Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
RÉSUMÉ : "Annibal" de Napoléon Legendre est une oeuvre historique qui plonge le lecteur dans l'Antiquité, explorant la vie et les exploits d'Annibal Barca, le célèbre général carthaginois. Connu pour sa stratégie militaire audacieuse et sa traversée audacieuse des Alpes avec ses éléphants, Annibal est présenté non seulement comme un stratège militaire exceptionnel, mais aussi comme un homme complexe façonné par les conflits et les rivalités de son temps. Le livre examine en détail les batailles épiques contre Rome, notamment la célèbre bataille de Cannes, où Annibal infligea une défaite dévastatrice aux légions romaines. En plus d'illustrer les tactiques militaires innovantes d'Annibal, Legendre s'attache à dépeindre les aspects politiques et culturels de l'époque, offrant ainsi une vision nuancée des relations entre Carthage et Rome. L'ouvrage s'attarde également sur les défis personnels et les dilemmes moraux auxquels Annibal fut confronté, humanisant ainsi le personnage historique. "Annibal" est une invitation à redécouvrir une figure légendaire sous un jour nouveau, tout en offrant une réflexion sur les thèmes intemporels de la guerre, du pouvoir et de la détermination humaine. L'AUTEUR : Napoléon Legendre, auteur canadien du XIXe siècle, est principalement connu pour ses contributions à la littérature et à l'histoire. Né à Québec en 1841, il s'est distingué par son intérêt pour les récits historiques et les personnages emblématiques qui ont marqué l'histoire mondiale. Bien qu'il ne soit pas aussi célèbre que certains de ses contemporains, Legendre a su se faire un nom grâce à ses oeuvres bien documentées et son style narratif captivant. En tant qu'historien et écrivain, il s'est souvent penché sur des figures historiques complexes, cherchant à offrir une perspective plus humaine et nuancée de leurs vies et de leurs actions. Ses recherches approfondies et son souci du détail ont fait de lui une figure respectée dans les cercles littéraires et académiques de son époque. Outre "Annibal", Legendre a contribué à divers ouvrages et articles, mettant en lumière des personnages et des événements souvent méconnus du grand public. Son approche unique et son engagement envers la rigueur historique continuent d'inspirer les lecteurs et les chercheurs intéressés par l'histoire et la littérature.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 108
Veröffentlichungsjahr: 2022
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Chapitre I : Ses premières années
Chapitre II : Annibal à l’école
Chapitre III : Le collège
Chapitre IV : Maladie d’Annibal
Chapitre V : Annibal dans le monde
Chapitre VI : Annibal à la guerre
Chapitre VII : Ceux qui partent et ceux qui restent
Chapitre VIII : Où l’on reprend un ancien projet
Il avait reçu au baptême les prénoms de Jérôme-Épaminondas-Annibal.
Son parrain, Jérôme Ladouceur, avait la passion des noms sonores. Pour lui, la valeur d’un homme se mesurait de prime abord sur l’ampleur du nom. Aussi, longtemps avant la naissance d’Annibal, il avait fait de longues et profondes réflexions.
– Si c’est une fille, se disait-il, je ne me mêle de rien ; mon frère pourra prendre un autre parrain et chercher un nom de son choix. Mais, si c’est un garçon, ah ! par exemple, je tiens à mes droits ; je veux lui donner un nom qui dise quelque chose, et faire de mon neveu un homme dont sa famille soit fière, et dont le monde parle un peu. Il ne faut pas qu’il ait une de ces existences ternes et monotones qui se passent dans l’obscurité et s’éteignent dans l’oubli. Et, pour cela, il doit porter un nom qui commande l’attention, car je veux faire de lui un sujet digne de commander, morbleu !
Ainsi avait parlé Jérôme Ladouceur, ou comme on l’appelait familièrement, l’oncle Jérôme.
Or, quand l’oncle Jérôme avait dit ou s’était promis quelque chose, rien n’aurait pu le faire revenir sur sa parole.
– Quand on se manque à soi-même, disait-il, on ne tarde pas à manquer aux autres. Et il n’aurait certes pas eu tort, s’il n’avait pas poussé souvent ce principe jusqu’à l’entêtement.
Le jour de la naissance d’Annibal, l’oncle Jérôme – qui était du reste un jovial célibataire de cinquante ans – avait senti je ne sais quoi de grave et d’austère se produire en lui. Il s’était rasé avec un soin tout particulier, sans pester comme d’habitude contre le peu de scrupule des marchands qui vendent de si mauvais rasoirs ; il avait mis le sucre dans son café au lait sans le peser dans des balances d’argent : ce qui annonçait une forte préoccupation.
Aussi, Catherine, sa vieille cuisinière, avouait n’avoir rien vu de semblable depuis 1812, quand l’oncle Jérôme avait été appelé à se mettre à la tête de la milice de sa paroisse, pour aller repousser l’invasion des Bostonnais. Car cet homme d’extérieur et de nom si pacifiques, était, j’avais oublié de vous le dire, lieutenant-colonel en vertu d’un brevet authentique de Sa Majesté George III, et avait un mai d’honneur devant sa maison ; ce qui est dans nos campagnes le signe d’un haut grade militaire.
– Pour le sûr, disait Catherine à Jean, le cocher, il y a du neuf aujourd’hui.
– Ça m’en a tout l’air, observa Jean de son côté ; j’ai remarqué que Monsieur a changé de couleur quand je lui ai remis ce petit billet qu’on est venu apporter ce matin, au point du jour ; il m’a même blâmé de ne pas l’avoir éveillé tout de suite.
– Il va peut-être se marier, le pauvre cher homme ! Moi qui le sers depuis trente ans tout à l’heure, ne pas m’en avoir dit un mot ! C’est trop fort ! N’importe, tout est en ordre dans la maison ; et Madame pourra prendre sans crainte les clefs des armoires et des buffets... Dire, pourtant, que je réussissais si bien les œufs pochés et les omelettes au miroir !
Et, à ce souvenir attendrissant, deux larmes s’échappèrent des yeux de la bonne vieille.
À dix heures, la voiture fut amenée devant la porte, où l’oncle Jérôme apparut solennel et fier au haut du perron. Il portait une culotte jaune, un gilet blanc et un habit bleu à boutons dorés ; si vous ajoutez les bas de soie, les souliers à boucles d’argent, le chapeau demi-haut et des gants de couleur pâle, vous aurez devant les yeux une image très complète du colonel, ainsi que du costume de l’époque.
Il monta lentement dans son cabriolet, et partit grand train. Vingt minutes après, il mettait pied à terre devant la maison de son frère.
M. Louis-Aristide Ladouceur habitait une fort belle maison dans la paroisse de Saint-Xiste. Il avait plusieurs grandes fermes et vivait fort largement du revenu qu’il en tirait ; mais ces biens-fonds ne constituaient pas tout son avoir, et le notaire de l’endroit le disait aussi riche, pour le moins, que son frère Jérôme. Du reste, les deux Ladouceur étaient fort considérés dans la paroisse de Saint-Xiste, et vivaient dans les termes d’une excellente amitié. Le seul nuage qui vint quelquefois assombrir ces rapports fraternels provenait du nom d’Aristide, que Jérôme jalousait en secret.
– C’est bien moi qui suis l’aîné, pensait-il, et cependant je ne m’appelle que Jérôme, un nom qui ne veut rien dire, qui n’a pas la moindre résonance militaire, qui n’est pas construit, en somme, pour le commandement. Comme cela aurait bien fait, pourtant, de voir dans les gazettes : « Le lieutenant-colonel Aristide Ladouceur – ou peut-être La Douceur, avec un grand D – a passé en revue, etc. » Et qui sait, avec cette syllabe finale d’Aristide, les gens se seraient peut-être habitués peu à peu à comprendre ce petit de avec l’autre nom : Aristide La Douceur, Aristide de La Douceur. Enfin, le mal est fait, il n’y faut plus penser !
Et il caressait avec un soupir de regret ses favoris grisonnants.
Cependant le bébé frais et rose dormait dans son berceau, de toutes ses forces et les deux poings fermés. Rêvait-il de l’oncle Jérôme, qui s’approchait en ce moment sur la pointe du pied ? Les bébés ne racontent pas leurs rêves, et les mamans seules savent déchiffrer sur ces figures de chérubins les pensées vagues de leurs petites âmes à peine éveillées.
L’oncle Jérôme avait salué distraitement tout le monde, et contemplait son neveu.
– Voyez-moi ce gaillard, quel œil ! – il avait pourtant les yeux bien fermés, – quel poing, quel nez superbe !
L’oncle enthousiaste avait parlé un peu haut, comme il le faisait toujours, du reste, pour ne pas se déshabituer du commandement. Il pouvait éveiller le petit dormeur, son frère le lui fit remarquer.
– C’est bien, répliqua-t-il, en baissant néanmoins la voix, c’est bien, accoutume ton fils aux petites douceurs, fais-en une fillette ; tous les pères faibles ont de ces idées peureuses. Regarde-moi les sauvages élever leurs enfants ; en voilà des modèles : aussi quels hommes cela fait ! Tandis que, avec ta méthode... Mais je suis là, heureusement, moi, et je saurai faire de ton garçon autre chose qu’un mangeur de tartines sucrées.
En disant cela, l’oncle Jérôme se gourmait dans son immense faux col ; on eût dit qu’il se préparait à sauver la patrie.
Il sortit solennellement avec son frère pour aller, dans la bibliothèque, arrêter le programme du baptême, qui devait avoir lieu le lendemain.
– Je veux, dit-il, que cela fasse époque dans les annales de la paroisse. On ne naît qu’une fois, de même qu’on ne meurt qu’une fois ; et, quand on s’appelle Ladouceur, on ne doit pas, comme cela, arriver ou partir inaperçu. Mon neveu aura un baptême de première classe, et même plus que cela, si c’est possible. C’est le premier acte important de sa vie, il faut qu’il soit digne de notre position.
La cérémonie, le lendemain, fut en effet remarquable. L’oncle Jérôme avait fait venir de la ville deux carrosses superbes, avec cochers et valets de pieds en grande livrée. Le village de Saint-Xiste n’avait jamais rien vu d’aussi beau, et la foule se pressait aux abords de l’église, comme aux jours de grande fête. La marraine – une fillette de dix ans que l’oncle Jérôme avait choisie pour ne pas faire « parler les gens » – était mise avec un grand luxe d’ornements. Quand le prêtre demanda quels noms on désirait donner à l’enfant, le parrain prononça lentement, gravement, ces trois mots : Jérôme-Épaminondas-Annibal. Puis il se mit à songer que Charlemagne, Napoléon ou Artaxerxès eussent mieux paru peut-être. Il se reprochait d’avoir décidé un peu trop à la hâte. Il triait des noms, les accolait, les juxtaposait. Il se préparait même à demander l’avis du curé sur cette importante question. Mais il était trop tard ; le baptême était terminé, et Jérôme-Épaminondas-Annibal fut inscrit sur le registre de la paroisse, que le parrain signa de sa plus belle écriture, avec paraphe et griffe d’un grand travail. Il voyait cette signature entrer déjà dans la postérité.
Ce fut donc sous la protection de ces trois grands noms que notre héros fit son entrée dans le monde chrétien et civil – par la grande porte : et les deux cloches de la paroisse annoncèrent cet événement en sonnant à toute volée. L’oncle Jérôme aurait bien désiré qu’on sonnât également la cloche de la maison d’école : mais le curé lui déclara qu’il n’avait aucune autorité à exercer sur ce sujet, l’école relevant entièrement des commissaires.
Le parrain se consola de cet espoir déçu en ouvrant d’autres voies à sa munificence. Au sortir de l’église, il se mit à jeter – suivant une ancienne coutume – des poignées de dragées et de menues pièces d’argent dont ses poches étaient remplies. Les gamins du village, et même les grandes personnes, se pressaient et se culbutaient pour ramasser cette manne inattendue et bénissaient le parrain généreux qui faisait si grandement les choses.
On parla longtemps, à Saint-Xiste, de ce baptême sans pareil ; et les vieux en causent encore, le soir, autour de la cheminée.
Les premières années d’Annibal n’eurent rien qui sortit de l’ordinaire. Il fit ses dents comme le commun des enfants, brisa beaucoup de jouets, égratigna sa bonne, et déchira plusieurs livres de gravures. Les fantassins et les cavaliers en plomb, que l’oncle Jérôme lui achetait avec une grande libéralité, ne trouvèrent même pas grâce devant ce besoin de destruction qu’éprouvent tous les enfants. Mais le parrain enthousiaste, qui suivait de près tous les incidents de cette précieuse existence, voyait là un heureux présage pour l’avenir.
– Il a déjà, disait-il, tous les instincts du guerrier. Laissez-le faire, ce sera un jour un fameux capitaine. Il portera bien son nom. J’ai lu quelque part que le grand Annibal avait débuté ainsi dans la vie.
Et c’est ainsi que le petit Annibal – le nôtre – atteignit sa cinquième année.
Jusqu’ici, l’oncle Jérôme s’était peu mêlé de l’éducation de son neveu. Les femmes, suivant lui, suffisaient à la manipulation de ce bambin. Je le prendrai, ajoutait-il, à sa première culotte.
Aussi, ce moment solennel arrivé, l’oncle Jérôme se mit à venir régulièrement trois fois par semaine passer une heure chez son frère. Ces séances, délicieuses pour Annibal, étaient attendues avec terreur par le reste de la famille. L’été, lorsqu’il faisait beau, on n’avait pas trop à se plaindre, car le professeur et l’élève prenaient leurs ébats dans le jardin ou dans les champs. Mais les jours de pluie, ou l’hiver, les cours se donnaient généralement dans la bibliothèque, et quels cours ! Des sauts gymnastiques, des pas accélérés, des attaques, des retraites, des meubles renversés, des cris, des trépignements à faire trembler la maison.
Et il fallait ne rien dire, car l’oncle Jérôme, emporté par son zèle, se fût fâché tout net. Du reste, il y mettait tant d’entrain et de bonne volonté, il montrait pour son filleul une affection si réelle et si profonde, qu’il eût été cruel de ne pas lui laisser cette heure qu’il appelait « la meilleure de sa vie. »
On voulut qu’Annibal apprit ses lettres, mais il ne pouvait pas parvenir à dépasser la quatrième ; les leçons de son oncle l’absorbaient tout entier, et l’intervalle qui les séparait était employé à des exercices de répétition presque aussi bruyants que les leçons mêmes.
L’oncle Jérôme était du reste enchanté de son élève.
– Ce sera un homme, disait-il, ou je n’y entends rien du tout. Quant à ses lettres et ses chiffres, morbleu ! laissez-le croître un peu et se faire des muscles ! Avec son intelligence, il saura bien rattraper ce temps perdu. D’ailleurs, j’en réponds, moi, et cela suffit. N’est-ce pas, mon neveu ?
La mère soupirait bien un peu, mais au fond elle n’était pas exempte d’un certain sentiment de satisfaction en considérant qu’Annibal devenait véritablement un robuste garçon, tapageur, si vous voulez, mais fort beau, jamais malade et d’un excellent cœur.
Et le père, de son côté, avait l’air très content, et ne pouvait pas s’empêcher de remercier souvent l’excellent oncle Jérôme.
– Bah ! laisse donc, laisse donc, disait alors celui-ci ; crois-tu que je ne m’amuse pas autant qu’Annibal ? Si tu savais quel travail intéressé je fais ! J’y gagne de toutes les façons : je ne m’ennuie plus et je me sens rajeuni de vingt ans.
Notre petit homme arriva ainsi à sa neuvième année. Il ne savait pas lire, mais il montait très bien à cheval, et pouvait se mesurer sans trop de désavantage avec un garçon de douze ans.
