9,99 €
En réfléchissant dans le cimetière de Leeds, au bord de la tombe de ses parents, à la dégradation du monde ouvrier et ses valeurs, dont il fut le meilleur produit,
Tony Harrison donne à la poésie ce rôle politique qu’elle retrouve instinctivement dans les circonstances extrêmes et qu’à d’autres moments plus calmes, les poètes feignent paresseusement d’oublier pour se bercer de poésie « pure ». L’humour si particulier de l’exercice tenté par Tony Harrison est de faire tenir dans le cadre de l’alexandrin le plus distingué les « gros mots » ineptes (four-letter words) qui sortent de la bouche du jeune punk illettré.
Harrison utilise en effet le quatrain dont se servit
Gray en son temps. On imagine mal semblable tentative dans la poésie française contemporaine, tant les deux traditions poétiques se sont éloignées à des années-lumière l’une de l’autre.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Tony Harrison. Poète et auteur dramatique né en 1937 à Leeds. Après des études universitaires de grec classique, il a écrit des poèmes mettant en jeu l'anglais parlé par la classe ouvrière du nord industriel de l'Angleterre (
The School of eloquence). Il a par ailleurs réalisé des films pour la télévision (
Prometheus,
The Gaze of the Gorgon,
Crossings). Il a adapté les Mystères médiévaux anglais pour le théâtre. Il a traduit l'
Orestie d'
Eschyle, le
Misanthrope de
Molière. Il a aussi été correspondant de guerre du
Guardian pendant la guerre de Bosnie, écrivant un poème quotidien pour le journal. Ses
Collected Poems ont été publiés en 2007 par les éditions Penguins (Viking).
Jacques Darras. Poète, essayiste, traducteur de la poésie de langue anglaise (
Walt Whitman,
Ezra Pound,
Malcolm Lowry,
S. T Coleridge,
Ted Hughes). Il publie depuis 1988 un poème en 8 chants, intitulé
La Maye (Le Cri, Bruxelles et Gallimard). Dernier chant paru « Tout à coup je ne suis plus seul » (2006, L'Arbalète/Gallimard). Il a écrit plusieurs essais dont
Nous sommes tous des romantiques allemands (Calmann-Lévy, 2003) et
Nous ne sommes pas faits pour la mort (Stock, 2006). Il a reçu le grand prix de l'Académie française en 2006 pour l'ensemble de son œuvre.
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Seitenzahl: 47
Veröffentlichungsjahr: 2021
IN’HUI
V
Tony Harrison
Préface et traduction de
Jacques Darras
La création française de V a eu lieu à la Maison de la Poésie
à Paris le 11 octobre 2008, dans la mise en scène de
Claude Guerre, avec l'acteur Guillaume Durieux
Catalogue sur simple demande.
www.lecri.be [email protected]
La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL
(Centre National du Livre - FR)
ISBN 978-2-8710-6690-3
© Le Cri édition,
Av Leopold Wiener, 18
B-1170 Bruxelles
Pour le poème original : © Tony Harrison
Pour la traduction française : © Jacques Darras
En couverture : Quartier Bois du Cazier (anonyme).
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
Nous ne connaissons pas vraiment l’Angleterre. Nous ne la connaissons pas bien parce que nous ne connaissons pas sa poésie. Dire cela peut paraître prétentieux pour la poésie. Nous admettons en revanche les prétentions qu’a le roman de nous informer sur la nature d’une société. Le roman nous semble traduire ce qu’une société pense de l’amour et de l’argent — les deux sujets majeurs du roman depuis qu’il existe. La poésie, au mieux, nous renseigne sur l’état du langage. Cela intéresse les spécialistes que sont les linguistes, s’ils s’avisent de lire la poésie. Or l’erreur consiste à ne pas comprendre que pour savoir si les facultés d’invention d’une nation sont vives, si la proximité à la langue y est superficielle ou profonde, si la rue entre dans l’académisme et en sort sans aucun conflit, il n’y a rien de mieux que de lire attentivement le poème. Ainsi la simple constatation que le fossé de la Manche ou Channel, selon la rive où l’on se place, sépare plus profondément que jamais les traditions poétiques française et anglaise est-elle une indication politique de premier ordre. Alors que le roman anglais passe facilement le détroit, quasiment à la vitesse de l’Eurostar, le poème de même nationalité met des siècles à parcourir la distance. La résistance anglaise à se rapprocher du Continent se dénote là bien plus sûrement que dans aucun simulacre de traité ou figure de ballet du corps diplomatique. Il n’en sera peut-être pas toujours ainsi mais nul ne peut le prédire avec certitude. D’ailleurs, que signifie ce manque d’intérêt réciproque entre les deux poésies ? D’abord cette évidence qu’à la différence de la France l’Angleterre n’a jamais connu la Révolution en art depuis le dix-neuvième siècle et que toutes les tentatives d’un Ezra Pound — Américain style cow-boy du Far West — pour en pratiquer une ou plusieurs en un laps de temps très court, ont échoué. De même que Marx, quoique réfugié au Bristish Museum, n’aura jamais réussi à rendre marxiste l’Angleterre, de même Pound ne parviendra pas à la rendre imagiste, vorticiste ou futuriste. La résistance de l’Angleterre aux esthétiques modernes est un des faits les mieux établis et aussi les plus énigmatiques de l’histoire. Les essais tardifs pour présenter la figure de T.S Eliot comme le moderniste officiel de la poésie anglaise ne masquent rien. Il suffit de lire lesQuatre Quatuors
