Vie de Benoît de Nursie - Grégoire le Grand - E-Book

Vie de Benoît de Nursie E-Book

Grégoire le Grand

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Beschreibung

Le pape Grégoire raconte la vie de saint Benoît, témoin privilégié du VIe siècle et illustration vivante des enseignements délivrés par les textes sacrés.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Grégoire Ier dit Grégoire le Grand est le 64e pape de l'Église catholique. Il est l'auteur d'œuvres patristiques majeures qui ont marqué et marquent toujours l'histoire de l'Église. Né vers 540, il est élu pape en 590 et décède le 12 mars 604.

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Seitenzahl: 175

Veröffentlichungsjahr: 2022

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La collectionLa Manne des Pères

Collection dirigéepar Sœur Marie Ricard, Bénédictine de Martigné-Briand (49)

La liste des ouvrages déjà parus se trouve en fin de volume.

Couleurs des bandeaux de la collection

rouge: IIesiècle

vert: IIIesiècle

jaune: IVe-Vesiècle

terre de Sienne : VIesiècleet au-delà

Envoi de manuscrit ou de projet audio :

Saint-Léger éditions

1, chemin des pièces Bron

49260 Le Coudray-Macouard

02 41 67 79 30

Grégoire le Grand

LA VIE ET LES MIRACLES DE BENOÎT DE NURSIE

Texte intégral

© Saint Léger éditions, 2015.

Tous droits réservés.

Nombreux sont nos contemporains qui découvrent avec plaisir les Pères de l’Église.

Grâce à leurs écrits, leurs prédications, c’est la foi chrétienne qui est nourrie.

Il n’est donc pas surprenant que cette étude engendre un vrai bonheur chez tous ceux qui l’entreprennent, en même temps qu’elle participe à un accroissement de leur témoignage dans le monde d’aujourd’hui.

Je me réjouis profondément de cette traduction rendant accessibles au plus grand nombre ces textes essentiels de notre patrimoine spirituel. Je forme tous mes vœux pour la fécondité de cette entreprise.

Angers, le 24 septembre 2014

+Emmanuel Delmas évêque d’Angers

L’éditeur remercie très fraternellement

Mère Céline Guilbot osb, prieure des Bénédictines de Martigné-Briand (49), Père Jean-Pierre Longeat osb, président de l’Alliance Inter Monastères (92), Père Michel Dujarier et Lydie HK Rivière, Xavière

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Texte source

Grégoire le Grand, Dialogues, Paris, Cerf, coll. « Sources chrétiennes » n° 260, 1978Traduit du latin par Père Adalbert de Vogüé, osb (†).

La mise en français fondamental a été faite par une moniale de Dourgne, et revue par le Père Adalbert de Vogüé, moine de la Pierre-qui-Vire.

Rappel historique et Jalons

Sœur Marie Ricard.

Introduction

Sœur Véronique Dupont, osb (†).

Un « Livret général », donnant des repères historiques généraux, est édité à part et offert pour l’achat d’un exemplaire de la Collection La Manne des Pères.

À demander à votre libraire.

Il est aussi téléchargeable sur : saintlegerproductions.fr

© lcône de saint Benoît, iconostase de l’église byzantine du monastère de Chevetogne en Belgique.

Il n’a plus qu’un désir : plaire à Dieu seul.

(Commencement de la vie de Benoît)

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Rappel historique : l’empire romain face aux invasions barbares

Les Goths

À partir de la fin du IVes, les peuples dits barbares (à l’origine : ceux qui ne parlent ni le grec ni le latin) commencent à représenter un danger pour l’empire.

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Les Huns ont envahi la partie germanique de l’Europe, chassant les populations de Goths, qui se pressent alors aux frontières de l’empire romain. Avant d’être des envahisseurs, tous ces barbares sont d’abord des migrants, poussés par la nécessité de trouver des terres.

Les Goths, trop nombreux, ne sont pas toujours bien accueillis et vont à leur tour devenir menaçants. En 377, ils se révoltent. L’empereur Valens, sous-estimant la force qu’ils représentent, lève une immense armée, avec l’élite des officiers. En août 378, au cours de la bataille d’Andrinople (Turquie), les Romains sont écrasés par les Goths et leurs alliés. Valens est tué.

Son successeur, Théodose, tente de mener une politique plus réaliste, mais la situation reste compliquée et dangereuse. La pression barbare est de plus en plus forte ; alliances et traités de paix se font et se défont. De nouvelles populations font croître les menaces aux frontières, ainsi les Wisigoths, avec leur chef Alaric, véritable homme fort au milieu de ces agitations. Il pénètre en Grèce et s’empare d’Athènes ; pendant ce temps, les Huns, entrés en Syrie, pillent Antioche.

Deux empires : Orient et Occident

En 395, l’empereur Théodose meurt. Le vaste « empire romain » est scindé entre ses deux fils : Honorius reçoit l’Occident et Arcadius l’Orient. Constantinople, capitale orientale, va prendre de plus en plus d’impor-tance. En Occident, Rome n’est plus la capitale : après s’être installé à Milan, le gouvernement impérial, en 402, s’est replié à Ravenne, moins exposé aux invasions.

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Rome, cependant, demeure la « Ville Éternelle », avec toute la charge affective et religieuse que cela comporte.

La poussée de nouveaux peuples descendant de l’Est, et les rivalités internes affaiblissent les deux empires, amenés à conclure entre eux de fragiles promesses de secours ou à pactiser séparément avec les barbares. À partir de 401, les Goths, qui doivent fuir les côtes de l’Adriatique, marchent sur l’Italie ; ils sont repoussés, mais les combats ont affaibli l’armée romaine et surtout les finances.

Alaric mène une politique habile, tirant parti, au gré des circonstances, des faiblesses de l’un ou l’autre empereur. En 408, profitant de l’indécision d’Honorius, il dénonce un traité et, fort de ses troupes grossies par de nouveaux alliés, marche sur Rome. In extremis, elle échappe au massacre, mais l’avenir demeure incertain. Deux ans plus tard, Alaric met le siège devant Rome : affamée, exténuée, la ville capitule, le 24 août 410, et sera livrée au pillage.

La chute de Rome est un traumatisme qui traversera les générations.

Les Vandales

La Ville et l’empire d’Occident ne sont pas au bout de leurs malheurs. De nouvelles tribus barbares menacent les frontières italiennes. Venus du Nord (l’actuel Danemark), les Vandales, à partir des IIeet IIIesiècles se sont implantés dans les régions du Danube. Au début du Vesiècle, délogés par les Huns et leurs alliés, ils envahissent le nord de la Gaule, ralliant

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au passage des groupes francs, burgondes, alains et autres. Toutes ces troupes descendent alors vers le sud, longeant le Rhône, obliquant vers les Pyrénées qu’elles franchissent.

La situation est très confuse : l’Espagne, province romaine, est sous la coupe d’un certain Maxime, un usurpateur, qui tente de s’associer aux envahisseurs barbares. Nombreux et divers, ces derniers, au gré des alliances et des trahisons, vont se partager le pays.

En 418, l’empereur Honorius envoie Wallia, un chef wisigoth, remettre un peu d’ordre en Espagne. Rivalités et massacres ne cessent pas pour autant. En 419, le Vandale Gunderic se proclame roi des Vandales et des Alains, et continue de chercher à contrôler l’ensemble de la péninsule. Il meurt en 427 et Genséric, son demi-frère, lui succède.

L’Afrique n’est pas loin : province romaine, elle n’est plus vraiment protégée par les légions impériales, très diminuées ou occupées sur d’autres fronts. Boniface, gouverneur de l’Afrique romaine, fait appel aux Vandales et s’entend avec Genséric pour un partage de la province. En 429, par milliers, Vandales et alliés pénètrent en Afrique, sans rencontrer beaucoup de résistance. Genséric fait détruire les fortifications de quelques villes, mais n’a pas encore atteint Hippone ni Carthage.

C’est alors que Boniface, qui commence à redouter cet associé encombrant, fait plaider des amis pour son retour en grâce auprès du gouvernement impérial à Ravenne. Il semble vouloir persuader le roi Vandale de repartir pour l’Espagne, mais devant l’avancée

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constante de Genséric, il se décide à l’attaquer. Les Vandales, vainqueurs, assiègent Hippone, la ville du grand évêque, Augustin, qui meurt durant ce siège (28 août 430). Pendant des mois, la ville résiste, mais doit capituler. En octobre 439, Carthage, à son tour, est prise.

Genséric entreprend alors de gagner l’Italie et débarque en Sicile. Les deux empereurs, cette fois, résistent et font front commun contre l’envahisseur qui est, un temps, freiné dans ses conquêtes. Mais, en 442, par une série de traités et concessions, Valentinien, le nouvel empereur d’Occident, doit prendre acte et reconnaître le royaume vandale d’Afrique du Nord.

Après quelques années d’accalmie, la politique vandale de conquête reprend : la Corse et la Sardaigne tombent, et bientôt Rome est à nouveau pillée (455).

La fin de l’empire romain d’Occident

Il est impossible ici de résumer la complexité du quart de siècle qui suit. En Orient comme en Occident, les peuples barbares font peser une pression à laquelle la faiblesse des autorités, elles-mêmes en butte aux querelles internes, ne permet pas de résister. Les empereurs se succèdent, souvent dans la violence. C’est surtout vrai en Occident : pendant toute une période, il n’y a plus d’empereur ou ils sont désignés par les chefs barbares. L’anarchie fait évidemment l’affaire des envahisseurs.

En 475, Flavius Oreste chasse l’empereur d’Occident, Julius Nepos, qui s’enfuit en Dalmatie ; il installe à

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sa place son fils, Flavius Romulus (appelé Romulus Augustule). L’année suivante, Odoacre, prince barbare élevé à la cour du Hun Attila, dépose le jeune empereur.

476 est traditionnellement la date marquant la fin de l’empire romain d’Occident.

Odoacre se fait acclamer par le Sénat qui demande à Zénon, l’empereur d’Orient, de le reconnaître comme patrice1. En 488, cependant, Zénon, inquiet de la politique ambitieuse d’Odoacre, confie au roi ostrogoth2, Théodoric, la reconquête de l’Italie. En 493, Odoacre est assassiné. Les Romains accueillent sans difficulté leur nouveau maître.

Rome au VIesiècle

Il n’y a plus d’empire d’Occident, mais la vie continue, dans le même souci du quotidien et des dangers des barbares. Le gouvernement impérial est à Constantinople ; les provinces qui appartenaient à l’empire d’Occident sont, ou bien sous l’autorité de Constantinople, ou bien devenues des royaumes barbares.

En Italie, Théodoric a pris soin de maintenir les tradi-tions romaines : institutions politiques, vie culturelle et religieuse, mais il établit dans l’armée une hiérarchie gothique et exerce un pouvoir très personnel. Il mène à l’extérieur une politique de conquête (il se rend maître des anciennes provinces romaines du Danube et de la

1. Titre de noblesse institué par l’empereur Constantin, au début du IVesiècle. Il n’est pas attaché à une fonction, mais est une dignité dont l’empereur gratifie ceux qu’il veut honorer ou remercier.

2. Goths venant de l’Est.

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Provence) : elle a pour effet d’instaurer un temps de paix durable.

Comme pratiquement tous les Goths, Théodoric est chrétien, mais il est arien. Il se montre cependant tolérant envers l’église catholique.

Au tournant des IIIeet IVesiècles, à Alexandrie, en Égypte, le prêtre Arius affirmait que Jésus n’est pas le Fils de Dieu. Cette opinion et les réactions qu’elle entraîne secouent l’ensemble de l’Église. Dire que Jésus n’est pas Dieu est une erreur très grave : elle rejette purement et simplement l’Évangile et la foi chrétienne qui affirment que Dieu s’est fait vrai homme. L’Incarnation, ce n’est pas un homme que Dieu va diviniser, mais Dieu qui devient homme. Reconnaissons-le : une seule personne en deux natures, vrai Dieu et vrai homme, c’est ce qui est le plus difficile à croire. Des origines à nos jours, les mêmes doutes nous assaillent. Arius et les ariens sont les premiers d’une longue série

On réunit une assemblée d’évêques en 325 : c’est le Concile de Nicée. Les ariens sont condamnés, mais ils continuent à s’opposer, parfois dans la violence. Pendant plusieurs siècles, l’hérésie arienne va faire des adeptes, dans toutes les régions, parfois par simple transmission, sans que les fidèles aient toujours conscience d’être dans l’erreur. Ainsi, c’est par des chrétiens ariens que les barbares ont été évangélisés.

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Les Pères de l’Église sont nombreux à lutter, par leur prédication et leurs écrits, pour rétablir la vraie doctrine3.

Théodoric meurt en 526. L’empereur Justinien, en 535, décide de reconquérir les provinces romaines qui ont été annexées. Sous le commandement de Bélisaire, les troupes byzantines débarquent en Sicile, puis en Italie. L’année suivante, elles sont devant Rome. Une longue guerre (elle va durer vingt ans) oppose les Byzantins aux Ostrogoths et leurs alliés. La population, en Italie, est plutôt favorable à l’empereur de Constantinople, mais elle est aussi traversée de sympathies diverses, exploitées par les forces en présence.

En 540, le général Bélisaire reprend Ravenne et fait prisonnier le roi ostrogoth Vitigès. Mais les Goths, décidés à reprendre les terres qu’ils ont perdues, se donnent un nouveau roi, Totila, qui, habile stratège, remporte quelques victoires et essaie de se concilier le soutien des Romains, mais sans succès. En 544, Totila assiège Rome qui tombe en 546. Durant encore une dizaine d’années, victoires et défaites se succèdent pour les deux camps.

Totila meurt au combat en août 552, vaincu par Narsès, un général de l’empereur Justinien. Cette défaite marque déjà la fin du royaume ostrogoth. En 555, les dernières troupes gothiques rendent les armes.

3. Athanase, évêque d’Alexandrie, quasi contemporain d’Arius, met sa foi et ses qualités intellectuelles au service de la défense de ce que le Concile de Nicée rappellera : le Christ est Dieu, égal au Père. Voir n° 2 de la Collection La Manne des Pères : Athanase d’Alexandrie, Vie d’Antoine.

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L’empire de Constantinople sort vainqueur, mais épuisé, de cette longue guerre. Moins de vingt ans après, la domination impériale sur l’Italie est partiel-lement anéantie par les Lombards.

Les Lombards (Langobardi en latin, puis Lombards par déformation après le VIIIe siècle) sont un peuple germanique – peut-être d’origine scandinave – qui, au premier siècle, s’était établi sur l’Elbe, puis était passé en Pannonie (l’actuelle Hongrie) et avait aidé Byzance contre les Ostrogoths. En 568, les Lombards se retournent contre Byzance et envahissent la plaine du Pô (à laquelle on donnera ensuite le nom de Lombardie). À partir de 574, à la mort de leur dernier roi, ils choisissent la vie en bandes armées, souvent rivales, sillonnant toute la péninsule qu’ils dévastent.

Au VIIIesiècle, Charlemagne les chassera définitivement.

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Introduction

Qui est Grégoire le Grand ?

Grégoire naît à Rome vers 540. On vient de le voir, la situation politique est tendue : c’est le début de l’interminable conflit de la reconquête de l’Italie sur les barbares. De plus, en 543, éclate la grande épidémie de peste noire : venue d’Orient, elle ravage pendant plusieurs décennies une partie des régions occidentales, dont l’Italie.

La famille de Grégoire, noble et fortunée, est chrétienne. Sa mère, Sylvia, est honorée comme « amie de Dieu ». Son père, Gordianus, exerçait de hautes fonctions à Rome. Grégoire avait vraisemblablement un frère.

Après des études supérieures classiques, Grégoire devient préfet de Rome, vers 570 ; il a environ 30 ans. II préside le Sénat et il est le plus grand magistrat de la ville. II ne se marie pas afin d’être libre pour Dieu. À l’âge de 35 ans, il quitte le monde, vend ses biens et fonde, sur le mont Coelius, un monastère dédié à saint André. Il y vit en simple moine, sous la conduite d’un religieux, Valentin. Une fois devenu évêque de Rome, il parlera de ce temps-là comme ayant été les années les

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plus douces de sa vie. Grégoire fonde aussi six autres monastères dans ses immenses domaines de Sicile.

Diacre, délégué du pape à Constantinople

En 579, Grégoire est ordonné diacre, et le pape Pélage II l’envoie comme apocrisiaire4à Constantinople, auprès de l’empereur d’Orient, Maurice. Grégoire emmène avec lui un groupe de frères. Il peut alors retrouver dans sa résidence le climat de son monastère Saint-André de Rome. Par ses fonctions, il est en lien avec les membres de la famille impériale, les magis-trats, les généraux, les femmes de la cour de Byzance, les évêques d’Orient en particulier Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople.

Grégoire fréquente également les milieux monas-tiques de la ville et il en retire une certaine connaissance des traditions spirituelles de l’Orient. Il entre en contact avec les moines grecs de son temps, mais sans jamais apprendre le grec. II a lu les Vies des Pères5et les traduc-tions d’Origène par Rufin.

Il fait la connaissance de Léandre de Séville, venu d’Espagne rencontrer l’empereur Maurice au sujet des intérêts de la foi catholique dans son pays. Léandre et Grégoire sont tous les deux moines, écrivains, et du même milieu social : ils nouent une profonde amitié. À la demande de Léandre et des moines de sa commu-nauté, Grégoire commence à écrire un commentaire du

4. Fonction qui correspond à un ambassadeur.

5. Les Pères du Désert.

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Livre de Job, les Moralia. II l’achèvera à Rome quand il sera devenu pape.

Mais le délégué du pape doit jouer aussi un rôle diplo-matique. Ainsi, dans une lettre datée du 4 octobre 584, Pélage II lui demande d’intervenir auprès de l’empereur d’Orient pour qu’il aide l’Italie, toujours en proie aux invasions, par exemple en lui envoyant des renforts militaires.

Sans doute au début de l’année 586, le pape Pélage fait revenir Grégoire à Rome et il devient son secré-taire et son conseiller. Il rentre cependant dans son monastère, reprend la vie régulière et la méditation des Livres Saints. II commente aux moines les livres des Proverbes, du Cantique des Cantiques, des Prophètes ainsi que les sept premiers Livres bibliques, qu’on appelle l’Heptateuque6. Il se renseigne aussi sur la vie des saints d’Italie, en interrogeant les pèlerins qui viennent à Rome.

Grégoire pape (590-603)

En 589, le Tibre, qui traverse Rome, inonde une grande partie de la ville. Ses eaux sales provoquent une épidémie de peste. Le pape Pélage II meurt de cette maladie. L’Église n’a plus de chef. De plus, les inonda-tions ont détruit les greniers à blé de l’Église : c’est la famine. Les Romains sont dans la misère et demandent pour pape le diacre Grégoire. Celui-ci fait appel à l’empereur Maurice pour qu’il refuse cette élection, mais

6. Heptateuque : c’est l’ensemble des 7 premiers livres de la Bible. Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges.

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Maurice l’approuve. Alors il essaie de fuir, pourtant il est rattrapé, et on le conduit de force à la basilique Saint-Pierre. Il est ordonné le 3 septembre 590. Il a environ 50 ans, et sa santé est mauvaise. En janvier 591, il finit par accepter sa nomination à la tête de l’Église de Rome.

« Voici que tout indigne et malade, j’ai reçu un vieux bateau tout cassé, qui prend l’eau de toutes parts. Et dans la grosse tempête qui le secoue tous les jours, ses planches pourries craquent comme s’il tombait dans l’eau7».

Le nouveau pape voit dans la peste la manifestation de la colère divine. C’est pourquoi il ordonne une grande procession à la basilique Sainte-Marie-Majeure pour demander la pitié de Dieu. Des gens tombent et meurent en chemin. La ville de Rome est dans un tel état qu’on pense que la fin du monde est proche.

Pendant treize ans, le pape Grégoire va donner un grand élan à la spiritualité de l’Église d’Occident. II la puise lui-même dans la tradition des écrivains chrétiens, les Pères de l’Église, comme Origène. Il s’inspire aussi des anciens moines, les Pères monastiques, par exemple Cassien8. Le but de toute vie chrétienne est de tendre vers le Christ, d’imiter le Christ, de voir Dieu.

En 592, pour secourir Rome assiégée par les Lombards9, Grégoire intervient auprès de Maurice, l’empereur de Constantinople et de Romanus, son représentant à Ravenne. Tous les deux restent sourds. Le siège de Rome continue. Est-ce que Rome va devenir

7. Lettre I, 4.

8. Voir Lexique, p. 163

9. Voir Rappel historique, p. 21.

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la capitale lombarde ? Non. En 593, devant l’inaction de Romanus, Grégoire traite directement avec Agulf, le roi des Lombards. II va au-devant de lui. Ceci n’est pas sans rappeler l’attitude de Léon le Grand devant Attila. La rencontre a lieu cette fois devant la basilique Saint-Pierre. Par son attitude et ses paroles, Grégoire obtient que Rome soit sauvée, mais les Romains s’engagent à payer aux envahisseurs un impôt de 500 livres d’or par an. Grégoire achète ainsi la paix.

Grégoire meurt le 12 mars 603. Son corps repose dans la basilique Saint-Pierre de Rome.

L’œuvre de Grégoire

Grégoire est avant tout un « homme de Dieu », un ardent « ami de Dieu ». Ce sera le socle de son intense activité.

Évêque soucieux de transmettre la Bonne Nouvelle à ses fidèles, Grégoire a aussi le souci de la porter aux autres peuples. Au printemps 596, il envoie Augustin, le prieur du monastère Saint-André, son cher monastère, en mission avec 40 moines en Angleterre.

Par ailleurs, il mène une activité diplomatique intense avec l’Église de Constantinople et l’empire d’Orient. Il déploie beaucoup d’efforts pour que soit clairement définie la mission des évêques, notamment la place des patriarches au sein de l’Église universelle.

Il est un grand prédicateur et il écrit aussi. Ses œuvres sont très variées : théologie biblique, spirituelle, pastorale ou monastique. On a conservé de Grégoire le Grand 854lettres,qui témoignent de son écrasante activité.

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Ses autres ouvrages proviennent de son activité pastorale. Grégoire s’y montre un pasteur soucieux de la vie spirituelle et des responsabilités des fidèles. Son activité exégétique est surtout connue par ses Morales sur Job. Grégoire commença ce texte à Constantinople et le