Zéro pointé - Thibaut Roland - E-Book

Zéro pointé E-Book

Thibaut Roland

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Beschreibung

Les Diables Rouges sont sur le toit du monde. Les centres de formation du Standard, d’Anderlecht ou de Bruges n’ont, dit-on, rien à envier au Barça, à Manchester et au Milan AC. Le football belge a atteint cette année des sommets inespérés. L’envers du décor n’est pas aussi éblouissant : de constats en révélations, Stéphane Pauwels et Thibaut Roland dévoilent les aspects moins glorieux du monde du foot. Entre les dirigeants amateurs et les agents voyous, c’est un véritable voyage en eaux troubles que décrit ce livre, qui dénonce un milieu où règnent le racisme, la corruption, les transferts douteux, les conflits linguistiques... Ce bulletin accablant ne se contente pas de présenter les manquements et les erreurs du football belge, il veut aussi sonner la fin de la récréation et apporter des solutions réalistes pour enfin changer les choses.

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Seitenzahl: 185

Veröffentlichungsjahr: 2015

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ZÉRO

POINTÉ

© Éditions Luc Pire

Esplanade de l'Europe, 2A, bte 2 – 4020 Liège

www.lucpire.be

Coordination éditoriale : Éditions Luc Pire

Graphisme : CW Design – www.edition-saisie.be

Couverture : Aplanos

ISBN : 978-2-87542-374-1

Dépôt légal : D/2016/12.379/1

Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays.

Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage est strictement interdite.

STÉPHANE PAUWELS

THIBAUT ROLAND

Préambule

Dans une chambre de l’hôpital Saint-Luc, l’œil de Luca s’éclaire. Sans qu’aucun son n’ait besoin d’être rajouté. Sans qu’aucun mot ne trouve le besoin d’être prononcé. Opéré d’une tumeur au cerveau en février 2015, le jeune Montois a depuis perdu l’usage de ses bras, de ses jam­bes, de sa voix. Un mur du son se dresse désormais entre lui et le monde, plus aucun mot ne franchit ses lèvres. Des lèvres qui ce jour-là tisseront toutefois un sourire dont Steven Defour ne se remettra pas.

Dans une chambre de l’hôpital Saint-Luc, gonflé ce jour-là par l’assommante chaleur de l’été, déserté par des visiteurs à la recherche d’air et de climatiseur, le Diable Rouge est là. Un seul message – envoyé par Facebook sans véritable espoir de retour, telle une lettre que le service de la postesemble condamné à vous redéposer – aura suffi à faire déplacer l’ancien Soulier d’Or au chevet de Luca. Petit gardien de la région montoise, passionné de football des pieds à la tête et de la tête aux pieds, Luca avait émis par l’intermédiaire de l’association Soleil du cœur le souhait de rencontrer Steven. Un«Oui», un«Je viens»plus tard, le patron de l’entrejeu anderlechtois se retrouve ce matin-là devant le corps inhabituellement éveillé d’un jeune garçon à qui la vie a presque tout enlevé.

Pas une caméra, pas un appareil photo, pas un journaliste ne traîne alentour de la chambre de Luca. Seule Mademoiselle Luna, marraine de l’association, immortalise l’instant en jouant exceptionnellement les photographes privées. Steven Defour fait bien plus que se prêter au jeu car,dans cette chambre d’hôpital, la vie n’est plus un jeu. La star du Sporting offre son temps, son affection, ses idées. Au petit gardien de but qu’était Luca avant que sa tumeur ne vienne l’étouffer, Steven propose de venir voir un entraînement fermé d’Anderlecht, d’y rencontrer tous ses coéquipiers, d’y voir Silvio Proto, ce joueur auquel Luca aimait aussi s’identifier.

Dans une chambre de l’hôpital Saint-Luc, entre les rumeurs de transfert et les clashs incessants entre clubs concurrents, Steven Defour rappellera ce matin que le football ne se nourrit pas seulement de lustres, de nuits infinies, de bouteilles de Laurent Perrier, de courses d’ivresse en Porsche Cayenne ou en première BMW.

Dans une chambre de l’hôpital Saint-Luc, Steven Defour – décrié pour son comportement « people », ses sorties en tout genre, son transfert au goût de plomb et ses dérapages contrôlés – affichera ce jour-là le portrait du football belge dont nous osons encore rêver.

Introduction

Tout va bien Madame la Marquise.

Nous sommes en mai 2012. Les Diables n’ont pas encore connu le Brésil, les Grand-Place rouges de monde, l’incontrôlable délire national que suscitera le Mondial. Pour­­tant, à notre table, entre un café et une pâtisserie qu’il enfilera comme si ses 40 jours de carême venaient de se terminer, le président de l’Union belge, François De Keersmaecker, jubile.

L’homme est en déplacement au stade de Malines pour le tout premier match de la BeNe Ligue, ce championnat de football féminin commun à la Belgique et aux Pays-Bas, qui mourra de sa belle mort trois petites années après avoir été lancé. Un échec cuisant. Un produit gâché. Une occasion manquée. Mais qu’importe puisque, ce jour-là, Monsieur François passera la journée à faire croire que cette BeNe Ligue ne tient qu’à son propre génie, qu’il est à l’avant-garde du monde et que son nom est déjà passé à la postérité. Amen…

À table, des journalistes belges et néerlandais l’écoutent sans broncher. Son sourire béat lui donne, comme de coutume, un air benêt. Nous nous promettons une nouvelle fois de ne pas juger l’homme sur son physique de bonhomme Michelin et son regard niais.

Pendant une heure, et tandis que des petits biscuits vien­nent accompagner un second puis un troisième café, François De Keersmaecker aborde modestement son « formidable travail » à la tête de l’Union belge.

Le service marketing des Diables cartonne. La Fédération s’est modernisée. L’équipe nationale nous promet de fabuleux résultats dans les prochaines années, prétend le bien-aimé président. Assis à sa droite, le « boss » du FC Malines, Johan Timmermans – hôte du jour puisque son stade avait reçu « l’honneur exclusif » d’accueillir le premier match de BeNe Ligue – soupire en regardant son café. Timmermans a suffisamment fréquenté De Keersmaecker dans les couloirs de l’Union belge pour savoir que cet homme est fait de paille, de vent, de matériaux recyclés. La plupart des présidents de clubs professionnels se moquent d’ailleurs ouvertement de François l’avocat, de sa démarche bonhomme, de son image détraquée, de ses faux pas. Sa réélection carnavalesque à la tête de la Fédération en juin 2015 viendra d’ailleurs le prouver. Opposé au président de Courtrai, Joseph Allijns, De Keersmaecker avait fini par l’emporter d’une courte tête malgré le soutien indéfectible de la plupart des hommes forts du football professionnel belge, à l’instar de Pierre François (récemment récompensé par ses vieux amis au détour d’une nouvelle fonction à la Pro League), de Bart Verhaeghe (Club de Bruges) ou de Marc Coucke (Ostende). Un Marc Coucke qui avait au demeurant promis sa voix à Joseph Allijns pour calmer ce dernier après lui avoir piqué son entraîneur, Yves Vanderhaeghe, dès les premiers coups du mois de mai. Entre amis ou entre ennemis, on finit toujours par s’arranger…

Ridicule, François De Keersmaecker l’est désormais avec une force de conviction et un engagement qui dépasse l’entendement. Clown au double nez rouge, petit rat d’opéra persuadé d’avoir inventé la nouvelleFlûte enchantée, conducteur d’une limousine alors que ses capacités de conducteur ne devraient même pas l’autoriser à conduire une Lada, le président est une farce que personne n’a encore réussi à attraper. Mais tout cela ne fait pas pour autant du « Pape François » le mal du football belge, car De Keersmaecker n’est qu’un symptôme, et non une maladie en soi. De Keersmaecker n’est que l’ambassadeur d’un malaise, le porte-parole d’une folie belge, la partie visible d’un iceberg que beaucoup sem­blent bienheureux d’occulter.

À l’image du président de l’Union belge, le mal de notre football obéit à un principe : utiliser les éclaircies pour cacher une météo pourrie, se servir de l’arbre pour cacher la forêt, montrer l’un ou l’autre signe de rémission pour cacher une maladie.

Aujourd’hui, les hauts responsables du football belge évi­tent d’aborder les questions qui fâchent, les sujets sen­sibles, les copinages douteux, les négociations frauduleuses, le racisme insidieux à l’œuvre chez les plus grands dirigeants, en se réfugiant derrière deux réussites extraordinaires mais ô combien limitées : le succès des Diables Rouges et celui de nos centres de formation (Anderlecht, Standard, Bruges, Genk, voire la Gantoise, OHL, Malines).

Ces deux succès (nous le verrons, intimement liés) alimentent à juste titre la presse en papiers dithyrambiques, en éloges totaux, en superlatifs (parfois super redondants) mais ils contribuent aussi et surtout à nous aveugler, à sortir de notre champ de vision des problèmes graves, profonds et, souvent, volontairement cachés.

Ce livre est donc né de l’utilité de dépasser les façades, de défoncer les mirages et de rentrer dans les coulisses obscures d’une pièce trop rose pour être vraie. Oui, les Diables Rouges nous ont fait vivre des émotions hors normes et semblent nous prémunir contre toute déception pour les prochaines années, mais le hasard d’une génération dorée ne peut pas faire oublier le désordre d’une Fédération plus amateur qu’une réunion de chefs scouts ou qu’une réunion des copropriétaires de la cité de l’amitié. Oui, nos centres de formation bénéficient désormais d’une aura internationale, mais les résultats des jeunes promesses anderlechtoises en Youth League ou au tournoi de Viareggio ne peuvent pas faire oublier les étrangetés de certains transferts, les petits arrangements suspects, les missions de scouting transformées en partouzes sans qu’aucun joueur ne finisse par arriver.

Il ne s’agit pas ici d’une enquête journalistique classique mais d’avis personnels développés à partir de nos expériences approfondies du milieu du football, de conversations de vestiaire et de confidences glanées çà et là.

Le bulletin, aussi subjectif soit-il, est un signal d’alarme et un cri du cœur destiné à ouvrir le débat.

Dans la grande cour de récré du football belge, un«autre bulletin»méritait d’être dévoilé. Nous avons décidéde parcourir les maux du système comme autant de matières scolaires, en busant les cancres mais en reconnaissant aussi les élèves en progrès. Entre Mogi Bayat, Herman Van Holsbeeck, Roland Duchâtelet ou Philippe Collin,Zéro pointéconstitue un voyage en eaux trou­bles dont le seul projet consiste à regagner la terre ferme sans se noyer.

Chapitre 1

cours de géographie

Les scouts anderlechtois et leurs voyages inutiles

Première leçon

Okaka et les avis qui ne comptent pas

Juillet 2015. L’attaquant de la Sampdoria Stefano Okaka débarque à Anderlecht après des semaines de valses, d’hésitations, de petites contrariétés et de vaines compli­cations. Dans les allées de Neerpede, le champagne est au frais. Okaka laisse apparaître le sourire enfantin, quasi naïf d’un « bon gars », comme le confirmeront tous ses anciens coéquipiers. Son frère – devenu depuis quel­ques années le quasi « gestionnaire » de sa carrière – ne cache pas une fierté également portée par les visages d’Herman Van Holsbeeck, de Besnik Hasi, mais aussi des agents Giuseppe Bozzo et Gérard Witters qui auront parfaitement conduit le dossier.

Sur le plan contractuel et financier, l’arrivée d’Okaka se révèle une affaire impeccablement montée. Négociations claires, contacts aisés : le joueur et son entourage ne seront jamais entrés dans les exercices de chantage et de surenchère dans lesquels certains managers se sont aujourd’hui spécialisés. Quelques semaines plus tôt, l’af­faire aurait certes pu se compliquer avec les tentatives des agents Pini Zahavi, Ramadani et (même) de Mogi Bayat d’entrer dans le dossier, mais l’apaisement et le bon sens auront fini par l’emporter.

Au Parc Astrid, l’heure est donc à la fête mais,en coulisses, certaines dents grincent à en rayer le parquet. Présentée un an plus tôt comme une machine, à l’image du FC Porto (sic), la cellule de scouting d’Anderlecht, emmenée par Dimitri Mbuyu, se sent flouée, contournée, insultée. À l’exception du vieux serviteur de l’État, Daniel Reynders, tous les scouts du Sporting avaient en effetrendu un avis négatif au sujet d’Okaka. Pas assez réaliste, instable, mauvais finisseur : les critiques internes fusent purement et simplement à son sujet.

«C’est à se demander à quoi l’on sert»,soupira même l’un des membres de l’équipe, frustré comme d’autres de voir son avis complètement négligé.

En réalité, la conviction profonde de Besnik Hasi et d’Her­man Van Holsbeeck sur les qualités du joueur venait tout simplement de l’emporter. À raison tant il est vrai qu’Okaka constituera à l’avenir une évidente valeur ajoutée pour le groupe anderlechtois.

Personne ne songera donc à reprocher à«Mister Herman» d’avoir jeté son dévolu sur Okaka, car le bon sens et l’intelligence étaient tout simplement de son côté, mais tout cela n’enlève pas une question : pourquoi payer (à temps plein et souvent très bien) des scouts dont l’avis ne compte de toute façon pas ?

Au cours de la saison 2014-2015, Mbuyu et ses hommes avalent des milliers de kilomètres, parcourent le monde, remplissent des rapports qui n’auront finalement servi à rien. « Si tu fais ce métier avec l’espoir que tu seras d’une quelconque utilité, tu deviens fou », nous avait un jour confié le père de Sven Kums, ancien entraîneur des jeunes du Sporting passé depuis quelques années au sein de la cellule de scouting.

Aussi brillant qu’il soit, Stefano Okaka n’avait jamais été visionné par le moindre des scouts anderlechtois. Ils se seront contentés d’analyser le joueur, à la hâte, grâce à ses vidéos Highlights (l’abonnement au serveur Wyscout permettant aux clubs d’avoir accès rapidement aux images des joueurs suivant des critères de recherche parfois très poussés:pied gauche, jeu de tête, tirs au but…). Comment cela peut-il arriver ?

En dépit de listes de joueurs dressées tout au long de l’année, la direction anderlechtoise ne possédait tout simplement plus aucune piste pour un attaquant, une fois rendue caduque l’idée de transférer l’Argentin Carillo suite à sa signature à Monaco.

Lorsque le nom d’Okaka arriva aux oreilles d’Herman Van Holsbeeck par agent interposé (Ramadani semble être le premier à l’avoir proposé), celui-ci accueillit laproposition comme un don du ciel, car la cellule de scouting ne lui proposait plus aucune solution. En quel­ques semaines, l’affaire fut donc pliée malgré les susceptibilités et les ego froissés.

Les scouts sont-ils des victimes et les dirigeants des coupables?Loin s’en faut. Dans cette affaire, le travail réalisé par Van Holsbeeck fut impeccable d’un bout à l’autre du dossier et le fait de voir autant de scouts rendre des avis tristement péremptoires sur Okaka ne plaide pas forcément la cause de ces hommes qui se voudraient plus écoutés.

Mais avec quelle logique derrière tout cela ? Pourquoi dépenser de l’ar­gent, de l’énergie, du temps pour des gens dont le travail n’est malheureusement d’aucune utilité ? Avec à sa tête un Dimitri Mbuyu dont le seul fait d’armes consista à désintégrer le club de Mons à coup de transferts ratés, la cellule de scouting d’Anderlecht doit changer. Ou disparaître.

Deuxième leçon

Comment Colin est passé entre les mailles du filet ?

La cellule d’Anderlecht travaille donc en pure perte et le sait. Au cours des dernières années, la quasi-totalité des transferts entrants ont échappé à ses radars ou à ses avis (plus ou moins) autorisés. À cet égard, le transfert de Maxime Colin pourrait presque constituer un cas d’école.

L’été 2014 bat son plein et, malgré la qualification automatique pour les poules de la Champion’s League, la direction anderlechtoise commence doucement à s’inquiéter. Revenu blessé de son escapade brésilienne avec les Diables, Anthony Vanden Borre semble encore traînerla patte et tirer la tête, forçant Andy Najar à le remplacer. Le joueur hondurien colmate, cicatrise, mais l’entraîneur du Sporting, Besnik Hasi, commence doucement à s’impatienter.

En haut lieu, Herman Van Holsbeeck prend lui aussi cons­cience de l’urgence, posant subitement une sorte de timbre « prior » sur la réalisation d’un transfert défensif. Les candidatures de«backs droits»s’entassent en laissant apparaître les CV de quelques clowns, de demi-éclopés mais aussi de quelques bonnes affaires et de joueurs de grande qualité. Damien Suarez, défenseur droit du côté d’Elche (première division espagnole) figure parmi les postulants les plus intéressants. En coulisses, certains vont même plus loin et confient que ce joueur risque de faire de l’ombre à Vanden Borre. Damian Suarez se retrouve dès lors recalé à l’entretien d’embauche à la façon d’un employé surqualifié. Dans les coulisses du Parc Astrid, d’aucuns croient rêver, mais qu’importe.

Chevalier au grand cœur, sapeur-pompier, démineur, facilitateur et médiateur de tous les conflits armés (quel CV !), Mogi Bayat en profite alors pour débarquer avec une solution-miracle. Une solution nommée Maxime Colin.

Ce joueur méritant ne paie pas de mine, dispose d’une modeste expérience et ne rechignerait pas devant un bil­let en deuxième classe, conscient que les trajets en campagne lui conviennent mieux que les voyages en TGV. Mais Mogi s’obstine.

L’ancien manager de Charleroi,«grand spécialiste»du marché français (dans lequel il ne connaît quasiment personne si ce n’est les dirigeants de Nice et de Troyes)assure à la direction mauve que Colin correspond au profil recherché. Herman Van Holsbeeck acquiesce.D’après lui, le Français constitue un second choixau salaire modéré qui acceptera de la fermer au moment de s’asseoir sur le banc.

Bien vu, l’artiste!Exemplaire dans son comportement,vrai camarade de vestiaire, Maxime Colin confirmera par la suite tous les dires de ceux qui avaient vanté en lui un « super gars »… mais aussi un joueur moyen.

Dieu sait pourtant si la direction anderlechtoise avait prévu de le scouter avant d’opérer un éventuel transfert. Pas question de se faire avoir par des idées reçues ! Pas question de se tromper ! Un billet de train avait ainsi été sagement commandé pour Daniel Reynders et ce dernier avait pris la route de Troyes pour visionner Maxime Colin « en vrai ».

Manque de chance ou coup de bol (selon le camp dans lequel on se trouve), Colin ne disputa pas la moindreminute de la rencontre. Daniel Reynders se contenta donc de visionner un match médiocre, de reprendre le train pour Bruxelles et de remettre une feuille vierge à un Herman Van Holsbeeck qui espérait une analyse détaillée.

Que faire ? Bien décidé à boucler ce transfert avant les dernières heures du mercato et à rassurer la presse et les supporters, la direction anderlechtoise se décida finalement à foncer sans avoir visionné le joueur. Au vu du modeste transfert de celui-ci, d’un salaire limité, de bruits de couloir positifs et des éloges de Mogi, le risque de se tromper semblait bien faible.

Au cours de ses derniers mois anderlechtois, avant qu’un transfert miraculeux à Brentford ne finisse par mettre fin à la mascarade, Maxime Colin connut simplement les joies de la tribune ou, par jour de fancy-fair, celles du banc de touche.

À Anderlecht, on jura que son transfert n’était pas un échec, mais sur un plan purement comptable, l’état des dépenses dépassa largement l’état des rentrées, malgré un transfert en Angleterre où la direction du Sporting prétendit avoir gagné de l’argent. Certes, Maxime Colin partit à Brentford pour un montant plus élevé que celui déboursé par la maison mauve à son arrivée de Troyes mais, dans l’intervalle, le Sporting paya aussi un salaire élevé, des primes parfois exorbitantes, une commission d’agent pour un joueur dont le rendement fut parfois nul et bien souvent insuffisant.

Malgré un pouvoir insatiable, une position intouchable, Mogi a accumulé les échecs à Anderlecht.N'Sakala, Hawsawi, Marin, Colin ont tous coûté de l’argent, quoi qu’en dise la direction. Certes, les prix des transferts ou des locations n’étaient jamais stratosphériques, mais ils feraient bien de se méfier des mauvais calculs.

Lors de chacun de ces transferts, Anderlecht a dû indemniser les anciens clubs, payer le salaire du joueur, payer la commission des agents (car Mogi fait rarement ses « deals » en solitaire). Tout cela a un coût réel. Un coût qu’une bonne cellule de scouting aurait pu éviter.

Troisième leçon

Mitrovic malgré des rapports incendiaires

Les errements du scouting à Anderlecht ne sont évidemment pas le propre de la maison mauve et se limiter au périmètre de Neerpede serait faire preuve d’un injuste acharnement. Bruges, le Standard (voir plus loin), la Gantoise ou Genk ont plus souvent qu’à leur tour vu les dirigeants snober leur cellule de recrutement, en raison de leur feeling (souvent mauvais), de leur intuition (généreusement désastreuse) et de leurs affinités personnel­les, voire de leurs petits arrangements.

Victime de copinages, de vieilles camaraderies ou de vaines amitiés, le football belge est passé maître dans l’art de mal transférer. En dépit des conseils de leurs recruteurs. En écartant les conseils avisés. Mais « le mal » existe aussi ailleurs et certains clubs ont su en profiter au moment de revendre leurs « pépites » ou leurs produits frelatés.

Aleksandar Mitrovic n’aurait sans doute jamais dû débarquer à Newcastle, où il semble du reste atteindre ses limites si l’on en croit son faible rendement. Tout au long de la saison, le club anglais avait multiplié les visites de courtoisie au Parc Astrid afin de scruter, d’observer, de décortiquer minutieusement le jeu du cerbère serbe. Les bons rapports et les éclats de rire moqueurs s’étaient alors succédé avec une régulière instabilité, mais le constat final des scouts anglais ne laissait planer aucun doute sur le sujet : Aleksandar Mitrovic ne pouvait en aucun cas constituer un renfort immédiat pour Newcastle.

Le dossier aurait alors dû s’arrêter là. Les petits carnets de notes, les cahiers Atoma, les bics à quatre couleurs auraient dû retrouver leur étagère sans que le nom de Mitrovic ne soit trop rapidement ressorti des tiroirs anglais. C’était sans compter sur les rapports privilégiés entre certains dirigeants et les agents de joueurs les plus puissants.

Depuis plusieurs mois, le père et l’entourage d’Aleksandar Mitrovic s’étaient mis en tête de confier le sort du joueur à l’un des plus grands agents du monde.Exitdonc Nenad Jestrovic, à l’origine de l’arrivée du jeune international serbe à Anderlecht et qui s’était autrefois partagé avec le père du joueur une commission de 500 000 euros.Exit aussi tous les agents du circuit belge qui avaient tenté d’approcher le goleador anderlechtois depuis son arrivée au Sporting. Pour que Mitro puisse quitter le Parc Astrid pour le toit de l’Europe, pour un ténor allemand ou un grand club anglais, il lui fallait forcément confier ses intérêts à un poids lourd du management. L’agent mondial numéro 1, Jorge Mendes, fut ainsi mis en con­tact avec l’entourage de Mitrovic par personnes interposées, mais le Portugais ne semblait avoir ni le temps ni le courage de s’intéresser personnellement à un dossier à « faible rentabilité ». Il est vrai que pour un homme gérant les intérêts de Cristiano Ronaldo, Di Maria, Falcao, James Rodriguez ou Diego Costa, le joueur anderlechtois était de la roupille de sansonnet.

Déçu ne pas parvenir à retenir l’intérêt de Mendes (même si certains membres de sa pyramidale équipe tentèrent de convaincre la famille du contraire), le clan Mitrovic décida alors de se tourner vers Pini Zahavi.