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Dans "Uranie", Camille Flammarion nous plonge dans un récit alliant science et fiction, où la quête de l'astronomie et de la spiritualité se mélange subtilement. L'œuvre met en scène le personnage de Céleste, qui, à travers des visions cosmiques, explore des concepts tels que l'amour, la destinée et l'infini. Flammarion, avec un style poétique et didactique, transcende les limites de la narration traditionnelle pour aborder des réflexions philosophiques sur l'univers et l'existence humaine, dans un contexte littéraire marqué par le développement des sciences au XIXe siècle. Son apport se distingue dans la mesure où il témoigne d'une époque où la science commençait à interroger les dogmes établis, tout en ouvrant la voie à une compréhension plus vaste de notre place dans le cosmos. Camille Flammarion, astronome et écrivain prolifique, est reconnu pour son rôle de vulgarisateur de l'astronomie au XIXe siècle. Son intérêt pour les mystères de l'univers et les phénomènes spirituels, nourri par sa formation scientifique, imprègne "Uranie". Flammarion était également influencé par des mouvements littéraires comme le symbolisme et le romantisme, cherchant à établir une connexion entre science et sensibilité, à travers un récit qui résonne avec son éducation cosmique et ses réflexions sur l'infini. Je recommande vivement "Uranie" à tout lecteur avide de connaissances et de réflexions profondes. Cette œuvre non seulement éveille la curiosité concernant les mystères de l'univers, mais invite également à une introspection personnelle sur nos aspirations spirituelles et émotionnelles. La synergie entre science et philosophie présente dans ce livre en fait un classique intemporel, enrichissant notre compréhension du monde qui nous entoure. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.
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Veröffentlichungsjahr: 2022
Au point de rencontre entre l’élan de la raison et l’ivresse du vertige cosmique, Uranie de Camille Flammarion offre la vision d’un savoir qui éclaire, aiguise le regard et pourtant laisse intacte l’énigme fondamentale de notre place dans l’univers, en invitant le lecteur à franchir, avec une curiosité vigilante, la frontière poreuse où l’observation des astres devient méditation sur l’existence, où la précision des faits nourrit l’imaginaire, et où la quête de lois naturelles se confond avec l’aspiration à un sens, non pour conclure, mais pour apprendre à contempler, à douter et à s’émerveiller.
Œuvre à la croisée du roman scientifique et du conte philosophique, Uranie s’inscrit dans la veine de vulgarisation ambitieuse que Flammarion, astronome et écrivain, a portée au plus haut à la fin du XIXe siècle. Le livre propose un cadre cosmique qui déborde les lieux et les époques terrestres pour situer l’action dans l’immensité céleste, au voisinage des constellations et des lois qui les régissent. Publiée dans un moment de confiance ardente envers les savoirs de la nature et les possibilités de l’esprit, l’œuvre conjugue pédagogie, spéculation raisonnée et imaginaire mythologique pour offrir un accès sensible aux grandes questions de l’astronomie.
Sans dévoiler ses étapes, la prémisse tient dans une rencontre fondatrice: la figure inspiratrice de l’astronomie convie un esprit en éveil à parcourir le ciel pour mieux comprendre la condition humaine. Ce dispositif ouvre un voyage d’idées plutôt qu’une intrigue au sens strict, où dialogues, tableaux cosmiques et transitions méditatives alternent. La voix narrative, claire et sûre, assume une dimension pédagogique, mais se laisse gagner par une ferveur contemplative qui fait vibrer les descriptions d’étoiles, de mouvements et de distances. Le ton demeure à la fois serein et exalté, soutenant une lecture qui informe, émerveille et met en perspective.
Les thèmes s’ordonnent autour de l’immensité et de la pluralité possibles des mondes, de la mesure du temps et de l’échelle qui dépasse l’expérience quotidienne, mais aussi de la tension entre savoir positif et quête de sens. Flammarion met en scène le pouvoir heuristique de l’émerveillement: la curiosité n’y est pas un divertissement, elle provoque raison, prudence et imagination à dialoguer. L’ouvrage interroge ce que la connaissance change dans notre manière d’habiter la Terre, et comment l’horizon des étoiles renvoie à l’éthique du regard que nous portons sur nous-mêmes, nos sociétés et les limites de l’intelligible.
Le style conjugue la clarté d’un exposé rigoureux avec des images vibrantes, recourant à des comparaisons concrètes pour rendre sensibles distances, grandeurs et mouvements. La narration privilégie des séquences discursives qui s’enchaînent comme des stations d’un itinéraire intellectuel, ponctuées d’élans lyriques qui élargissent l’horizon du lecteur. La présence d’une instance tutélaire personnifie la science sans l’appauvrir: elle devient voix, dialogue et accompagnement. La prose, ample et cadencée, ménage pauses, reprises et reprises variées, donnant au texte une musicalité réfléchie. Il en résulte une lecture à la fois accessible et exigeante, où l’émotion soutient la compréhension.
Pour les lecteurs d’aujourd’hui, l’intérêt d’Uranie tient à cette alliance rare entre précision scientifique, imagination spéculative et éthique du regard. À l’heure des images spatiales et des données abondantes, le livre rappelle que la connaissance ne se réduit pas à l’accumulation d’informations, mais qu’elle engage un art de l’interprétation, de la mesure et de l’émerveillement. Il propose une manière de penser la planète depuis le cosmos, cultivant humilité et responsabilité. La traversée du texte devient ainsi un exercice d’attention: discerner, hiérarchiser, relier, et reconnaître la part d’inconnu qui, loin de décourager, stimule la recherche et la créativité.
Entrer dans Uranie, c’est accepter une double exigence: apprendre avec précision et contempler sans précipiter les conclusions. Le livre se prête à une lecture lente, propice à la réflexion interdisciplinaire, où sciences, lettres et philosophie se croisent pour enrichir l’expérience du monde. Il ne cherche pas la démonstration finale, mais la justesse d’un regard élargi qui transforme nos proportions intérieures. En refermant ces pages, on n’emporte pas une morale unique; on gagne un cadre pour questionner, relier et imaginer. C’est pourquoi cette œuvre continue d’importer: elle éduque le désir de savoir autant qu’elle nourrit la joie d’apprendre.
Uranie de Camille Flammarion, astronome et vulgarisateur de renom, est un roman philosophique de la fin du XIXe siècle qui marie récit visionnaire et exposé scientifique. L’ouvrage met en scène la Muse de l’Astronomie, figure qui convie le narrateur à quitter le regard terrestre pour contempler l’univers. Par le biais d’entretiens, d’images cosmiques et de méditations, Uranie propose un itinéraire intellectuel plutôt qu’une intrigue romanesque classique. On y apprend à voir les cieux, à nommer leurs phénomènes et à mesurer, par une imagination constamment dirigée par la raison, l’échelle vertigineuse où l’humanité est posée.
Les premiers développements placent la Terre à sa juste dimension en la replaçant dans le ballet des astres. Par des descriptions accessibles de la rotation, de la révolution et des saisons, Flammarion installe une pédagogie qui dégonfle l’orgueil anthropocentrique sans diminuer la dignité humaine. Les apparences changeantes du ciel servent de fil conducteur à des explications sur les éclipses, les comètes et la diversité des étoiles, toujours rapportées aux connaissances de son temps. La narration alterne émerveillement et précision, montrant comment l’observation patiente, l’instrumentation et le calcul transforment l’étonnement spontané en compréhension partagée.
Au fil du voyage guidé par Uranie, le regard s’élargit du Système solaire vers des mondes divers dont l’auteur examine prudemment les conditions possibles. Les planètes deviennent des laboratoires d’idées où l’on discute densités, atmosphères, mouvements et phénomènes observables, avec l’aveu constant de ce qui relève de l’inférence plutôt que de la preuve. Flammarion s’appuie sur les instruments et les découvertes contemporaines pour distinguer certitudes, probabilités et hypothèses, tout en explorant la question de l’habitabilité et de la pluralité des mondes. L’imagination sert alors de relais à la méthode, sans jamais prétendre clôturer le débat.
À mesure que l’espace s’ouvre, le livre glisse vers des méditations philosophiques sur la place de l’homme, la connaissance et la destinée. Flammarion confronte la rigueur des lois physiques à l’aspiration à un sens, évoquant, avec la prudence d’un débat d’idées, des hypothèses spiritualistes alors répandues. Sans trancher dogmatiquement, le narrateur envisage la continuité possible de la conscience et l’harmonie d’un cosmos où l’ordre ne se réduit pas au mécanisme. Cette dimension ne déserte pas la science : elle questionne ce que l’enquête astronomique autorise à penser sur l’âme, le temps, et la responsabilité morale d’êtres pensants.
La progression s’appuie sur des scènes dialoguées et des tableaux allégoriques qui rassemblent savoirs, souvenirs d’observations et images poétiques. Le récit intègre, par touches, une histoire des idées astronomiques, montrant comment l’erreur, la controverse et la rectification participent à l’édifice commun. À travers ces échanges, l’ouvrage dramatise un conflit discret entre superstition et méthode, entre certitude prématurée et patience expérimentale. Loin de réduire l’astronomie à un inventaire de faits, Uranie en fait une pratique vivante où l’argument, la preuve et l’ouverture d’esprit se nourrissent mutuellement au service d’une curiosité humaine inlassable.
Lorsque le regard franchit les limites familières, l’ouvrage donne la mesure des amas stellaires, des nébuleuses et des immensités où la durée devient un acteur. Flammarion rappelle que la lumière exige du temps, et que voir les étoiles, c’est déjà regarder un passé décalé, ce qui transforme la perception intuitive du présent. Le récit exploite ce décentrement pour interroger le rapport entre l’infiniment grand et l’expérience humaine, sans céder au vertige stérile. Les images employées servent à rendre sensibles des nombres et des distances, et à faire éprouver la modestie et la fécondité d’un savoir toujours en progrès.
Pris dans son ensemble, Uranie apparaît comme une synthèse littéraire de la vulgarisation astronomique de son époque, où la fiction sert d’atelier mental pour tester concepts et intuitions. Le livre propose une pédagogie patiente, un imaginaire discipliné et un humanisme scientifique qui invite à conjuguer rigueur et émerveillement. Sa portée durable tient à cette alliance : rendre le cosmos intelligible sans le déflorer, et rappeler que la connaissance agrandit la liberté autant que l’humilité. À ce titre, l’ouvrage continue de résonner comme un jalon entre poésie cosmique, essai scientifique et préhistoire du récit spéculatif moderne.
Publié en 1889 à Paris, Uranie de Camille Flammarion s’inscrit sous la Troisième République, au seuil de la Belle Époque. Les lois Ferry (1881–1882) rendent l’instruction primaire gratuite, obligatoire et laïque, accélérant la diffusion de la culture scientifique. Flammarion (1842–1925), astronome et vulgarisateur, écrit dans une France qui reconstruit son identité après 1870, entre patriotisme républicain et foi dans le progrès. L’ouvrage relève du roman scientifique, mêlant exposition savante et fiction, et répond à une demande éditoriale croissante pour des textes conciliant savoir, divertissement et méditation philosophique sur la place de l’humanité dans l’univers.
Formé à l’Observatoire de Paris sous la direction d’Urbain Le Verrier à partir de 1858, Flammarion développe très tôt un talent de passeur entre milieux savants et grand public. En 1883, il installe son observatoire à Juvisy-sur-Orge, qui devient un centre actif de vulgarisation. Il fonde la Société astronomique de France en 1887 et anime la revue L’Astronomie, consolidant un réseau d’amateurs et de professionnels. Ce cadre institutionnel francilien, complété par le Bureau des longitudes et les écoles d’ingénieurs, fournit la toile de fond concrète d’une écriture qui s’appuie sur l’observation, la mesure et la pédagogie pour rendre le cosmos intelligible.
Les décennies 1860–1880 transforment l’astronomie. La spectroscopie, codifiée par Kirchhoff et Bunsen, révèle la composition des astres; Angelo Secchi propose une classification stellaire fondée sur les spectres. L’astrophotographie progresse avec les frères Henry et de nouveaux instruments à Nice (1887) ou au Lick Observatory (1888). En 1887, l’Observatoire de Paris lance le projet international de la Carte du Ciel, destiné à photographier systématiquement le firmament. Ces avancées, relayées par des conférences publiques et des ouvrages illustrés, nourrissent l’ambition d’une connaissance positive du ciel, tout en laissant place à des interrogations métaphysiques que Flammarion intègre à son art narratif.
Parallèlement au positivisme et à la confiance scientiste, la fin du XIXe siècle voit un regain d’intérêt pour le spiritisme et les phénomènes psychiques. En France, le mouvement kardéciste s’est structuré après Le Livre des Esprits (1857) d’Allan Kardec; au Royaume-Uni, la Society for Psychical Research est créée en 1882. À Paris, Charcot étudie l’hypnose à la Salpêtrière, brouillant frontières entre science et merveilleux. Flammarion, curieux de ces questions, prononce un discours aux funérailles de Kardec en 1869, tout en revendiquant la méthode d’examen. Uranie reflète ce climat où observation rigoureuse et questionnement sur l’âme coexistent et dialoguent.
La France de la Troisième République connaît une expansion de la presse, des bibliothèques et des conférences, rendue possible par l’alphabétisation et les réseaux ferroviaires. Les Voyages extraordinaires de Jules Verne avaient popularisé, dès les années 1860–1870, une fiction instruite par la science. Flammarion s’inscrit dans cette veine avec L’Astronomie populaire (1880) et des romans scientifiques. La scène littéraire, traversée par le naturalisme et l’émergent symbolisme, encourage les expérimentations de forme et de ton. Uranie s’appuie sur ces circuits éditoriaux et associatifs pour proposer une synthèse accessible, où l’exactitude descriptive soutient une rêverie cosmologique adressée à un public large.
L’année 1889, marquée par l’Exposition universelle de Paris et l’inauguration de la tour Eiffel, cristallise un imaginaire de maîtrise technique et de spectacle scientifique. Les démonstrations d’électricité, de photographie et de chronométrie valorisent la précision et la puissance des instruments, de l’atelier à l’observatoire. Cette célébration du progrès cohabite avec des inquiétudes sociales et morales propres au fin-de-siècle. Dans ce contexte, Uranie valorise l’esprit d’exploration et la transmission des connaissances, tout en rappelant, par son registre philosophique, que les conquêtes techniques n’épuisent pas les grandes questions sur le sens de la vie et la destinée humaine.
La fin du siècle est aussi celle des standardisations et des coopérations transnationales. La Conférence internationale du méridien de 1884 adopte Greenwich comme méridien d’origine, et les réseaux télégraphiques synchronisent les temps. L’entreprise de la Carte du Ciel mobilise des observatoires répartis sur plusieurs continents. Ces dispositifs ancrent l’astronomie dans une culture de la mesure partagée et de la coordination internationale. Uranie reflète cet horizon universaliste: l’espace céleste y est pensé comme un domaine commun, lisible par des lois communes, et la curiosité humaine comme un moteur d’échanges intellectuels au-delà des frontières, au service d’une compréhension élargie du monde.
Enfin, Uranie condense des tensions majeures de son époque: exaltation du fait vérifiable et ouverture à l’inconnu, pédagogie républicaine et quête métaphysique. En mobilisant des connaissances astronomiques contemporaines pour éclairer des thèmes tels que la pluralité des mondes ou la survivance de l’esprit, l’ouvrage prolonge des positions que Flammarion avait déjà défendues dans ses essais. Il reflète la foi fin-de-siècle dans l’éducation et les instruments, tout en critiquant les dogmatismes — religieux comme scientistes — qui réduisent l’expérience humaine. La fiction sert ici de laboratoire d’idées, invitant à unir exactitude, imagination et éthique de la recherche.
La Muse du Ciel
J’avais dix-sept ans. Elle s’appelait Uranie[1q].
Uranie était-elle une blonde jeune fille aux yeux bleus, un rêve de printemps, une innocente, mais curieuse fille d’Ève? Non, elle était simplement, comme autrefois, l’une des neuf Muses, celle qui présidait à l’Astronomie et dont le regard céleste animait et dirigeait le chœur des sphères; elle était l’idée angélique qui plane au-dessus des lourdeurs terrestres; elle n’avait ni la chair troublante, ni le cœur dont les palpitations se communiquent à distance, ni la tiède chaleur de la vie humaine; mais elle existait pourtant, dans une sorte de monde idéal, supérieur et toujours pur, et toutefois elle était assez humaine par son nom, par sa forme, pour produire sur une âme d’adolescent une impression vive et profonde, pour faire naître dans cette âme un sentiment indéfini, indéfinissable, d’admiration et presque d’amour.
Le jeune homme dont la main n’a pas encore touché au fruit divin de l’arbre du Paradis, celui dont les lèvres sont restées ignorantes, dont le cœur n’a point encore parlé, dont les sens s’éveillent au milieu du vague des aspirations nouvelles, celui-là pressent, dans les heures de solitude et même à travers les travaux intellectuels dont l’éducation contemporaine accable son cerveau, celui-là pressent le culte auquel il devra bientôt sacrifier, et personnifie d’avance sous des formes variées l’être charmant qui flotte dans l’atmosphère de ses rêves. Il veut, il désire atteindre cet être inconnu, mais ne l’ose pas encore, et peut-être ne l’oserait-il jamais dans la candeur de son admiration, si quelque avance secourable ne lui venait en aide. Si Chloé n’est point instruite, il faut que l’indiscrète et curieuse Lycénion se charge d’instruire Daphnis.
Tout ce qui nous parle de l’attraction encore inconnue peut nous charmer, nous frapper, nous séduire. Une froide gravure, montrant l’ovale d’un pur visage, une peinture, même antique, une sculpture—une sculpture surtout—éveille un mouvement nouveau dans nos cœurs, le sang se précipite ou s’arrête, l’idée traverse comme un éclair notre front rougissant et demeure flottante dans notre esprit rêveur. C’est le commencement des désirs, c’est le commencement de la vie, c’est l’aurore d’une belle journée d’été annonçant le lever du soleil.
Pour moi, mon premier amour, mon adolescente passion avait, non pour objet assurément, mais pour cause déterminante,... une Pendule!... C’est assez bizarre, mais c’est ainsi. Des calculs fort insipides me prenaient tous mes après-midi, de deux heures à quatre heures: il s’agissait de corriger les observations d’étoiles ou de planètes faites la nuit précédente en leur appliquant les réductions provenant de la réfraction atmosphérique, laquelle dépend elle-même de la hauteur du baromètre et de la température. Ces calculs sont aussi simples qu’ennuyeux; on les fait machinalement, à l’aide de tables préparées, et en pensant à toute autre chose.
L’illustre Le Verrier[1] était alors directeur de l’Observatoire de Paris. Point artiste du tout, il possédait pourtant dans son cabinet de travail une pendule en bronze doré, d’un fort beau caractère, datant de la fin du premier Empire et due au ciseau de Pradier. Le socle de cette pendule représentait, en bas-relief, la naissance de l’Astronomie dans les plaines de l’Égypte. Une sphère céleste massive, ceinte du cercle zodiacal, soutenue par des sphinx, dominait le cadran. Des dieux égyptiens ornaient les côtés. Mais la beauté de cette œuvre artistique consistait surtout en une ravissante petite statue d’Uranie, noble, élégante, je dirais presque majestueuse.
La Muse céleste se tenait debout. De la main droite elle mesurait, à l’aide d’un compas, les degrés de la sphère étoilée; sa main gauche, tombant, portait une petite lunette astronomique. Superbement drapée, elle planait dans l’attitude de la noblesse et de la grandeur. Je n’avais point encore vu de visage plus beau que le sien. Éclairé de face, ce pur visage se montrait grave et austère. Si la lumière arrivait obliquement, il devenait plutôt méditatif. Mais si la lumière venait d’en haut et de côté, ce visage enchanté s’illuminait d’un mystérieux sourire, son regard devenait presque caressant, une exquise sérénité faisait place à l’expression d’une sorte de joie, d’aménité et de bonheur que l’on avait plaisir à contempler. C’était comme un chant intérieur, comme une poétique mélodie. Ces changements d’expression faisaient vraiment vivre la statue. Muse et déesse, elle était belle, elle était charmante, elle était admirable.
Chaque fois que j’étais appelé auprès de l’éminent mathématicien, ce n’était point sa gloire universelle qui m’impressionnait le plus. J’oubliais les formules de logarithmes et même l’immortelle découverte de la planète Neptune pour subir le charme de l’œuvre de Pradier. Ce beau corps, si admirablement modelé sous son antique draperie, cette gracieuse attache du cou, cette figure expressive, attiraient mes regards et captivaient ma pensée. Bien souvent, lorsque vers quatre heures nous quittions le bureau pour rentrer dans Paris, j’épiais par la porte entr’ouverte l’absence du directeur. Le lundi et le mercredi étaient les meilleurs jours, le premier à cause des séances de l’Institut, auxquelles il ne manquait guère, le second à cause de celles du Bureau des longitudes, qu’il fuyait avec le plus profond dédain et qui lui faisaient quitter l’Observatoire tout exprès pour mieux marquer son mépris. Alors je me plaçais bien en face de ma chère Uranie, je la regardais à mon aise, je m’extasiais de la beauté de ses formes, et je partais plus satisfait, mais non plus heureux. Elle me charmait, mais elle me laissait des regrets.
Un soir—le soir où je découvris ses changements de physionomie suivant l’éclairage—j’avais trouvé le cabinet grand ouvert, une lampe posée sur la cheminée et illuminant la Muse sous l’un de ses aspects les plus séduisants. La lumière oblique caressait doucement le front, les joues, les lèvres et la gorge. L’expression était merveilleuse. Je m’approchai et je la contemplai, d’abord immobile. Puis l’idée me vint de déplacer la lampe et de faire jouer la lumière sur les épaules, le bras, le cou, la chevelure. La statue semblait vivre, penser, se réveiller et sourire encore. Sensation bizarre, sentiment étrange, j’en étais véritablement épris: d’admirateur j’étais devenu amoureux. On m’eût fort surpris alors si l’on m’eût affirmé que ce n’était point là le véritable amour et que ce platonisme n’était qu’un rêve enfantin. Le Directeur arriva, ne parut pas aussi étonné de ma présence que j’aurais pu le craindre (on passait souvent par ce cabinet pour se rendre aux salles d’observation). Mais au moment où je posais la lampe sur la cheminée: «Vous êtes en retard pour Jupiter», me dit-il. Et comme je franchissais le seuil: «Est-ce que vous seriez poète?» ajouta-t-il d’un air de profond dédain, en appuyant longuement sur la dernière syllabe, comme s’il eût dit poâte.
J’aurais pu lui répliquer par les exemples de Kepler, de Galilée, de d’Alembert, des deux Herschel, et d’autres illustres savants, qui furent poètes en même temps qu’astronomes; j’aurais pu lui rappeler le souvenir du premier Directeur de l’Observatoire même, Jean-Dominique Cassini, qui chanta Uranie en vers latins, italiens et français; mais les élèves de l’Observatoire n’avaient pas l’habitude de répliquer quoi que ce fût au sénateur-directeur. Les sénateurs étaient alors des personnages, et le Directeur de l’Observatoire était alors inamovible. Et puis, assurément, notre grand géomètre aurait regardé le plus merveilleux poème, du Dante, de l’Arioste, ou d’Hugo, du même air de profond dédain dont un beau chien de Terre-Neuve regarde un verre de vin qu’on approche de sa bouche. D’ailleurs, j’étais incontestablement dans mon tort.
Cette charmante figure d’Uranie, comme elle me poursuivait, avec toutes ses délicieuses expressions de physionomie! Son sourire était si gracieux! Et puis, ses yeux de bronze avaient parfois un véritable regard. Il ne lui manquait que la parole. Or, la nuit suivante, à peine endormi, je la revis devant moi, la sublime déesse, et cette fois elle me parla.
Oh! elle était bien vivante. Et quelle jolie bouche! j’aurais baisé chaque parole.... «Viens, me dit-elle, viens dans le ciel, là-haut, loin de la Terre; tu domineras ce bas monde, tu contempleras l’immense univers dans sa grandeur. Tiens, regarde!»
Alors je vis la Terre qui tombait dans les profondeurs béantes de l’immensité; les coupoles de l’Observatoire, Paris illuminé, descendaient vite; tout en me sentant immobile, j’eus une impression analogue à celle qu’on éprouve en ballon lorsqu’en s’élevant dans les airs on voit la Terre descendre. Je montai, je montai longtemps, emporté dans un magique essor vers le zénith inaccessible. Uranie[2] était près de moi, un peu plus élevée, me regardant avec douceur et me montrant les royaumes d’en bas. Le jour était revenu. Je reconnus la France, le Rhin, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, la Méditerranée, l’Espagne, l’océan Atlantique, la Manche, l’Angleterre. Mais toute cette lilliputienne géographie se rapetissait très vite. Bientôt le globe terrestre fut réduit aux dimensions apparentes de la lune en son dernier quartier, puis d’une petite pleine lune.
«Voilà! me dit-elle, ce fameux globe terrestre sur lequel s’agitent tant de passions, et qui enferme dans son cercle étroit la pensée de tant de millions d’êtres dont la vue ne s’étend pas au delà. Regarde comme toute son apparente grandeur diminue à mesure que notre horizon se développe. Nous ne distinguons déjà plus l’Europe de l’Asie. Voici le Canada et l’Amérique du Nord. Que tout cela est minuscule!»
En passant dans le voisinage de la Lune, j’avais remarqué les paysages montagneux de notre satellite, les cimes rayonnantes de lumière, les profondes vallées remplies d’ombre, et j’aurais voulu m’y arrêter pour étudier de plus près ce séjour voisin; mais, dédaignant d’y jeter même un simple regard, Uranie m’entraînait d’un vol rapide vers les régions sidérales.
Nous montions toujours[2q]. La Terre, diminuant de plus en plus à mesure que nous nous en éloignions, arriva à être réduite à l’aspect d’une simple étoile, brillant par l’illumination solaire au sein de l’immensité vide et noire. Nous avions tourné vers le Soleil, qui resplendissait dans l’espace sans l’éclairer, et nous voyions, en même temps que lui, les étoiles et les planètes, que sa lumière n’effaçait plus parce qu’elle n’éclairait pas l’éther invisible. L’angélique déesse me montra Mercure, dans le voisinage du Soleil, Vénus, qui brillait du côté opposé, la Terre, égale à Vénus comme aspect et comme éclat, Mars dont je reconnus les méditerranées et les canaux, Jupiter avec ses quatre lunes énormes, Saturne, Uranus. «Tous ces mondes, me dit-elle, sont soutenus dans le vide par l’attraction du Soleil, autour duquel ils circulent avec vitesse. C’est un chœur harmonieux gravitant autour du centre. La Terre n’est qu’une île flottante, un hameau de cette grande patrie solaire, et cet empire solaire n’est lui-même qu’une province au sein de l’immensité sidérale.»
Nous montions toujours. Le Soleil et son système s’éloignaient rapidement; la Terre n’était plus qu’un point, Jupiter lui-même, ce monde si colossal, se montra amoindri comme Mars et Vénus, à un petit point minuscule à peine supérieur à celui de la Terre.
Nous passâmes en vue de Saturne, ceint de ses anneaux gigantesques, et dont le témoignage seul suffirait pour prouver l’immense et inimaginable variété qui règne dans l’univers, Saturne, véritable système à lui seul avec ses anneaux formés de corpuscules emportés dans une rotation vertigineuse, et avec ses huit satellites l’accompagnant comme un céleste cortège!
A mesure que nous montions, notre soleil diminuait de grandeur. Bientôt il descendit au rang d’étoile, puis perdit toute majesté, toute supériorité sur la population sidérale, et ne fut plus qu’une étoile à peine plus brillante que les autres. Je contemplais toute cette immensité étoilée au sein de laquelle nous nous élevions toujours, et je cherchais à reconnaître les constellations; mais elles commençaient à changer sensiblement de formes, à cause de la différence de perspective causée par mon voyage. Je crus voir notre soleil, devenu insensiblement une toute petite étoile, se réunir à la constellation du Centaure, tandis qu’une nouvelle lumière, pâle, bleuâtre, assez étrange, m’arrivait de la région vers laquelle Uranie m’emportait. Cette clarté n’avait rien de terrestre et ne me rappelait aucun des effets que j’avais admirés dans les paysages de la Terre, ni parmi les tons si changeants des crépuscules après l’orage, ni dans les brumes indécises du matin, ni pendant les heures calmes et silencieuses du clair de lune sur le miroir de la mer. Ce dernier effet est peut-être celui dont cet aspect se rapprochait le plus, mais cette étrange lumière était, et elle devenait de plus en plus vraiment bleue, bleue non d’un reflet d’azur céleste ou d’un contraste analogue à celui que produit la lumière électrique comparée à celle du gaz, mais bleue comme si le Soleil lui-même eût été bleu!
