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Marie-Josée Douville est une québécoise, mère, pour qui la famille est très importante. Elle se passionne pour les arts, la peinture et la danse. Elle est diplômée en décoration intérieure et design puis redécouvre sa passion pour la peinture. Elle a d'ailleurs plusieurs toiles à son actif. Très sensible à tous ceux qui l'entourent, elle est très appréciée pour son écoute, sa disponibilité et son empathie. Veronica Smith est son premier roman.
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Veröffentlichungsjahr: 2017
VeronicaSmith
Marie-joséeDoUville
LESEDITIONSATLANTIS
VeronicaSmithparMarie-joséeDouville
Copyright©Marie-joséeDouville2017
ISBN978-1-7751 981-1-6
Aucunepartiedecettepublicationnepeutêtrereproduite,stockéedansunsystèmederechercheoutransmisesousquelqueformeouparquelquemoyenquecesoit,électronique,mécanique,photocopie,enregistrementouautrementsanslapermissionécritedel’éditeur.
Ceciestuneœuvredefiction.Lesnoms,personnages,entreprises,lieux,événementsetincidentssontsoitdesproduitsdel’imaginationdel’auteur,soitutilisésdansuncontextefictifmanière.Touteressemblanceavecdespersonnesréelles,vivantesoumortes,oudesévénementsréelsestunepurecoïncidence.
Jem’appelleVeronicaSmithetjeviensd’unpetitquartierbienordinaired’unevilledebanlieue.Voicimonhistoire.
Jen’avaisqu’unan,j’étaisdansmachambreàcoucher,dansmabassinetteblanche.Jeregardaisleplafond.Ilyavaitungrostrouaucentre,làmêmeoù,supposément,unelumièredevaitêtresuspendue,maisiln’yavaitpasdelumière...Quedegrosfilsqui,selonmoi,avaientl’airbeaucoupplusgrosquedanslaréalité.Jecroyaisqueletrouallaitm’aspirerd’unseulcoup,j’avaispeur,jenepouvaispasparler,jen’étaisencorequ’unbébé.
Mesparentsm’aimaient,ilsmedisaientdemerecoucheretmeflattaientlatêtepourmerassurer,maisilsnecomprenaientpascequejevoulaisleurexpliquer.J’aitoujourspenséquemaphobiedesendroitssombresetdessous-solsmaléclairésdatedecetteépoque.J’aipeurdesgarde-robesouverteslanuit.Quandjeremontelesmarchesd’unescaliermenantàunsous-sol,jefermeleslumières,coursverslehautetneregardejamaisenarrière.
Plustard,versl’âgedetroisans,mesparentssesontséparés.Monpèreétaitmilitaireetpartaitsouventàl’étranger.Iln’étaitjamaisàlamaison.Ilconsommaitdelacocaïneetavaitbeaucoupdedifficultésavecl’argent.Parfois,ilvolaitsesamisousescollèguesdetravailpourpayersadrogue.Monpères’appelaitPatrick.Ilnefaisaitpasconfianceauxfemmes,probablementparcequesamèrel’avaitmaltraitépendantsajeunesse.Àsonretourd’unemission,ilavaitsurprismamèreentraind’embrasserunautrehomme.
Àcompterdecejour,ilnel’acrueplusetcommençaàlatromper,encoreetencore.Ilnepouvaitpluss’arrêterdevoird’autresfemmes.Mamères’enrenditcompteunsoiraprèsunesortieentrefilles.Elleétaitsupposéenerevenirquelelendemain,maisdécidaderentreraprèssonsouper.Lamaitressedemonpèren’étaitpluslà,maismamèretrouvaunlongcheveunoirsurlesdrapsbeigescouvrantlelitainsiqu’uneboucled’oreille.Mamèrequittamonpèrepeudetempsaprès,ellenepouvaitplussupporterunerelationmalhonnête.
Versl’âgede5ans,j’aidéménagéavecmamèredansunemaisond’unquartiertranquilleavecdegrosarbresdepartetd’autredelarue.Ilsétaienttellementfeuillusqu’ilssemblaientformeruntunnel.C’étaitunquartierancien,retirédanslaville.Manouvellemaisonétaitsituéeàuneruedecelledemagrand-mèreRoseetdemongrand-pèreKevin.
Rosemegardaitsouvent,carmamèrefaisaitdesheuressupplémentairespourpouvoirpayerlamaison.Roseetmoifaisionsbeaucoupd’activitésensemble,nousallionsvisiterlesjardinsdefleursetlesmuséesetnousnousrendionsàdesspectacles.Cequej’aimaisleplus,c’étaitmagasineravecelle.Rosem’emmenaitdansdesboutiquesdevêtements,puisonallaitmangeraurestaurant.Ellemeprêtaitsestalonshauts,elleenavaitdetouteslescouleursetdetouslesstyles.Ellepossédaitaussidenombreuxbijoux,tousplusbeauxlesunsquelesautres.Jepouvaislestoucheretmêmelesprendreenmain,sauflesplusdispendieux.Roseétaittrèsdistinguéeettoujoursbienhabillée.Elleavaitdenombreuxchapeauxetdesfoulardsdetouteslescouleurs.Ellemegâtaiténormément.
Parfois,jedormaisdanssonsous-sol,ellem’yaccompagnaitetmebrossaitlescheveuxpourm’endormir.Nonloindulit,unegrossefournaiseàl’huilem’épeurait.Souvent,Rosedormaitavecmoitoutelanuitpourquejenesoispaseffrayée.Ellefermaitlaportedelachambrepoursupprimercettegrossefournaisedemonchampdevision.Jerepartaistoujoursdechezelleavecdesgâteries,deschocolatsoudesvêtementsqu’ellem’achetait.
Pourmedivertir,mamèrem’inscrivitàuncoursdedansedeballetclassique.Audébut,j’étaistrèstimideetréservée,jerestaisdansmoncoinetj’observais.Peuàpeu,jemesuisrapprochéedesautresfillesetmesuisfaitdenouvellesamies.À6ans,j’étaisdéjàtrèsgrandeetmaigre,jemetrouvaisdifférente.Jemettaisplusieurscollantspourgrossirmesjambes.Aulocaldedanse,ilyavaitungrandmiroirquicouvraittoutlemur,jepouvaisvoirl’ensembledemescamarades.Jeremarquaisbienquemesjambesétaientbeaucoupplusmincesquecellesdesautresfillesetquejelesdépassaistoutesd’unebonnetête.Pourtant,j’avaislemêmeâgequ’elles.
Mamèren’avaitpasretrouvél’amour,ellenevoulaitpass’embarquerdansunenouvellehistoire.Avecletravailetlamaison,ellemanquaitdetemps.Etpuisellerestaittrèsattachéeàmonpère,quin’étaitpluslàpourelle.Jelevoyaisàl’occasion.Parfois,nousnenousrencontrionspasdurantquelquesjours,quelquessemainesvoirequelquesmois.
J’étaisunepetitefilleavecbeaucoupd’imagination.J’allaissouventauparc,jemebalançaisetjem’imaginaisêtreuneprincesseavecunelonguerobescintillante,alorslepaysagesetransformaittoutautourdemoi,lesfleurss’ytrouvaientengrandnombreetbrillaientausoleil,jenevoyaispluslesablegris.
Àl’écoleprimaire,j’étaislaplusgrandedemaclasse,j’étaistoujoursplacéeaudernierrang.Nousavionsdespausesavantledîneretdurantl’après-midi.Laplupartdesenfantsjouaientauballon-chasseur.Moi,j’avaistrouvéunautrejeu:jedécoupaisdescarrésdegazonpourfabriquerdepetitesmaisonspourlesinsectes.Jelesdéposaisdansmonpupitre,jefaisaisdesexpériences,j’observaiss’ilsrestaientàl’intérieurdeleurdemeureetjelesnourrissais.J’étaiscontentedelesaideràconstruireleursmaisons.Parfois,jeregardaisattentivementlesenfantsdemaclasseetj’étudiaisleurscomportements,jeprêtaisattentionauxcrayonsqu’ilsutilisaient,auxamisqu’ilsavaientainsiqu’àleursfaçonsdeseparler.J’étaissouventdanslalune,jenégligeaiscequejedevaisfaire.Jedétestaisétudierlesmathématiquesoulefrançais...Mesrésultatsscolairesétaientmédiocres,jeredoublaismesannées.
Malgrémadifférenceetlafaiblessedemesrésultatsscolaires,jen’avaisaucunedifficultéàmefairedesamis,lesenfantsm’approchaient,metrouvaientgentille,toutlemondevoulaitêtremonami.Parfois,jejouaisauballonaveceux,maiscelanem’intéressaitabsolumentpas,cen’étaitquepourleurfaireplaisir.
Danslaclasse,jem’assoyaisauborddelafenêtrepourregarderl’horizon,j’imaginaisdeshistoires,j’observaislesoiseauxetjemedemandaisoùilss’enallaientetd’oùilsvenaient.Pourquoipouvaient-ilsvoleretpasmoi?Jen’étaisplusdanslaclasseaveclesautresélèves,lavoixduprofesseurs’éloignaitpeuàpeu.Sanssuccès,ilprononçaitmonnompourmerameneràmoi-même.Jemedemandaispourquoij’étaisassisesurmachaise.Pourquoidevait-onécoutercesprofesseursquineparlaientquedechosesquinem’intéressaientpas?Jevoulaisdanser,créerdesmaisonspourlesinsectes,enfilerdesvêtementsdeprincesse,mepromenerdansdesjardinsdefleursscintillantesentourésdechâteauxetdechutesd’eau.
Àlafindescours,jeretournaisàlamaisonetjedevaisrefairedesmathématiques,encoreetencore.Lavieétaitdéjàunfardeauetjen’enétaisqu’audébut.Jemesentaispriseaupiègedanscerituelinterminable.J’aialorscommencéàcachermesdevoirs.Jerevenaisàlamaisonsansmescahiers,jen’avaisdoncplusàrefairemesmathématiquesettoutesceschosesridiculesqu’onnousinfligeaitauquotidien.
C’étaitplusdifficilepourmoiquepourlesautresdemeconcentrer,j’avaiscequ’onappelleaujourd’huiunTDAH.Àcetteépoque,peudegensdisposaientd’informationsprécisesàcesujet.Iln’yavaitpasdemédicationnideclassesspécialisées.Lorsquejem’efforçaisàfairequelquechose,jeprenaisbeaucoupplusdetempsquelamoyenne.Jen’avaisaucunenotiondutemps.C’estpourquoil’organisationdemesjournéesn’étaitpaschoseaisée.
