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Deux âmes perdues, Amélia et Ethan, se trouvent et se découvrent. Deux étrangers, qui pourtant vont se lier d'un Amour fusionnel et passionnel. Mais avec leurs blessures du passé, un avenir peut-il être possible ? Amélia et Ethan se rencontrent lors de leur stage de fin d'études. Malgré son entrée traumatisante dans la vie de jeune femme, Amélia décide de faire confiance à Ethan qui semble parfait. Mais tout le monde sait qu'il ne faut pas se fier aux apparences... Tout le monde, sauf Amélia ! Très vite, leur amour idyllique prend un brusque tournant quand elle découvre le côté sombre de son bel Ethan. Comment faire quand l'homme qu'elle aime éperdument incarne toutes ses peurs et ses démons ? Seront-ils assez forts pour surmonter cela ? Amélia réussira-t-elle à envisager un avenir avec Ethan ? Cela lui semble impossible...
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Veröffentlichungsjahr: 2020
- Amour Inachevé tome 2 (en cours de finalisation)
« Vous êtes maître de votre vie et qu’importe votre prison, vous en avez les clefs. »
- Dalaï Lama
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
"Toutes les batailles de la vie nous apprennent quelque chose."
- Paulo Coelho
Je me retrouve devant ce bâtiment tout en verre. Il n'est pas très haut, deux étages seulement, mais très moderne. J'aime bien ce style et je suis fière de pouvoir faire mon stage dans cette petite entreprise en plein essor de marketing.
Je rentre dans le sas d'accueil et me dirige vers le bureau central où une dame bien sympathique me demande d'attendre en me désignant des chaises. Il y a déjà une chaise prise par un homme un peu plus âgé que moi, il doit avoir 25 ans je dirais ou peut-être 26.
Il est plutôt beau gosse, j'allais dire pour son âge mais il n'est pas si vieux que ça. J'ai à peine quelques années de moins que lui. Mais il me paraît déjà si sûr de lui et décontracté. Il est là, posé sur sa chaise, les mains dans les poches, en train d'observer l'architecture moderne de cet immense accueil.
Moi qui suis tellement introvertie et peu sûre de moi, je ne peux que me sentir mal à l'aise à côté de lui. J'ai l'impression qu'il a déjà un certain statut malgré son jeune âge, ce n'est pas comme moi, qui sors tout juste de l'école et qui suis là pour mon stage afin de clore mes études.
Je dis poliment « bonjour », tout en m'asseyant le plus loin possible de lui.
Je suis stressée. Je prends sur moi pour paraître détendue mais c'est compliqué. Vraiment très compliqué pour moi. La présence aussi proche de moi d'une personne du genre masculin est une situation anxiogène pour moi. Je ne me suis toujours pas remise de ce qui m'est arrivé il y a maintenant un an.
Mais j'ai beaucoup travaillé sur moi, alors je m’isole dans ma carapace, essaye de me détendre comme je peux. Je ne peux pas louper ce stage, c'est lui qui boucle mon diplôme et il faut que j'avance, je n'ai pas le choix.
Cette dernière année à la fac a été compliquée à gérer pour moi. Personne n'a vraiment compris ce brusque changement de comportement. Moi qui étais toujours pleine de vie, à rire pour tout, insouciante et dynamique, je ne suis devenue que l'ombre de moi-même. D'un coup, sans prévenir, je suis descendue vers l'enfer. J'essayais de faire comme si tout allait bien mais au fond de moi, j'étais détruite, brisée. Doucement, j'ai remonté la pente. Ce n'est pas encore ça mais au moins, je sais comment gérer mes crises, même s'il y a de nombreux loupés encore. J'ai la théorie, manque encore beaucoup de pratique.
Mais depuis ces vacances, je suis fermement décidée à me reprendre en main. Je veux retrouver la Amélia d'avant qui rayonnait tant par son caractère que par ses tenues plus colorées les unes que les autres.
Le jeune homme à côté de moi me sort de mes pensées, «tu veux un verre d'eau ? ». Je le vois qui se lève pour se servir à la fontaine qui est à côté de moi. Lorsque je décline, je croise son regard. Ces yeux sont d'un magnifique bleu océan. Ce regard est apaisant, j'ai l'impression que je pourrais y plonger pour y rester un long moment.
Je m'aperçois que je me sens moins tendue, moins sur la défensive.
Mais quand je m'en rends compte, je rougis. C'est d'un ridicule ! Reprends-toi, ton maître de stage ne va pas tarder.
D'ailleurs, il suffit d'y penser pour que j'entende la porte s'ouvrir.
Une femme s'approche, je la trouve magnifique, très sûre d'elle, superbement bien habillée, pas trop chic mais pas décontractée non plus, un équilibre parfait, tout comme sa silhouette longue et fine. Ces longs cheveux blonds sont éclatants et illuminent son visage.
Elle vient vers moi et se tourne aussi vers mon voisin. Elle s'adresse à nous deux, « Bonjour les deux petits stagiaires, si je ne me trompe pas c'est Amélia et Ethan ? Moi c'est Anna, vous me suivez ? Je vais tout vous expliquer et vous faire visiter. »
Hein ? Quoi ? Nous sommes deux ? Je suis catastrophée, je pensais être seule. Me voilà paniquée, heureusement Anna est déjà en train de marcher mais Ethan voit mon malaise. J'ai les jambes qui tremblent, mon cœur s'emballe, je commence à avoir des sueurs froides qui coulent le long de mon dos.
Je ne vais pas y arriver. C'est impossible pour moi de travailler avec un homme, je ne pourrai pas accepter autant de promiscuité, c'est trop tôt.
« Est-ce que je peux juste prendre un deuxième verre ? On arrive dans deux minutes. » demande-t-il. « Oui bien sûr, je vous attends dans mon bureau. »
Je le vois qui se ressert à boire et il me tend un verre. Je ne peux pas prendre le verre, j'ai trop peur qu'il n’y ait ne serait-ce qu'un effleurement. Il me pose le verre sur la petite table et me demande si ça va. J'acquiesce de la tête sans un mot.
Il faut que je me calme, je ne peux pas continuer toute ma vie ainsi. Je me mets dans ma bulle pour essayer de me calmer, je prends le verre et me force à boire pour me changer les idées.
Cette eau glacée me fait du bien - je la sens couler le long de ma gorge - et réussit à calmer au moins mes sueurs.
J'aimerais le remercier mais aucun son ne sort de ma bouche. A la place, mes yeux sont à nouveau happés par les siens. Un regard si profond, qu'on pourrait s'y perdre.
Un bleu aussi apaisant que l'océan. Un regard très mystérieux. Je m'y perds en quelques secondes et j'en oublie où on est et toute cette situation angoissante.
C'est Anna qui me sort de ma rêverie. Elle nous invite à la rejoindre et je me rends compte que les quelques secondes à me perdre dans ses yeux ont suffi à m'apaiser un minimum. J'en profite pour reprendre le dessus comme je l'ai appris ces derniers mois lors des ateliers.
Nous entrons tous les deux dans le bureau qui est décoré de manière très particulière. Tout est peint en blanc, les meubles foncés contrastent avec les couleurs roses et violettes un peu partout, les coussins du canapé, les pots de fleur, son pot à stylos. J'aime beaucoup cette décoration, sobre avec des touches de couleurs bien prononcées. Encore un équilibre parfait. On se sent bien dans ce bureau.
Une douce odeur de fleurs de Tiaré nous rappelle l'été qui vient de passer.
Elle commence par nous souhaiter la bienvenue et entame un long monologue sur l'entreprise, l'esprit jeune et dynamique qui y règne, les objectifs, l'équipe, le management. Puis son discours devient plus intéressant car elle parle de notre rôle et notre projet en tant que stagiaires.
Je commence à nouveau à stresser, je croise les doigts pour ne pas à avoir à travailler avec l'homme qui se trouve assis à côté de moi. Non pas qu'il soit repoussant, au contraire, Ethan est plutôt canon, un grand blond mystérieux avec un regard à tomber, personne ne pourrait lui dire non, sauf moi.
Je pense que plus d'une rêverait de travailler avec lui mais je ne peux pas ou plutôt je ne peux plus. Ma vie a été brisée il y a un an et c'est juste impossible pour moi d'avoir ne serait-ce qu'un contact physique avec une personne du genre masculin.
Ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais c'est à chaque fois un échec total, une replongée en enfer alors je préfère me protéger.
Ça y est, elle parle enfin de notre rôle à chacun. Elle nous explique ça très bien et elle conclut enfin sur le fait que je vais travailler avec elle et que lui va bosser avec sa collègue mais qu'elle est en congé aujourd'hui, voilà pourquoi c'est elle qui nous accueille tous les deux.
Puis elle nous fait visiter. Lorsqu'Anna nous présente, je ressens des regards bizarres. Je ne comprends pas trop, je ne sais pas qui est visé ou alors c'est mon côté paranoïaque qui revient au galop. J'essaye de penser à autre chose, je me concentre sur mon soulagement car je ne vais pas être obligée de le côtoyer. Ni personne d'autre d'ailleurs. Anna va m'installer un petit bureau dans le sien et je n'aurai besoin que d'appeler d'autres personnes, sans avoir à aller directement les voir.
Cette entreprise est plutôt accueillante je trouve, la moyenne d'âge est plutôt basse, la trentaine je dirais, ce qui donne une sensation très dynamique et chaleureuse, comme si c'était une seule et grande famille. Même si certains ont des regards douteux, je pourrais presque m'y sentir bien. Enfin, on va dire que l'ancienne Amélia s'y serait sentie très bien.
Je suis nostalgique de celle que j'étais avant, la vie était tellement plus simple et cool.
Une fois cette visite finie, il est déjà l'heure de déjeuner. Anna nous redonne rendez-vous à l'accueil à 14heures. Quasiment deux heures pour manger, j'en profite pour demander à Émilie, ma meilleure amie, si elle veut qu'on mange ensemble.
Super elle est disponible ! Un exploit. Elle a commencé son stage depuis seulement une semaine environ et est déjà très demandée par ses collègues. Lorsqu'on convient de l'endroit, je raccroche et je sens une main sur mon épaule. Je sursaute et je me retiens pour ne pas crier. C'est Ethan. Il me demande si je veux manger avec lui.
Je lui dis que je suis prise, enfin j'espère qu'il a compris car je bafouille tellement que je ne sais pas si les sons qui sont sortis de ma bouche sont intelligibles ou non. Je n'attends pas sa réaction et file à grandes enjambées. Il doit me prendre pour une folle, mais ce n'est pas grave, c'est un peu ce que je suis finalement.
Je retrouve Émilie qui est toujours pétillante et pleine de joie. Je me sens un peu mieux en sa présence. Elle a tellement de choses à me raconter que ça me permet de me perdre un peu dans mes pensées. Je revois l'océan dans le regard d'Ethan, je suis comme envoûtée, hypnotisée quand il me regarde, c'est vraiment étrange comme sensation. Mais Émilie remarque que je ne suis pas avec elle, je ne peux rien lui cacher, ça fait 15 ans qu'on se connaît. Enfin si, j'ai réussi à lui cacher ce qui s’est passé à cette désastreuse fête l'an passé. On était censés fêter notre fin d'année et ça a fini en cauchemar pour moi.
Je lui demande de m’excuser en lui disant que je repensais à tout ce qu'on va devoir faire durant notre stage, c'est complètement faux mais c'est la première chose qui m'est venue à l'esprit.
Le repas se passe bien, ça me permet de recharger mes batteries.
Lors du trajet pour retourner chez Desigane, je me dis que je ne m'en sors pas trop mal. J'essaye de me remonter à bloc pour affronter cet après-midi. Normalement si j'ai bien compris, je n'aurai plus besoin d’avoir affaire à Ethan, il est à l'autre bout de l'entreprise et mon projet n'a rien à voir avec le sien.
Mais bien sûr, on se retrouve tous les deux à l'accueil à attendre Anna.
Il me sourit en me voyant arriver et il est plutôt craquant avec ce sourire aux lèvres.
Amélia qu'est-ce qui t'arrive ? Arrête ça de suite, tu n'es absolument pas prête, regarde avant, tu as failli faire une crise d'angoisse rien qu'à l'idée de travailler avec lui alors tu imagines quoi une fois dans ton lit ? Ça me rend triste. J'ai l'impression que je n'y arriverai jamais. Même être dans les bras de ma mère me stresse alors qu'est-ce que j'espère avec lui ?
Au bout de quelques instants à attendre, Ethan engage la conversation.
- Alors tu as bien mangé ?
- Hum ouais merci et toi ?
- Ça va. Je ne connais pas grand-chose dans le coin mais j'ai trouvé. Ton sujet de stage te plaît ?
- Oui.
Il doit se dire que je ne suis pas très causante, alors que ce n'est pas mon habitude. En temps normal, je suis une vraie pipelette. Je le vois s'approcher de moi, mais qu'est-ce qu'il fait ? Non il ne peut pas rentrer dans ma bulle comme ça, je sens à nouveau une crise d'angoisse pointer son nez. Je l'entends qui me chuchote un truc mais je ne comprends rien, je n'entends rien, je suis tellement focalisée sur sa présence à quelques millimètres de moi. Je ne peux pas rester, je me sens oppressée.
Je vois les toilettes et fonce dedans sans rien lui dire.
Encore une fois, je dois passer pour une folle mais tant pis.
Je ne peux pas rester à ne rien faire alors qu'il était à deux doigts de m'effleurer.
Je me passe de l'eau sur le visage, ça me fait du bien. Ça détruit un peu mon maquillage mais je m'en fiche. L'eau a toujours eu le don de m'apaiser.
Lors de mes nombreuses crises d'angoisse cette année, seule une douche bouillante me fait revenir à moi, elle m'aide à revenir sur Terre et à m'apaiser. Là je me contente de l'eau du robinet, c'est mieux que rien.
Je me regarde dans la glace. Mon image ne me plaît pas. Mon regard est vide, cerné, sans aucune étincelle. Je ne vois pas l'Amélia pleine de vie et joie de vivre, celle qui faisait rire tout le monde. Ça c'était avant...
Allez reprends-toi ! Anna va t'attendre et tu ne veux quand même pas être en retard dès le premier jour.
Je me ressaisis et me force à sourire dans le miroir. Je m'auto-encourage « allez Amélia, tu peux le faire ».
Je sors des toilettes, Ethan est assis comme ce matin, près de la fontaine à eau.
Je le rejoins et lui demande pardon pour tout à l‘heure. Il me sourit et me dit que ce n'est rien.
La femme de l'accueil vient vers nous et nous dit qu'Anna a eu une urgence, elle ne peut pas venir cet après-midi mais elle a donné ses instructions, on doit aller dans son bureau et lire des documents. Il n'y en a pas pour très longtemps, après nous serons libres le reste de l'après-midi.
Mince alors, je ne suis pas du tout à l'aise. Je me dépêche pour filer derrière mon petit bureau qui a été installé entre midi et deux, rien que pour moi et je laisse le bureau d'Anna à Ethan. Heureusement les bureaux sont assez éloignés mais nous sommes tout-de-même dans la même pièce.
Je me mets à la lecture, plus vite ce sera fait, plus vite je pourrai sortir de cette pièce trop étroite pour nous deux. Ethan n'a pas l'air de cet avis. Plus d'une fois, il essaye d'engager la conversation mais je ne réponds quasiment pas, faisant mine d'être concentrée sur ma lecture.
Ethan fait l'élève dissipé, il ne lit quasiment rien, je le vois griffonner quelque chose dans un carnet, sûrement rien à voir avec notre stage.
Il m'intrigue, il a l'air tellement décontracté et à son aise.
Rien à voir avec moi ! Son attitude désinvolte me fait presque sourire. Il est censé être plus âgé que moi mais il se comporte comme un adolescent insolent.
Puis son âge m'intrigue, il est un peu plus vieux que moi. Cela veut dire que soit il s'est réorienté au cours de son parcours, soit il a déjà travaillé et veut obtenir un diplôme supplémentaire. J'ai envie de lui poser la question mais je n'ose pas. Allez, il ne va pas te manger quand même.
Je me lance en lui demandant de quelle école il sort. Il répond sans attendre et la deuxième hypothèse est la bonne mais il reste très vague sur son passé professionnel. Cela ne fait qu'attiser ma curiosité. Mais cette fois-ci, c'est lui qui me remballe un peu avec mes questions. Je n'ose pas insister, j'ai trop peur de paraître trop indiscrète. J'ai fini ma lecture et commence à ranger mes affaires, du coup Ethan me dit que lui aussi a fini.
- Tu parles ! Tu n'as rien lu, osé-je lui dire en rigolant.
- Ah parce que tu m'observes ?
- Non pas du tout, c'est juste que vu que tu n'as fait que de me parler, tu n'as pas eu beaucoup de temps pour lire.
- Tu te trompes, j'ai lu en diagonale et je peux très bien faire deux choses en même temps.
- Ça m'étonnerait !
- Je vois venir la réplique typiquement féministe « un homme ne sait pas faire deux choses à la fois ».
- Ce n'est pas faux, tu lis dans mes pensées ?
Je me sens rougir, je n'ai plus l'habitude de parler ainsi, de manière taquine, à la gente masculine. J'ai peur de le vexer mais apparemment il lui en faut beaucoup plus car il me propose de me raccompagner. C'est vrai qu'il est encore tôt dans l'après-midi.
Je ne sais pas trop quoi répondre. Je n'ai pas envie qu'il espère quoi que ce soit, enfin en même temps je me suis vue dans le miroir ? Pourquoi voudrait-il quelque chose ? Vu son allure, il peut avoir n'importe quelle femme canon, pourquoi s'intéresserait-il à moi ?
Ça m'arrange bien d'ailleurs, ça m'aide à décompresser.
On va être en ville, je ne risque rien. Je n'ai toujours pas donné ma réponse lorsqu'on arrive dehors.
Il fait beau aujourd'hui, c'est agréable. La chaleur n'est pas étouffante comme cet été. Il y a une petite brise qui rafraîchit l'atmosphère.
Par contre, il y a un monde fou. Étonnant pour un lundi après-midi, je ne me sens pas rassurée. La foule est anxiogène pour moi, s'il y a trop de monde au même endroit que moi, je me sens étouffée, oppressée. Peut-être qu'être accompagnée, atténuera mon stress.
Alors, timidement, je lui dis que j'accepte sa compagnie.
Ethan a l'air ravi car il arbore un magnifique sourire.
Tous les deux, on sort et on se balade ainsi pendant une bonne heure. On parle de tout et de rien et j'avoue que sa compagnie est bien agréable. Je passe un bon moment avec lui et j'en oublie presque mon appréhension d'être en compagnie d'un homme. Il arrive à me faire rire, ce qui ne m'est pas arrivé depuis un sacré bon moment, en tout cas, pas en présence d'un homme.
C'est en arrivant devant chez moi que la situation dégénère. Il veut s'approcher pour me faire la bise, il pose sa main sur mon bras et je panique direct. Je ne peux supporter aucun contact physique, encore pire avec quelqu'un que je connais à peine.
J'entrevois tout juste son regard d'incompréhension et de surprise avant que je ne tourne les talons en courant pour retrouver ma maison.
En arrivant dans ma chambre, je croise mon image dans mon miroir. Mes longs cheveux bruns tombent sur mes épaules avec de jolies boucles naturelles. C’est bien la seule chose que j’aime chez moi. Le reste de mon corps me dégoute, mes formes féminines pourraient être un atout mais pour moi, elles me font horreur. Je dois les cacher. Et mes yeux bruns sont comme moi, sans vie et sans folie, bien loin de ce à quoi ils ressemblaient il y a un an de ça.
Encore une fois, je passe pour une folle mais je ne peux pas faire autrement, c'est plus fort que moi. Ma réaction est disproportionnée, je le sais mais je ne peux pas m'en empêcher.
Je retrouve mon réconfort dans ma maison où j'ai passé tant de jours et de soirées enfermée dans ma chambre à cause d'une fête trop arrosée qui a détruit ma vie ou plutôt à cause d'un homme qui a profité de cette soirée trop arrosée pour me détruire.
"Dans la vie, il arrive un moment où vous devez vous arrêter, voir où vous êtes, regarder jusqu'où vous voulez aller et laisser derrière vous ce qui vous retarde."
Je pense qu'après le coup que j'ai fait à Ethan hier, je ne risque plus de le revoir de si tôt. Cette nouvelle journée de stage va me changer les idées. Je ne peux pas dire que je suis folle de joie d'avoir repoussé Ethan mais je sais que ce n'est pas forcément ma faute, je ne peux pas faire autrement.
J'ai déjà tenté cet été de me rapprocher de garçons qui me semblaient gentils mais à chaque fois, tout recommence, ce sentiment d'insécurité qui me donne des crises d'angoisse à tout va, ce manque d'assurance qui grandit en moi au fur et à mesure que je vois la situation se dégrader.
Mais cette fois-ci, c'est étrangement différent, c'est la première fois depuis un sacré moment que je ne m'étais plus sentie apaisée auprès d'un homme. J'ai passé un agréable après-midi en sa compagnie hier. Dommage que ça se soit fini ainsi. Mais au moins, il ne cherchera plus à me voir ni à m'approcher. Je n'aurai plus à anticiper ses moindres gestes qui pourraient me donner une crise d'angoisse. Je suis un peu tiraillée par des sentiments complètement contradictoires. D'un côté, je me dis que tant mieux, j'ai bien fait de le repousser, au moins je suis tranquille et d'un autre côté, je suis déçue car au fond de moi, je sens qu'il a ce petit truc en lui qui me procure apaisement et sécurité.
Je marche dans les ruelles. Desigane est à 20 minutes de marche de chez moi. Au bout de 10 minutes, un sentiment étrange m'assaillit. Je me sens suivie, observée et oppressée. Je décide d'accélérer le pas mais cette sensation reste en moi. Je me retourne mais il y a trop de monde donc impossible de voir si c'est moi qui suis paranoïaque ou si je suis bien suivie.
Je commence à me mettre dans tous mes états. Je sens mon cœur s'emballer, mes jambes qui me semblent lourdes et mes mains qui tremblent. Je décide de courir, plus vite je serai arrivée, plus vite je pourrai me libérer de cette peur qui m'assaille.
Je cours à travers les rues sans regarder personne, à tel point que je percute quelqu'un. Je m'excuse sans trop regarder mais quand j'entends cette voix, je la reconnais. Je lève les yeux et quand je vois ces yeux océan, je me sens tellement soulagée que je lui saute dans les bras.
Ethan est étonné mais m'accueille avec grand plaisir. Notre étreinte dure un peu plus que la normale mais je me sens rassurée, son odeur musquée et boisée est agréable.
Lorsque je me rends compte de ce que je suis en train de faire, de suite, je me recule et je bafouille :
- Excuse-moi. Je n'aurais pas dû.
- Ça ne me dérange pas, au contraire. Mais qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu faisais ton footing avant d'aller à Desigane ?
- Non, on me suivait, j'ai eu peur.
- Tu es sûre ? Il y a plein de monde, comment sais-tu qu'on te suivait ?
- Laisse tomber, tu dois me prendre pour une folle.
Il rit. Son rire a le don d'alléger mes problèmes et est contagieux car un sourire se profile sur mes lèvres et m'apaise instantanément alors que je pourrais être vexée qu'il rigole alors que je lui dis que je suis folle.
Sur ce, il m'invite à prendre un café pour me remettre de mon footing matinal. C'est vrai qu'on a un peu de temps devant nous alors j'accepte volontiers.
Ethan détend l'atmosphère avec ses blagues devant un bon chocolat chaud, là c'est mon côté enfant qui ressort, je n'aime pas le café, le chocolat est bien plus réconfortant pour moi. De quoi oublier l'incident de ce matin et de recharger les batteries pour la journée.
Je regarde ma montre et merde ! On est en retard, j'ai horreur de ça et en plus, je n'ai pas du tout envie d'être mal vue durant mon stage. Heureusement que le café est à deux pas de Desigane.
Je m'empresse de vouloir payer mais Ethan me devance et pose sa carte de crédit sur le terminal. Je le remercie mais lui fais savoir qu'il ne devait pas. Il me taquine et me dit que je n'aurai qu'à lui payer un coup une autre fois avec un petit clin d'œil.
Ça me fait presque oublier notre retard. Mais je me dépêche d'aller rejoindre Anna alors qu'Ethan est tout zen et pas du tout pressé. Comment fait-il ? Notre diplôme est quand même en jeu ! Il m'agace celui-là avec son attitude d'adolescent laxiste.
Anna n'est pas à l'heure non plus, ouf ! Elle arrive tout juste après que je me sois posée à mon bureau, mon retard passe, ni vu ni connu, quelle chance.
Anna ne m'a pas l'air d'être du matin. Je lui propose de lui chercher un café et elle accepte volontiers. Elle me raconte son après-midi catastrophique d'hier car son enfant s'est blessé donc petit tour à l'hôpital et après ça, il a très mal dormi donc elle aussi.
Je l'écoute parler et j'en apprends un peu plus sur elle. Je suis encore plus admirative devant elle en apprenant cette vie de jeune maman, femme mariée et sportive qu'elle accomplit avec brio.
On parle de ce qu'elle attend de moi durant ces 6 mois de stage. Hier nous avons parlé du sujet sans entrer dans les détails. Aujourd’hui elle m'explique tout de À à Z et je suis hyper enjouée. J'adore ce qu'elle me propose et j'ai hâte de commencer.
Ce projet de pub pour une entreprise d'immobilier de luxe ultra écologique, sans déchets et sans pollution est tellement enrichissant, tant personnellement que professionnellement. J'aime et j'ai besoin de faire des choses dans ma vie de tous les jours pour l'environnement. Si je peux, même du haut de mon mètre 60, contribuer à la sauvegarde de l'environnement, je le fais volontiers.
Anna me met très vite à l'aise, elle m'incite à personnaliser un peu mon bureau pour que je me sente comme chez moi et me dit que si j'ai le moindre problème, je peux lui en parler. Pour les horaires, je gère seule, la seule chose qu'elle veut c'est que les objectifs qu'elle me fixera en début de semaine soient bouclés en fin de semaine. C'est essentiel pour le bon déroulement du projet et pour notre entente. Elle ne veut pas être constamment derrière mon dos, je suis là pour devenir responsable et professionnelle, elle me donne toute sa confiance, à moi de ne pas gâcher ça.
Elle fait une petite allusion à Ethan du genre « fais gaffe à l'autre, ça peut être mal vu » avec un clin d'œil. Je rougis, je me doute bien qu'avoir une relation au sein du boulot n'est pas bien vu mais je balaie vite fait cette remarque. De toute manière, c'est impossible pour moi.
Dès notre discussion finie, elle me donne tous les accès informatiques et go !
Je suis toute excitée. Il faut absolument que je mange avec Émilie, surtout que je n'ai aucune envie de manger au réfectoire, entourée de tout ce monde que je ne connais pas. Ils ne me mettent pas très à l'aise.
Quand je suis arrivée ce matin avec Ethan, j'avais l'impression que tous les regards étaient braqués sur nous. Je me demande ce qu'ils ont tous. Ou c'est moi qui suis paranoïaque, ce qui ne m'étonnerait même pas.
J'envoie un texto discrètement à Émilie mais elle n'est pas disponible à midi. Je suis déçue mais c'était presque sûr. Du coup, peut-être que ma mère serait contente de déjeuner avec moi et sa réaction ne se fait attendre. Elle est ravie et on se rejoint non loin de Desigane.
Ma mère est toujours ravissante pour son âge. Toujours bien maquillée et habillée, sans en faire trop. Je lui raconte comment se sont passés ces deux premiers jours de stage. Je n'ai pas eu la chance de la croiser hier à la maison à cause de ses horaires décalés du milieu hospitalier. Elle est diététicienne et il faut qu'il y ait quelqu'un là-bas, de jour comme de nuit, donc ça lui arrive d'avoir des heures de nuit et d'être complètement décalé par rapport à nous.
Au bout d'un petit moment, je lui parle d'Ethan et de mes réticences à le laisser m'approcher.
Elle semble ravie de cette nouvelle amitié qui se profile mais reste prudente. Elle me conseille de suivre mon instinct, de ne pas trop me poser de questions, d’essayer de me détendre tout en restant sur mes gardes pour ne rien regretter plus tard mais pour elle, ce serait dommage de le faire fuir de suite, sans lui laisser une petite chance. On parle un peu plus intimement de ce qui s'est passé à cette fête et surtout des conséquences. On en parle rarement, mais voyant que je me suis ouverte à elle, elle en profite.
- Tu sais, je n'ai jamais eu l'occasion de te le dire mais je suis fière de toi. Après ce que tu as subi, tu as un courage énorme d’être déjà sur pied. Certaines se seraient laissées complètement aller pendant des années. Mais toi non, je retrouve bien ma fille, cette battante. Cet homme t'a volé beaucoup de choses, mais ne le laisse pas te voler ta vie et surtout cette joie de vivre qui te caractérise si bien. Je ne dis pas que c'est facile, je ne peux malheureusement pas me mettre à ta place, mais sache que je suis là pour t'épauler, pour t'aider, pour que tu puisses retrouver cette gaieté. Il va y avoir des hauts, à nouveau des bas, mais il faut toujours aller de l'avant en essayant de t'appuyer sur des personnes de confiance.
- Merci Maman, mais c'est tellement dur pour moi.
