Vie de l'esprit, vie dans l'Esprit - Benoît de Baenst - E-Book

Vie de l'esprit, vie dans l'Esprit E-Book

Benoît de Baenst

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Beschreibung

Est-il possible de reconnaître la présence et l’action de Dieu en soi ? Comment s’assurer que ce n’est pas une illusion,
une autosuggestion ? Comment discerner entre ce qui vient de Dieu et ce qui autre ? Du diable, de moi, de ma vie psychique ?
En quatre étapes, quelques clés utiles, pratiques reçues de la sagesse du Christ sont proposées. Les tentations du Christ et les règles de discernement de saint Ignace de Loyola livrent des principes et des règles précieux pour s’y retrouver. La réflexion récente de l’Église permet de distinguer la vie spirituelle de la vie psychique sans nier leurs interactions. L’ancrage de l’homme spirituel dans l’histoire du salut et dans l’Église lui donne d’assurer son discernement avec une solidité qui déborde le seul sujet.
Grâce aux balises que le trésor de la Tradition chrétienne recèle, ce livre espère aider à se lancer plus sereinement dans l’aventure si unique de la vie spirituelle, à comprendre ce qui se passe en soi, à vivre de et dans l’Esprit.


À PROPOS DE L’AUTEUR

Prêtre de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles en Belgique et membre de la Communauté de l’Emmanuel, Benoît de Baenst est, après avoir enseigné la théologie pendant 10 ans à l’IET et servi en paroisse pendant 16 ans, enseignant-chercheur à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lille et vicaire dominical à Villeneuve d’Ascq. Poète à ses heures, il est l’auteur de plusieurs livres.

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Seitenzahl: 161

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Benoît de Baenst

Vie de l’esprit, vie dans l’esprit

Les unpertinents

Introduction générale

À une époque marquée par l’agnosticisme, l’athéisme, les courants relativistes et positivistes, il n’est pas toujours évident de discerner la présence et l’action de Dieu dans sa vie. Force est de constater que Dieu semble souvent être aussi bien absent qu’inactif. Comment croire dans un tel contexte ? Cela ne revient-il pas à une sorte de méthode Coué ? Comment vivre en chrétien ? La difficulté est au moins triple. L’athéisme nous confronte à la négation de l’existence de Dieu. Le relativisme s’oppose à l’affirmation d’une vérité. Les sciences exigent au moins deux choses qui sont comme ses valeurs, ses critères : la vérification par l’expérience en rapport à certains principes et l’utilité.

De par leur méthode, les sciences exigent de pouvoir vérifier une affirmation par l’expérience, dans l’expérience. Ce n’est qu’à cette condition qu’elles acceptent de reconnaître qu’une assertion est vraie ou plutôt exacte. Aussi, pour les sciences, ce qui ne peut être vérifié ou éprouvé (scientifiquement s’entend) ne peut posséder le sceau de la certitude. La vérification, voire la falsification, est la condition nécessaire pour accepter une affirmation et agir en conséquence. Cette vérification, la science l’opère en fonction de lois ou de principes. Elle distingue donc entre certains principes qu’elle a déclaré valides et d’autres qui sont encore à prouver. La preuve est donnée par l’interaction de ces principes et de l’expérience réalisée grâce à eux. De cette manière, de nouvelles lois ou principes vont pouvoir être reconnus et permettre à leur tour de nouvelles expériences ou vérifications.

La science opère aussi un processus d’objectivation. Elle ne considère quelque chose que dans le but de pouvoir en faire une autre chose. À quoi cela sert-il ? Pour quoi faire ? Les sciences nous ont ainsi habitués à mesurer les choses à l’aune de l’utilité. Ce qui n’est pas utile, ce dont on ne peut rien faire, n’aurait aucun intérêt. Plus encore, il n’est pas rare en Occident que la connaissance scientifique soit déclarée, plus ou moins consciemment, comme l’unique connaissance valable. Cette absolutisation de la méthode scientifique, le positivisme, n’est pas sans conduire à absolutiser les critères de vérification et d’utilité, sans mener discrètement au relativisme – tout ce qui est non-scientifique étant incertain – et de ce fait à l’athéisme.

En tant que chrétiens, il serait étonnant que cet état des choses, que cette culture scientifique que nous respirons, que cette logique scientifique à laquelle nous avons été formée dès le plus jeune âge, n’ait pas d’influence sur notre foi, donc sur notre vie avec Dieu.

Mais vouloir vérifier Dieu qui est Esprit et le réduire à l’utile, ce n’est pas le respecter pour ce qu’il est. Car la vie avec Dieu est d’abord de l’ordre de la gratuité. Dieu ne se laisse pas enfermer dans le vérifiable ni dans l’utile. Comment alors se situer ? Faut-il chercher à tout prix à se défaire des sciences ? Faut-il leur emboîter le pas sans se poser de question ? Comme l’expliquait le cardinal Ratzinger1, si la foi n’est pas au sens scientifique de l’ordre du vérifiable et de l’utile, elle n’est pas non plus sans permettre une certaine vérification, sans offrir une certaine utilité. En effet, si Dieu est le bonheur de l’homme, il n’est pas inutile de savoir comment vivre avec lui. S’il est le Vivant, il est alors aussi celui qui vivifie, qui permet d’une certaine manière de sentir cette présence de Dieu. Son effet vivifiant dans nos vies doit d’une certaine manière pouvoir être reconnu et goûté. De même que la science permet de discerner des lois inhérentes au corps de l’homme (biologie, chimie, physique), de même que l’intelligence humaine possède une certaine logique, la vie spirituelle possède elle aussi des principes. Analogiquement à la science, l’Église a développé, notamment à travers ses saints, une sagesse qui permet de « vérifier » ou mieux d’éprouver la présence et l’action de Dieu en nous. Ils ont mis en évidence l’existence de lois ou de principes spirituels qui, d’une certaine manière, sont « utiles » pour vivre avec Dieu, pour se convertir et marcher vers lui. Il y a une vie de l’esprit et une vie dans l’Esprit. Les quatre chapitres qui suivent cherchent en ce sens à donner quelques clés pour permettre de mieux discerner cette présence et cette action de Dieu dans nos vies. Le sujet est vaste et la Tradition de l’Église qui explicite cette vie spirituelle gigantesque. Rien que cela témoigne déjà de l’activité divine dans l’histoire. Elle est promesse et gage pour celui qui accepte de se laisser enseigner. En réalité, apprendre à reconnaître la présence et l’action de Dieu dans nos vies n’est pas accessoire. Il y va de notre vie avec Dieu, de la joie de Dieu comme de la nôtre car ce que Dieu désire, c’est la vie de l’homme.

Concrètement, nous avons opéré certains choix. Dans le premier chapitre, nous allons tout d’abord laisser l’Écriture Sainte nous illuminer. Comme le dit le Concile Vatican II, elle est la Parole de Dieu même. En elle, Dieu a parlé avec des mots d’homme. Elle contient les mots que Dieu a choisis pour se dire lui-même et pour nous révéler qui nous sommes. Jésus est Dieu fait homme, cet homme qui est Dieu en lequel réside la plénitude de la révélation. Et, dans ce vaste trésor qu’est la sainte Écriture, nous nous pencherons sur les récits des tentations du Christ. En approfondissant cet évangile, nous pourrons entrer en communion avec le cœur du Mystère de la vie de l’esprit et dans l’Esprit qui se donne à contempler en la personne de Jésus.

Au cours des deux millénaires passés, l’Église n’a cessé de contempler ce Mystère du Verbe incarné. Guidée par l’Esprit qui ouvre à l’intelligence de l’Écriture, elle a réussi à exprimer ce dont elle vivait, selon les époques, avec plus au moins de bonheur. Nous poursuivrons ainsi la réflexion par l’un des monuments reconnus de la Tradition de la vie spirituelle : les règles de discernement des esprits des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, maître en la matière s’il en est. Ce sera l’objet du deuxième chapitre. Mais comprendre que la vie avec Dieu a ses règles n’est pas sans poser question. Comment en effet distinguer la vie de l’esprit dans l’Esprit de ce qui est psychologique ? Plus radicalement, cette vie spirituelle que l’Écriture affirme et que la Tradition a explicitée est souvent niée. Pour certains, la vie spirituelle ne serait qu’une illusion, que d’ordre psychique. Et si tel est le cas, pouvons-nous encore parler de vie dans l’Esprit ? Affirmer que nous vivons avec Dieu, c’est oser affronter ce que notre époque lui objecte et, selon ce que l’Esprit nous donne, montrer comment Dieu ne renie rien de notre humanité. Au contraire, il l’assume et l’élève. Le troisième chapitre esquissera ainsi quelques points concernant le rapport entre la vie spirituelle et la vie psychique.

Enfin, cette négation de la vie spirituelle affrontée, il sera possible de préciser ce qu’est la vie dans l’Esprit. Nous pourrons mieux comprendre dans le quatrième chapitre comment Dieu est tout en tous, ouvrir les yeux et découvrir combien et comment Dieu est présent et agissant dans l’histoire, dans notre histoire.

Le présent ouvrage fait suite à quatre conférences de Carême proposée dans les paroisses du Sacré-Cœur et Notre Dame de l’Annonciation à Bruxelles en 2014. Nous remercions tous ceux qui nous ont témoigné de leur confiance et qui nous ont aidés d’une façon ou d’une autre.

1 Cf. Cl J. RATZINGER, BENEDIKT XVI, Regarder le Christ, Exercices de foi, d’espérance et d’amour. Traduit de l’allemand par Bruno Guillaume, Arthème Fayard, 1998, 11-17.

Chapitre I

Les tentations du Christ selon Matthieu

Des quatre évangiles que comporte le Nouveau Testament, les trois premiers (Matthieu, Marc, Luc) présentent de nombreuses similitudes et sont appelés synoptiques pour cette raison. Parmi ces similitudes, se trouvent les « tentations du Christ » qui chaque fois suivent le baptême du Christ et précèdent « le retour de Jésus en Galilée et le début de son ministère public2 ». Le récit de Marc (1,12-13) est très court. Il affirme simplement que Jésus est poussé par l’Esprit dans le désert et qu’il est tenté par Satan. Seuls Matthieu (4,1-11) et Luc (4,1-13) développent le contenu des tentations de Jésus, à savoir prouver qu’il est Fils de Dieu en transformant des pains, en se jetant du haut du temple, et régner sur le monde en se prosternant devant le diable. Chacun des deux évangélistes agence les trois tentations selon une perspective propre.

La différence la plus notable est l’inversion de l’ordre de la deuxième et de la troisième tentation. Sans nous interdire quelques renvois au récit lucanien, nous suivrons ici le premier évangile. Après avoir situé le contexte des tentations, nous lirons le texte pas à pas. Nous aborderons une à une chacune des tentations et nous terminerons en précisant le fruit.

Avant cela, un mot sur la pertinence de l’étude de ce texte. Comme l’affirme le Concile Vatican II, Jésus est la plénitude de la révélation. Cette révélation est acte de Dieu qui, en se révélant lui-même, révèle aussi l’homme à lui-même. Jésus est Dieu et homme. Ainsi, ce que Jésus a vécu en tant qu’homme nous conduit à mieux comprendre ce qu’est être un homme. L’étude des tentations du Christ dans l’évangile de Matthieu se révèle de ce fait riche d’enseignement pour la vie spirituelle.

1. Texte de Matthieu (Bible de Jérusalem)

1 Alors Jésus fut emmené au désert par l’Esprit,

Pour être tenté par le diable.

2 Il jeûna durant quarante jours et quarante nuits,

après quoi il eut faim.

3 Et, s’approchant, le tentateur lui dit :

« Si tu es Fils de Dieu,

dis que ces pierres deviennent des pains. »

4 Mais il répondit :

« Il est écrit :

Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme,

mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu »

5 Alors le diable le prend avec lui dans la Ville Sainte,

et il le plaça sur le pinacle du Temple

6 et lui dit :

« Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ;

car il est écrit :

Il donnera pour toi des ordres à ses anges,

et sur leurs mains ils te porteront,

de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre. »

7 Jésus lui dit :

« Il est encore écrit :

Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu. »

8 De nouveau le diable le prend avec lui

sur une très haute montagne,

lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire

9 et lui dit :

« Tout cela, je te le donnerai,

si, te prosternant, tu me rends hommage. »

10 Alors Jésus lui dit :

« Retire-toi, Satan !

Car il est écrit :

C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras,

et à Lui seul tu rendras un culte. »

11 Alors le diable le quitte.

Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

2. Le contexte

Comme nous l’avons déjà précisé, le récit matthéen des tentations du Christ suit directement le baptême de Jésus. Là, Jésus a fait l’expérience de l’amour du Père à son égard. Jésus a découvert d’une manière nouvelle qu’il fait la joie de son Père, que le Père l’aime profondément, qu’il est le Fils du Père, que ce dernier se complaît en lui. La profonde bonté du Père qui tient à Jésus comme à la prunelle de ses yeux s’y manifeste. Ainsi, avant même les tentations, une donnée essentielle de la vie spirituelle est mise en relief : la relation à Dieu, au Père. Deux points en découlent. Premièrement, l’essentiel de la vie humaine consiste en cette relation d’amour filial avec le Père. Celle-ci est ce qui constitue l’être fondamental de l’homme. En d’autres termes, l’être humain n’est pas un individu isolé. Il est en relation avec Dieu, Père aimant. L’origine, le fondement de l’homme se trouve dans cet amour de Dieu, don et donnée primordiale de l’être humain. La liberté est faite pour Dieu qui est le bonheur de l’homme. De ce fondement découle un principe : l’appel à se confier entièrement au Père, à s’abandonner à lui. La tâche de Jésus comme la nôtre est de vivre dans une relation continue de confiance au Père, de foi en son amour quelles que soient les circonstances de la vie. L’homme est fait pour Dieu. Sa vie est d’être fils de Dieu dans le Christ. L’homme est appelé à faire confiance en Dieu, à s’abandonner à lui, à vivre d’abord et avant tout de Dieu.

3. Le récit des tentations

Dans l’évangile de Matthieu, le récit peut être divisé en cinq parties. Les deux premiers versets posent la situation initiale. Jésus est emmené au désert pour être tenté par le diable. Les versets 3-4, 5-7 et 8-11 décrivent tour à tour les trois tentations. Le verset 11 décrit la situation finale. Jésus est servi par les anges.

3.1. Sous la conduite de l’Esprit

Au verset 1, au lieu d’aller en ville pour commencer sa mission, Jésus qui vient de recevoir l’Esprit de Dieu et que nous sommes appelés à écouter est emmené par ce même Esprit dans le désert. Le passif « fut emmené » montre combien Jésus s’abandonne au Père, combien, en choisissant volontairement de se laisser guider par l’Esprit, le Christ permet au Père de guider sa vie. Comme on peut le voir, l’Esprit est le sujet de l’action. Implicitement, cela signifie qu’il est actif. Ce n’est qu’à l’intérieur de cette conduite de l’Esprit que le diable peut avoir un certain pouvoir sur Jésus. Remarquons aussi le lieu où Jésus est conduit : le désert, un lieu où il ne trouvera ni à boire, ni à manger. Jésus va donc être confronté physiquement, corporellement à la faim. L’appel à la confiance ne vaut pas simplement lorsque tout est facile et évident. Il est valable en toutes circonstances. Le désert est encore le lieu de la rencontre avec Dieu. C’est un endroit de choix pour se tourner vers lui, pour être seul, pour se consacrer entièrement à Dieu, pour n’être qu’à lui. Dans ces circonstances difficiles, Jésus est donc appelé à faire confiance au Père.

Matthieu précise le but de cette conduite dans le désert : pour être tenté par le diable. Étymologi­quement, le terme « diable » provient du verbe grec diaballô qui signifie tout à la fois jeter entre, à travers, déconseiller, dissuader, détourner de, attaquer, accuser. Il est composé de la préposition dia, à travers, et du verbe ballô, jeter, lancer, poser, mettre. Le diable est donc celui qui accuse, que se jette ou jette quelque chose entre Dieu et nous. Il est celui qui agit en vue de nous détourner de Dieu. Ainsi, l’Esprit veut mettre la confiance de Jésus en Dieu à l’épreuve. Il le place volontairement sous les feux de l’ennemi. Il le soumet au diable. Étonnamment, l’Esprit permet au diable d’avoir un certain pouvoir sur Jésus. En fait, Jésus est tenté parce qu’il désire vivre entièrement avec son Père, parce qu’il choisit de suivre l’Esprit. Comment comprendre cette épreuve ? Le désir de l’Esprit n’est évidemment pas de faire tomber Jésus mais de lui permettre de vaincre la tentation, de lui donner de remporter la victoire. En menant Jésus à la tentation, l’Esprit désire lui permettre de donner à Dieu la première place quelles que soient les difficultés, les épreuves. Il est en effet facile de faire confiance en Dieu lorsque tout va bien – ce qui ne préjuge pas de la réalité et de la bonté de cette confiance – c’est cependant une autre chose dans les difficultés. En acceptant et en choisissant d’affronter le diable, Jésus désire nous rejoindre jusque dans nos faiblesses pour qu’avec lui et grâce à lui nous puissions à notre tour vaincre les tentations. Si Jésus accepte d’être tenté, c’est entre autres, comme le dit saint Augustin, « pour nous aider comme médiateur à triompher des tentations3 ».

La vie spirituelle consiste ainsi à se laisser conduire par l’Esprit même s’il nous mène au désert, au lieu de la tentation. Elle est le théâtre d’une lutte où notre confiance en la bonté du Père est éprouvée. Elle est un combat, le combat de la confiance filiale en Dieu. Le fait d’être tenté ne signifie pas que l’on est pécheur. En fait, on est tenté parce que l’on désire suivre Dieu. Si Jésus lui-même est tenté par le diable, nous n’avons pas à être troublés ni découragés d’être tenté à notre tour. Cela fait partie de la vie dans l’Esprit. Ce qui est en jeu n’est rien de moins qu’une épreuve de liberté. Oui ou non, vais-je mettre chaque jour Dieu au cœur de ma vie, lui donner la première place ? Le travail de l’Esprit Saint est en effet de nous conduire à nos limites afin que nous nous décidions pour Dieu, que nous options pour la vie et non la mort. C’est la question fondamentale, suprême de toute existence humaine. Cela dit, même au cœur du combat, c’est Dieu qui tient notre vie en main comme c’est l’Esprit qui conduit Jésus à la tentation4. Implicitement, il peut y avoir trois sources d’influence en nous : Dieu, le diable et nous-mêmes. L’une des tâches de la vie spirituelle est donc d’apprendre à discerner de qui vient telle ou telle idée. La vie spirituelle est faite de tentations. Elle est un combat.

Matthieu précise que Jésus jeûne pendant quarante jours et quarante nuits. Pourquoi ce jeûne de Jésus juste après avoir été baptisé ? Nous pouvons donner au moins deux raisons. L’évangéliste parle du jeûne juste après avoir précisé le but de la présence de Jésus au désert : être tenté. Ainsi, si Jésus jeûne, c’est, comme l’explique saint Jean Chrysostome, parce que le jeûne est une arme très efficace contre les tentations5. C’est aussi parce que, lors de son baptême, Jésus fait l’expérience qu’il est aimé du Père et qu’il est son Fils. Cette relation filiale est ce qui est le plus fondamental en Jésus. Le Verbe doit apprendre en tant qu’homme à vivre de cette relation filiale dans toutes les circonstances de sa vie. Or, l’acte de jeûner consiste par excellence en un détachement de la nourriture pour se tourner vers Dieu. C’est apprendre concrètement à recevoir son être de Dieu.

Cette épreuve de liberté où Jésus est emmené dans le désert n’est pas sans rappeler le séjour de quarante ans d’Israël dans le désert. La mention des quarante jours et des quarante nuits, propre à Matthieu, le rappelle discrètement. Sorti d’Égypte, de l’esclavage, Israël a dû apprendre dans le désert à se fier entièrement en la bonté de son libérateur. Il fallait qu’il apprît à vivre de la présence et de la parole de Dieu. Or, c’est précisément ce en quoi il a failli. Ainsi, en choisissant librement d’obéir à l’Esprit, Jésus accepte de faire face au tentateur, d’être soumis à l’épreuve non seulement pour nous montrer l’exemple, mais aussi pour que nous puissions par lui en sortir vainqueur.