Voleur de poules - Karine Lottin - E-Book

Voleur de poules E-Book

Karine Lottin

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Beschreibung

Des poules égorgées, un bélier tué, un incendie... à n'en pas douter Etienne et Paule Jolimont sont visés par un voisin malveillant. C'est ce que pense tout de suite leurs amis Claire et Simon Paquard. Aidés de la gendarmerie, ils vont remonter la piste du malfaiteur. Mais que vont-ils trouver? Quelle bête vont-ils débusquer? Elle n'est peut-être pas celle qu'on croit... Quand on ne règle jamais les maux de l'enfance, il se transforme plus tard en malheur

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Veröffentlichungsjahr: 2017

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Ceci est le troisième roman de cet auteur né en 1971 à Castres.

Très tôt, vers l’âge de 16 ans, elle écrit son premier manuscrit, mais il ne sera jamais publié.

Mais l’envie d’écrire est en elle et notamment, elle rêve de partager ses petits bonheurs estivaux de l’enfance.

C’est ainsi que paraît en mars 2016

10 Habitants en hiver

Puis très rapidement, l’esquisse d’un autre roman germe dans sa tête. Un décès dans la famille de son conjoint déclenche en elle ce qui sera son deuxième roman paru en mai 2016

Au diapason

Sommaire

Foix, mars 2014

Foix, 1er avril 2014

Foix, juin 2014

Foix, été 2014

Bordeaux, mars 1970

Bordeaux, 15 mars 1970

Maison d’Arrêt de Bordeaux à Gradignan, Hiver 1989

Toulouse et Foix, printemps 1991

Foix, automne 2013

Foix, mars 2014

-Allo Madame Paquard ?

-Oui c’est moi

-C’est Madame Jolimont.

-Oui bonjour Madame Jolimont comment allez-vous ?

-Bonjour Madame Paquard ? Ca va très bien merci et vous-même ?

-Très bien ma foi merci

-Je ne vous dérange pas ?

-Non non je vous en prie, qu’est-ce qui vous amène ?

-Comme l’an dernier, nous allons partir en cure d’ici trois semaines pour un mois, est-ce que cela vous dérangerait de venir soigner les poules et de veiller aux moutons ?

-Non bien sûr que non. Donnez-moi juste les dates de votre absence et comment souhaitez-vous que j’intervienne.

-Deux fois par jour ce serait l’idéal : une fois le matin même tard. Inutile de vous réveiller aux aurores pour monter. Et le soir avant le repas cela conviendrait parfaitement. Est-ce que cela vous irait ?

-Pas de problème Madame Jolimont. Quelles sont les dates ?

-du 1er au 28 avril prochain.

-Parfait, je les note. Vous pouvez compter sur moi.

-Merci beaucoup Madame Paquard c’est très gentil.

-Avec plaisir. Ma petite fille venant passer les vacances scolaires de Pâques, vous voyez un inconvénient à ce que je passe chez vous avec elle ? Elle adore votre chienne Lika.

-Pas du tout au contraire, ça lui fera une présence.

-Alors c’est entendu Madame Jolimont.

-Encore merci Madame Paquard. Le bonjour à monsieur

-Merci également et bonne soirée.

C’est en ces termes, que nous avons raccroché. Je m’empresse d’aller dans le bureau, noter sur le calendrier les dates que ma voisine vient de me donner.

En rentrant, je trouve Simon devant son ordinateur et me demande :

-J’ai entendu le téléphone sonner. Qui était-ce ?

-La voisine. Ils partent en cure le 1er avril. Elle m’a demandé d’aller soigner les bêtes. Comme Alexia est en vacances, je monterai à la ferme avec elle. Deux fois par jour, ça l’occupera un peu.

-Ok me répond Simon plus occupé par son sudoku que par ce que je viens de lui dire.

Je note donc les dates sur le calendrier et quitte la pièce.

Foix, 1er avril 2014

-Coucou ma puce. Réveille toi dis-je doucement à ma petite fille toute échevelée de sommeil. Il est 9h30 mon ange. Il est temps de te lever pour prendre ton petit-déjeuner et après on ira voir Lika.

Alexia ouvre un œil embrumé et s’étirant, sort progressivement du sommeil. Elle maugrée un borborygme incompréhensible pendant que faisant le tour de son lit, je m’apprête à ouvrir fenêtres et volets.

-N’ouvre pas mamie. J’aime pas le jour. Ca me fait mal aux yeux. Attend s’il te plait que je sois levée pour ouvrir.

Je m’exécute aussitôt en me disant que cette enfant me fait marcher sur la tête et me console aussitôt en me disant que les mamies sont faites pour ça.

-D’accord alors tu ne traines pas et tu te lèves. Je t’attends à la cuisine pour le petit-déjeuner. Brioche ou pain de mie toasté ?

-« Pwain do mi » entendè-je dans un feulement

Tout en souriant, je quitte sa chambre et regagnant la cuisine commence à faire toaster le pain. Sûrement attirée ou peut-être alléchée par l’odeur du pain grillé, je perçois dans le couloir un petit pas trainant d’enfant. Je me dirige vers le pas de la porte de la cuisine pour intercepter son entrée et lui voler un bisou et si je m’y prends bien peut-être un câlin (surtout si elle est de bonne humeur).

A son approche, je tends les bras vers elle et la voyant s’y jeter, je me dis qu’elle a grandi. Elle veut toujours les bisous et les câlins de mamie mais ça ne durera pas. Dix ans l’an prochain, ce sera la dernière année d’école primaire. Avec le collège, les fréquentations changent, les mentalités aussi. Ca pousse quoi !

Elle est jolie notre Alexia. Mince, élancée et sportive, elle arbore une chevelure châtain clair et de jolis yeux noirs. Plus grande que ses camarades, elle affiche aussi une maturité plus importante. C’est au divorce de ses parents, associé à des vies mouvementées que ces derniers ne savent pas cacher au moins quand elle est chez l’un ou chez l’autre, qu’elle doit ce discernement précoce. Quand elle est chez nous, Simon et moi avons l’impression qu’elle retrouve un peu de futilité, d’insouciance et cela nous fait plaisir.

La dévorant de bisous, elle tente de s’extirper voyant le pot de confiture de framboise/cassis confectionnée avec les fruits de notre jardin.

-Mamie, je peux avoir cette confiture sur le pain s’il te plait ? me dit elle dans un bâillement.

-Bien sûr, papi les a cueillis pour faire une confiture rien que pour toi.

-Chouette. Alors à table me dit-elle enjouée.

Elle s’assoit en faisant trainer la chaise sur le carrelage. Je l’aide à se rapprocher de la table. Elle se saisit de la petite cuillère et s’enquiert de remuer son chocolat chaud.

Pendant ce temps, je prends une tranche de pain de mie et commence à la tartiner. Sitôt faite, sitôt attrapée, trempée et dévorée.

La deuxième tranche ayant subi le même sort, je commence à ranger les reliefs de sa collation et la trouvant affalée sur la table, lui dis entrainante :

-Allez puce à la douche !

-Non mamie j’ai pas envie. Je la prendrai ce soir

-Non puce, ce soir on est invité. Il vaut mieux que tu la prennes maintenant ce sera fait.

-Pff me répond-elle en trainant les pieds jusqu’à la salle de bain.

Onze heures.

Le soleil nous gratifie de sa présence pendant que nous montons, Alexia et moi, le raidillon qui mène à la ferme de nos voisins.

Alexia, en jeune chien, sautille dans la montée comme si elle n’existait pas. Moi, du haut de mes 73 ans, je donne le change en échangeant avec elle des blagues et en répondant à ses questions mais le souffle se fait plus court.

Pourtant, ma jeunesse m’a vue sportive. Basketteuse dans l’âme, je suis tombée amoureuse du ballon dès l’école primaire pour ne le lâcher qu’après les épreuves du baccalauréat, grâce auquel une vraie bonne note me fut octroyée en épreuves sportives.

Si j’en crois le succès que j’ai pu avoir auprès de la gente masculine et d’une certaine jalousie de quelques unes de mes camarades, j’étais une jolie fille. Mince, d’une démarche quelque peu altière matinée de légèreté, j’aimais à ne pas trop me maquiller mais je soignais ma façon de me vêtir. Sportive certes, mais féminine avant tout. C’est ce côté simple mais recherché qui avait plu à Simon.

Mon tendre mari, on s’est connu la dernière année de lycée. Il venait de redoubler sa terminale et moi d’y monter, nous nous sommes retrouvés dans la même classe du baccalauréat série générale. Ce ne fut pas le coup de foudre au premier regard pour lui mais moi oui sincèrement. Ce n’était pas le plus beau garçon de la terre mais il avait un regard pétillant et un charme discret qui m’attira aussitôt.

Un peu gauche, affublé de pantalons trop grands et d’une ceinture démodée, il devait les remonter sans cesse pour garantire sa pudeur. L’ensemble surmonté d’un t-shirt déformé par le manque de soins. Bref, ce ne sont pas ses talents de « fashion victim » qui m’ont fait chavirer le cœur.

Non, le jour où ce dernier a chaviré c’est quand il ouvrit la bouche, lorsque le hasard nous a associés au sein d’un même exposé, que nous devions présenter en Histoire.

Monsieur Monriaud, le jeudi de 15 heures à 17 heures. Fin de journée et quasi fin de semaine après une matinée de sciences économiques, notre dominante sur le cursus, ce créneau était aussi âpre à supporter pour lui que pour nous.

Aussi, dès que cela était possible, il nous inventait un sujet d’exposé à commencer d’ors et déjà.

Depuis le début de l’année scolaire, nous étions au mois de janvier, c’était le deuxième exposé qu’il nous soumettait. Mais cette fois, le hasard me fit m’associer à Simon.

-La Guerre Froide : vous avez deux heures, plaisanta Simon en s’installant classeur ouvert sur la table. Les deux comparses qui devaient boucler notre quatuor s’installèrent autour de la table auprès de nous en souriant.

Ce sont ces quelques simples mots qu’il scanda avec des yeux rieurs, pétillants, mutins et un joli sourire découvrant des dents blanches, parfaitement alignées et creusant au cœur de ses joues de charmantes fossettes.

C’est ce jour là précisément, que mon cœur chavira et qu’aujourd’hui encore, à 73 ans, il chavire encore.

Occupée à mes pensées, j’entends de loin en loin une petite voix crier :

-Mamiiiiiie ! Mamiiiiie !!

M’ébrouant, je vois Alexia qui s’est écartée du raidillon pour traverser un petit pré et hurler à côté d’une barrière électrifiée :

-Mamiiiiie ! Regarde il y a des chevaux.

-Ah oui constate-je étonnée. Mais ils n’étaient pas là la dernière fois si ?

-Euh je sais pas. Je crois pas me répond Alexia occupée à claquer de la langue pour les inciter à venir voler une caresse

-On leur apportera du pain rassis demain matin lui dis-je.

-Non ce soir me répond-elle

-Non pas ce soir ma puce. Nous n’aurons pas le temps. Je t’ai dit que nous étions invités. Il faudra faire vite pour aller soigner les poules et redescendre se préparer. Non, on aura plus de temps demain matin

-Bon d’accord mais c’est moi qui le leur donnerai me rétorque-t elle d’un ton péremptoire

-Oui oui je te laisserai faire.

Laissant les équidés paître gentiment au loin dans leur enclos, nous continuons notre promenade qui va bientôt s’achever puisque j’aperçois déjà le toit pentu du poulailler se dessiner à fleur de pré.

Déjà on perçoit l’aboiement de Lika. Elle doit nous avoir senties, entendues.

Alexia parcourt les derniers mètres qui la séparent de la ferme en renforçant son pas de course. Lika aboie joyeusement en faisant des tours sur elle-même dans la cour à côté du portail.

Quand je pose la main sur la poignée et que j’insère la clé dans la serrure, un couinement de chiot finit de convaincre Alexia de pousser vivement le portail et de pénétrer en hâte dans la cour. Lika l’accueille avec des jappements, lui saute dessus sans ménagement et c’est à terre, qu’elles finissent toutes les deux, leur façon de se dire bonjour.

Laissant les deux « amies » courir, jouer ensemble, je saisis l’arrosoir que je m’empresse de remplir au tuyau d’arrosage laissé négligemment trainer au milieu d’un carré d’herbe planté de pâquerettes. L’arrosoir plein, je me dirige vers le vaste poulailler non sans jeter un coup d’œil à Alexia et Lika qui continuent leur « bataille ».

Le poulailler fermé d’une porte de fortune, ne se verrouillant pas, j’ai tôt fait d’y entrer. Ces seize demoiselles caquetantes s’approchent, curieuses, de moi.

-Ce n’est que de l’eau, mesdemoiselles les interpellé-je avec humour. Le repas ne sera livré que ce soir, renchéris-je amusée.

M’assurant que les trois bassines en fer blanc jonchant la basse-cour sont pleines, je ressors en fermant la porte en vérifiant que même archaïque, la gâchette est bien en place. Je repositionne la planchette sensée assurer le tout bien clos et interpellant Alexia pour qu’elle me suive, je m’éloigne en direction du champ où se trouvent les brebis et le bélier.

M’approchant, je compte mes ouailles : je dois en avoir vingt et le bélier.

-Le compte est bon ? comme dirait Armand Jammot me dit Alexia

J’éclate d’un rire franc et sonore. Lui demandant d’où elle tient ça car ni le personnage ni l’émission « les chiffres et les lettres » ne sont de son âge, de son temps, de sa génération.

Et elle de me répondre innocemment :

-C’est papi qui te demande ça chaque fois qu’on redescend de la ferme et il ajoute un petit air en chantant.

Voilà comment de manière anodine, car je n’ai jamais fait attention particulièrement à cette habitude, on impacte dans l’esprit d’un enfant, une culture, des souvenirs qui au hasard d’une vie, peut-être plus tard, feront de lui un adulte un et unique.

Je saisis Alexia dans mes bras et l’étreint pour imprimer à ce moment, un instant d’éternité

Dix sept heures

-Alexiaaaa !

Comme aucune réponse ne me parvient, je réitère mon appel

-ALEXIAAAAA !

-OUIIIIII mamie j’arrive me répond une voix lointaine

-Où es-tu ? lui demande-je étonnée de l’entendre mais de ne pas la voir

-Derrière le laurier-sauce, me répond-elle j’ai vu une couleuvre s’y faufiler

-Ne t’inquiète pas je suis avec elle me dit la voix de Simon que je ne vois pas non plus.

-Brigands, êtes-vous sûrs que c’est une couleuvre ? demande-je effrayée

-Dis à mamie comment je t’ai appris à faire la différence en un seul coup d’œil dit Simon à Alexia sur un ton badin

-S’il a la pupille comme celle d’un chat c’est une vipère. S’il a la pupille ronde c’est une couleuvre me rétorque-t elle savante

-Bon bon les savants leur dis-je. C’est dix-sept heures, il faut qu’on aille à la ferme s’occuper des poules et des moutons.

Aussitôt dit, aussitôt fait, Alexia saute de derrière le laurier-sauce comme un diable sort de sa boîte suivie de près par mon espiègle de Simon qui dit tout de go :

-Je monte avec vous

-OUAIIIIII hurle Alexia courant déjà jusqu’au raidillon. Tu vas voir les chevaux papi, tu vas voir les chevaux !!!

Nous voilà amorçant la montée, Alexia gambadant loin devant, sous nos yeux et nos sourires hébétés.

A mi-pente, on entend le jappement de Lika mais il me parait plus sombre moins gai que ce matin.

Je n’en parle pas me disant que c’est idiot de penser ça sur un simple jappement mais quand même depuis le temps que je m’occupe de leurs bêtes, chaque année qu’ils partent en cure, je suis habituée aux aboiements de Lika et là je les trouve bizarres.

Quand on arrive aux abords du portail, mes doutes se confirment un peu plus. Lika ne nous fait pas la fête comme à l’accoutumée et surtout à la différence de ce matin, elle ne se rue pas sur Alexia.

Cette dernière en est d’ailleurs fortement étonnée et se tournant vers moi me dit soucieuse :

-Lika a l’air triste

-Oui je trouve aussi lui réponds-je tracassée

Simon me trouvant effectivement inquiète, pénètre dans la cour et s’oriente vers le poulailler d’où il m’interpelle en hâte.

Je parcours les quelques pas qui nous séparent et j’aperçois le carnage. Une poule est couchée, morte, du sang coagulé sur le dos.

Je m’informe de la présence d’Alexia au loin auprès de Lika, je ne souhaite pas qu’elle voit ça.

Simon avise un sac de toile de jute dans lequel Madame Jolimont transporte des pommes de terre. Il y jette la poule morte, la recouvre de paille et l’emporte.

Quand Alexia avise son grand-père portant sur l’épaule ce sac elle l’interroge sans tarder :

-Papi, qu’est-ce que tu as dans le sac ?

-De la paille, je vais m’en servir pour recouvrir mes plantations de légumes lui répond il à la hâte.

Cette réponse convient à la fillette puisqu’elle ne demande plus rien. Je remercie discrètement Simon de cette trouvaille car ne voulant pas qu’Alexia voit ça, je n’aurais cependant pas su que faire, ni que lui dire.

Simon continue en aparté à me dire :

-Ce soir, pendant que vous serez sous la douche, j’appellerai les Jolimont pour les informer de ce qui s’est passé. On va garder la poule, je la plumerai, la viderai demain matin de bonne heure pendant qu’Alexia dort encore et je la congèlerai on la mangera plus tard. Elle n’y verra que du feu.

-Très bien, bonne idée. Mais qui crois-tu est l’auteur de ce massacre? lui demandé-je inquiète

-Un animal. A priori, elle a une encoche en V sur la nuque et ne semble avoir aucune autre blessure. Peut-être un furet ? me rétorque un Simon pas certain de lui.

Après, notre tour auprès des moutons et s’être assurés que le compte était bon, nous voilà redescendant chez nous non sans avoir remontré à papi les chevaux et avoir répété une dizaine de fois de plus que demain matin, on leur donnerait du pain en montant chez les Jolimont.

Arrivés chez nous, Alexia et moi nous rendons immédiatement dans la salle de bain afin de rafraichir une toilette bien malmenée en cette journée ensoleillée qui a vu courir Alexia dans le jardin.

Réglant la douche pour elle, j’entends Simon débuter une conversation avec ce que je devine être Monsieur ou Madame Jolimont. Avec le bruit de l’eau coulant et les discussions à bâtons rompus d’Alexia, je n’entends pas la teneur de ce qu’il se dit au téléphone.

Quand nous ressortons toutes deux de la salle de bain, fraiches, sentant bon et prêtes pour nous rendre à notre invitation, Simon m’adresse un clin d’œil et me dit à la dérobée, nous en parlerons ce soir au lit.

Cette nuit là, Alexia fatiguée de sa journée mouvementée, ne tarda pas à s’endormir. Après avoir pris de l’avance sur le sommeil dès le voyage en voiture, la transporter jusqu’à son lit et la déshabiller ne la réveilla que très peu. C’est donc du sommeil du juste qu’elle continua sa nuit alors que je fermai la porte de sa chambre.

Rejoignant Simon dans la nôtre, je l’interroge sur les événements de la journée et surtout ce qui a été décidé avec les Jolimont.

-Alors qui t’as repondu ? lui demandè-je dubitative

-Paule. Etienne était en soins

-Alors que pense-t elle de ce qui s’est passé ?

-Elle pense qu’effectivement ça peut être un animal, un rapace ou un furet. Mais ce qui l’étonne c’est que ça arrive en journée me dit-il sceptique

-Oui c’est vrai en principe ces animaux attaquent de nuit mais pas les rapaces lui dis-je incrédule

-Certes mais ce qui m’interpelle me dit Simon c’est que si ça avait été un rapace, il l’aurait emporté avec lui et s’il n’avait pas pu le faire, il aurait commencé à la manger sur place. Or, la poule est intacte. Paule m’a dit de garder celle qu’on a trouvée et de la manger. Inutile qu’elle soit morte pour rien.

-D’accord…

-Mais ce qui intrigue le plus Paule m’interrompt Simon c’est que si cela avait été un furet, il aurait touché aux œufs. Or, il n’en a rien été et ce n’est pas normal, les furets sont friands des œufs, il ne s’en serait pas privé.

-Oui c’est vrai constaté-je perplexe.

-Demain matin, je vais y aller de bonne heure avant vous. Comme ça si tout va bien, vous irez avec Alexia.

-D’accord, oui il vaut mieux tu as raison. Mais il te faut aussi plumer la poule quand vas-tu le faire si tu dois aussi monter à la ferme avant nous ? lui demandè-je

-Je vais faire sonner le réveil à six heures et je monterai tout de suite comme ça ce sera fait et après j’aurai tout le temps de plumer la bête me rétorque-t il sûr de lui en s’endormant.

Le lendemain matin, à six heures, je suis extirpée de mon sommeil par la sonnerie stridente mais d’abord lointaine du réveil.

-Ah oui. Simon doit se lever pour aller voir si tout va bien chez Jolimont avant qu’Alexia et moi n’y montions.

Je me remémore ce qui est arrivé la veille avec un sentiment étrange entre dégout et suspicion.

Sans tarder, Simon enfile un survêtement à la place de son pyjama et descend sans bruit pour ne pas réveiller Alexia. Je l’entends se préparer une tasse de café et la faire chauffer au micro-ondes. Le jour n’étant pas encore levé, il ne doit pas faire bien chaud.

J’entreprends de lire un peu en attendant le retour de Simon que j’entends à cet instant fermer délicatement la porte.

Je parcours quelques lignes dans ce roman prêté par ma belle-fille : Emma, la femme de notre ainé, Laurent. Alexia est la fille de nôtre second fils : Eric qui a épousé Sandrine puis divorcé de celle-ci ; c’est elle la mère d’Alexia mais en premières noces, il avait épousé Catherine avec laquelle il a eu Dylan.

De Laurent, nous avons également deux petits enfants : Julie et Thomas. Je me dis en souriant que je suis une grand-mère comblée.

Mes yeux lisent ces phrases mais mon cerveau ne comprend pas les mots. Je suis plus préoccupée par Simon et ce qu’il va trouver à la ferme que par mon roman.

J’entends la porte d’entrée s’ouvrir doucement. Puis la voix douce de Simon me chuchotant du bas de la cage d’escalier qu’il monte.

Quand il apparait dans l’encoignure de la porte, je ne sais si c’est la lumière artificielle de ma lampe de chevet qui le rend aussi blafard ou s’il a vu quelque chose qui l’a contrarié.

Je ne tarde pas à le savoir.

-Alors ? lui susurre-je impatiente

-Et ben c’est un carnage. J’ai compté plus de quatorze poules éventrées ou égorgées, des plumes et du sang partout. Il n’en reste donc que deux, complètement apeurées, elles s’étaient cachées derrière la planche où elles pondent. Et les œufs sont intacts. Je viens chercher une caisse pour entreposer les cadavres et je remonte en voiture. Ce matin, va directement voir les moutons avec Alexia on lui dira que j’ai déjà donné de l’eau aux poules me dit Simon totalement perplexe. Il rajoute en redescendant, j’appellerai aussi les Jolimont parce que là ce n’est pas un accident. Je suis inquiet conclue-t il

A neuf heures et demie, j’entends une voix de fillette ensommeillée m’appeler fortement depuis les chambres. Je monte et découvre Alexia s’étirant dans son lit. Elle a ouvert ses volets et sa fenêtre et lézarde au petit soleil matinal.

Me voyant m’afficher dans l’encadrement de la porte, elle m’adresse un sourire séducteur auquel je ne peux bien sûr pas résister et me jette sur son lit pour la dévorer de bisous et la faire mourir de rire avec des chatouilles. Que cet âge est surprenant. J’ai, quelquefois avec elle, de vraies conversations d’adultes et par moment, c’est encore une enfant qui se tortille sous des chatouilles ou demande des câlins avec une moue irrésistible.

Sa tête posée sur mes cuisses, je lui caresse les cheveux d’une main tandis que de l’autre je lui caresse les bras, le ventre, les joues. Elle semble s’apaiser sous mes caresses et ouvrant les yeux brusquement me dit guillerette :

-On va petit-déjeuner ?

Elle dévore sans merci quatre madeleines, avale quasiment d’un trait son chocolat et se frottant, d’un revers de manche de pyjama, la bouche, fait glisser la chaise sous elle pour se lever d’un bond et me dire.

-Je vais au cagibi chercher le pain pour les chevaux. C’est ce matin hein qu’on monte le leur donner ? Hein mamie hein me demande-t elle avec insistance et impatience.

-Oui lui réponds-je agacée. Non pas par le fait d’aller voir les chevaux mais plus par l’appréhension de ce qu’il fallait absolument éviter qu’elle ne vit une fois arrivée à la ferme.

-Où est papi au fait ? me demande-t elle surprise.

-Il est allé au village commander de la viande pour demain. Ce gros mensonge m’arrive comme ça n’étant pas préparée à une telle question.

-OK. Me répond Alexia qui renchérit:

-Je me lave vite, je m’habille vite et je reviens. Ce qu’elle fit derechef et quelques instants plus tard, ayant enfilé ce qu’elle a trouvé un peu dans l’armoire un peu dans le tas de vêtements laissés par terre la veille, la voilà qui s’élance jusqu’au cagibi, chercher le sac contenant les quatre ou cinq morceaux de pain et une carotte entreposés là pour les chevaux.

Armée de son sac en plastique, elle me regarde étonnée du fait que je ne sois pas encore prête.

Je lui dis pour la calmer :

-Il faut attendre papi. Il est parti sans prendre ses clés. S’il revient pendant qu’on n’est pas là, il se retrouvera dehors.

-D’accord me dit-elle bondissante, je vais l’attendre au portail.

A peine y est-elle parvenue que j’entends le bruit des pneus sur le gravier. J’entends Alexia hurler bonjour papi et Simon lui répondre d’une voix étouffée par les bras du câlin qu’elle est en train de lui faire :

-Bonjour mon poulbot. Tu as bien dormi ?

-Oui oui super. Et toi tu as bien commandé la viande pour demain lui demande-t elle attendant une réponse.

M’agitant derrière elle et faisant face à Simon, je lui fais des signes pour qu’il acquiesce et accepte qu’Alexia le tire de la voiture pour qu’il vienne avec nous voir les chevaux.

-Non mon cœur lui répondit Simon. Il faut que j’étale la paille sur les légumes que je vais planter si je ne le fais pas, elle va prendre l’humidité et pourrir et ça ne me servira plus à rien.

-Ah ? d’accord lui répond une Alexia pas très sûre d’avoir tout compris mais l’effervescence d’aller donner à manger aux chevaux évacua toute idée d’en savoir plus ou de comprendre la réponse de son grand-père.

Masquant un « ouf » de soulagement, Simon se soustrait à ses câlins et je me substitue en lui disant :

-Bon et ben je suis prête. On va les voir ces chevaux oui ou non ?

-Ouiiiiiii hurle Alexia d’un ton strident.

-Allo Madame Jolimont, ici Simon Paquard. Je ne vous dérange pas.

-Non non je vous en prie M. Paquard. Que se passe-t il donc ?

-Et ben suite à l’incident d’hier, je suis monté tôt ce matin chez vous et ce que je craignais est arrivé. C’est un carnage. Quatorze poules ont été tuées. Egorgées, éventrées, de la plume et du sang partout.

-Vous m’entendez Madame Jolimont ? demande un Simon inquiet

-Oui oui mais je suis atterrée lui répond Madame Jolimont restée sans voix

-Que croyez vous que cela soit ? Demande dubitatif Simon. Le furet encore ?

-Non je ne crois pas non. Le furet ou n’importe quelle autre bête en aurait mangé au moins une mais vous les avez toutes retrouvées mortes ? demande Madame Jolimont d’une voix blanche.

-Oui Madame et j’en suis terriblement désolé croyez moi lui dit Simon attristé

-Ecoutez Monsieur Paquard, dit Madame Jolimont : gardez celles qui sont mangeables les autres, brulez les. Les deux encore vivantes, enfermez les dans le poulailler et récupérez les œufs. Maintenant c’est fait, c’est fait.

-C’est moi qui suis désolée Monsieur Paquard de vous donner autant de tracas.

-Mais non. On ne voulait pas vous ennuyer pendant votre séjour mais là c’est trop grave, il fallait que vous le sachiez. Vous le comprenez ? interroge Simon perplexe

-Bien sûr voyons Monsieur Paquard. Ce n’est pas à vous de gérer ce problème.

Nous allons rentrer lui dit navrée Madame Jolimont

-Non Madame à quoi cela servirait ? Comme vous le disiez maintenant c’est fait. Je vais enfermer les deux dernières et nous irons les nourrir. Ne vous inquiétez pas. Je vous tiendrai bien sûr au courant lui dit Simon.

Simon raccrocha et décida de nous rejoindre Alexia et moi.

Arrivant là-haut, il me trouve échevelée, courant partout avec Alexia sur ses talons.

Il accélère le pas pour nous rejoindre suspectant encore une catastrophe.

Il devina juste.

-Simon ! Simon ! la barrière des moutons s’est ouverte. Il en manque six ainsi que le bélier dis-je affolée

-Mais ce n’est pas possible. C’est un complot contre les Jolimont ou quoi ? répond Simon effaré

-Qu’est-ce qu’on fait ?

Alexia, ayant bien compris que quelque chose de grave se trame, se met à pleurer même si elle ne sait pas très bien pourquoi. Je m’approche pour la rassurer, la calmer mais sans y parvenir car de voir son grand-père partir en courant et hurlant qu’il va à la gendarmerie, renforce son malaise et redouble ses larmes.

Voyant Simon s’éloigner dans la descente, je referme soigneusement le portail de l’enclos. Je les recompte une ultime fois et il en manque toujours six plus le bélier. Alexia reniflant ne me quitte pas d’une semelle.

C’est donc tristement que nous redescendons et donnons à manger aux chevaux qui, dociles, s’approchent de la barrière pour venir chercher dans la petite main d’Alexia, un crouton de pain ou un morceau de carotte. Le sourire semble revenir aux lèvres de la fillette mais la magie a disparu.

Aussi redescendons-nous à la maison attendre Simon pour savoir ce qu’ont dit les gendarmes.

A son retour, Simon me dit que les gendarmes l’ont vivement enjoint à porter plainte mais comme il n’est pas le propriétaire, il va téléphoner aux Jolimont pour qu’ils le fassent.

Ce qu’il fait tout de suite mais personne ne répond.

Simon regarde l’heure et se dit que peut-être, leurs voisins sont en soins.

-Je rappellerai vers treize heures avant leur sieste.

Le repas a peine avalé, Simon se rue sur le téléphone pour contacter les Jolimont. Se faisant, la sonnette de l’entrée retentit. Laissant Simon au téléphone, je me dirige vers le portail m’aviser de qui il s’agit.

M’approchant, je reconnais une voisine plus éloignée qui possède, elle aussi, une ferme. Je la rejoins au portail et la saluant, elle me dit :

-Bonjour Madame Paquard. Je sais que c’est vous qui vous occupez des animaux des Jolimont quand ils partent en cure. Leur bélier a dû s’échapper car il est venu rôder à coté de nos bêtes. On l’a fait entrer dans l’enclos mais je n’ai pas pu venir vous le dire ce matin.

C’est un autre voisin qui vous a vu affolée ce matin et qui a fait le rapprochement. Je vais demander au fils de vous le ramener. A quelle heure vous y serez ? Vers dix-sept heures ?

Je fronce le sourcil dubitative car je trouve cette dame fort bien renseignée sur les habitudes des Jolimont et les nôtres. Cette outrecuidance me dérange mais je lui adresse, polie, mes remerciements et lui certifie que nous serons présents pour récupérer le bélier à dix-sept heures.

Prenant congé gentiment, je retrouve Simon encore au téléphone avec nos voisins.

Je n’entends que des bribes de leur conversation et en ayant manqué tout le début, j’attends patiemment que Simon ait fini pour l’interroger.

-Bon ben très bien. Je suis désolé vraiment. A demain soir. Passez nous un petit coup de fil dès que vous serez arrivés, on vous rejoindra. Soyez prudents dit Simon en raccrochant.

Je l’interroge du regard.

Il me répond :

-Ils rentrent

A dix-sept heures. Simon, Alexia et moi reprenons le chemin de la ferme des Jolimont pour récupérer le bélier. Quand nous arrivons, le fils de la ferme voisine nous attend, tenant la bête, docile, par un licol. Nous lui serrons la main pour le saluer et il dégage le bélier de ses liens. Simon ouvre la porte du pré et le bélier, comme content d’être revenu au bercail, y rentre en caracolant.