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D’une des nombreuses terrasses d’Alger où les belles aux cheveux de soie offrent leur nudité comme en un rite païen au soleil qui gicle ses lumières écarlates sur la ville et surprend les poissonniers dans leurs premières criées au port encore frileux, Lounès embrasse le paysage et vit pourtant le désastre de sa tanière. Silima, la tendre recluse, aussi généreuse que le stah, qui dégringole vers la mer, meurt dans la solitude d’une naissance proscrite. Et c’est Zorna au prénom musical algérois qui remplit la symphonie amoureuse de Lounès qui décide de lui déclarer un Je t’aime qui finira, muet, au bout d’une journée euphorique dans les ruelles de la capitale avec ses couleurs chaâbi et ses rencontres katébiennes. Derrière une gaieté intempestive et juvénile, l’auteur se joue des moites, car derrière leurs sonorités ludiques se cachent la douleur et les cris des réclusions des liberté, traduite ici par une syntaxe qui prend revanche sur les points.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jaoudet Gassouma est journaliste. Titulaire d’un Magister en communication et d’une Maîtrise en Arts Plastique, Zorna ! est son premier roman.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
L’Artisanat Algérien
ZORNA !
À lounés MENKACHE, pour sa vie…
À Larbi GASSOUMA, pour les livres qu’il m’a acheté…
À Souad SEKLAOUI, pour la p’tite histoire…
Vingt-trois heures quarante-cinq, la ville se tait brusquement, laissant Lounés dans ses pensées profondes, il soupire d’aise en voyant l’eau gicler de plus en plus fort du robinet. Il finira ainsi plus tôt sa corvée. Sisyphe version urbaine, il allait enfin s’endormir.
Minuit vingt, la ville s’endort enveloppée dans une gangue de léthargie glacée, elle s’assoupit dans une chape de brume qui couvre les toits ; l’humidité et l’air marin s’insinuent dans les murs, le port prend possession de la ville, la nuit est à lui, elle lui appartient, il pénètre les artères de la belle endormie, elle, dans son abandon ensommeillé, fait mine de ne point s’apercevoir du viol. Les murs n’ont d’autre choix que de se laisser envahir par les embruns salés du port…
Un Hibou se met alors à rythmer cette nuit vieillissante, il perce le secret du silence, lance de sa lointaine retraite un hululement en trois temps, son appel n’a plus rien à voir avec les vieilles superstitions. Les gens ont oublié son rôle d’oiseau de malheur, trop emportés par leur quotidien et leurs autres peurs, la mort permanente, l’avalanche de destinées morbides quotidiennes, des prix qui s’accrochent au porte-monnaie comme autant de lierres carnivores engloutissant la sueur de ces petits citadins que la chance et la richesse des corrompus ont oubliés.
Lounés se retourne sur sa gauche, une chaleur douce commence à l’envahir, sa vieille couverture kaki, relique immémoriale, cadeau d’un appelé sous les drapeaux, lui tient bien chaud. À vrai dire, Loua n’était pas particulièrement amoureux du vert kaki qui ne lui donnait aucun plaisir, en tout cas bien moins de plaisir que le bleu du ciel ou du noir de la nuit. La couleur insolite et incongrue de sa couverture, il s’en foutait, trop heureux de se repaître de sa chaleur généreuse. Il s’endort doucement en dédiant ce moment de bonheur instantané à un mystérieux ami soldat d’un jour. Dans une sourde intuition quasi animale, héritée en cadeau de la vie, Loua entend à travers les murs ouatés de son sommeil le fin bruissement de son chat qui glisse subrepticement dans la mansarde. De son pas lourd, lesté d’une possible bombance accomplie aux dépens de quelques pigeons des toits avoisinants, invités à vrai dire à la fête du mauvais côté de l’assiette.
Plongé dans la chaleur de sa couverture, Loua se laisse gagner petit à petit par les murmures du matin. La ville, un peu plus bas se réveille, la maison fait résonner les bruits du matin, il est 5 heures 30, la rumeur s’amplifie, grandit et explose dans un concert brinquebalant de casseroles et de cafetières fumantes. Les murmures se font paroles, souhaits et appels au réveil.
