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Tout avait débuté le vendredi 30 Janvier 2015. J'avais passé le concours d'infirmier, quelques mois auparavant et j'étais sur liste complémentaire. Contre toute attente, à dix heures, ce jour-là, la secrétaire de l'Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) m'avait appelée : j'étais attendue le lundi suivant, à l'école, pour constituer mon dossier étudiant et assister aux premiers cours. J'étais transportée de bonheur, j'allais commencer une nouvelle vie. J'avais eu une après-midi pour ranger mon bureau, faire mes cartons et mes adieux aux collègues. J'étais transportée de bonheur, remplie de mes idéaux sur la profession... Trois ans d'études qui passeraient à une vitesse extraordinaire. Mais, c'est, finalement, le récit des trois ans à partir du dernier stage imposé que j'avais décidé de coucher sur papier. Trois ans entre descente aux enfers, survie et espoir... Trois ans et plus si affinités...
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Seitenzahl: 240
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Je remercie tout le monde, les méchants comme les gentils
car c’est aussi çà la vie !
Et comme l’a dit Nelson Mandela, pour qui j’ai la plus
grande admiration :
“Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends.”
L'écriture fixe votre histoire à un moment T.
On peut tout vous dérober, vos biens, votre innocence, vos poèmes mais les souvenirs sont vôtres à jamais.
Certaines décisions de votre vie précipitent les événements, vous rendent plus vivants qu'à d'autres moments et vous ramènent constamment à la certitude que nous naissons seuls et mourons seuls.
Tout ceci peut paraître pathétique, néanmoins, c'est l'essence même de la vie et c’est aujourd’hui, plus vrai que jamais.
I. Stage en oncologie
II. Fausse délivrance
Fausse délivrance (suite)
III. La quête du Graal
IV. Albator and Co
V. Maltraitance et désillusion
VI. Confinement
VII. Heureux qui comme Ulysse...
VIII. Tes derniers jours
IX. Déconfinement et complications
X. Epilogue
Annexes
Mémoire et Bibliographie
Analyse de situation et Bibliographie
Samedi 11 Novembre 2017
La fin du mois de Janvier approchait. Nous allions bientôt être diplômés, pour les plus chanceux. Pour les autres, les rattrapages seraient de rigueur.
En attendant, tous les étudiants avaient subi leur dernier stage imposé.
J’avais, donc, été catapultée en service d’oncologie médicale.
Là, vous étiez dans le vif du sujet.
Aussi, rigueur et professionnalisme devaient être au rendez-vous. En soi, nous n’étions plus considérés comme des étudiants.
Cinq semaines de stage de nuit, onze décès. La maladie, la souffrance physique et psychologique, les soins palliatifs, la mort, le deuil étaient le quotidien des soignants, dans ce service.
Et pourtant, c’était l’un des meilleurs stages que j’avais eu. C’était dur, mais la complicité avec l’équipe soignante m’avait portée.
Alors que la mort ponctuait nos journées et nos nuits, j’avais remarqué que les mécanismes de défense étaient nombreux.
Entre autres, l’humour noir ou le rire libérateur.
Certains diraient “ comment peut-on rire dans ce genre de service ?”
Mais, c’était nécessaire... presqu’une question de vie… ou de survie.
Ainsi, dans l’analyse de situation qui marquait la fin de notre stage, j’avais évoqué la distance que les professionnels de santé mettaient en place pour se protéger.
Le devoir se décomposait selon un plan bien précis et réellement barbant, mais nous n’avions pas le choix. Et puis, il nous fallait bien une solide connaissance du cadre législatif et un certain recul pour nous armer contre les aléas de ce métier.
ANALYSE DE SITUATION
THEME ET CONTEXTE
Dans le cadre d'un stage de 10 semaines en service d'hospitalisation en oncologie, j'ai eu à charge des patients atteints de divers cancers à différents stades. De l'annonce du diagnostic aux soins palliatifs en passant par la décision de la mise en place d'une chimiothérapie dans le cadre de la RCP (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire), les professionnels de santé sont nombreux et leurs rôles sont différents. Mais, tous sont indispensables au patient dans l'appréhension de sa pathologie.
CHOIX DE LA SITUATION ET ARGUMENTATION
J'ai choisi le thème de l'approche de la mort chez les infirmières d'annonce avec qui j'ai passé une journée. Ce thème m'a interpellée par les stratégies d'adaptation développées par ces professionnelles pour pouvoir mener leur mission à bien et répondre aux attentes des patients.
DESCRIPTION DE LA SITUATION SELON L'HEXAMETRE DE QUINTILIEN
Mon stage n'a pas réellement débuté puisque je suis de nuit et commence, demain soir.
Néanmoins, aujourd'hui, je passe toute une journée avec les deux Infirmières d'annonce du pôle Oncologie. Leur emploi du temps de la journée débute par le récapitulatif des appels à passer aux patients, dans le cadre de leur suivi. Ainsi, j'assiste à un inventaire de noms de patients inconnus pour lesquels elles s'échangent des informations, des nouvelles.
La première IDE, J, énumère et parle de Mr M qui subit une altération de son état général ; de Mme D qui supporte bien son deuxième cycle de chimiothérapie ; de Mr R qui voit son cancer évoluer par des métastases cérébrales...
J évoque, alors, Mr T. L'IDE A., répond de suite: « Il est ''dead'' ! ».
La première raye le nom de sa liste.
J reprend et évoque, maintenant, Mr I. L'IDE A répond : « Il est ''dead'', lui aussi ».
A regarde, soudain, sa montre : « faut qu'on se dépêche, on a RCP (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire) dans pas longtemps et je veux pas être en retard. »
QUESTIONNEMENT ET ANALYSE
Les infirmières ne s'attardent pas sur les circonstances de la mort des patients. Pour quelles raisons agissent-elles, ainsi ?
Afin de comprendre le comportement des infirmières d'annonce, j'ai d'abord cherché à déterminer leur rôle dans la prise en charge des patients cancéreux.
(Suite à lire en annexes)
Mercredi 20 Décembre 2017
C’était le devoir ultime qui clôturait nos trois ans de dur labeur. LE devoir qui nous terrorisait tous. Nous avions mis un an, pratiquement, à l’élaborer entre guidances, restitution des notes de recherche et constitution du plan. C’était un travail colossal.
C’était, aussi, la raison pour laquelle il était nécessaire de bien s’entendre avec son directeur de mémoire.
J’avais eu de la chance. J’étais sur la même longueur d’onde que ma directrice. Nous nous connaissions, déjà. Elle faisait partie de mon équipe de formateurs.
Nous avions jusqu’à midi aujourd’hui pour rendre notre mémoire.
Alors que je bataillais pour le terminer, une de mes anciennes connaissances m’avait appelée. J’avais vu son numéro s’afficher sur mon portable et hésité, avant de répondre. Finalement, je m’étais dit que ça ne durerait pas longtemps et que ça ne perturberait pas mon niveau de concentration.
C’était un homme que j’avais rencontré quelques années, auparavant. J’étais vraiment sous son charme, à l’époque, mais il m’avait préférée une autre. J’avais, alors, tourné la page.
Depuis, trois mois, il était revenu dans ma vie.
Son mariage s’était avéré être une catastrophe et j’avais eu l’impression qu’il essayait de reprendre au point où nous en étions restés. Se dépeignant comme une victime, il m’avait expliqué que sa femme l’avait trompé avec un internaute. C’était toujours lui, la victime.
J’avais écouté sans mot dire. Il cherchait mon soutien mais j’avais la ferme intention de rester neutre, de ne pas prendre partie.
C’était bien facile de se pointer “la gueule enfarinée” et de jouer les victimes, alors que lui-même avait été un bourreau des cœurs, collectionnant les conquêtes comme on respire.
Comme on disait : “la roue tourne”.
Lorsque j’avais répondu, il avait essayé de me convaincre de faire une pause : il disait que ce n’était pas bon de travailler autant. Toute la conversation durant, il avait insisté pour que j’arrête de me consacrer à mon mémoire.
Sentant qu’il tentait d’exercer son influence, comme auparavant, je l’avais, sèchement, expédié.
Pour la première fois depuis longtemps, j’avais un projet qui me tenait à cœur et guidait ma vie. Mon mémoire, c’était mon bébé. Personne ne pouvait de me détourner de lui et je n’avais pas de temps à perdre. Alors, je lui avais répondu qu’il fallait qu’il arrête de m’appeler et qu’il faisait partie du passé. C’était le seul moyen que j’avais trouvé de m’en débarrasser le plus rapidement possible.
Il n’avait pas insisté, pensant sûrement que je le rappellerais le lendemain pour lui présenter mes excuses.
Je savais que c’était mieux ainsi : il était toxique et manipulateur, un peu, pervers narcissique et j’avais eu peur de retomber sous son emprise. Mon mémoire m’avait sauvée, quelque part…
Cinq minutes de communication téléphonique, cinq minutes perdues mais une liberté retrouvée et affirmée. J’avais dit “non”, “STOP !”. Tout ceci m’avait un peu déstabilisée mais, aussi, redonnée de la force. J’avais repris le travail, enthousiaste.
Il était trois heures du matin. J’avais un peu bâclé la conclusion, j’étais à bout. Alors, je m’étais assurée la moyenne.
Il ne restait plus qu’à tout relier à l’imprimerie qui jouxtait l’université.
Comme image de couverture, j’avais choisi un des thèmes du plafond de la chapelle Sixtine : “La création d’Adam” de Michel Ange. J’étais assez fière de mon choix. Je trouvais que cette œuvre collait à merveille avec le concept que j’avais développé : le soin relationnel. L'œuvre peinte était, pour moi, la représentation de la vie même, du souffle de la vie, de la main tendue vers l’autre, de l’empathie, de l’humanitude.
Mes années d’arts plastiques me revenaient en mémoire. J’aimais la renaissance italienne et c’était une manière pour moi de me souvenir du chemin parcouru.
Koudé et moi nous étions données rendez-vous à onze heures. Nous pensions que ce serait largement suffisant pour rendre, à l'heure, le devoir. Mais, c’était sans compter sur la file d’étudiants qui attendaient pour imprimer leur mémoire, comme nous.
J’avais tout mis sur ma clé USB: la page de couverture, la note aux lecteurs (« Il s’agit d’un travail personnel et il ne peut faire l’objet d’une publication en tout ou partie sans l’accord de son auteur.»), l’abstract, le mémoire et mon devoir d’anglais.
Un vent de panique avait soufflé sur moi. Mon dossier “devoir d’anglais” était vide. J’étais au bord des larmes. Un devoir non rendu, c’était le zéro assuré et peut-être, qui sait, éliminatoire. J’étais anéantie.
Heureusement, Koudé, avec son calme légendaire, m’avait persuadée que ce n’était pas grave : Il fallait, selon elle, m’expliquer auprès de nos professeurs.
Koudé, Koudedia de son vrai prénom, était grande et élancée. La tête dans les étoiles, elle arrivait, toujours, avec une démarche et une attitude nonchalantes, ce qui lui avait, régulièrement, valu d’être prise pour une paresseuse, une tire-au-flanc. Encore une histoire de stigmatisation. Elle était belle comme un cœur : c’était une malienne à la peau claire, avec des yeux de biches, couleur miel, à damner un saint. Sa beauté lui valait, encore plus, de passer pour une écervelée. Mais, contrairement à ce que beaucoup de gens pensaient, elle avait la tête sur les épaules et ne se laissait pas facilement abattre. Elle était persévérante et avait été mon soutien, ce jour-là.
Il était onze heure quarante cinq et la file d’étudiants présente en amphithéâtre pour la restitution du mémoire m’assurait une demi-heure de battement. J’allais en salle des professeurs expliquer ma situation.
Dans mon malheur, j’avais de la chance : il y avait des problèmes de transports et de nombreux élèves avaient appelé pour prévenir de leur retard.
Compréhensive, mon professeur m’avait expliquée qu’ils avaient repoussé l’horaire de restitution. J’avais une demi-heure pour reproduire mon devoir d’anglais. Heureusement, je l’avais terminé la veille. Il était, donc, toujours présent dans mon esprit. Et puis, j’étais dans le meilleur groupe d’anglais. Encore une fois, je tentais de m’assurer la moyenne. Cette fois-ci en un temps record, soit dix minutes. Je suais sang et eau. Je n’en pouvais plus.
À midi trente, en nage, je rendais mon devoir complet, alors que certains élèves étaient, toujours, coincés dans les transports…
Koudé, elle, affichait un grand sourire de satisfaction.
MEMOIRE DE FIN D'ETUDES
(A lire en Annexes)
L'INTERET DU SOIN RELATIONNEL DANS LA
PRISE EN CHARGE INFIRMIERE
UE 5.6. S6
ANALYSE DE LA QUALITE ET TRAITEMENT DES
DONNEES SCIENTIFIQUES ET PROFESSIONNELLES
20 DECEMBRE 2017
Lundi 29 Janvier 2018
Les résultats étaient tombés : J'avais eu douze sur vingt en anglais, et quatorze pour le mémoire.
La soutenance s’était bien passée.
Mon professeur m'avait confiée qu'elle voulait me donner un seize mais le correcteur qui l'accompagnait, avait refusé, mettant en avant la conclusion bâclée.
Malgré tout, j'étais bonne pour le rattrapage : j'avais, lamentablement, échoué au TP (travaux pratiques) de pose de chambre implantable. Comme à chaque épreuve manuelle, la peur m'avait tétanisée.
L’obtention de mon diplôme était, donc, reportée au mois de Juillet.
J’étais bonne pour le rattrapage, mais à mon grand désespoir, pour un nouveau stage, aussi.
Rien que d’y penser, j’en avais mal au ventre.
Dimanche 25 Février 2018
J’aimais ma vie de célibataire : libre de tout.
J’avais cette sensation de bonheur, de plénitude.
Il faisait beau, ensoleillé. Le ciel était bleu, les jardins à peine bourgeonnants et derrière la baie vitrée, j’imaginais un froid sec à fendre les joues. Je jetais un coup d’œil au thermomètre extérieur : zéro degré.
Je m’étais réveillée à midi seize, très exactement, comme une fleur.
Pour petit déjeuner, j’avais pris des tranches de pain avec du fromage fondu, une assiette de riz, tomates coupées en tranche, brandade de morue recouverte à la façon Jackson Pollock, de sauce chili ultra-piquante, sans oublier les rondelles d’oignon. Gargantuesque ! J’avais une faim de loup. Tout çà, devant ma série du dimanche : "Sex and the City".
Pantoufles écossaises au pied, affublée de mon jogging et de mon peignoir orange, je me sentais vraiment bien.
Ma “Loïs” émergeait à quatorze heures, les cheveux en vrac mais la fraîcheur de la jeunesse sur son visage. Elle m’avait à peine parlé, avait mangé ses céréales et était retournée dans sa chambre, traînant la savate et les chats derrière elle : ils savaient qu’ils allaient passer une après-midi de rêve, à ses côtés, au lit.
Les résultats tombés, j’avais accusé le coup pendant quelques jours. J’avais fait bonne figure devant mes copines qui avaient insisté pour aller fêter leur diplôme et la fin des études, au resto.
Mais, intérieurement, j’étais effondrée : j’avais une boule dans la gorge qui me faisait un mal fou. C’étaient les sanglots qui se bousculaient au portillon, après trois ans de dur labeur et devant la déception d’avoir encore à faire mes preuves. Malgré tout, j’avais tenté de ne rien laisser paraître. Et je pense que les filles n’avaient rien vu.
Depuis, j’avais repris du poil de la bête. Mais, j’étais quand même déçue.
J’allais, aussi, devoir retourner, temporairement sur mon ancien lieu de travail car je n’avais pas assez de congés pour éviter cela. À moi, les agrafeuses et les tâches administratives !
Jeudi 17 Mai 2018
Mon stage de rattrapage sans ECTS se déroulait du trente Avril au dix-huit Mai en Hépato-Gastro-entérologie et j'y vivais un véritable enfer. J’avais la boule au ventre et me promettait à chaque fois que je me rendais dans ce service, de ne plus jamais y mettre les pieds.
Je me demandais, régulièrement, si j’étais faite pour être infirmière, pourquoi j’étais là et laissais une infirmière m’infliger autant de souffrance alors que j'avais pour objectif de soulager celles des patients et d'être au service de l’Autre…
Le soir, j’explosais, je pleurais. J’avais tellement encaissé, toute la journée. C’était la politique du “marche ou crève”. On nous demandait à nous, étudiants ou jeunes diplômés de gérer une salle plus rapidement qu‘une infirmière confirmée.
Je serrais les dents, je ravalais ma fierté, ma rage. Je me retenais de répondre. Je ne pensais qu’à une chose : l’annotation sur ma feuille de stage, un stage qui ne comptait même pas, sauf si votre appréciation était pourrie.
Je m’étais montrée forte devant une aide-soignante qui m’avait dit tout bas : “Courage !” ou encore devant l’infirmière qui m’avait encadrée la veille, trouvant que je me débrouillais très bien. Elle m’avait demandé à mi-voix : “ça va ?...”
J’avais ravalé mes larmes, devant une étudiante de troisième année qui était là depuis huit semaines et jouait les "faillotes" devant mon tortionnaire, mais aussi, devant l’élève de première année qui n’avait pas encore vécu tout çà et m’avait soufflé, encore une fois : “ça va ?... T’as l’air fatigué, ça se voit tout de suite, sur ton visage.”
Je me cachais au plus profond de moi pour pleurer, crier, hurler.
L’infirmière m’avait demandé de faire une injection d'immunoglobuline pour renforcer les défenses immunitaires d’un patient, ce qui en soi, ne me posait pas de problème mais il y avait tout un protocole à respecter dans la mesure où des complications, pouvant aller jusqu’au choc anaphylactique, étaient possibles. Je ne voulais pas faire n’importe quoi.
Mais, elle m’avait dit que je n’étais pas assez rapide.
On blâmait tellement les soignants qui faisaient des erreurs mais il en était, de même, pour les étudiants qui prenaient des précautions.
La rapidité n’était pas toujours signe de d’efficacité quand il s’agissait de la vie d’autrui.
Lors de mon premier stage en unité de soins longue durée, j’avais vu des soignants se dépêcher de faire les toilettes du matin pour pouvoir regarder les feuilletons de onze heures sur la première chaîne télévisée ou pour s’affaler, portable en mains, dans le poste de soins, alors que certains patients attendaient la mort et avaient besoin d’un peu d’attention. À mon grand soulagement, je n’avais pas revu cela, depuis.
Toujours était-il que j’avais hâte de terminer ce stage, mais j’avais tant d’appréhension à l’idée de ne pas le valider.
Mercredi 23 Mai 2018
Jamais je n’avais eu une telle feuille de stage : j’avais eu quatre non-acquis, ce qui compromettait fortement la validation de mon stage. Elle avait été validée par l’infirmière faisant fonction de cadre. J’étais perdue...
Mais, j'avais une bonne étoile.
Ma référente pédagogique avait appelé la cadre de service permanente pour lui signifier son mécontentement quant au côté critique de la situation : son élève jouait son diplôme sur un stage ne valant aucun ECTS. Elle m’avait presque ordonnée de retourner dans le service pour modifier ma feuille.
La cadre de service qui devait contresigner ma feuille, avait essayé de comprendre.
J’avais expliqué que j’avais totalisé huit jours de stage. Mon médecin m’avait, en effet, arrêtée trois jours : le stress, m’ayant donné des vertiges, m’avait empêchée de sortir de mon lit. De plus, il y avait eu trois jours fériés, un autre où je n’avais pas pu me déplacer suite à grève des transports et une journée de formation sur les transplantations hépatiques. J’avais continué en disant que huit jours de stage, c’était bien trop peu pour m’adapter, totalement, à un service.
À mon grand soulagement, elle était d’accord.
Elle m’avait demandé le nom des infirmières qui m’avait encadrée et avait, apparemment, fait le lien, de suite. Après m’avoir posé quelques questions théoriques, elle avait modifié les “non-acquis” en “à améliorer”, ce qui était plus cohérent avec la durée du stage.
Elle avait insisté sur le fait qu’il ne fallait jamais oublier d’où l’on venait et qu’être étudiant était loin d’être aisé. Elle m’avait confiée qu’elle-même avait subi quelques brimades, pendant ses études infirmières et veillait, comme elle pouvait au bien-être des étudiants qui passaient par son service.
Malgré tout cela, elle m’avait proposée de venir travailler dans le service, car elle m’avait vue soigner certains patients. Ce à quoi, j’avais répondu que la discipline était passionnante mais qu’il me serait difficile de m’y épanouir, vues les circonstances du moment. Compréhensive, elle m’avait souhaité “bonne chance pour la suite”.
Fort heureusement, j’avais réussi mon TP de pose de chambre implantable.
Les résultats pour la deuxième session du diplôme d’état seraient dévoilés le vingt-quatre Juillet deux mille dix-huit.
Enfin, je voyais le bout du tunnel...
Mercredi 13 Juin 2018
Entre temps, j’étais retournée dans l’entreprise qui m’avait payée mon CIF (Congé Individuelle de Formation). L’activité était purement administrative et franchement, les soins infirmiers me manquaient.
Je me rendais compte que j’étais presqu’aigrie à effectuer des tâches où je ne me retrouvais plus. Faire un travail qui ne m’intéressait plus me donner de l’arrogance et de l’amertume.
Moi qui avait tendance à être bavarde, je me surprenais à me refermer sur moi-même. J’étais arrivée à comprendre le mal-être de certaines personnes insupportables avec leurs collègues.
J’étouffais littéralement. Ma coquille était trop petite. Je ne tenais pas en place, rêvant d’administrer des traitements et d’effectuer des prélèvements sanguins.
Néanmoins, j’en avais profité pour prendre mon premier et unique congé bonifié depuis dix-huit ans. Pour la première fois, depuis treize ans, avec ma fille et ma sœur, j’allais passer mes vacances à la Réunion auprès de mes parents. Ils venaient, régulièrement, en France pour les vacances de Noël mais je n’avais pas vu les reliefs de l’île depuis deux mille cinq.
Ce serait un repos bien mérité.
J’avais, aussi, réalisé que mon salaire était au plus bas : j’aimais à dire à la cadre, qui me chapeautait : “Même les points incontournables ont réussi à me contourner !”
Pendant toutes ces années, mon caractère engagé m’avait desservie et les pleins pouvoirs de certains m’avaient privée de quelques avancements. Heureusement, les équipes avaient changé et j’avais eu le soutien de ma directrice et des cadres en place pour la constitution de mon dossier CIF.
Je m’étais bien rattrapée. Mon employeur m’avait payée ma formation de vingt-quatre mille euros et j’avais continué à toucher mon plein salaire, pendant mes trois ans d’études. À bien y réfléchir, c’était mon dû. Mais je les remerciais quand même pour cette nouvelle vie.
Samedi 16 Juin 2018
J’avais rendez-vous avec Hélène et Koudé, devant le Pizza Hut des Halles, notre QG. J’étais heureuse de les voir mais j’avais trouvé Hélène déjà usée par ses quatre mois de service. Elle était cernée, amaigrie.
D’ordinaire, c’était un petit lutin à la voix haut perchée. Presqu’aussi grande que moi, soit un mètre cinquante-cinq, elle était toute menue et c’était impressionnant de voir comment ce petit corps pouvait contenir une telle énergie. Petite haïtienne à la peau claire et aux yeux en amandes, c’était un vrai cerveau.
Mais, là, elle était un peu éteinte, presqu’épuisée.
Elle nous avait tout raconté : sa difficulté à s’intégrer à l’équipe, ses fins de service à presque vingt-trois heures au lieu de vingt et une heures trente, sa méfiance envers ses collègues, son planning “bouche-trou” et son épuisement.
Le maître mot de son compte-rendu était “se protéger, se couvrir”. Elle n’avait pas arrêté de nous mettre en garde :
“Notez tout dans vos transmissions : le jour où y’aura un souci, personne vous défendra ! Moi, si je suis pas d’accord pour un traitement, je l’indique dans mes transmissions. Pas de manière évidente, mais je le fais apparaître.
Par exemple : État somnolent chez la patiente, administration d’antalgique de palier trois sur avis médical.”
D’où l’intérêt de connaître les effets secondaires des traitements, en l'occurrence, le risque de somnolence pour les antalgiques de palier trois, majoré ici par l’état de la patiente avant la prise.
Nous l’avions écoutée sans mot dire, sentant que c’était libérateur pour elle.
En rentrant le soir, je m’étais demandée si j’allais réellement m’épanouir dans ce métier…
Mardi 24 Juillet 2018
ça faisait une semaine que j’étais sous le soleil de la Réunion. C’était agréable de décompresser.
Et puis, ma mère était aux petits soins avec ses filles. J’en profitais. ça faisait une éternité que je n’avais pas mis les pieds sous la table, sans avoir à y contribuer.
Attention ! La vaisselle était pour nous ! ! !
Ce jour-là, date des résultats, mes acolytes de rattrapage m’avaient envoyée une photo de la liste des élèves reçus.
Enfin, j’étais diplômée et si soulagée que tout soit terminé. À moi, les vacances ! ! !
Vendredi 14 Septembre 2018
J’étais revenue de la Réunion depuis le vingt Août. Le vingt-quatre du même mois sonnait l’heure de mon dernier jour de préavis. J’avais dit "au revoir" aux collègues et me préparais à voler vers d’autres horizons.
Après plusieurs recherches de postes où le salaire n’excédait pas les mille six-cent vingt euros, week-end compris, j’avais, enfin, trouvé un poste qui semblait détenir tous les critères auxquels j’aspirais : à une demi-heure de la maison en bus, amplitude de travail de douze heures, soit de huit heures à vingt heures, salaire au dessus de mille sept-cent euros net. C’était du soin de suite indifférencié en cancérologie, avec une dominante en gériatrie.
J’avais décroché un entretien, la veille pour le lendemain. Pour le rendez-vous avec la cadre supérieure, je n’avais rien révisé. Mais, j’avais pris ma petite carte des constantes que je comptais regarder dans le bus, le temps du trajet.
Mardi 18 Septembre 2018
J’avais vingt-quatre patients à charge et les journées n’étaient pas de tout repos. Dans l’ordre chronologique, décompte des stupéfiants avec la collègue de nuit, prise des constantes et administration des traitements de huit heures, récupération des traitements manquants dans les tiroirs auprès de la pharmacie, transmission avec les médecins, réfection des pansements (au nombre de dix en moyenne) avec la part de soins relationnels chez des patients très anxieux, transmissions écrites de la matinée, pause d’une demi-heure (que je ne prenais pas d’ailleurs, car je préférais m’avancer dans mes soins), pansements complexes que je n’avais pas pu faire le matin, réponse aux cahiers des doléances très nombreuses en gériatrie, administration des traitements de dix-huit heures, transmissions écrites de l’après-midi, décompte des stupéfiants avec la collègue de nuit, et en plus de tout cela, faire face aux nombreux imprévus et aléas chez des patients fragilisés par les traitements de chimiothérapie.
En acceptant ce poste, j’avais plus pensé à ma fille qu’à moi. Durant les trois ans d’études, j’avais sacrifié le temps à regarder ma fille grandir, à l’accompagner dans sa scolarité, à tout simplement l'aimer, pour ma soif de réussir et d’obtenir mon diplôme. Essuyant les nuits blanches, rentrée à pas d’heure, même quand j’étais chez moi, je n’étais pas là car indisponible et imperturbable. Le plus tragique pour ma fille, c’était que j’étais seule à l’élever. Je lui avais donné le minimum syndical pour qu’elle puisse grandir et me considérer comme sa mère. J’avais essayé de me donner bonne conscience en me disant qu’elle était dans un collège privé, mais je me voilais la face.
J’avais rencontré ce sentiment de culpabilité chez de nombreuses étudiantes qui m’accompagnaient, qu’elles soient seules ou en couple.
Maintenant que j’étais diplômée, je tentais de me rattraper. Je voulais passer du temps avec ma fille, être présente. Et la proximité de mon nouveau lieu de travail et le contrat en douze heures allaient m'assurer de jouer, pleinement, mon rôle de mère.
Mardi 16 Octobre 2018
La première chose que je faisais en rentrant, c’était de prendre une douche bien chaude. Je passais la porte d’entrée, m’assurait que ma fille allait bien, lui criait que j’étais rentrée et filais à la douche. c’était ma façon à moi de bien séparer ma vie professionnelle de ma vie personnelle, de mettre de la distance, de me laver de ma journée et d’essuyer toute cette souffrance que j’avais emmagasinée.
Lorsque j’entrais dans une chambre, je me devais d’avoir le sourire surtout si la personne en face de moi était en détresse : en l'occurrence, Mr X, atteint d’un carcinome épidermoïde des jambes. Celles-ci n’étaient plus que plaies suintantes, sanguinolentes et malodorantes.
Le talon rogné laissait apparaître de la fibrine calcifiée qui ressemblait à de la colle liquide jaune séchée. Lorsque vous entriez dans la chambre, une odeur de putréfaction vous prenait à la gorge, tant et si bien que la femme de ménage parfumait, discrètement, la pièce lorsqu’il était dans la salle de bain.
Il y avait pour une heure, au moins, de réfection de pansement. Et l’exercice était encore plus difficile dans la mesure où les fenêtres devaient rester fermées pour limiter le risque infectieux, bactérien.
Mr X refusait l’application de tulle gras, de sérum physiologique, d'antiseptique à base d'iode. J’effectuais, donc, un grand bain de ses jambes à l’eau et au savon pour tenter de ramollir les tissus. Après cela, elles n’avaient déjà plus le même aspect.
J’avais expliqué à Mr X que ses plaies dégageaient une odeur assez forte et qu'il était préférable de les laver à grande eau. Le patient le prenait, relativement bien. Néanmoins, il m’avait demandé s’il avait été mis en chambre seule à cause de cette odeur.
J’avais menti : je l’avais persuadé du contraire en lui disant que c’était uniquement pour son confort.
Je n’avais pas l’habitude de dissimuler la vérité aux patients, mais je me l’accordais lorsqu’il s’agissait de préserver la santé psychologique d’un patient.
J’avais, malgré tout, ajouté que l’odeur était assez forte en rentrant dans sa chambre.
Il le savait et avait, alors, jeté un œil sur le masque que j’avais emmené mais laissé sur l’adaptable.
Mr X m’avait remercié à plusieurs reprises, me confiant que j’étais la première infirmière à agir de la sorte. Il avait l’air sincère et j’avais vu la reconnaissance dans son regard.
J’avais demandé à la stagiaire du moment de me rejoindre. J’avais bien fait : je n’avais pas pris assez de matériel pour couvrir toutes les plaies de Mr X. Au total, il m'avait fallu sept galettes humidifiantes et absorbantes, cinq pansements américains, trois bandes élastiques, six films protecteurs et une heure de travail.
J’étais épuisée, en sueur, en sortant de la chambre. Ma binôme Aide-soignante, Chouchou m’avait demandée si j’allais bien. Elle était consciente de ma charge de travail et en était témoin chaque jour qui passait. Sans compter, les tâches qui auraient pu incomber aux autres services mais qui retombaient sur l’infirmière : entre autres, ramener les tiroirs des nouveaux arrivant, récupérer les traitements qui manquaient, régulièrement, à la pharmacie; descendre et remonter le cahier des rendez-vous à l’accueil…
Autant de temps de perdu sur les soins et pansements à faire.