Albator ou l'Odyssée... - Marie Souton - E-Book

Albator ou l'Odyssée... E-Book

Marie Souton

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Beschreibung

Albator est un lapin nain qui a connu la maltraitance et la négligence. Au sein de sa nouvelle famille et après un sauvetage mouvementé, il connaît enfin le bonheur. Et lorsque la doyenne des chats de son doux foyer, Xéna, dont il est secrètement amoureux, lui demande d'oeuvrer pour une cause particulière, il est loin d'imaginer qu'il va être plongé dans un univers hors du commun où les animaux ont leur mot à dire et refusent leur triste sort... Parce que "Lire, c'est être, savoir et s'informer mais aussi le premier acte militant", l'auteur nous invite à la réflexion sur le monde qui nous entoure et la condition animale.

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Seitenzahl: 174

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Table des matières

A Albator

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Chapitre XII

Chapitre XIII

Chapitre XIV

Chapitre XV

Chapitre XVI

Chapitre XVII

Chapitre XVIII

Chapitre XIX

Chapitre XX

Chapitre XXI

Démonstration

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Odyssée

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Chapitre XII

Chapitre XIII

Chapitre XIV

Chapitre XV

Chapitre XVI

Chapitre XVII

Chapitre XVIII

Chapitre XIX

A Albator,

Pour cette vie qu'il a partagée avec nous, cette richesse qu'il nous a apportée.

Je lui serai éternellement reconnaissante de m'avoir inspirée à ce point et de m'avoir donnée la force de me lancer dans l'écriture.

Car là où les humains ont échoué à me motiver, lui m'a portée dans cette aventure. Certains trouveront cette dédicace ridicule mais Albator mérite tout mon respect au même titre que n'importe quel être humain.

A lui et à tous les animaux qui souffrent dans ce monde.

Aux Hommes que j'espère plus humains et empathiques et que je souhaite toucher par mes mots.

« Lire, c'est être, savoir, s'informer mais aussi le premier acte militant. » Marie SOUTON.

I

Je m'appelle Albator. J'aime ce nom.

Je n'avais pas de nom avant ou sinon, si commun. J'aimais ce nom parce qu'il collait vraiment à mon histoire, qu'il voulait dire quelque chose. En quelque sorte, il me donnait une légitimité.

La première fois que j'avais entendu le nom de ce corsaire borgne, j'étais sur la table du grand vétérinaire.

Appelé ainsi, je faisais honneur à la vie. Et puis, ça me plaisait d'avoir le nom d'un humain. Mes congénères ne diront pas le contraire.

A bas, les "panpan", les "pompom", "cacahuète" ou autre "pistache" !!!

J'avais découvert cet humain dans une boîte à images alors même que ma grande maîtresse se passionnait pour ses aventures. J'avais été honoré de constater que c'était un personnage fier, valeureux, cape et cheveux au vent.

Je n'avais pas du tout le même physique mais, il me manquait, tout de même, presqu'un oeil et je pouvais dire maintenant que j'avais eu la vie dure.

Alors, je méritais bien de m'appeler Albator. Mais çà, c'était bien après dans le temps.

Au tout début, lorsque je n'avais pas de nom, je vivais, dans une cage, au fond d'une cour, avec toujours la même vue : un mur, un tronc d'arbre et un morceau de ciel.

Je n'avais pas connaissance de grand chose puisqu'on ne me parlait pas et qu'on ne me sortait pas. J'avais tout au plus, l'envie de vivre.

Pendant un temps indéterminé, j'étais resté là, prostré, seul. Je voyais les jours et les nuits passer. J'avais eu froid, chaud, faim, soif.

Mais mon univers n'était pas si hostile : on me nourrissait, malgré tout. Et puis, mon instinct de conservation était tenace. Alors, j'avais survécu. N'ayant pas connu autre chose, je n'avais pas conscience de ma condition, en ce temps-là.

Mais, aujourd'hui, je pouvais le dire : quelle vie misérable j'avais eue…

II

Je m'appelle Albator. Le ciel était bleu nuit, au-dessus de ma tête… tout étoilé…

Et j'allais quitter ce monde. J'avais eu une belle vie.

Inespérée pour moi.

Au fond de ma cour, je n'avais aucune idée de ce qu'était le monde des humains. L'unique représentation que j'en avais, se trouvait dans une main qui me donnait du pain rassis, de l'eau et du foin. Et dans cette musique que j’entendais régulièrement. Je ne comprenais pas les mots mais je sentais la tristesse dans la voix de l’homme qui la chantait. Parfois, je me disais que j’aurais bien aimé comprendre les paroles de cette chanson car elle faisait vibrer mon coeur. (“Many rivers to cross” Jimmy Cliff 1969)

J'avais découvert le monde des humains, par la suite. Malheureusement, pour moi, faisant partie du règne animal, c'était la loterie: les humains étaient capables du meilleur comme du pire.

Il y en avait des très grands, des petits, des moyens. Les petits étaient ceux que je craignais le plus. Ils n'avaient aucune conscience de leur force, de leur cruauté.

Souvent, on ne leur refusait rien, malgré leur petite taille. Cet ordre des choses m'échappait complètement et c'était plutôt pour me déplaire car ils étaient imprévisibles et intenables. Dans notre monde, les petits ne commandaient pas. Ils devaient juste apprendre à obéir et à se faire oublier pour ne pas avoir à subir le courroux des grands.

Avec le temps, j'avais compris que les petits étaient la progéniture, la descendance des grands. Mais, je ne comprenais toujours pas leur suprématie.

Il y avait, de toute façon, bien des choses que je ne comprenais pas chez les humains. Mais lorsqu'on avait la chance d'être auprès de bons humains, les incohérences avaient peu d'importance. Et ces petits s'avéraient être doux, sous l'influence des grands.

Un jour, la main qui m'avait nourri pendant un temps indéterminé pour moi, était venue me tirer de ma cage, au fond de ma cour, pour me donner à une grande et un petit, ayant tous deux un pelage couleur paille. J'avais été emmené dans une cage guère plus grande que celle que j'avais déjà.

A l'époque, je ne me rendais pas compte de l'étroitesse de celle-ci. C'était normal pour moi de vivre dans une cage où je pouvais à peine me dégourdir les pattes et me retourner. Mais, aujourd'hui, je pouvais le dire : quelle vie misérable j'avais eue…

Arrivé chez eux, j'avais fait connaissance du reste de leur colonie : un grand et un petit, couleur paille également, nous attendaient à l'entrée de leur foyer.

J'avais remarqué que l'un des deux petits poussait régulièrement des cris stridents et semblait constamment mécontent. Il tapait souvent des pattes.

Une fois, suite à une de ces impressionnantes démonstrations, on m'avait sorti de ma cage pour divertir le plus petit.

Ça avait été une de mes pires expériences. Il m'avait enfoncé ses griffes dans le corps et presque arraché les oreilles. J'étais tétanisé et n'osais plus bouger. Tant et si bien que j'avais, ensuite, été heureux de retrouver mon minuscule espace clos.

À l'époque, je sortais selon le bon vouloir des petits. Mais, honnêtement, je préférais être en cage, c'était moins dangereux pour moi.

Jamais, je n'avais, réellement, connu la liberté avec eux. Je ne pouvais aller où je voulais et lors de mes rares sorties, les deux petits se disputaient pour me porter, me tiraillant dans tous les sens.

Et, aujourd'hui, je pouvais le dire: quelle vie misérable j'avais eue.

III

Au tout début, j'étais comme une distraction pour les petits. Et l'un comme l'autre me faisait peur.

J'avais fini par sortir les dents pour les dissuader de me sortir de la cage. Et, cela avait eu son effet : une fois, l'euphorie passée et quelques morsures plus tard, ils m'avaient oublié.

Un peu trop même.

Alors qu'ils m'avaient, dans un premier temps, mis en hauteur, j'avais été placé, dans la cuisine, sous la table, à côté de la poubelle,dans ma minuscule cage.

Je ne savais pas ce qu'était de détaler comme un lapin et je n'en rêvais même pas.

Néanmoins, depuis ma cage, je me doutais qu'il y avait un monde où l'on pouvait aller et venir.

Régulièrement, une bête à quatre pattes (à l’époque, je ne savais pas que c’était un chien…) venait me renifler, puis repartait aussitôt. Je le voyais déambuler à sa guise. Mais, je ne me faisais pas d'illusion. Je savais que j'étais destiné à rester dans cette cage, au même endroit. Alors, la bête à quatre pattes était ma distraction.

Là où je me trouvais, je n'avais plus conscience du jour ou de la nuit, je vivais dans la pénombre. Je regrettais, même, parfois, ma cage au fond de la cour. Au moins, j'y voyais la lumière, le soleil.

Dans l'obscurité, j'avais droit à du pain rassis, de la salade, et de temps en temps, à de la pomme et de la carotte. Mais, je ne mangeais pas réellement à ma faim.

Bien plus tard, j'avais su que mon alimentation n'était pas équilibrée et surtout, ne me permettait pas d'user mes dents. Et finalement, c'était de bonne augure, pour mon avenir car ça m'avait permis d'échapper à cette vie.

En tout cas, ça leur arrivait souvent de m'oublier…

Alors, j'attendais. Ce n'était pas dans mon caractère de me manifester, de montrer que j'existais. Je ne m'accrochais pas au barreau de la cage, ni tapais des pattes pour montrer mon mécontentement.

Non. Je restais là, à attendre que l'on pense à moi. Tant et si bien que je m'étais dégradé, physiquement.

Mes griffes étaient si longues qu'elles s'enroulaient sur ellesmêmes.

J'étais devenu si invisible, qu'une fois même, j'avais dormi au milieu des vers. Ils avaient fini, un jour, par nettoyer ma cage pour je ne sais quelle raison mais, sûrement, parce qu'ils y étaient obligés…

Encore une fois, mon univers n'était pas si hostile et mon instinct de conservation était plus fort que tout.

Alors, j'avais survécu.

Je n'avais pas conscience de ma condition. Et à vrai dire, je ne savais pas laquelle des deux existences, que j'avais eues jusqu'à lors, choisir.

Mais, aujourd'hui, je pouvais le dire : quelle vie misérable j'avais eue.

IV

Je m'appelle Albator. Allongé sur le flanc, je ne pouvais plus bouger mes membres.

J'avais senti un goût de fer me monter au museau. J'avais mal à la tête et, affreusement, envie de dormir. J'avais été, soudainement, aveuglé par la grande lumière de ce plafond que je ne connaissais pas.

Mais, je n'étais plus seul dans la nuit. Ma Grande Maîtresse était arrivée, en courant. Je l'avais sentie paniquée, puis désolée. J'entendais sa voix douce et lointaine.

Moi, je me forçais à rester éveillé mais je n'y arrivais pas. Mes paupières étaient lourdes et mon corps engourdi. Ma deuxième maîtresse était aussi là. C'était une moyenne. Elle était plus calme, plus posée.

Je les avais entendues, au loin, discuter entre elles.

Je savais que je devais les quitter et ça m'attristait.

La grande m'avait sauvée de ma deuxième vie et je lui étais plus que reconnaissant pour celle qu'elle m'avait offerte.

Un jour, dans ma minuscule cage, sous la table, à côté de la poubelle, j'avais commencé à avoir mal aux dents, à l'oeil, puis à la tête entière. La nourriture inadaptée avait encouragé mes dents à pousser.

Pour éviter cela, il m’aurait fallu manger du foin, tous les jours. J’avais appris plus tard que c’était l’aliment de base pour les animaux, comme moi, justement parce qu’il permettait d’user la dentition.

Un abcès au-dessus de mon oeil s'était, donc, formé. Je n'arrivais plus à me nourrir, à boire. Je ne voyais que d'un côté et j'avais vraiment mal.

Je n'osais plus bouger car j'avais, alors, encore plus mal qu'auparavant et mon instinct de conservation commençait à s'étioler.

J'étais fatigué.

Le chien ne venait plus me voir. Il était mal en point, lui aussi. Je l'entendais au loin gémir et je sentais son mal-être. Quant à moi, j'étais devenu une ombre. Ma douleur était plus vivante que moi.

La grande paille m'avait emmenée dans un espace que je ne connaissais pas. Rempli de grands que je ne connaissais pas non plus.

A vrai dire, j'avais tellement mal que peu m'importait d'être là ou ailleurs.

Je me tenais assis sur mes pattes arrières, immobile car c'était la position la moins douloureuse pour moi.

Alors que je me concentrais sur ma posture pour oublier ma douleur, j'avais vu ma Grande Maîtresse, pour la première fois.

J’avais, alors, senti l'ambiance changer autour de moi. Elle était chargée d'électricité.

Les gens, jusqu’à lors, étaient indifférents à ma présence. Mais, soudainement, j’avais senti les regards sur moi. J’étais devenu le centre de toutes les attentions.

Néanmoins, je n’avais pas peur. J’avais vu ma future “Grande Maîtresse” approcher son visage des barreaux de ma cage. Je ne comprenais pas tout ce qu’elle disait car je n’étais pas habitué au langage des humains, mais je la sentais intriguée et désolée.

Ma “Grande Maîtresse” brune.

A l'époque, le peu d'ouverture que j'avais sur le monde me faisait penser qu'elle avait la couleur du tronc d' arbre du fond de la cour où j'avais précédemment vécu. En fait, elle avait la peau brune.

Les humains diraient "noire".

Mais, chez les animaux, le noir, ce n'était pas çà.

Aujourd'hui, je pouvais faire cette distinction car grâce à elle, j’avais eu accès à la culture, à la connaissance des humains, à leur us et coutumes. Elle avait changé ma vision du monde, en me permettant de quitter celui dans lequel je me trouvais.

Je l'avais sentie prendre ma cage et m'emmener loin de cet endroit.

Jusqu'à ce moment, je n'avais pas su ce qu'était l'espoir. Mais, j’avais commencé à le sentir grandir dans ma poitrine et finir par envahir mes pensées.

Ainsi, aujourd'hui, je pouvais le dire : quelle vie misérable j'avais eue.

V

Tous les à-coups que ma cage subissait, résonnaient au plus profond de moi.

Je souffrais le martyr. Mon corps n’était plus que douleur. Je n’étais plus que douleur. Je ne savais pas ce qu’était la mort, mais, à ce moment-là, je souhaitais vivement qu’on abrège mes souffrances.

Malheureusement, je n’avais aucun moyen de le dire. Alors, je restais là, silencieux, prostré, limitant mes mouvements. De toute façon, je n’avais pas été habitué à ce que l’on soit réceptif aux messages que je pouvais envoyer.

Je ne connaissais pas les moyens de communiquer, d’échanger parce que j’étais tout simplement seul et juste une distraction.

Ma Grande Maîtresse m'avait emmené, dans un endroit qui transpirait la peur, l'angoisse et que j'avais réussi à apprivoiser, par la suite : le cabinet du vétérinaire.

Je ne savais pas ce que c’était à ce moment-là mais j’avais, malgré tout, quelques appréhensions. Cependant, lorsque ce grand humain avait posé ses mains sur moi, j’avais compris qu’il ne me ferait aucun mal et qu’il était là pour mon bien.

Contrairement à tous les grands que j'avais rencontrés jusqu'à maintenant, ses gestes étaient doux et calculés. J'avais, enfin, découvert ce qu'étaient la douceur et la bienveillance dans les mains de cet humain. C’était la première fois que l’on me traitait avec autant d’égard et de précautions.

J'avais, alors, trop mal pour le réaliser mais, aujourd'hui, je pouvais le dire : quelle vie misérable j'avais eue.

Tout ce qui me touchait me faisait l'effet de milliers de griffes enfoncées dans mon corps. Alors, lorsque le grand vétérinaire avait touché mon oeil, ça avait été pire.

Il s’était rapproché de moi, avec un objet qui m’était inconnu. J’avais ressenti une douleur aiguë et persistante au-dessus de mon oeil.

Puis, plus rien. Le soulagement total.

Les mains de ma Grande Maîtresse m'avaient encerclé fermement, mais, étrangement, celles du grand Homme étaient imperceptibles. Pourtant, je les voyais s’activer autour de mon oeil.

Une douce chaleur gagnait peu à peu tout mon être. Jamais, je n’avais connu un tel bien-être. Je n’avais plus mal et surtout, j’étais en confiance, en sécurité.

Le grand vétérinaire m'avait coupé les griffes. J’avais moimême eu peur qu’il me blesse, mais il avait les gestes assurés, précis. Je n’avais pas bougé.

De toute façon, j’étais tellement abasourdi que je n’en aurais pas eu la force.

Cette entreprise terminée, il m’avait remis dans ma cage. Jamais, je ne m'étais senti aussi serein.Tant et si bien que j’avais décidé de faire un brin de toilette. C’était un vrai bonheur de pouvoir la faire sans avoir la crainte de me retourner une griffe ou encore de me blesser.

Ce n'était pas grand-chose mais j'avais un sentiment d’extrême liberté. J’étais libre dans mes mouvements, libre dans ma tête. Je profitais pleinement du moment présent, faisant abstraction complète du lendemain : je ne voulais pas penser à l’éventualité d’un retour auprès de la famille Paille.

Au loin, j’entendais ma Grande Maîtresse et le Grand Vétérinaire discuter. Mais j'étais trop fatigué et n’arrivait pas à me concentrer sur leur conversation. Je ne tardais pas à m’endormir, le corps lourd.

Ne ressentant plus les vibrations des soubresauts de la cage, je m'étais laissé porter. La sensation de bien-être que j’avais était, toujours, aussi indescriptible, tant ma souffrance avait été grande. Et j’espérais ne plus jamais avoir à en vivre de telle…

En ouvrant les yeux, je n’avais pas reconnu les objets et la pièce qui m’entouraient.

J'étais arrivé dans un endroit calme, sans cri.

Transporté avec délicatesse, j'avais été plongé dans une eau douce et tiède, me donnant une impression encore plus grande de sérénité.

Délicatement lavé et ensuite, enveloppé dans un tissu agréable, j’appréciais chacun de ces moments.

Ma Grande Maîtresse et une autre petite à la peau brune mais plus claire s’étaient occupées de moi, avec une douceur et un soin qu’on ne m’avait jamais prodigués.

La douleur était revenue peu à peu, mais elle n’avait rien à voir avec celle que j'avais, précédemment, endurée.

Emmitouflé dans une douce étoffe, j’avais observé ma Grande Maîtresse qui récurait énergiquement ma cage.

Lorsqu’elle m’y avait replacé, elle était bien propre et sentait bon.

Le fond avait été tapissé d’une matière aérienne. J’avais appris, par la suite, que c'était de la litière. C'était très doux et mes pattes s'y enfonçaient, délicieusement.

Les barreaux n’étaient plus recouverts de cette substance gluante et poisseuse, composée entre autres, du liquide épais qui avait coulé de mon oeil.

Alors que je goûtais au plaisir d’un environnement confortable et douillet, un petit récipient avait été mis à ma disposition par la Petite Maîtresse. J’avais entendu la Grande Maîtresse l’appeler Loïs. Un lien particulier semblait les unir. Plus tard, j’avais compris de quoi il s’agissait : c’était sa fille.

Elle m’avait observé, de ses grands yeux bruns clairs et ensoleillés, pendant que je mangeais comme si elle avait voulu s'assurer que tout se passait bien.

Je découvrais des mets inconnus et savoureux : des céréales, des graines et des légumes séchés que j’avais dévorés. C’était si délicieux.

Une fois rassasié comme jamais je ne l’avais été, je ne souhaitais qu’une chose : m’endormir paisiblement. J’avais la panse tellement pleine que je rêvais au délice de me coucher de tout mon long sur le côté. Ça faisait si longtemps que je n’avais pas pu le faire. Mes longues griffes et mon oeil si sensible m’avaient imposé de dormir assis, la tête contre les barreaux.

J’aurais bien aimé m'allonger.

L’envie ne me manquait pas mais je n'osais pas : deux menaçantes bêtes poilues me regardaient de leurs grands yeux verts.

A partir du moment où ma Grande Maîtresse m'avait placé en hauteur et s'était mise à discuter avec une autre grande de couleur brune, ces deux monstres ne m'avaient pas quitté des yeux. Néanmoins, je n'avais pas peur : ils me regardaient, calmement, sans geste brusque, sans bruit.

Et puis, ma Grande Maîtresse était non loin de moi. Alors je me sentais en sécurité. Jamais auparavant, je n'avais connu cette sensation.

Et aujourd'hui, en y repensant, je pouvais le dire : quelle vie misérable j'avais eue.

VI

Tout ce qui m'entourait était nouveau, mais ne suscitait aucune crainte chez moi.

Même lorsqu’un très Grand à la peau brune était arrivé et s'était, indiscrètement, approché de ma cage, je n’avais pas tremblé.

Ma Grande Maîtresse n'était pas loin et j’avais une confiance absolue en elle. Je ne la connaissais que depuis le matin, mais je savais que rien ne pourrait m’arriver en sa présence.

J'avais entendu le très Grand Brun émettre des sonorités graves pleines de colère.

A travers les barreaux, je l’avais vu gesticuler dans tous les sens, aller et venir. Mais je n'avais, toujours, pas peur. Lorsqu'il se rapprochait de moi, il se taisait et me regardait avec insistance.

Je ne comprenais pas ce qu'il voulait ou ce qui le mettait dans un tel état, mais il m’inspirait la bienveillance.

Bien plus tard, j'avais compris sa colère : l'état d’altération général, dans lequel je me trouvais, l’avait révolté.

Il s’était insurgé contre mon ancienne maîtresse qui était une des connaissances de ma Grande Maîtresse. Il n’avait pas compris pourquoi elle avait laissé mon oeil se dégrader autant et comment il était possible de laisser souffrir un être vivant, à ce point.

J’avais, par la suite, revu le Grand Brun. Et je ne m'étais pas trompé : il était avenant et attentionné.

Doux dans ces gestes, il m’inspirait la plus totale des confiances lorsqu’il lui était arrivé de s’occuper de moi, en l’absence de ma Grande Maîtresse.

En tout cas, ce jour-là, ce qui m’avait paru évident, c'était qu'il valait mieux avoir affaire à un grand, même très grand qu'à un tout petit.