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Laure Larcier, médecin à l'unité de gynécologie obstétrique d'un grand hôpital parisien, est enfin enceinte. Enceinte d'un enfant trisomique. Au moment où son beau-père, le grand professeur Gontran Larcier, qui dirige son unité, s'apprête à commercialiser un test universel de dépistage des malformations pour enfin éradiquer à temps tous les « anormaux » et faire fortune au passage.
Laure se retrouve seule face à lui et ses collaborateurs dans un huis-clos glaçant sur l'île d'Ouessant, enserrée par les flots déchaînés. Comment savoir ? Quoi décider ? Où est la liberté ? Comment le recteur de Penmarch et Ronan, son amour de jeunesse, pourraient-ils l'aider malgré leurs propres problèmes, à discerner la seule question qui vaille ?
Un roman violent, tourmenté, dans une Bretagne chaotique. Vivre n'est pas facile.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Georges-Paul Cuny a publié plusieurs romans, dont trois chez Gallimard, trois autres chez L'Âge d'homme, une biographie de référence du fondateur d'ATD Quart Monde, le père Joseph Wresinski, L'homme qui déclara la guerre à la misère chez Albin Michel, et un essai sur l'immigration, 100 millions de Français chez Salvator.
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Seitenzahl: 273
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Du même auteur
Aux éditions Gallimard
Un homme perdu d’espoir, 1978, roman, prix Raoul Gain de la Société des gens de lettres.
L’arrachement, 1985, roman.
Dancing Nuage, 1992, roman (adapté en téléfilm, coproduit par France 2 et Arte,1995).
Aux éditions de l’Âge d’Homme
Monsieur Schubert, 1998, récit.
Anna, 2005,roman, prix Erckmann Chatrian 2006.
Si ceux-là se taisent, les pierres crieront, 2009, roman.
Aux éditions Albin Michel
L’homme qui déclara la guerre à la misère. Joseph Wresinski, le fondateur d’ATD Quart Monde, préface de Michel Rocard, 2014.
Aux éditions Salvator
Cent millions de Français. Les réfugiés et nous, 2016.
À Jean-Marie Le Méné
« La vie est sacrée, elle est la valeur à laquelle se rattachent toutes les valeurs. »Albert Einstein
« L’inviolabilité de la vie humaine est le droit des droits. »Simone Weil
« Est déjà homme celui qui le sera. »Tertullien
Hier encore tout la conduisait à dire non à cet enfant qu’elle porte. « Non ce n’est pas toi que j’attendais, ce n’est pas toi que je voulais, je n’ai pas souffert si longtemps, passé tant d’examens, suivi tant de traitements pour abriter en mon ventre quelqu’un comme toi, cette chose dont personne ne veut ! » La colère l’envahissait : qu’avait-elle fait, Seigneur ? Oserait-t-elle jamais « le » montrer !? Dans quelques mois si elle n’avortait pas, hors de son sein on le distinguerait, du doigt montrerait, façonné mongolien, à jamais marqué du sceau de la trisomie 21 !
Et pourquoi faut-il que cela tombe sur elle ? Laure Larcier, docteur à l’unité de gynécologie obstétrique de l’hôpital T. à Paris, unité dirigée par son beau-père le professeur Gontran Larcier ! Et cheffe de service à la polyclinique Bienveillance dont les propriétaires sont sa belle-mère, la mondaine Gislaine, et son beau-père, le même qui depuis cinq ans a mis un point d’honneur à ne tolérer l’accouchement d’aucun trisomique dans son service !
Qui ne l’applaudira si elle l’évacue ? Cette multitude qui la pousse à s’en vider, elle la convoque dans le fracas de cette chambre que son beau-père lui a allouée pour les quelques jours qu’elle va passer à Ouessant où Victor son mari doit la rejoindre. Gontran, sa femme, Victor, ne sont-ils pas convaincus qu’elle doit s’en « débarrasser » ? Ne connaît-elle pas la question ? Est-ce même une question ? Pourquoi soudain aurait-elle la main qui tremble ?
Les trisomiques ne sont-ils pas des « poisons » ainsi que les a désignés à la télévision à une heure de grande écoute leur collègue Philippe Médran, professeur comme Gontran ? « Mais pourquoi faut-il conserver les trisomiques qui sont quand même un poison dans une famille, il faut bien le dire ! » Ce bonheur de l’aveu ! Ce cri du cœur ! Alors pourquoi, ne sait-elle plus si elle veut avorter ou non ? Elle sait pourtant ce qui l’attend : un mongolien qu’elle portera dans la gêne jusqu’à sa mort ou la sienne.
Elle était si sûre d’elle ! Pourquoi, venant de Paris, a-t-elle fait le détour par son pays bigouden ? Pourquoi a-t-elle cherché à rencontrer là le recteur Edern Le Cleach ? Ce vieil homme qu’elle connaît depuis l’enfance. Ce prêtre que son beau-père reçoit et méprise. Pourquoi faut-il que les paroles qu’ils ont échangées la veille germent en elle comme autant de doutes ?
Le vent mugit en tempête contre l’étroite fenêtre de sa chambre aux murs de granit. La folie de Gontran Larcier, la démesure de cette construction ! Ne pouvait-il se satisfaire de sa superbe villa de Saint-Pierre au pays bigouden, cette « Ty Huella » qui fait tant d’envieux ? Pourquoi fallait-il qu’il se distinguât à Ouessant ? Elle est là face à l’océan, dans ce qu’il a de plus monstrueux ! Des paquets d’eau viennent cribler la vitre renforcée par laquelle elle voit la tempête l’assaillir. Mais ce n’est pas que d’eau et de vent que l’on est ici menacé. Il y a autre chose que liquide et éther, l’eau n’est pas que de l’eau, le vent n’est pas que de l’air brassé à violence, il y a une âme dans tout ceci, un chaos qui s’ordonne, un esprit qui s’envenime, un langage qui se forme, quelque chose qui dit « Non ». Mais à quoi ? À l’homme ? À la vie ? Au mongolien ou à elle ? À quoi bon Dieu ? Et d’abord à qui ?
Que s’est-il passé pour qu’elle hésite à pratiquer sur elle l’IVG salvatrice ? « Il n’y a que pour toi que tu t’obstines ! » se dit-elle maintenant sans plus de répit que les vagues du ressac sur les roches hérissées. Oui, pourquoi s’obstine-t-elle à son propos ? Car enfin, en plus des IVG qu’elle pratique à l’hôpital comme à la polyclinique, n’est-elle pas revenue il y a peu d’un déplacement humanitaire en Roumanie voué à cela ? N’a-t-il pas toujours été entendu qu’en cas d’anomalie constatée de l’embryon, elle conclurait comme elle l’a toujours vu faire dans le service de son beau-père ?
Cet enfant, combien l’avaient-ils attendu, Victor et elle ! Combien de fois avaient-ils espéré, enfin victorieux de leur impuissance à concevoir, qu’ils fêteraient un jour la promesse d’enfanter ? Laure ruminait encore le nombre de visites de médecins, d’investigations humiliantes qu’elle avait supportées pour que l’on connût les raisons de son incapacité. Et combien de masturbations avait-on imposées à Victor !
Ils avaient perdu tout espoir, s’étaient enquis d’une éventuelle adoption quand enfin – Laure n’avait osé y croire – elle fut sûre d’être enceinte.
Ils s’étaient réjouis jusqu’au jour où elle devait subir l’échographie de la clarté nucale du fœtus. Sur le chemin de l’hôpital, elle avait dit à Victor :
— Si les examens nous apprennent qu’il y a une possibilité d’avoir un bébé atteint d’un handicap, on ira au bout de la démarche. Mais je n’ai pas l’intention d’avoir un bébé anormal.
— Je te suivrai, avait répondu Victor. D’ailleurs, l’IVG, c’est notre partie à l’hôpital, non ?
Le résultat de l’échographie ne fut pas favorable. À cette annonce de mauvais augure, quelque chose se brisa en elle, d’abord à l’étouffée, puis en geysers de violence. Elle ne sut donner un nom à ce qui la bouleversait.
— Donc, s’était assuré Victor, tu vas faire les examens complémentaires ?
— Bien sûr !
— Et s’ils confirment ?
— Et bien l’IMG [Interruption médicale de grossesse], je te l’ai déjà dit ! Puisqu’il ne sera plus temps pour l’IVG.
— Tu as assisté assez de femmes pour le savoir.
La remarque lui avait déplu. Elle ne se rappelait pas sans déplaisir le jour où, en compagnie de son beau-père, elle avait informé des parents d’une anomalie détectée à l’examen du fœtus. Laure penchait pour la taire mais Gontran, qui avait déjà subi un procès dans un cas semblable, lui avait brutalement cloué le bec. Les parents, informés de l’absence d’un doigt à la main droite de leur enfant, avaient opté pour l’IMG.
Affiner le résultat de l’échographie signifiait en passer par l’amniocentèse.
— Que ferez-vous, avait demandé Gontran à Victor, si les examens donnent de mauvais résultats ?
Victor était resté silencieux puis avait soufflé :
— Tu connais mon avis ! Mais je ne suis pas seul en cause…
— Comment ? Laure hésiterait ?
— Elle m’avait dit avant l’échographie qu’elle penchait pour l’avortement.
— Il n’est pas question d’une autre décision ! avait-il repris en faisant jouer ses maxillaires. Il y a trop d’enjeux avec le laboratoire ! Je pensais quand même qu’après une année entière dans le service, elle serait rompue à nos pratiques ! Il me semble maintenant qu’on l’a assez formée pour qu’elle ne nous fasse pas le coup des « objecteurs » !
— C’est vrai ! D’ailleurs elle s’en est très bien tirée en Roumanie. Non, je n’ai pas d’inquiétude.
Le délai d’attente des résultats de l’amniocentèse subie à la seizième semaine de gestation avait été de quinze jours. De ceux-là, elle se souvenait avec effroi. Deux semaines pendant lesquelles elle avait changé. Après l’échographie, elle avait déjà été choquée par la parole du médecin lui disant : « Bah, au pire vous en ferez un autre. »
Cette phrase, elle l’avait dite à certaines femmes qu’elle avait examinées dans les mêmes circonstances. Appliqué à elle, tombant de haut, le mot lui révélait sa légèreté, l’évaporé de sa conscience.
Mais après l’amniocentèse, l’encouragement délivré en souriant par l’assistant fut encore plus odieux : « Au besoin,onvous en fera un autre. »
— On vous en fera un autre ! avait-elle rapporté à Victor. Si j’avortais, j’aurais maintenant l’impression de rapporter mon fœtus comme un lave-vaisselle défectueux dont je demanderais le remplacement par un neuf !
— Ne te mets pas en colère.
Elle avait à peine touché au dîner qu’il avait pourtant soigné : omelette aux truffes, coquilles Saint-Jacques, gâteaux qu’il eût voulu arroser de Champagne si, enceinte, elle avait pu en boire. Victor avait fait de son mieux pour relativiser leur déception, lui faire remarquer qu’il ne s’agissait que d’un accident de la vie qui trouverait son terme.
— Autrement dit, s’était-elle emportée soudain, on efface tout et on recommence ! Et si on ne peut pas, ils sont prêts à nous traficoter.
— Oh, dit Victor, des centaines de milliers de femmes passent par où nous passons. Si tu avortes…
— Justement, si c’est MOI qui avorte…
— Si tu avortes, tu ne seras qu’une parmi les quelque dix millions de femmes de France ayant avorté depuis la loi Veil. Elles n’en sont pas mortes que je sache, elles n’ont pas envahi les hôpitaux psychiatriques !
— Les hôpitaux psychiatriques, je ne sais pas, mais le syndrome post-avortement n’est pas une légende.
— Arrête ça, voyons les choses froidement.
— Tu as dit le mot : froidement ! Ça, c’est un mot que moi, femme, je ne pourrai jamais dire.
— C’est tout de même étrange qu’avec ton expérience…
— Justement, je n’ai pas d’expérience, ou je n’en ai qu’une fausse ! Celle des autres !
Victor avait tout rangé puis l’avait retrouvée adossée dans le canapé qu’ils venaient d’acheter. Elle n’avait pas allumé la télévision mais une cigarette.
— Tu te remets à fumer ?
— Pourquoi se priver ? J’ai déjà manqué le champagne du dîner.
Victor s’était alors essayé à dédramatiser. Après tout, ils auraient un autre enfant ! Après tout ils ne savaient pas s’ils seraient capables d’avoir un anormal qui serait à charge toute leur vie. Après tout ils ne seraient qu’un couple parmi des centaines de milliers à avoir recours à l’IVG qu’eux-mêmes « proposaient » de pratiquer à celles qui venaient les consulter dans le doute. N’était-elle pas quotidiennement dans cette démarche ?
— Quand tu t’y mets, avait-elle répliqué à Victor, tu abattrais le moral d’un régiment ! Alors ce bébé, quel qu’il soit, on le garde ou pas ? Il faut choisir.
Elle avait soupiré devant son visage affaissé de lassitude.
— Je suis surpris, compte tenu de ton passé et de ton métier de te voir hésiter. Il me semble t’avoir vue autrement incitative vis-à-vis de tes patientes !
— Jamais ! avait-elle réagi. J’informe mais je n’incite pas…
— Allons, allons, avait-il fait impitoyable, pas de faux-fuyants ! Je pensais, avait-il continué, que la décision allait passer comme une lettre à la poste. Et tu me prends à contre-pied ! Moi ce n’est encore rien, mais mon père ! Tu l’imagines te trouvant hésitante sur un tel choix ?
— Non, bien sûr ! Mais je suis la première concernée. Et je ne prendrai qu’une décision avec laquelle je me sentirai profondément en accord.
Elle avait toujours été gênée d’entendre son beau-père, haussant les épaules, parler de l’IVG comme de « l’expulsion d’un pépin de raisin ». Aujourd’hui elle pouvait qualifier cette gêne qui lui serrait le cœur : frivolité.
Mais ne va-t-elle pas, à Ouessant, être appelée à réfléchir à beaucoup plus que son petit cas personnel, ce « concentré d’égocentrisme » comme la moque Gontran Larcier ? Plutôt chargé, l’ordre du jour ! Elle connaît la musique, le rythme Gontran ! Une première réunion portera sur l’introduction du test sanguin concernant le dépistage de la trisomie 21 chez les femmes enceintes, test ridiculisant la moyenâgeuse amniocentèse reléguée au rang humiliant des saignées désolantes et autres navrants clystères. Ayant obtenu l’exclusivité de distribution de ce test, Gontran en attend beaucoup mieux qu’une petite fortune. Une seconde réunion aura pour objet l’avenir de la Polyclinique « Bienveillance » dont il engrange avec sa femme la totalité des indécents profits. Cette clinique dont il a négocié le conventionnement par faveur spéciale, sonnante comme trébuchante est pour le moment toute dévouée aux interventions gynécologiques. Gontran entend la développer dans des directions sur lesquelles il garde jusqu’à présent une totale discrétion mais dont la pensée le fait jubiler. L’interroger sur ses projets le fait tressaillir d’allégresse tandis qu’il murmure un « chuuut… » l’index en travers de ses lèvres, l’œil allumé d’enthousiasme. Lourdes journées donc, en perspective. Combien va peser à côté des « formidables enjeux » dont Gontran se réjouit si ostensiblement la misérable question de son avortement ?
Pour rejoindre Ouessant, elle avait choisi de partir du Conquet plutôt que de Brest. De Brest, elle a trop de souvenirs qui lui empoisonnent le sang. Du Conquet aussi, elle a des souvenirs, mais de moindres excès. De Brest, elle partait avec Ronan. Son amour de jeunesse. On ne devrait pas laisser les enfants jouer avec ça. Ronan Cam, au nom si bref, si sonore, comme Brest. Ronan jeune alors, qui lui avait demandé une fois : « Jeune pour qui ? » Elle n’avait pas su lui répondre.
Pourtant elle fut plus émue qu’elle ne l’aurait cru en retrouvant le Conquet. Ce qui fit briller ses yeux en parcourant les trottoirs scintillants d’une pluie récente, ne fut pas les fluorescences des enseignes, la gaieté appliquée de quelques peintures murales s’efforçant d’incliner la cité à l’artifice du siècle, mais le décor ressemblant de ses jeunes années à Penmarch, l’âpreté grise du granit, la luisance des ardoises, le ciel chahuté, le trouble des brumes, le deuil des vêtements, une certaine conscience de la gravité. Tout ce qu’elle avait perdu en épousant un Larcier. Mais une part d’elle se nomme encore « Laure Cam », comme Ronan Cam, enfant, aimait à l’appeler.
Ronan et elle se connaissaient depuis la maternelle. Tout s’était joué pour Ronan quand il avait cinq ans, saisi par le premier regard que Laure avait porté sur lui. Il était rentré le soir en disant à sa mère : « Je marierai Laure. » La maîtresse disait à l’encan : « Il n’a pas choisi la moins belle. » Laure était une vive petite blonde quand Ronan était rugueux. Tout jeune, il avait une tête de petit boxeur noiraud qui a pris des coups. On ne pouvait voir l’une sans l’autre.
L’événement qui allait planter un coin dans leur complicité fut l’arrivée des Larcier dans leur contrée. Gontran Larcier avait épousé Gislaine de Vaugelance dont il avait entrepris la conquête dès qu’il avait appris qu’elle était la principale actionnaire des Laboratoires Bacer. Gontran est un homme grand aux joues caves, nanti d’un nez étroit et busqué. Ses cheveux gris poivre sont coiffés en raie droite. Il parle souvent d’une voix suave, en homme qui aime ses mots, les polit avant de les servir avec d’autant plus de lenteur qu’il cède à la tentation de les charger de toxines. En assemblée, qu’elle soit familiale ou professionnelle, il lui presse de prendre l’un ou l’autre en souffre-douleur qu’il fixe avec gourmandise. Son regard prend une expression de douceur trompeuse, ses lèvres agitées le trahissent avant qu’il ne parle : « Quand va-t-il rougir, s’impatiente-t-il, quand va-t-il baisser la tête, quand va-t-il vouloir rentrer sous terre ? » Lorsque son gibier lui paraît cuit à point sous les feux de son arrogance, le langage devient violent. Ainsi que les gestes. Il gesticule, se tape sur les cuisses, écrase autrui d’un rire formidable ponctué de « Hahaha !» entremêlés d’expressions où le mépris revient en boucle. Entre deux mépris, Gontran Larcier ne se montre qu’acharné à défendre par tous moyens ses routines de plaisir.
Gontran avait acheté la plus belle propriété du lieu sur la Côte, à Saint-Pierre, non loin de la maison habitée par les parents de Laure, Paul et Raymonde Ferrancec. Il y avait fait des travaux pharaoniques, conférant à la villa ancienne, Ty-Huella dont il avait gardé le nom, une modernité dont il aimait montrer les fastes à ses visiteurs. Ty-Huella était une grande maison faite de parpaings qu’il avait habillés de granit, ceinturée d’un vaste jardin où allées, pelouses et massifs de fleurs étaient entretenus à l’année. Le tout était protégé des indésirables par un haut mur fourmillant à son sommet d’innombrables tessons de bouteilles, aiguilles en l’air, empoisonnées, disait la rumeur. Des riverains, dont le père de Laure, n’avaient pas manqué de réclamer contre la présence de ces échardes de verre. Peine perdue.
Gontran Larcier devait par la suite, tout en gardant sa villa de Saint-Pierre, pousser plus loin sa recherche d’extravagance en transformant une ruine d’Ouessant en une forteresse démente.
Victor Larcier, leur fils, venait dans les lieux à chaque vacance. Devenu voisin de Laure, il était naturel qu’il la rejoignît à la plage. Ce qui ne pouvait plaire à Ronan qui ne vit jamais plus venir les temps de vacances sans crainte. Laure, de son côté, profitait de ce voisinage pour s’enfuir de sa maison où l’ambiance était de plus en plus lourde, son père ruminant des frustrations professionnelles auxquelles s’ajoutait une haine grandissante pour l’encombrant mais inattaquable voisin qu’était devenu Gontran. En outre, Laure savourait d’être l’objet des attentions de chacun. Qui ne les rencontrait au hasard de leur parcours ? Qui ne suivait la compétition feutrée à laquelle se livraient les deux garçons pour mieux capter l’affection, voire l’amour de la jeune adolescente ? Qui ne voyait sans un serrement de cœur Ronan s’époumoner pour en remontrer à Victor, plus avenant, plus délié, plus charmant ? Qui n’avait vu Laure joyeuse de faire monter les enchères, sûre d’être gagnante ? Le pivot de leur rencontre était habituellement la plus belle plage du lieu située sur la droite de Ty Huella, tandis que s’étalaient sur sa gauche des étendues de rochers en chaos dont on peinait à apercevoir la fin à marée basse. S’y ébattaient quantité d’enfants armés d’épuisettes et de seaux à la recherche jamais lassée de petits fruits de mer pour laquelle Ronan surclassait ses deux amis.
Les choses se gâtèrent lorsque les parents de Victor, Gontran et Gislaine Larcier s’avisèrent de recevoir le compagnon de leur fils et cette Laure à qui il paraissait attaché.
Cette invitation, Ronan ne voulut jamais l’oublier. Il n’y eut pas de jour où son souvenir n’empoisonnât sa pensée, mais pas de jour non plus où il ne désirât qu’elle continuât de l’empoisonner.
Le jour était magnifique, de ce ciel et de ce soleil dont il ignorait qu’il les voyait pour la dernière fois parce que le regard qu’il porterait dorénavant sur eux serait à jamais vicié. Sa mère l’avait endimanché. Il portait un short bleu foncé, une chemisette blanche, des socquettes blanches et des souliers noirs. « Tu es tout beau ! » lui avait-elle dit, frémissante d’amour, en prenant ses joues entre ses mains et en l’embrassant. Oui, il était beau comme on l’est toujours à cet âge. Trop beau même, comme Laure et même Victor, le gamin trop riche qu’à la fois il craignait et dédaignait en retour de son mépris latent.
Il avait sonné au grand portail de la propriété. Derrière les vantaux, il savait garées les deux voitures dont Victor s’était glorifié devant Laure et lui, leur assurant que le prix de chacune valait plusieurs fois celui du modeste logis de Ronan. Ronan dut parler devant une boîte qui lui demanda de se nommer. Il ne répondit pas. En dessous de la boîte, il y avait un œil en forme de grosse loupe qui le fixait. « Annoncez-vous ! » fit une voix impérieuse. « Je n’ai pas besoin, dit-il après un silence, vous me connaissez, non ? » Gontran s’amusait de lui. Ronan tremblait devant la visionneuse. L’attente se prolongea. Ses lèvres restèrent closes, ses yeux refusèrent de s’incliner devant l’œil électronique. Il était prêt à repartir quand la porte s’ouvrit.
Il entre par ce portail qu’il longe parfois en compagnie de Laure lorsqu’ils se rendent ensemble à la plage à l’opposé du phare dans les périodes scolaires.
— Voilà donc le jeune homme, fait Gontran adossé à son transat, abaissant pour le toiser son journal déployé.
— Bonjour, Ronan, dit Gislaine. Victor, dis bonjour à ton ami.
— On s’est déjà vu ce matin, fait Victor maussade devant Laure qui rougit à ses côtés.
— Vous voulez quelque chose ? lui demande Gislaine en montrant les deux tables roulantes pleines de bouteilles, de verres, d’amuse-gueules. Servez-vous !
« Servez-vous ! » Le commandement pétrifie Ronan, qui perçoit instantanément toute l’arrogance de Gislaine. L’opulence de son train de vie, la réussite de Gontran dont elle se pavane comme si elle était la sienne lui insufflent une telle morgue qu’elle ne peut rien offrir sans adopter un ton glorieux, vexatoire où s’assouvit cette passion de supériorité, cette avidité d’écrasement qu’elle dispute à son mari. Toute occasion étant à saisir pour la manifester, c’est sous couvert de lui offrir de quoi boire et grignoter qu’à cœur dilaté, Gislaine se confectionne la joie intime de déconfire Ronan. Le voyant hésiter sous son premier coup de fouet, elle le redouble : « Mais servez-vous, bonsoir !!! Ne restez pas empoté comme ça ! » L’enfant la regarde. Il regarde aussi l’homme. Il ne comprend pas. Comment peut-on être comme ça ? Comment est ce monde ? C’est la première fois, il n’oubliera pas, il ne voudra jamais oublier. Gislaine dodeline vers son mari sur un mode exaspéré qu’elle prolonge assez pour qu’il n’échappe pas à l’adolescent. Ce n’est pas Victor, le fils de la maison, qui sauve Ronan, mais Laure qui rejoint la table roulante et lui dit :
— Je vais te servir, qu’est-ce que tu veux ?
Plus tard, Ronan devait maintes fois évoquer cette journée avec Laure mais il ne saura jamais lui avouer combien son aide lui avait été cruelle. Il y reviendra souvent dans les heures de solitude des bords de l’océan évacués de leurs touristes, y reviendra comme à un chemin de ronces dans la volonté de creuser sa blessure jusqu’à l’os. La présence de Laure autour de ces petites tables où les bouteilles étincellent au soleil ne signifie-t-elle pas qu’elle est déjà la « fille » de la maison ? Comment peut-il le tolérer ? Dans ce rôle de petite « maîtresse de maison » où elle tente de le sauver de son péril, elle lui fait horreur.
— J’espère que vous ne voulez pas du « Chouchen », car nous n’en avons pas ! plaisante Gontran. « Chouchen » !
Il ricane de sa saillie, répétant « chouchen, chouchen » comme si, par désespoir d’en faire rire, il le jetait en débris au jeune garçon.
— Gontran ! glousse Gislaine ravie, ne taquine pas cet enfant !
— Alors, pas de chouchen ?
Devant le mutisme de Ronan, il en rajoute :
— Défendez-vous, jeune homme ! Dites-vous que dans la vie, il ne faut rien laisser passer.
— Mais ce n’est qu’un enfant, n’est-ce pas Ronan ? Et dans ce pays… fait Gislaine émoustillée.
Le sang a déserté le visage de Ronan devenu plus blanc que la nappe recouvrant la table de jardin. Gontran exulte :
— Hahaha ! Mais ce n’est pas grave, Ronan ! conclut-il sans lui sourire. Du moment que Laure est là pour vous venir en aide !
Laure, silencieuse, lèvres pincées, se lève à nouveau. Son regard posé sur Gontran étincelle. Ronan n’y lit que de la fascination quand Laure y met de la colère.
— Allons ! N’hésitez pas ! fustige Gontran.
Glacé de timidité, replié davantage sur lui-même à chaque phrase, Ronan décide de quitter les lieux et demande les toilettes « pour me laver les mains ».
— Votre ami, fait Gontran en direction de Laure lorsque Ronan a disparu, n’a guère l’habitude du monde.
Victor conduit Ronan à la maison.
— Ne fais pas attention à ce que dit mon père. C’est là… Je te laisse, tu nous retrouves au jardin.
— Fous-moi la paix ! répond Ronan furieux.
Sorti de leurs toilettes parfumées, Ronan se glisse dans le salon et à l’abri d’un rideau, s’immobilise pour écouter.
— Laure, ce ne doit pas être facile de se faire des amis dans ce milieu et dans ce coin. Heureusement Victor m’a dit que vos parents allaient suivre le conseil que je leur ai donné de vous envoyer à Rennes l’année prochaine plutôt que de vous laisser entrer en apprentissage ! À la bonne heure ! Que va faire Ronan ? Il a eu son brevet ?
— Oui, répond Laure.
— Ah bon ? Et l’an prochain ? Il ira au lycée ? Ça m’étonnerait !
— Non, il veut être marin ! Il va commencer par être mousse.
— Mousse ! Ça existe encore ?
— Il a toujours voulu être marin.
— Donc l’affaire est classée, il ne sera jamais de notre milieu ni du vôtre !
— Ça n’a pas d’importance, fait Laure piquée.
— Oh, que si ! Comment pouvez-vous dire une chose pareille ? Pas d’études, pas de culture ! Ce sera toujours un déclassé ! Hahaha ! conclut Gontran.
— Il a autre chose !
— Je ne m’en étais pas aperçu !
Ronan ne revient pas dans le jardin. Ne trouvant de porte par où s’échapper, il avise un arbre planté non loin du mur d’enceinte. Parvenant à y grimper, avançant à califourchon sur une branche le conduisant au sommet du mur, il y voit les tessons dressés, choisit de sauter au risque de se blesser, en déchire ses chaussures mais se retrouve enfin libéré sur la chaussée.
Évadé de cet enfer qui se donnait des allures de paradis avec ses pelouses au râteau, ses fleurs par milliers, ses balcons et ses balustrades, ses allées ombragées, ses parasols, son cours de tennis, sa piscine, Ronan fut incapable de marcher droit. Jamais il ne devait oublier le mépris pour ce que Gontran avait appelé son manque de « culture ». À jamais il suspecterait les hommes, les femmes de « culture » de ne l’être que pour s’adonner au mépris.
Dès que Laure eut franchi la passerelle lui permettant d’accéder au navire devant la mener à Ouessant, ses poumons s’étaient emplis du large. La griserie des vents marins, la vivacité océane, la verticalité des falaises la remirent un temps à l’aplomb de sa vie, au refus revigoré de celle de son fils. Pourquoi hésiter ? Elle allait faire passer « ça » !
Mais bientôt, seule à l’arrière du navire, l’esprit vaguant sur la cicatrice d’écume abandonnée par le bateau défiant l’océan, elle se laissa aller à cet entre-deux de la vie où l’on vogue, vulnérable, dans le temps suspendu de l’attente. Les questions d’autrefois remontèrent en elle. Ces questions, elle en avait débattu la veille avec le recteur Le Cleach. Contrariée, puis consentante, elle y puisa une nouvelle pénétration du dilemme, « crucifiant », avait dit le prêtre, auquel l’exposait sa situation de femme enceinte d’un petit trisomique. « L’interrogation d’Hamlet le concernait seul, lui avait-il dit. Tu dois, pour toi et ton enfant, dénouer une double question. Et ne t’y trompe pas, il y a là infiniment plus qu’un enjeu personnel. À travers ta décision, ce sont deux modèles de civilisation qui s’affrontent ! »
Elle quitta la poupe du navire pour se rendre à sa proue. Le léger roulis qui la berçait stimulait ses contradictions mais aussi ses souvenirs. Ronan, Victor. Elle était venue jadis à Ouessant avec le premier. Ses souvenirs… Elle avait l’impression de se laisser aller à leur embellissement. « Mais le souvenir, lui avait dit Ronan, n’embellit que la beauté. » Où s’était perdu le temps de la beauté ? Ses pensées la ramenèrent à sa visite de la veille.
— Laure ! C’est toi ! Dieu soit loué ! Quel bonheur !
Edern Le Cleach était assis en face d’elle de l’autre côté de sa table de cuisine. Il y a trente ans maintenant qu’il est le recteur du port et des bourgades alentour, trente ans qu’il connaît Laure, Ronan, et combien de ces jeunes gens qu’il a baptisés, vus grandir, s’éloigner, revenir, parfois, si peu, comme Ronan depuis quelques mois, Laure aujourd’hui.
Il avait peine à la reconnaître. La rumeur de son passage avait traversé cette lande qu’il parcourt chaque jour, à quatre-vingts ans passés, aux bords des eaux qu’elle côtoie. Une rupture de pente, abrupte ici, plus douce ailleurs. À longer l’océan, à cette intersection où quatre univers contraires se rencontrent – air terre mer, et l’homme – le vieux prêtre perçoit un symbole des contradictions insolubles de la nature humaine.
Bien qu’il le souhaitât, le prêtre n’avait pas cherché à revoir Laure. Il n’avait pas non plus compté sur le hasard, cette « paresse de l’esprit », disait-il. Il lui suffisait de prévoir la force de coercition qui, à une certaine heure d’un certain jour, s’exerce sur les destinées de l’homme pour le mener là où il doit aboutir. S’il a rencontré Laure, c’est qu’il fallait qu’il la rencontrât. « Il fallait que… » comme si souvent il le lit dans l’Évangile mais dont il ne perçoit la nécessaire densité que s’il le lit en continu, et non en tranches comme chaque dimanche pour les fidèles ou quotidiennement pour lui. « Il fallait que… » « Il est inévitable… » « Un autre te ceindra… » Comme si l’avenir, d’enfer comme de ciel, d’amour comme de haine, était suspendu dans le temps, en l’attente qu’une volonté s’en saisît pour le faire surgir, « Il est fatal… » Derrière la vigueur de ces impératifs énigmatiques, la source inépuisable de son espérance tenait dans sa certitude que Dieu a envers l’homme une obligation de résultat, une dette d’honneur : « Celui qui M’honorera, Je l’honorerai. »
Trois ans plus tôt, Laure était venue lui annoncer qu’elle allait épouser Victor Larcier. Cela faisait des années qu’elle avait remarqué qu’au seul nom de Larcier le prêtre, soudain dépossédé de son être, perdait ses moyens. Et pourtant quel jeu n’avait-il pas joué depuis l’installation, sur le territoire même de sa pastorale, de cette famille dont le chef donnait à leur relation une allure tour à tour ondoyante, complice, voire chaleureuse, avant de se muer brusquement en une tornade démonstrative qui n’avait pour but que de le réduire à néant, lui, ce ne serait encore rien, mais ce à quoi il croyait, ce à quoi il avait passé sa vie : assumer à tout instant la présence de Dieu.
Gontran Larcier ! Il souffrait mal que le recteur eût percé à jour, comme par surnaturelle clairvoyance, la duplicité de sa nature ! Car on est loin avec ce professeur de l’hypocrisie banale de diversion ; celle du mensonge au petit pied qu’on aurait pu ne pas faire ; celle de la monnaie dont, cousu de billets, on manque face au mendiant ; celle du mari qui n’avoue pas des frasques qu’il souhaiterait moins nombreuses. Gontran n’a pas de ces médiocrités. Son hypocrisie est de nature essentielle. Insinuant ses racines au cœur de son être, elle étend ses ramifications du centre aux périphéries de son âme avec le scrupule de vaisseaux capillaires portant le sang aux extrémités du corps. Gontran a le goût, le sens, la passion assidue de jouer le faux avec l’accent du vrai. Au point de changer d’être, de se fabriquer une nature entièrement contraire à celle de sa naissance. Lui-même en vient parfois à hésiter sur l’homme qu’il joue : « Est-ce moi ou mon inverse ? » Au début de leur venue en Bretagne, les Larcier, conscients de la culture religieuse du lieu, avaient jugé de bon ton de jouer la comédie pratiquante par laquelle d’abord le prêtre se laissa séduire. Faisant mine de prendre plaisir aux liturgies semées de chants bretons, les Larcier avaient cherché – invitant chaque été les notables de l’endroit et parfois le recteur à Ty Huella – à accréditer auprès des relations qu’ils espéraient se faire dans la noblesse bretonne une sensibilité catholique de bon aloi.
Tandis que Laure lui parlait, le prêtre se remémorait le long chemin qui avait conduit la jeune femme à suivre le train des Larcier. Comment peu à peu, par glissements successifs, la jeune bigoudène aussi fruste que Ronan s’était métamorphosée en une citadine frottée de mondanité, soucieuse d’être élégamment vêtue, comment la jeune fille élevée dans une certaine rigueur morale en avait largement élargi les frontières, comment issue d’un milieu simple elle s’était coulée apparemment sans effort dans le moule de la grande bourgeoisie à laquelle se flattaient, avec toujours plus de tapage, d’appartenir les Larcier. Plus important au regard du prêtre, il avait suivi en la déplorant discrètement son évolution professionnelle. S’il avait loué sa volonté de devenir sage-femme, s’il l’avait complimentée de persévérer dans ses études de médecine, il avait été plus circonspect lorsqu’elle lui avait dit travailler sous la responsabilité de son beau-père dans un service où l’on pratiquait l’IVG non seulement de façon courante mais surtout de manière revendiquée, voire glorieuse.
— Mon beau-père me laisse beaucoup de liberté à cet égard, lui avait d’abord dit Laure. Je ne pratique que celles que je veux bien pratiquer…
— C’est-à-dire ?
Laure s’était alors lancée dans des explications que le prêtre avait trouvées confuses.
— Si une femme pense nécessaire d’avoir recours à moi, pourquoi ne serais-je pas à ses côtés ? Nous pénétrons déjà mal, pour nous-mêmes, les raisons que nous avons de faire ceci plutôt que cela. Alors, comment y prétendre s’agissant d’autrui ? À supposer que j’y parvienne, il faudrait encore juger. De quel droit ?
Mais si Gontran, au début du mariage de Victor avec Laure et son enrôlement dans son service avait lâché le mors à sa belle fille, il l’avait progressivement resserré de sorte qu’au bout de quelques mois Laure était disponible pour toutes opérations nécessitées par le courant du jour, qu’elles fussent d’accouchements comme d’IVG ou d’IMG. Et lors de sa récente « mission » en Roumanie, n’avait-elle pas pulvérisé son record personnel en pratiquant plus de vingt IVG en 36 heures ?
