120 propositions dans la raison privative de la catégorisation du possible - Helder Serpa - E-Book

120 propositions dans la raison privative de la catégorisation du possible E-Book

Helder Serpa

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Beschreibung

Qui commence de penser est aussitôt assailli par la question du commencement. Et plus il s'acharne à commencer plus la question l'obsède. Rien ne sert d'esquiver, il faut traiter. Prendre langue avec le harceleur est le seul moyen de désamorcer sa hargne. Cela prend du temps. En voici le résultat.

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Seitenzahl: 322

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Table des matières

ANNEXES

I

Sur le titre

II

La Question

III

La Procédure

IV

Lexique Succinct

V

Schémas

Série 1 Interprétation ponctuelle

Avant la lettre

L’origine de la fondation

Voir ce qui est

Le maître du sens

Calligraphie

L’insufflation

Série 2 Interprétation segmentaire

Le fruit du néant

Créer le principe

La nature du sens

Apparaître et signifier

L’aboutissement

Le mort qui pense.

Série 3 Interprétation lacunaire

La forme du vide

Fonder la fondation

L'art d'annuler

Le sens fantôme

Le vide générateur

La profanation du vide

ANNEXES

I Sur le titre

1 Dans

Dans et non pas sur, ou à propos de, ou concernant la..., car le propos de ce travail et la totalité de sa mise en œuvre se déroulent à l’intérieur des conditions de possibilité premières de la pensée (sans préjuger de l’existence ou non de telles conditions) dont il expérimente et stipule l’existence, et ils en sont entièrement déterminés.

En utilisant la postulation implicite que dans l’ordre de la pensée possible il n’existe rien en dehors de ce que déterminent de telles conditions de possibilité, si jamais elles existent ou existaient. Le penseur (et la totalité de son ouvrage) est confectionné sur le même établi que ce qui se pense.

2 Raison privative

Réduction stricte de toutes les positions méthodiques aux conditions effectives qui conditionnent leur formation. Avec exclusion (effectivement accomplie) de tout ce qui pourrait sembler exempt des restrictions inhérentes à cette condition. Est réel tout énoncé dont le contenu n’est pas contradictoire au fait effectif de son énonciation1. Le garde-fou joint à cette règle consiste en ceci que l’énonciation contradictoire à son propre contenu (par exemple « je dis que je ne suis rien ») consiste en une auto-dénégation. Son énonciation la détruit. C’est le mode d’existence et d’inexistence de ce qui ne peut pas se dire.

3 Catégorisation (du possible)

Du possible (logique, épistémique, empirique, technologique, et ainsi de suite) nul ne peut rien savoir, pour ainsi dire « directement ». À remarquer que cette forme de connaissance (directe) est indescriptible, plus précisément sa description en dénie la réalité, car il ne s’agirait plus d’un objet directement observé, mais de la constitution de son équivalent descriptif. Décrire un objet perçu directement est de l’ordre de la description inarticulable (Come le soleil qui se mettrait à briller dans la nuit, là où il sert à quelque chose). De cet objet indéterminable, ce qui est tel que l’observation directe le révèle, le sujet de l’acte logique ne connaîtra que le stade catégoriel, autrement dit représenté symboliquement et il le connaîtra en le constituant. Cette restriction exclut la possibilité d’une quête de vérité, et nous réduit à la possibilité d’identifier par la pratique des cas de certitude.

4 Possible

La réalité de la pensée se réduit au possible. Le sujet qui pense n’est pas maître de ce qui se pense. Il n’y a pas de vrai et de faux, il y a le conçu et l’inconçu. L’inconçu se pense en tant que tel. Nous sommes réduits au possible car l’inconcevable est intelligible, autant que son inintelligibilité.

II La Question

S’il y avait une détermination première exempte de détermination préalable et déterminante pour le commencement de l’exercice de la pensée possible, et sans préjuger de la nature de ce déterminant, comment serait-il possible d’expérimenter un dispositif complet comportant toutes les possibilités d’identifier cette détermination (répertoire exhaustif dans les limites du dispositif descriptif) ? Comment pourrait-on repérer de cette façon un nombre fini d’hypothèses organisées en un ensemble complet ? Et comment en rendre compte, si cette opération devait elle-même être soumise à une détermination première ?

La légitimité d’un tel souci sera postulée sans discussion car même son abolition le légitime. Car enfin la position relativiste a dans ce cas une fonction inchoative valant origination.

III La Procédure

Tout souci d’initialité se réfère à une image séquentielle directe et orientée, apte à des représentations diverses. La plus banale est celle d’un segment de droite ayant commencement, milieu et fin. En somme un bout de ficelle sur lequel on aura pratiqué trois nœuds. Il présentera un but effrangé à droite et un bout effrangé à gauche, car il faut quand même pouvoir pratiquer les deux nœuds terminaux. Sans escamoter le fait qu’un observateur quasi extérieur mais dépendant absolument de l’objet observé conçoit l’ensemble du dispositif. Un tel agencement est suffisant pour épuiser un ensemble d’hypothèses sinon complet du moins nanti d’une forme de complétude. Ce sont donc des hypothèses pour travailler sur une hypothèse. Le plus curieux de cette procédure c’est que de toute cette instabilité doctrinale des certitudes émanent, absolues et indiscutables. Et ce n’est pas qu’une opinion.

IV Lexique Succinct

Catégorialité

Tout ce qui est manifeste est symbolique. Il y a continuité (isotopie formelle sinon substantielle) entre le simple « perceptum » (de tous les types, et de tous les degrés de complexité. Proprioceptif, intéroceptif, extéroceptif, etc.) et le degré le plus élaboré de la textualité. Tout perceptum est ostension et cette ostension est un acte catégoriel (l’accomplissement matériel d’une signification, un signe mais accompli) compatible avec le langage. Si cette compatibilité n’était pas originaire elle n’aurait jamais pu avoir lieu.

Par exclusion d’un état qui eût été purement ontologique de ce qui apparaît, de ce qui se manifeste ; par exclusion donc de la « chose ontologique ».

Le logique

Ce terme identifie un domaine qui inclut entre autres termes (nombreux) le terme la logique. Même si son usage n’était pas répertorié il serait licite et obligatoire de l’employer. L’identification de ce domaine, présente une difficulté due au fait qu’il ne possède pas d’extériorité ni d’hétérogénéité. Sa définition sera donc non pas descriptive mais constituante : Domaine de l’effectuation matérielle du sens. Ce qui n’entraîne pas qu’il puisse y avoir un moment d’inexistence de cette effectuation, ou une effectuation qui ne serait pas matérielle, ou une inexistence de sens. Quant à caractériser ce en quoi consiste le « sens », on ne peut que remonter à ce qui devient sens, et illustrer la différence ainsi produite. Si ce qui vient avant ce qui se qualifie comme « sens » est le « purement réel » autrement dit ce qui existe dans une détermination strictement ontologique, sans plus, l’ostension de cette chose première la convertit en manifestation de sens, car cette ostension est distincte et descriptible. Autrement dit elle accomplit le dépassement d’un stade qui ne peut pas se concrétiser sans muer, celui que vise l’expression « il y a quelque chose ». Quoi que ce soit, manifeste, ce « quelque chose » n’est plus une chose quelconque, mais une chose individuée. Ostension pas seulement visuelle, mais relative à quelque forme de sensibilité qui soit. Et si je me gratte le nez, nul doute qu’un psychanalyste compétent serait à même d’en faire son miel. Il serait concevable même qu’un culte mystique quelconque puisse élire ce geste comme signe de ralliement (en vouant au bûcher les hérétiques qui, à la place, oseraient se curer l’oreille). Ainsi le terme « sens » est lui-même dépourvu d’opposition ou d’hétérogénéité. Il est saisissable dans la narration fictionnelle de cette transition radicale et irréversible de l’ontologique à l’ostensible.

Un très vaste champ terminologique se rapporte à cette circonstance, mais « le logique » les subsume tous. Symbolique, sémantique, sémique, noétique, conceptuel, linguistique, cognitif, et tous les items d’un interminable répertoire lexical que chacun saura prolonger voire compléter. Tel qu’il est le logique fait l’affaire, ce qui justifie son emploi réitéré (ad nauseam pour les amateurs de pittoresque verbal) et même interminablement réitéré dans ces textes. Cette qualification ne vaut que quand elle se constitue. Ce n’est nullement une caractéristique d’un quelconque « réel » premier, qui serait par nature immanent au domaine de constitution matérielle du sens. Le fait logique est l’immanentisation irréversible de n’importe quoi. En dehors de cet acte, et sauf si un dieu le logicise sans cesse, le monde est étranger au sens. Le logique immanentise toutes ses extériorités et ceci épuise la descriptibilité de ce en quoi consiste sa fonction constituante.

Positionnalité

Ce terme répond aux questions suivantes :

1. Vu la contrainte à l’immanentisme, autrement dit à l’inconcevabilité d’un domaine conceptuel extérieur à l’élaboration logique imputable à un sujet (« humain » par redondance et par dérision) car la scrutation d’un tel domaine ipso facto l’immanentiserait, et vu l’identification du possible au réel (le « inévitablement vrai si on le dit et quand on le dit », la certitude protocolaire ou la tautologie protocolaire) comment se peutil que l’impossible logique (impossibilité valant irréalité, inconcevabilité valant inexistence) soit caractérisable et que l’on puisse former une expression (d’identification ou de description) inarticulable ?

2. De quel possible cet impossible provient-il ?

3. Que doivent être les conditions déterminantes du possible pour que l’impossible ne soit pas exclu d’expression ?

Deux principes permettront de surmonter cette sidération :

Principe du tout-logique

1. Tout ce qui est (« pour nous », ceci constituant encore une redondance), est dans le logique, même le non logique (alogique, paralogique, sous-logique, translogique, etc.).

La condition ontologique de la condition logique :

2. De quoi que ce soit on ne dira « ceci n’est rien » (même ce qui semble absolument dépourvu de signifié), tout benoîtement parce au moment de cet anéantissement, il serait déjà trop tard pour ne pas l’avoir dit et ipso facto désigné, distingué, identifié.

Privatif

Ce terme manifeste la requête d’acquiescement à une condition qui est cependant inévitable. On admet d’ordinaire qu’il existe toujours deux biais pour que la nécessité d’une règle s’accomplisse effectivement. Ou l’acceptation de principe, ou l’échec de la transgression. Pour qui reconnaît l’existence d’une telle prescription irrécusable (une sorte de « loi ») il semblerait que l’acquiescement choisi d’emblée et une fois pour toutes s’imposerait comme seule option admissible, s’il s’agissait d’une option. L’auto-annulation de l’entreprise transgressive pourrait apparaître comme une perte de temps et un gaspillage de travail. Sauf qu’une caractéristique essentielle d’une loi de ce type (à portée pragmatique) est de n’être rien en dehors de son exercice, et cet exercice est réducteur, excluant et annulateur. C’est une loi qui n’existe que sous la forme de sa mise en œuvre actuelle et effective. Elle devient nécessaire en raison de son exécution, jamais avant, jamais ailleurs. C’est une loi dont l’effet s’exerce sur son propre accomplissement. Et qui pourrait se commenter en disant : même ce qui va de soi doit être accompli. La condition dirimante et constituante que l’attribut privatif caractérise va tellement de soi que la tentative de le rejeter ou transgresser est encore un moyen de l’accréditer. Et qu’une telle entreprise puisse se constater suscite un questionnent voire une stupéfaction. Son caractère impératif tient à une circonstance d’une parfaite trivialité, et difficilement déniable (la chose se fait cependant, et abondamment). Rien n’existe dans l’ordre de l’effectuation matérielle du sens qui ne soit le fait d’un sujet. Ou encore, il n’existe pas de fait de sens quel qu’il soit qui ne soit un acte humain, et la désignation ou la description d’un fait de sens doit être compatible avec cette circonstance. Et c’est un sujet humain qui le stipule, en s’y soumettant, et ce sont des sujets humains qui s’en affranchiraient et nous en affranchissant, en témoignant par un moyen quelconque de l’existence de formations du sensé (formations logiques) catégorielles ou seulement de l’ordre de l’ostension qui ne sont pas imputables à une action humaine. En supputant sans doute qu’un récepteur humain puisse accueillir et comprendre une pareille information. Le possible logique est réduit à ce qui est compatible avec l’existence active du sujet lors de son effectuation mais cette réduction est nulle en dehors de cette effectuation. C’est donc une loi dont l’effet ne s’accomplit que sous forme de négation protocolaire (« agie », ou « en acte ») de sa propre impossibilité. Si on comprend sa transgression comme une négation de sa nécessité, alors sa nécessité s’opère par voie de double négation, immédiate, coextensive à son accomplissement, et de cette façon première. L’inexistence de cette loi privative est donc une réalité logique, et son mode d’existence est la négation protocolaire (ou « agie ») de cette inexistence. Pour prévenir cette négation, il suffirait de ne pas penser2

Protocolaire

Il est requis de stipuler l’existence de conditions protocolaires afin de parer le risque de les méconnaître, avec des conséquences désastreuses pour la possibilité d’effectuer une pensée exempte d’auto dénégation. Une stipulation non écrite, et même pas exprimée, autorise cependant à entreprendre de méconnaître cette forme de restriction infligée au possible spéculatif.

Les tenants dont le fait logique serait l’aboutissant consistent en un acte constituant comportant le sujet qui exécute l’acte logique. Ces tenants ne peuvent pas être escamotés.

Cette condition est exclusive d’exemption.

C’est une condition radicalement excluante, car son acceptation entraîne qui rien n’est dans le logique qui n’ait pas lieu come une effectuation active, et conditionnée, de la matérialité du sens. La liste de éléments conditionnants est interminable, mais on peut identifier des rubriques majeures : le sujet, le corps du sujet (cf. Troisième Méditation) toutes ses aptitudes perceptives cognitives et symboliques, et tout le dispositif contextuel mis en œuvre pour l’effectuation matérielle du fait de sens. Il n’est pas requis d’en appeler à toutes les déterminations protocolaires de l’acte logique, mais il n’est pas concevable que l’on puisse et l’escamoter et énoncer des propositions non auto-déniantes. Le biais qui permet de tenir compte de la condition protocolaire sans en analyser les composants est la fatalité de la condition catégorielle. L’existence d’un fait de sens même réduit à l’ostension immédiate d’un quelconque objet matériel consiste en un travail et en dehors de ce travail il n’existe pas de réalité logique. La question pertinente par rapport à un terme quelconque n’est pas « qu’est-ce... ? » mais « en quoi consiste ce travail d’effectuation catégorielle ? » ou plus simplement « en quoi consiste l’acte de dire cela ? ».

Un autre biais rhétorique pour tenir compte de la condition protocolaire dérive du constat suivant : on ne peut pas concevoir (ni désigner ni décrire) une énonciation sans énoncé, et un énoncé sans énonciation est une contradiction protocolaire (en ce sens qu’il faut pouvoir énoncer cet énoncé sans énonciation pour stipuler cette absence d’énonciation). Et l’ordre apparent est également indescriptible, qui stipulerait l’existence d’un énoncé qui serait, ensuite, énoncé. L’énoncé dans cet exemple et à chaque fois apparaît comme la trace constituée d’une énonciation. De cette façon, il n’est pas concevable que l’on puisse disposer d’un stock d’énoncés constitués, sans convenir que chacun ne peut exister que lorsqu’il est énoncé. Ce qui entraîne qu’il ne s’agît jamais ni du même énoncé, ni bien entendu de la même énonciation. Même pour un recueil d’énoncés enfermés dans un livre de la bibliothèque, ou d’un énoncé que l’on s’amuserait à énoncer mille fois de suite. Autrement dit l’acte (logique) d’un sujet agissant est requis, même pour faire exister quelque chose qui existe déjà (et c’est toujours le cas. Faire exister une chose même en stipulant qu’elle n’est rien la transforme en chose qui existe déjà. Ou encore, la non existence d’une chose n’est pas catégorisable). Tout énoncé est un acte logique compatible avec l’existence du sujet constituant (plutôt que « producteur »)

La lecture critique est un repérage de la contradiction protocolaire, et sa traduction en tautologie protocolaire.

Même la simple ostension qui est un fait catégoriel s’accomplit comme une énonciation. (Sauf si cette ostension pouvait exister, et être « ostension » en absence de tout sujet). C’est le mode d’être logique de l’ostension et on ne peut rien en retrancher. Quant aux autres modes d’être de la chose qui sous-tend l’ostension, nous n’en savons rien. En savoir quelque chose est constitutif du fait d’ostension.

Affirmer l’existence d’une ostension exclusive d’accomplissement catégoriel en tant qu’énonciation est une contradiction protocolaire, car un tel fait serait alors énoncé.

En même temps, pas d’énonciation sans médiation de l’énoncé « tel qu’il serait en dehors de l’énonciation ». Par exemple l’énoncé « je pense que je ne suis rien ». Pour qu’il eût été possible, il aurait fallu que nul ne l’énonce. Ce même objet peut être représenté par les phrases contenues dans le livres fermés d’une bibliothèque. Ou l’ostension secrète des choses que nul ne voit, ou qui n’ont jamais encore existé.

Il est ici question d’existence logique. Quant à une existence autonome relativement à la catégorialité, cela relève de la probabilité scientifique, statistique, ou même empirique. Acte qui de fait les catégorise.

Le terme « protocolaire » est préféré à d’autres termes apparentés, comme pragmatique, fonctionnel, instrumental, pratique, qui sont moins inclusifs quant aux conditions matérielles et contextuelles intervenant dan l’accomplissement de l’acte logique. L’utilisation de ce terme se réfère au registre de l’expérimentations scientifique. C’est l’équivalent de règles et de description de pratiques, restrictives (mais qui sont restrictives en raison de la condition protocolaire car c’est l’acte de les transgresser qui les rend restrictives) utilisées dans une expérimentation.

V Schémas

Légende :

[

]

ponctuel

<

>

segmentaire

(…)

lacunaire

Versionponctuelle

a

précession

b

fondation

c

médianeté

d

troncature

f

totalité

Versionlacunaire:

a

vide initial

b

vide précédent

c

vide articulant

d

vide final

f

vide simultané

Série 1 Interprétation ponctuelle

Première proposition (série 1 n°1)

Avant la lettre

Un fondement de la pensée devrait se précéder en tant que fondement. Si la pensée commence, elle se précède.

Un fait logique supposé que l'on pourrait désigner par le terme de « commencement » de la pensée possible, donc réelle, même seulement supposé (donc catégorisé) devient, du fait de sa réalisation effective sa propre précession.

En effet, par définition, il recèle ses propres conditions de possibilité. Il est le lieu où ses conditions de possibilité sont réelles. Il constitue le modèle de sa propre effectivité. Le fait logique qui commence est la forme, le contenu et la source de sa propre précession.

Si on voulait obtenir l'annulation de ce commencement, ou seulement son invalidation logique3 cette requête serait nulle pendant le temps où elle se formule. La précession est donc une règle privative générale. Qui n'énonce pas une condition de possibilité, mais seulement une impossibilité mécanique qui frappe l'impossible.4 En tant que règle elle peut se décrire comme condition à venir, car le commencement de fait, lui, est déjà acquis et irréversible5.

Le fait logique doit être contradictoire par rapport à l’existence d’une condition pré-initiale, ou initialité de l'initialité, car le fait logique s'accomplit. Mais ne dérivant pas d'un autre fait logique, ce qui reviendrait à penser un fait dépourvu de commencement, c'est en cette contradiction que se fonde sa réalité, effective et catégorielle, aussi longtemps que cette contradiction se produit.

Le fait logique est le modèle réalisé de sa propre possibilité, sauf s'il n'est pas possible et n'existe donc pas. L'acte propre de la précession constante (autant que ça dure) est la réalité du fait de sens, de quelque façon qu'on le détermine. Autrement dit, sa perte accomplie, instrumentale, agissante. Comme une cause transcendante, avec quoi on peut la confondre. Le sujet de l'acte logique lui-même n'existe pas en ce moment de précession logique absolue, dont la réalité est de nature mécanique et protocolaire. Le réel logique, nous y compris, se passe de nous pour être. Dans le logique, le sujet est une disparition.

Deuxième proposition (série 1 n°2)

L’origine de la fondation

Le commencement d’un texte quelconque est donné

Demande : Supposons que quelque chose comme « le commencement d’un texte » ou de n’importe quel équivalent de texte est un fait désignable.

Ne pouvant pas exister avant son effectuation, ce commencement est donné.

Et quel que soit le processus pré-textuel qui y conduit, ce « avant le texte » est également donné, et n’existe comme tel qu’à partir du commencement du texte aboutissant et, dans cet ordre, premier. En effet, si d’une manière ou d’une autre il y a connaissance de ce pré-textuel cette connaissance est fait textuel.

Et cependant le textuel commence, quand il est. Sauf à remonter à un « logos » qui est, ou bien rien (« pour nous »), ou bien une « doxa » qui le dit.

Cette carence de causalité interne requiert un degré infime et irréductible du textuel, qui en constituerait la condition de possibilité constante sans être sa propre condition de possibilité, ce qui obligerait à un renvoi à l’infini.

Comme s’il était requis que quelque chose non textuelle écrive le texte tout d’abord, et comme « avant que le texte soit ». Cette écriture est ce en quoi consiste le premier accomplissement de la textualité, et peut se désigner par le terme « catégorialité ». Catégorialité de ce qui est, qui doit consister tout d’abord en sa propre manifestation.

Cette présentation narrative souffre de l’impossible successivité qu’elle utilise. Que quelque chose soit6 et que la catégorialité existe doit être absolument simultané sauf à stipuler l’inexistence de l’un ou de l’autre. Le premier fait catégoriel est la postulation ontologique. C’est la limite imposée à la « volonté de puissance » du sujet logique7 et le premier acte logique concevable et nécessaire.

Qu’il y ait « une chose et autre chose » 8 ou que les idées, prises comme images, « les unes représentent un chose et les autres une autre9 », montre que la catégorialité est le changement ontologique ; autrement dit qu’il n’y a d’ontologique qui ne soit organisé textuellement, ou qui ne soit de nature catégorielle. Pour paraphraser le célèbre propos10, le logique est la Passion (inutile ?) de l’ontologique11. Et peut-être y a-t-il de l’ontologique pur. Mais de le désigner, cela est chose catégorielle, et pour ainsi dire l’être n’est qu’un être de plus. Comme le caillou au milieu du chemin, ou ailleurs, ou autre chose.

Ce qui se dit est immanent à cette postulation ontologique. Que l’on aurait envie en quelque sorte de dater, d’identifier en tant que fait logique autonome, déterminant pour tout autre fait logique, ou parole initiale fondatrice de la possibilité de toute parole, et déterminant sa validité. En quelque sorte un texte originaire, qui réaliserait et prouverait la préséance de la raison ontologique sur la raison logique. Par réversion de cette première logicisation de la détermination ontologique.

Un tel texte (ou formation catégorielle) devrait être aussi peu éloigné que faire se peut de la stricte postulation ontologique, qui dit qu’une chose est et que sa manifestation, si elle est connue, est déjà une réalité catégorielle. Sans tenir compte du fait que, même infinitésimale, cette conversion en logique est irréversible.

Si on choisit adroitement ce texte fondateur, cette irréversibilité peut très bien devenir inapparente. En consistant par exemple en ce texte même que la réversibilité aurait produit.

Autrement dit, le supposé discours purement ontologique, et même, tant qu’on y est, la parole de l’être.

Ce qui donne lieu à des tératologies logiques du type « l’être est ». Et même, si possible, en disant encore moins. Une simple désignation où se dissimule la catégorialité en tant que postulation ontologique. Dire « être », « dieu », « logos », « chose » par exemple. Ou même le cri inarticulé qui dit « je dis que je suis », en affectant ce « je dis » et ce « je suis » de modes et d’accidents.

Cette tentative de régression, dans le catégoriel, vers l’ontologique souffre du fait que le logique est devancé par son propre possible, indépendamment de ce qui serait préférable, ou désirable. La possibilité d’être de cette sorte de désir (sa positionnalité) est immanente au mode d’être initial du logique, qui est comme l’acte de la chose, autrement dit un acte de l’ontologique qui crée et la possibilité d’imaginer un retour en arrière, et la séparation irréversible de l’ontologique pur et de sa manifestation catégorielle.

En ce sens, il n’y a pas de fait logique 12 fondateur, distinct du fait logique quelconque. Par figure, le logique se produit toujours au même endroit. Il n’y a pas de « premier texte ». Mais ceci peut se dire et doit se dire. Il n’y a pas non plus d’automatisme (ni de transcendance) de la règle privative.

La postulation ontologique ne vaut que par se variations. Unique, cela constituerait la cessation du logique, dont nul n’en saurait rien. L’acte logique strictement successeur du fondement serait lui-même fondé comme tout acte logique, et consisterait en une variante de la postulation ontologique. La fondation est cet acte. Le « fondamental » n’est pas une entité, mais un travail.

Il y a cependant une distinction à faire entre le fait de dire « je pense je suis » et « passez-moi la moutarde ». La première forme de la postulation ontologique requiert l’intervention de Dieu pour passer à la possibilité de catégoriser valablement tout ce qui est autre que ce « je » (« une chose qui pense ») tout ce qui ne relève pas du catégoriel, ou de l’idéalité. La deuxième affecte immédiatement ce qui s’y postule comme étant et comme étant affecté d’une variation irréversible, En ce sens, faute de Dieu, il faut s’en tenir à la moutarde. Dont l’être-entant-qu’être est une variation. Mais peut-être y a-t-il et un autre sujet d’un autre logique dont nécessairement nul n’en peut rien savoir.

Troisième Proposition (série 1 n°3)

Voir ce qui est

On ne voit pas les choses. On ne voit pas non plus leur manifestation catégorielle. (On participe à la production d’un chiffre13 relatif au fait que quelque chose est).

Ce chiffre est la chose même. Car l’acte de commencer n’est pas le fait du texte, mais de quelque chose qui lui donne lieu, autrement dit, qui le commence. Et quelque chose commence ce quelque chose lorsque cela est texte, même sous la forme embryonnaire d’un fait logique quelconque (un fait de manifestation non ignorée) même infime même furtif, même mal interprété. Une manifestation « non nulle » en tant que manifestation suffit.

Le texte subit le fait de commencer, ceci jusqu’au terme de son aboutissement. Ce commencement de fait, subi, est exclusif d’arrêt. Si le textuel (ou plus primitivement le catégoriel, et encore plus primitivement le logique) s’arrêtait, il n’y aurait aucune chose, et il ne pourrait pas recommencer14. On admettra que ce n’est pas le cas. Pour le texte tout est commencement. En poussant l’image jusqu’à la personnification, on pourrait ajouter : qu’il le veuille ou pas.

Il est permis d’utiliser le terme « chiffre » pour indiquer la transformation de la chose quelconque en fait logique, et le processus qui y correspond est et un chiffrage (mise en forme apte à lecture) et un déchiffrage (transformation en fait de lecture). Sans cause et sans auteur, lequel ne pourrait être qu’un dieu. C’est un domaine où l’auteur succéderait à son acte, si on voulait donner une forme narrative au processus ici caractérisé. Moins erroné que si on disait que le fait logique succède au sujet. Et que serait ce sujet pendant ce temps-là, même infiniment court ? Sans parler du sujet capable d’en faire mention.

Mais il semble possible qu’un texte en commence un autre, en l’annonçant, en l’anticipant, en exprimant le propos de le produire. Et de conclure par un autre texte, moralité, conclusion générale, instructions de lecture, annonce d’une suite. On peut également faire produire du texte, l’énoncé d’un principe, de l’ordre du texte ou du simple réel. Certitude ou postulation. Par exemple « je suis », « l’être est et le non être n’est pas », ou le savon (parmi tant d’autres choses) de Ponge. Mais n’importe quoi fait l’affaire. Même rien, si ça se dit. La textualisation n’est qu’une partie de la catégorialité. Comme la conscience est une partie, et pas la plus importante de ce que, ne sachant pas le désigner, on dira le psychisme. C’est la même relation entre le texte et le logique. Y compris celui que l’on tait. Écrits psychotiques, libre association, écriture automatique, et le récit qu’aurait fait d’une journée de sa vie le personnage de Borges, totalement privé d’oubli, illustrent cette relation. Si de la textualité possible s’inaugure continuellement seul le mutisme actif autorise la formation d’un texte.

Jamais rien ne se dit. Du texte apparaît au lieu de cette incapacité.

Quatrième Proposition (série 1 n°4)

Le maître du sens

L’acte logique consiste à modifier la totalisation imminente du domaine des faits de sens.

Le logique n’a pas d’opposé, et cependant l'énoncé de ce terme : « logique », est possible. On peut, de science sûre, savoir et dire que « si j'eusse seulement cessé de penser, je n'avais aucune raison de croire que j'eusse été » 15. Pouvoir disposer d'un terme qui désigne le logique (ou le domaine du sens effectué), comme si cet acte catégoriel le précédait, est auto déniant. Mais il relève du possible (du possible effectivement mis en pratique). En toute certitude, on peut seulement nier que cela n'est pas.

On peut réitérer l'énoncé de cette condition en disant que nul sujet n'existe qui serait capable de nier l'existence d'un fait catégoriel effectif. Cet objet ne pourrait exister qu'en tant qu'extérieur au logique (le logique qui a lieu) et par conséquent pour un sujet ayant cessé de penser. Et s’il continuait d’exister, pour quel sujet l’aurait-il fait ?

Cette condition ne vaut que par son exercice, et lors de son exercice. L’unité du logique est l’unité à laquelle le logique se restreint. Par incapacité à s’affranchir de sa propre totalisation, occurrente et quelconque. Cet incident, gênant, dirimant et pour tout dire tout bête interdit la recherche d’un critère d’unité (équivalent interne de totalisation) libéré de la condition d’effectivité aléatoire (c’est-à-dire, qui pourrait être aussi bien aléatoire, qu’elle le soit ou non) qui crée sa propre intériorité (immanence) au logique. Ainsi, et malgré lui, le logique produit lui-même la pertinence qui soutient son unité.

Ainsi, qu’il puisse y avoir un autre logique que celui qui est de fait et un autre sujet que celui que le logique constitue est un désir sottement contrarié par le fait que c’est en ce logiqueci (quoi qu’il soit) que ces objets convoités pourraient avoir d’existence. La fameuse ubiquité absolue du sens, cette situation « océanique » du logos est produite par une sorte de stupidité fonctionnelle qui borne notre désir « d’outre-logique ». La réalité de ce désir consiste en ce mode ordinaire dont le logique a lieu, et qui constitue sa réalité. La pertinence de toute chose logique (poème, texte de pensée, caillou au milieu du chemin, muraille, déchet, poils et crasse etc.) est impérative. Toute chose logique, qui est catégorielle dans l'unité des termes « chose » et « logique « produit la pertinence qui l'inclut dans le logique. De gré ou de force, car il est alors trop tard pour l'anéantir, ou pour dire valablement « ceci n'est pas ». Le logique est incapable de corriger son défaut. C'est ce qui peut apparaître, pour nous, comme son mode de fonctionnement.

Trop vite constitué comme « un », « le même », alors qu'à peu de chose près (son occurrence) il pourrait être autre. Heureusement, il existe bien des façons de déjouer cette condition. La méconnaître activement par exemple. En utilisant le travail du logique même que l'on se propose de subvertir. L'échec fait discours. Par exemple, les interminables exégèses évangéliques16, infiniment répétées, retardent et accomplissent l'assomption de cette impossibilité. Mais ce n’est qu’un cas parmi d’autres.

L’occurrence catégorielle qui s’accomplit (ou le fait logique actuel quelconque) est par nécessité mécanique ce qui manque au logique, et qui le totalise. Le fait de sens effectué est une modification terminale du sens ou du domaine du sensé. Celui-ci n’étant rien en dehors de son occurrence actuelle, cette qualité totalisante est toujours valable, et cette pertinence est de droit, faute de contradicteur.

La raison du sens, ou la clé du sens du sens est n’importe quelle manifestation catégorielle. Le logique est le sujet de sa propre totalisation (le logique est son propre totaliseur). Toute pertinence, toute interprétabilité provient de cette sorte d’indifférence quant au terme totalisant et sa possibilité de fait consiste en cette qualité contingente, aléatoire, mouvante du terme totaliseur. Système formel, herméneutique, délire, etc. ont la même condition de possibilité.

Ainsi la totalité du sensé s’interprète d’un point de vue religieux, si je veux. Ou psychanalytique, ou divinatoire, augural, magique, et ainsi de suite. Car c’est l’interprétation qui constitue tout le logique en tant qu’un tout. Comme si le domaine dus sens courrait après le fait totaliseur quel qu’il soit.

En même temps, et de ce fait, toute totalisation secondaire est gênée par le fait que la vraie totalisation (la totalisation de toutes les totalisations constitutives du logique) n’a pas encore eu lieu. Ainsi, tout en étant effectuable, nulle totalisation terminale n’a de valeur qu’instrumentale, dérivée et remplaçable. Mais cet affaiblissement de tout système n’entraîne pas que l’on doive s’en passer. Le domaine du sens n’est constituable que moyennant une position totalisante.17 Et tout ce qui se manifeste est en quelque sorte une théorie générale sur le monde. Essayez de vous cogner contre un meuble.

Ainsi, terme par terme, le logique resurgit. Et cela pourrait aussi bien ne pas être. Le logique ne disparaît qu’entier. Mort d’un humain, mort de l’humanité, ce sont les impensables que, en pensant, sans cesse sont pensés. La négativité est immanente et fonctionnelle. C’est l’articulation auto-déniante entre la formation totalisante et sa propre péremption. C’est la vulnérabilité totale du logique.

Cette circonstance mécanique, fonctionnelle et, parce qu’elle organise une action, protocolaire qui consiste en ce fait que tout est totaliseur, dans le logique, lorsque cela a lieu, fonde la réalité de ce qu’énonce la bien connue maxime prudhommesque « tout se rapporte à tout et réciproquement ». Mais cela fonde aussi la passivité logique à supporter la catégorisation de systèmes généraux, autour d’un totaliseur quelconque, hypostasié, et le fait que de telles expressions de la totalisation ne peuvent jamais être fausses. Sans confondre catégorisation d’une totalité effectuée, à détailler seulement, et catégorisation (voire mathématique) du processus de totalisation. 18

Si ce fait logique totaliseur, singulier, non itératif, est autre chose qu’une entité logique fixe et inaltérable, agissant à partir d’un lieu étranger au simple domaine de ce qui est le sensé, il doit s’inclure dans la pertinence qu’il détermine. Pertinence singulière et non itérative, mais compatible avec la pertinence interne du logique tout entier. Ainsi, il n’est dans le logique d’objet singulier, mais des modalités de la pertinence logique globale. Autrement dit, des totalités. Qui ne sont pas là, constituées et permanentes, mais qui dépendent, pour exister, d’un acte de totalisation. La différence entre déterminer l’articulation interne d’une question et l’art de découper un poulet.19

Cette circonstance se manifeste dans la possibilité de mise en œuvre d’un art de considérer existant, et d’un art de considérer complet. Autrement dit, l’acte de nier l’inexistence, et l’acte de nier l’indétermination absolue. Pour illustrer ces deux aptitudes logiques, on peut mentionner l’attitude de Freud par rapport aux manifestations psychiques aléatoires et insignifiantes, ainsi qu’à la décision de clore la réalité du rêve dans les propos du rêveur qui le rapportent. Mais aussi par exemple les tableaux de bitume (hautes pâtes) de Dubuffet, et on pourrait continuer.

Cinquième Proposition (série 1 n°5)

Calligraphie

Le sens a un bord. Le bord formel du logique est la catégorialité.

La catégorialité s’articule d’interruption en interruption. Il ne suffit pas que la chose logique (le sensé) se constitue, il faut, en plus, que cela se dise. Dire ce que cela dit requiert une interruption dans la séquence du sens constitué, relativement auquel cette catégorisation dernière (qui donne son sens au sensé) est une sorte de récapitulation. Qui vit de la chose interrompue. La catégorialité encombre le devenir du sens qui se réalise seulement. Pour le sens, exister prend du temps. Et comme toute chose qui a lieu, et quand cela a lieu, cette durée se passe à l’intérieur du logique20, et consiste en un travail21 du sens. De cette façon, il est requis de dire que le sens n’a pas lieu, sauf en se réalisant. Et la série infinie du sensé, se déroulant selon ses lois propres, est interrompue par cette condition protocolaire.

Des pratiques de l’impossible destinées à refuser l’impossibilité logique illustreraient cette contrainte, selon deux méthodes principales. L’une « voir le sens sans le dire », l’autre, se réduire à la parole. La pure contemplation, la pure spéculation sur de la spéculation. Du catégorisable sans catégorisation, de la catégorisation du catégorisé.

L’une comme l’autre de ces deux restrictions définissent le désir logique et son destin. Car nulle impossibilité ne peut être simplement acceptée et instituée une fois pour toutes. Le sens réel vit dans une chair passible. Dans l’exultation, la déception, la révolte, la violence, c’est selon22. Le mode d’être catégoriel du sens, qui se passe dans une lecture, fait que d'emblée nous sommes dans un métalangage, primaire et irréductible. Le monde « simplement sensé » est un monde perdu et interdit, pour nous. Seul les dieux (les divins) voient le monde. Sans profit pour personne.

Le sensé que nous voyons est un analogon du sensé tel qu’il est et ne peut pas être autre chose. « Voir » le sensé est toujours une rétrospection catégorielle. C'est la fabrique de la parole. Autrement dit le sensé fabrique la catégorialité. La manifestation est un protocole.

L'effectuation (quelconque) du sens subit ainsi une interdiction de continuité directe, par l'obligation de se montrer en mode catégoriel. L'effectuation du sens barre le sens. La manifestation quelconque23 s'arrête à sa catégorialité, inépuisable même dans l'hypothèse d'une durée infinie. Car la catégorialité change la chose, et il est alors permis de recommencer relativement à cette chose changée. Nous ne voyons pas le monde mais la manifestation catégorielle du monde24.

Qu'en est-il du niveau le plus abstrait (le plus éloigné du témoignage des sens) comme la formalisation mathématique, ou le texte purement théologique, sans scories « sensuelles » ? La catégorialité sous forme de symboles sans référence matérielle, ou sous forme d'un texte qui réfère seulement des attributs de ce qui n'est pas du monde ? Disons qu'il ne peut pas s'agir d'une annulation, d'un anéantissement du sensé effectif, mais une suspension, délibérée et agie, qui correspond, en creux, à la catégorialité ordinaire.25

S'il se présentait quelque pli moral dans la façon de vivre ces conditions nécessaires, deux voies se présenteraient, menant diversement au même. Assumer (vouloir le nécessaire, faire son projet de l'inévitable) ou trahir, ou tenter de trahir, l'inévitabilité du protocole catégoriel. Mais en aucun cas la vertu logique ne peut consister en une acceptation raisonnable et définitive de ce qui fait loi, quand et seulement quand on le met en œuvre.

Sixième Proposition (série 1 n°6)

L’insufflation

On ne commence pas de penser une pensée qui n'existe pas

Commentaire : Pour commencer de penser il faut que ce qui se pense existe. Non pas comme quelque chose qui est là et qui va être pensée, mais comme un fait de pensée réel, matériellement et catégoriellement.