle avant de raccrocher.

–Je suis désolé je vais devoir y aller. Comptez sur moi, je ne manquerai pas de passer cesoir.

–Merci Madame Queen. Je vais à présent me recueillir sur la tombe de monmari.

Clara esquisse un léger sourire, avant de quitter rapidement l’endroit pour rejoindre Kylie.

Raheem est assis sur un banc de Central Park, essayant de noyer sa tristesse dans le calme ambiant. Tout le long du parcours de grands arbres isolent l’endroit. Le jeune se regarde dans une flaque d’eau, dépité, et ne peut s’empêcher avec mélancolie de se voir tenant la main de sa mère le jour de l’enterrement. Peu à peu, ponctués de larmes qui goutent à la surface de l’eau, d’autres souvenirs tout aussi tristes refont surface et l’obligent à mettre sa capuche pour cacher sa souffrance. Mais le souvenir de sa mère pleurant abondamment sur le canapé lui perce une nouvelle fois le cœur, au point de ruisseler plus encore. Soudain, voyant son reflet brouillé dans la flaque, il se retrouve coupé dans ses pensées par l’arrivée d’une personne à un mètre de lui. Raheem lève la tête tout en essuyant avec vigueur son visage humide. Il se retrouve face à un jeune homme Asiatique d’une vingtaine d’années, habillé d’un jean et d’une veste noire sommaire, qu’il ouvre doucement avant de prendre la parole :

–Raheem Slane ? ; demande-t-il tout en mettant avec calme les mains dans les poches.

–Foutez-moi la paix ! J’réponds pas aux journalistes…

–Je n’suis pas, un journaliste.

–Alors accouche ! Qu’est-ce que tu m’veux ?

–Montre-moi si t’es digne de ton père… où tu mourras !Sur ces mots, le jeune homme attrape d’une main le col de Raheem, puis se retourne pour le projeter contre un arbre avec une force colossale, quatre mètres plus loin. Le fils de Virgil prend le choc de plein fouet et se retrouve au sol, mouillé par les goutes tombant des feuilles fortement secouées. Il se relève lentement, terrifié par l’agresseur qui sourire aux lèvres, marche d’un pas serein dans sa direction. Tant bien que mal Raheem tente d’utiliser ses restes de Boxe Thaï, mais rien ne paraît efficace face à l’agresseur qui s’en défend facilement. À son tour, il reçoit une pluie de coups qu’il encaisse difficilement et malgré des bras mis en croix, le fils de Virgil est totalement désarçonné. Ayant abandonné l’idée même de se défendre et son esprit ne vivant plus l’instant, il lui vient un ancien souvenir le présentant face à ce même Thaïlandais dont se remémorait David plus tôt. De dos l’homme s’adresse à lui : “Celui qui abandonne dans l’épreuve, peut aussi bien arrêter de vivre“. Mettant fin à sa vision, un ultime coup de poing se loge dans son estomac et le ramène une nouvelle fois ausol.

–Tu m’fais perdre mon temps. Comment a-t-il pu s’intéresser à toi ? ; avance l’agresseur qui regarde avec dégout Raheem toussant à plein poumon.

–Quoi ? Qui… Qui s’intéresse àmoi ?

–Tu ne mérites même pas d’le savoir…

Le jeune homme sort une arme à feu à laquelle il applique délicatement un silencieux. D’une détermination sans faille, il pointe Raheem de l’extrémité du canon et lui lance un dernier mot : “Crève !“. Impuissant, résigné, Raheem ferme les yeux. Mais au moment précis où part le coup de feu, une personne en jogging tout blanc, la tête cachée sous une capuche, dévie l’arme d’un magnifique coup de pied. La balle se loge dans un arbre, à quelques centimètres au-dessus de la tête de Raheem. Surpris, l’agresseur recule de plusieurs pas et prend le temps de regarder l’individu qui vient d’intervenir. Il n’est pas très grand, environ 1.65 m et son physique semble plutôt frêle. La capuche toujours sur la tête, celui-ci prend soin de ne pas dévoiler son visage. En signe de provocation il se met en garde, fermant le poing droit dans son dos et tendant la main gauche en direction de son adversaire, les doigts serrés, paume vers le ciel. L’agresseur tente de le mettre en joue mais à une vitesse presque surhumaine l’individu se rue sur lui, le désarme habilement d’un revers de la main gauche et dans l’élan, lui assène un violent coup de pied sous la poitrine qui le repousse à plusieurs mètres. Montrant une grande maitrise, l’individu en blanc garde la jambe levée quelques secondes puis reprend la même défense. Son assurance irrite l’agresseur qui se relève et crie de rage : “T’ES QUI TOI !? TU VAS CREVER !“. Il le charge. L’opposant sourit lentement. Avec facilité il pare les coups envoyés, mais se retrouve rapidement adossé à un tronc d’arbre. Sûr de lui, l’agresseur en profite pour lancer un violent coup de poing dont l’impact retentit. Raheem, assis au sol et respirant difficilement n’en croit pas ses yeux : l’assaillant a manqué sa cible et son poing a en réalité frappé l’arbre, comme le prouve l’écorce qui en ressort fortement abimée. L’individu en blanc, qui de façon inexplicable se retrouve dans le dos de l’agresseur, se met à pousser un long cri puissant comme pour préparer une attaque. Contre toute attente la voix est féminine. L’agresseur a à peine le temps de se retourner qu’elle le mitraille littéralement par une série de coups de poing au corps, le plaquant avec force contre l’arbre. La violence des coups on fait chuter la capuche. Apparaît alors une jeune fille de type caucasien, brune aux yeux bleus avec une coupe au carré, dont le visage poupon ne lui donne guère plus de seize ans. Elle garde la position de son dernier coup un instant et tout en le regardant tomber au sol, Raheem et elle remarquent une sorte de brûlure à la base de son cou, représentant une petite étoile inversée. “Ça va aller ?“, demande-t-elle inquiète à Raheem qui tente difficilement de se relever. “Ne bouge surtout pas, j’appelle une ambulance !“. L’homme en noir reprend connaissance. Il se relève fixant un instant en direction de la jeune fille, fortement étonnée de le voir debout.

–Comment peut-il… ? ; se dit-elle à voix basse.

–J’… J’te retrouverai petite garce ! ; crie-t-il avant de s’enfuir à toute vitesse à travers lesbois.

N’y prêtant plus attention la jeune fille sort un téléphone de sa poche, tandis que Raheem qui se met à fortement tousser perd connaissance...

Remise en question

Il est 14 heures. L’excitation est à son comble dans la salle de conférence de l’UM, remplie des drapeaux de tous les pays du monde. Face à l’intégralité du gouvernement, ainsi que du gratin médiatique impatient dans l’amphithéâtre, Clara présente un à un ceux qui seront les cadres de l’Académie Virgile Slane. Elle commence par la femme présente lors de l’allocution au cimetière : Kylie Lee. Elle n’est autre que la nouvelle Tueuse de Démons et son apprentie. Elle secondera Clara dans l’Académie et est chargée d’effectuer tous types d’Exorcismes et scellements d’Âmes Démoniaques. L’équipe se compose ensuite d’un ancien Général de l’armée Américaine : Lion Krigg. Au front lors de l’ouverture des Enfers, ce vieux briscard d’une soixantaine d’années possède une maîtrise des armes à feu peu commune. Il sera chargé de faire le lien entre l’Académie et les forces militaires de l’Union Mondiale. Le troisième acolyte de Clara est un trentenaire aux origines Hispano-Brésiliennes. Il se nomme Vito Del Toro et répond au surnom : Torner. Spécialiste des Arts Martiaux, il possède également des capacités surprenantes et sera le formateur des jeunes qui entreront prochainement. Enfin, scientifique de génie, précurseur notamment dans la maitrise des “nanotechnologies“, le quatrième et dernier cadre de l’Académie Virgil Slane est le Professeur Serbo-Russe : Vladimir Cech. Il est l’inventeur de la tenue de combat de Virgil et sera chargé du pôle technologique de l’Académie, avec une dizaine d’hommes de toutes origines sous sonaile.

Les présentations se clôturent par un tonnerre d’applaudissements, d’où la fierté d’avoir accompli une nouvelle étape qui se lit sur le visage de Clara. Alors qu’elle descend du pupitre, une voix féminine annonce le prochain intervenant : “Le Président de l’Union Mondiale, Steeve Marduk“. Les applaudissements reprennent de plus belle, le temps pour le Président de l’UM de s’installer à l’endroit réservé. Il est un grand homme aux cheveux grisonnant, dont la démarche témoigne à elle seule d’une haute confiance en lui. Sous des traits caucasiens, habillé d’un costume bleu marine parfaitement ajusté, il affiche ce large sourire commun aux politiques et ne se gêne pas pour demander le calme d’un simple geste de la main. Il entame un discours porteur d’un immense espoir, retransmis dans le monde entier. Le projet gigantesque qu’est l’Académie Slane étant l’aboutissement de ses quatre années à la tête d’un gouvernement planétaire, il sait que sa réussite sera synonyme d’une éventuelle réélection dans six mois. Son discours n’est pas très long. L’homme tient à laisser la lumière sur Clara : “pierre angulaire du projet“ comme il aime la décrire. Il se hâte de donner la parole aux différents membres de la communauté Internationale. Le premier Ministre Anglais, une femme aux cheveux d’un blanc éclatant portant une croix Chrétienne autour du coup, intervient la première :

–Président Marduk ; commence la femme avec ardeur. Je dois bien avouer que le monde ne s’est jamais si bien porté que sous votre présidence. Mais à l’écoute des dernières annonces sur votre projet, je me pose des questions. Lorsque cette “Académie“ n’était qu’au stade embryonnaire, vous parliez d’un budget de 1 milliard par ans. Puis il y a un an vous disiez qu’il pourrait avoisiner les 50 milliards. Désormais, fort de la réussite de votre politique vous nous dites que le budget sera… “illimité“ ?! Ma question est la suivante : n’est-il pas préférable de profiter de tout cet argent pour en finir avec la pauvreté en premier lieu ? D’ailleurs nous avons du mal à comprendre ce qui pourrait coûter autant ; poursuit-elle en ne manquant pas de soulever la question que tous avaient aux lèvres.

–Vous savez, Clara m’a dit une chose un jour : “Le mal trouvera toujours une porte d’entrée. L’important est de l’annihiler avant qu’il n’amène à plus de souffrance, puis apprendre de nos erreurs“. Avec cette académie c’est ce que nous mettons en pratique. En ce qui concerne le budget, pour en revenir à votre question, notre nouveau système économique ne sera pas impacté je vous l’assure. Croyez-le, le sixième de la planète qui reste sous le seuil de pauvreté est une priorité absolue. C’est pourquoi, parce qu’ils sont ceux ayant le plus souffert lors de nos années les plus sombres, ces pays ont absolument besoin de l’Académie Slane afin de faire disparaître les dernières entités. Ma réponse vous rassure-t-elle Mme Prime ? ; lance le président avec une évidente ironie à l’encontre du Premier Ministre, qui se fait légèrement moquer dans la salle.

–M. le Président, tout ne se règlera pas avec des belles phrases. Je suis certes votre seule opposante mais soyez-en sûr… en cas d’échec, je ne manquerai pas de vous le rappeler lors des prochaines élections. L’important étant que l’humanité toute entière puisse profiter des richesses et vivre enpaix.

–Je n’en attendais pas moins d’une personne aussi intègre que vous Mme Prime.

Dans une ambiance euphorique, devant une majorité acquise à sa cause, le Président continue avec aisance de répondre aux questions tandis que Prime se retire.

Raheem dort paisiblement dans une chambre d’hôpital. Il porte sur le visage de multiples contusions. À son chevet, sa mère inquiète lui tient la main et surveille son électrocardiogramme. Derrière elle, face à la fenêtre, Jeanne se tient debout et ne peut s’empêcher de se ronger les ongles. Cela fait maintenant une heure que toutes deux attendent que le jeune homme émerge, stressées depuis le coup de fil des secours. Soudain Raheem ouvre lentement les yeux. Il sourit bien que groggy, en apercevant sa mère à ses côtés.

–MON BÉBÉ ! T’es réveillé ? Ça va ? Raheem… ! ; dit-elle sans prendre le temps de respirer.

–Raheem ! ; s’écrie Jeanne. Ne bouge pas je vais chercher un médecin !

–Maman… ? Où j’suis ?

_On est à l’hôpital. J’ai eu si peur… Dieu merci une jeune fille t’a trouvé et a appelé les secours. C’est ce qu’on m’adit !

–Une jeune fille…? Oui ça m’revient… ! ; dit-il en repensant au moment où elle dévia l’arme. Elle ne m’a pas seulement trouvé, elle m’a sauvé la vie… ; continue le jeune homme en baissant les yeux. Où est-elle ?

–Je n’en sais rien. À l’arrivée des secours elle a tout raconté aux hommes sur place et est partie avant l’arrivée de la police. Elle disait être désolée mais ne pas avoir le temps. Ne t’en fait pas on retrouvera ceux qui t ’ont fait ça ! Je vais porter plainte le plus rapidement possible. Mais dis-moi ce qu’il s’est passé.

–J’étais au parc lorsqu’un type est venu me parler…

–Et que t’as t’ildit ?

–Après m’avoir demandé mon nom, il m’a demandé de lui montrer si j’étais digne de papa où il prendrait mavie.

–“TE PRENDRE TA VIE“ ? ; s’écrie la mère doublement inquiète. Mais Raheem dans quoi tu t’es embarqué ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

–J’en ai aucune idée mais j’te jure que j’y suis pour rien. Juste après il m’est tombé dessus et je n’ai pas su m’défendre. C’est là qu’il m’a dit “Comment a-t-il pu s’intéresser à toi ?“.

–Mais qui s’intéresse à toi ? Si c’est des journalistes ils vont m’entendre !

–Nan, j’pense pas. De plus sa force était exceptionnelle… Heureusement qu’elle est arrivée…

–Oui comme tu dis ; rajoute Kama en passant avec douceur sa main sur son crâne. J’ai déjà perdu mon mari, t’es tout ce qu’il me reste.

–Ça y est vous êtes réveillé… ? ; demande l’infirmière qui arrive à toute vitesse suivie de Jeanne.

–Oui j’me sens beaucoup mieux, j’peux sortir ?

–Ah non, désolé. Nous allons devoir vous garder en observation 24h. Si vous restez sage vous sortirez peut-être demain matin ; dit-t-elle avec humour tout en prenant ses constantes.

–Demain matin ?! ; prononçant ces paroles, Raheem tente de se relever mais une grosse douleur au flanc droit le cloue au lit, face à sa mère qui le regarde avec fermeté.

–Arrête de bouger et écoute ce qu’on te dit ! Tu sortiras demain matin et on ne te demande pas tonavis.

–Oui enfin… S’il reste sage… ; rajoute l’infirmière qui, avec une pointe d’ironie, lui glisse un clin d’œil. Vos constantes sont bonnes, je vais en parler au médecin.

–J’ai des papiers à signer ?

–Oui venez avec moi. Quand à vous Raheem essayez de dormir. C’est ce que vous avez de mieux à faire pour le moment.

Les trois femmes se dirigent vers la porte tandis que Raheem abdique. Sur le point de sortir, Kama se retourne dans sa direction et ajoute ces quelques mots : “Il serait bon que tu réfléchisses à ce qu’il vient de t’arriver. Qui sait, ça pourrait être un mal pour un bien…“. Elle quitte la salle le laissant stoïque. Désormais seul, le jeune homme ferme les yeux et se laisse plonger dans un souvenir le ramenant plusieurs années en arrière…

Raheem a environ sept ans. Il marche sous un soleil de plomb au milieu de vieilles sculptures en pierre, mettant chacune en scène d’anciens guerriers qui se battent en duel. Il y a deux types de combattants représentés. Les premiers portent armures et armes. Ils font toujours face aux seconds, des guerriers sans armures qui se battent à main nues les poings bandés, comme le fond traditionnellement les boxers Thaïlandais. L’endroit est gigantesque. Placés au centre d’un temple au toit ouvert, les ornements qui entourent chaque scène de combat sont également de style Thaïlandais, très finement parsemés d’or. Le niveau de détail des sculptures est remarquable et leurs parfaites conservations témoignent d’un lieu hautement important. Derrière l’enfant qui court émerveillé par ce spectacle, Virgil marche sourire aux lèvres et semble bien plus familier de l’endroit. Il prend le temps de regarder son fils avec tendresse, puis affiche un regard plus solennel à la vue de l’homme qui se dirige vers lui. Il s’agit du Thaïlandais dont s’est souvenu Raheem lors de son agression. Marchant avec un charisme impressionnant, il porte avec classe une tunique coutumière de l’endroit et de simples chaussons noirs. Mains jointes au niveau de leur poitrine respective les deux hommes se saluent brièvement, puis Virgil appelle Raheem qui n’avait pas remarqué l’individu. L’imposante posture de l’homme écrase littéralement l’enfant. De crainte, il ne peut s’empêcher de se cacher derrière sonpère.

–N’aie pas peur Raheem… ; prononce Virgil qui se veut rassurant. Tu te souviens, je t’avais dit que nous n’étions pas en vacance en Thaïlande pour rien ?

_…

–Nous sommes au temple secret “Phumipayya Sakôl“. Le temple de la “Sagesse Universelle“. Je t’ai amené ici pour te présenter cet homme : Leï-Han.

–Je peux la ressentir Virgil… ; dit Leï-Han d’une voix rauque portant un accent prononcé. Une telle force suscitera des convoitises… il n’est pas troptard.

–Ça veut dire quoi papa ?

–Leï-Han est le gardien de ce lieu. Il est également celui qui a tenté de m’apprendre les Arcanes Originels du Muay Boran3, mais malheureusement je n’avais aucun talent. Raheem, à partir d’aujourd’hui, il sera celui qui te l’enseignera.

–Non je veux pas ! Je veux rester avectoi !

–Tu es bien placé pour savoir que ce ne sera pas facile… Es-tu sûr que cet enfant soit prêt ? ; demande Leï-Han en regardant Virgil droit dans lesyeux.

–Je n’ai pas le choix ; répond Virgil qui baisse la tête en signe de résignation.

–Bien. Dès demain je me chargerai delui.

Le souvenir terminé, Raheem ressasse quelque temps sa journée avant de s’endormir.

David est dans son salon totalement vide. Le regard morne et triste à l’image du nouvel orage qui gronde au crépuscule. Debout devant la fenêtre, le téléphone à l’oreille, les longues séries de bips s’enchaînent sans que personne ne décroche, source de son agacement désormais marqué. Après qu’un ultime appel sur le téléphone de Raheem se solde par un échec, il raccroche et regarde longuement la pluie s’écouler sur la vitre. Il s’y reflète un homme, grand de taille et d’une cinquantaine d’années arrivant dans sondos.

–Ça y est, j’ai pris tes dernières affaires. Cathy et tes sœurs t’attendent en bas ; dit l’homme qui remarque le visage morose de David.

–Mercipapa.

–Ça n’a pas l’air d’aller… T’as changé d’avis ?

–Nan t’en fait pas, j’suis plus déterminé qu’jamais ; répond-il en tentant de reprendre le sourire. J’voulais vous dire, depuis que vous m’avez recueilli Cathy et toi, vous m’avez élevé comme votre propre filset…

_… à mes yeux t’es comme mon fils, ne l’oublie jamais. Je m’en ferais toujours pour toi. Même si je n’étais pas trop pour au début, c’est ton choix de participer à ces sélections et je le respecte. Je veux que tu saches que ta famille est fière detoi.

–Merci…

–T’es devenu un homme ; dit-il en prenant rapidement son fils dans les bras avant de le regarder dans les yeux. Va jusqu’au bout de tes convictions et n’y renonce jamais ! Allez viens dire au revoir, je t’attends enbas.

Le moral remonté, David regarde sa montre. Elle affiche 19h36. Puis regardant brièvement par la fenêtre il se chuchote : “Qu’est-ce que tu fous putain…“, avant de quitter l’appartement à sontour.

Raheem est endormi sur son lit. La pièce est plongée dans un noir que la foudre éclaire par intermittence. Réveillé peu à peu par le tonnerre grondant, il ouvre les yeux et regarde la petite table à sa droite, sur laquelle est posé son dîner. Dessus est collé un post-it qu’il saisit en se redressant. Il est écrit : “À demain mon ange“. Raheem sourit et se rallonge. Il reste songeur un moment. Puis, la foudre éclairant de nouveau la pièce dans un long grondement, il sursaute à la vue d’une silhouette assise à quelque mètre de lui et portant une canne sur ses genoux.

–Vous… Vous êtes ! ; bégaye le jeune homme sous lechoc.

–Calme-toi… ; répond la voix féminine qui lui laisse le temps d’allumer sa veilleuse. Bonsoir Raheem…

–Mais j’vous connais, vousêtes…

_… Clara Queen, je suis celle qui s’est battue aux côtés de tonpère.

Face au silence du jeune homme la femme se lève, pose sa canne et s’approche du lit. Il la regarde un instant avant de prendre la parole sourcils froncés :

–Qu’est-ce que vous faitesici ?

–Je suis là à la demande de ta mère. Mais j’aurais certainement dû te voir beaucoup plus tôt. Pour ça, je tiens à te présenter des excuses…

–J’en veux pas de vos excuses ! Ça n’me rendra pas papa… Vous allez m’dire qu’il s’est sacrifié et bla-bla… mais qu’est-ce que vous savez de nous ? Ce n’est pas vous qui étiez avec ma mère lorsqu’elle déprimait seule. Il nous a abandonnés et cela bien avant samort.

–Virgil n’aurait jamais accepté que son fils parle ainsi ; dit Clara tout en haussant le ton. Comme un jeune écervelé, égoïste, immature et incapable de faire quelque chose de lui-même. Si c’est pour ça qu’il s’est sacrifié alors je suis d’accord avec toi, il t’a abandonné ; ajoute la femme qui reprenant son calme, laisse Raheem bouche bée face à ses propos. Crois-moi, si j’avais pu donner ma vie à la place de Virgil, je l’aurais fait. Mais tout n’est pas si simple. Ton père a reçu un don. Un don qu’il a mis au service de tous et cela, pour vous protéger ta mère et toi. C’est exact, pour ça il a dû également sacrifier sa vie de famille. Mais c’était le prix à payer devant la lourde responsabilité qu’il a endossé.

–Mais pourquoi lui ? Pourquoi il nous a rien dit ? Pourquoi…

_… Il est temps que tu fasses ton deuil ! Pleurer sur ton sort ne le fera pas revenir. Au contraire, cela rend sa disparition totalement inutile. Virgil est mort pour que nous vivions, c’est comme ça. Maintenant deviens un homme et redresse la tête ! J’ai vu ton père accomplir des choses dont tu n’as même pas idée. Des choses dont tu serais fier, tout comme il l’était detoi.

–De moi…? Mon père vous a parlé de moi ? ; demande le jeune homme surpris.

–Je te connais beaucoup plus que tu ne le penses. Ton père n’arrêtait pas de parler de toi. Notamment lors de ton initiation aux Arcanes Originels du Muay Boran ; dit-elle en se penchant légèrement au-dessus de lui. D’ailleurs, je ne sais pas s’il te l’a dit, mais j’ai également contacté ton ami pour lui demander de passer les sélections.

Le jeune homme regarde Clara avec étonnement. Il finit par baisser les yeux en réalisant que c’est ce que David a tenté de luidire.

–Je le savais en partie. Je ne l’ai même pas laissé finir et j’suis parti. Je ne savais pas que vous le lui aviez demandé.

–David est sur le point de faire les mêmes choix que Virgil autrefois. Tes jugements sont erronés.

_… Mais dites-moi, il y a une chose que je n’comprends pas. Vous pensez réellement qu’un champion de MMA peut sauver l’monde ? J’veux dire… Leï-Han nous a bien enseigné des choses que la plupart des gens ignorent… mais ça remonte à longtemps maintenant.

–Contrairement à toi David ne les a pas oubliés. Il fait partie de ces gens possédant des talents dont eux-mêmes n’ont pas totalement conscience. Tu sais, ton père n’était pas aussi unique que tu le penses. Il t’a fait croire qu’il n’avait aucun talent dans la pratique du Boran Originel mais il n’arrêtait pas de me dire à quel point Leï-Han avait foi en toi. J’en arrive d’ailleurs à la seconde raison de ma venue. J’ai toutes les raisons de penser… que tu pourrais avoir ta place à l’Académie Slane.

–Hein ? Moi ? Vous ne voyez pas dans quel état j’suis ?

–Oui toi… “Singto“. C’est bien comme cela que Leï-Han t’avait surnommé ? Le “Lion“ n’est-ce pas ?

–Vous connaissez aussi… ! Mais qui vous êtes, comment vous savez toutça ?

–Je te l’ai dit… Je te connais beaucoup plus que tu ne le penses. Si tu es dans cet état aujourd’hui c’est parce que ton esprit s’est affaibli. Leï-Han non plus ne serait pas fier Raheem. Reprends-toi, tu n’es pas n’importe qui. Ce que je te propose c’est de passer également les sélections. Je sais que demander ça soixante-douze heures avant n’est pas raisonnable, mais ne pas le faire serait une nouvelle erreur. Aussi si tu acceptes, je m’engage à te révéler qui était ton père et ce qu’il voulait pour toi ; affirme la Tueuse de Démons sous un nouveau coup de tonnerre.

Raheem la fixe sans dire un mot. Clara retourne lentement prendre sa canne, avant de se retourner pour lui adresser une dernière précision : “La balle est dans ton camp. Un homme viendra à ton domicile au matin dans trois jours. Si tu accèdes à ma demande alors suis-le. Maintenant reprends des forces, quelque chose me dit que nous allons nous revoir très prochainement…“. La femme sort de la chambre en fermant délicatement la porte. Elle passe devant Kylie appuyée contre un mur et lui dit sans la regarder : “Allons-y, je pense qu’il a compris…“. Avec une discipline irréprochable Kylie la suit silencieusement. Le claquement de leurs chaussures résonne dans le long couloir menant à l’ascenseur et une fois ce dernier appelé, la subordonnée brise le silence :

–Je ne vois rien d’autre que de la peur chez ce gamin. Tu penses vraiment qu’il en sera capable ?

–Tu devrais être la première à savoir que la peur est un obstacle surpassable. Nous serons fixés bien asseztôt…

Le lendemain :

Raheem et sa mère sont dans la chambre d’hôpital avec l’infirmière. Celle-ci aide le jeune homme à s’habiller tandis que Kama remplit quelques papiers.

–Ne force pas, tu as un gros hématome au niveau des côtes ; avertit l’infirmière.

–Oui… Je l’ai bien senti…

–Comptez sur moi pour qu’il prenne du repos ! ; intervient autoritairement la mère qui ne manque pas de faire rire l’infirmière. Fini de te rhabiller et n’oublie pas tes affaires. Tenez madame, j’ai terminé le formulaire de sortie.

–Merci !

Raheem finit d’enfiler son sweat. Il se tient difficilement debout et se dirige vers la porte tout en tenant son flanc.

–Il n’y a pas de soin particulier à effectuer ? ; demandeKama.

–Non, juste une bonne semaine de repos.

–UNE SEMAINE ?! ; s’insurge Raheem.

–Oui, et tu n’as pas ton mot à dire ! T’en profiteras pour ranger ta chambre…

Kama et son fils sortent de l’hôpital. Ils font le chemin jusqu’au parking sans échanger le moindre mot et montent dans la voiture dans une ambiance froide, pleine de non-dits. Une fois sur la route, après une longue hésitation, Raheem ose prendre la parole :

–Maman tu saishier…

–…Je sais Raheem.

–Nan maman écoutemoi…

–…Non c’est toi qui va m’écouter. Si j’ai demandé à Clara de te voir, c’est parce que tu souffres de ne pas avoir eu le temps de réellement connaître ton père. Et bien que le dire me fasse mal, Clara connaissait Virgil bien mieux que moi. Je ne te l’avais pas dit avant mais… moi aussi je lui en ai voulu lorsque j’ai su qui il était pour de vrai. Mais je n’ai pas compris de suite que tu ressentais la même chose. Je croyais que tu refusais simplement de te faire à l’idée qu’il soit parti ; avoue la femme les larmes aux yeux. Je te fais toutes mes excuses Raheem.

–Moi aussi m’man j’ai des excuses à te présenter… J’me rends compte à quel point j’ai pu être égoïste.

–Tu avais des raisons d’être en colère. Moi-même je le suis encore unpeu.

–Je lui en veux toujours mais… Quelque chose a changé. Tu sais, depuis que cette Clara Queen m’a parlé de papa j’n’ai qu’une envie. J’veux apprendre des choses sur lui, le connaître pour de vrai. J’veux apprendre tout ce qu’il ne voulait pas nous révéler. J’veux tout savoir de papa ! ; affirme le jeune homme qui attrape la main de samère.

Émue, Kama la serre remplie de fierté. Elle qui n’espérait plus une telle remise en question chez son fils, roule avec émotion en direction de leur maison.

David y est assis sur les marches. Il regarde l’heure sur sa montre, inquiet, ne cessant de repenser à Raheem lorsqu’il est violemment parti de son appartement. Soudain la voiture des Slane arrive. Kama, qui est la première à l’apercevoir, fait signe à Raheem dont le sourire renaît en voyant son ami. Elle l’interpelle à peine garée, heureuse qu’il puisse lui changer les idées :

–Bonjour David.

–Bonjour Madame Slane !

–Tu viens m’aider ? ; dit Raheem qui ne parvient pas à sortirseul.

–Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ?

–Aide-moi d’abord, j’vais tout te raconter.

–David tu restes déjeuner ? ; demandeKama.

–Avec plaisir madame ! ; lui répond le jeune homme avant de s’adresser à Raheem à voix basse. Toi tu vas tout m’raconter dans les moindres détails.

–Ouais ouais… T’inquiète. Mais pour le moment j’ai plutôt un service à te demander…

Dans la salle principale d’un hangar sombre, éclairée que par la lumière du jour qui passe à travers les fenêtres en hauteur, git un groupe de plus de deux cents hommes et femmes aux origines multiples. Le genou à terre, ils sont rangés telle une armée, en deux rangs, répartis de part et d’autre d’un homme qui leur fait face. Il y fait régner une discipline sans faille. En treillis kaki avec un débardeur de même couleur, l’individu musclé d’une trentaine d’années a des traits Sud-Américains. Son regard menaçant instaure une haute tension dans le lieu. Ses soldats restent immobiles, têtes baissées, chacun habillé à leurs façons sans plus d’extravagance. La position adoptée met en évidence une petite étoile inversée inscrite à la base de leur nuque, sous forme de brûlure au fer rouge.

Tout à coup une porte s’ouvre face à eux, brisant le silence lourd qui étouffait la pièce. De longs bruits de pas résonnent, bien que l’intégralité du groupe ne bouge pas d’un pouce, marquant une révérence semblable à celle d’un esclave envers son maître.

Arrive un homme portant un masque en métal noir : une tête de mort qui le couvre du menton au sommet du crâne. Il affiche également au niveau du front la gravure d’une étoile inversée. Son pantalon noir, ses chaussures de ville et sa chemise font penser à un homme important. L’individu en treillis ploie le genou à son arrivée, bien que la frêle corpulence du dernier venu contraste avec la sienne. De sa voix fine et calme, l’homme au masque prend la parole :

–Nergal, redresse-toi.

–SEIGNEUR BAAL ! ; hurle l’homme en treillis une fois relevé.

–Qui as-tu envoyé ?

–J’ai demandé au soldat Linh de remplir cette mission Seigneur.

–Appelle-le.

–Soldat Linh ! ; crie Nergal. Approche !

Celui qui se redresse dans le fond du groupe de gauche, n’est autre que l’agresseur de Raheem. Le visage marqué, boitant légèrement, Linh s’avance vers ses chefs. Il repose le genou au sol devant le “Seigneur Baal“ avec une discipline irréprochable.

–As-tu rempli ta mission ? ; demande Baal sans même le regarder.

–Oui Seigneur.

–Je t’écoute… La cible a-t-elle un quelconque intérêt ?

–Strictement aucun. J’aurais pu m’en débarrasser facilement ; avance Linh qui reste tête baissée.

–Si c’est le cas… Comment expliques-tu ces marques ?

–Quelqu’un m’a surpris et m’a empêché de l’achever… ; répond honteusement le soldat. Je vous demande la permission pour retrouver cette personne et l’éliminer.

–Refusé ; renvoi-t-il sèchement. Ça ne nous serait d’aucune utilité. Et puis… Si tu t’es fait battre, c’est que tu es trop faible !

En un éclair le Seigneur Baal attrape Linh à la gorge et le soulève du sol. On a du mal à croire, vu son gabarit, qu’il puisse développer une telle force tandis que le pentacle inversé sur son front, commence à rougir comme le ferait un métal à chaud. Sous le masque, une respiration rapide et haletante semblable à celle d’un buffle se fait entendre. Et à la vue des mouvements de son torse, l’homme donne l’impression d’une respiration plus que difficile. Linh pousse quelques cris en se débattant tant bien que mal. Baal, qui au travers du masque le regarde dans les yeux, s’adresse à lui avec une voix monstrueusement grave, totalement différente et donnant l’impression qu’il ne s’agit plus de la même personne : “Si tu tentes quoi que ce soit qui nous mette à découvert, tu le regretteras. Que je n’ai pas à te le répéter !“. Terrifié, comme l’intégralité de la salle, Linh retombe au sol toussant à s’en époumoner. Baal reprend alors la parole d’une voix toujours aussi ténébreuse :

–Nergal… Je n’accepterai aucun échec. Tu seras responsable s’ils ne sont pas prêts le jourJ.

–Oui Seigneur !

Baal fait demi-tour et s’en va en direction de la porte par laquelle il est arrivé. Il laisse derrière lui le groupe de soldats toujours immobile, hormis Linh qui reprend son souffle le regard haineux. Marchant lentement, le souffle correcte, il finit par sortir du hangar et monte dans une voiture noire, très classe, dont la porte lui est directement ouverte par un chauffeur portant le sigle de l’Union Mondiale. Une fois ce dernier installé au volant, Baal, dont le Pentacle inversé a perdu sa couleur rouge, s’adresse à lui d’une voix redevenue calme et lente : “Il est temps, allons-y…“.

Traque

Le 18 Octobre 2024, deux jours plus tard :

L’aube se lève au-dessus des rues silencieuses et totalement désertes de Manhattan. Seuls quelques groupes de militaires de l’Union Mondiale tiennent des sortes de check-point et des bâtiments importants. À une trentaine de mètres de celui de l’Union Mondiale, une jeune Hispanique d’une vingtaine d’années habillée comme une cambrioleuse, saute avec aisance le grillage qui entoure le bâtiment. Elle prend soin de se cacher des caméras de surveillance. Accroupie au milieu de quelques buissons, elle atteint le sac noir dans son dos et de sa main gantée, appuie légèrement sur l’émetteur dans son oreille.

–C’est bon j’suis à l’intérieur ; dit-elle d’une voix basse.

–Tu vas suivre scrupuleusement ce que j’vais te dire ; répond une voix masculine dans son oreille. D’habitude le siège de l’Union Mondiale est très bien gardé mais… il semblerait que la fermeture de Manhattan ait mobilisé du personnel héhé…

–Bon tu t’décides à m’dire comment j’y entre ou tu tiens à me parler des ressources humaines ? J’te rappelle qu’il fera bientôt jour !